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parents et du siège principal de mes affaires. Après quelques recherches^ je jetai les yeux sur celle de M"" de Baigneux (1) ; depuis la mort de son mari, elle lavait quittée pour se retirer à Paris chez sa sœur .2). Je n'avais aucune relation avec cette dame, j'ignorais si elle était dans l'inteotion de vendre; je la fis pressentir par M. de Launay, avocat (3), mon ami et son conseil. Pendant un voyage que quelques affaires l'avaient obligé de Taire dans la capitale, il employa avec zWe ses bons offices et négocia si bien
(1) Cette maison, située au no 26 de la rue de Quatre-Roues, à droite on venant des Halles, était l'ancien numéro de ville 2097. La mort de Le Prince d'Ardenay en transmit la propriété à sa nièce, Mlle Gauvain de Biard qui l'habita et y mourut en 1846. Ses héritiers vendirent ensuite cet immeuble à M. Philbert Le Lasseux, avoué, adjoint au maire du Mans, dont la famille l'a possédé jusque dans ces dernières années. L'administration municipale a récemment acquis cette maison et, sur l'emplacement, a fait ouvrir une nouvelle voie qui relie la rue de Quatre-Roues à la Halle aux Toiles.
(2) Le chevalier Jacques do Baigneux, ancien capitaine au régiment d'Orléans-Cavalerie, était décédé en 1775, à son château de Baigneux, en Saint-Mars-sous-Ballon. Le 12 octobre 1737, il avait épousé Marie-Geneviève, fille de Michel Coupard de la Blotterie, secrétaire du Roi et seigneur de la Freslonnière en Souligné-sous-Ballon. Elle mourut au château de Baigneux, le 1" novembre 1787. - Sa sœur, Sophie-Angélique Coupard de la Blotterie avait épousé Jean- Baptiste-Julien Richard de Boutigny, au mois de septembre 1741 . Elles avaient un frère, Jean-Joseph-Michel Coupard, écuyer, qui était, vers cette époque, receveur général des bois et domaines de la Généralité de Tours.
(3) Claude-Simon-Denis de Launay était né au Mans, le 13 mars 1737, deux mois après Le Prince d'Ardenay dont il fut le condisciple. C'était un de nos avocats manceaux les plus distingués et un caractère très-honorable. 11 se montra opposé aux doctrines révolutionnaires, et mourut subitement au mois d'août 1795, à la Visitation du Mans où on l'avait arbitrairement incarcéré comme otage.
mon afTaire qu'il détermina la bonne dame à vendre et n me donner la préférence ; il conclut le marché en mon nom, et m'envoya le contrat de vente et les litres. Eu parcourant ces vieux parchemins, je trouvai que ma maison avait été bâtie dans le même emplacement où était jadis le jeu de paume qui servit de théâtre à quelques scènes plaisantes des acteurs du Roman comiqw* de Scarron (I).
Fier et bien content d'avoir pignon sur rue, je m'empressai de faire des plans pour me procurer un logement commode et agréable; j'eus tout le temps de combiner mes idées et de consulter mes amis et les gens de l'art. Il fallait laisser couler l'année du retrait lignager. Dès que je fus propriétaire incommutable, je mis hache en bois. Les différents ouvrages que je fus obligé de faire exécuter, les peintures et l'ameublement emportèrent encore un an, en sorte que ma maison ne fut en état d'être habitée qu'au commencement de l'été de 1778.
Eo voyant approcher cette époque, je me faisais une vraie fête de m'établir chez moi, mais, en même temps, j'éprouvais une peine réelle en songeant à ma séparation de parents si chers que je n'avais jamais quittés, et qui m'avaient comblé, ainsi que ma femme, des marques les plus signalées, et mille et mille fois répétées, du plus tendre attachement et d.^ la plus granile confiance. Mon père et ma mère avaient fait le projet d'aller passer une
(1) Les scènes du Roman comique rappelées ici se passèrent à l'ancienne hôtellerie de la Biche située sur la place des Halles, au no de ville 1991. La maison achetée par Le Prince d'Ardenay se trouvant dans la rue de Quatre-Roues, ne semble-t-il pas évident qu'il est ici dans l'erreur et que son zèle de propriétaire l'entraîne un peu trop loin dans le désir de donner à sa demeure un passé historique i
partie ilu mois de mai à Ardenay; je calculai que je devais profiter de cette absence afin d'éviter le désagrément des adieux et leur épargner le chagrin de voir enlever 1rs meubles que j'avais chez eux. Je dressai mes batteries en conséquence, et, dès qu'ils furent partis, je m'occupai de mon délogement. Je devais les en prévenir, mais pour ménager leur sensibilité, je ne voulus rien leur dire avant leur départ. Je pris le parti d'en écrire à mon oncle d'Amigné, qui était à La Roche ; je lui fis part de mon plan d'être tout à fait aménagé chez moi avant le retour de mes parents. Je le priai de les disposera cet événement et de les inviter à partager avec lui, en arrivant, un souper, sans cérémonie, à mon petit hôtel. Ils devaient revenir le 5 juin, je m'établis la veille dans ma maison et, le jour de leur retour, j'allai au-devant d'eux avec ma femme. L'entrevue fut on ne peut plus touchante; des larmes de tendresse, des protestations réciproques de regrets, d'amitié et de dévouement formèrent une scène délicieuse par l'expression vive et sincère de nos sentiments respectifs. Je réitérai à mes parents l'invitation que j'avais prié mon oncle de leur faire en mon nom; ils s'y rendirent avec lui. Ce premier repas ne fut pas gai, à raison des circonstances ; il se passa néanmoins très-bien, et beaucoup mieux que je ne l'aurais cru> car je craignais infiniment les effets de la grande sensibilité de mon père.
Je fus très-reconnaissant du service que mon oncle m'avait rendu en cette occasion; j'avais bien compté sur sa complaisance, je connaissais tout l'ascendant qu'il avait sur Tesprit de son frère, et je ne pouvais douter de l'étendue de son amitié pour moi ; il m'en avait donné maintes fois des preuves convaincantes. En lui adressant mes sincères remerciements, j'étais bien éloigné de penser que je serais bientôt privé des sages conseils et de l'intéres-
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santé société de ce parent chéri. Dans le mois de juillet suivant^ il fut attaqué d'une maladie violente à laquelle il succomba, à peine âgé de soixante-cinq ans (I). 8a mort, prompte et imprévue, ieta sa famille, ses amis, et pour ains» dire, toute la ville, dans le plus grand deuil. Ce magistrat respectable et éclairé s'était concilié, dans son état et dans toutes les places auxquelles la confiance publique l'avaient porté, une estimé et une considération générales, par l'aménité de son caractère et la justesse de son esprit, par la bonté de son cœur et l'étendue de ses talents et de ses connaissances, enfin, par l'assemblage heureux des vertus qui caractérisent le vrai philosophe et le bon citoyen (2). De tous les beaux traits de sa vie, je n'en citerai qu'un qui lui a fait un honneur infini : c'est le sacrifice volontaire et généreux qu'il fit d'une partie de sa fortune pour faire face au dérangement des affaires de son beau-père. D'un état d'aisance assez brillant, il passa, sans murmurer, à celui d'une étroite médiocrité. Ainsi que les ombres relèvent et lont valoir les beautés des tableaux, de même le changement de position de ce vertueux citoyen et l'héroïsme avec lequel il le soutint, firent briller, d'un nouvel éclat, ses rares qualités qui devinrent l'objet de l'admiration de ses compatriotes.
Lorsque je fus bien établi chez moi, je goûtai à longs traits la douce satisfaction d'être absolument mon maître, plus libre, plus à portée de jouir des agréments de la
(i) Jacques-Geoffroy Le Prince, seigneur d'Amig né, était né au Mans, le 9 novembre 1713; il mourut en cette ville, paroisse de Notre-Dame de Saint-Vincent, le 21 juillet 1778. Déjà pourvu d'une charge de conseiller au Siège Présidial, il avait épousé, en 1738, Anne- Jeanne, fille de Henri-André Guesné, ancien maire de Bonnétablc.
(2) Voilà bien un éloge dans le goût du xviii^ siècle ; il eut été suffisant et bien préférable de nous dire que M. d'Amigné était surtout un bon et sincère chrétien.
société, de voir plus souvent mes amis et de les recevoir chez moi, enfin, de pouvoir satisfaire divers goûts que j'avais sacrifiés jusqu'alors h ceux de mes parents.
J'avais tiré tout le parti possible de mi maison et de mon terrain un peu trop angustié. Je m'étais procuré les commodités essentielles, mais il me manquait bien des choses. La maison voisine, que j'achetai quelque temps après, de M. Pavée, me mit plus à Taise en me fournissant les moyens d'avoir un appartement de plus, un beau cabinet pour moi, des greniers et une basse-cour, et cependant, j'ai conservé une jolie maison à louer avec une portion de jardin et une petite cour.
Deux ans après que je fus établi à mon ménage^ un ami me proposa une jolie terre à acheter, la Houltière, située à deux lieues du Mans, sur la route de Mayenne; elle élait composée d'une maison de maître foii; commode, un grand jardin, un parterre avec une pièce d'eau, un petit bosquet de futaie, vingt-quatre journaux de taillis, une belle ferme et un bon bordage. Je refusai d'abord, je ne voulais point me gêner et, ayant alors toute la charge du commerce, je ne pouvais me flatter de pouvoir jouir librement de cette acquisition. On insista en me proposant les plus grandes facilités pour le payement Je fis mes réflexions et, après avoir calculé les avantages que je pourrais retirer de cette terre très-susceptible d'agréments et d'améliorations, combinant, d'ailleurs, que suivant toutes les probabilités, je ne pouvais, d'ici à longues années, espérer par succession aucune propriété de campagne, je me déterminai à traiter avec M. de la Borde (1), proprié-
(1) La terre de la Houltière, située en la paroisse d'Aigné, près Le Mans, ippartenait, depuis longtemps, à la famille de Renusson de la Bor le. De son mariage avec Jeanne-Françoise Le Boucher, Pierre-Gabriel de Renusson de la Borde, mort en 1746, avait laissé
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taire. Sitôt que je fus en possession, je fis plusieurs réfections et réparations urgentes, j'arrangeai le jardi i, le parterre et la maison, dans laquelle je mis les m( ubies les plus nécessaires. Je commençais à goûter les fru.ts de mes travaux, et je me faisais d'avance une fête des jouissances que je m'étais préparées ; mais elles ont été bornées à de petits voyages et à des séjours bien courts et assez éloignés les uns des autres par l'efTet des événements qui suivirent de près cette acquisition, et qui m'obligèrent à changer mes vues et mes projets.
deux fils dont le cadet, François-Louis de Renusson de la Borde, devint propriétaire de cette terre quMl vendit à Le Prince d'Ardenay vers 1780.