‹ Mémoires, publ. et annotésChapitre 47 sur 54 · SUPPLIQUE · texte numérisé non relu

SUPPLIQUE

ADRESSÉE A l'iNTENDANT DE LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS

JPAR JEAN BAPTISTE-JACQUtS LE PRINCE

A l'effet d'obtenir, four sa UAISQN, LE TITRE DE

Manufacture royale

Monseigneur ,

Jean-Baptiste-Jagques Le Prince, négotiant au Mans, avocat en Parlement, ancien juge consul, inspecteur et contrôleur des marchanils ciriers de la ville du Mans, y tenant la plus ancienne et la principalle manufacture de cires et de bougies du Mans,

Remontre très humblement à Votre Grandeur qu'ayant considéré les dépenses immenses que son père et ses auteurs ont faites pour perfectionner cette manufacture, il s'est attaché à celte branche de commerce et que, depuis près de trente anS; il a poussé le blanchissage des cires et la fabrique des bougies au point de peifection où elle est aujourd'hui. Ces motifs luy font espérer que Votre Grandeur, protectrice du commerce, voudra bien décorer la manufacture du supliant du titre et prérogative de manufacture royale qui ont été cy devant accordés aux manufactures d'Antony et d'Orléans, quoique moins anciennes que celle du suppliant. Cette décoration fut l'encouragement de la première, luy ayant été accordée dans sa naissance, et la récompense du succès de l'autre, n'ayant eu ce titre que plus de soixante ans après son établissement.

Les manufactures de cire en France doivent leur origine et leur perfection à celles du Mans; ce sont celles-cy qui ont donné l'exemple et le ton à toutes les autres qui ne les

ont imitées que de loin, et celle du suppliant est la plus ancienne et la plus considérable.

Le nommé Halley, né en 1570, s'attacha, le premier, à cette branche de commerce^ et se distingua d'une manière si remarquable dans le blanchissage des cires qu'il fut nommé cirier du Roy. L'on croit qu'il maria une de ses filles à Julien Hossard, né en 1606; il est certain qu'il le forma, et que cet élève commença à travailler pour son compte, dans cette manufacture, en 1630. 11 mourut en 4677, après avoir marié sa fille à Jean Le Prince qu'il établit dans la dite manufacture en luy faisant part des connaissances que son expérience luy avait acquises.

Jean Le Prince profita des lumières qu'il avoit reçues de Julien Hossard, son beau-père, et poussa encore plus loing la perfection des cires et des bougies ; pour rendre justice à ses talens et à son application, l'Hôtel -de- Ville l'ayant nommé Echevin en 1686, luy donna pour écusson un champ d'azur portant une abeille reine environnée de son essaim avec cette légende : Gens sub principe tuta^ tirée des Georgiques, de Virgile. Il mourut en 17H, et eut pour successeur Jean-François Leprince, son fils, père du suppliant, qui continua de perfectionner la ditte manufacture avec autant de distinction que d'exactitude. 11 fut élu consul dès le commencement de l'établissement de cette juridiction au IVfans; il remplit cette place d'une manière si distinguée, qu'il en fut honoré plusieurs fois. Il fut nommé Echevin en 1723 et mourut en 1732; c'est à luy que le suppliant son fils a succédé. Il a été nommé consul en 1741, et deux fois depuis, il a encore été honoré dé cette place ; il n'a épargné ni soins ni dépenses pour exceller et porter au dernier point de perfection cette manufacture.Ces soins el celte application luy ont procuré l'honneur de fournir plusieurs princes et seigneurs de France et des cours étrangères, et même à l'honneur de

fournir,<lepuis plus de vingt ans^les bougies pour le service de Sa Majesté au château de la Muette. — Le suppliant a plusieurs enfants qui se disposent à seconder ses soins.

Ce considéré, Monseigneur, le suppliant ose espérer de votre bonté et puissante protection, qu'ayant égard à l'ancienneté de sa manufacture, aux soins et aux dépenses du suppliant et de ses auteurs pour l'établir et parvenir à la supériorité qii'elle a aujourd'huy et h l'avantage qui en peut revenir au public, Votre Grandeur voudra bien honorer sa dite manufacture des titres et prérogatives de manufacture royale, tant pour le suppliant que pour ses hoirs et ayant cause dans la dite manufacture, ce qui excitera Témulation du suppliant et de ses successeurs, et les engagera à suivre la route que leurs aulheurs leur ont tracée, ce qui contribuera au bien général du commerce dont celte branche fait aujourd'huy une partie assez considérable pour former une des principales ressources de plusieurs provinces du royaume.

Non signé.

Pièce manuscrite sur papier, 3 pages in-folio, communiquée par M. U. Chardon.

Il ne parait pas quMl ait été donné suite à cette supplique.

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