CHAPITRE PREMIER
Origine, Naissance, Première éducation
La famille Le Prince est originaire de Bellême. Le premier de ce nom, qui s'établit au Mans, apprit l'état de cirier chez Julien Hossard, dont il épousa la fille .
Jean-Baptiste-Jacques Le Prince, mon père, descendant du gendre de Hossard, était fils de Jean-François Le Prince et de Marie Bouteiller; il épousa, le 15 janvier i737, dans Téglise paroissiale de Notre-Dame de la Couture, Marie, fille de Henry Desportes, maître de forges, et de Anne Le Moine.
Premier fruit de cette union, je naquis le i6 octobre i737, et fus baptisé, le même jour, sur les fonts de l'église cathédrale, par labbé Pelois. J'eus pour parrain M.. Desportes, mon grand- père maternel, et pour marraine, ma tante, sœur aînée de mon père. Ils me donnèrent les noms de Jean-Baptiste-Henry-Michel.
L'abbé Pelois, cousin-germain de mon père, mort curé de Thorigné et doyen rural Je Monlfort, était, lors de ma naissance (1), un jeune prêtre, nouvellement arrivé de Paris
(1) C'est seulement à la lin du xviie siècle que la famille Pelois était venue s*6tablir au Mans. Le 10 février 1G99, M» Jacques Pelois, licencié es lois, avait épousé, à Tautel du Crucifix, Marie-Renée
avec le bonnet de docteur. 11 exerça sur moi les premières fonctions de son ministère. Ma mère, quia toujours eu une piété tendre, mais inquiète, craignit que, malgré le titre de docteur, le défaut d'expérience ne lui eût fait omettre quelque cérémonie ou formalité essentielle. Elle fut bientôt et aisément rassurée par les nombreux témoins de mon baptême ; la famille et les amis de mes parents s'étaient réunis pour assister à cette cérémonie.
Le même jour, je fus porté en nourrice à Sainte-Jammesur-Sarthe et confié à la femme du sacriste, sous la surveillance d'Anne Desportes, ma tante. Elle demeurait habituellement à la forge d'Antoigno que tenait mon grand-père. Elle avait promis à mes parents tous ses soins. Je rends justice à son intention, mais ma chère tante était fille, bonne dévote, consacrant la majeure partie de son temps à la prière et à l'exercice des œuvres de miséricorde. Elle ne connaissait que par une théorie bien imparfaite les devoirs d'une mère qu'elle s'était
Le Prince, âgée d'environ trente ans. Né en la ;même paroisse, le 28 juillet 1707, Jacques-Jean-Baptiste Pelois fut le cinquième en. fant issu de cette union. Revenu au Mans, en 1737, après avoir achevé ses études Ihéologiques, il resta quelques mois sans exercer aucune fonction. L*année suivante^ un ami de la famille Le Prince, Jacques-Antoine Drouard de la Gaillère, curé de la paroisse de Thorigné depuis 1680, se voyant accablé par Fâge et les infirmités, résigna son bénéfice à Jacques Pelois. D'anciennes relations unissaient les Le Prince aux Drouard qui occupaient au Mans une excellente situation et que Ton voit alliés aux Ame lion, aux Hoyau et autres familles patriciennes de la cité. La mort de Jacques- Antoine Drouard, arrivée le 24 mars 1738, mit Tabbé Pelois en possession de sa cure de Thorigné ; il s'attacha à cette paroisse, y consacra toute sa carrière et y mourut le 8 février 1760, âgé d'environ cinquante-trois ans.
engagée de remplacer, et elle était bien peu au fait des secours et des attentions continuelles qu'exigent la faiblesse et les besoins sans cesse renaissants d'un enfant nouveau-né.
J'eus le double malheur d'être trompé par ma nourrice et d'être grièvement blessé par sa négligence. Ne voulant plus me donner son lait, elle me nourrissait de racines et de légumes, sans aucun apprêt. J'ignore si cette marâtre me donnait même du pain ou de la bouillie. En peu de temps, je dépéris très-sensiblement, et, pour comble de malheur, je fis une chute grave dont je n'ai jamais su les circonstances; mais mon nez enfoncé et mon menton avancé sont une preuve permanente de la violence de cette chute. Trop heureux de n'en avoir eu aucune suite fâcheuse 1
Je fus cependant si malade et tellement en danger, que ma tante craignit de me 'perdre et d'essuyer les justes reproches de la tendresse maternelle. Après m'avoir donné tous les secours qu'il était en son pouvoir, et après avoir employé tous les remèdes convenables à ma position, elle eut recours au souverain médecin : elle me mit sous la protection de la sainte Vierge et fit le vœu de me faire porter le blanc jusqu'à l'âge de cinq ans. Ses prières et celles de ma famille furent exaucées.
On me rapporta au Mans, chez une seconde nourrice, la veuve Boivin, qui me prodigua ses soins et sa tendresse. Elle avait un talent particulier pour élever les enfants ; elle réussit à me tirer de l'état de langueur où j'étais. Je recouvrai la santé, mais i'ai été très-longtemps à acquérir les forces ordinaires. Je n'ai commencé à marcher seul qu'à trois ans.
Ma mère eût bien de la peine à pardonner à sa sœur le mauvais choix de ma première nourrice et les fâcheux effets de cette faute ; elle s'est reproché, pendant long-
temps, d'avoir cédé si facilement aux conseils de l'amitié. EUe ne s'était décidée à m'éloigner d'elle que parce qu'on lui avait persuadé que l'air de la campagne me serait plus salutaire.
Combien de fois aussi, ne s'est-elle pas reproché de ne m'avoir pas nourri elle-même I Elle a avoué depuis qu'elle ne connaissait pas alors l'importance de ce devoir sacré que la nature prescrit aux mères ; mais je dois cette justice à la mienne^ qu'avec la meilleure volonté, il lui eût été presque impossible de le remplir. Chargée des détails d'un ménage très-considérable, (on nourrissait alors tous les ouvriers de la manufacture), elle employait le reste de son temps à seconder mon père dans son cabinet et à le remplacer pendant les voyages fréquents qu'il faisait alors pour son commerce.
Mes parents s'occupèrent, de bonne heure, des moyens de former mon esprit et mon cœur. Je dois à leurs soins assidus tout ce que je puis valoir. J'ai éprouvé mille fois que leur tendresse était sans excès ni faiblesse. Mon père était naturellement sec et plus ferme; il grondait quelquefois et punissait rarement. Ma mère tempérait cette fermeté par sa douceur; quoique très-aimé des deux, je puis dire que je n'ai point été un enfant gâté. Un jour cependant (je n'avais pas encore quatre ans), pour je ne sais quelle petite peccadille, mon père me fouetta avec les cordons de mes gants. Ma mère, instruite de cette expédition faite en son absence, leva ma petite cotte sans faire semblant de rien : — t Y parait-il ? » dis-je à cette bonne mère qui, ne s'attendant pas à ma réflexion, fut obligée d'imaginer un prétexte; pour justifier à mes yeux sa curiosité.
Dès que je fus capable de quelque intelligence, on m'enseigna à lire. J'ai l'obligation de cette première connaissance à l'abbé Desiles. Je conserve le plus tendre souve-
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nir de ses complaisances et de ses bontés (1). M"* Aubry rainée^ bonne maîtresse, mais sèche et sévère, me commença pour récriture. Sitôt que je pus griffonner, j'appris les éléments de la langue latine. On m'envoya aux petites écoles, chez M. BrifTault ; il avait dès lors la réputation bien méritée d'un excellent humaniste. Je lui dois les bons principes de latinité qui m'ont permis de faire mes études avec plus de facilité. Pour seconder le zèle de ce bon maître, mon père, qui ne désirait que mon avancement, me donna un précepteur. Il choisit l'abbé Boyère, qui n'avait pas encore dix-huit ans, mais il était sage, d'excellentes mœurs, gai, doux, honnête et complaisant, et il avait fait de bonnes études. Il gagna facilement mon amitié et mérita bientôt la confiance de mes parents. Il demeura à la maison jusqu'à l'époque de son élévation à la prêtrise. Après avoir exercé les fonctions de vicaire à Yvré-l'Evêque, il fut rappelé en ville. Il obtint successivement une place dans le Chapitre de Saint-Michel et le vicariat de Saint-Nicolas. En 1778, j'eus le bonheur et le plaisir de lui procurer, par le canal de M. de Grimaldi, la cure de Saint-Pierre-l'Enterré (2). Il mourut pendant la Révolution.
(1) René-François Desiles,'né au Mans en 1725, avait d'abord été confrère de Saint-Michel-du-Cloître et diacre d'oificc àj Saint-Julien. Grâce à la bienveillance de M. de Grimaldi qui Favait choisi pour son aumônier, il fut pourvu, en 1773, d'uuj canonicat dans le Chapitre de Notre-Dame de Sillé-le-Guillaume. La Révolution le trouva fidèle et attaché à ses devoirs ; il [ne '.voulut prêter aucun des serments schismatiques et subi t>ne détention;' d'environ trois années. Au Concordat, il devint chanoine honoraire de Saint Julien et mourut au Mans, le 26 décembre 1804.
(2) Le 5 juin 1778, Charles ^ Boyère, licencié en droit, avait pris possession de la |;cure de Saint-Pierre-le-Réitéré, vacante par la mort de Nicolas Chauvin du Ponceau. Cette nomination intéressait
Mon père, trop occupé de son commerce, ne pouvait veiller à mon éducation. Il se reposait, pour les détails, sur ma mère et mon précepteur, sur ma marraine et sur sa tante, surnommée la tante Mignonne, à cause de son extrême bonté (1^.
Ces deux saintes filles me donnaient, ainsi qu'à toute la maison, des exemples continuels de religion et de vertu. Ma marraine demeurait avec nous, et la tante Mignonne avait son ménage particulier dans une petite maison, rue des Chanoines, qui communiquait avec la nôtre (2) par Tintérieur.
Ma marraine, petite de taille, contrefaite, très-délicate, et d'une faible complexion, avait le ton le plus impératif, avec la plus grande bonté. Elle surveillait la blanchirie (sic), où elle passait la belle saison. Elle avait le talent de se faire craindre et aimer de tout le monde qu'elle édifiait par sa piété. L'ouvrage de ses mains était entièrement consacré aux pauvres ; elle s'occupait habituellement à faire des trousseaux pour les enfants de nos ouvriers.
Garante des vœux qu'elle avait faits pour moi sur les fonts sacrés du baptême, elle me les rappelait souvent et m'instruisait, par ses discours comme par ses exemples, à
d'autant plus Le Prince d'Ardenay que, dans celle paroisse, était située la demeure des Godard d'Assé, qui passa ensuite à son beau-frère, Pierre-François Le Fcbvre du Breil, conseiller au Siège Présidial.
(1) Née au Mans, le 26 novembre 1676, Geneviève-Madeleine Le Prince était le neuvième enfant de Jean Le Prince et de Catherine Hossard. Elle ne s'éloi^^na jamais de la paroisse du Crucifix et y mourut, le 13 février 1754, Agée d'environ soixanlc-dix-huit ans; elle fut inhumée, le surlendemain, dans l'église des Pères Cordeliers où était la sépulture de sa famille.
(2) Il ne faut pas oublier que les Le Prince habitaient encore leur ancienne maison qui est aujourd'hui le n» 14 de la Grande-Rue.
renoncer aux vanités du monde^ à Satan, à ses pompes et à ses œuvres.
La tante Mignonne, que je n'ai connue que dans sa vieillesse, avait une laille avantageuse. Elle portait encore sur son visage et dans ses traits réguliers les marques de la beauté qui Tavait distinguée dans sa jeunesse. Simple comme la colombe, elle était douée d'une douceur unique de caractère, d'une bonté d'âme au-dessus de toute expression et d'une piété vraiment exemplaire. Née avec ces heureuses dispositions, dès son enfance, elle ne craignait rien tant que de perdre la vie de Jésus-Christ. Toutes les fois qu'elle croyait avoir fait quelque chose qui pouvait déplaire à ce divin Maître : a Mon Dieu I disaitrclle, en levant les yeux au ciel et en joignant ses petites mains ; mon Dieu ! mon Sauveur ! ne me privez pas de votre grâce I » Son cœur était, dès lors, tout entier à Dieu, et elle ne s'est jamais démentie. Quoiqu'elle fût en enfance dans les dernières années de sa vie, il suffisait de lui parler de prières ou de bonnes œuvres pour rappeler toute sa raison et sa piété. Au lit de la mort, ses faiblesses disparurent ; elle apprit avec joie que sa fin approchait. Elle reçut les derniers sacrements avec la plus grande édification, et mourut avec la tranquillité qui caractérise la mort des justes. M. Morin, curé du Crucifix, qui la connaissait depuis très-longtemps, a répété, plusieurs fois après sa mort, qu'il était persuadé qu'elle n'avait jamais perdu l'innocence baptismale.
J'ai éprouvé^ pendant qu'elle a vécu, les témoignages les plus sensibles de son affection et de ses bontés. Elle n'avait point de plus grand plaisir que de m'avoir auprès d'elle. Elle me procura, dans mon enfance, tous les petits jeux à portée de mon âge, et, tout en jouant avec moi, elle ne négligeait point Toccasion de jeter dans mon jeune cœur quelques semences de vertu.
Je ne puis résister au désir de citer un trait de sa complaisance. Je pouvais avoir de quatre à cinq ans. Chesneau, mon cousin, et du même âge (i), était fréquemment avec moi, chez la tante Mignonne. Elle nous avait souvent amusés en nous racontant des contes de fées, dont les récits merveilleux intéressaient beaucoup notre curiosité. Un jour, nous étions tous les deux, seuls avec elle. 11 avait été question d'une fée qui avait des perles dans les cheveux. Imaginant que la tante Mignonne pourrait bien en avoir dans les siens, nous demandâmes et obtînmes aisément la permission d'y regarder. Armés chacun a'un peigne, et grimpés sur de petits tabourets, nous décoiffâmes la bonne tante ; et rangeant et tirant chacun de notre côté, nous cherchions, avec la plus scrupuleuse attention, les perles que nous espérions trouver. La bonne Jeanneton, sa gouvernante, arrive sur ces entrefaites. A la vue de la tête de sa maîtresse, tout en désordre, après nous avoir grondés de la belle manière, elle lui fit des reproches sur l'excès de sa complaisance. La tante Mignonne ne fit qu'en rire et ferma la bouche à sa domestique, en lui disant qu'il fallait être enfant avec les enfants, bon et complaisant avec tout le monde.
(1) Le 28 janvier 1734, Mathieu-Guy Chesneau des Portes, conseiller au Siège Présidial du Mans, avait épousé à l'autel du Crucifix, Magdeleine, fille de Jean-François Le Prince et de Marie Bouteiller. Né en la paroisse de Notre-Dame de Saint- Vincent, le 44 novembre 1737, leur fils aîné, Mathieu-Guy- Jean-René Chesneau des Portes, était du même âge que son cousin Le Prince d'Ardenay dont il partagea les jeux. M. Chesneau des Portes resta au Mans où toute sa famille était établie et fort bien alliée; en 1763, il remplaça son père comme conseiller au Siège Présidial, et se maria en 1765. Après la Révolution, il devint conseiller de préfecture de la Sarthe, et mourut sous la Restauration à un âge fort avancé.
Mes parents et mes maîtres exigeaient toute mon application à mes petits exercices. Dès que j'avais rempli mes devoirs, ils n'étaient pas moins empressés à me procurer les jeux et les amusements de mon âge. Tout le monde de la maison concourait à les varier et à les multiplier, mais la moindre chose suffisait pour m'intéresser et me divertir. Né assez tranquille, je n'aimais pas dès lors et j'ai toujours fui les plaisirs bruyants.
J'avais pour compagnie habituelle mon cousin Cbesneau, quelques voisins de notre âge et, presque tous les jours de congés les petits enfants de chœur de la cathédrale ; chaque fois que je les voyais, c'était pour moi une vraie fête. Je pris un goût particulier pour eux, et je les aimais tellement que, jamais, depuis ce temps, je n'ai rencontré d'enfants de chœur sans me rappeler avec une douce émotion les premiers compagnons des jeux de mon enfance.
Un de nos grands plaisirs était d'imiter les cérémonies de rÉglise^ de faire des processions, des paradis, des reposoirs, et de chanter la messe et quelques parties des offices. Dans ce temps-là, presque tous les jeunes garçons avaient le même goût qui les portait naturellement à l'amour de la religion^ des devoirs et des exercices qu'elle prescrit.
Les parents et les maîtres entretenaient ce goût et le favorisaient de tous les moyens. Je me rappelle encore le plaisir que je ressentis, lorsque mon père me fit le cadeau d'un calice en cuivre et de divers petits meubles et ustensiles que son père lui avait donnés lorsqu'il était à mon ége. Nos précepteurs, déjà initiés dans l'état ecclésiastique, et, par cette raison, plus au fait de nos besoins, s'empressaient d'y satisfaire. Ils s'occupaient, pendant nos récréations, à nous faire des ornements et tout ce qui était nécessaire à la décoration de nos petites chapelles.
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Nous conservâmes, mes cairarades et moi, ce goût des paradis jusques et par delà l'âge ordinaire. Notre petit clergé enfantin, considérablement augmenté par les connaissances que nous formâmes au collège, devint presque raisonnable. Nous nous réunissions très-exaclement pour célébrer, à notre manière, les grandes solennités, surtout la fête du Saint-Sacrement. Nous faisions, pendant l'octave, plusieurs processions, quelquefois dans les rues. Nous prêchions tour à tour, chacun s'en tirait le moins mal qu'il pouvait. Je n'oublierai jamais que le puits de M. de Launay servit un jour de chaire au docteur Livré, et que le cadran de l'église de Gourdaine (1) fournit à Tabbé Hervé le texte d'un de ses sermons.
Je quittai le blanc à cinq ans. Ma marraine me donna, pour le relever, un fourreau de ras de Sicile fond rose ; elle avait préféré cette couleur pour laquelle j'avais déjà témoigné de la prédilection. On n'habillait alors les enfants en homme qu'à l'âge de cinq à six ans. Ma septième année était bien commencée, lorsque j'eus ma première culotte. Je Tétrennai le 25 mars, jour de TAnnonciation. Le plaisir du changement de costume fut bien vif, mais il fut bientôt troublé par une maladie longue et sérieuse. La fièvre me prit, le samedi-saint, grand mal de tête, vomissements réitérés ; la petite vérole se déclara et couvrit abondamment toutes les parties de mon corps.
(1) L'église paroissiale de Notre-Dame de Gourdaine, située au nord-est de la rue de Gourdaine, occupait à peu près remplacement du no 4 actuel de la rue d'Enfer ; elle avait son entrée sur cette rue et était adossée aux anciennes murailles sur lesquelles sont édiliées les maisons de la place du Château qui font face à la Cathédrale. Cette disposition topographique est parfaitement indiquée par le plan du Mans, si exact et si précis, dressé, en 1777, par l'abbé Janvier, curé de Changé.
Elle n'était pas, heureusement, d'une espèce maligne. Je ne fus point du tout maixjué. Le dépôt se jeta sur mes yeux qui restèrent fermés pendant huit jours. J'ai été sujet depuis, pendant plus de vingt ans, à des fluxions considérables et presque continuelles. J'ai employé en vain tous les remèdes, jusqu'à l'époque à laquelle j'ai pris la perruque. Dès que j'eus la tète rasée, je fus soulagé, et depuis, je n'ai eu aucun mal aux yeux.
Un enfant de sept ans commence à devenir un petit personnage. Ses idées se débrouillent, son jugement se développe, et l'aurore de la raison annonce les premiers rayons de sa lumière. C'est alors qu'il acquiert les premières notions du bien et du mal, et qu'il apprend à les distinguer. Par une juste conséquence, il est vraiment coupable des péchés qu'il commet alors. C'est pourquoi on a déterminé l'âge de sept ans pour envoyer les enfants à confesse. Mamère me prépara, de longue main, à cette première action sérieuse de ma vie. Elle me mit entre les mains de l'abbé Hubert, vicaire du Crucifix et depuis curé de Saint-Pierre. Quoique les enfants ne sentent pas alors toute rimportance de ce qu'on leur fait faire, il est néanmoins bien utile de leur faire connaître, de bonne heure, leurs devoirs, pour les accoutumer à les remplir.
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