CHAPITRE II
Suite de mon éducation. -» Depuis mon entrée au Collège jusqu'à mon départ pour Paris
J'entrai au collège des PP. de l'Oratoire, à la Saint-Luc 1745. Je n'avais que huit ans. J'eus pour régent le P. Brocbard, sous lequel j'ai fait mes cinq années d'humanités. Je fis ensuite deux années de rhétorique sous le P. Ory^ et moncoursde philosophie sous le P. Cochet (1).
Grâce à mon maître d'école et à mon précepteur, j'étais entré assez fort en sixième. J'ai toujours, ou à peu près, soutenu une certaine supériorité sur la majeure partie de mes condisciples. Je dis à peu près^ car aiïguando bonus dormiiat Homerus^ et si les plus gi*ands maîtres sont sujets à des faiblesses, à plus forte raison un écolier, im enfant peut-il parfois dévier et s'écarter de son chemin ! J'avoue donc de bonne foi que je n'ai pas été plus que les autres, et peut-être moins, exempt de négligence, de paresse, de
(1) Ce fut en 1635 que les Pères de la Gongrég^ation de rOratoire vinrent s'établir au Mans, et prirent la direction du collège-séminaire queTévêque Claude d'Angennesy avait fondé au commencement du siècle. Leur maison prospéra rapidement, et longtemps ce collège rassembla à la fois près de mille élèves. A la Révolution cet établissement subit le même sort que tous ceux du même genre qui couvraient alors la France. Après en avoir chassé et dépossédé les Oratoriens, le pouvoir révolutionnaire y fonda une école centrale qui devint plus tard un collège communal. CTest, depuis environ vingt-cinq ans, un Lycée dirigé par FUniversitè.
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relâchement. Je conviens même que je ne dus mes premiers succès qu'à une grande facilité et à Texcellente mémoire dont j'étais doué. Dans les deux premières années surtout, je travaillais plus par routine qu'autrement. Ce ne fut qu'en quatrième et troisième que je commençai à bien comprendre mes règles et à les appliquer avec quelque discernement.
Si le P. Brochard était bon, il était aussi très-exact et assez sévère. Cependant, pendant les cinq ans que j'ai passés sous lui, je n'ai jamais été dans le cas de recevoir aucun châtiment ni punition. En cas de besoin, j'avais toujours un portefeuille amplement garni d'exemptions, contra omnia tela,
La distribution publique des prix ne se faisait alors que tous les deux ans. J'eus seulement des accessits en sixième et en quatrième ; je fus plus heureux en seconde, et encore plus en ma deuxième année de rhétorique. Je remportai plusieurs des prix destinés aux vétérans. Le P. Danglade, préfet du collège, avait eu l'attention de distinguer à cet égard ceux qui redoublaient, afin de ne pas priver les nouveaux de la récompense de leurs travaux.
En sixième, cinquième et quatrième, je fus un des acteurs des pastorales que les régents composaient pour le P. Visiteur. En seconde, mon régent me donna un rôle pour la pièce du carnaval ; elle consistait, suivant Tusage du temps, dans un poème latin, suivi d'un petit drame français. Le P. Brochard avait choisi deux sujets intéressants ; celui du poème était Téloge de l'Eglise du Mans ; celui du drame, David délibérant avec son conseil sur la perfidie d'Absalon.
Je parus, ce jour, pour la première fois, en public •; malgré la rigueur de la saison, je suais à grosses gouttes et je tremblais de tous mes membres en entrant sur la
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scène. Je surmontai peu à peu ma timidité, et je finis beaucoup mieux que j'avais commencé ; mais je n'ai jamais pu vaincre tout à fait celte timidité naturelle, et j'ai toujours éprouvé, au début, un certain trouble occasionné par la juste crainte de me tromper, et par l'impression que causent ou la présence d'un personnage important ou les regards d'un nombreux auditoire.
Mes deux années de rhétorique furent terminées par deux exercices littéraires, le premier sur la poésie, le second sur l'éloquence de la chaire et du barreau. Les principes et les exemples renfermés dans ces deux exercices et dans les deux traités de rhétorique, Tun en Jatin, l'autre en français, que nous donnait notre professeur, ont beaucoup contribué à me former le goût en me faisant connaître les règles que je devais suivre et les chefs-d'œuvre de nos grands maîtres.
Je soutins mes quatre thèses de philosophie. La veille dujour désigné pour celle de métaphysique, mon professeur tomba malade ; il m'annonça qu'il fallait soutenir seul, que je m'en tirerais bien sans son secours. J'eus bien de la peine à me déterminer. Encouragé par mon maître, je cédai, mais il fallut faire un effort considérable sur moi-même. J'employai les vingt-quatre heures qui me restaient, à me recueillir et à repasser mes principales preuves. Au moyen de Tindulgence des argumentateurs et de l'aide .de quelques oratoriens placés à ma portée pour me souffler, au besoin, une réponse ou une distinction, je remplis passablement ma tâche.
Ma thèse générale fut suivie d'expériences publiques de physique; elles durèrent plusieurs jours. Une des séances fut consacrée à Tanatomie ; notre professeur en avait fait étudier un traité abrégé, et nous avions pris, d'ailleurs, quelques connaissances sur celte matière importante, dans un cours public que les chirurgiens
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avaient donné à l'Hôpital, quelque temps auparavant. Nous nous étions cotisés, mes condisciples et moi, pour avoir un sujet que nous nous proposions de disséquer nous-mêmes. Nous le cédâmes aux chirurgiens qui, par reconnaissance, se firent un plaisir de mettre leurs démonstrations à notre portée, le plus qu'il était possible. Nous suivîmes exactement ce cours, avec notre professeur, excepté seulement la séance dans laquelle on traita certaines matières dont la décence et notre âge oe nous permettaient pas de prendre conuaissance. Une simple recommandation de notre professeur suffit pour déterminer tous ses élèves, sans exception, à s'abstenir de cette séance. Je cite cette anecdote pour faire connaître la hauteur du thermomètre des mœurs à cette époque. On comptait à peine alors trois ou quatre libertins dans tout le collège.
Je viens de tracer en abrégé le tableau de mes études au collège ; je n'ai pas cru devoir en interrompre la narration par le récit des autres événements de cette période de ma vie, dont je vais rendre compte.
Un des plus frappants pour moi fut la mort de mon grand-père Desportes, décédé au mois de mars 4746 (1) ;
(i) Originaires de Bretagne, les Desportes étaient venus se fixer au Mans vers la fin du xvie siècle ; ils se livrèrent au commerce, réussirent et bientôt occupèrent en cette ville une importante situation. Né en la paroisse de Notre-Dame de la Couture, le 25 août 1679, Henri Desportes était fils de Henri Desportes, « marchand maître ferronnier», et de Anne Davoust, des Davoust de Langotière. Le 9 janvier 1703, il avait épousé, en cette église, la fille d'un de ses confrères, Anne, fille de Pierre Le Moine, marchand de fers, et de Anne Blanchet. H devint premier juge-consul, administrateur de THôpital-Général et échevin de la ville du Mans. Il était âgé d'environ soixante-sept ans lorsqu'il mourut, en la paroisse de N.-D. de la Couture, le 28 mars 1746.
quoique je n'eusse guère que neuf ans, je sentis trèsvivement cette perte. J'éprouvai une telle impression de cet événement que je n'en ai jamaisoubiié les circonstances.
Sans aucune altération sensible dans sa santé, ce bon papa avait eu un pressentiment de sa fin prochaine ; il s'y était disposé par une confession générale. Une maladie violente l'emporta en peu de jours. Dans la nuit qui précéda sa mort, je fus très-agité par les songes les plus sinistres. Réveillé par les pleurs de mou père et les sanglots de ma mère, je mêlai mes larmes aux accents de leur juste douleur. Bientôt nous allâmes ensemble partager celle de la veuve qui était dans Tétat le plus violent. Ma sensibilité fut mise à une rude épreuve en voyant cette mère accablée de sa perte et entourée de tous ses enfants éplorés. Quel spectacle déchirant ! Un autre plus terrible encore m'attendait, celui des lunérailles. Je ne sais pas comment je pus le soutenir. Je fus obligé de sortir de l'église où je m'étais trouvé mal ; mais j'y rentrai peu de temps après, et je restai, avec un courage dont je ne puis encore me rendre compte, jusqu'à la fin de cette lugubre cérémonie.
La Congrégation de l'Oratoire a toujours eu la réputation bien méritée de former ses élèves à la vertu, en les instruisant des sciences humaines. Nous assistions régulièrement à la messe tous les jours ; chaque mois, nous allions à confesse. Les prémices et la fin de nos classes étaient consacrées à Dieu et à la sainte Vierge, par des prières réglées. Nos premières leçons étaient du Nouveau Testament ; la classe du samedi soir était destinée spécialement an catéchisme. Tous les dimanches du carême, nous assistions à celui que faisait le professeur de rhétorique dans l'église du collège. Chaque année, dans le temps de la Pentecôte, on célébrait une messe solennelle du Saint-Esprit, suivie ou accompagnée d'un sermon sur
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la vocation. Tous les sept aos, il y avait un Jubilé en faveur des écoliers; il était ouvert et fermé par deux grandes processions, la première au Séminaire de Coêffort, la seconde à Saint-Benoit. Pendant cette quinzaine, nous avions tous les jours une grand'messe, des conférences et le salut du Saint-Sacrement.
J'étais en troisième lorsque ce temps d'indulgence arriva. Le P. Brochard, notre régent, dont !a piété égalait les talents, nous donna des instructions particulières sur le moyen d'en tirer le meilleur fruit. Tous les écoliers qui avaient fait leur première communion et ceux qui s'y disposaient se préparèrent, par la retraite, par des examens sérieux et des confessions générales, à approcher de la sainte table, le jour de la clôture du jubilé. J'espérais avoir ce bonheur, mon directeur consentait à m'admettre, il m'en jugeait capable ; mais mes parents et leur conseil, composé de bons jansénistes, décidèrent que j'étais trop jeune. Il est vrai que je n'avais pas encore douze ans. J'étais poui-tant assez instruit, et, j'ose le dire, aussi sage que mon âge pouvait le permettre. Je Tétais peut-être moins, avec plus d'expérience, lorsque je fis cette sainte action à quatorze ans et demi; le jour de la Sainte-Trinité, 28 mai 4752, après avoir été remis d'une solennité à l'autre par un nouveau confesseur, un des membres les plus zélés de la petite Église. C'est en dire assez pour donner une idée des difficultés sans nombre que j'éprouvai de sa part. '
M. de FrouUay, alors évêque du Mans, vieillard trèsinfirme, ne donnait que rarement la confirmation. Je ne pus la recevoir à l'époque de ma première communion ; je ne la reçus que deux ans après, le 27 mai 1754.
Lorsque j'entrai au collège, ce bâtiment commençait à menacer ruine ; il n'avait pourtant que cent ans de date, tout au plus. Peu de temps après, on fut obligé de dis-
perser les classes en différents corridors, chapelles ou réduits. La mienne, après avoir éprouvé plusieurs changements, fut confinée presque à la porte du grenier, dans un corridor où, exposés à tous les vents et absolument séquestrés, nous n'entendions rien, pas même l'horloge ni la cloche. Nous nous réunîmes, plusieurs de mes condisciples et moi, pour aviser aux moyens d'obtenir un local plus agréable et plus commode. Nous présentâmes, à cet effet, une belle requêtt? en vers, au P. Préfet ; il eut égard aux motifs de notre juste demande et nous satisfit de bonne grâce.
Cependant, on s'occupait sérieusement de la nécessité de reconstruire le collège. 11 fut décidé que cette dépense serait supportée par toute la province. M. de Savalette, alors Intendant de Tours, employa ses bons offices pour déterminer et accélérer cette opération. Les muses du collège se réunirent pour remercier ce nouveau Mécène des heureux effets de sa protection; chaque classe alla, par députés, lui porter son hommage, en vers. Le P. Tratebas, i\\n des professeurs de philosophie, voyant ses confrères s'escrimer à qui mieux mieux pour complimenter rintendant, voulut donner un plat de sa façon, a Eh ! cadedis, dit-il, je veux aussi faire quelques vers. Voyons! » Et aussitôt il fit les deux suivants, dont le mérite est de caractériser le génie gascon :
« toi qui, du grand Tours, possèdes rintendance, « Verse, dans mon gousset, un peu de ta finance.
J'ai passé une bonne partie des vacances de mes basses classes chez mon grand-oncle Despprtes, curé de Beaufay, doyen de Ballon; au surplus, j'accompagnais mon père dans les différentes parties de campagne qu'il faisait chez ses parents et ses amis. Celle qui me flatta le plus fut d'aller passer quelques jours à la forge d'Antoigné où
j'avais été nourri, et j'ai toujours revu depuis avec un nouveau plaisir le séjour de ma première enfance.
Pendant la belle saison et surtout la veille et les joiii*s de congé, j'allais coucher et souper à la Blanchisserie. Levé souvent dès l'aurore^ en goûtant les plaisirs de la campagne, je respirais l'air le plus pur, embaumé par le parfum délicieux que le soleil fait exhaler de la cire jaune exposée à ses rayons. J'employais la majeure partie de mes matinées, dans les bosquets de ce charmant séjour, à lire, à étudier et à cultiver ma mémoire en apprenant par cœur tout ce qui pouvait m'intéresser.
Le premier voyage un peu intéressant que je fis fut à La Flèche, pour voir la tragédie et la distribution des prix. J'allai à cheval, avec mon oncle et mon cousin Ghesneau, M. Vallienne, M. Bardou et le P. La Sève, régent d'un de mes frères, garçon d'esprit, qui faisait les plus jolis vers avec une extrême facilité.
Nous allâmes par La Suze et Malicome, où je vis avec plaisir une manufacture de poterie qui intéressa ma curiosité. A La Flèche, nous descendîmes à Tauberge dii Lt'on d*09\ Nous fîmes connaissance avec un des Pères Jésuites qui nous fit voir, avec la plus grande complaisance, toutes les curiosités et beautés de cette superbe maison. Il nous fit placer aussi très-avantageusement dans la galle, le jour de la pièce. Ce spectacle nous intéressa beaucoup, surtout le ballet qui était charmant et qui fut supérieurement exécuté.
A cette époque, il y avait au moins trois cents pensionnaires de tous les pays du monde, entre autres trois ou quatre Chinois. Je n'en avais jamais vu qu'en peinture. La vue de ces êtres extraordinaires pour notre pays me prouva qu'on les rend assez bien dans les images qu'on nous en donne sur nos meubles et nos écrans.
Devenu plus grand et en état de soutenir la fatigue.
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j'allais tous les ans avec mon pèie à la foire de Guibray, où il se rendait régulièrement avec ses confrères pour faire ses provisions de cire. Les familles des maisons du même état se réunissaient pour ces voyages. Lors des premiers que je fis, la route de Normandie n'était pas encore faite^ les chemins étaient mauvais et difficiles. Les femmes allaient en litière, les hommes les suivaient, montés sur des locatis ou sur de petits chevaux de fermier. La caravane se réunissait à chaque repas. On oubliait bientôt, dans un festin frugal, les fatigues qui l'avaient précédé, et l'on se préparait à en soutenir de nouvelles. La beauté de la saison, les agréments de la société, et, par-dessus tout, une gaieté franche et pure, faisaient de ce voyage de vraies parties de plaisir, sauf les embarras de la route et de la foire. Mal nourris, mal couchés, excédés, jour et nuit, d'un tumulte et d'un mouvement perpétuel, nous payions assez cher la satisfaction de voir le concours immense, très-intéressant, de commerçants de tous pays qui étalent, dans de vastes magasins et sur le champ de foire, une immense quantité de marchandises et de denrées de toute espèce.
L'année qui précéda mon départ pour Paris, je fis un autre voyage avec mon père et ma mère, à l'abbaye des Glérets oii ma sœur était pensionnaire. Nous y passâmes deux ou trois jours, pendant lesquels il fallut nous conformer aux usages de la maison (I). C'était dans les premiers jours de mai. Le soleil n'était pas encore couché qu'il fallait songer à la retraite. Nous faisions, au surplus, trèsbonne chère avec les deux Bernardins, directeurs de ces
(1) L*abbaye des Clérets, de l'ordre de Citeaux, était située dans le diocèse de Chartres, à une lieue de Nogent-le-Rotrou. Fondée au commencement du xiii*» siècle, par Mathilde de Brunswich, elle était dirigée, à l'époque de ces Mémoires, par l'abbé de la Trappe.
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bonnes dames. Le couvent est situé dans un vrai désert, mais pittoresque et intéressant. L'abbesse et ses religieuses nous reçurent avec la plus grande cordialité. La communauté était nombreuse et très-régulière; les pensionnaires, avec le costume des religieuses, moins la couleur du voile, avaient Tair de jeunes novices. Je fus vraiment édifié de l'ensemble de cette maison. La règle s'y observait avec exactitude, mais sans aucune minutie. Une maîtresse d'un rare mérite, M°" Valois, qui a été, pendant un grand nombre d'années, h la tête du pensionnat, lui avait donné une telle réputation qu'on y amenait, de très-loin, des, jeunes personnes pour les mettre sous sa conduite. Cette raison avait déterminé mes parents à y envoyer ma sœur (1). Elle y trouva une société d'autant plus agréable qu'il y avait, en même temps, deux de nos cousines et plusieurs autres demoiselles du Mans.
En allant aux Clérels et en revenant, nous passâmes par Beaufay. Ccî^t la dernière fois que je vis mon grandoncle, qui est mort en odeur de sainteté, après avoir gouverné sa paroisse pendant plus de cinquante ans, avec le plus grand zèle pour le service de Dieu, pour l'instruction de ses paroissiens et pour le soulagement des pauvres et des malades auquel il employait tout son revenu. Sa dernière maladie fut occasionnée par une échaufifaison qu'il gagna en allant à pied, à l'extrémité de sa paroisse, pour administrer un malade. Ses vicaires, qui lui étaient sincèrement attachés, firent en vain tous leurs efforts
(1) Il n'avait pas fallu moins qu'un motif de cette importance pour décider M. Le Prince à choisir, pour sa fille, une maison d'éducation si éloignée de lui, lorsqu'il n'avait au Mans qu'à choisir entre la direction des Dominicaines, des Visitandines, et surtout des Ursulines qui comptaient plusieurs religieuses de la famille Desporles, proches parentes de M™« Le Prince.
pour Tempècher de faire cette course; il n'écouta que son zèle. 11 revint avec la fièvre, qui fut bientôt accompagnée des plus fâcheux symptômes. Quoique accablé par le mal, il sentit a?sez de force pour célébrer encore une fois les saints mystères. On fut obligé de le conduire ou plutôt de le porter à l'église, où* il dit sa dernière messe, soutenu par ses deux vicaires, qui fondaient en larmes, ainsi que tous les assistants (1).
Dès l'âge de dix ans, j'avais commencé à apprendre la musique vocale. Le peu de temps que je pouvais y donner alors ne m'avait pas permis de faire de grands progrès. Cependant, lorsque je tus plus avancé, je désirai compléter ce talent par l'étude du violon. L'occasion était favorable : il y avait alors au Mans un excellent maître. Mon père consentit à me le donner. Les conventions étaient faites, le jour pris pour la première leçon, et l'instrument acheté ; mais a on voit souvent la nappe mise qu'on ne dhie pas. » Le conseil de conscience tint une séance extraordinaire dans laquelle, après de longs et graves débals, il fut décidé, par les Pères de TÉglise janséniste,
(1) Né au Mans,paroisse de Notre-Dame-de-la-Coulure, le 12 novembre 1680, Julien Desportes était fils cadet de Henri Desportes et d'Anne Davoust. Le 28 avril 1709, il avait pris possession de la cure de Beaufay et voua toute sa longue existence au gouvernement de cette paroisse. En 1718, M. du Crévy, évéque du Mans, lui avait confié les fonctions honorables de doyen rural. Le 28 avril 17H9, Julien Desportes avait célébré le cinquantième anniversaire de son installation à Beaufay ; il avait chanté une messe solennelle à laquelle assistèrent tous les habitants sous les armes ; le soir, les vêpres furent suivies d'un Te Deum à l'issue duquel un feu de joie fut allumé sur la place du bourg. Le vénérable curé ne vécut pas longtemps après cette fête il mourut à Beaufay, le 11 mai suivant, âgé d'environ soixante-dixneuf ans. « De vie d'homme, nous dit un chroniqueur du temps, on n'a vu un pasteur plus zélé pour la conduite de son troupeau. »
que je n'apprendrais point à jouer du violon. Ce décret fut motivé par la crainte que je n'abusasse de ce talent en l'employant à faire danser les jeunes filles. On appréhendait aussi que je ne perdisse un temps précieux. On me signifia cet arrêt ; il était en dernier ressort : il fallut y souscrire. Mais, je n'ai pas pardonné à ces juges trop sévères, de n'avoir considéré que des dangers très-éventuels sans penser à l'utilité, je dirais presque la nécessité de procurer à un jeune homme quelque talent agréable et un délassement honnête qui Terapêche souvent de tomber dans des écarts.
Je sortis de philosophie en juillet 175i ; je n'avais pas encore dix-sept ans. Je quittai le collège à regret. Mon père lut un peu tenté de me faire faire une année de théologie, mais il pensa ensuite qu'il valait mieux employer le temps que je devais rester au Mans à suivre plus exactement les leçons de mes différents maîtres. L'écriture, le dessin, les mathématiques, les armes et la danse remplissaient une grande partie de mes journées. J'allais parfois gratter le papier marqué chez un avocat pour prendre quelque connaissance de la pratique ; le reste du temps, je travaillais, dans le cabinet de mon père, à apprendre les éléments du commerce.