‹ Memoires. ProfChapitre 8 sur 90 · SUR MADEMOISELLE CLAIRON. XJ · texte numérisé non relu

SUR MADEMOISELLE CLAIRON. XJ

Le 22, elle joua Dorine clans le Tartufe ^ et le ^rôle de la JSoiwcauté ;

Le 28, Zénobie ;

Et le 29, Clëanthis, clans Démocrlte ;

Le 5 octobre, Cëliante ilu Philosophe marié;

Le i4, Ariane;

Le 26, l'Electre de Crébillon ;

Et elle fut reçue le mois suivant.

Elle se consacra entièrement à la tragédie, dès que cela lui fut possible ; c'était en effet la carrière qui lui convenait le mieux; et cjuoiqu'elle l'ait c[uittée trop tôt, et lorsqu'elle était dans toute la force de son talent, elle a pris place parmi le petit nombre d'actrices qui, depuis que nous avons réellement un théâtre, c'est-à-dire depuis un siècle et demi environ, se sont fait et ont laissé une grande et brillante réputation.

Mais elle n'y parvint pas en peu de temps et sans peine; il paraît qu'il n'en allait pas alors comme à présent; les censeurs n'exigeaient pas d'une débutante un talent consommé; mais aussi ses partisans ne se hâtaient pas de lui prodiguer d'indiscrètes louanges et de l'élever, dès ses premiers essais, au-dessus des actrices les plus célèbres. Voici ce que nous trouvons dans un journal de 1762(30 janvier) :

« Mademoiselle Clairon est toujours l'héroïno; « elle n'est point annoncée qu'il n'y ait chambrée

Xlj NOTICE

« complète; dès qu'elle paraît, elle est applaudie à "■ tout rompre. Ses enthousiastes n'ont jamais vu ni « ne verront jamais rien de pareil. C'est l'ouvrage « le plus fini de l'art.... Mais c'est de Vart , disent « quelques critiques; ils se rappellent venelle a été « long-temps mauvaise ; c^xxelle a lutté six ans con- « tre le public; que son organe bruyant assourdissait « les oreilles , sans émouvoir le cœur. A force de « tâter^ elle s'est enfin fait un jeu à elle. Les gla- '< pissemens de sa voix sont devenus les accens de la « passion; son enjlure s'est élevée au sublime; cette « actrice a de tout temps eu la position (il veut dire « \ attitude) théâtrale, beaucoup de noblesse dans « sa démarche, dans ses gestes de mains, dans ses « coups de tête; quoique d'une stature médiocre, « elle a toujours paru sur la scène au-dessus de la «■ taille ordinaire. » [Mémoires de Bachaumont.)

Il y a déjà dans ce qu'on vient, de lire une esquisse imparfaite du genre de talent de mademoiselle Clairon. Essayons si nous pourrons, nous qui ne lavons jamais vue au théâtre^ tracer d'après les traditions que nous avons recueillies , d'après les Mémoires et les écrits que nous avons lus , un portrait véritable de ce fameux modèle.

Mademoiselle Clairon l'a dit elle-même dans ses Mémoires ; son talent ne peut ni s'écrire ni se peindre; cela est vrai dans un sens rigoureux ; mais il nous semble cependant qu'on peut se faire et don-

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