HERMIONE
Le rôle d'Herniione est du nombre de ceux qu'il faut excepter de la règle générale.
Toutes les difficultés qu'il présente seraient levées si ce personnage avait trente ans; il serait facile alors de donner à sa politique, sa coquetterie, son amour et sa vengeance, toute l'étendue, toutes les tournures, dont ces diverses façons d'être sont susceptibles ; mais Hermione ne doit avoir que vingt ans environ : à cet âge, on peut laisser apercevoir ce qu'on doit être un jour ; mais je doute qu'on soit déjà tout ce qu'on peut être.
Les idées compliquées et suivies, les réflexions profondes , les connaissances que l'expérience seule peut donner , s'arrangent difficilement avec les grâces, la timidité, les préjugés de l'éducation, l'inexpérience, l'air et la voix d'une fille de vingt ans.
Ce rôle offre continuellement le danger de ne pas atteindre le but ou de le passer. Le caractère en est passionné et n'est point tendre; il est furieux et point méchant; il est noble , fier, et se permet cependant de la séduction, de la dissimulation avec Oreslc, et de l'atro-
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cite avec Pyrrhus ; son orgueil et sa passion marcliciit partout d'un pas égal , excepte dans les six vers qui commencent par celui-ci :
Mais , seigneur , s'il le faut , si le ciel en colère , etc.
la fin du monologue du cinquième acte et le commencement du dernier couplet de ce rôle, où l'amour parle seul et fait couler ses larmes.
Tout ce que j'ai cherché de ressources dans mon physique et dans mes reflexions, pour tâcher d'atteindre à la beauté de ce rôle, pour y soutenir le caractère sans altérer la fraîcheur de l'âge, est un de mes plus pénibles travaux. Il me serait doux d'abréger les études des autres, en rendant des miennes un compte exact, clair, facile à saisir; mais je l'ai déjà dit, il est des choses qui ne peuvent s'écrire : sans le secours de mes intonations et de ma physionomie, il est hors de mon pouvoir de donner l'idic des nuances qui rapprochaient le caractère et l'à^j^e de ce rôle. C'est à l'intelllgence , à l'étude , à l'esprit à tirer parti des faibles renseigncmens que je donne.
Dans tout ce qui paintl'amour d'Hermione, il faut soi:,meusement éviter les sons touchans, la physionomie simple et douce, qui caracté-
riseut les âmes tendres; et dans son emportement s'éloigner, autant qu'il est possible, des élans sûrs, fermes, de la femme expérimentée , telle, par exemple, que Roxane dans Bajazet. Dans ce dernier rôle , hors l'indécence , on peut tout se permettre; que l'actrice cherche en elle tout ce qui peut exalter le grand caractère d'une femme de vingt ans, et tout ce que l'âge de vingt ans doit adoucir dans un grand caractère.
Le couplet du quatrième acte, que le public, les gens de lettres et les comédiens appellent le couplet d'ironie y ne peut, selon moi, porter ce nom. L'ironie demande une légèreté d'esprit, une tranquillité d'âme que certainement Hermione n'a pas; son orgueil et son amour, également blessés, ne peuvent lui donner que des accès de rage que la hauteur de son caractère réprime autant qu'elle peut.
Un visage où l'indignation et la noblesse se peignent également , des sons étouffés dans le premier moment par le dépit et la fureur, les mouvemens de colère qui la surmontent et qu'elle ne peut plus retenir, ne peuvent produire dans ses sons et sur sa physionomie que l'image du sarcasme le plus amer; l'hor-
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reur qtî'ellc doit éprouver elle-même en rappelant à Pyrrhus les cruautés dont il s'est rendu coupable, ne peut descendre jusqu'à l'ironie. Hermione doit donner à ses reproches toute l'amertume, tout le mépris qui peut les rendre encore plus insultans; mais elle ne veut ni ne doit plaisanter.