CHAPITRE XXXIII Dn retour des Bourbons
Vive la paix! vive le Roi! vivent les Bourbons 1 Tels sont les cris de joie et les vœux sincères de tous les bons français, depuis l'entrée à Paris du roi Louis XVin, digne héritier des vertus et des talents de saint Louis et de Henri FV ; Louis le Désiré est destiné par la Providence pour mettre fin aux malheurs de toute espèce qui ont désolé la France pendant vingt-cinq années d'une révolution aussi longue que désastreuse.
L'histoire nous donnera et transmettra à la postérité tous les détails de cette grande et heureuse contre-révolution.
En bénissant Dieu de cet événement miraculeux, que tous les vrais catholiques regardent comme une nouvelle preuve de la protection de la sainte Vierge, je me bornerai à consigner, dans ces Mémoiresy ce qui peut m'in« téresser particulièrement, ainsi que la province du Maine.
Avant la Révolution, Louis-Stanislas-Xavier, fils de Louis, Dauphin, connu d'abord sous le titre de comte de Provence et postérieurement sous celui de Monsieur, frère du roi Louis XVI, était seigneur apanagiste de la province du Maine, à laquelle il donna souvent et constamment des marques de ses bontés et des preuves signalées de sa protection.
La Société littéraire et patriotique^ établie au Mans, obtint, en 1779, à la recommandation de M. le comte de Tressan, notre compatriote, un bon, signé de la main de
ce prince, par lequel il se déclare protecteur de ladite Société, avec permission d'intituler tous ses actes et registres sous cet auguste titre. Depuis l'avènement de S. A. R. au trône, la même Société a été qualifiée : Société royale éki arts, séant au Mans.
Sur la demande des ofiBciersdu Présidial, ce bon prince leur fit le don gracieux de son portrait en pied, qui fut placé dans la salle du conseil. L'inauguration de ce tableau lut célébrée avec toute la pompe et les hommages dus au digne prince qu'il représentait.
Les Hanceaux auraient, sans doute, conservé bien précieusement ce gage de la bonté du seigneur apanagiste de leur province^ si des mains sacrilèges n'étaient pas venues l'arracher de l'asile sacré dans lequel il était placé, le lacérer et brûler en haine et détestation de tout ce qui tenait à la royauté, à l'époque désastreuse du bouleversement général de tous les principes.
Pour réparer ce malheur, j'aime à croire et je me persuade que mes bons concitoyens seconderont le vœu que j'ai fait, dans mon cœur, de réclamer un nouveau portrait de cet excellent piince, au nom des habitants du chef-lieu d'une province qui lui a toujours été chère, ainsi qu'il l'a reconnu depuis son rétablissement sur le trône et notamment par sa gracieuse réponse aux députés du Mans, en les assurant qu'il connaissait bien c le vrai et constant attachement aux principes, des habitants du bon vieux Maine, » dans lequel, pour me servir des expressions d'une petite pièce de vers analogue aux circonstances, a les lis n'ont jamais défleuri. »
La renaissance de cette fleur si chère aux français avait été prédite en 1791; l'auteur d'une chanson sur les désordres du jardin de Trianon n'y trouve d'abord que des soucis humectés par les pleurs de l'aurore, mais, à force de chercher.
Soadain nn lis frappa ma vue,
La tige en était abattue,
Ses feuilles couvraient le gazon.
Dans l'espoir qu'il ressuscitera peut-être, il consulte une jeune bergère assise à l'abri d'un saule pleureur :
Prenez, dit-elle, confiance, Vous verrez refleurir ce lis C'est moi qui vous le prédis, Moi qui me nomme TEspérance.
L'accomplissement de cette prédiction est bien prouvé et justifié par le retour successif de tous les membres de la famille royale. Monsieur, comte d'Artois, entra à Paris peu de temps après les princes alliés. Le Roi n'y arriva que le 3 mai.
Dès le lendemain de Teotrée des princes alliés^ nous apprîmes au Mans cette heureuse nouvelle, par des lettres particulières et par les rapports de divers voyageurs arrivant de la capitale. Tous les bons citoyens attendaient avec autant d'empressement que d'impatience les journaux ; ils furent tous interceptés pendant quatre jours consécutifs. M. Derville-Maléchard, préfet, incrédule sans doute ou intéressé personnellement à cacher à ses administrés les changements survenus, avait mis tout en œuvre et au point d'aller lui-même au-devant des courriers, pour s'emparer des journaux et papiers publics et les empêcher de parvenir à leur destination Mais, ses précautions se trouvèrent en défaut. Le 8 avril, jour du vendredi saint, il ne pensa pas ou il ignorait que le courrier du vendredi matin n'arrivait pas par la même route : il n'alla et n'envoya point au-devant de ce courrier, dont toutes les dépêches furent promptement distribuées dans toute la ville.
Alors, n'ayant plus d'intérêt d'arrêter les dépêches du courrier du vendredi soir, qui confirmaient les précé-
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dentés nouvelles avec des détails très intéressants, le Préfet ne s'occupa plus que de faire, de son mieux, bonne mine à mauvais jeu« A cet effet, il fit distribuer, le jour de PAques au matin, des lettres circulaires adressées à tous les fonctionnaires publics et aux principaux citoyens de la ville, et ainsi conçues :
(( Monsieur est prié de se rendre aujourd'hui di-
c manche, jour de PAques, à deux heures et demie, dans c la grande salle de la préfecture, pour une communica- • tion de la plus haute importance, »
A l'heure indiquée, le Préfet, accompagné du secrétaire général et des conseillers de préfecture, entre dans la salle remplie de tous les citoyens invités, au nombre de cent vingt à cent trente.
Etant monté à la tribune, il dit que, si quelques raisons particulières qu'il se donna bien garde d'expliquer, avaient retardé la publication des grandes nouvelles, il ne voyait plus rien qui pût retarder l'élan de tous les cœurs : u En conséquence, ajouta-t-il, français, militaires, (( magistrats, fonctionnaires publics et citoyens de tous a les ordres, je vous invite à crier comme moi : Vive le a Roi 1 » Tous les membres de l'assemblée s'empressèrent de répéter, avec les plus vifs applaudissements, ce cri si cher à tous les bons français.
Il fut convenu de se réunir le lendemain, pour la rédaction du procès- verbal et la nomination de députés chargés de porter aux pieds du Roi les hommages et les vœux de la ville et de la province.
Le même jour de Pâques, on chanta, à l'issu des vêpres, un Te Deum, dans l'église cathédrale, qui se trouva, en un instant, remplie d*une foule immense de citoyens. Oh! le beau moment où le verset : Domine^ salvum fac regem, fut répété trois fois par mille et mille voix parfaitement concordantes, auxquelles se joignaient
les plus ardentes prières et les douces et précieuses larmes de la joie universelle.
Le cantique d'actions de grâces fut répété, avec les for^ malités d'usage, le dimanche suivant, à Saint-Julien et successivement dans toutes les églises de la ville et du diocèse, suivi de feux de joie, de décorations et illuminations, dans lesquelles chacun s'étudiait à égaler au moins son voisin et ne négligeait rien pour tAcher de le surpasser.
Après ces premiers élans de la joie et de la reconnaissance, on célébra des services solennels pour le ropos des Ames de Louis XVI, de la reine Marie*Antoinette et de Madame Elisabeth.
Ces lugubres céré>iionies renouvelèrent partout les justes sentiments de la douleur et des regrets dus à la mémoire de ces illustres et malheureuses victimes de la fureur et du délire qui ont égaré et bouleversé tant de tètes.
Notre bon Roi, ne pouvant pas encore visiter, en personne, toutes ses provinces, y a envoyé des coramissaij*es, chargés d'examiner, pour lui en rendre compte, toutes les parties de l'administration.
M. le comte d'Osmond, choisi pour exercer ces importantes fonctions dans notre pays, y a signalé un excellent cœur, un bon esprit, des vues pures, droites et sages, et un désir sincère de faire ou procurer tout le bien possible
J'eus l'honneur de le complimenter au nom de l'administration des hôpitaux. Il vint les visiter dans toutes les parties, avec le plus vit intérêt, et il promit d'appuyer de son crédit, auprès du gouvernement, les réclamations de l'administration qui fit connaître au digne commissaire de Sa Majesté sa détresse extrême et telle que, dans ce moment, elle n'avait aucun moyen de faire face même aux besoins les plus prcssants,ce qui provenait principalement du retard de rentrée des avances faites pour les enfants
trouvés et les fournées des militaires admis à l'Hôtel*Diea: il était dû alors plus de cent quarante mille francs par le gouvernement.
Peu de temps après la mission de M. le commissaire du Roi, on nous annonça la prochaine arrivée d'un de nos princes, S. A. R. Mgr le duc d'Ângoulème. Cette arrivée fut retardée par diverses circonstances, ce qui donna plus de loisir et de moyens pour faire, autant que la localité pouvait le permettre, tous les préparatifs qu'exigeait la réception d'un hôte de si haut parage.
Enfin, nous eûmes la satisfaction et le bonheur de recevoir, dans nos murs, cet excellent prince, le iO août 1814. Accompagné d'une garde d*honneur, qui avait été envoyée à sa rencontre, il arriva sur les trois heures à Pontlieue, où il s'arrêta quelques instants dans un cirque élégamment décoré par les soins de M"''' Berard.
11 lut ensuite reçu, vis-à-vis la Mission, par la municipalité du Mans, sous un arc de triomphe, surmonté de la statue équestre de Henri IV, exécutée en bois. A cet instant, le son de toutes les cloches et plusieurs décharges d'artillerie annoncèrent l'arrivée du prince, qui se rendit par les rues Basses, la rue Royale et celle de Saint-Julienle-Pauvre, à son palais, à la préfecture. Il y reçut successivement, avec toute la grâce possible et la plus grande bonté, les hommages des corps ecclésiastiques, civils et militaires.
J'eus le précieux avantage de contempler Son Altesse Royale tout à mon aise, lui ayant été présenté trois fois^ la première avec la députation du Conseil général du département, la seconde avec celle de la Société des Arts^ la troisième en quahté de vice-président de Tadministraiion des hospices.
Sous ce dernier rapport, je lui fis connaître successivement les be8oin9 et l'extrême pénurie de cet asile de la
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misère et des infirmités. Je suppliai ensuite Son Altesse d'agréer les vœux ardents et bien sincèresrdés adminktreiteurs et des pauvres confiés à leurs «oins, pour la conser^ vation des jours de Sa Majesté, dont Texistence est si précieuse à l'Etat, pour la prospérité de son règne et le bonheur de toute sa famille et particulièrement pour celui du digne époux de l'ange tutéiairede la France.
Après avoir diné à la préfecture, le prince fut conduit au bal donné, par la ville, à la salle de spectacle, dont les décorations avaient été disposées à cet eSet. Plusieurs dames furent présentées à S. A. R., qui se montra, à diverses reprises, au balcon, et fut accueillie par les cris de : Vive le Roi I vive le duc cTAngoulême I Ces cris se répétaient, sans interruption, par une multitude très considérable do citoyens.
Le lendemain matin, M août, le prince entendit la messe dans la tribune de la préfecture. Il alla ensuite passer la revue de la trotipe, sur la place des Jacobins où il décora le général Gérard, de la croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, à la grande satisfaction des nombreux témoins de cette cérémonie. Dès qu'elle fut terminée, le prince accompagné, comme à son arrivée, d'un brillant et nombreux cortège, sortit de la ville par le Bourg-d'Anguy et prit la route de Paris où il était très empressé de se rendre pour se réunir à sa chère et vertueuse épouse et à toute son auguste famille.
Nos justes regrets de n'avoir pu posséder plus longtemps ce bon prince ont été bien adoucis par Tassut ance de la satisfaction qu'il a témoignée à tout ce (pie nous avons pu faire pour le convaincre de notre respect, de notre sincère et parfait dévouement et de la joie indicible dont son séjour au Mans a pénétré tous les cœurs.
Son Altesse Royale a daigné mettre le comble è ses
bontés^ en assurant le Roi et la famille royale qu'elle avait été bien et très bien reçue dans le pays qu'elle a parcouru, c mais au Mans par-dessus tout. »
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