FAMILLE LE PRINCE
I. — Geoflpoy Le Prince est le premier membre de celte famille qui nous soit connu. Il naquit vers 1605 et se fixa à Bellôme, au Perche, vers 1637. Il demeurait encore en cette ville lorsque, en i661^ il vint au Mans pour tenir sur les fonts du baptême Tun des enfants de son fils Jean. Plus avancé en âge, il se retira chez celui-ci et y mourut le 27 août 1678; à Tâge de soixante-treize ans (i); il fut inhumé en Téglise des Gordeliers du Mans qui devint la sépulture de sa famille. De son mariage avec Michelle Gunier il eut au moins six enfants, dont les noms suivent et qui continuèrent sa postérité à Bellême (2i et au Mans.
(1) Registres des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse du Crucifix du Mans. — L'acte de sépulture lui donne la qualHé de « cirier. »
(2) Les Le Prince furent représentés à Bellôme jusqu'à la ftévolution; Fauteur de ces Mémoires en reconnut plusieurs lorsqu'il passa en cette ville en 4704 (v. p. 63). — Dix ans avant, le 20 février 1754, les Dominicains du Mans avaient inhumé, dans leur église, Jacques Le Prince, alors élève de rhétorique au collège du Mans, décédé en cette ville, à Tàge de vingt ans ; son père, Jean-André Le Prince, était lieutenant de la maîtrise des Eaux et Forêts de Bellôme. — Histoire du Couvent des FF, Prêcheurs du Mans, par M. Ch. Cosnard. Le Mans, Monnoyer, 1879, p. 147.
1« Jean Le Prince, dont nous parlons ci-après;
^ Renée Le Prince, baptisée à Beliême, le 31 janvier 1638;
3» Hagdeleine Le Prince, baptisée à Belléme, le 6 avril 1640 ;
i* Gilles Le Prince, né à Beliême, le 3 mai 1641 ;
5» Geoffroy Le Prince, né à Beliême, le 11 novembre 1643.— Il vint faire ses études au Collège de rOratoire du Mans où nous le voyons en 4« dès 1660. D*après les registres manuscrits de l'Oratoire, il paraîtrait quMl y eut, en 1664, parmi les élèves de rhétorique, une sédition ou émeute dont Geoffroy Le Prince fut un des meneurs, sinon le principal chef : a Cloatœriœ (?) « facUonisprinceps qui^eliminatus a collegio, nunquamadmitti « debeat,n nous dit une note du P. Thias, professeur de rhétorique. Nous n'avons, sur cette petite révolte de collégiens, aucun renseignement qui nous en puisse faire connaître Torigine ni l'importance. — Quoi qu'il en soit, la carrière de Geoffroy Le Prince ne paraît pas avoir souffert de cet écart de jeunesse. 11 se consacra à l'état ecclésiastique et c'est probablement lui que nous voyons, dès le mois d'octobre 1667, comme prêtre diacre de l'Eglise cathédrale du Mans. Il remplit ces fonctions jusqu'au 4 juillet 1681 (1) et, à celte date, le Chapitre de Saint-Julien
(1) A cette époque, nous connaissons un autre chanoine de Saint- Julien, du même nom, qu'il nous paraît bien difficile de rattacher à cette famille, malgré leurs relations communes. — Le 4 septembre 1641, après la résignation faite en cour de Rome en sa faveur, par le célèbre poète François Le Metel de Boisrobcrt, Pierre Le Prince, clerc du diocèse d'Evreux, prit possession d'un canonic^t en l'église Saint-Julien du Mans. Pierre Le Prince était, sinon un littérateur aucune trace de ses œuvres n'est parvenue jusqu'à nous,— du moins admis dans l'intimité des écrivains illustres de son temps. Nous venons de voir qu'il avait recueilli le canonicat de Boisrobert; c'est à lui que Jean Chapelain confia sa procuration pour prendre possession en son nom, le 18 décembre 1647, d'une des chapelles du Chapitre de Saint-Julien de Pruillé-l'Eguillé. — Or, le 28 avril 1682, Jean Le Prince, marchand cirier au Mans, l'avait choisi pour parrain de l'un de ses fils. Ce fait suffit-il pour nous prouver qu'il existait entre eux des liens de parenté, ou ne convient-il pas — ce qui nous
Digiti
radmit comme chanoine semi-prébendé, en remplacement de Me Thomas Guébninet. Il mourut au Mans, en sa maison canoniale (1), le 22 février 1721, âgé de soixante-dix-sept ans. Sa succession fut partagée, le 1" mai suivant, entre Jean Le Prince, Marie-Renée Le Prince, veuve de Jacques Pelois, Geoffroy Le Prince et Magdeleine Le Prince, ses neveux et nièces, et Julienne et Catherine Landouillette, ses petites-nièces. 60 François Le Prince, né à Bellôme, le 2 février 1645.
IL — Jean Le Prince a dû naître vers 4635, non à Bellême, mais aux environs de celle ville, puisque les recherches eflectuées dans les vieux registres paroissiaux ne nous y révèlent la présence de ses pareuts qu'à pailir de l'année 1638. Il vint au Mans, vers 1650, entra dans la maison de Julien Hossard, marchand cirier en la Grande- Rue et, le 12 août 1658, il épousait sa fille, Catherine Hossard, alors âgée de dix-sept ans ; Ja bénédiction nuptiale leur fut donnée à l'autel du Crucifix (-2), par M* Nicolas Goupil, l'un des curés de cette paroisse ; le 6 avril précédent, les articles de leur contrat de mariage avaient été arrêtés et signés devant M* Simon Fréart, notaire royal au Mans. Le 5 mai 1686, Jean Le Prince fut nommé échevin du Mans, charge qu'il remplit pendant deux années (3). — Le 2 mai 1694, il conclut avec le Chapitre de TÉglise
paraît plus admissible — de voir seulement dans ce choix le résultat des relations ordinaires, que son voisinage et sa qualité de fournisseur de leur église établissaient entre Jean Le Prince et les nombreux ecclésiastiques de Saint-Julien ?
(1) Après lui, son canonical fut donné à Pierre Pavy.
(2) Née en cette paroisse, le 17 juillet 1641, Catherine Hossard avait eu pour parrain M« Michel Pérou, chanoine prébende de Saint-Julien, et pour marraine Catherine Le Pelletier. — Sa mère, Julienne Taillard, mourut au Mans, le 20 octobre 1678, âgée de soixante-cinq ans.
(3) Cauvin, Extrait des registres de VHôtel de Ville du Mans, p. 113.
du Mans, représenté par deux de ses membres commis ad hoCf un traité fixant les conditions par lesquelles il s'engageait à fournir la cire nécessaire pour le luminaire de la cathédrale (!]. Ce futlo 15 novembre 4698 que Jean Le Prince partagea les biens laissés par Julien Hossard et Julienne Taillard avec les frères et sœur de sa femme qui avaient survécu à ceUe-ci, savoir Louis Hossard, prêtre, curé de Changé ; Abraham-Julien Hossard^ avocat au Parlement de Paris, et Anne Hossard, qui mourut au Mans, sans avoir contracté d'alliance, le 4 avril 1719. — Leur sœur, Catherine Hossard était morte au Mans^ dès le 25 mars d68i, après avoir eu treize enfants dont la plupart moururent jeunes. Jean Le Prince lui survécut de longues années ; il mourut en sa maison de la Grande-Rue, le 19 février 1711 , et fut inhumé le 21 , dans la sépulture de sa famille, en Tégliso des Cordeliers. Il laissait pour héritiers ses quatre enfants survivants : Jean-François Le Prince, M"' Pelois, GeofiFroy Le Prince, curé de Changé, Magdeleine Le Prince, qui était restée célibataire, puis les deux filles mineures nées du mariage de feu Julienne Le Prince et de Julien Landouillette. — Le 10 mars suivant, ses quatre enfants dressèrent d'abord l'inventaire de tous les meubles, papiers, efiets et marchandises, puis, le r' avril, ils procédèrent au partage égal et définitif de la succession paternelle. Cet héritage les mettait en possession d'un actif d'environ soixante mille livres, somme considérabte à cette époque, et qui prouve combien avaient prospéré les entreprises commerciales de Jean Le Prince. —
(1) Ce document inédit appartient à M. le chanoine Albin qui me Ta très gracieusement communiqué. Les renseignements que nous donne ce traité sur la valeur de la cire à cette époque, les détails qu'il révèle sur les anciennes coutumes et cérémonies de Téglise Saint-Julien, m'ont décidé à Tinlroduire daps les pièces justificatives de ce volume, no IIL
Dès le «4 juin 1694, celui-ci avait fait son testament olographe par lequel il chargeait son fils aine d'être son exécuteur testamentaire et ordonnait que cent messes fussent célébrées après sa mort pour le repos de son Ame. -« Voici les noms de ses treize enlants :
10 Julienne Le Prince, née le 19 janvier 1600, baptisée au Crucifix le 22, eut pour parrain son aïeul maternel Julien Hossard, et pour marraine, sa grand*mère paternelle Hichelle Gunier. Après contrat reçu, le 9 mars 1688, devant M« Joachim Varanne, notaire royal au Mans, elle épousa Julien Landouillette, marchand, demeurant en la paroisse du Crucifix. Julienne Le Prince y fixa sa demeure et y mourut le 25 avril 1693, après avoir eu quatre filles dont deux seulement survécurent; la plus jeune, Catherine, baptisée au Grucifix,le 2S mars 1692, épousa au Mans, le 27 février 1718, le conseillQT historien Louis Haulny. — La carrière de JulienLandouillette nous donne un nouveau témoignage de la foi de nos ancêtres. Après la mort de sa femme, il se consacra au service de Dieu, fut ordonné prétre,et c'est avec cette qualité qu'il assista ses deux filles mineures, en 17il, au partage de la succession de leur aïeul maternel Jean Le Prince.
2« Catherine Le Prince, baptisée au Crucifix, le 9 août 1661; elle eut pour parrain son aïeul paternel, Geoffroy Le Prince, et pour marraine, son aïeule maternelle, Julienne Taillard. Elle mourut le 17 mars 1662, âgée de sept mois, et fut inhumée le 18, en l'église des Cordeliers.
30 Catherine Le Prince, seconde de ce nom, née et baptisée le 2 septembre 1663; le 25 mars 1692, on la voit tenir sur les fonts du baptême, sa nièce Catherine Landouillette. Elle resta célibataire, se fixa en la paroisse du Crucifix et y mourut sur la fin de l'année 1710 (1), quelques semaines avant son frère Jean. Le 13 novembre 1710, elle avait écrit ses dispositions dernières, et, par son testament, elle voulait qu'il fbt célébré
(1) Je n'ai pu retrouver l'acte de son décès, mais je lis dans les registres de la paroisse du Crucifix, au 30 décembre 1710, la sépulture de D"o Jeanne Le Prince, enterrée au Grand-Cimetière. Ne serait-ce pas l'acte d'inhumation de Catherine que le vicaire du Crucifix aurait, par erreur, nommée Jeanne?
cent vingt messes à son intention, d quMI lût payé à la fabrique dn Crucifix une somme de deux cents livres afin d'acheter des ornements pour célébrer le service divin, plus cinquante livres pour être données aux pauvres de cette paroisse.
l* Jean-François Le Prince, né le 96 novembre 4665, dont Tarticle suivra.
5» François-Geoffroy Le Prince, né et baptisé le 26 octobre 1667, 11 eut pour parrain son oncle Geoffroy Le Prince, prêtre, diacre de Tégîise cathédrale, et pour marraine, « honneste dame Françoise Olivier. » — J*ai lieu de croire quMl mourut jeune.
6» Marie-Renée Le Prince^ née le 5 novembre 1669, fut baptisée le lendemain au Crucifix où elle épousa, le 10 février 1699, Me Jacques Pelois, licencié es lois. Par son contrat de mariage dressé, le 11 février, devant M*» René Beaudoux, notaire royal au Mans, elle avait reçu en dot une somme de 4,300 ft — Jacques Pelois mourut au Mans, le 5 décembre 1716, alors qu'il remplissait les Fonctions de trésorier de la paroisse du Crucifix, et fut inhumé en Téglisc des Cordeliers.
7° Geoffroy Le Prince, baptisé le 28 mai 1672, fut encore tenu sur les fonts par son oncle, Geoffroy Le Prince, prêtre ; il fit ses études chez les Oratoriens du Mans, où il entra en cinquième, en 1684. Il choisit la même carrière que son parrain, embrassa Tétat ecclésiastique, et en 1701, il devint curé de Changé, en remplacement de son oncle maternel, Louis Hossard.— Lors du règlement de la succession de son père, en 1711, il déclare « pour la bonne amitié qu'il a pour ses « frères et sœurs, leur abandonner le fonds de son titre sacer- « dotal ainsi que les arrérages qui luy pourraient être dus. « Nous reconnaissons, •— ajoutait-il avec une loyauté qu'on a ne peut assez louer, — nous reconnaissons de bonne foy a avoir reçu la somme de 4,000 # dont il n'y a aucun billet, « et comme nous sommes bien aise de faire connaître les ce bontés que notre père a eues pour nous, nous en faisons « volontairement remise à nos frères et sœurs. » — C'est par de tels actes de désintéressement que les familles conservaient les liens qui les unissaient si étroitement autrefois. — Après la mort de Geoffroy Le Prince, sa succession fut partagée, les 12 février et 23 septembre 1731, entre Jean-François Le Prince, M™o veuve Pelois et Magdeleine Le Prince, ses
frère et sœurs, et ses deux nièces, Julienne et Catherine Landouillette.
80 Jean-Claude Le Prince, baptisé le 27 septembre 1674, fut présenté au baptême par Jean-Claude Carrière, chanoine prébende de Saint-Julien, et Suzanne Denys. Il mourut à Tftge de douze ans, et M inhumé, le 6 octobre 1686, en Téglise des Cordeliers.
9o Geneviève-Magdeleine Le Prince, baptisée le 96 novembre 1676, eut pour parrain Geoffroy Bellaillée, chanoine prébende de Saint-Julien, et pour marraine « honneste dame Magdeleine Moisy jiC'est elle que Le Prince d'Ardenay appelle» dans ses Mémoires, « la tante Mignonne. » — Le 20 février 1751, « se trouvant hors d*état de vaquer à ses affaires et « faire valoir ses biens, désirant se débarrasser des affaires du « monde pour ne songer qu'à celles de son salut, » ainsi qu'elle le déclare dans Tacle reçu par M^ Cabaret, notaire royal au Mans, elle abandonne et délaisse volontairement tous ses biens en faveur de ses héritiers naturels, à la charge de lui payer mille livres de rente annuelle au jour de PAques et de lui laisser Tusage de ses meubles jusqu'au jour de son décès. — En conséquence de cet acte de renonciation, ses neveux et nièces procédèrent, le 24 novembre 1731, au partage, en trois lots, de ses biens immeubles. Affaiblie par Tâge et les infirmités, devenue presque aveugle, Geneviève-Hagdeleine Le Prince ne survécut pas longtemps à ces dispositions ; elle mourut au Mans, le 13 février 1754, sans avoir contracté d'alliance, et fut inhumée le 15, en l'église des Cordeliers.
IQo Françoise-Ursule Le Prince, baptisée, le 18 septembre 1678, par le vénérable Pierre Ragot (i), curé du Crucifix. Elle mourut le 7 décembre 1687, à l'âge de neuf ans, et fut inhumée en l'église des Cordeliers, quelques jours après son plus jeune frère François.
11» Charlotte Le Prince, née le 29 septembre 1679, fut
(1) La postérité n'a pas exagéré la réputation de sainteté dont Pierre Ragot jouissait parmi ses contemporains. Dans l'inventaire des meubles dressés, en 1711, après le décès de Jean Le Prince, je vois, en la description de sa chambre, cette note qui mérite d'être relevée : « Un cadre doré dans lequel est le pourtraict de defunct Monsieur Ragot, estimé six livres. »
assistée à son baptême, par les deux curés da Gnicifix,Ie saint Pierre Ragot, comme ministre du sacrement, et Pierre Varanne, comme parrain ; sa marraine fut «honneste fille Charlotte Moisy. » Ou elle mourut jeune ou elle se fit reh'gieuse, puisque nous ne la voyons assister à aucun des partages des successions échues à ses frères et sœurs (1).
12o Pierre Le Prince, baptisé le 28 avril 168S, dont le parrain fut Pierre le Prince, chanoine prébende de Saint-Julien, et la marraine, Marie Drouard, femme de Honorât fioyau, procureur du roi au siège de la prévoté du Mans. ' 13» François Le Prince, baptisé le 17 décembre 1683, lut
tenu sur les fonts par messire François Portail, chanoine prébende de Saint-Julien, et damoiselle Renée Gilles. II mourut à Tâge de quatre ans et fut inhumé, le 4 décembre 1687, en l'église desCordeliers.
III. *— Jean-François Le Prince naquît en la paroisse du Crucifix, le 26 novembre 1665, et fut présenté au baptême le lendemain, par M« Louis Hossard, prêtre, curé de trangé, et Françoise Hossard, ses parrain et marraine. II commença ses études au collège de l'Oratoire du Mans, où nous le voyons entrer en cinquième en 1677; son nom ne figure pas parmi ceux des étudiants des classes plus élevées, ce qui nous laisse supposer qu'il n'acheva pas ses études. Il se destina au commerce, choisit la carrière paternelle et fut d'abord associé avec son père jusqu'en 1702. A partir de son mariage, son père avait rompu leur association et lui avait complètement abandonné la direction de sa maison, par acte attesté de H* Beaudoux, notaire royalauMans, le 12 août 1702. — Dès le 2 juin 4701, Jean-François Le Prince avait épousé en l'église de Saint- Benoit du Mans, Marie Bouteiller (2), qui n'avait pas
(1) Celte appréciation s'applique également à ses frères François- Geoffroy et Pierre.
(2) Le 2e de juin 1701, par M« Claude Hemery, prêtre, Jean le Prince, marchand cirier, assisté de Jean Le Prince, 3on père ; de
encore accompli ses dix-neuf ans, étant née en cette paroisse, le 48 septembre 1692. Quelques jours avant le 28 mai, ils avaient rédigé les conventions de leur contrat de mariage, qu'ils reconnurent et approuvèrent légalement, le 17 mars 1702, devant M« Simon Péteillard, notaire royal au Mans. — En 1711, J.-F. Le Prince fut installé en la charge de substitut du procureur du roi près l'Hôtel de Ville du Mans (1); et lorsqu'un édit royal eut rétabli, au mois d'août 1 722, les anciens offices municipaux, il fut nommé échevin du Mans, le 2 mai 1723, avec M' André Tiger, avocat au Siège Présidial (2). Dès Tannée 1717, peu de temps après la création de la juridiction consulaire, ses concitoyens l'avaient appelé à faire partie de ce tribunal où il rentra, de nouveau, en 1727 (3).
vénérable et discret M« Geoffroy Le Prince, prêtre, curé de Changé, son frère; de Demoiselle Catherine Le Prince, sa sœur; de vénérable et discret M« Geoffroy Le Prince, prêtre, chanoine semi-prébcndé de TÉglise du Mans, et de Jacques Pelois, bourgeois de cette ville, son beau -frère, a espousé Demoiselle Marie Bouteiller, assistée de M« Jacques Bouteiller^ advocat au Siège Présidial et baillif de Thouvois, et de Demoiselle Marie Dieuxivoye, ses père et mère; de Demoiselle Magdeleine Bouteiller, sa sœur; de vénérable et discret M» Pierre Bouteiller, curé de Niort; de M. de Champlais et de Demoiselle Anne Dieuxivoye; de vénérable et discret M^ Louis Hossard, prêtre; de Mo Pierre Chantron, advocat au Présidial, ses oncles; de Messire Jacques-Charles de Cadier, chevalier, seigneur de Courgains, et Dame Barbe Hemery, son épouse, et autres parens; présens. M» André Castan, prêtre, vicaire ; M« René Renaudin, clerc tonsuré, et M» Joseph Le Blais^ prêtre, qui ont tous signé avec H. Mary de la Ronce, Anne Hossard> Marthe Sauveur, Marguerite Varanne, Marie Gomer, etc., etc. — Extrait des registres de la paroisse de Saint-Benoît du Mans, t. iv, no 1076.
(1) Cauvin, Extrait des registres de V Hôtel de Ville du Mans, p. 133, et Administration municipale du Mans, p. 57.
(2) Cauvin, Ibid, p. 148, — et p. 58. — Pesche, Dict, hist* de la Sarthe, t. ïii, p. 509.
(3) Pesche, Ibid, t: m, p. 433.
— Jean François Le Prince mourut en 8a maison de la Grande-Rue, le 46 janvier 1732, et fut inhumé le 48, en l'église des Gordeliers. ^a, veuve lui survécut quelques années; elle mourut au Mans, le 21 juillet 1737, et lut inhumée aux Gordeliers, le lendemain. A sa mort, ses cinq enfants survivants eurent à liquider les affaires de la succession. Dès le 2 septembre 4737, par l'organe de M* Guédou, leur avocat, ils adressèrent au lieutenant général de la Sénéchaussée et Siège Présidial du Mans une requête à l'effet de nommer des experts pour estimer les biens qui venaient de leur échoir. Sur l'intimation donnée par Jaoqpies Tahureau de la Chevalerie, lieutenant particulier, les parties comparaissent devant lui, dès le lendemain 3, et déclai*ent choisir pour experts René Gendrot le jeune et Pierre Samson, experts prud'hommes qui, sur-le-champ, dressèrent une évaluation des immeubles appartenant à la succession. Le 23 décembre, ils convenaient entre eux que, a pour faire avec plus de facilité « l'inventaire et l'estimation des effets du commerce de « cires, et le règlement de ce qui en peut revenir à cha- « cun, le commerce que faisait la dite dame veuve Le a Prince en son nom et dans la communauté qui contic nuait avec ses enfans, sera encore continué au profit a et aux risques de tous les dits enfans et héritiers jusa qu'au jour de Pasques prochain (1738). » Dans le partage de cette succession, les héritiers Le Prince reconnurent que, sur les biens hommages, tombés en tierce-foy, il reviendrait à J.-B.-J. Le Prince, comme aîné des héritiers mâles, la valeur de sept douzièmes à prendre par lui hors part et par préciput. Les partages et règlements de cette importante succession se firent d'un commim accord et dans des conditions qui prouvent l'union cordiale existant entre les frères et sœurs, les 24 décembre 1737 et 14 août 4738. Quant au recouvrement des
créances commerciales, payement des dettes, etc., ces opérations ne purent s'effectuer que dans la suite, è la longue, et nous voyons, de 1738 à 1759, J.-B.-J. Le Prince présenter une série de dix comptes à ses cohéritiers. Ces divers documents, si restreint qu'en soit l'objet, nous intéressent cependant, parce qu'ils nous révèlent les relations fort étendues des Le Prince et les personnages distingués qui composaient leur clientèle et correspondaient directement avec eux (i) Parmi ceux-ci, nous citerons seulement la marquise de Villaines, le cardinal de Rohan, la princesse de Léon, le duc de Rohan, la marquise de Pomponne, la duchesse d'Aiguillon, le marquis de Crussol, la comtesse de Sillery, le marquis de Bellefonds, le comte de Matignon, la duchesse de Chastillon, le maréchal duc d'Ëstrées, S. Â. S. Mademoiselle de la Roche-sur-Yon, le bailiy de Froullay, le duc de Brancas, la duchesse de Lauzun, les marquis de Montataire, Barri n de la Galissonnière, de M«;rat de la Buzardiêre, etc., etc. — Ji^an-François Le Prince et Marie Bouteiller eurent huit enfants, dont les noms suivent :
lo Marie-Madeleine Le Prince, née au Crucifix, comme tous ses frères et sœurs, y fut baptis(';e le 6 octobre 1702 ; elle eut pour parrain son aïeul paternel, et pour marraine son aïeule maternelle. Elle ne contracta pas d'alliance, consacra toute sa vie à donner ses soins à la maison de son frère et mourut au lieu môme de sa naissance, le 11 mars 1764, âgée d'environ soixante-deux ans. Elle fut inhumée le lendemain dans l'église des Cordeliers, par Prudhomme de la Boussinière, l'un des curés du Crucifix. — Le 3 juillet 1764, sa succession, qui s'élevait à la somme de 36,000 livres, fut partagée également entre ses quatre neveux et nièces.
(1) Il est à regretter qjie nous ne puissions avoir, à l'appui de ces comptes et inventaires, la correspondance commerciale des Le Prince, autrefois conservée au château du Rancher et détruite seulement il y a une vingtaine d'années.
â» Jacquine-Gathcrine Le Prince, baptisée au Crucifix, le 19 octobre 1704, fut tenue sur les fonts par Jacques Bouteil- 1er, avocat au Siège Présidial et bailli de Touvois, et par Catherine Le Prince, sa tante.
3» Magdelcine Le Prince, baptisée au Crucifix, le 4 août 1706, eut pour parrain son grand-oncle, le chanoine Geoffroy Le Prince, et pour marraine, sa grande-tante, Magdeleine- Françoise Bouteiller, femme de Jacques Rahier. Le 38 janvier 1734, elle épousa, à Tautel du Crucifix, Mathieu-Guy Chesneau, sieur des Portes, déjà pouiTU d'un office de conseiller du Roi au Siège Présidial du Mans; né en cette ville, le 33 mai 1607, il était fils de Mathieu Chesneau, avocat au Siège Présidial, et de Marie Aubert de Boisguiet. Dans son contrat de mariage, rédigé les 23 et 27 janvier 1734, devant Me Michel Fay, notaire royal au Mans, Magdeleine Le Prince avait reçu de sa mère une dot de trente mille livres, en avancement d'hoirie. Elle mourut au Mans, le 10 mars 1773, en véritable chrétienne, après avoir donné différents bons avis à ses enfants, nous dit le chanoine Nepveu de la Manouillère.— Tous les magistrats du Siège Présidial assistèrent, selon Tusage, à sa sépulture, qui se fit le 11, en Téglise des Cordeliers (1).
4« Barbe Le Prince, baptisée au Crucifix, le 10 mai 1708, fut tenue sur les fonts par son oncle, Geoffroy Le Prince, curé de Changé, et sa grande-tante, dame Barbe Emery, femme de messire Jacques-Charles de Cadier, écuyer, seigneur de Courgains. Elle mourut à l'âge de treize ans environ, le 7 février 1721 , et fut inhumée le 8, en l'église des Cordeliers.
5o Jean-Baptiste-Jacques Le Prince, né le 3 septembre 1710, dont l'article suivra.
6° Jacques -Geoffroy Le Prince d'Amigné, né le 9 novembre 1713, baptisé le lendemain, au Crucifix, eut pour parrain son oncle, Jacques Pelois, et pour marraine, Marie-Madeleine Le Prince. Après avoir achevé ses études de droit et choisi la carrière de la magistrature, il fut pourvu, en 1736, d'une charge de conseiller au Siège Présidial du Mans, charge
(1) El non pas des Jacobins, comme le dit, par erreur, R.-P. Nepveu de la Manouillère, t. I, p. 154.
qu*il occupa pendant trente-deux ans ; il devint conseiller honoraire en 1768. Ainsi que nous rapprend son neveu, Le Prince d'Ardenay, la gestion de ses affaires ne fut pas heureuse, et, après avoir joui d*unc fortunr honorable, il eut ù subir des revers dans la dernière partie de sa vie. Il fut nommé administrateur de THÔpital Général et devint éçhevin au Mans, en 1767 et 1768 ; il mourut en cette ville le 21 juillet 1778, âgé d'environ soixante-cinq ans (1), et fut inhumé le 2â, dans le cimetière de la paroisse de N.-D. de Saint- Vincent^ sur le territoire de laquelle il était venu fixer sa demeure en il4^. — Le 23 septembre 1738, il avait épousé, en l'église de Bonnétable (â), Anne-Jeanne Guesné, fille de Henri-René Guesné, maire de cette ville, cl de Jeanne Rottier. De leur mariage sont issus :
1» knne-lILme'HenrieUe Le Prince, née le 29 janvier 1740, baptisée au Crucifix le 1«' février. La mort de ses frères et sœurs la laissa seule héritière de la fortune de ses parents.
2« Jeanne-Adélaïde Le Prince, née et ondoyée au Crucifix, le 6 avril 1742, et baptisée le 12 juin suivant ; elle mourut au berceau et fut inhumée en l'église des Cordeliers, le 30 décembre 1743.
3© Jacques-Godefroy-René Le Prince, baptisé au Crucifix, le 12 octobre 1744, par M. René-Jacques Veron, prêtre, directeur de l'Hôpital Général du Mans, son parrain ; il eut pour marraine , sa tante paternelle, Mn»o Chesneau des Portes.
40 Marie-Charlotte Le Prince, née le 17 octobre 1745, et baptisée le 18, en l'église paroissiale de N.-D. de Saint- Vincent.
5<> Jérôme-Jean-Baptiste-Henri Le Prince, né le 23 avril 1750, en la paroisse de Saint-Vincent et baptisé le lendemain en cette église.
60 Catherine-Magdeleine Le Prince, née et baptisée à Saint-Vincent du Mans, le 28 juin 1755.
70 Renée-Françoise-Catherine Le Prince, baptisée au Cru-
(1) Mémoires de R.-P. Nepveu de la Manoulllêre, 1. 1, p. 321.
(2) Inventaire sommaire des Archives du département de la Sarthe^ p. 165.
cifix, le 4 mai 1720; elle ne vécut que cinq semaines, mourut en nourrice dans la paroisse de N.-D. de Saintr-Yincent, et fut inhumée le 13 juin, en cette église.
8o Calherine-Louise-Marguerite Le Prince, baptisée au Crucifix, le 18 avril 1724, eut pour parrain, son oncle, le conseiller Louis Haulny; âgée de huit ans lorsqu'elle perdit son père, elle venait d'accomplir sa treizième année lorsque sa mère mourut, la laissant sous la tutelle de son frère aîné. A la suite des relations de famille nouées tout naturellement par le mariage de son frère aîné, elle épousa le beau-frère de celui-ci, Charles-Henri Desportes de Linières, maître des forges d'Antoigné, officier de la Beine. La bénédiction nuptiale leur fut donnée, le 8 janvier 1742, on Téglise de N.-D. de Sainl-Vmcent. M. de Linières mourut à sa terre d'Amigné, en la paroisse de Changé, le 23 mai 1791, âgé de près de quatre- vinjg^ts ans; sa veuve vécut encore quelques mois; elle mourut au Mans, le 16 juillet 1792, et, malgré les sentiments qui rattachaient au clergé fidèle, elle fut inhumée par le sieur Pigalle, vicaire épiscopalde Tévéque schismatique Prudhomme de la Boussinière. L'abbé Nepveu de la Manouillère assure que c'était « une dame bien vertueuse et respectable » ; elle avait eu, ajoule-t-il, beaucoup de mal, et avait élevé huit enfants à qui elle s'était efforcée de donner une bonne éducation. Elle eut le bonheur de voir un de ses fils se consacrer à Dieu et embrasser l'état ecclésiastique : Pierre- Louis Desportes de Linières fut d'abord chanoine de Saint- Pierre-de-la-Cour, puis de Saint-Julien et mourut au Mans, en 1785, âgé seulement de trente-quatre ans, laissant une haute réputation de sainteté et de vertu.
ÎV. — Jean-Baptiste-Jacques Le Prince naquit au Mans et fut baptisé au Crucifix, le 3 septembre 1710 ; on lui donna pour parrain son aïeul nia*ernelJacques Bouteiller, et pour marraine sa grande-tante Anne Hossaitl. il fit ses études cJassiques chez les Oratorieus du Mans puis, après avoir achevé son cours de droit, il se fit recevoir avocat au Parlement de Paris. Il se destinait à exercer cette profession pour laquelle il se sentait vne vocation et des aptitudes spéciales, quand la mort de son père, arrivée en i732,alor8
qu'il n'avait que vingt-deux ans, vint modifier ces projets. Sur Jes instauces de sa mère,à qui revenaient seule la charge et l'exploitation d'une ii.aison importante* il abandonna la carrière du barreau, revint au Mans se faire recevoir « maître en l'art de marchand cirier» et prendre la direction de son commerce. Quelques années après, à l'âge de vingt-six ans, il choisissait une compagne dans une famille de riches commerçants manceaux : le 15 janvier 1737, il épousait, en l'église de Notre-Dame de la Couture, Marie Desportes, fille de Henri Desporles, maître des grosses forges d'Aotoigné, et de Anne Le Moine. Dès le 7 janvier, les conventions de leur contrat de mariage avaient été arrêtées devant M" François Gendrot et Joseph Martigné, notaires royaux au Mans. Par ce contrat, Marie Despories recevait, de ses parents, une dot de trente mille livres immédiatement payée en espèces. De son côté, J.-B.-J. Le Prince recevait une même somme; dès ce moment, il entrait en jouissance de la maison de commerce et recevait, de sa mère, le droit de 1 exploiter rn son nom et à son profit personnel, trois mois après le décès de celleci. Ces dispositions ne tardèrent pas à devenir exécutoires : Marie Bouteiller mourut le 21 juillet 1737, six mois après le mariage de son fils. Dans le partage de la succession qu'ils avaient recueillie de leur père, puis de leur mère, les frères et sœurs de J.-B.-J. Leprince cédèrent à celui-ci la blanchisserie (1) de cire pour la somme de 12.500 livres.
(i) Cette « blanchirie » de cires était situéo dans la paroisse de la Magdeleine ; «remplacement était clos de planches et de murs carrés»... Celte propriété comprenait les bâtiments et dépendances, avec londs et dom ines, maisons, cours, jardins, serres, pré et allée de charmes loués et exploités en partie, « situés aux environs et en proximité de ladite blanchirie et de Tautre côté qui tend de la Cloche à la prée de Beaulieu):. — Inventaire dressé en 1737.
et la maison de la Grande-Rue où leur commerce était établi, pour 8.000 livres. — En i76i, il fut nommé juge ou président de la juridiction consulaire du Mans (i ), puis administrateur de l'Hôpital Général et, s'il ne fut pas échevin comme son frère, son père et son aïeul, du moins, il participa à la gestion des affaires municipales. Il fut nommé, par les députés des différents ordres, l'un des quatorze notables appelés, en venu des édits de i764 et 1765, à former le corps de ville (2).
Au cours de leur union, J.-B.-J. Le Prince et Marie Desportes recueillirent plusieurs successions qui accrurent encore leur fortune personnelle. Outre l'héritage de ses père et mère, Le Prince avait partagé celui de sa sœur Marie Le Prince et de sa tante Magdeleine-Geneviève Le Prince. De même pour Marie Desportes qui, aux successions paternelle et maternelle, avait ajouté celles de Anne et Julienne -Renée Desportes de Monceaux ses sœurs ; de Jacques-Benjamin Desportes, son frère, de Julien Desportes, curé de Beaufay, et Jeau-Baptiste Desportes de Marolles, ses oncles. Ces accroissements de fortune, joints aux bénéfices de son commerce, avaient permis à J.-B.-J. Le Prince de faire d'importantes acquisitions. Se trouvant à l'étroit dans l'ancienne demeure de la Grande>Rue où les Halley, Hossard et Le Prince avaient, depuis près de deux siècles, établi leur officine (3), il résolut d'abandonner la vieille
(1) Pesche, Dict. hist, de la Sarlhe, t. III, p. 433.
(2) Cauvin, Administration municipale, p. 64. — Pesche, Dict, hist. de la Sarthe, t. III, p. 512.
(3) Eu 1765, par une supplique adressée à rintendanl de la Généralité de Tours, — voir aux Pièces Justificatives, n«» IV et V — . J.-B.-J. Le Prince avait sollicité Thonneur d'ajouter au titre de sa maison la qualification de «manufacture royale de cires et de bougies du Mans.» Cette instance n'eut pas d'effet. Je sais qu'il la renouvela plus tard, mais aussi infructueusement, auprès du comte de Provence lorsque celui-ci eut reçu le Maine en apanage.
ville et de transporter Fon siège dans un lieu plus accessible et plus spacieux. Vers 1760, il acheta, sur la place des Halles, au u"* de ville 1973, un immeuble qu'il fit abattre aussitôt et qu'il remplaça par un magnifique hôtel avoisiuant le monastère des religieuses Visitandines; il vint s'y établir à la Toussaint 1761 (I). — Par contrat des 7 mai et 1 8 juin 1763, il acquit, de Pierre Masson de la Motte-Gonflans, écuyer, l'office de conseiller secrétaire du Roi et trésorier payeur des gages de la chancellerie établie près le Parlement de Metz (2). Cette charge, qui conférait la noblesse héréditaire à J.-B.-J Le Prince, lui fut acquise pour la somme de 66.000 livres qu'on acheva de solder après sa mort le 9 décembre 1781. Enfin, en 1767, il acheta, de Charles François Huguet de Sémonville, la terre et seigneurie d'Ardenay ; et, vers la même époque, les lieux de la Petite-R^rre et de Versé.
Toutes ces nombreuses et importantes acquisitions n'empêchèrent pas J.-B.-J. Le Prince de doter et pourvoir très convenablement ses cinq enfants. Dès le l*'mai 1763, il avait formé avec son fils aîné, l'auteur de ces MémomSy une société pour neui ans, en lui attribuant le quart des bénétices réalisés. Lorsque celui-ci se maria au mois de février 1763, il reçut, par son contrat de mariage, une dot de quarante mille livres qui fut également répartie à chacun de ses frères et sœur. Cette société fut renouvelée, le l*'mai 1772, et continuée pour neul nouvelles années qui finirent le !•' avril 1781. A cette époque, J -B.-J. Le Prince élargit le cadre de son association en y faisant entrer,pour
(1) Voir p. 38 et 42 de ces Mémoires,— Celte paroisse avait alors pour curé Geoffroy-Michel Maulny, cousin de J.-B.-J. Le Prince. . (2) Afin de permettre aux lecteurs d'apprécier exactement la nature et le mode de transmission de ces offices, j'ai cru devoir reproduire le texte de cet acte notarié, parmi les pièces justificatives, n» VI.
une nouvelle période de neuf ans, ses deux autres fils, Le Prince de Beaufont et Le Prince de Glairsigny. Dans cette société, M. et M»* Le Prince prélevaient la moitié des bénéfices ; leurs trois fils associés recevaient chacun un sixième, avec cette convention additionnelle, que le décès du père ou de la mère ne modifierait pas cette situation si le survivant des deux 1^ voulait continuer et maintenir. Dans le cas de renonciation du survivant ou du décès de l'un et de l'autre, la société continuerait entre leure trois fils qui alors recu^illiraient^ chacun pour un tiers, les bénéfices annuels.
La mort de J.-B.-J. Le Prince suivit de près ces dispositions; il mourut tn son hôtel de la place des Halles, le 47 septembre 1781, et fut enterré, non aux Cordelier?, comme ses ancêtres, mais au grand cimetière, l'édit de Louis XVI, rendu en 1776, ne permettant plus les inhumations dans les églises. Cinq jours après, Marie Desportes d^^clarait, dans un traité conclu avec ses trois fils, qu'elle continuerait avec eux la société formée aux conditions cidessus. Dès le 26 mai 1779, J.-B.-J. Le Prince avait, par un testament olographe, exprimé se:- dernières volontés Préoccupé d'établir entre ses enfants un partage égal que sa nouvelle qualité de noble leur interdisait, il entendait donner à ses quatre puînés tout ce que la Coutume du Maine lui permettait de leur attribuer, à moins toutefois que son fils aîné ne préférât partager également avec eux tous les biens de la succession paternelle, soit mobiliers, propres ou acquêts. Dans le cas où l'aîné opterait pour le partage égal. Le Prince père déclarait alors rappeler ses enfants puînés à la propriété de ce qui leur reviendrait de sa succession, leur en donnant la propriété au lieu du simple usufruit attribué par la Coutume, a entendant que, dans tous les cas, ses enfants puînés ou leurs enfants partageassent également entre eux par souches et non par
tètes ce qu'ils prendraient dans sa succession, soit à titre de partage, soit à titre de legs universel. » — En vertu de ce testament, le 27 septembre^ un acte sous seing- privé régla l'accord de Marie Desportes avec ses enfiants qui lui confirmèrent le legs fait à son profit par leur père ; quant à Le Prince d'Ardenay, il déclarait, par le même acte, Touloir partager également la succession paternelle avec ses puînés. — Marie Desportôs ne survécut pas longtemps à son mari; elle mourut au Mans, le SI août 1782, sans avoir fait de testament ; elle prit seulement quelques dispositions qu'elle exprima verbalement à ses enfants. Ce fut à sa mort que ceux-ci, par acte du 18 septembre 178:2, procédèrent aux partages définitifs, en cinq parts égales, de la succession de leurs père et mère ; déduction faite du passif,il revenait à chacun un avoir d'environ 70 800 livres, ce qui constituait pour l'ensemble de la fortune paternelle, un total de près de354.0C0 livres. — Du mariage de J.-B.-J. Le Prince et Marie Desportes naquirent :
!• Jean-Baptiste-Henri-Michel Le Prince, seigneur d'Ardenay, né le 16 octobre 1737, auteur de ces Mémoires qui le font suffisamment connaître et ne permettent pas de revenir sur les particularités de sa longue carrière. J'ajouterai seulement qu'il mourut au Mans, le 30 juin 1819, sans laisser de postérité ; il avait institué pour légataire universelle , sa nièce, Marthe-Henriette Gauvain de Biard, qu'il avait adoptée. Ses deux frères survivants, Le Prince de Malessard et Le Prince de Glairsigny, ainsi que la veuve de Le Prince de Beaufond refusèrent d'accepter ces dispositions qui les privaient d'une importante succession. Le 3 janvier 1820, par exploit de Labbé, huissier royal au Mans, ils formèrent conjointement opposition à la vente de la terre d'Ardenay dont ils entendaient faire la revendication contre leur nièce. Mademoiselle de Biard (1). Leurs prétentions ne furent pas
(1) Affiches et Annonces de la ville du Mans, publiées par Monnoyer, mardi 12 janvier 1820, n<> 3, p. 17,
admises e-. celle-ci fut maintenue paisible propriétaire de la succession de son oncle.
2» Jacques-Godefroy Le Prince, né et baptisé au Crucifix, le 17 mai 1739 ; il mourut jeune.
3» Mathieu-Godefroy Le Prince, seigneur de Malessard, né le 18 avril 1740 , fut baptisé le lendemain au Crucifix ; il eut pour parrain son oncle, Mathieu-Guy Chesneau des Portes, conseiller au Siège Présidial, et pour marraine, sa tante maternelle, Anne Desportes. Ses études terminées, il alla à Paris et se lança dins les affaires. Dès le 2 novembre 1762, s*associant avec son père, son frère cadet, C.-L. Le Prince de Beaufond, et le sieur Jérémie-Jacques Bouverot, il fondait à Paris une maison de banque au capital de S0,000 livres dont 40,000 livres formant l'apport des deux frères Le Prince, étaient versés par leur père. Cette association ne dura pas longtemps ; d'une lettre que Le Prince de Malessard écrivit à son père, le 19 janvier 1765, j'apprends que la veille 18, pendant qu'il était à la Bourse, leur associé J.-J. Bouverot mourut subitement entre les bras de Le Prince de Beaufond, qui put seulement le « prier de se recommander à Dieu, « de faire abandon devant lui d'aucun sentiment personnel, « de lui demander pardon afin qu'il daignât avoir pitié de (( son âme. » Cette mort soudaine jeta le trouble dans cette maison que Bouverot seul dirigeait et pouvait soutenir, et dont l'inventaire de liquidation fut dressé le 1*' janvier 1766. — Par contrat du 26 avril 1768, Le Prince de Malessard épousa (1) Claude-Sophie Darius, fille d'un ancien échevin de Paris ; la bénédiction nuptiale leur fut donnée en celte ville, en l'église de Saint-Jean-en-Grôve, le 3 mai suivant; Mi^o Darius, qui n'avait alors que dix-sept ans, mourut à Paris, le J9 avril 1780, sans avoir eu d'enfant. — Le Prince de Malessard resta toujours à Paris où nous le voyons encore en 1820, demeurant rue Sainte- Anne.
40 Charles-Louis Le Prince, seigneur de Beaufond, né et ondoyé au Crucifix, le 13 avril 1741, y reçut les cérémonies du baptême, le 3 mai suivant ; on lui donna pour parrain sou oncle Charies-Henri Desportes de Linières, et pour marraine,
(1) Voir sur les mariages des frères de Le Prince d'Ardcnay, le chapitre IX de ces Mémoires, p. 79.
sa tante Catherine-Louise-Margaerile Le Prince. Il avait à peine vingt-un ans lorsqu*il entra comme associé, dans la fondation de la maison de banque de Paris. Le 9 juillet 1705, il épousa en Téglise Saint-Eustache de Paris, après contrat passé le 3 de ce mois, Françoise Foacier, qui mourut vers 1793. Le Prince de Beaufond se remaria civilement peu de temps après, et enfin, vers 1805, il épousa Françoise-Joséphine-Adélaïde Rivot qui, en 1820, demeurait à Paris, rue des Charbonniers, 7, avec ses deux filles mineures, Joséphine-Charlotte et £dmée-Louise Le Prince. — Le Prince de Beaufond mourut à Paris, le 5 ou le 6 mai 1810.
5o Marie-Anne-Henriette Le Prince, née le 11 mai 1742, fut baptisée le 12 au Crucifix ; elle eut pour parrain, son oncle maternel, Henri-Pierre Desportes de Corlevé, et pour marraine, sa tante paternelle, M«« Le Prince d'Amigné. Le 30 juillet 1765, elle épousa, en Téglise de Notre-Dame de la Couture, Louis-Claude Gauvain, seigneur du Rancher, ancien mousquetaire noir. Par son contrat dressé la veille, elle avait reçu une dot de cinquante mille livres comprenant trois maisons situées dans la Grande-Rue et la rue des Chanoines, estimées à seize mille livres, et le surplus en contrats de rentes ou en espèces. -- Parmi les nombreux enfants de M™e du Rancher, Le Prince d'Ardenay préféra une des filles, Marthe-Henriette Gauvain, dite M"« de Biard, qu'il adopta et à qui il transmit sa fortune.
6« Julienne-Jacquine Le Prince, née et baptisée au Crucifix, le 25 février 1746, eut pour parrain son cousin, le docteur Jacques-Jean-Baptiste Pelois, curé de Thorigné et doyen de Monifort, et pour marraine, sa tante, Julienne-Renée Desportes. Elle mourut jeune, ainsi que le suivant.
7° Julien-Augustin Le Prince, né le 9 septembre 1748, fut baptisé le lendemain au Crucifix, par son oncle, Julien Desporles, curé de Beaufay et doyen de Ballon, qui fut son parrain, avec sa tante. M™* Chesneau des Portes, pour marraine.
8° Julien-Charles Le Prince, seigneur de Clairsigny, né et baptisé au Crucifix, le 26 janvier 1752, eut pour parrain Charles-François-Joseph Lecureuil de la Touche, avocat au Parlement et fermier des domaines du Roi, et pour marraine, Julienne-Renée Desporles de Monceaux, sa tante. Dès ses jeunes années, il annonça une légèreté et des dispositions
qui résistèrent à tous les sages conseils de ses parents et leur causèrent de vives inquiétudes. « Je crois, écrivait, en 1770, « son frère Le Prince de Beaufond (1), je crois que Clairsi^y « donnera bien de l'embarras; mon avis serait de le faire « entrer au service, puisqu'il veut absolument ne prendre « aucun état d'application. Je crois qu'il a besoin d'être bien « veillé; il faut espérer qu'avec l'âge sa tête mûrira....» L'âge malheureusem*int n'apporta aucune maturité à cette tête indisciplinée. La vie de Le Prince de Clairsigny fut une perpétuelle série d'aventures que je n'ai aucun goût de rappeler ici et que ce livre, avec les Mémoires de H-.P. Nepveu de la ManouUUre^ a révélées en partie. Par contrat dressé,- le 10 septembre 4775, devant M» Deville, notaire royal à Angers, il avait épousA Nicole Le Gris de la Pommeraye, dont il se sépara, par le divorce, dès le commencement de la Révolution ; il épousa alors Anne-Marie Gault, qui lui donna une fille, H"^« Chauvin, et un fils, mort au Mans vers 1866.
9» Louise-Henriette-Ambroise Le Prince, née et baptisée au Crucifix, le 9 juillet 1755, et dont le parrain fut le conseiller chroniqueur Louis Maulny; cette enfant mourut en nourrice, peu de temps après.
(1) Lettre adressée de Paris, le 12 juin 1770, à son frère Le Prince d'Ardenay.
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