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cathédrale , toutes tes croix et figures de saints et en subs« tituant au culte ^e la divinité celui des déesses de la raison. Pour remplir ces rôles iniàmes , on avait choisi trois jeunes filles qu'on eut Timpudence de placer sur l'autel pour recevoir les hommages d'un peuple auquel on voulait faire abjurer sa religion.
Cet énorme attentat ne fut pas longtemps sans puni-* tion. Dix jours après, le 10 décembre, l'armée des Vendéens s'empara de la ville d*où elle fut chassée, deux jours après, par l'armée qui la poursuivait. U en résulta une infinité de pillages^ de meurtres, de massacres et de destructions de bâtiments. Ma maison (1), vis-à-vis de laquelle eut lieu le plus fort de la mêlée lorsque l'armée força les Vendéens à la retraite, fut très maltraitée par les boulets, les biscalens qui criblèrent le pignon et brisèrent les portes et fenêtres. J'avais été pillé par les Vendéens, je le fus encore plus par l'armée qui les chassa. La perte que j'ai essuyée en cette occasion montait à plus de sept mille francs ; il ne me resta aucun efiet de ma garde-robe et j'en perdis beaucoup de précieux et quelques dépôts d'argent que j'avais laissés dans mon secrétaire qui fut forcé ainsi que mes bureaux et armoires, et tous mes titres et papiers bouleversés. Je fus alors, dans toute la force du terme , un vrai sans-culotte ; il ne me restait que celle que j'avais apportée du Mans et qui était à peu près au point de ne plus servir.
Nous craignions, pendant quelques heures, que quelques divisions de Vendéens ne s'enfuissent de la ville par notre
{{) Les relations du temps constatent, en effet, que la rue de Quatre-Roues fut le théâtre d'une lutte acharnée entre les royalistes et les républicains. C'était, du reste, Tune des deux seules voies qui conduisaient de la rue Basse à la place des Halles, la rue des Minimes n'étant pas encore ouverte à cette époque.
route. Di5jà, plusieurs habitants des environs, fermiers et bordagers, étaient partis avec leurs bestiaux et s'en allaient du côté de Saint-Calais. Leur fuite était motivée sur l'ordre inconsidéré de couper les ponts et surtout celui sur le marais, ce qui n'aurait pas empêché les Vendéens de passer la rivière à gué. Nous en fûmes quittes pour la peur du moment , et bientôt, nous rentrâmes tranquillement dans notre retraite.
J'eus, quelques jours, une première attaque de goutte assez forte pour m'em pêcher de marcher et m'obliger de garder le lit.
A peine étais-je relevé que ma juste sensibilité fut mise à une nouvelle épreuve par la mort de Tépouse de Levasseur, mon concierge ; elle succomba le sixième jour d'une pleurésie. Cette excellente femme, à laquelle on ne pouvait reprocher que trop de bonté, emporta les vifs regrets de tous ceux qui la connaissaient. Son mari, inconsolable, fut longtemps dans un état terrible et inquiétant pour sa santé.
En finissant ce chapitre, je me bornerai à indiquer quelques-uns des principaux événements arrivés au Mans ou dans la province, pendant les années les plus désastreuses de la Révolution.
Cessation du culte catholique dans les églises, remplacé par celui des constitutionnels.
Destruction de la majeure partie des églises , malgré les plus justes représentations pour la conservation de plusieurs qui auraient pu servir à divers établissements publics.
Réclusion des prêtres catholiques, bientôt après déportés et inscrits sur la liste des émigrés, afin de s'emparer de leurs biens.
Visites domiciliaires souvent répétées , sur les prétextes les plus frivoles et toujours sans fondement, notammen
celle gui fut faite daus toute la ville avec le plus grand appareil, pour recouvrer des ornements et effets précieux qu'on prétendait avoir été séquestrés ou volés par les prétendus aristocrates et que les patriotes , instigateurs de la visite domiciliaire, avaieni eux-mêmes cachés.
L'enlèvement ou mutilation des armoiries et de tous les signes de distinction y brûlement de tous les titres de noblesse^ seigneurie et féodalité; avanies incroyables faites à plusieurs femmes honnêtes qu'on traîna honteusement sur la place des Halles où elles furent tondues et fustigées publiquement, notamment M"* La Maitinière, connue par son zèle pour les pauvres et les malades^ et M"* de Villiers (1), femme d'un conseiller au Présidial , laquelle mourut, peu de temps après, des suites de l'impression douloureuse de ce cruel et barbare traitement*
Réunion postérieure et forcée de toutes les femmes honnêtes de la ville^ sur la même place d'où^ escortées par la force armée, elles furent conduites, en forme de procession dérisoire, dans l'église de Saint- Julien, et de là, dans chacune de leurs paroisses respectives. L'objet de cette infâme
(1) Si réservé que soit Le Prince d'Ardenay lorsqu'il nous parle de ses contemporains, il ne pouvait cependant oublier Mn«de ViUters, dont il avait à nous rappeler les qualités exceptionnelles et les malheurs. — Catherine-Louise Maulny, née au Mans, le 14 octobre 17S6, était fille de Louis-GeofiFroy-Julien Maulny et petite-fille du chroniqueur Louis Maulny, conseillers au Siège Présidial. Par sa grand-mère Catherine Landouillette, fille de Julienne Le Prince, elle était cousine du 3 au 4» degré avec Fauteur de ces Mémoires. Le 13 janvier 1772, à peine âgée de quinze ans, elle avait épousé Jean- René Hérisson de Yilliers qui, en 1768, avait succédé à son pèr^ dans sa charge de conseiller au Siège Présidial. l\ est bien vrai que les événements de la Révolution et la douleur qu*en ressentit M°^« de Yilliers, la conduisirent prématurément au tombeau ; elle mourut au Mans, au mois de janvier 1794, laissant un fils unique et deux filles dont rainée avait épousé, en 1791, M. de Ghauvigny.
et ridicule cérémonie était d'attirer des partisans au culte constitutionnel; mais les efforts des meneurs furent impuissants et inutiles.
Plusieurs prêtres catholiques guillotinés dans la province ; il y en eut deux au Mans, l'abbé Bodereau, vicaire du Pré, et M. Guibaut, lazariste. Le premier fut inhumé solennellement par Maguin , curé constitutionnel de la Couture, qui fit, dans son église , l'éloge vrai et public du défunt (1), pourquoi il fut rayé , le soir même , par l'assemblée du club, de la liste de ses affidés. Le second avait été vendu par la garde d'un malade qu'il avait administré secrètement.
Persécution incroyable contre tous les prêtres cachés dont plusieurs furent exportés à Rochefort, à la Guyane, etc.
Loi du maximum qui ruina plusieurs marchands , par les prix ridicules auxquels étaient fixées les marchandises et denrées.
Emprunt forcé, qui désola et gêna beaucoup toutes les maisons aisées. J'y fus taxé, pour ma part, à cent cinquante mille francs ; c'était, il est vrai, en assignats. Cet emprunt devait être rendu par douzièmes , d'année en année ^ mais il n'a été tenu compte que du premier douzième.
Loi des otages, en vertu de laquelle on enferma un grand nombre de bons citoyens qui languirent longtemps dans leurs prisons. Ceux du Mans furent mis à la Visitation; M. de Launay, avocat, y mourut subitement, d'une attaque d'apoplexie, suite inévitable du cbagriu de son injuste détention.
(1) Le caractère d*Antoine Maguin et l'exaltation de ses sentiments révolutionnaires nous permettent difficilement de croire à l'exactitude de ce fait.
Invasion de la ville du Mans, le i5 octobre 1799, par les chouans au nombre de quatre mille environ. Cette armée s'était divisée en plusieurs pelotons pour entrer au même instant y et dès quatre heures du matin , par les différents chemins et issues. Les bruits confus de leur arrivée, qui s'étaient répandus, la veille, dans la ville, avaient déter-^ miné tous les membres des autorités constituées, les clubistes et les grands patriotes, à prendre la fuite. Il ne fut pas difficile aux chouans de s'emparer de tous les postes, du magasin à poudre, de tous les tribunaux et greffes publics où ils bouleversèrent tous les titres et papiers ; ils forcèrent aussi la garnison qui était à Saint- Vincent à leur céder la place. Ils n'en voulaient qu'aux démocrates et aux acquéreurs de biens nationaux dont plusieurs furent sommés, verbalement et par écrit, de fournir des sommes plus ou moins considérables, suivant la nature ou l'importance de leurs acquisitions.