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LA FABRICATION DES CIRES ET BOUGIES DU MANS

C'est au commencement du dix-septième siècle que le commerce des cir^s a pris naissance dans la ville du Mans. Ce fut nn nommé Halle qui, se trouvant par hasard au Mans, comme font les ouvriers allant de ville en ville pour se perfectionner, remarqua que Tair était propre pour blanchir les cires et leur donner un beau blanc.

Ce lut en 1600 qu'il commença à faire fleurir ce genre de commerce et, dès ce temps, la ville du Mans fut regardée comme la plus propre pour y former les établissements, le pays fournissant les plus belles cii*es et du plus beau blanc; il fut même chargé de faire la fourniture du Roi.

Depuis ce temps, il s'est formé au Mans, plusieurs établissements de ce genre ; aujourd'hui il existe encore quatre manufactures de bougie qui, en 1789, employaient environ trois cents milliers de cire jaune ou blancbe et actuellement à peine en emploient-elles quatre-vingts milliers.

Nos négociants attribuent cette grande diminution dans leurs fabriques à plusieurs causes principales :

lo Les quinquets qui ont remplacé les bougies pour

(1) Extrait de la Statistique de La commune du Mans, rédigée par H.-A. Négrier de la Crochardiêre, ancien maire du Mans et juge au tiibunal civil de la même ville. Au Mans, 20 may 1815, 1 vol. in-S» manuscrit, p. 236-267. —Ce volume inédit, que je possède, complète pour la ville du Mans, la Statistique du département de la Sarthe, écrite par Michel Houdbert, et publiée en Tan X sous le nom du préfet Auvray.

éclairer les spectacles, les salies^ les salons, galeries et appartements der?^ palais, des hôtels et des maisons pai*(i> culières.

2'> La suppression d*un grand nombre d'établissements publics dans lesquels il se consommait beaucoup de cire et de bougie, évêchés, chapitres, communautés religieuses, parlements et autres cours de justice, compagnies de commerce et de finance, etc.

3° L'établissement d'une infinité de petites fabriques de cire, lesquelles, pour obtenir la préférence des fournisseurs ont vendu et vendent encore constamment au-dessous du cours, en s'indemnisant du prix par la qualité inférieure des cires qu'elles emploient et des autres matières premières, telles que le coton pour les mèches, et par le mélange avec la cire, du suif et autres matières hétérogènes.

A^ La concurrence de ces nouvelles fabriques, jointe aux mauvaises récoltes de cire jaune et à la diflîcullé d'en tirer, en certains temps, de l'étranger, ont nécessité des augmentations progressives sur le prix des bougies, au point de déterminer un grand nombre de consommateurs à y renoncer ou au moins à réduire beaucoup leur dépense ordinaire sur ces articles.

5° Les événements, les malheurs et les suites de la Révolution ont occasionné la perte de fournitures conséquentes (sic) de bougies qui étaient expédiées dans les cours et les principales villes des divers royaumes de l'Europe ; il en était envoyé, tous les ans, des quantités assez considérables en Portugal et en Espagne et particulièrement à Cadix, non seulement pour la consommation de ces deux royaumes, mais encore pour celle de leurs possessions d'outre-mer.

6* L'impossibilité absolue, depuis plusieurs années, d'envoyer des bougies dans les colonies de l'Amérique et dans les Indes. Les négociants, les capitalistes et les arma-

leurs de tous les ports spéculaient autrefois avec beaucoup d'avantage sur cet article qui formait un objet conséquent (stc) dans tous les armements pom* ces pays lointains.

Les fabriques du Mans ont fourni, dans une seule année, 45.000 livres de bougie pour la Compagnie des Indes.

7"* Enfin aux droits d'octroi qui ont été mis sur cette denrée dans différentes villes de l'Europe, ce qui engage le consommateur à s'approvisionner plutôt chez lui que dans nos manufactures et à raison^ disons-nous, de la différence du prix que ces nouveaux manufacturiers ont établi pour s'accréditer.

Tels sont les raisonnements que font nos manufacturiers et ce à quoi ils attribuent spécialement la baisse de leurs fabriques, mais ils pourraient ajouter que l'une des principales causes de cette grande diminution provient, en grande partie, du peu de soin qu'ils apportent dans le choix des matières qu'ils emploient pour la fabrication do leurs bougies, de la trop grande quantité de suif qu'ils y introduisent et du mauvais coton dont ils se servent pour faire leurs mèches. Ainsi, le raisonnement qu'ils font contre les petites fabriques qui se sont établies depuis quelques années, doit peut-être être plutôt fait à leur respect.

On peut ajouter que le prix excessif auquel ils ont voulu soutenir leurs bougies a singulièrement favorisé les nouveaux établissements dont ils se plaignent si amèrement, puisqu'il est reconnu qu'en certaines villes elles sont à meilleur compte qu'au Mans. On peut encore dire que le refus qu'ont fait les manut'acturiei^s du Mans de remplir des demandes considérables qui leur ont été faites, par la seule crainte qu'ils ont manifestée, de ne pouvoir se procurer les matières premières eu suffisante quantité, a été capable de déterminer à former les nouveaux établis-

sements dont ils se plaignent si amèrement aujourd'hui et qui, on ne craint point de le dire, sont assez florissants, et toujours aux dépens de nos anciennes manuractures jadis si renommées à raison de leur bonne qualité et de leur beau blanc qu'on devait autant à la localité qu'au soin qu'on apportait dans la fabrication.

Telles sont les principales causes de la décadence de cette branche importante de commerce qui, jointes aux motifs déjà allégués par nos négociants, le font diminuer de jour à autre, sans qu'il soit possible de le rétablir, quelque choi^ qu'on puisse laire, les divers établissements qui se sont formés de tous les côtés, étant aujourd'hui en pleine activité.

Le refus de remplir des demandes assez considérables qu'ont fait les fabricants de cette commune a, en quelque sorte, porté le dernier coup à ce genre de commerce. Us ne peuvent nier le fait, et le sieur Négrier de la Grochardière, ancien maire, leur c'onnerail le démenti le plus formel. C'est lui-même qui, étant maire, fut chargé, de la part de son collègue de Bordeaux, de lui faire expédier par les fabricants de bougie du jVfans, 10.000 livres de bougie, moitié de cinq à la livre, et l'autre moitié de quatre; que cette demande, une fois remplie, serait suivie d'autresque, quant au payement, on payerait à mesure qu'on expédierait. Le sieur maire du Mans vit les différents fabri« cants, leur fit part de la demande qu'on faisait et leur demanda si quelqu'un d'entre eux voulait se charger de cette fourniture, ou s'ils voulaient se réunir ensemble pour la faire ; après quelques jours de réflexion, ils dirent tous qu'ils ne voulaient pas se charger de fournitures aursi considérables ; en conséquence, cette demande est restée sans effet.

M. le maire de Montîbrt-l'Amaury pour qui, depuis plusieurs années, celui du Mans faisait remplir des

demandes assez considérables et qui étaient payées au comptant, désirant établir une espèce de dépôt, chez lui, des bougies de la fabrique du Mans, demanda que l'on lui fit une remise de 2 sols par livi*e de bougie, sans quoi il c<!sserait toute espèce de demande. Le fabricant qui expédiait les demandes a mieux aimé y renoncer que d'accorder cette remise, de manière que le débouché n'a plus eu lieu, et alors le maire de Montfort a établi chez lui une fabrique qui est devenue très florissante, qui fait un commerce considérable à Paris et diminue d'autant celui que faisaient nos manufacturiers du Mans.

Dire que les malheurs de la Révolution ont contribué à la diminution de cette branche de commerce est une grande vérité, mais on conviendra aussi que l'insouciance de nos manufacturiers, !eur défaut d'activité et la mauvaise qualité de leur bougie, ont considérablement augmenté la diminution de ce genre de commerce jadis si florissant. Ainsi, c'est pour ainsi dire à eux seuls qu'ils doivent s'en prendre. Mais aujourd'hui que les choses semblent changer de face, nos manufacturiers devraient alors, pour rétablir la confiance dont la ville du Mans jouii depuis plus de deux cents ans, s'attacher h n'employer que de bonnes matières, à ne pas porter le prix de leurs marchandises à des prix excessifs et bien au dessus de ceux établis dans les nouvelles fabriques.

On a vu avec plaisir, pendant quelque temps, que l'un de nos fabricants voulant raviver ce genre de commerce et lui donner son ancien lustre, s'attachait particulièrement au choix des matières qu'il employait dans sa fabrication; il eut été à désirer qu'il eût continué et que son exemple eût été suivi par ses confrères, on eût bientôt vu refleurir le commerce des bougies dans cette ville; mais cela n'a pas été de longue durée, et il s'est bientôt mis au niveau de ses confrères.

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