ÉCLAIRCISSEMENTS
D£MAin)ÉS FAR M. LE CONTROLEUR GÉNÉRAL A M. l'intendant DE LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS SUR LE COMMERCE DES CIRES (i).
(Remis à M. de Tournay, le 21 avril 1765)
Le commerce des cires peut être considéré sous deux points de vue :
io Dans la culture des abeilles,
S** Dans le travail des blanchisseries.
La culture des abeilles demande plus d'attention que de frais. L'on peut facilement engager l'homme de campagne d'augmenter le nombre des ruches par Témulation et Tap. pât des récompenses qui seront accordées à ceux qui auront un certain nombre de ruches; une légère diminution de taille, l'exemption de collecte, tutelle, curatelle, de la milice, en faveur de ceux qui auront, par exemple, 50 ou 60 ruches ; que la visite et le dénombrement en soient faits sans commis, mais par le syndic ou autres notables de la paroisse ; il sera de leur intérêt de faire un rapport fidèle puis qu'ils porteront, avec les autres paroissiens, la portion des taxes dont sera déchargé celuy qui sera parvenu au nombre fixé pour obtenir la récompense
Que jamais cet examen ne soit confié à des commis; la seule idée serait capable de faire négliger au paysan les soins de ses ruches, loin de l'engager à les multiplier.
(1) Ce projet de propositions, qui nous paraissent bien peu acceptables, est en entier écrit de la main de J.-B.-H.-M. Le Prince d'Ardenay.
— Ui —
L'expérience qu'on en fit, en i748, annonce quel en seroit le danger. Le Roy établit des droits sur les cires, les commis des Aydes furent chargés d'examiner ceux qui élevoient des abeilles; aussitôt, les gens des campagnes, voyant que les commis comptoient leurs ruches, en aban* donnèrent le soin et préférèrent de perdre le produit de leurs abeilles plutôt que de s'exposer aux recherches des commis. L'on eût bientôt perdu en France toutes les abeilles, si ceux qui avoient la ferme des droits établis sur les cires n'en eussent demandé eux-mêmes la suppression, ayant reconnu que les frais de régie excédoient le produit.
Le Conseil, pour exciter davantage l'émulation, pouroit exempter les ruches à miel et les matières en provenant, Lîft toutes saisies, même pour les propres deniers de Sa Majesté; que ceux qui s'adonneront à ce commerce, quelque considérable qu'il pourra être, ne soient jamais imposés à la taille, s'ils en sont exempts, et que les taillables ne puissent, sous prétexte de ce commerce, être augmentés à la taille ny aux autres impositions.
Il serait intéressant de défendre de faire périr les abeilles pour en tirer la cire et le miel, mais enjoindre de les chasser, c'est à dire de les faire passer d'une ruche dans l'autre pour en tirer la cire et le miel, comme on le pratique dans plusieurs endroits, ce qui conserve l'abeille.
Les blanchisseries de cire, en France, ne sont pas anciennes, elles n'ont commencé de se former que vers le milieu du xvi* siècle; auparavant, on employoi' les cires jaunes, telles qu'elles sortent de la rucbe.
L'on attribue aux Vénitiens l'invention du blanchissage des cires. Le sieur Hallay établit au Mans la première blanchisserie, vers Tan 157u ; il communiqua les connoissances que Texpérience luy avoit acquises, au sieur Julien Hossard, son gendre ; ce dernier s'attacha, d'..ne manière
Digiti
particulière, au blanchissage des cires. Ses descendants ont continué de le perfectionner.
Cette branche de commerce fut peu considérable dans son origine; elle fut essentiellement augmentée et seroit susceptible de nouveaux accroissements, si le Conseil vouloit favoriser les manufactures de cire en France.
Les étrangers conviennent que la préférence est due au blanc des cires et des bougies de France, mais les droits établis à l'entrée et à la sortie du Royaume, les droits locaux, ceux d'une province à l'autre, augmentent le prix de la matière première et des bougies fabriquées en France. L'étranger se rebutte et s'adresse aux manufactures des autres dominations ; bs nôtres ne pourront obtenir de préférence qu'autant qu'on raeitra ceux qui les conduisent dans le cas d'établir les bougies à un prix proportionné aux cires et bougies de l'étranger.
Par divers arrêts du Conseil, Sa Majesté, pour engager les étrangers d'envoyer blanchir leurs cires en France, a ordonné la restitution des droits d'entrée du Royaume, des cires étrangères lors de la sortie ; mais les formalités requises pour obtenir cette restitution la rend presque impraticable et gêne la liberté du commerce. Ces cires étrangères payent les droits locaux et d'une province à l'autre; toutes ces entraves réduisent à rien l'exportation des cires et bougies à l'étranger, quelque supériorité qu'elle puisse acquérir.
Pour favoriser le blanchissage des cires et la perfection des bougies, le Conseil pourroit renouveler les défenses d'altérer les cires jaunes et de les charger de corps étrangers, et ordonner qu'elles fussent mises en pain, en sortant de la ruche, nettes et sans pied ny altération, à peine de confiscation au profit des hôpitaux des lieux où elles seroient mises en vente.
En suivant ces deux moyens, l'on verra augmenter le
nombre des ruches et les blanchisseries de France blanchir et fabriquer pour l'étranger.
Mais, que la récompense et l'émulation soient le seul moyen auquel on ait recours pour engager l'homme de campagne de multiplier ses ruches, on en verra bientôt augmenter le nombre. Alorï:, la France trouvant danâ son sein la quantité de cire nécessaire à sa consommation, se passera de cires étrangères qu'elle fait venir à grands frais, ce qui tire beaucoup d'argent au Royaume.
En facilitant l'exportation des cires et bougies par la suppression des droits locaux et de sortie de France, l'étranger ne tardera pas de s'adresser à nos manufactures dont il connoit la supériorité.
Pièce manuscrite sur papier, 5 pages in-folio, communiquée par M. H. Chardon.