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CHAPITRE IX

Mariages de mes Frères et Sœurs

Le mariage de M^^' Desportes de Linières avec M. Mareau du Genetay (1) procura à M. Gauvain du Rancher, son cousin, Toccasion de voir souvent et de connaître ma sœur. Us prirent respectivement du goût l'un pour Tautre. Les parents de M. du Rancher ne tardèrent pas à faire aux miens la demande de leur fille ; elle fut accueillie, et les articles furent rédigés sous seings privés. La reconnaissance en fut difTérée de quelques mois, parce que mon père et ma mère étaient sur le point d'aller à Paris pour le mariage de mon frère Beaufond. Il épousa, le 9 juillet i765, M'^* Fouacier, dont il avait fait connaissance, l'année précédente, pendant mon séjour à Paris avec ma femme (2).

(1) Née au Mans, paroisse de Saint-Pierre-de-Ia-Cour, le U septembre 1743, Marie-Catherine-Henrielte Desporles de Linières était Taînée des filles issues du mariage de Charles-Henri Desportes de Linières et de Catherine-Louise-Marguerite Le Prince. Le 27 novembre 1764, elle avait épousé, en Téglise de Chammes, au Bas-Maine, Jean-René Mareau du Genetay qui devint, peu de temps après, conseiller au Siège de l'Election du Mans.

(2) Charles-Louis Le Prince ,de Beaufond, né paroisse du Crucifix, le 13 avril 1741, était le troisième fils de J.-B.-J. Le Prince et de Marie Desportes. Le 9 juillet 1765, il avait épousé, en l'église de Saint-Eustache, à Paris, Françoise Fouacier, fille d'un secrétaire du Roi, lieutenant-général de police de Sens ; elle était née à Florence où elle passa ses premières années, et mourut au commen-

Les nouveaux époux, accompagnés de M"»« Le Noir, vinrent au Mans avec mon père et ma mère et ma sœur gui les avait accompagnés. Elle fut mariée le 30 du même mois de juillet. Les fêtes de cette double noce furent nombreuses et très-brillantes (i).

11 fut convenu que M. et M™* du Rancber, demeureraient quelque temps à la maison ; ils y ont été environ quatre ans, pendant lesquels ma sœur mit au monde ses trois filles aînées La première, née le même jour que son cousin (2), fils aîné de Beaufond, fut assez bien reçue ; à la

cernent de la Révolution, vers 1793. Peu de temps après, Le Prince de Beaufond épousa civilement la fille d'un jardinier de Vinccnnes, puis, vers Tannée 1805, il contracta un nouveau mariage, à Tinsu de sa famille. Il mourut à Paris, dans la nuit du 5 au 6 mai 1810, âgé d'environ soixante-neuf ans.

(1) Messirc Louis-Claude Gauvain, seigneur du Rancher, ancien mousquetaire noir, était fils' de Jean-Michel Gauvain, conseiller honoraire en la cour des Monnaies de Paris qui mourut en 1768, et de Marie-Rcnée-Louise Mareau du Ronceray. Ce fut le 30 juillet 1765, qu'il épousa, en l'église abbatiale des Bénédictins de la Couture — l'église paroissiale étant alors en réparation, — Marie- Anne-Henrielte Le Prince, née en la paroisse du Crucifix, le 11 mai 1742. La bénédiction nuptiale leur fut donnée par l'abbé Geoffroy-Michel Maulny, curé de Notre-Dame de la Couture, cousin paternel de la mariée, en présence de nombreux parents, parmi lesquels nous remarquons, en effet, les noms de « messire Charles- Louis Le Prince, écuyer, seigneur de Beaufond, et Françoise Fouacier, son épouse ; et de dame Louise-Antoinette Lucotte, épouse de messire Jacques Le Noir, écuyer, conseiller du Roi au Châtelet de Paris, demeurant rue Saint-Honoré... » — M. Gauvain du Rancher, né à Brulon, le 5 novembre 1736, mourut au Mans, le 12 novembre 1811.

(2) Charles-Jean-Baptiste Le Prince de Beaufond, né le 7 mai 1766, mourut jeune. — Sa cousine, Marie-Jeanne Gauvain du Rancher, naquit au Mans le même jour et fut baptisée en l'église de Notre- Dame de la Couture.

naissance de la seconde, m^n cher beau-frère ne put dissimuler sa peine de n'avoir pas un garçon, et il dit, avec un peu d'humeur, ces mots qui lui ont été répétés trop de fois depuis pour être oubliés : c Sapristi, encore une fille ! » Tant il y a qu'on s'habitue à tout, la troisième reçut un meilleur accueil* Il fallait bien durer, car Tannée suivante^ il en vint une quatrième et ce ne fut qu'à sa cinquième couche, que ma sœur eut un fils. 11 vint au monde si iaible qu'on fut obligé de le baptiser à la maison (i). Je fus chargé de cette cérémonie ; quoique bien simple, elle m'embarrassa dans la crainte de me tromper, La joie de la naissance de ce fils aine fut de courte durée; il succomba bientôt à la faiblesse de sa complezion. Sa mère a été dédommagée depuis; elle a eu deux autres garçons et, quelques années après, une nouvelle fille, en sorte qu'elle a élevé deux garçons et cinq filles.

M"' de Beaufond n'a eu que deux garçons ; le troisième jour de sa seconde couche (2), elle fut attaquée d'une fièvre maligne dont elle pensa mourir. Mon père et ma mère étaient alors à Paris ; ma mère fut marraine de ce second enfant. Elle contribua beaucoup, par ses soins multipliés, au rétablissement de sa belle-fille.

Ce fut pendant ce voyage de mes parents que mon frère Malessard épousa H"' Darius (3). C'était une vraie minia-

(1) Dans ses intéressants Mémoires, le chanoine Nepveu de la Hanouillère enregistre, à la date du 13 mars 1772, la naissance de Louis-Geoffroy Gauvain du Rancher. Cet enfant ne vécut que trois mois ; il mourut en nourrice et fut inhumé, le 28 juin suivant, dans réglise de Saint-Pavin-des-Champs.

(2) Ce second fils naquit à Paris, le 21 mai 1767.

(3) Mii« Darius, née en 1751, était fille de Pierre Darius, écuyer, qui avait été échevin de Paris, en 1700. Elle était âgée d'environ dixsept ans lorsqu'elle épousa, le 3 mai 1768, en l'église de Saint-Jeanen-Grève, Mathieu-Godefroy Le Prince de Malessard, né en la

tiire, U^-peii(e 4e taille, mais parfaitement jproiiortionnée, jolie figoce^ traits réguliers^ beaucoup de gaieté et d'enjouemeut, fijoexxMumerombre, adroite comme les fées, pleine d'esprit, de grâce et de talent. £Ile avait une voi^ charmante et si forte qu'on ne pouvait comprendi'e qu'il p&t en sortir un si grand volume d'un si petit corps. Cette clwmante femme est morte à la fleur de son &ge, sans avoir eu aucun enfant. £Ue a emporté avec elle Testime et les regrets de tous ceux qui la connaissaj^t. £n 1783, mon frère a épousé, en secondes noces, M"' Bardou ; elle ne lui a donné qu'un enfant^ un garçon qui prom^ettût beaucoup pour Tesprit; mais son physique très-délicat et une mauvaisie constitution l'ont bientôt jeté dans un état de langueur à laquelle il a succombé à l'âge de douze ans. Jç n'ai connu $a mère que de réputation et par c(»-respondance; elle avait, suivant les divers rapports qui m'en ont «été iaits, beaucoup d'excellentes qualités et particulièrement un attachement unique .et vraiment cordial pour son mari et sa famille. Les suites d'une échauffaison qu'elle avait gagnée à gouverner son fils l'ont conduite, peu de temps après, au tombeau.

A peu près à l'époque du premier mariage de MaXessard, j'allai k Angers avec mon cousin Desp(»*tes, pour assister aux noces de son frère avec M"* Allard (J). J'^vm mené avec moi mon frère Clairsigny ; il avait quinze à

parojssa du €rucifU, le 18 avril 1740. Elle mourut à Pari?^ Jl« 19 j^vril 17S0, k peine âgéje de vingt-neuf an9. M. de Malessard ^ remaria à M"« Bardou qu'il perdit, le 18 février 1799. — M.alessard est une ancienne terre sitjuée près du Mans, paroisse de SavjgnénÉy,Ôq.ue.

(1) C'est le^ Aoyembre 1769 cjue Jacqyes-Loiiis-Jean Uespprtes de Lisières ^vfiit épousé Perriiie Allar4, fille de Jean-François 411ard, Ueutiep«rt-g^»é/^^ ^ PÇAlce 4 wire d'Alger».

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seiae aas ; il derât 4cès-«niû«reuz d'une oousine de la mariée, M"' Le Gris de la Pommeraye (I). Ils étaient trop jeuœs l'un et l'autre pour s'occuper alors de leurs amours comme d'une chose sérieuse; eependaut, mon frère eut vraiment de la peine à quitter sa petite amie qui, rien moins que jolie^ mais bien faite^ avait de l'esprit, de la tournure, de la gaieté et un excellent ceaur. U pleurait amèrement en partant d'Angers ; il craignait que sa Colette (elle se nomme Nicole) ne lui fil faux bon. Nous ne parvînmes. Desportes et moi, à le consoler, qu'en l'engageant à s'appliquer à lui-même cette vieille chanson :

« Non, non, Colette n*est point trompeuse,

« Elle m*a donné sa foi :

« Pourrait-elle être amoureuse

c( D'un autre bei^er qae moi ?»

En effet, lorsqu'ils eurent attrâit l'ége convenable, leur mariage fut négocié sérieusement. Mon père alla à Angers pour faire la demande et régler les intérêts, et ils épousèrent au mois de septembre 1 775 (2). J*allaià cette noce avec ma femme. La mariée nous donna, à l'un et à l'autre, dès les premiers jours, des marques d'amitié, de confiance et

(i) Nicole Le Gris de la Pommeraye était cousine de Perrine AUard, parce que la mère de celle-ci était née Le Gris.

(2) Julien-Charles Le Prince de Glairsi(?ny, né en la paroisse du Crucifix, le 26 janvier 1732, était le plus jeune frère de Le Prince d'Ardenay. Il parvint à un âge fort avancé et mourut à Gbassillé, le 13 mars 1832, après avoir eu une carrière des plus agitées. — L'an* née suivante, une nouvelle alliance vint encore resserrer les liens qui unissaient toutes ces familles. — Le 23 juillet 1776, Anne- Julienne Desportes de Linières — la eousine-germaine de M. de Glairsigny et la belle-sœur de Perrine Allard — épousa en réglise de Saint^BenoU du Mans, le frère de M"» de Glairsigny. Etienne- Nicolas Le Gris de la Pommeraye, né à Angers, le 15 juUleC 1752.

d'attachement très-distingués ; nous y fftmes fort sensibles, et la liaison que nous formâmes alors a toujours subsisté jusqu'à présent sans aucune altération. Je ne m'étendrai pas davantage à présent sur ce mariage et ses suites dont j'aurai occasion de parler plus d'une fois dans les chapitres suivants de ces Mémoires. Je serai dans le même cas pour ceux de mes belles-sœurs, et je ne parlerai ici des alliances qu'elles ont contractées que pour remplir l'objet de ce chapitre en réunissant, dans le même tableau, l'abrégé historique de tous les mariages de mes frères et sœurs.

M''* de Mécorbon n'avait que onze mois moins que ma femme; suivant les règles de l'égalité (i), elle aurait dû être

((1) Magdeleine-Gharlotte-Françoise Godard d'Assé, dite W^^ de Mécorbon, était née en la paroisse de Saint-Pierre-le-Réitéré, le 28 novembre 1744. Elle avait donc accompli ses vingt-trois ans lorsqu'elle épousa en cette église, le 4 février 1768, René-Joseph Thébaudin, seigneur de la Rozelle, son cousin du quatrième au cinquième degré. La bénédiction nuptiale leur fut donnée à une heure du matin, par Charles-Jean Chesneau de la Drourie, doyen de Saint- Pierre-de-la -Cour et cousin du marié. — On connaît la famille Thébaudin dès le xvi« siècle, depuis Jean Thébaudin qui demeurait en la paroisse de Loué, vers 1550. Son petit-fils, Dominique Thébaudin, seigneur de Bordigné, en Bemay, vint exercer au Mans la profession d'avocat au Siège Présidial. C'est du mariage de son fils Pierre-Dominique Thébaudin de Bordigné avec Marie-Françoise Robelot que naquit à Saint-Pierre-le-Réitéré, le 15 février 1718, René-Joseph Thébaudin de la Rozelle. Dès l'année 1745, il avait été pourvu d'un office de lieutenant-particulier en la Sénéchaussée et Siège Présidial du Mans ; il mourut en cette ville, le 26 mai 1786, âgé d'environ soixante-huit ans. — D'anciennes relations unissaient,' depuis longtemps, ces deux familles. Presque un siècle auparavant — le 14 octobre 1682 — M« Dominique Thébaudin de Bordigné, avocat au Siège Présidial du Mans, présentait au baptême, comme parrain, la fille de son confrère, Pierre Godard d'Assé, baptisée en l'église de Saint-Nicolas.

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mariée un an au plus tard après elle^ mais la Providence ne Tavait pas ainsi ordonné. Sa santé délicate détermina d*abord ses parents à ne se pas presser de la pourvoir; elle eut ensuite une fièvre maligne dont la convalescence fut très-longue. Lorsqu'elle fut rétablie, à ses cheveux près qu'elle avait perdus dans sa maladie, il se présenta un homme d'un certain âge, riche et de bonne famille ; il fut agréé, les conventions étaient faites, on avait commencé les préparatifs et spécialement ma belle-sœur s'était procuré une chevelure factice ; mais il était décidé qu'elle n'épouserait point en perruque. Des craintes sur la santé du prétendu firent rompre les engagements pris avec lui. Lorsque ses cheveux eurent pris toute leur croissance, elle fut enfin mariée au gré de ses désirs avec M. Thébaudin de la Rozelle, lieutenant particulier en la Sénéchaussée et Siège Présidial du Mans. Il avait au moins vingt à vingt-deux ans de plus que sa femme, mais son embonpoint et la fraîcheur de son teint et de son visage le faisaient paraître beaucoup plus jeune qu'il ne Tétait eSectivement.

M. de la Rozelle portait, sur une taille moyenne, une figure régulière et très-agréable; il était né fort^ son éducation et sa vie rien moins que délicate Favaient rendu très-robuste. Tout entier à son état, il ne connaissait que ses devoirs et ne prenait ou ne goûtait, pour ainsi dire, aucun des plaisirs de la société. Très-dur à lui-même^ au point que ses alentours s'en ressentaient quelquefois, un peu minutieux et trop attaché à ses intérêts, tels sont les seuls défauts qu'on peut reprocher à sa mémoire; au surplus, excellent magistrat, juge intègre, ferme et fortement attaché aux principes ; tout son temps était partagé entre les travaux du cabinet et l'exercice des fonctions de sa charge, très-multipliées pendant la longue vacance de l'office de lieutenant-général. Dans le temps du Parlement

Màupeou, sa fermeté lui valut un veniai de te part du chancelier et un petit exil à quelques lieues de Paris.

Il s'écoula au moins deux ans entre le mariage de M** de La Rozelle et celui de M*** des Haies (I); il fut néanmoins question successivement de divers partis tous trèshonnêtes, mais convenant plus ou moins ; il y avait des si, des mais, des quoi et que dirai-je ? Toujours des difficultés et des embarras au grand déplaisir de la petite sœur qui commençait à s'ennuyer d'être seule. Enfin, l'époque marquée dans le livre des destins arriva. M. Le Febvre, de Mareil, vint la demander pour son fils unique récemment pourvu d^une charge de conseiller au Présidial. La famille et la fortune du jeune magistrat étaient connues, sa personne plut à la demoiselle et à ses parents ; tout fut bientôt d'accord. Le prétendu et sa famille montrèrent tant d'empressement de terminer cette affaire qu'il fallut obtenir des dispenses de temps, au moyen de quoi le mariage se fit dans Tavent de Tannée 1770.

M. Le Febvre n'était ni beau ni joli, à beaucoup près, mais il avait toutes les qualités essentielles, im cœui* excellent, un bon esprit, gai et aimable en société et très-appliqué à son état; il a toujours exactement rempli ses devoirs de chrétien, de magistrat, de mari, de père, de fils, de parent et d'ami en homme vraiment pénétré de ses obligations envers la religion^ sa femme, ses enfants, ses parents et tous ceux avec lesquels il avait quelques liaisons d'afPaire ou d'amitié.

(1) Julie-Catherine Godard d'Assé, appelée M^^e des Haies, était née paroisse du Petit-Saint-Pierre, le 2 janvier 1748 ; elle épousa, en cette église, le 17 décembre 1770, Pierre-François Le Febvre du Breuil, conseiller au Siège Présidial du Mans, qui était fils de Louis Le Febvre, seigneur du Breuil, officier du duc d'Orléans, et de Perriae-R^ée Le Plat.

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M. et M"* d'Assé, qui n'ont point eu d'enfants de leurs deux filles aînées, ont été bien dédommagés par la dernière. M"''' Le Febvre, pendant douze ans de mariage, a eu sept enfants et deux fausses couches, et elle a élevé trois garçons et une fille. En outre rie ce grand nombre d'enfants^ elle a eu la petite vérole qui a fait grand tort à sa jolie figure ; mais, ce petit dommage a été amplement compensé i)ar le développement des plus rares qualités et des plus heureuses dispositions.

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