CHAPITRE XX
Grande maladie de ma femme. — Bénédiction de la chapelle d'Ardenay. — Baptême du juif Cognirche
Ma femme avait toujours joui d'une bonne santé et, depuis dix-huit ans que nous étions mariés, je ne l'avais jamais vue retenue au lit un seul jour. Au mois de juin d782, nous allâmes ensemble, à pied^ àla Houletiëre ; elle qui marchait si bien et si lestement, sans se lasser, fut fatiguée de ce petit voyage. J'en attribuai la cause à la chaleur de la saison ; mais cette fatigue était un avantcoureur de la maladie dont elle fut attaquée peu de temps après.
Un soir des premiers jours de juillet, en sortant d'une maison où elle avait passé l'après-midi, elle ressentit au gros doigt du pied droit une douleur si violente qu'elle pouvait à peine l'appuyer ; cependant, à l'aide de deux bras, elle se rendit chez elle et se mit au Ut. Persuadée que cette incommodité ne provenait que d'un effort ou de quelque nerf varié, elle envoya chercher M. des Bois (1), son chirurgien, qui ne trouva rien de dérangé ; mais les
(1) Gilbert Thibaut des Bois était frère du curé du Crucifix, et ce titre le recommandait particulièrement à la confiance de W^^ Le Prince d'Ardenay. Quoiqu'il fût seulement officier de santé, il s'était acquis au Mans la réputation d'un bon chirurgien ; il mourut en cette ville, au mois de septembre 4796. — Le 4 février 17fô, il avait épousé, en l'église de Saint-Nicolas, Marie-Magdeleine Châteaux, qui lui survécut.
signes extérieurs qui caractérisent la goutte lui firent juger que ce pouvait être une première attaque de cette maladie. On employa les remèdes usités en pareil cas ; ils firent peu d'effets et on ne tarda pas à reconnaître qu'il y avait cornplication de rhumatisme avec la goutte ; peu à peu, le mal augmenta, le pied, le genou, la hanche et successivement toutes les articulations du côté droit furent entreprises. Le côté gauche n'en fut pas exempt, mais la force du mal se porta constamment de l'autre côté et vint au point que, pendant tout l'hiver^ elle fut percluse de presque tous ses membres, privée de sommeil, ne pouvant rester un quart d'heure dans la même attitude et soufiTrant, chaque fois qu'on la tournait et qu'on la changeait de position, des douleurs incroyables. Elle maigrit au point de n'avoir plus que les os sur la peau. M. Champion, son médecin et son bon ami, suivit cette maladie avec tout le zèle que lui inspirait Tamitié, et avec la plus scrupuleuse exactitude ; affligé et vraiment inquiet du peu de succès de ses remède?, il proposa lui-même de consulter cette maladie si extraordinaire. Il rédigea un mémoire très détaillé que j'envoyai à Paris ; les deux docteurs de la capitale, qui furent consultés séparément, approuvèrent unanimement le régime et le gouvernement employés par M. Champion, spécialement les pilules fondantes qu'il avait déjà administrées avecd'autantplus de raison que, suivant l'opinion d'un des docteurs de Paris, la principale cause du mal venait d'un empâtement dans les entrailles. M. Champion, fort de l'avis de ses collègues, reprit courage et mit tous ses talents en œuvre pour tâcher de rendre la santé à sa chère malade. Cependant, il craignait toujours, d'après ses connaissances^ que la guérison ne fût bien longue et jamais parfaite. D'ailleurs, la saison était absolument contraire aux nouveaux remèdes qu'il avait dessein d'employer. D attendit, avec bien de l'impatience^ le retour du prin-
temps. Dès le mois de février, il commença les bains^ ma femme en prit soixante de suite, avec des douches, et alternativement des pilules fondantes et purgatives. Ces bains opérèrent le meilleur effet ; peu à peu, les douleurs diminuèrent; les mouvements des articulations se dégagèrent et^ quoiqu'elle ne pût encore marcher ni se servir qu'avec difficulté de quelques-uns de ses membres, on la voyait, avec plaisir, gagner de jour en jour quelques degrés vers la convalescence. Ce ne iut qu'au mois d'avril que toutes mes craintes furent dissipées, lorsque le retour de l'appétit et du sommeil nous donna l'espoir d'une guérison prochaine. Pour la hâter et la consolider, M. Champion lui conseilla d'aller passer le mois de mai à la campagne. Ma femme approuva très fort ce projet et l'idée seule de sa prochaine excursion ne contribua pas pour peu à l'avancement de sa convalescence. Je me rendis, le premier, 'à Ardenay, pour préparer et marquer les logis et pour disposer tout ce qui pouvait lui être utile et agréable dans sa position. Je fis, entre autres, monter une petite voiture légère à bras avec un fauteuil bien garni sur des soupentes pour la promener dans les avenues, dans les cours et jardins et dans les bois.
Ma femme n'avait pu aller à Ardenay depuis que j'en étais propriétaire; ainsi son voyage eut le double motii de prendre possession de celte terre et de rétablir sa santé. Les curés d'Ardenay(l) et de Soulitré{2),àla tète de leurs
(1) Jacques Le Roux fut curé d' Ardenay depuis 1768 jusqu'à sa mort arrivée le 21 février 1789.
(2) La paroisse de Soulitré avait alors pour curé Jean-Baptiste- Emmanuel Chaillou de la Torillière, précédemment curé de Saint- Jean -sur-Erve, et qui, en 1779, avait permuté cette cure avec Jean- Baptiste Mandroux. L'abbé de la Torillière administrait encore la paroisse de Soulitré au moment de la Révolution. Après le Concor-
paroissiens, vinrent au-devant d'elle et la complimentèrent en lui présentant pour hommages des couronnes et des bouquets de fleurs de la saison. J'avais fait quelques couplets analogues à la circonstance ; je les chantai et tout le monde répétait avec enthousiasme les refrains dans lesquels j'avais exprimé, de tout mon cœur^ ma joie et celle du canton de pouvoir posséder ma princesse. Le cx)rtège l'accompagna sur deux haies jusqu'au château. La troupe, arrivée dans la principale cour, après quelques évolutions et des décharges réitérées de sa petite artillerie, se retira en bon ordre et alla se rafraîchir en bavant maintes rasades à nos santés.
D^s que ma femme eut respiré le bon air de la campagne, elle se sentit beaucoup mieux. Les remèdes qu'elle continuait et le régime qu'elle observait très exactement produisirent les plus heureux effets. Elle trouva aussi un baume très salutaire dans les douceurs d'une petite société de parents et d'amis qui s'empressaient, à l'envi, de lui être utiles et de lui procurer quelques agréments. Elle ne pouvait encore marcher; cependant, elle nous accompagoait chaque jour à la promenade, dans sa petite voiture que nous traînions tour à tour. Ce genre d'exercice et le grand air la fortifièrent sensiblement, en sorte qu'à la fin de ce voyage, elle jouissait d'une santé aussi bonne et bien meilleure qu'on eût pu l'espérer après une maladie si longue et si cruelle. Sur l'avis de M. Champion, elle prit dès lors la résolution de faire un usage habituel et périodique de ses pilules pour fondre et détourner les humeurs qui pouvaient la menacer de nouvelles attaques.
dat, il se fixa au Mans, fut nommé chanoine honoraire en 1807 et mourut en 1815. Né en 1746, il était fils de Jean-Emmanuel Chaillou de la Torillière, officier au grenier à sel de la Ferté-Bernard, et de Marie-Anne-Renée Pavée.
Au moyen de ce régime peu gênant, elle s'est bien soutenue depuis, mais elle portera, toute sa vie, les funestes marques des douleurs qu'elle a soufiertes, et elle ne peut faire de courses un peu longues^ sans le secours d'un bras ou d'un bâton.
Ce fut pendant le cours de ce voyage que je fis bénir la chapelle d*Ârdenay. Mon père n'avait bâti que les murs ; après sa mort^ ma mère commença la décoration de l'intérieur. Sitôt que je fus propriétaire, je me hâtai de terminer cet ouvrage. Mgr TEvèque donna la commission de bénir cette chapelle à labbé Dugast, son promoteur et chanoine de l'Église du Mans (1), avec lequel j'étais intimement lié. J'invitai plusieurs ecclésiastiques à cette cérémonie qui fut faite avec la plus grande décence et toute la solennité possible. La chapelle fut bénite sous l'invocation de la Sainte-Vierge, le 15 mai 1783. Le procès- verbal de cette bénédiction fut consigné siu* les registres de la paroisse (2). Le curé d'Ârdenay me demanda et je lui
(1) Michel-Jacques-Charles Dugast, né en la paroisse du Crucifix, le 26 décembre 1726, était fils d'un grefiier au Siège Présidial du Mans. Les liens qui rattachaient, depuis longtemps, à la famille Godard d'Assé, avaient encore accru son intimité personnelle avec Le Prince d'Ardenay : Tabbé Dugast avait eu pour marraine Marie- Magdeleine Sonnet, femme de Charles-Pierre Godard d'Assé, aïeule de M»« Le Prince d'Ardenay. — D'abord membre du Chapitre royal de Saint-Pierre-de-la-Cour, il devint ensuite chanoine de Saint- Julien, et prit possession, le 9 décembre 1771, du canonicat laissé vacant par la mort de René-Pierre Montsallier. Dans ses Mémoires, le chanoine Nepveu de la Manouillère nous parle fréquemment de l'abbé Dugast, son confrère, dont 11 enregistre la mort à la date du 28 mars 1797.
(2) L'extrait de cette relation, publiée dans Y Inventaire-Sommaire des Archives du département de la Sarthe, t. I, p. 93, constate la présence de l'abbé Bureau, alors curé de Notre-Dame du Pré, et de
Digiti
aecordai avec grand plaisir la permission de faire, chaque année, ^ne station à ma chapelle, le jour de saint Marc et aux Hogations. Mgr l'Evéque me donna, sans difficulté, celle d'y iaire célébrer la sainte messe, tous les dimanches et fêtes ordinaires. J'en ai usé avec grand plaisir toutes \e^ fpi^ que i'ai pu me procurer des prêtres ; quoique nous soyons peu éloignés de l'églisfi^ c'est ime grande commodité pour nous^ dans certaines occasions, et toujours, pour l^s personnes des environs, parce qu'il n'y a point de premières messes à Ardeuay ni dans la plupart des paroisses voisines.
Pendant la Révolution (i), je fus obligé non seulement de fermer ma chapelle d'Ardenay, mais d'en enlever et cacher tout ce qui pouvait tenir à l'exercice du culte.
Au retour de la paij^ religieuse, je m'empressai de la rpuvrir; je me bornai alors aux réparations indispensables, m attendant les moyens et l'occasion de l'orner d'une nouvelle décoration. G est ce que j'ai fait au mois de juillet 1813.
L'intérieur de la chapelle, de la sacristie et celui du vestibule ont été blanchis et peints à neuf; toutes les sculptures et moulures dorées ; les ferrures des portes e* fenêtres bronzées ; un bénitier de marbre dans le vestibule ; le plancher de la chapelle couvert, en grande partie, d'un tapis; sur l'autel, un grand tableau de TAssomption de la sainte Vierge, d'après Raphaël, et entre l'autel et la tribune, ceux de sainte Geneviève et de sainte Elisabeth de Hongrie, le premier d'après Mignard, le second d'après
plusieurs membres des familles Gauvain du Rancher, Mioche de Tournay, Chesneau des Portes, etc.
(i) ^ons pensons qu'il convient de placer ici les notes détachées que Le Prince d'Ardenay écrivit plus tard sur la restauration de la t^apipUe fie ^on château et qui complétpnt le récit qui précède.
Le Brun ; ces trois tableaux copiés avec autant de goût que d'exactitude, par 1^ sieur Magoteau (i).
Le principal motif gui ix^'a déterminé & la nouvelle décoration de ma chapelle a été de disposer Tautel de manière à y placer avec distinction une précieuse relique de la vraie croix.
J'ai lait faire, h cet effet V^^ i^ sieur Sanis, sculpteur tyrolien, une exposition ; au milieu est une petite élévation sur laquelle se place la croix sous une couronne d'épines soutenue par deux anges qui tiennent, du côté opposé, chacun i|n petit chandelier ; à côté de l'exposition sont placés les reliquaires.
Le 34 août 1813, fête de saint Barthélémy, M. le euré de la Couture, assisté de M. Moreau, Tun de ses vicaires, et en prés^ence de M. Chaignon, curé de Monlfbrt, fit la bénédiction du tableau de l'autel, d'une nappe et autres objets relatifs au culte, et ensuite une exhortation très pathétique sur le mystère de la Croix qui fut adorée par les nombreuses, personnes qui assistaient à cette pieuse cérémonie. ÇUe fut suivie de la messe célébrée tour à tour par les prêtres ci-dessus désignés qui se servaient, pour la première fois, d'une chasuble en moire d'argent enrichie
(1) Antoine Magoteau, sur lequel nous n*avons d'autres renseignements que ceux que nous lisons ici, nous parait être un artisan bien plus qu*un artiste. Avant de venir s'établir au Mans, il s'était d'abord fixé à P^ris où naquit, le 15 vendémiaire an XII, son fils Antoine Hippolyte Magoteau, que nqus retrouvons plus tard, exerçant au Mans la profession de peintre sous la Restauration. — Antoine Magoteau vivait encore l^rs de la naissance de son petitrfils Ernest-Antoine Magoteau, né au Mans, le 38 juillet 1936. — En outre des tableaux cités plus haut, il avait peipt un saint Jean- Baptiste, patron de Le Prince d'Ardenay, et un saint François de Sales pour Toratoire privé que routeur de ces Mémoires avait dressé dans sa maison du Mans,
de broderie, que je me suis procurée des magasins de M"« Elbert. — Cette fête a duré pendant les trois jours que M. le curé de la Couture et ses assistants ont resté à Ardenay.
En 48U, Toratoire et la chapelle ont été enrichis de nouveaux ornements. La veille de Saint-Jean, je reçus les souhaits les plus heureux et les plus flatteurs à l'occasion de ma fête ; chacun de mes parents et amis réunis à tout mon monde m'exprima de la manière la plus énergique, en vers et en prose, ses sentiments et ses vœux. Ma fille me fit présenter, par nos jeunes élèves Jarry et Hamard (1), deux tableaux, l'un de saint Pierre, l'autre de saint François d'Assise, copiés par Magoteau, sur de très bons modèles. Dans le premier de ces tableaux, le prince des apôtres est peint les mains jointes et les yeux levés au ciel, avec la plus vive expression de la douleur de sa faute qu'il a pleuré jusqu'à la mort. Dans le second, le saint religieux est représenté mourant, tenant entre ses mains une tète de mort ; un ange le soulève d'une main, et tient dans l'autre une couronne prête à placer sur la tète du saint. Ces deux tableaux furent placés de suite dans loratoirc.
(1) Ces deux jeunes gens, dont Le Prince d* Ardenay avait facilité Tadmission au séminaire et pris à sa charge les études classiques, répondirent aux soins de leur généreux bienfaiteur. Armand- François-Pierre Jarry, né à Thorigné, le 13 mai 1793, ordonné prêtre le 11 août 1816, devint aumônier de la prison de La Flèche, et mourut en cette ville, le 26 décembre 1862. — Quant à François Hamard, né à Mulsannc, le 5 août 1793, il fut ordonné prêtre par Mgr de Pidoll, dans la chapelle de l'Évêché, le 27 mai 1817. Après un long ministère, il quitta, au mois d'octobre 1872, la paroisse de Peray qu'il administrait depuis 1861, et se retira à la communauté de la Providence de La Flèche où il reçoit aujourd'hui les soins qu'exige son âge avancé.
Dans le courant de l'été de 1815, j'ai fait faire deux nouveaux tableaux ; le premier représente sainte Marie- Madeleine, et le second l'Adoration des Mages, copiés par le sieur Magoteau, sur les modèles fournis par M. le curé de Saint-Pavin et M. l'abbé Hitzler (1). L'année suivante, je fis ti-ansporter, dans la chapelle d'Ardenay, le tableau de saint Sébastien mourant, très exactement copié par Magoteau sur le modèle fourni par M. Hitzler.
Après un séjour d'environ un mois à Ardenay, j'eus la douce satisfaction de ramener ma femme en ville, assez bien rétablie pour bannir tout chagrin et inquiétude. Nous nous livrâmes, dans notre intérieur et dans la société intime de nos amis, à une joie d'autant plus vive que, depuis près de trois ans, nous avions successivement et presque sans interruption éprouvé les événements les plus fâcheux : la mort de M. du Verger, celle de mon père, de ma mère et de M. Le Febvre, notre beau-lrère (2), et enfin la maladie de ma femme dont je viens de rendre compte. J'en avais aussi essuyé une que j'ai attribuée à la douleur profonde que m'avait causé la perte de mes proches, au travail forcé que j'avais fait pendant plusieurs mois, et surtout à Timpression que je ressentis en voyant ma femme attaquée d'une maladie dont les symptômes effrayants me faisaient craindre ou de la perdre ou de ne
(1) Valenlin-Joseph Hitzler, prêtre du diocèse de Trêves, avaij suivi Mgr de PidoII lorsque ce prélat devint évèque du Mans ; nommé chanoine titulaire de TÉglise du Mans dès la restauration du culte, en 180â, il mourut en cette ville, le 16 mars 1834, âgé de soixante-dix-sept ans.
(2) Pierre-François Le Febvre du Breuil, seigneur de Saint-Pierredes-Bois, secrétaire du Roi et son conseiller au Siège Présidial du Mans, était décédé à Mareil-en-Champagne, le 22 septembre 1782* âgé seulement de trente-huit ans.
pouvoir la poDserver que d^ins i|q état (1@ souffrance et de langueur.
Ma maladie commença au mois d'octobre : il y avait (}^jà plus de trois mois que ma lemme était sur le grabat. Je cyu* d'abord que ce n'était qu'un dérangement d'estomac ; j'étais absolument dégoûté. Le grand air et l'exercice, qvii étaient mes seuls remèdes dans des indispositions ordinaires, ne Qr^nt aucun effet; bientôt la fièvre s'empars^ de moi ; elle devint double^ tierce^ presque continue^ avec fris^Qns, reidoublement et délire. J'en eus plusieurs %ccès et| pi^ndant quelques jours, mon état fut vra.in(ient inquiétant. Â force tisap^s , vomitif^ et purgalions, je me tir^dWaire; ma convalescence fut assez longue, mais, 4è$ que j^ pus un p^u me soutenir^ j'allai avec une garde 4^ conffagc^ à Ârdepay. J'y retrouvai l'appétit et assez de ^rces pour revenir auprès de nia femme qui était alors BfM plus foft de çon mal (i).
Quelque temps après mon rétablissement^ je fus prié d'être parrain d'un juif qui désirait se convertir à la foi; il se nommait Ck>guirch6, natif de Prague. 11 y avait trois ^ns qu'il derneuraitau Mans où il faisait, et dans les euvif0^9, un petit commerce en colportant d'un endroit à l'autre diverses marchandises. Depuis sept mois, il avait reçu du P. Richard, prêtre de l'Oratoire et curé de Saint- Ouen (!2), les instructions nécessaires. Lorsque ce bon
(1) « A rexception de quelques accès de fièvre tierce en 1783, écrivait Le Prince d'Ardenay en 1816, j'avais toujours joui d*une santé solide. Elle fut si vivement altérée à raison des événements relatifs au retour imprévu de l'usurpateur du trône français et des misères et vexations que nous avons éprouvées pendant le long et déplorable séjour des troupes étrangères dans toute la France et particulièrement dans la province du Maine, qu'on a craint pour moi et que j'ai craint moi-même d,e succomber. »
(2) Né à Neuvillalais vers 1730, le Bère Charles-Guillaume Richard
pasteur l'eut jugé assez instruit et suflBsamment disposé à recevoir la grâce de la régénération, il fixa le jour de cette cérémonie intéressante au mardi 18 février 1783; elle se fit dans l'église des PP. de TOratoire, en présence d'un très grand nombre de spectateurs de tous les ordres de la ville. Après avoir fait abujration solennelle, notre néophyte reçut le baptême et fut nommé par moi et par M^^" d'Amigné qu'il avait choisie pour marraine, Emmanuel «•Jean-Baptiste-Henri-Siméon; il avait désiré et demandé le nom d'Emmanuel, nous y ajoutâmes ceux de Jean-Baptiste et Henri comme les premiers que poiient ses parrain et marraine^ et celui de Siméon afin qu'il n'oublie jamais que c'est le jour que l'Eglise célèbre la fête de ce saint qu'il a eu le bonheur, en renonçant à ses erreurs, d'être admis au nombre des enfants de Jésus- Christ, à la participation de ses grâces et de sas divins sacrements. Il fit, le même jour, une première communion et reçut la confirmation le lendemain.
était devenu curé de Saint-Ouen-des-Fossés, au mois de janvier 1769, lorsque le P. Thouvrey fut nommé curé de Saint-Vincent. Quand survint la Révolution, le P. Richard refusa de souscrire au serment schismatique; il fut conduit à Nantes, déporté en Espagne, où il mourut vers 1797, sans avoir pu revoir la France.