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JO. '^O

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chemio, il ne douta .point que ce ne ftist sa marche et son canon qui Ta voient cstonné; et en augurant bien du reste de la journée , aussytost que par l'arrivée de ({uelque cavallerie il ne craignist plus qœ, la plaiof demeurant trop descouverte, M. de Bois-Dauphin ifconnust sa faute et la voulust réparer, il fist prendre les maisons et le bois, et attaquer en mesme temps une escarmouche fort chaude, qui dura jusques à a que la nuit s'approchant , il la fit cesser pour se préparer à passer la rivière, jugeant bien, par ce qu'il avoit veu, qu'il n'en seroit pas empesché.

Sur quoy M. de Bois-Dauphin , comme s'il eust esté bien heureux d'en estre quitte à sy bon marché, et <ju'on ne luy demandast rien, voulust aussy se retiitr, et aller loger à Ousson. Je fus tout ce jour là awc M. de Marolles,qui commandoit la cavalerie légère de Taisle gauche, et je vis tout ce que je viens de dire des ennemis, et combien il eust esté aisé de les défaiif. mesme despuis l'arrivée de leur cavallerie, et qu'ils eurent pris le bois et les maisons, tant il y paroissoit peu de gens. Mais M. de Bois-Dauphin ne le voulust jamais croire; et pour achever comme il avoit coomencéy s'en allant, ainsy que j'ay desja dit, à Oussoo, il renvoya toute la cavallerie dans les mesmes quirtiers d'oîi elle estoit partie , nonobstant que M, 3e Fossés et beaucoup d'autres officiers luy représentassent qu'ils ne pourroient point revenir assés à temps. sy M. le prince vouloit passer la nuit la ririere oo se retirer, et qu'ils offrissent de camper, leur disant qai avoit plus de soin d'eux que cela , et que ce seroit trop b fatiguer sy, après avoir esté toute la journée à cheval, ils passoient encore la nuit à descouvert; et qu'assu-

DE FONTBNAY-MAIIBUIL. [l6l5] 3o7

rément M. le prince ne deslogeroit point de Bonny qu^ n'en fust averty , et n'eust le temps de les faire venir. Ce qu aparemment il ne faisoit que pour n'estre pas obligé de combattre , voyant bien que tout le monde raurmuroit de ce qu'il ne l'avoit pas voulu faire ce jour là.

Cependant M. de Bouillon ayant appris qu'il y avoit à Neufvy un gué beaucoup plus large et moins profond qu'à Bonny, y envoya, aussytost que l'armée du Roy se fust retirée, l'artillerie et le bagage avec ordre de passer le plus diligemment qu'ils pourroient; et les suivant quelques heures après, laissa seulement à Bonny des feux en plusieurs endroits et une garde avancée, pour faire croire qu'il y estoit tousjours , et qui ne se retira que quand on alla à eux.

Us passèrent donc la nuit du 1 7 au 1 8 d'octobre sans que M. de Bois-Dauphin en fust averty, que sy tard que la cavallerie, quelque diligence qu'elle iist, ne peust arriver assés à temps que pour voir passer le dernier escadron et la garde, qui estoit demeurée à Bonny.

Us avoient fait quelques petits retranchements de l'autre costé de la rivière, et une batterie de quatre pièces, pour empescher qu'on ne les suivist; mais il n'en fust point besoin, car dès qu'on les vist de-là l'eau on ne pensa qu'à retourner à Ousson , et à regarder par quel chemin on iroit en Poitou , sans se mettre en hasard de les rencontrer, ny de trouver des pays ruinés, ainsy qu'on fcroit, ce disoit-on, sy on se mettoit à leur queue. Ce qui estoit entasser faute sur faute; car leur armée estant affoiblie des troupes de M. de Luxem<bourg, qui ne peurent pas suivre, faute d'équipages et de force gens qui , craignant de passer l'hiver hors

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de chez eux , se desbandereat, et qu'on disoit monter à plus de huit œnts chevaux et douze cents hommes de pied, ik se seroient bientost trouvés, sy on les eust suivis, en de telles nécessites de toutes choses, le Benr ny tous les autres pays par où ils passèrent n'estant pas abondants comme ceux de deçà la rivière, et ayant toutes les villes contre eux , qu'on les auroit assurément défaits sans les combattre, devant qu'ils eussent esté en Poitou.

Or, par le chemin qu'on prist, on ne leur donna pas seulement le moyen de se refaire (ce qui cstoit fort important), mais encore celuy d'arriver les premien en Poitou, et avec tant de réputation , que La Rodieile ny toutes les autres villes huguenotes ne firent plus de difficulté de se déclarer pour eux.

De peur néanmoins que tout le Berry ne demeurast à leur discrétion, on envoya à M. de La Cliastre, qai en estoit gouverneur, deux cents chevaux-légers et le régiment de Boniface, commandés par M. de Vitiy. avec lesquels , et ce qu'il peust assembler du pays, il mist sy bon ordre à ses affaires , qu'il sauva Aubigny et quelques autres petites villes où M. le prince avoit intelligence; et il le contraignist d'en partir, sans avoir rien pris qu'il peust garder.

Quant à M. de Bois-Dauphin , il alla à Chasteauneuf, à Pattay et à Blois pour y passer la rivière de Loire, ne l'ayant pas voulu faire à Gien , où il y a un pont, parceque c'estoit trop près des ennemis, et M. d'Escures empeschant que ce ne fust à Gergeau, ny à Orléans d'où il estoit, parcequ'il craignoit de ruiner le pays d alentour et de s'y docrediter; de sorte que c'estoit à qui feroit le pis, ce destour ayant allongé le chemin de six

DB FONTENAY-MÂREUIL. [l6l5] Sop

OU sept journées pour le moins, et beaucoup aidé à tous les avantages que j ay dit qu'cust M. le prince.

On pourroit, ce semble, voyant tous ces manquements, douter de la fidélité de M. de Bois-Dauphin, et croire que, sVnteudant avec M. le prince, il le vouioit favoriser, mesme aux despens de son propre honneur : mais il n'y avoit certainement que faute de connoissance qui luy faisoit tout appréhender, et qu'il se persuadoit que , veu les ordres qu'il avoit de ne rien liasarder, il n'estoit obligé qu'à conserver l'armée pour la mener toute entière joindre celle du Roy, sans que M. le prince eust eu aucun avantage sur luy, ny rien pris de considération. £n quoy il cstoit peut-est re fortifié par d'autres (0 qui n'a voient pas plus d'envye de combattre que luy. Et quant à tous ceux qui connoissoient bien ce qu'il falloit faire, voyant les ordres du Roy, et qu'on les vouioit rendre garants de tout, ils aimoient mieux , après en avoir dit leur opinion , laisser aller les choses comme elles pou voient, que de s'en charger, veu l'incertitude des événements, desquels personne ne pcust respondre. Joint qu'en ce temps là on n'estoit pas sy scrupuleux qu'on pourroit l'estre aujourd'huy pour les choses de ceste nature, la pluspart de ceux qui servoient dans ceste année estant venus au monde pendant le règne de Henry m , l'avoient sy souvent veu forcé à faire des traictés désavantageux, par l'ignorance de ceux qui commandoient ses armées, ou pour leur interest, sans qu'il leur en prist mal, qu'ils croyoient que ce seroit encore de mesme , comme ce

(0 Par d'autres ; M. de Fontenay avoit d'abord écrit par M. d'Es* cures. Il a ensuite effacé ce nom, par ménagement sans doute pour une famille.

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fust en effet; par où on peust voir combien il est dangereux de souffrir de mauvais exemples.

Et ce qui me fait parler sy assurément à la desdiarge de M. de Bois-Dauphin quant à la fidélité, c'est quç messieurs de Praslin et de Bassompierre, qui aToient les premières charges après luy, estoient sy fort de mes amis, que je ne partois point d'avec eux; car mesme ils me faisoient entrer dans le conseil, où je me tenois debout derrière leur siège ; M. de Praslin disant qu'il avoit esté traité comme cela dans l'armée que M. du Maine commandoit en Guienne en l'année fS-^et que c'estoit la coutume d'eu favoriser tousjours quelqu'un de la sorte. Ces messieurs, dis-je, à qui j'entendois parler de toutes choses , eussent peu malaisément le soupçonner, que je ne m'en fusse apperceu. Mais certainement ny jCux ny autres ne le firent jamais, et n'y remarquèrent autre crime que le peu de capacité, et qu'il n'estoit nullement propre pour cest employ, ainsy qu'on le disoit dès qu'il luy fust donné; dont le Roy et le royaume receurent des dommages infinis ptr la longueur de ceste guerre, et par celle qui se fist despuis, qui n'en fust qu'une suite. C'est pourqaoy la princes doivent bien regarder à qui ils donnent leurs armées, et que ce ne soit pas par faveur ny autre considération, les meilleurs n'y estant pas trop bons.

Aussytost que le Roy fust arrivé à Poitiers, Madame cust la petite vérole, dont elle fust fort mal. Mais la jeunesse et le bon secours l'ayant enfin sauvée, et mesme sans qu'il luy en restast autre chose que des rougeurs, elle se trouva au bout d'un mois en estât de marcher. Pendant quoy ceux de l'assemblée de Grenoble, à qui la déclaration de M. le prince avoit enfle le cœur, en-

DB FONT£NAT-MABEUlL. [l6l5] 3ll

voyerent des desputés à la cour, qui, selon leur cou-* tume, demauderent tout ce qui a voit esté refusé aux autres assemblées, et de plus l'exécution de l'article du tiers-Estat, la recherche de la mort de Henry-le- Grand, doot ils montroient soupçonner les principaux serviteurs du Roy, qu'ils n'aimoient pas; d'oster aux ecclésiastiques du conseil toute connoissance de leurs affaires, et qu'elle fust réservée aux seuls princes du sang et aux ofBciers de la couronne non suspects ; et enfin que les remonstrances du parlement et les demandes de M. le prince fussent considérées; faisant principalement instance sur ce dernier point, parcequ'il leur promettoit que, pourveu qu'ils se déclarassent pour luy, il ne s'accorderoit jamais avec le Roy sans leur consentement, ny qu'ils n'eussent esté satisfaits sur toutes leurs demandes.

Ce qui hasta le Roy d'envoyer une déclaration au parlement contre M. le prince et autres, prétendant d'empescher par là force gens de prendre son party, et principalement les peuples, qui ne voyant pas sy loing que les autres , s'arrestent ordinairement à desemblables formalités. Mais ceste déclaration ne fust pas vérifiée sans opposition, les amis de M. le prince alléguant sa qualité, et qu'il suftiroit de luy deffendre de prendre les armes, de luy ordonner d'aller trouver le Roy, et autres: choses qui, n'allant pas jusques au fonds, n'eusseni fait que favoriser sa rébellion, luy donner moyen de la continuer, et laisser un mauvais exemple pour tous ceux de ceste condition , comme s'ils eussent peu se révolter tant qu'ils eussent voulu , sans qu'on leur osast toucher. Sy le président Le Jay eust esté à leur teste, ils eussent donné plus de peine; mais n'ayant personne

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de ce poids là, il leur fallust enfin céder, et la dédaration fust vérifiée.

Cela n'empescha pas néanmoins que rassemUée de Grenoble, qui se rendoit de jour en jour plus hardie par les bonnes nouvelles qui luy venoieat de AL le prince, n'envoyast diverses fois des lettres fort pressantes à ses desputés pour le Roy et pour la Reine; et que voyant enfin qu'elles ne produisoient rien, etqa'oB ne s'en estonnoit pas, elle ne songeast à se déclarer oavertement. Mais parceque ce leur auroit esté un grand avantage d'avoir M. d'Ësdiguieres de leur costé, ék essaya de luy en feire approuver le dessein , luy envoyant toutes les lettres que le Roy leur avoitescrilciy pour luy faire voir que, ne parlant qu'en termes généraux et sans rien particulariser, il n'en falloit p» espérer davantage que par le passé. Ils envoyeieat aussy celles de M. le prince, par lesquelles il les av€^ tissoit de prendre garde à eux, et leur ofTroit toutes choses ; l'avis de plusieurs de ceux de leur religion, qû leur conseilloient de ne perdre pas une conjonctiiit sy avantageuse ; et enfin ils luy firent dire que la plus grande partie de l'assemblée inclinoit à ne se pcûnt séparer, comme quand on fit l'édit de Nantes, qu'on ne leur eust donné une entiei^ satisfaction ; surquoy pou^ tant ils n'a voient voulu prendre aucune résolution sttf avoir son avis.

M. d'Ësdiguieres ne voulant pas faire sa responœ aux desputés, alla le lendemain dans l'assemblée, oîi il leur représenta ce qu'ils dévoient au Roy, et ce qu'ils en pouvoient espérer en demeurant dans l'obéissance; la grande différence du temps auquel se fist l'édit de Nantes et ccluy auquel ils estoient, puisque n ayant

D£ FUJITEJIAt-MABKlJll.. [1(^1^1' 3t3

iklon qu'une trcvc, ils pouvoîeiit avec raison demcurrr usemUcsjusqu'àcecjut; pur un traité iUnisseiil mis leun ïio et leurs consciences en seureté. Mais qu'à pi-eseitt il tiJImt rompre un édit dont ils ï'estoient contentés, et nilrrr sans subject, puisqu'il estoit bien observe, dans oae manifeste rébellion, dans laquelle ils ne seraient pas inivîs de tous ceux qu'ils pensoîent, purcequc n'estant pas Doe guerre de religion comme les précédentes, tous «tu qui aimeroient le repos pouvant demeurer cliez eux ntfeureté, toutes les églises de delà la rivière de Loire, et beaucoup des autres, ne voudroient pas sans ncccsiité exposer leurs biens et leurs familles à une ruine nideiit«. Qu'ils dévoient considérer ce que diroient les otrangers, voyant que ne se tenant pas contents de la liberté de conscience, qu'ils avoient tnusjours pris pour iolijcct de leurs artn», ils cherchoient maintenant, pour satisfaire a l'ambition de quelques particuliers, à se préraloir de la jeunesse du Roy pour recommencer I U guerre et miner leur patrie, laquelle am-stant seule I les desseins de la maison d'Austrichc, et cmpeschani I Ws Espagnols de se rendre inaislres du monde, attira- I roit la haine publique contre eux. Que tout ce qu'ils I fFroient n'empescheroit point tes mariages qui leurdesnl sy fort, le Roy estant trop avancé, et perse luy pouvant disputer le pa.tsage; qu'ils dc- ! s'assurer que M. le prince, nonobstant toutes |Mt promesses, ne montroit de s'y opposer qu'afîn de I ks faire déclarer, et d'obtenir en vertu de leur décla- Lnboo des conditions plus avantageuses; et qu'ils ne Ht changer le lieu de l'assemblée, car il s^voil IBi^tatOit le prtnciput detiscin di; n-ux qui vouloit-nl

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la guerre, pour estre plus en liberté, sans en avertir les provinces et avoir leur consentement; avec beaucoup d'auti^s choses fort considérables , mais qui ae produisirent néanmoins aucun effet, tant ils esloient persuadés que la guerre leur seroit avantageuse, ayaat M. le prince pour eux, qui leur promettoit de ne se point accorder qu'on ne les eust contentés. Et d'aumn qu'ils connurent bien par le discours de M. d'Esdiguieres qu'ils ne le gagneroient pas, et qu'en ce an leur demeure à Grenoble, où il avoit toute autoôtéi leur seroit fort incommode, ils se résolurent d'en fortr et d'aller à Nismes, refusant mesme Montpellier, qoeb Roy, sçachant cela, leur fist offrir, jugeant bien «pe M. de Châtillon, qui en estoit gouverneur, ne leurvroit pas plus favorable que M. d'Esdiguieres, etcni* gnant d'estre contrôlés par la chambre des ooib|iMi et par la cour des aides.

Pendant le séjour du Roy à Poitiers, M. de Candaki qui avoit tousjours sur le cœur que son second ficR luy eust esté préféré par M. d'Espemon dans la 0B> vivance de ses principales charges, voulust enfin s'ct venger; et croyant ne le pouvoir mieux faire qu'es le déclarant contre le Roy et traversant son voyage, qal avoit tousjours conseillé, il se résolust de se saisir chasteau d'Angoulcsme , lequel estant fort bon et fl le chemin de Bordeaux , auroit sans doute bien incoi^ mode sy on l'eust eu contraire. Il y alla donc, et y à(ML rendés-vous au marquis d'Issideuil et à plusieurs autin de ses amis, espérant que M. de Coulombiers, qnij coinmandoit sous M. d'Espernon et sous luy, psro^^ que, comme j'ay desja dit, il en avoit la survivance, Ij

DE ruXTEXAT-MAKKCIL, fl6l5] 3l5

laiMCTDÎI entrer avec tout ce qui le voudroil suitre, et ijOK trouTvit la garai^ori foiblr et sans soupi^Ttii, il t'>:ii reodroit aisemeot le maîstre.

.Mat M. d'Espenion en estant vnln- en quelque double, manda audit sieur de Coulotnbicrs de luy icrwtr la porte , et de l'arrester mesmcr s'il pouvoil ; dunt H. de Caiidate ayant esté udverty, et ])eiit-f«lre par M. de Coulombiers mesme , qui ne vouloit pas se Irou- Tcr entre le père et le fîU, il sortisi de la ville, et m: retin CD Guyenne avec M. de Rohan. oti il ne fust pas [dus tost arrivé, que gagné par madame de Kolian , mudes plus belles dames de ce temps là , il se fist bu-

flWKH.

Quand Madame ftist en estai de marcher, la cour Ida à Bordeaux , où se firent les noces du princt' d'Efipaf[ac (H d'elle, comme parvillcmcnl et au mesme jour «Un du Roy et de l'infanlc dans Btirgoï, les ducs de Guise et de Lerme ay^nt eu pour cest effet de* proairatioas du Roy et du prince d'Espagne ; après qnoy Hadame partis!, accompagnée de madame de Never« rt de M. de Guise, qui commandoit son escorte.

Elle prt&t le chemin des Landes, passa partout ^ns [ififficulté, quoyque M. le prince eus! fait de graudes dipour obliger les huguenots du pavs de prendriarmes et de s'opposer à son passage; M. de Cas- , gouverneur du Mont -de- Marsan , une de leurs (le seurelé, luy ayant mesme ouvert les portes et «du toutes sortes de respects. L'Infanle partial au temps de Burgos; mais conmic le roy d'Espagne ifoil rien dans son estât qui le n.-linsr, et qu'il l'uimt lendrenu-nl, il la conduisit jusques à Foutaraliie. L Madatne wtant arrivé»^ k Saint -Jcan'du-l.uz, en par

'il6 [l6i5] MEMOIRES

tist le neuvième de novembre, disna à , et incontinent après alla dans une maison faite exprès sur le bord de Teau, pour y estre à couvert jusqu'à ce qull fallust passer; pendant quoy la Reine fist la mesmc chose, estant allée de Fontarabie disner à Iron, et de là dans la maison qui estoit aussy de son costë; àm commissaires envoyés de part et d'autre ayant fàk faire les choses toutes semblables.

Après que ces princesses eurent esté quelque pea dans ces maisons, elles en partirent tout d'un taofê pour s'embarquer sur des bateaux destinés pour oeh; et ayant abordé à un autre qui estoit au milieu de.h rivière , où il y avoit une espèce de galerie couveitri elles y entrèrent, et s'avancèrent d'un pas tousjoan esgal, jusqu'à ce qu'elles fussent au milieu, d'oii apill s'estre fait quelques petits compliments elles passeroM^ la Reine du costé de France, et Madame de cdkjf d'Espagne, sans tesmoigner aucun regret pour toutdl qu'elles quittoient , le désir de grandeur estant sy at; turel dans tous les esprits, qu'il se trouva mesme diÉj des personnes de leur âge. 'i

La Reine fust suivie de la comtesse de La Torretl dame d'honneur, de la comtesse de Castre, de la.tAj gnore Louise Osorio, pour estre sa dame d'atour; dM segnores Isabelle d'Arragon et Catherine de Mtài dosse, ses allés d'honneur; et de sa première fenuM de chambre.

Madame eust la comtesse liannoy, qui avoit estém gouvernante , pour dame d'honneur; madame d'Apte court, n)ademoisclle de I^a Capelle, pour tenir la plltt de dame d'atour; sa sœur et mademoiselle d'Aplincoufl pour filles d'honneur; et sa nourrice pour première

[)■ FÔnTIIIitV-MAlBIIIL. [l6l5j 3t7

fctnnic de chambre. !><' marquis de Svni>cey tu»t ambassadeur en Espagne, et le duc de Montalooti vint en France.

Quelques jours après le parlement de MadameJeRov, i^i aimoit tousjours de plus en plus M. de Luynes, cl rpii pour luy donner un litre avoit despuii peu créé une diarge de premier oi-dinaiiT, l'envoya pour se trouveii l'entrée du royaume quaud la Reine y arrivcroit, et by d'inoant la bien-venue , luy porter une lettre de ta put; mais comme il n'avoit pas esté résolu du premier coup que ce serait luy qui iroit, la Heine merc ne voulut point du commencement qu'il eust uni- commission fnn %\ grand esclat, il la trouva dcsja h Itayonnr. La lettre, selon qu'elle fust lors imprimée, porloit :

«Madame, ne pouvant, selon mon désir, mclruiivcr uprès dv vous à voslre entrée dans mon royaume, pour vous mettre en possession du pouvoir que j'y ay, comme de mon entiera affection à vous aymer et servir, j'envoye devers vous Luynes, l'un de mes plus confidents serviteurs, pour en mon nom vous saluer, et vous dire que vous estes attendue de moi avec impatience, pour vous offrir moy-incsme l'un et l'autre. Je »os prie donequcs lo recevoir favorablement, et le I (mire de ce qu'il vous dira de la part, madame, de c plus clier ami et serviteur,

«LOLTS. n (0

La Retne receut et traita fort bien M. de Luynes; ir le Roy son père se laissant gouverner par le duc de e, elle estoit arcoustumée à voir des favoris, el ivoil comme il lalloit vivre avec eux. Klle le renvoya 'i /Wci U Mercure (nnooii, 1. 4, p- H<

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le lendemain avec ceste response, auwj nnprimceefl ce temps là :

« SeTiorj mucho nie he holgado con Luynes^ con las buenas nuei^as qiie me ha dodo de la sabtdà V. M. Yo ruego por ella^y mujr deseosa de ttegar donde pueda servir à mi madré, Y asi me doj rnih cha priesa a caminarpor la soledad que nie haze^j bezar a V. M, la mano a quien Dios guarde^ com deseo. Deza las manos a V, M,

aAWA. »(0

La Reine partist de Bayonne en mesme temps qv M. de Luynes, et marcha le plus viste qu'il se pemL Les huguenots s'estoient vantés d'empescher son yt sage; et M. de Fa vas, Tun des plus zélés qu'il y eut, ayant assemblé beaucoup de gens pour cela dans CtsleljalouK, dont il estoît gouverneur, sortist en cfFet pour se mettre sur son chemin ; mais M. de Guise ayant U aller toute sa cavallcrie droit à luy, il en eust tantdr peur qu'il tourna visage avec toute sa compagnie, rt rentrant dans la ville ne parust plus despuis; de sortr que la Reine ayant passé, et fait tout le reste dudiemin fort paisiblement, arriva enfin à Bordeaux, où elle fust receue avec une joie incroyable, tant delà cour que du peuple.

Le jour de son arrivée, le Roy la voulant voir sai» estre connu, comme il se fait presque tousjours, alii à Castres, par où elledevoit passer; et se mettant il' fenestre d'une chambre basse, M. d'£spernon fust luv faire la révérence devant ceste fenestre, afin que sod carrosse s arrestant, le Roy eust plus de temps pourb

(«y Voyez le Mercure franoois, t. .J» p. 333.

UE rotrra?i«T-M»aiiTiiL. i i6i5] ^19

iiira ooo&idérer; apris quoy il retourna dicz lity, où rllc tlt^voit dMcendre.

La Reine men s'y cstoit aiissy rendue un peii aupararant, et se tcnoit au bout de la salle sur un thédtrc ri SOI» un dais; mais quand la Itcîne fust prcs d'entrer, elle alla la reo-voir j In porte, où , après l'avoir saltiée (1 liaisée, elle luy tcsntoignii In joye qu'elle avoit de la Voir, et la m«ma, en prenant sa main droite, sous ce da», où s'eslant assises elles demeurèrent quelque temps -osnnble, et puis se lovèrent pour aller h l<-i ehambn- (In Roy, qui joignoit la salle.

ht Roy fust au devant d'elles jusque* à In porte de M chambre; et ayant salué et baisé la Heine, il le« mena (mites deux s'asseoir sous un dais, luy au milieu et W Iwoes à»escoslé9;aprèaquoy il nonduisisi la Reine dans no appartenienl, qui esloit h l'autre bout de la salle. Le vingt-cinquième novembre, le Roy e( la Reine fiuvnt flans l'église cathédrale cD grande cérîmonie pour y recevoir la bénédiction; et ayant esté, au sortir de là, souper ensemble l ear cela se fist fort tanl), ils allèrent après se coucher; mais le Roy sortuit do lîet ■osntost qu'il y fust eatnf, n'ayant pas esté jugé à jffopes de l'y Uiswr davantage , n'ayant gucm plus de qoatorze ans.

Peu de temps après l'arrivi^e du Kov â bordeaux, le comte de Saint-Paul , qui avoit nu commeucement 'favoriié le party de M. le prince, s'y rendisi : la com- Mne de Saint-Paul sa femme, fort sage et fort catho- Qfie, n« te [muvant souffrir contre le Roy. ny pour ' RI psi^y favorable aux huguenots , l'esloit allé trouver b«fe maison de l^umont. où elle fist sy bien qu'elle le nmeua dans son devoir, nonobsLuit tous les enga-

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geinents qu'il avoit pris avec M. de Lonpwfille ton neveu : ce qui troubla fort tous les ilcwciiiy des huguenots de Guyenne, Caumont estant sur la Garonne, et au milieu de toutes leurs places.

Le long séjour fait à Poitiers, à cause de la maladie de Madame, fust ce qui en dernier lieu sauva M. le prince; car sy le Roy eust tousjours manche, la Reine seroit arrivée à Rordeaux un mois plustost qu'elle ne (ist, c'est-à-dire sur la fin d'octobre, au lieu de celle de novembre; de sorte que M. de Guise luy estant apm cela inutile, il auroit peu aller joindre M. de Boif- Dauphin devant que M. le prince fust entré en Poitoa; et le contraignant de combattre contre une année vm fois plus forte que la sienne, ou de s'en retourner dVn il estoit venu , quelque party qu'il eust pris lu j aurait esté vraysemblablement fort désavantageux. Mab Diei en ayant autrement ordonné, il passa \cs rivières de Creuse et de Vienne , et acheva son voyage sans trou* ver nulle opposition. Par les chemins il receust un se cours de cinq cents reistres que M. de Bouillon ivoit fait lever, lesquels furent fort heureux en leur passage; car le marquis de Renel estant allé pour les surprendre auprès de Yitry avec trois ou quatre conipagnies de carabins, et ce qu'il avoit peu assembler de noblesse du pays, ils l'avoient defaict et tué.

Entrant en Poitou , il y trouva M. de La Trîmouille avec tous ses amis et les desputés de l'assemblée, afec lesquels il traita , et s'obligea entre autres choses , comne il l'avoit tousjours offert , de ne poser point les âmes que d'un commun consentement, et qu'ils n'eussent esté satisfaits sur toutes leurs demandes. Ce traité fust signé à Sansay le vingt-septième novembre.

DE FOIfTBEfAT«Ml.RCUIL. [l6l5] 3ai

Aussylost que ceux de l'assemblée en eurent esté arertis. Us escrî virent dans toutes les provinces pour y faire prendre les armes; mais tout ce qui est de deçà la rivière de Lioire demeurant dans le devoir, comme Favoit prédit M. d'Ksdiguieres , ils ne furent obéis que dans le Languedoc, la Guyenne et le Poitou; encore 8*en fallust-il Montpellier et Aigues-Mortes pour le Languedoc, M. de Châtillon, qui en estoit gouverneor, l'ayant refusé, aussy bien que messieurs de Parabel et de La Rochebaucourt à Niort et à Chastelleraud en Poitou.

Geste assemblée envoya aussy un pouvoir à M. de Rohan pour commander en Guyenne, ou il se gou- Tema sy au gré de toutes les villes et de la noblesse, qu^il en devint bien plus considéré dans tout le party, cl se fist un degré pour monter où on Ta veu despuis , et à quoy il avoit de tout temps aspiré. Dès qu'il eust œ pouvoir, il alla d'un costé et M. de Candalc de l'autre pour lever des troupes; mais, bien que le Koy n'y eust personne pour luy faire teste, toutes les villes catholiques se gardèrent sy bien, qu'ils ne firent autre chose, devant que les nouvelles de la trêve arrivassent, que de piller un peu de pays.

Cependant M. de Bois-Dauphin ayant passé la rivière de Loire a Blois, la Creuse à La Haye en Touraine, et la Vienne à Chastcllcraud (car, bien que ce fust une place de seureté, M. de La Rochebaucourt luy en ou- TTist les portes , et donna passage à toute l'armée tant dans la ville que sur le pont), il alla ensuite à Poitiers et enfin à Barbésieux, où il trouva Tannée du Roy. M. de Guyse, qui la commandoit, demeura seul général, M. de Bois-Dauphin lieutenant général, et mes- 5o. ai

3aa [i6i5] mémoihes

sieurs de Praslin , de Montigny et de Saint-Geran, mareschaux de camp. M. de Crequy y faisoit sa diar^ de mestrc de camp des gardes.

Peu de temps après Tunioa de ces deux années, k prince de Joinville y arriva avec plus de trois cents chevaux levés en Auvergne, dont il estoit gouverneur; les comtes de La Rochefoucaut et de Schomberg, lieutenants de roy en Poitou et en I^imosin, avec plus de deux cents chacun, tirés de ces provinces là; et le marquis de Beuvron, plus de cent qu'il avoit amènes de la basse Normandie; tout cela de noblesse la mieux montée et armée qu'on aist jamais veu.

Or comme M. de Guyse, dès qu'il arriva, se seotist beaucoup plus fort que M. le prince, aussy ralla-t-ii chercher jusques dans ses logements, et le oontraigoirt de se retirer à l'abri des villes huguenotes , lesquellei en reccurent bientost tant d'incommodités, par les doordres que faisoient toutes ses troupes et principal^ ment les Allemands, que ne le pouvant souffrir, elles l'auroient sans doute abandonné sy la chose eust doré plus longtemps, et qu'il ne se fust point fait de trete; et c'est pourquoy aussy M. le prince y consentist sy facilement.

Du costé de Picardie on n'estoit pas demeuré tout à fait inutile; car le niareschal d^Ancre, avec cinq os six mille hommes de pied qu'il avoit levés, se condui* saut par le conseil de M. de Nerestan , qui luy servait de mareschal de camp et qui eu estoit fort capable, avoit bloqué Corbie et pris Clermont : ce qui ayant ix;ndu tout le reste de la province paisible, et le chemin de Paris à Amiens assuré, il ci^eust avoir fait chose sy agréable aux Parisiens, qu'il s'y en alla pour en w-

DE FOIfTENAT-MAREUIL. [l6l5] 3a3

ccvoir des reinercicmeuts. Mais la haine estoit trop grande pour se changer sy facilement; de sorte qu'il Tust contraint de retourner bien viste à Amiens.

M. de Guyse partant de Barbésieux, avoit envoyé M. de Fossés à la cour pour rendre compte de Testât de Faruiée et des desseins qu'il avoit, et assurer entre autres choses qu'on pourroit , sans rien hasarder, ramener le Roy. En vertu de quoy il partist de Bordeaux le 17 décembre; et prenant le chemin de Ligoume et de La Rochefoucaut , arriva à Poitiers à la fin de l'année.

On y trouva le grand prieur de Yendosme, lequel, sur les instances faites par M. le prince à Sainte-Me* nehoud, avoit eu permission de revenir de Malte; mais comme il n'en estoit party que vers la Saint-Jean, et qu'il avoit esté à Rome pour rendre l'obédience au pape Paul v, il ne peust arriver qu'en ce temps là. U trouva les choses fort changées; car il croyoit quand il partist devoir estre favory, et ne se vist pas alors plus considéré que tout le reste de la cour, M. de Luynes ayant pris sa place, et s'y estant sy bien ancré qu'il ne lay peust pas oster.

M. de Nevers s'estant, comme j'ai desja dit, retiré à Nevers dès qu'il vist le Roy hors de Paris, il y demeura sans se mesler de rien, jusques à ce que sçachant là Reine arrivée à Bordeaux et M. le prince en Poitou, il en partist pour travailler à la paix, croyant le temps en estre venu, et qu'il ne s'en trouveroit jamais de meilleur, puisque tous les deux partis ayant chacun obtenu une partie, et mesme la principale, de ce qu'ils pretendoient, comme pour la Reine mère l'accomplissement des mariages, et pour M. le prince d'avoir '' mené son armée en Poitou, et fait déclarer les hugue-

ai.

3a4 [l6l5] MÉMOIRES

nots pour luy, elle ne leur pourroit estre que très honorable. Il arriva à Bordeaux un peu devant que le Roy n'en partist, et en parla à la Reine mère; mais quoyqu'elle en eust une extrême envie , aussy bien que le mareschal d'Ancre, qui ne pouvoit sans cela se rendre tout-à-fait maistre des afTaires, comme il pretendoit, elle ne voulust pas néanmoins , suivant l'avis des vieux ministres, pour conserver quelque i*ëputation, luy en rien tesmoigner quelle ne fust à Poitiers; espérant qu'avant cela les choses iroient de telle sorte, M. de Guyse estant maistre de la campagne , qu'elle le pou^ roit faire avec plus de dignité.

Aussytost qu'elle y fust , voyant M. le prince retiré sous les places des huguenots, elle luy permist de l'aller trouver, de Tassurer de sa bonne volonté; qu'elle seroit ravie qu'il voulust revenir à la cour, et qu'elle feroit tout ce qui se pourroit pour l'y obliger. Elle coosentist aussy qu'il y menast l'ambassadeur d'Angleterre, bien qu'on n'eust jamais souffert que les estrangers prissent part dans tout ce qui se traitoit entre le Roj et ses subjects : mais parccque le roy de la Grand'Bretagne, qui aimoit la paix, avoit tant tesmoigné d'iniprouver tout ce que faisoient et M. le prince et les huguenots, on pensa que son ambassadeur y agirait de bonne foy, et que ne pouvant pas estre tiré à coaséquence sy on ne vouloit, il pourroit estre d'un merveilleux avantage qu'ils sceussent par sa bouche qu'ils ne dévoient rien attendre de ce costé là, comme il arriva.

Ils trouvèrent M. le prince à Saint-Jean-d'Angdjjy et dans l'embarras que j'ay dit, à cause du désordre de ses gens, et des plaintes que de toutes parts on luvea

DB FONTBNl.Y-Ml.AEUiL. [l6l5j 3a5

faisoit; de sorte qu'il avoit sy envie d'eu sortir qu'il les receust très bien, et les assura d'abord qu'il ne demandoit pas mieux que de s'accommoder : ce qui sans perte de temps ayant este rapporté à la Reine mère, elle renvoya aussy tost M. de Nevers , et avec luy messieurs de Brissac et de Villeroy, pour entrer en matière, et sçavoir précisément ses intentions.

Us le trouvèrent à Fontenay-le-Comte, ou ils luy parlèrent diverses fois : mais voyant qu'il fuyoit la condusiof] , Us jugèrent bien que c'estoit pour attendre des nouvelles de l'assemblée^ laquelle, ne pouvant pas demeurer à Grenoble après sa déclaration, s'en cstoit allée à Nismes, et sans quoy il n'osoit pas traiter. C'est pourquoy, pour luy en donner le temps, et que rien cependant ne pcust altérer les bonnes dispositions oii on estoit de toutes parts, ils luy proposèrent une trêve dont il se contenta, et elle fust faite pour durer jusques au premier mars 1616,

Lemareschal d'Ancre et sa femme désirant il y avoit longtemps, pour mieux disposer de toutes choses à leur volonté, de changer le conseil du Roy et d'eslongner d'auprès de la Reine quelques personnes qui ne leur estoient pas confidentes, ils creurent le pouvoir faire dès qu'ils virent les mariages achevés et l'autorité de la Reine mère, à ce qu'il leur sembloit, par là tout-^-fait affermie, ne craignant point que la paix en peust estre retardée , parceque M. le prince les haïssoit aus$y : mais pour le faire insensiblement et avec le moins d'esclat qu'il se pourroit , ils y allèrent par degrés, commençant par les plus petits, et reservant les autres pour la fin, et quand tout y seroit disposé. Le premier à qui ils s'adressèrent fust Sauveterre,

3a6 [i6i5] MÉMOIRES

lequel, quoyque dans une condition fort basse (car il n'estoit, comme j'ay desja dit, que premier valet de garderobe du Roy et huissier du cabinet de la Reine mère), ne laissoit pas d'estre un do ceux qui les iacommodoit le plus, à cause du grand accès qu'il avoit auprès d'elle, et qu'ayant l'esprit fort hardy, il luy parloit librement de toutes choses, et en estoit escouté.

Le moyen fust de représenter à la Reine qu'il estoit plus à M. de Luynes qu'à elle , que c'estoit par ses conseils qu'il se gouvernoit , et qu'elle ne le poumoit jt* mais oster d'auprès du Roy, comme elle en avoit envie, tant que Sauveterre y seroit; et pour le Roy, quTI avoit parlé sy indiscrètement à la Reine, qu'elle ne le pouvoit plus souffrir.

Or, quoyque M. de Luynes, voyant que cela le irgardoit plus que Sauveterre, cust bien voulu Tempescher, et qu'il y auroit peut-estre réussy (car il estoit desja assés bien avec le Roy pour luy faire faire tool ce qu'il eust voulu), il n'osa pas néanmoins le hasarder, lant il cust peur qu'il ne tinst pas ferme, et que son foible estant connu, on ne le chassast luy-niesnie. C'est pourquoy il se teust, et ne fist semblant de rien. Cela arriva un peu devant qu'on partist de Bordeaux.

Estant à Poitiers, ils firent chasser le commandenr de Sillery, frerc de M. le chancelier. Us lujren vooloient il y avoit longtemps, parcequ'estant tousjouis auprès de la Reine (car de son premier esciiyer il avoit esté fait son chevalier d'honneur) , et assez clairvoyant, ils entreprenoient peu de choses qu'il ne descouvrist et n'en avertist M. le chancelier, qui rompoit souval leurs mesures; joint qu'ils n'auroient peut-estre pas peu chasser M. le chancelier luy-mesme, comme ils avoîent

D£ fontbuay-marsuil. [i6j5] 827

résolu, tant qu'il y eust esté. C'est pourquoy ils s'en voulurent vistement défaire.

La Reine mère y auroit peut-estre résisté, Taimant assés, sy on ne luy eust point fait entendre qu'estant de ceux contre qui M. le prince s'estoit le plus déclaré, ayant juré qu'il ne retourneroit point à la cour tant qu'ils y seroient,eIle ne pourroit le conserver et avoir la paix, qu'elle desiroit sy fort; et que le chassant à ceste heure là, il luy scroit bien moins honteux que de le faire après, et par force.

Ce qui rendist au commandeur sa disgrâce plus fascheuse fust la difficulté de la retraite; car estant longue, et ayant pour ennemis tous ceux du party de M. le prince et beaucoup de ceux du party du Roy, comme entre autres M. de Courtenvaux, gouverneur de Touraine, par où il falloit passer, elle luy auroit sans doute esté fort périlleuse, sy M. de Fossés, qui ayant esté son amy dans sa faveur, ne voulant pas l'abandonner dans sa mauvaise fortune et lorsqu'il n'avoit plus besoin de luy, par une générosité non commune en ce temps-cy, n'eust esté, avec vingt maistres de la compagnie de gendarmes de la Reine mère, sans craindre ce qu'elle en diroit, le prendre auprès de Poitiers, et le mener à Paris. Ce qu'elle eust aussy sy désagréable, qu'estant allé despuis à Tours pour s'en excuser, elle ne le voulust pas voir, et luy fist dire de se retirer en sa maison.

Sur la fin de l'année il se fist un grand changement dans Corbie; car encore que M. de Riberpré, qui en estoi gouverneur, eust fort fidellemcnt et utilement servy son party, sa déclaration ayant séparé les forces du Roy et empesché qu'il n'en tombast davantage sur es bras de M. le prince ( sans quoy il n'auroit jamais

3a8 [i6i5] MEMOIRES

peu passer en Poitou), M. de Longueville ne laissa pas de s'en vouloir rendre maîstre; et n'ayant peu le faire luy-mesme, à cause des difficultés qu'il trouva au passage comme il vouloit y aller, il en donna la commission à M. d'Helincourt, qui y estoit en garnison avec son régiment, et à un vieux soldat de Hollande , nommé Le Heaume, que M. de Bouillon y avoit fait sergent major; lesquels profitant de la bonté de M. de Riberpré, qui y ayant receu tous les amis de M. de Longueville, comme la seule retraite qu'ils eussent en ce pays là, n'y estoit pas le plus fort, le mirent dehors, disant qall avoit intelligence avec le mareschal d'Ancre. Despds cela Helincourt en chassa aussy Le Heaume ; de sorte que la place demeura sans contredit en la puissance de M. de Longueville.

[1616] Le ai de janvier, le Roy partist de Poitiers pour aller à Tours; et le froid fut sy excessif qu'il mourust beaucoup de gens de sa suite, comme aussj des armées , dans lesquelles, outre cela, la grande quantité de vins bourrus (0 qu'il y eust ccste année là avoient engendré tant de maladies, qu'il est très certain que sj la guerre eust continué il eust fallu faire de tous kl costés de nouvelles levées.

La résolution de traiter ayant esté prise, il restoil de sçavoir le lieu où on s'assembleroit. M. le prince eust bien voulu une des places despendantes de luy, d s'y opiniastra tant qu'il peust, croyant que ce luy seroit plus de réputation et de seureté, car il s'y vouloit trouver : mais ayant enfin esté contraint de céder, onchoi*

(0 De vins bourrus: Vin qu'on a jeté dans de Teau froide pour reoipédier de fermenter. U est doux , et a encore tonte m lie. (/Mer. de TréFOux,)

DE FONTENAY-MAEEUIL. [1616] 3^9

sbt Loudim, fort commode pour les logements, et non suspecte aux deux partis, estant une des villes de seureté des huguenots, et le gouverneur, nommé Armagnac, premier valet de chambre du Boy.

La cour estant demeurée à Tours pour n'en estre pas eslonguée, M. le comte et madame ia comtesse s'y rendirent peu de jours après. M. le prince les avoit priés d assister au traité pour flatter madame la comtesse, et Tobligeant par là à prendre ouvertement son party, faire voir que toute la maison royale estoit dans de mesmes sentiments. Mais la Reine mère la payant de meilleure monnoye, luy fist offrir de l'y envoyer de la part du Roy avec M. le comte. G} qu*ayant miieux aymé que d'y estre particulière, elle s'y conduisit fort bien.

Le jour que M. le comte arriva à Tours, la Reine mcre estant logée dans la maison de La Bourdaisiere, et tenant le conseil dans une grande chambre, il y fust luy faire la révérence : mais comme il se reliroit, le plancher, ne pouvant porter le grand monde qui estoit dessus, fondit sous eux; de sorte que M. le comte et quasy tous les autres tombèrent en bas. Il ne se fist pourtant point de mal ; mais messieurs de Villeroy, de BassompierreCO, de Nangis et de Rostaing furent légèrement blessés; et M. d*Espernon, le marquis de Villaine et M. de Refuge, conseiller d'Estat, un peu davantage : ils eu gardèrent quelque temps le lict.

M. de Guyse se trouvant par hasard dans une croisée, s'y prist, et y demeura suspendu jusques à ce qu'on l'eu vinst retirer; et la Reine mère fust sv heureuse

(0 De Bassompierre : Voyez ses Mémoires ^ t ao, p. 97, deaxîèiiie lérie de cette Collection.

33o [1616] MÉMOIRES

qu'il resta assés de plancher sous elle, car elle estok apuyée contre la muraille pour la soutenir, et empeicher qu'elle ne tombas t. Elle ne laissa pas d'avoir grand peur; mais estant enfin revenue à elle, et voyant tous ceux qui estoient dans les ruines, elle tesmoigna beaucoup d'appréhension pour M. de Bassompierre, sans parler de M. d'Espernon ny de M. de Villeroy : ce doot ils prirent tous deux mauvais augure; de sorte que M. d'Espernon, aussytost qu'il fust guary, se retirai Angoulesme.

Dès que le lieu de l'assemblée eust esté résolu, M. le [Grince y alla avec tout ce qui estoit auprès de luy; ft il escrivist à tous les autres de son party de s'y rendre, et mesmcs jusques aux femmes. G^pendant la conduite de M. de Yendosme tenoit tout le monde en suspens; car ayant levé un grand nombre de troupes avec des commissions du Roy, et, comme il le publioit, pour son service, on voyoit pourtant qu'il biaisoit et essayoitde temporiser, pour prendre mieux son party : ce que le Roy ne voulant pas endurer, et sur les plaintes mesmes que ceux d'Anjou et du Maine faisoient du désordre de ses troupes, estant contraint d'y donner ordre, on luy manda de les envoyer à Tarmée, ou de les licentier. Surquoy il se trouva bien empesché; car ne voulant ny l'un ny l'autre, ny mesme se déclarer, il ne sçavoît ce qu'il devoit faire. Enfin il prist le party d*aller en Bretagne, croyant y trouver toutes les places sy de$pourveues, n'ayant point eu méfiance de luy, qu'il pourroit se saisir de quelqu'une; et sy le Roy letrouvoit mauvais, il se diroit du party de M. le prince.

Mais personne n'y fust trompé; car dès qu'il eiisl fait difficulté d'obéir, on Tescrivist partout, et en

DB FONTENAT-MÂREYl|L. [1616] 33l

Br^agne particulièrement , afin qu'on se tinst sur ses gardes, et qu'on ne le receust nulle part; et pour essayer de Tembarrasser davantage et l'estonner, on luy envoya un héraut, qui luy fist commandement de désarmer. Le héraut se trouva à Chantocé, maison du comte de Vertus, sur les frontières d'Anjou, du costé de la Bretagne, où estant entré dans sa chambre, vestu d'une cotte d'armes, et luy parlant en présence de tout le monde et selon les formes anciennes, il luy dit :« A a toy. César de Vendosme, je te commande de par le « Roy, mon souverain seigneur et le tien , et à tous tes a adhérants, que tu ayes à poser les armes que tu as a prises, licencier les troupes que tu as levées, et le « venir trouver, et à tous ceux qui t'assistent de se re- « tirer en leui^ maisons; à faute de quoy je te déclare, « et eux aussy, criminels de leze-majesté , et que serés, a comme tels , poursuivis par force d'armes. » Or, encore que ceste harangue Teust fort surpris et mis en grande colcre, cela ne s'estant pratiqué il y avoit longtemps, il y respondit néanmoins fort doucement qu'il estoît très humble serviteur du Roy, et qu'il parleroit à ceux qui estoient avec luy, et feroit sa response, qui fiist, parcequ'ils luy promirent tous, nonobstant ceste déclaration , de ne le point abandonner, qu'ayant pris les armes pour venger la mort du feu Roy, il s'estoit joint pour cela avec M. le prince, et qu'il y emploiroit son bien, sa vie et tous ses amis. Ce qui empescha qu'on ne passast outre , pour ne point troubler la négociation de Loudun.

Le 10 de février, on commença de s'assembler à LouduD, et il y eust, de la part du Roy, M. le comte et madame la comtesse, messieurs de Nevers, de Bris-

33a [1616] w&MoiRBs

sac, de Yilleroy, de Thou et de Vie; et de l'antre cott^ M. le prince, mcsme madame sa raere et ntmA^^^ ^ Longueville, messieurs de Longueville, du Maine, de Luxembourg et de Bouillon , les dcsputés de Tasiaiblée de Nismes transférée par permission du Roy à lâ Rochelle , et enfin tous les principaux de leur par^, comme messieurs de Yendosme , de Rohan , de La Trimouille, de Sully, de Candale et autres, à mesure qnlb arrivoient. L'ambassadeur d'Angleterre n'asûstoit jm aux conférences, mais il estait sur le lieu , pour y in^ vir , en cas de besoin , de médiateur.

Beaucoup de gens n'approuvèrent pas que des fienmes fussent assises, et eussent voix dans une assemUîi telle que celle là ; mais il fallust bien le souffrir, pov les obliger à vouloir la paix, et y contribuer anbal qu elles avoient fait pour la guerre : ce qui n'arme point aux autres pays, où les femmes estant pins p0^ ticulieres, et nourries seulement dans les choses dekar métier, elles ne peuvent pas prendre tant de oonnoii^ sance, comme icy, des affaires publiques. Ce dont 1 semble qu'on ne se trouve pas plus mal, car estant ordinairement ambitieuses et vaines , et ne se Ironmi pas assez considérées tant que les choses demeurent ôêêê l'ordre, elles font le plus souvent tout ce qu'elles p» vent pour les troubler.

Dans la première conférence, M. le prînGe,qui «toit fort éloquent et parloit bien en public, fist m grand dbcours pour la justification de ses armes, tf puis donna un cahier de ses demandes et de celles db ses amis, entre lesquelles il s en trouva qui arresteicat sy longtemps, qu'il fallust par deux fois prolongera trêve; comme principaleme]\t que l'article du tiers-

DB FONTENiT-MARBUIL. [1616] 333

Estât fust receu, et que la surséance donnée sur les arrests du parlement pour la seureté de la vie des roys fust levée , M. le prince disant que sou honneur y estoit engagé. A quoy on prist enfin ces tempéraments : Que quand on respondroit les cahiers de^ Estats-généraux^ il seroit pourveu à l'article du tiers-Estat, avec Tavis des princes du sang et des grands du royaume, et que la surséance des arrests du parlement seroit levée, mais à condition que ce qui restoit à y faire demeureroit en Testât qu'il estoit.

Tous les autres articles ayant esté ensuite réglés sans rien donner aux huguenots, comme ils s'y estoient attendus, ny à nul autre qu'à M. le prince, qui eust le gouvernement du Berry, avec la tour de Bourges et le diasteau de Chinon, au lieu de la Guyenne, où il n'a- Toit nulles places, et quinze cent mille livres pour faire ce qu'il luy plairoit; on croyoit toutes choses achevées, et qu'on n'avoit plus qu'à signer, quand M. le prince demanda de nouveau que la citadelle d'Amiens fust rasée, et qu'il peust signer, quand il seroit à la cour, les arrests du conseil des parties et des finances, comme fait le chancelier : ce qui mist les desputés en grand'peine, croyant que comme c'estoit une chose qui Fegardoit particulièrement la Reine mère et la pourroit sensiblement toucher, qu'ils y trouveroient bien de la difficulté.

Enfin néanmoins, après bien des disputes, M. de Villeroy voyant M. le prince s'y opiniaslrer sy fort que rien ne se pourroit achever sans cela, il se chargea d'en aller faire la proposition à la Reine, pour avoir son consentement; mais comme elle expliquoit sinistrement tout ce qui venoit de luy, tant on luy en avoit

334 [l6l6] MÉMOIRES

donné de mauvaises impressions, elle le reoeust foit mal, aussy bien que sa proposition, qu'elle auroit infailliblement rcjettée, comme honteuse et préjudiciable à Tautorité du Boy et à ia sienne, s'il n'eust fortement soutenu qu'il luy seroit au contraire très avantageux qu'on vist que pour avoir la paix, sy désirée de tout le monde, elle abandonnoit ses propres interests,^ pouvant donner beaucoup d'autres choses au maresdul d'Ancre plus grandes que celles là. Et puis s'approchant plus près d'elle, il luy dist tout bas que, pour signer les arrests du conseil , il ne croyoit pas non plus qu'elle deust faire difficulté de donner la plume à no homme dont elle tiendroit la main quand il luy pkdroit Ce qu!ayant bien compris, elle luy permist de s'en retourner et de conclure comme on fist, ayant esté proni pour la citadelle que trois jours après que le Roy anrok signé le traité , il se déclareroit sy elle seroit rasée^ on mise entre les mains d'un homme non suspect à M. de Longueville.

Le mareschal d'Ancre n'y apporta nul empescbemcut, donnant librement et la citadelle et la lieutenanoe de roy de Picardie à M. de Montbazon, chcMsy par le Roy pour cela, du consentement de M. de Longueville, sans autre récompense que celle de la lieutenaoce de roy de la haute Normandie, qu'avoît M. de Mont* bazon, avec la promesse du chasteau de Caen, parcequ'il pensoit à des choses plus grandes, et jugeoit bien que quand il auroit changé tout le conseil du Roy, comme il prétendoit le faire après la paix, et qu'il l'auroit remply de ses créatures, il seroit maistre de toitf.

Ce que M. le prince n'ignoroit pas; mais il naviNt garde de s'y opposer, croyant y trouver aussy soo

D£ FONTENAT-MAR£UIL. [1616] 335

compte, taat parcequ'il se veiigeroit des vieux minisfres, ne pouvaut oublier ce qu'ils avoient fait contre hiy pendant la régence et despuis, que parcequ'il es- |;éroit avoir meilleur marché des nouveaux, qui de longtemps , quels qu'ils fussent, n'en sçauroient autant que les autres, et n'auroient la mesme autorité.

La conclusion du traité ayant esté sceue, le Roy partist de Tours pour aller à Blois, oii, sans différer davantage , on demanda les sceaux à M. le chancelier. Il s'y estoit attendu dès qu'il vist chasser le comman* dcur de Sillery son frère , et il en receust le coup oons* lamment, et en homme qui sçavoit aussy bien porter la mauvaise fortune que la bonne. Il ne voulust pas les donner h celuy qu on' y envoya; mais il les porta lyy-mesme au Roy; et prenant congé de luy et de la Reine avec un visage fort gai, il se retira à Marine ('X

Quelques jours après le Roy alla à Paris, et trouva hors de la porte plus de douze mille hommes en armes , et une telle afïluence de peuple par les rues, tant la joie de le revoir fust grande, qu'il avoit de la peine à passer. M. Du Vair (»), à qui on vouloit donner les sceaux, y estoit desja arrivé. On ne pouvoit pas faire une élection plus au gré de tout le monde, pour la haute réputation qu'il s'cstoit acquise en Provence, dont il estoit premier président; mais il ne respondit pas entièrement h ce qu'on en avoit attendu , non pour la justice et avoir les mains nettes (car en cela nul autre homme

(«) j4 Marine : SaiTant le Mercure François, il se retira dans sa maison deBerny pi-ès de Paris, {f^ojrez t. 4> a« part., p. 79.) — (*)M, Du Vair: Gnillaunic Du Vair, nommé garde des sceaux le 16 mal 1616, mourat en 163 1. ( Voyez ^ dans le 43* volume des Mémoires de Niceron , une Notice curieuse sur ce magistrat, par Midianlt de Dijon. }

336 [l6l6] MEMOIRES

ne Fa jamais surpassé), mais pour le gouvernemeDtde l'Estat; tant il y a de différence entre les {HTOvinces et la cour, les affaires générales et le jugement des procès.

Sur ce temps là M. le prince tomba malade , et fust mesme en quelque péril; mais le Roy, pour montrer comme il y procédoit de bonne foy, voulust que sans attendre son entière guérison, ny la vérification de redit, on commençast à l'exécuter; et pour cela il fist mettre le président Le Jay, le marquis de Bonnivetct autres en liberté. Il traita du gouvernement de Berrj et de la tour de Bourges avec M. de La Chastre^qd en eust cent mille escus et une charge de maresdnl de France; et avec M. de La Curée, du cfaasteau de Chinon, moyennant cent mille francs. Il envoya le mareschal d'Ancre en Normandie, et M. de Monthazoï a Amiens; il se conduisit enfin de telle sorte en tootei choses, que messieurs du Maine et de Bouillon en prirent confiance, et retournèrent à la cour.

M. le prince y alla aussy dès qu'il fust guery;et comme il entendoit aussy bien les affaires du conseil que s'il n'eust jamais fait d'autre métier, il s^y rendist en peu de temps sy puissant, que tout le monde estoit forcé d'aller à luy; de sorte qu'on le voyoit souvent entrer dans le Ijouvre et en sortir avec une plus grande suite que le Roy. Ce que la Reine mcre supportoit mal volontiers; mais il falloit avoir patience, et un meilleur prétexte que ccluy-là pour le faire arrester.

M. de Montmorency, qui estoit fort bien avec lemireschal d'Ancre, pour n'avoir jamais abandonné le service du Roy, nonobstant ce qu'il estoit à M. le priooe, faisant il y avoit longtemps de grandes instances pour la liberté du comte d'Auvergne son beau-frere, mis

DB FONTEN.iT-MAREUIL. [1616J 337

dans la Bastille par le roy Hcnry-le-Grand , les renouvela alors de telle sorte, luy représentant le besoin qu^il avoit de se faire des amis, et qu'il n'en pourroit trouver de plus assuré que celuy-là, qui n'avbit engagement avec personne, et dont il luy respondroit, que le.mareschal y consentist enfin, et d'autant plus volontiers qu*il estoit ravy , n'estant pas content de M. de Guyse , de trouver un homme propre à luy donn^ jalousie, et qu'en une nécessité on luy peust opposer. Or, comme il avoit beaucoup d'esprit et estoit fort ne pour la cour, il y prist bicntost tant de crédit , le mareschal n'y gardant nulle mesure, que M. de Guyse en eust tout de bon de l'ombrage; mais qui au lieu de le ramener , comme on s'y attendoit , ne servist qu'à Tirriter davantage, et le faire jetter tout-^à-fait dans le party de M. le prince. On rendist au comte d'Auvergne la charge de colonel de la cavalerie légère, que M. de Nevers avoit eue pendant sa prison; mais pour le gouvernement d'Auvergne, il demeura au prince de Joinville, de peur d'aigrir par trop M. de Guyse.

M. le prince estant revenu à Paris, tous ceux de son party qui n'y avoient point esté y retournèrent aussy, et furent sy bien traités tant du Roy que de la Reine mère, qu'on pensoit qu'ils s'en devroicnt contenter. Mais comme l'ambition n'a point de bornes, toutes les grâces qu'ils recevoient ne servoient que d'aiguillon pour leur en faire désirer davantage; et cela alla sy avant, que plusieurs personnes ont creu qu'ils vouloient mesme que M. le prince pensast à se faire roy , et qu'il y estoit encore poussé par le milord Hay, despuis appelé Ig comte de Carlisle, qui estant venu sur ce temps la à Paris pour se conjouir avec le Roy de 5o. lia

338 [l6l6] MKMOIRBS

son mariage, et parler de celuy de Madame, anjowd'huy duchesse de Savoye, avec le prince de GaUe^ n'en dist rien , et ne fist que chercher à troubler la ooar, promettant de grandes assistances de l'Angleterre. Et il est vray qu'il estoit en sy bonne întelligenof avec M. le prince, qu'on ne le trouToit jamais sans quelqu'un de ses amis, et que dans les festins qu'ils lu? firent, qui estoient les plus somptueux qu'on eust encore veus, tous les plats se relevant huit fois, ils di' soient, peut-estre dans la chaleur du vin, ce mot de torréfias qui fist tant de bruit, tout le monde l'ei* pliquant d'une façon fort criminelle, qui estoit d'mlcr la barre qui sert de briseure aux armes de Bourbon poyr les porter pleines : ce qui n'appartient qu'aux roys(0.

Quoy qu'il en soit, il leur en prist fort mal; or M. le prince ayant esté à peu de temps de là mis en prison, ils se trouvèrent engagés dans une guerre oii, n'estant assistés de personne (car le roy de la Grands- Bretagne, qui estoit pacifique, ayant plustosl soufliert qu'approuvé la conduite de son ambassadeur, ne les s^ Gourust point), il fallust un miracle pour les en tirer. Mais, devant que d'entrer plus avant dans ceste mtiere, il faut dire quelque chose de M. de Luynes et du mareschal d'Ancre, et comme ils entrèrent daas ceste mauvaise intelligence, qui causa despuis un Sf grand esclat.

Un peu aprèsqu'on eust donné le gouvernement JAbboise à M. de Luynes, le mareschal d'Ancre voyants faveur s'accroistre plus qu'il n'a voit pensé, en prist de

(0 On a donné de ce root une explication innocente, (^o^x la Koie sur les Mémoires de Bassompicrre , t. ao, p. io8, deuxième sjne dr celte Colleetion. )

DB FONTKtlAT-MAREtlIL. [1616] 33^

UJs soupçons, que se trou vant un jour auprès de la Reine avec sa femme, il luy représenta la chose comme il la croyoit, et le besoin qu'il y avoit d y remédier promptement. Sur quoy, après diverses réflexions, ils résolurent enfin de faire tout ce qu'ils pourroient pour persuader au Roy de Teslongner ; mais que s'il y résistoit, la Reine le feroit de puissance absolue, croyant qu'dle avoit encore assez de pouvoir sur luy pour cela, et qu'ik le luy feroient bientost oublier par tous les divertissements qu'ib luy feroient donner par d'autres, qui en seroient aussy capables que luy. Mais comme ils acfaevoient la conversation, ils virent Sauveterre à la porte; et craignant, parcequ'ils avoient pai4e un peu haut, qu'il ne les eust entendus, ils voulurent, pour l'obliger au secret, luy en faire confidence.

Lia Reine luy dist donc tout franchement Tappré* henston qu'elle avoit, et comme, au chemin que M. de Luynes faisoit, il estoit impossible qu'il demeurast dans la modération qu'elle s'estoit imaginée, et ne pensast à la despouiller bientost de son autorité pour s'en re- Testir : ce qu'elle ne pourroit pas empescher sy elle ne le prevenoit et ne luy en ostoit les moyens, en Teslongnant d'aupi'ès du Roy, comme elle avoit résolu. C'est pourquoy il falloit qu'il luy persuadast de s'en retirer de luy-mesmc et sans attendre d'y estre forcé, paroeque cela l'obligeroit à luy continuer les biens qu'elle luy - avoit desja faits, et à luy en faire mesme de nouveaux: ce qui n'arriveroit pas, s'il s'opiniastroit à demeurer contre son gré. De quoy Sauveterre estant fort surpris (car il n'avoit rien entendu de ce qu'ils disoient), il voulust l'excuser, comme il avoit accoutumé; mais la Heine ne luy en donna pas le loisir, répliquant fort ai-

34o [1616] MÉMOIRES

grement qu'elle sçavoit tout ce qu'il pouvoit dire là dessus, et qu'il n'estoit plus de saison, les choses estant venues à tel point qu'on voyoit bien qu'il falloit nécessairement que Luynes ou elle s'en allassent. A quoy il respondit qu'il estoit bien plus raisonnable quf ce fust luy; mais qu'elle en avoit donc un autre tout prest et dont elle seroit plus assurée pour mettre en sai place, parcequ'autrement elle n'y trouveroit pas son compte, et empireroit ses affaires plustost que de ks amender, estant très certain que puisque le Roy avoit desja par deux fois tesmoigué qu'il auroit un favoiy, qu'il coutinueroit , et que comme M. de Luynes avoit succédé au grand prieur de Vendosme, un autre soccéderoit à M. de Luynes ; avec ceste différence toutefois que le Roy estant plus grand, il le choisiroit sans qu'elle y eust part , et que sy le sort tomboit sur le marquis de Courtenvaux, ou sur quelqu'un des petits chasseurs qu'il avoit auprès de luy , il ne vivroit pas avec elle comme M. de Luynes, qui avoit l'esprit modéré, et luy estoit redevable de tout ce qu'il avoit A quoy ne sçachant que respondre, parcequ'en effet cela estoit fort apparent, et que la Reine ny le inareschal d'Ancre n'y avoient point pensé, ils examinèrent à Theure mesmc et devant luy tous ceux qui pouvoîent vraysemblablement y prétendre, et jusques à un garçon de la chambre nommé Haran , à qui le Roy faisoit fort bonne chère. Mais ils furent sy empeschés dans le choix, trouvant des inconvénients partout, qu'ils creureutenEo meilleur d*avoir patience, et de ne rien faire qu'ils n'en eussent trouvé un à leur gré, ordonnant cependant 2 Sauvelerre de tenir le cas secret : ce qui fust un coup fort important pour M. de Luvnes, le temps luv avant

DE FONTBNAY-MARBUIL. [1616] 34l

donaé moyen de prendre de plus fortes racines dans Tesprit du Roy qu'il n'en avoit alors, et au Roy mcsme de se fortifier plus qu'il n'estolt.

Despuis cela le voyage de Bordeaux se fist, pendant lequel M. de Luynes eust un peu de repos , à cause de la guerre, et de l'absence du mareschai d'Ancre; joint que Sauveterre y aidoit beaucoup par les soins qu'il en prenoit : mais quand on l'eust chassé , et qu'il n'y eust plus personne pour rabattre les coups, les choses changèrent bientost , et vinrent à une rupture quasy mann feste, la jalousie du mareschai s'augmentant de telle sorte , à mesure que la faveur de M. de Luynes croissoit, que, n'osant plus penser à le chasser, il ne luy restoit point, ce sembloit, d'autre moyen pour s'en défaire que de le faire tuer.

C'est ce dont M. de Luynes eust une grande peur quand on fust à Paris, croyant que ce seroit par h» rues, quand il sortiroit du coucher du Roy; à.quoy il ne voyoit point d'autre remède que de loger dans le Louvre : mais parcequ'en ce temps là il falloit une charge pour y avoir une chambre, et que n'en ayant point il estoit bien certain qu'on ne romproit pas la règle pour luy, cela luy auroit esté tout-à-fait impossible sans la capitainerie du Louvre, qu'il pria M. de Fontenay de luy vendre, comme il fîst, pensant qu'il se pourroit un jour souvenir de ce service, et le luy rendre; mais néanmoins il ne le fîst pas, et l'oublia, comme beaucoup d'autres choses.

Or, soit que le mareschai d'Ancre,, n'iestant pas encore bien résolu de ce qu'il feroit, creustque ce seroit trop tost se déclarer sy on luy refusoît une chose en apparence de sy petite considération, ou bien que, n'y

34^ [l6l6] MBMOIRKS

peosant point du tout , il luy fust indiffèrent en quel lieu il logeast; tant y a qu'il eust permission de l'adieter, dont toutefois il ne se tint pas sy obligé , quoyqull TÎst par là sa vie en seureté, que touché de Tappréhension qu'il avoit eue, de laquelle ne pouvant revenir, on a creu qu'il se résolust dès lors, pour n'y plus retomber, de prévenir le mareschal et de s'en défaire, jettant les yeux , pour luy aider à cela , sur M. de Yitry (0, qui, n'ayant point de liaison particaKere avec le mareschal , y pouvoit estre très propre à cause de u charge.

Mais parcequ'ils avoient vescu jusques là fort indifféremment, il pria M. de Fontenay, qu'il sçavoit estre de ses amis, de le disposer à estre aussy des siens, comme il fist fort aisément, M. de Yitry en ayant esté ravy, et s'estant tous deux donné parole devant luy de se servir mutuellement envers et contre tous. Il ne loy parla pas néanmoins de ses desseins que longtemps après, et quand il l'eust bien esprouvé; car cela se fist quasy en arrivant à Paris.

Ce qui dans la suite du temps leur donna beaucoup de peine, ce fust M. de Blain ville, qui, ayant droit par sa charge d'estre tousjours auprès du Roy, voyoit sy clair qu'on ne pouvoit quasy rien faire dont il ne s'apperceust , et n'en avertist aussy tost le maresdisl d'Ancre; de sorte que s'ils eussent tant soit peu montré leur bonne intelligence, il en auroit assurément pris et donné assés de jalousie pour rendre la chose plus difficile qu'elle ne fust.

(0 M, de F'itrr: Nicolas de L'Hôpital, marquis et depuis ducde Vitrj, maréchal de France en 1617, mourut en 1640. Il étoit alors captuine des gardes.

DB POMTBNiLT-MARBUIL. [1616] 343

Il estoit cadet de sa maison, et pauvre; mais madame de Souvré, de qui il estoit parent , luy ayant fait avoir pour rien ( pat*cequ'elle Taimoit fort, et que les charges ne se vendoient pas alors sy communément ny sy grand prix qu'elles font aujourd'huy ) le guidon des gendarmes du Roy quand M. de Courtenvaux, devenant gouverneur de Touraine, le quitta (ces charges estant estimées alors incompatibles), il espousa ensuite la veufve d'un président de Rouen, nommé Canon ville; et devenant par là assés accommodé, il se niist bientost en grande considération dans le monde.

Quand l'autorité de M. de Souvré vint à diminuer, ne se trouvant pas mesme sy bien avec luy qu'il avoit esté, il chercha l'appuy du mareschal d'Ancre, qui, estant bien informé de ses bonnes qualités, en fust fort aise; et afin qu'il le peust mieux servir, luy fist donner un brevet des affaires du Roy, qui estoit lors une chose en usage, et qui faisoit avoir toutes les en* trées , sans qu'il fust besoin de demander. Le comte de Gramont et M. de Termes en avoient eu du temps de Henry-le-Grand, comme le comte de La Roche» guyon , le commandeur de Souvré et luy, de celuy du feu Roy; mais M. de Souvré n'estant pas satisfait qu'il l'eust ainsy abandonné quand il pensoit n'en avoir plus de besoin, se résolust de s'en venger; et le voyant un jour monter dans le carrosse du Roy sans qu'il luy dist, ainsy qu'il avoit accoutumé, il le fist descendre; dont s'estant plaint au mareschal d'Ancre, M. de Sou* vré fust contraint de se raccommoder avec luy, et de le laisser jouir de tous les avantages qu'il avoit eus jusques là.

Le mareschal d'Ancre l'ayant donc mis en cest es-

344 [i6i6] MÉMOiass

tat, il le servoit fort fidellement et fort bien; et sy, quand M. de Luynes commença à faire peur, il en eiist esté creu, le mareschal s'en seroit yraysemblablement mieux trouvé, car il auroit ou ruiné tout-à-fait ou gagné celuy-cy ; et de la sorte dont il en usa , ne se portant ny à l'un ny à l'autre, et luy faisant tous les jouis donner quelques nouvelles mortifications par la Reine mère , sans luy oster les moyens de s'en ressentir, ils le forcèrent quasy à faire ce qu'il fist.

Cependant , pour continuer à remplir le conseil de gens nouveaux comme on avoit commencé , le mamchai d'Ancre mist M. Mangot, auquel il avoit peu auparavant fait donner la charge de premier président de Bordeaux, en la place de secrétaire d'Estat de M. de Puisieux, qui s'en estoit allé avec son père, se doublait bien qu'il obligeroit par là M. de Villeroy, qui faisoit la charge tout seul , de se retirer sans qu'on le luy dist, comme il arriva; et il y fist peu de temps après entrer M. de Luçon (0, quand M. Du Yair ayant esté diigracié, on donna les sceaux à M. Mangot. Or M. de . Luçon n'y fust pas longtemps sans faire connoistre lei grands talents qu'il avoit , et se i^endre sy nécessaire à la Reine roere et au mareschal d'Ancre, qu'ils ne pou- It voient rien faire sans luy.

Les affaires estant en cest estât, la Reine mère, bici embarrassée de M. de Luynes et de M. le prince^ ^ ^ M dernier avec une telle autorité dans la cour que ceh ne pouvoit presque pas durer davantage sans qu'il ei devinst tout-à-fait le maistre, son impatience aussy hm

(0 JU. de Lu con : depuis cardinal de Richelieu. Il fut à celte épcM]!^ nommé secrétaire d'Etat. ( Fojrez ses Mémoires, tom. ai ^is, p. 3^5. deuxième série de cette Collection . )

DE POTIEjrAÏ-MÂRKML. [l6lti' 34J

que celle de ses amis renversa tout ce qu'ils avoieni édi6éy et les mîst plus bas qw jamais.

Car M. de I^iigueville i-slant, par le Iraîti- àe Ijouijun, rvnlré dans son gouvernciiK^nl, et le inareschal d'-\ncre sorty d'Amiens, Pemnnc luv csloit demeurée, quoiqu'il n'y fusl pas moins Itav que dans Amiens, ne s'en estant point pnrlé à LoikIum, parce, comme il est bien vraysemlilable, qu'on creust que ce seroit pousser ie» choses trop loin de le tirer encore de là. Dieu Tayaot ainsy permis pour en faire la pierre de scandaltf.

Mais quelques uns des principaux habitants ne le

pouvant souffrir, et voulant en estre ileslivrés ainsy

bien que les autres , allèrent trouver M. de I.onguevîllr

nr luy offrir de luy mettre la ville entre les mains,

Mirant qu'il n'aurait qu'à s'y présenter, le diasteau

pouvant pas l'en enipesclier, n'ratant ny fortifié ny

inv, el n'ayant point de porte de derrière. Ce <\w

M. de Longueville, qui ne cherclioit qu'à avoir tu plus

de places qu'il pourroit dans son gouvernenicnt qui des-

fendbseut purement de luy, accepta volontiers; et eit

afjpant eu le consentement de M. le prince, qui 110 cher-

dioit aussy qu'à fortilier sou party, il se résolus! d'y

H. de Favolles, lieutenant du inareschat d'Ancre,

ittoit alors dans la ville et dans le cliasteau avec

in ordinaire, et une compagnie de gens de

de cent cinquante hommes, qu'avoit M. de Hantes.

Or, pour escbauffcr l'esprit de ce peuple cl le rendn-

pbs porté h la révolte, on 6st courir le bruit que le

unsidial d'Ancre y cnvoyoît tout ce qui estoit sorty

d'Amiens, alin de se rcudre inîtislre de la ville et de

Il donner ao pillage; dont te petit peuple estant fort

346 [l6l6] MÉMOIRES

alarmé, le maire et Tavocat du Roy, qui estoient néanmoins les principaux auteurs du désordre, leur ooaseillerent, pour faire bonne mine, de desputer venle mareschal pour l'en destourner.

Mais quoyque les desputés rapportassent qu*il estoit fort eslongné de cela, et ne vouloit que les maintenir dans le service du Roy et dans tous leurs privilèges, sans autre garnison que celle qui avoit accoutumé d'j estre; sy est-ce qu'on leur fist donner tant d'avis tu contraire, disant que c'estoit des Italiens et puis des Flimands qui iroient pour les mettre entre les mains de Tarchiduc, que le peuple estant en de perpétuels soupçons et tousjours sous les armes, il fîist fort aisé, Ir chevalier Conchine , frère du mareschal , y estant allé sur ce bruit avec M. de Migneux et leurs gens, seulement pour essayer de les détromper, de leur faire fermer la porte aussy bien qu'à M. de FavoUes, qiî sortist imprudemment pour parler à eux quand il voih lust rentrer; et de la faire ouvrir à M. de Longueville, qui arriva un peu après.

Aussitost qu'il fust dedans, il ne regarda qu'am moyens d'avoir le chasteau; mais parcequ'il luy easl esté difficile par la force ou par la famine, M. de Rimes, quoyque mal pourveu de toutes choses, pouvaM bien attendre qu'on le secourust, il fist menacer la soldats que s'ils tenoient plus longtemps contre luj, qui estoit gouverneur de la province, il les feroit toes pendre; mais que s'ils luy ouvroient les portes, ilsseroient payés de quatre mois qui leur estoient deus. i quoy ils se résolurent aussytost, malgré M. de Rames et les autres officiers; et ils le firent entrer.

Dès que la nouvelle de ce c{ui se passoit à Peroono

DE FONTBNAT-MAREUIL. [1616] 34j

eust esté apportée au Roy , et que M. de Longueville y devoit aller, on luy envoya M. Mangot pour luy commander de se tenir à Âbbeville, et defîendre aux habitants de le recevoir : mais il le trouva desja entré; et craignant qu'à la veue d'un homme du Roy qui porteroit ses ordres (car il se doutoit bien qu'il en viendroit quelqu'un), le peuple ne vinst à changer, il avoit ordonné de ne laisser entrer personne, de quelque part que ce fust ; de sorte qu'on le fist attendre à la porte, jusques à ce que le chasteau eust esté rendu.

Ensuite de quoy estant mené à M. de Longueville,

il ne respondit rien au commandement qu'il luy faisoit

de se retirer, et de laisser Peronne en Testât qu'elle

avoit tousjours esté, sinon qu'il n'a voit prétendu que

chastier ceux du chasteau qui refusoient de le recon-

noître; et que cela ne regardoit qu'une querelle par-

ticuliei*e d'entre le mareschal d'Ancre et luy, dans

laquelle il espéroit que Sa Majesté ne prendroit point

B de part, comme il l'eu avoit envoyé supplier. Pour les

habitants, ils dirent qu'ils estoient très humbles scrvi-

~- leurs du Roy, et ne s'eslongneroicnt jamais de leur de-

« voir, n'ayant rien fait à quoy les mauvais traitements

:r qu'ils rccevoient de la garnison ne les eussent con-

^ traints. M. de Longueville, pour complaire au peuple,

.^ mist M. de Remieules dans le chasteau.

>r Au mesme temps que M. Mangot fust envoyé à M. de

^ Longueville, on fist partir le régiment des Gardes , les

;. Suisses, les gendarmes et les chevaux^ légers du Roy,

es: et Ion envoya M. de Richelieu (0, mcstre de camp du

£ régiment de Piémont, pour tirer tout ce qu'il potirroit

(*} 3i, de Hickelieu : Henri Du Plessîs, seigneur de Richelieu , frère - aine du cardinal, tué en duel par !c marquis deThémines eu 1619.

348 [i6i6] MBMoimxs

des garnisons de Picardie, et les joindre ans intm troupes, afin que sy M. de Longueviile n'obéisaoit pas, comme il y avoit bien de l'apparence , on enst de qaoy attaquer la ville et faire un exemple tant de loy qs des habitants , ne s'y prévoyant pas beaucoup de AÏScultes à cause du chasteau , qu'on ne crojoit pas devoir estrc sy tost rendu.

Le commandement de toutes ces troupes fusl dové au comte d'Auvergne : grand changement à la véiWi et fort surprenant, qu'un homme qui avoit esté Wf longtemps prisonnier, et pour crime de leze-majaté, se vist en moins de quinze jours libre, et génénd d'a^ mée. Mais c'est ainsy qu'en usent les favoris, qui loagent plus à leurs interests qu'à la réputation de koa maistres.

Quand on sceust à la cour la reddition du chaslaft de Peronne et la response de M. de Longueville etd^ habitants, on jugea bien qu'il falloit changer de eoaduite, et que cela ne s'estant peu faire sans la pa^ .ticipation de M. le prince, c'estoit à luy qu'il s'enU* loit prendre, de peur que sy on le souffroit il l'ea demeurast pas là , et ne fist plus de mal dans la pK que dans la guerre. C'est pourquoy la Beine men,tt ressouvenant aussy de ce que luy avoit autrefois dl M. de Yilleroy, elle se resolust de le faire arrester,b temps en estant venu , et le subject plus que suffisant Mais comme elle en parloit avec messieurs Mangot, de Luçon et Barbin , principaux confidents du mara^ chai d'Ancre, et des<|uels seuls alors elle prenoit ooa* seil, on luy vint dire que M. le prince s'en estoit altf i Yallery : ce qui les mist en grand trouble, croyant que c'estoit de peur qu'on ne s'en prist à luy, et (pK

DB F01fTENAY-MAll£tJlL. [1616] 3^9

Donscieiice le condamnant, on ne le revist plus. Mai» sceust bîentost qu'il ne vouloit que laisser passer les miniers mouvements, pour revenir après offrir son remise pour raccommodement, s'imaginant qu'il oit en ce temps là mieux receu qu'«i l'abord, où la ine seroit trop en colère.

Plusieurs des siens pourtant, y croyant du péril, ne iiloient point qu'il retournast : mais, soit qu'il y fust îré par le plaisir qu'il prenoit au conseil, pour leel il avoit un génie tout particulier, ou plus vraymblablement parcequ'estant assuré de M. de Guyse de la plus grande partie de la cour, h qui le maresal d'Ancre estoit devenu insupportable, il ne crailoit rien , Dieu l'ayant ainsy permis pour sauver la rauce, qui couroit à sa ruine; tant y a que tout ce l'on luy dist ne le peust arrcsler ny l'cmpescher, aand il fust de retour, de vivre comme auparavant. A Reine mère aussy de son costé, pour le mieux asurer, le receut fort bien, luy parla fort doucement e ce qui s'estoit fait à Peronne, et suivant son avis envoya M. de Bouillon pour l'accommoder; mais il 'en rapporta rien, sinon que pour y mettre la paix il iloit que le Roy permist aux habitants de luy nomer trois hommes pour leur commander, desquels il ichoisiroit un; ou quil donnast le gouvernement à '. de Bernicules.

Aucun de ces partis n'ayant contenté la Reine, on ntinua à faire des allées et venues en apparence pour lercher d'autres expédients, mais en effet afin d'avoir mps de se préparer pour prendre M. le prince : en loy il y eust du commencement de la difficulté, tant lur le choix des personnes qu'on y cmploiroit que

35o [r6i6] mémoiubs

pour le temps et le lieu; cnfio on convint que et seroil en ceste sorte.

La Reine mère ne se pouvant pas fier au comte de Tresmes (0, capitaine des gardes et en quartier, parceque sa femme, de la maison de Luxembourg, estoit trop proche parente de madame la princesse, ny anx autres capitaines des gardes non plus, pour diven respects, elle jetta les yeux sur M. de ThéminesM, qui se trouva lors heureusement pour luy à la cov, auquel elle sçavoit que le roy Henry-le-Grand se fioit extrêmement; et sur M. d'Elbene, Heutenant de k compagnie de chevaux -légers de Monsieur, de race florentine, et peu aimé de M. le prince; leur ordoa» nant de se trouver au Louvre le matin du premier sqitcmbre, avec chacun dix ou douze hommes dontik peussent respondre, et qu'entrant les uns après les an* très, ils attendissent, dans une chambre derrière k sienne, que M. le prince, en sortant du conseil, vint pour la voir comme il avoit accoutumé.

M. de Fossés , qu'elle avoit fait revenir auprès d'db expressément pour cela, eust charge de se tenir a mesme temps dans la cour avec de ses gardes, pour faire fermer les portes dès qu'il seroit entré , et ïm* rester en cas qu'il voulust sortir sans la voir; et wfth sieurs de Crequy et de Bassompierre, qui commandokit les Gardes françoiscs et suisses, ausquels néanmrài elle ne le dist qu'après que M. le prince fust arrivé,

(0 Au comte de Tresmes : René Potier, comte et depuît due et Tresmes , avoit épousé Marie de Luxemhourg , fille du dac de Fiatj. Il mourut à Fâge de quatre-vingt-onze ans, en 1670. — (») M, de Thè' mines: Pons de Lauzières de Thémines, de Cardaillac, marqois d* Thémines, maréchal de France , mourut eo 1627.

DB PONT£?IAT-MARCriL. [1616] 35 1

allèrent dehors pour faire prendre les armes aux corps de garde, comme sy on les eust voulu relever, et se tenir, M. de Crequy à la porte de devant, et M. de Bassompierre à celle de derrière, pour prendre garde à ce qui s'y passeroit, et larrester, sy par hasard il sortoit sans qu'on i'eust fait.

Sur les dix heures du matin, M. le prince estant venu et entré au couseil, le Roy descendist chez la Reine mère, qui logeoit alors aux entresols, son appartement d'en bas n'estant pas achevé d'accommoder; d'où il envoya un des ordinaires pour dire à M. le prince quand il sortiroit du conseil, s'il tcsmoignoit ne vouloir point monter chez la Reine, comme il avoit accoutumé, qu'il y estoit, et le prioit d'y venir. Mais il , n'en fust point besoin; car nonobstant que le baron de Tbianges, qui estoit là pour ses affaires particuliei'es, prenant soupçon d'avoir veu fermer les portes, luy dist, comme il sortoit ^ qu'il prist garde à luy, et qu'on le vouloit arrcster, il ne laissa pas d'y aller, accompagné du garde des sceaux, du mareschal de Brissac, et du président Jcannin.

Aussytost que le Roy le vist , il luy dist qu'il s'en alloit à la chasse, et s'il ne vouloit pas estre de la partie; de quoy s'e^tant excusé, il luy dist qu'il s'en alloit donc faire venir la Reine sa mère. £t en mesme temps I qu'il sortoit , M. de Thémines , qui n'attendoit que cela, , entra, accompagné de ses deux fils et de quelques uns de ses amis; et s'approchant de M. le prince, luy dist que le Roy ayant esté averty qu'il escoutoit plusieurs choses contre son service, et qu'on luy faisoit faire des desseins préjudiciables à l'Ëstat, luy avoit commandé de s'assurer de sa personne. Dont M. le prince estant

35il [1616] MBMOtRES

fort surpris, il luy fisi plusieurs qnritinfjii nomme s*il ne le connoissoit pas, s'il ne sçavoit pas Bies sa q[ualitf, et enfin s*il ne pourroit point parler à la Riâne, piotestant de.n'avoir rien fait contre le Roy ny contre elle despuis le traité de Loudun. A quoy M. de Th^miMi ne respondant pas, mais le pi*essant seulemeot de descendre dans l'appartement d'en bas (car on avoît pré^ paré là une diambre pour le tenir, en attendant qu'on le peust mener à la Bastille), il apprebendoit teUemctt que ce ne fust pour le tuer, qu'il ne s y poovoitn» soudre, regardant de tous costés pour voir sypenoam ne le voudroit secourir, et arrestant pirtirulirrcmcif sa veue sur M. de Saint-Geran (qu'on avoit £siit reakf aussy bien que M. de La Curée , pour se servir da gendarmes et des cbevaux-légers en cas qu'il. en firt besoin), comme s'il eust creu qu'il le devoit. faire;» tant vray que, bien qu'il fust officier sy principal de il. maison du Boy, il n'avoit pas laissé de l'escouterytf de luy promettre beaucoup de choses. Mais il ne iktpas semblant de le voir.

De sorte que toute espérance de secours luy estmt ostée, et M. de Thémincs le pressant fort, et l'ayail assuré quil n'auroit point de mal, il se résolust eafe' d'aller. Mais sa peur se renouvela bien dès qu'il iort sorty ; car trouvant M. d'Elbene et tous ses gens av» diacim un pistolet à la main , il ne douta plus de n mort, dont toutefois il revint enfin, M. d'Elbene l'ayait aussy assuré qu'on ne feroit que le bien garder.

M. le prince estant arresté, on envoya pour en fiùre autant à messieurs de Yendosmc, du Maine et de Bouillon , comme il seroit en effet arrivé sy on y eust ois dès que M. le prince fust entré dans le Tx>uvre; msii

DE PONTBNAT-MAHBUIL. [1616] 353

les deux premiers ayaut esté promptcment avertis de ce qui s'estoit passé, a voient tout sur Tlieure pris le chemin, M. deVendosme de La Fere, et M. du Maine de Charenton, pour le dire à M. de Bouillon, qui estait au presclie, et s'en aller ensemble à Soissons, où ils furent un peu après suivis du président Le Jay.

Un gentilhomme de condition, qui estoit au Louvre avec M. le prince, le sçachant pris, et croyant qu'on en feroit autant à tous les siens, en eust sy grand'peur, qu'estant sorty il courust, sans qu'on allast après luy, vers les Thuileries, d'où se jettant tout à cheval dans la rivière, il passa à nage de l'autre costé. •

Madame la princesse la mère ayant sceu ce qui s'estoit fait, alla par les rues pour esmouvoir le peuple; mais voyant que pei*sonne ne branloit , elle retourna à rhostel de Condé, où plusieurs des amis de M. le prince ^^ Testant venu trouver et luy offrir leurs services, elle ^ kl pria d'aller avec M. du Maine et les autres, et de fiure comme eux« r - De sorte qu'il ne seroit arrivé aucun scandale nulle t." put, sans que des valets de ces gens là estant allés au ^l : logis du mareschal d'Ancre, qui est assés pi^ de l'hos- ^^ td de Condé (0, quelques uns du petit peuple y furent ^v :Aussy, lesquels n'y ayant trouvé qu'un suisse, y eni5 trerent et la pillèrent : ce qui auroit peu avoir d'autres saites, M. de Liancourt, gouverneur de Paris, et le

(0 Assis près de rhostel de Condé : L'hôtel du maréchal d'Ancre

éloit sitaé rue de Tournon. Le duc de Nivernois Payant fait recon*

"^ ^''ttroire dans le dernier siècle , il a depuis porté son nom. Il sert au-

«L-ag- joQrdliui de caserne à un corps de gendarmerie. ( f^oj^ez les Recher-

djif 5ur Paris , par Jaillot , quartier du Luxembourg ^ t. 5 , p. 98. )

354 [l6l6] MEMOIRES

^ lieutenant civil n'y ayant peu rien faire , sans que den compagnies du régiment des Gardes, qui y allercDC, chassèrent tous ces gens là.

Quoyque M. de Guysc n'eust pas moins fiûUy que ki autres ) et qu'on en fust bien averty, sy est«oe qn^ajfnl esté considéré que la réputation qu'il sWoit acquise^ pour eslre demeuré jusques la dans son devoir, ertoit telle que ce qu'il feroit seroit plustost attribué aas déswdres du gouvernement qu'il n'auroit peu aouffiûv qu'à légèreté ou mauvaise intention, mesmemont mm sieurs le chancelier et de Yilleroy n'y estant plus , il qu'on ne devoit point douter que son excmpk ne fiât tout autrement suivy que celuy de gens qui n'avi jamais fait que troubler l'Estat, on conseilla à la mère de faire tout ce qu'elle pourroit pour le relaM; et de fait elle y employa, outre mesdames de Gujmû la princesse de Conty, messieurs de Praslin et de Gba* valon, qui avoient quelque crédit sur son esprit, ày. offrant d'oublier toutes choses , et de le obosiderer pbj qu'il n'avoit jamais esté. Mais il n'osa s'y fier, à du mareschal d'Ancre, et il partist sur le soir de il»j tel de Guyse; car n'ayant pas pris l'espouvante les autres, il y avoit passé toute l'après-disnée, et ili alla à Soissons avec le prince de Joinville son bat

Or il faut avouer que les ressentiments du d'Ancre contre M. de Guyse n'auroient pas esté desraisonnablcs; car il le sçavoit avoir escouté les propositions faites contre luy, mesme celle <kl tuer, et que sy M. le prince et les siens en autant d'envie qu'ils en faisoient semblant , c'en ^Kae et dès lors esté fait : mais comme ce n'estoit pas leur J^"! sein, et qu'ils cherchoient plustost à perpétuer ks^

D£ FONTEHAT-MARSUIL. [1616] 355

dres qu*à les finir, ils n'a voient garde de s'oster un prétexte, et ne parloient de s'en défaire comme M. de lyse eust bien voulu , que pour l'engager sous ceste )érance-là dans plusieurs autres choses qu'il ne vou* t pas, prétendant que quand ils luy auroient fait faire rtaines desmarches, il ne s'en pourroit plus desdire. De sorte qu'apportant tous les jours de nouvelles OBcultés aux moyens qu'on proposoit pour le tuer, ils Opérèrent tant que le mareschal en.fust averty et eust oyen d'y remédier , et de les mener sy loing que sy iutres qu'eux ne s'en fussent meslés , ils y auroient tous ocombé ; apprenant, à ceux qui veulent s'attaquer aux roris, qu'on ne peust jamais les pousser à demy sans perdre au lieu d'eux. Le cardinal de Guyse, qui esit à la chasse à son abbaye de Chailly, s'en alla de là Soîssons trouver ses frères.

Le Roy voulant récompenser M. de Thémines des

ttgs services qu'il avoit rendus pendant la Ligue, et

\ oeluy en particulier qu'il venoit de luy rendre, le

t mareschal de France. Le roy Henry-Ie-Grand, qui

prodiguoit pas reste dignité comme on a fait des*

is, afin que le mérite n'obligeast pas moins au res-

tque la dignité mesme, l'en avoit longtemps aupa*

mt jugé digne, et le comptoit tousjours entre ceux

^e seroient un jour. C'est pourquoy cela fust fort

^uvé. Mais ce ne fust pas la seule récompense qu'il

car on luy donna encore la charge de capitaine des

s de la Reine mère et de premier escuyer de Mon*

vacantes par la mort de messieurs de La Châtai**

e et de Monglat, pour le marquis de Thémines(0

marquis dt Thimints : Il fut tué au siège de Montaoban , le

356 [l6l6] MÉMOIBKS

et Lauziercs (0, ses enfants; et cent mille escus, au lieu du gouvernement de Calais qu'on luy avoit fait espérer.

M. de Montigny, après beaucoup de bruit et de menaces, fust aussy mareschal de France; car, bien qu'il n'y en eust point alors de meilleurs que luy pour commander les années , il est très certain que le maresdial d'Ancre, qui ne vouloit que le moins qu'il pouvoit de gens de ceste sorte dans les grandes charges, croyant ne s'en pouvoir pas sy bien aider que des autres, Tauroit traité comme messieurs de Prasiin et de Saint-Geran , qui eurent beau alléguer leurs services et tout» les promesses qu'ils en a voient eues, sy on n'eust poiot appréhendé qu'il allast brouiller en Berry d'où il «toit, et où il avoit grand crédit.

Quelque temps après, le gouvernement luy en ajant esté donné, il y alla, prist la tour de Bourges, et réduisist toute la province dans l'obéissance. Le mar»* chai de Souvré prist aussy Chinon , où M. de Rochefort^' favory de M. le prince, s'estoit retiré; et M. d'Elbcoe en eust le gouvernement.

Ce fust en ce mcsme temps , toutes choses se dispo* sant de nouveau à la guerre, que tous les mestrestk camp des vieux régiments se trouvant trop vieux pour y servir, s'en voulurent défaire. Cela commença ptf le régiment de Piémont, que M. de Richelieu, qui » voyoit aussy en estât de penser à des choses plus grandei, bailla à M. de Fontenay. Ce fust par une grande fih veur qu'il y fust receu , n'ayant pas encore vingt et ui ans, et n'en estant jamais entré de sy jeunes dans de

(i) Lauzieres : tué devant Monthcur, le 1 1 décembre i6ai. Il iùm un fils qui fut tué au siège de Mardick en 1646 , sans avoir été

DB FONTENÀY-MAREUIL. [1616] SSj

semblables charges. Bien peu après, M. Zamet, le marquis de Thémines et le comte de Maurevel , mais qui estoient beaucoup plus âgés, achetterent aussy les régiments de Picardie, de Navarre et de Champagne, de messieurs de Biron, de Bresse et de La Guesle.

Le comte d* Auvergne ayant esté jugé moins nécessaire autour de Peronne que de Soissons, où devoit estre le fort de la guerre, tous les amis de M. le prince s'y estant retirés, on le fist aller à Meaux avec toutes les gardes du Roy; et il envQya M. de Fontenay à Crcspy en Valois, avec vingt-deux compagnies de tous les vieux régiments que M. de Richelieu a voit tirées des garnisons de Picardie.

Cependant le Roy alla au parlement, où la déclaration sur la prise de M. le prince et contre tous ceux qui s'estoient retirés de la cour fust vérifiée. Il estoit accompagné des ducs de Montmorency, d'Uzès, de Retz , de Rolian et de Sully , et des mareschaux de Brissac, de Souvré , de Thémines, et autres personnes de grande qualité. M. de Caudale, comme premier gentilhomme de la chambre, y tenoit la place de grand diambcllan.

Geste déclaration portoit, entre autres choses, que le Roy avoit accordé à M. le prince et à ceux qui l'avoieut suivy, par le traité de Loudun , tout ce qu'ils luy --. avoieat demandé ; nonobstant quoy, ne cherchant qu'à Ç troubler l'Estat, ils avoient fait despuis leur retour à tr; Paris diverses assemblées de nuit à Saint-Martin-desfi^ Champs et à l'hostel de Condé, essayé de gagner des <J principaux de la ville et mesmes des curés , pris Peronne, fait dessein de se saisir de sa personne et de =" cplle de la Reine sa mère, pour se cantonner après dans

358 [l6l6] MÉMOIRES

toutes les provinces; prétendu faire reprendre Ifs erm de l'arrest du vingt-huitième mars, par lequel il estoit ordonné que tous ceux qui avoient séance au parlement s'y trouveroient, pour pourvoir au gouvernement de r£stat et le luy oster; usé dans toutes leurs réjouissances du mot de barre-a^bas ^ pour dénoter qu'il £dloit oster la barre de ses armes et les porter pletnes, ce qui n'appartient qu'aux roys ; fait des levées de geai de guerre sans permission ^ et enfin contrevenu en toot au traité de Loudun, comme ils avoient fait auparavant à celuy de Sainte-Menehoud ; concluant qu'il pardonneroit à tous ceux qui reviendroient dans quinie jours, et déclaroit les autres criminels de leze-majesté.

La négociation commencée avec M. de Guyse devant qu'il partist de Paris ayant esté continuée, despob qu'il fust à Soissons, par messieurs de Chanvalon d de Boissise, qu'on y envoya exprès, et par mesdames de Guyse et de Conty , qui ne pouvoient souffrir son eslongnement ny le voir contre le Roy ; il estoit aiosy sy mal propre pour la sorte de vie qu'il falloit mener là, ayant un génie tout contraire, et bon principalement pour la cour, qu'il s'y ennuya incontinent, ans? bien que le prince de Joinville; et ils se résolurent tous deux au retour. Mais afin qu'on ne dist pas qu'il eust tout-à-fait abandonné le party, et sauver au moins les apparences, il fist devant que partir une espèce de \ traité qui , empeschant pour quelque temps tous ado d'hostilité, donna moyen aux uns et aux autres de se mieux préparer à la guerre.

M. de Longueville en fist un particulier, par lequel, renonçant tout-à-fait à M. le prince et promettant df servir le Roy, il eust le gouvernement de Ham, et Ta-

DB FONTENAT-MAREUIL. [1616] 359

vantage (M. de Blerancourt ayant en mesme temps acheté celuy de Peronne) d'avoir à-la-fin mis tout-àfait le mareschal d'Ancre hors de la Picardie.

Au reste, il faut avouer que le temps que M. de Guyse demeura à Soissons fust le plus glorieux qu'un homme pouvoit avoir : car il estoit esgalement recherché de tous les deux partis, et ce qu'il feroit estoit jugé de telle importance, que comme la Reine mère et le mareschal d'Ancre mesme luy ofFroient d'oublier toutes choses, et de le traiter mieux qu'il u'avoit encore esté, se soumettant de luy en donner , outre la parole du Roy, telles cautions qu'il voudroit; les autres aussy, quoyqu'il y en eust plusieurs parmy eux qui hors de là ne luy auroient rien cédé, s'offroient néanmoins de luy laisser le commandement de l'armée. Mais la cour estant son élément , il ayma mieux y retourner.

£nviron la fin du mois d'octobre, le Roy eust une espèce d'apoplexie qui luy fist perdre toute connoissaoce, serrant sy fort les dents qu'il fallust des ferrements pour les ouvrir, et luy faire prendre des remèdes; tellement qu'on le creust en fort grand danger : mais estant enfin revenu ^ et n'ayant presque point eu de fièvre, il fust bientost parfaitement guéry.

Le peu qu'il demeura dans l'extrcme péril ne donna pas loisir à la Reine mère de penser à celuy où elle estoit , n'y ayant point de doute que s'il eust fallu faire une nouvelle régence, elle estoit sy universellement haye à cause du mareschal d'Ancre, qu'elle n'y auroit eu aucune part, ou du moins avec une autorite sy bornée, qu'elle n'eust peu rien faire d'elle-mesme.

Encore que M. de Nevers n'eust point pris les armes , et ne se fust apparemment meslé d'aucune chose

36o [1616] MÉMOIRES

contraire au service du Roy pendant Tannée 161 5, U est pourtant certain qu'il avoit le cœur pour M. le prince, et que s'estant fort attaché à luy despuis son retour, il n y avoit point renoncé après sa prison, donnant tous les jours quelques nouveaux subjects de soupçon , par les intelligences qu'il entretenoit avec messieurs de Yendosme et du Maine, et les voyages qall faisoit à Sedan. C'est pourquoy, craignant que les dissimulations dont on avoit usé jusques là ne luy servissent pour entreprendre sur quelqu'une des Tilles de son gouvernement, et particulièrement sur Rdms od Châlons, qui estoient le plus à sa bienséance, on jugoi nécessaire de mander partout qu'on luy fennast. kl portes, comme il fust fait à Châlons par le comte de Tresmes, qui en estoit gouverneur; et quelques jouis après à Reims à madame de Ncvers , quoyqu'elle ne vouliist , à ce qu'elle disoit , qu'y passer pour aller faire e ses couches à Ne vers.

Mais le marquis de La Yiéville, qui y commandoît comme lieutenant de roy, estant bien averty que quand elle y seroit elle feroit semblant de se trouver mal, pour avoir subject d'y demeurer et faciliter par sa présence la réception de M. de Ne vers, qui devoit aussytotf après y aller; il ne la laissa point entrer, et la contraignist de coucher dans une méchante liostelerie du faubourg, d'où voyant toutes ses mesures rompues, ék partist le lendemain pour continuer son voyage. M. de

Ncvers fist de grandes plaintes de l'un et de Tautre à la cour; mais le masque estant levé, on n'y cust nul esgaid. Cependant M. Du Vair, qui ne se conduisoit pas ai gré du mareschal d'Ancre, fust renvoyé chez luv; M. Mangot eust les sceaux, el M. do Ijuçon la com-

OB FONTSNAT-MARBIJIL. [1616] 3&t

ssion de secrétaire d'Estat. Et afin qu'il ne restast u du vieux levain, on osta le président Jeannin de» mces, pour en donner la direction à Barbin, sous titre de contrôleur général.

Ce fust aussy en ce mesme temps que ceux que M. de émines avoit mis auprès de M. le prince en furent es. Du Thiers entrant en leur place avec douze chejx -légers de la Reine mère, afin que le mareschal lincre en fust tout-à-fait le maistre.

Ensuite de ce qui s'estoit passé à Chaslons et à »ms, on voulust s'assurer de Sainte -Menehoud, nt le peuple estoit bien intentionné; mais le gouverur, nommé Bouconvile* qui estoit domestique do . de Nevers, y ayant fait entrer une garnison despennte de luy, la chose pouvoit, ce sembloit, recevoir elque difficulté. Il ne s'y en trouva pas néanmoins it qu'on se i'estoit imaginé; car M. de Praslin , qui tnmandoit lors en Champagne, y arrivant avec tout qu'il avoit de cavalerie et d'infanterie, quand Bouivile s'y attendoit le moins, il fust sy estonné, qu'au 1 de penser à se rendre maistre des habitants, qui titroient vouloir ouvrir les portes, il ne songea qu'à retirer dans le chasteau avec toute sa garnison. Or oe valoit rien contre la ville, et estoit mal muny; is aussy M. de Praslin n'avoit pas de quoy l'atta- )r de force : de sorte qu'il eust esté bien empescho y faire, sy messieurs de Fossés et d'Elbenc, qui y rerent pour le sommer, n'eussent sy bien harangué, ant peur aux soldats de la corde, et à madame de iconvile de la perte de tout ce qu'elle avoit dans le isteau, et de ce qui luy pourroit mesme arriver s'il cspris de force, ([uc Rouconvile fust enfin contraint de

ayant fait le traité d'Ast, on y croyoit toulM: appaisëfs; mais les grands roys^ pour fOommH que marque de supériorité, ayant 9CcéùtmM^^^ les princes înférieun» à désarmer les prmmmm^ dfce de Tolède, successeur du marquis de Ijafl au gouvernement de Milan, ayant trouYé à^ao^y toutes les troupes du roy d'Espagne encoira a«l non feulement ne les licencia pas, ooinaie U ] obligé, imais y en ajoutoit tous les jours de nM supposant que le temps de désamier n'ayant j^ prescrit, il pouvoit attendre tant qu'il luy 'piaîi youlant en aucune façon considérer que ie tni toit expressément que quand M. de Sa^oye aop armé ^ le gouverneur de Milan disposeroit en-tel de son armée , que ny par le temps ny par le i M. de Savoye ny nul autre prince n'eu pourroi dre jalousie. Ce que M. de Savoye ayant fait d fois représenter à don Pedre, et n'en pouim raison, il sonmia enfin le Roy, celuy de laGfMi tagne et les Vénitiens , que , comme garants dft ils eussent à le faire désarmer de sré ou de &m

DE ronTKNAT-MJlIlECIII.. 'l6l()l 3^3

prrD<Jrc tous seuls : de sorte qu'il aiiruit sans rluulc niv

àbaadonoé, sv M. dlisdiguiem, cii vertu du mnmp

traité qni porloit qu'en cas qtic k>& lîspagnols ii<^ Kincé-

oïLasscQt pas df boonc foy il pourroit cstrc secouni

de tous les gouverneurs voisin» de se» l'étais, &aus en

attendre des ordres de leurs maislres, n'eust cnttrpris

àt l'assister. Il alla donc à Turin ; et en estant aussytost

Ktoumé, il 6st sy diligemment de telles Irvées sur son

aeal crédit (car le Roy luy manda diverses fois de n'eu

tien faire), qu'estant jointes à celles que M. de Savoyc

bt faire eu Languedoc, elles arrivèrent .'is4és » temps

peur o&ter toute espérance aux Es|inguoU de m* rendre

listnrs du Piémont, coiume ils avoiont prétendu, et

or les obliger d'cscouter les propositions de paix

lie» par le cardinal Liidovisio «t M. do netlume, en-

yés expressément pour cela.

Cependant M. de Luynes cstoit fort en pune d<r ce pi'il feroit;car se voyxiit fort mal avec le mareschal fAncre, «t sy bien a^ec le Koy que toute l'autorité n'il auroit tomb<!roit infailliblement entre ses mains. iinnloit d'envi*- de luy en faire prendre; mais quand ▼enoit â regarder comment , et qu'il falloit pour eetii I défaire du marescbal d'Ancre et n^parer le Roy do la mère, la grandeur de Tentroprisoet tes hasards lit y auroil à courir l'estoniïoient tetlomenl qu'il mravoit s'y résoudre.

De sorte qu'ayant passé tout l'auloiinio dans ces incertitudes, il n'en seroit pcul-estre jamais sorty, sans ijue, comme il n'y a point de gens plus propres pour b>Bsei!ler tes choses hazardeuses que cctiK qui ne vont 'foint au péril , ou qui n'ayant rien a [Mordre no peuvent ivnir pi« que oe qu'ils ont, ayant pris pour ses prin-

364 [l6l6] MÉMOIRES

cîpaux confidents DéageantCO, Marsillac et Tronçon, personnes jusques là inconnues dans la cour, mais qui avoient du cœur et de Tambitiou , ils luy eslcverent tellement le courage , et l'assurèrent sy bien contre tout ce qui luy faisoit peur, qu'il obligea enfin le Roy de leur dire, et ensuite à M. de Vilry, non qu'on tuast le marcschal d'Ancre (car assurément il ne le fist point), mais qu'ils pensassent aux moyens de Tarrestcr, leur promettant toute protection , quoy qu*il peust arriver. Mais la chose n'estoit pas sans difficulté, car le n»resehal venoit rarement à Paris; et quand il y cstoilil ne sortoit point de son logis, qui joignoit le LouvreC*)» que bien accompagné, et pour aller chez la Reine mot ou à sa maison de la rue de Tournou, n'allant jamiii chez le Roy ny en nulle autre part; de sorte qu'estant besoin de beaucoup de gehs pour le prendre, ou dm son logis, ou quand il iroit par la ville, et malaisé de les assembler sans qu'on le sceust et qu'il n'en fust aveitjt ils creurent que ce ne pourroit estre seurement quci entrant dans le Louvre, et lorsque M. de Vitry seroil en quartier; qu'il falloit donc attendre jusques là, quoj* ({ue ce ne deust estre qu'au mois d avril, afin qu'on « |)eust rien soupçonner quand on le verroit dans la ooir avec beaucoup de gens après luy, cela estant assez ordinaire aux capitaines des gardes.

(0 Déageant: Guiscard Déageant, commis de Barbîu, contrftk* général des finances, fut aussi secrétaire d'Arnaold d'AndîUj, qoik tlonna au duc de Luynes. Il a laissé des Mémoires , publiés parioi petit-fils en 1668. Il les composa en prison par Tordre du cardinilà Uichclicu, et ils furent le prix de sa liberté. — (>) Qui Joignait le ùnnn: Le maréchal d*Aucrc, capitaine ou gouverneur du LouTre, occapfll les bâtimens du Garde- Meuble, cjui étoiciit situés le long du quai.' l'endroit où est aujourd'hui la placu de la Coloimade.

DE FOITTBHÀY-MAHEUIL. [1616] 36S

Et bien qu*un sy long retardement pouvoit y apporter beaucoup de nouveaux obstacles et Fetaipescher, il y avoit, ce semble, principalement celuy-là que quelques uns de ceux qui le sçavoient cstoient de telle condition, qu'une fortune médiocre, mais présente et assurée, comme celle qu'ils auroient faite en le disant au mareschal d'Ancre ou à la Reine mère, leur pouvoit estre plus considérable qu'une plus grande, incertaine et esloognée : et toutefois le secret y fust sy bien gardé, que tout rcussist au temps et en la manière préméditée, le mareschal d'Ancre demeurant, pendant que cela se tramoit, sy enivré de sa bonne fortune, qu'il ne songeoit ny à gagner M. de Luynes ny à le perdre, mais leulcrment à se bien establir en Normandie, ou à jouer aux dés, qui estoit son principal divertissement ; comme le Roy aussy, pour ne luy point donner de soupçon, ne s'informoit d'aucunes affaires, et ne faisoit qu'aller à la chasse ou danser des ballets, comme il avoit accoutumé.

[161 7] L'année 1617 commença par deux déclara- Uous : Tune contre M. de Nevers, et l'autre contre ttiessieurs de Yendosme, du Maine, de Bouillon, marquis de C^œuvres, président Le Jay et leurs adhérents, ei par un voyage que fist le comte d'Auvergne avec ûo petit corps d'armée au Perche et au pays du Maine, où il sembloit que quelques gens se vouloient souslever.

Il commença par Verneuil , oîi , dès le mois de noirenibre de l'année 161 6, on avoit envoyé le régiment le Piémont en garnison , avec ordre toutefois , quoy- |u'on ue se fiast pas en M. de Medavy (0, qui on estoit

'1) 1d. de lUeJayx : l^ierrc Rouxel, baron de Medavy, comte de

gouveraeur, de ne rien entreprendre contre une gra» tour où il tenoit quelques mories-payes; mais qoiod il y fust arrivé il les en sortist, et mist des gens do Roy en leur place. De Verneuil il alla au Mans, et a fist raser le chasteau, pour les soupçons que le dm^^ quis de Lavardin , qui en estoit gouverneur aussj hioi que de la province , et qui a voit espousé une nieœ de M. du Maine, dounoit de luy. Il laissa gamiscm dans La Ferté-Bemard, Senonchcs, La Ferté-au-Vidame, et autres petits chasteaux appartenants à mesûeunde Ne vers et du Maine, ou à ceux de leur party ; et voytal que messieurs de Lavardin^ vidame de Chartres etdb La Loupe ayant quitté le pays, il n'y avoit plus rieo i craindre, il retourna à Paris au commencement di mois de mars, pour assister aux résolutions qui se pn» droient pour la prochaine campagne.

Or , M. du Maine ny tous ceux de ce party là m pouvant avoir des forces suffisantes pour tenir la caspagne, s'estoient résolus de les enfermer toutes ds0 leurs places pour les deffendt^e, avec quelque connaissance, à ce qu'on a dit despuis, de la mauvaise sais» faction que le Roy avoit du mareschal d'Ancre, et potf voir ce qu'elle produiroit.

Mais, du costé du Roy, la Reine mère ayant csié consdllée, pour n'avoir pas tous les jours à reoo» mencer, de mettre tant de gens sur pied que tout d'« coup elle peust finir partout, elle fist faire trois arméa M. de Guyse eust celle qui devoit aller en Champagit contre M. de Ncvers : le mareschal de Thémines ai ft toit lieutenant général; M. de Praslin , seul marefcbl fi^

Graiicey, gouYeroeur dé la yiile et du château de Vemeail, le 3i décembre 1617. Cest le père du maréchal de Grancej.

D£ FONTfiNAT-MAREUIL. [1617] 36^

le' camp. M. de fiassom pierre y fust avec les Suisses de a garde; et messieurs de Zauiet, Thémiocs, Maure* ^el, Rambures, Vaubécourt et d'Escry, avec leurs ré- [iments : oe dernier estoitde nouvelle levée. La cavame pouvoit çstre de mille chevaux ou environ , entre esquels estoit la compagnie de M. de Guise, comman* [ée par le marquis de Nesle; celle de M. deVendosme, [lie son lieutenant avoit , selon sa coutume, maintenu lans le service; et celles du grand prieur deVendosme A de M. de Vemeuil.

L'armée qu'on destinoit pour attaquer Soissons fust lonnée au comte d'Auvergne, qui eust messieurs de iaiat-Geran et de Saint-Luc pour mareschaux de camp; lix compagnies du' régiment des Gardes, de deux cents boimnes chacune; dix de celuy de Piémont, de cent; et 3eux de Saucourt^i), du Plessis-Praslin, de La Rinville Bl du Menillet, aussy de dix compagnies, chacun de nouvelles levées; les gendarmes et les chevaux-légers de la garde du Roy; la colonelle des chevaux-légers, commandée par M. de Valançay; et les compagnies de Gamaches, Sourdis, d'£ffiat et autres. M. de Rohan y fadsoit la charge de colonel, et M. de I^a Rocbefoucault ttlle de mestre de camp.

A. quoy se joignirent toutes les troupes que le marudial d'Ancre a voit fait lever, composées de trois Bûlle hommes de pied et de mille chevaux liégeois, dont le marquis de Mauny estoit général ; deux mille hom- «m de pied françois, les gendarmes du mareschal, et iCB chevaux-légers du Roy, qu'avoit M. de G)nlenant, |ai estoit mareschal de camp, et commandoit le tout

- i^) De Saticourt : pour Soyecourt. Ce nom est ainsi altéré dans prêttous les OQTrages du dix-septième siècle.

comme mi corps séparé , et qui ne reconnoissoit que V comte d'Auvergne et luy. Le mareschal de MontignT eust ia troisième armée, et ordre d^assiéger Nevers. Messieurs de Bourg, Lespinasse et de Richdieu estoient mareschaux de camp; et il y a voit les r^mcnts de Bourg, Nerestan et autres, avec uo fort bon coq» de cavalerie.

Toutes choses estant ainsy disposées, et les troupes prestes d'arriver au rendez-vous, les oJfBcicrs généraui y allèrent aussy. Celuy du comte d'Auvergne estant à Crespy, il envoya M. de Rolian avec toute la cavalerie légère à YiUiers-Cotterets. Or M. du Maine, qui avok le cœur grand et vouloit faire parler de luy, ayant scea, par le moyen de quelques paysans qui le favorisoiot presque tous, le logement de Villiers-Cotterets, et qu on n'y faisoit autre garde que d'un petit corps poiê à moitié chemin de la forest, et qui ue mettoit des gardes qu'à l'entrée du bois , sans envoyer des paite au delà , ne se figurant pas qu'on osast aller à eux it sy loin; voyant qu'il poiirroit passer toute la foicst sans qu'ils en eussent l'alarme , ne douta point de la pouvoir enlever.

Il y alla donc avec environ trois cents chevaux, di' quante de ses gardes, et trois cents hommes de pd qu'il laissa à la sortie du bois pour assurer sa retrait; et poussant un peu devant la pointe du jour les 1^ dettes et le corps de garde, qui n'a voient eu avis de si marche que quand il sortist du bois, il les suivist desr près avec toute sa cavalerie, qu'il entra quasy aussytotf qu'eux dans le quartier, oîi ayant trouve tout le mondt dans le logis et cndormy, il en demeura quelque (emp le maistre ; mais voyant qu'il ne pourroit pas sv bi»

as FuNTllNAT-MAIlHUlL. [16171 ^^9

viapescher le ralliement qu'il ne luy loinhast enfin sur les bras plus de gens qu'il n*eu a voit, le quartier estant de plus de huit cents chevaux, il x rcsolust, après 3Toir pris ou tué tout ce qu'il peust rencontrer, de so retirer comme il fist, et sans perte, quoyquc M. (le Boban allast après luy a cause lU- l'infiinlerie, qui estant, comme j'ay fle>ja dit, demciii-ée sur le bord de b foresc, l'arresta tout court.

Geste action Cust bien glorieuse pour M. du Maine, «tant besoin d'une grande fiardirsse pour aller iiltiiquirr im quartier trois fois plus fort qu'il n'estoit, logé it la tate d'une armée, et ayant huit ou neuf lieues do remite; mais on n'en reccust pas grand dommage, ne l'estant trouvé que ct-nt ou six vingts chevaux ù dire ^uaad on ^st la revetic; de sorte qu'i) n'yparusl quasv pu.

Le comte d'Auvcrgno voyant la faute de In tavallerie, et comme elle se sçavoit mal garder, y envoya «ussytost M. de Foutenayavec le régiment de Piémont; et deux jours après M. de Rolian s'en alla h .Saint* lean-d'Angely sans dire adieu, à cause, a ce qiie queltpei uns disoieut, de Taffront qu'il vcnoit de recevoir, doat il nescpouvoit consoler; et les autres, parcetjii'on loT avoit mandé que sy la guerre contimioit, les RoeWlois prendraient les armes, et qu'il ne vouloît pas «Ire en lieu d'oîi il ne les peust aller trouver quand il Iny plairoit.

lorsque tout ce que le comte d'Auvergne devoit af oir fust arrivé , il alla à Fierrefonls , que ll^s troupes Aa mareschal d'Ancre Hslégerent el prirent en trois jours. C'estoit une grosse masse de pierres qui avoit eu delà réputation pendant la Ligu.; pour avoir esté deux 5fc a4

370 [*^'7] '^ÏÉMOIRES

fois mal attaquée , et dont la garnison faismt oontribuer jusques aux portes de Paris, despuis que le Roj y fust entré. Mais pour lors une batterie de qnatre pièces Fesbranla de telle sorte, en deuK jours quelle tira, que pour peu qu'elle eust duré davantage elles^ roit tombée. Ce que ceux de dedans voyant , 41s se rendirent. Aussytost après il fust desmoly (0.

Pîerrefonts pris, on alla à Soissons, où M. du Maine, qui sçavoit bien que les habitants se rendroient dès qu^il en seroit party, se voulust enfermer, quelque péril qu'il y vist , pour ne survivre pas , s'il ne le poavoit sauver, à sa mauvaise fortune. Or comme la ié> putation de la place et celle de M. du Maine faisoieot tenir l'entreprise pour fort difficile, aussy croyoit-ofl qu'après sa prise rien ne résisteroit. C'est pourquoy If comte d'Auvergne eust ordre d'y aller sy diligemment, qu'il n'eust pas loisir de s'y fortifier davantage.

Lorsqu'on en fust à une journée, le comte d'Au" vergue prist quatre mille hommes de pied et plus de mille chevaux pour l'aller reconnoistre; et les ayant mis en bataille sur la montagne, il descendit en bu avec les gens d'armes du mareschal d'Ancre et cinq Oi six cents chevaux liégeois, pour voir les choses de plus près. Mais M. du Maine estant au'mesme temps sort? avec cavallerie et infanterie pour lempescher d'appro* cher, les Liégeois, qui eurent commandement d'alleri luy et de le charger, ayant trouvé sur leur chemin m petit chasteau qui est au milieu de la plaine, s'y arresterent pour le piller. De sorte que M. du Maine, marchant droit au comte d'Auvergne, Teust fort ineom-

{*) Il fust desmoly : Il existe encore quelques ruines do diâteaa de [e PicTrefonts.

DX FONTENAT-MARBUIL. [1617] 3^1

Doàéj sans que les gens d'armes du mare^chal d* Ancre, ommandés par messieurs de Nesmond, Maillot et le hevalier de Jars, firent ferme, et que M. du Maine, 'oyaat aussy force gens qui commençoient à descendre le la montagne, se retira sous le canon de la ville.

Au retour de là il fust résolu que les troupes du nareschal d'Ancre, qui avoient tousjours le choix, de* oeurcroient du costé de Paris , et que le comte d'Anrergne avec le reste de Tarmée passeroit la rivière TAisne et logeroit à Crouy, les Gardes à Saint-Es» ienne, Piémont à Saint-Marc, Saucourt et le Plcssis ?raslin à , et La Rinville et Le Menillet à Paumy.

La cavallerie fust logée à , proche de Crouy et

le Paumy; et, rendue sage par l'expérience, faisoit sy )onoe garde qu'il eust esté malaisé de la surprendre, ensuite dequoy La Rinville et Le Menillet , qui avoient a principale voix dans le conseil pour la réputation |uHls s'estoient acquis en Hollande , opiniastrerent sy Fort qu'il falloit faire une circonvaliation du costé du XMnte d'Auvergne, que l'attaque s'en estant par là reardée de plusieurs jours, il arriva que le siège finist romme il ne faisoit que commencer.

Quant aux gens du mareschal d'Ancre, ils croyoient le devoir rien craindre, parcec{u'ils estoient du costé le Paris, et couverts par la rivière; aussy ne firent-ils lucun retranchement, et se logèrent, afin d'estre plus i leur aise, dans des quartiers sy séparés, qu'ils se x>uvoient difficilement secourir. Ce que M. du Maine foyant, il se résolust d'attaquer le régiment de Bussy- Lameth, logé le plus près de luy, dans im village lommé Presles. Il sortist donc pour cela sur le mîdj, ivec mille ou douze cents hommes de pied, deux cents

ZyîiL [^^'7] MISM01RBS

chevaux et deux canons ; et mettant aa candiem èa costé de Maupas , qui en est assés proche, et où lojeoit un petit régiment de Liégeois, son canon n'eust pis sy tost tiré quelques volées contre les barricades, fpl'il fist donner ; et les emportant sans difficulté , il priit M. de Bussy et tous les officiers prisonniers, et brodt le quartier.

Au mesme temps que cela se faisoit , le comte d'Anvergne passoit la rivière d'Aisne avec messieurs de Saint-Geran, de Saint-Luc, de Contenant et de Foutenay, pour voir les Celestins, qui est une assez gramk maison, et où il falloit nécessairement loger quelqu'oo; mais M. de Contenant entendant tirer le canon , soop* çonna aussytost ce que ce pouvoit estre, les logements ne s'estant pas faits ainsy de son bon gré : de sorte qu'il fist retourner le bac, et montant à cheval, y alh en toute diligence. Il ne peust toutefois y arriver, k chemin estant fort long, qu'après la chose faite. Gesie disgrâce le mortifia fort, aussy bien que ceux qu*il con* mandoit ; lesquels se fondant sur le crédit du mareschil d'Ancre, estoient devant cela insupportables à tootir monde, et ne vouloient faire que ce qui leur plaisoit

Pendant que les choses se passoient ainsy à Soissons, le mareschal de Montigny assiégeoit Nevei's, où madame de Nevei*s estoit enfermée pour obUger les bourgeois et les soldats à se deffendre; et M. de Guyse ayant pris Richccourt , Rosoy, Giâteau-Portien et Bétel, s'estoit avancé sur la Meuse pour s'opposer aa passage de douze cents reistres que M. de BouiUoo faisoit venir, et pour joindre quatre mille lansquenets que M. de Schomberg amenoit , pour faire après cela le siège de Mézieres; pendant quoy AL dé Bassompietre

€t quelques autres de ceste année là fureot à Sûissons pour voir, ce qui s'y faisoi t (0.

Or, dès que la circonvallation y fust achevée , et l'ar* lillerie et les munitions venues, on se rcsolust de faire les. approches. Surquoy les officiers du régiment des Gardes voyant que le quartier de Saint-Marc, où logeoit le régiment de Piémont, estoit plus beau et plus avancé que le leur, ils en eurent jalousie, et deman* derent d'y avoir part : ce que le comte d'Auvergne leur, ayant accordé, ils prétendoient y envoyer, cinq compagnies de deux cents hommes chacune, afin de partager le quartier, les dix qu'il y avoit du régiment

de Piémont n'estant que de cent hommes. Mais la paix

les empescha d'y aller.

Le 1^5 d'avril , une batterie de douze pièces ayant

tiré tout le jour, M. de Fontenay eust commandement, parcequc les gardes n'estoient pas encore arrivés à ' Saint-Marc, d'ouvrir la tranchée; et un travail d'envi- ' . nmdeux cents pas estoit desja bien avancé, sans que ^ ks ennemis eussent fait autre chose que de tirer quel- ^ quel coups , quand sur le minuit un homme vint à la ' pointe du bastion de Saint-Yast qu'on vouloit attaquer, " qui cria plusieurs fois : a Messieurs, retirés- vous ! la ' < guerre est finie, le mareschal d'Ancre vostre maistro ^ t est mort; le Roy nostre maistre Ta fait tuer. » • 'De quoy M. de Fontenay, qui. pensoit plus à faire

avancer son travail qu'à toute autre chose, et croyant aussy que c'estoit une moquerie, ne fist pas grand cas; mais M. Arnauld (0, mestre de camp des carabins,

(s) VojêM les Mémoires de BoMompierre , t. ao, p. i45 1 deuxième aérîe de cettfi GoUecdou. — (*) J#. Amauld: Pierre de La Mott»^Ar* naald, mestre de camp général des carabins de France, onde d'Ar«

qui estoit auprès de luy , et auquel cela imporlpit beau* coup parcequ'il esloit fort bien avec le marescbal, n'en fust pas de mesme , et s'en esmeut de telle sorte qu'il ne s'en pouvoit remettre. Néanmoins, comme on demeura après cela plus de deux heures sans en avoir d'autres nouvelles, et que ceux de dedans mesroe firent une petite sortie, il commençoit à se rassurer, croyant qu'il n'en estoit rien , et qu'ils ne l'avoient dit que pour se moquer et faire moins tenir sur ses gardes, quand le comte d'Auvergne arriva à la queue de k tranchée, et y fist venir M. de Fontenay , auquel il dit qu'il estoit vray, et que le Roy luy avoit mandé de le* ver le siège, et de tenir toutes les troupes en des quar» tiers eslongnés de Soissons, jusques à nouvel ordre. M. du Maine eu avoit esté le premier averty, parcequ'un de ses gens , s'estant par hasard trouvé sur ce temps là à Paris, en partist à l'heure mesme, et fiistà toute bride pour \uy en donner la bonne nouvelle. .1 Tant que l'hiver dura , le mareschal d'Ancre fist di» ^ vers voyages en Normandie, où il avoit enfin en b 1 chasteau de Caen, comme on luy avoit promis en dot* âi nant la citadelle d'Amiens ; et il faisoit fortifier Qoil^ ;:. lebeuf. De sorte qu'il ne fust point à Paris despuis que ■ M. de Yitry fust en quartier, jusques au vingt-trm* ■ sieme d'avril, qu'il y arriva. Le n/^^ messieurs de ; Luynes et de Yitry, pour ne point perdre de temps, . assemblèrent messieurs Du Hallier (0 et de Persatty «

nanld d*Andillj. ( Fojrez les Mémoires de ce dernier, t. 33, p. 3i6» « deuxième série de cette Collection.)

(') Du Hallier: François de L*Hôpitaly comte de Rosnaj» «dfOMr deHaUier et de Beine, frère de M. de Vitry. U Jfot fiût mnécUd» France en i643, sons le nom de maréchal de L'Hôpiialy •! il ■ en i66o.

ox FOirvM^T^iumBuiiM [1617] 37»

avM Guii^iauiDoiit, Sarde, Galebeaii etautrai dont ik

avoieut résolu de se servir, et leur ordonnèrent de se

trouver le lendemain au matin dans la chambre de

M. de Vitry, avec chacun un pistolet caché sous le

manteau. Âquoy n'ayant pas manqué, M. de Vitry les

envoya dans la cour, pour y demeurer jusques à ce que

le iparescbal d'Ancre vinst attendre dans la chambre

de sa femme que la Reine mère fust éveillée, ainsy qu'il

avoit accoutumé; faisant en mesme temps tenir un

des gardes du Roy à la porte du Louvre pour voir

quand il sortiroit de chez luy , et luy venir dire à celle

^ du.grand cabinet du Roy, où il seroit.

^ Sur les dix heures le garde estant venu, M. de Vitry

^ &'ea alla; et prenant en passant tous ceux qui Tatten-

3 Soient dans la cour, fist telle diligence qu'il trouva en*

a oore le mareschal sur le pont. Mais comme il estoît

^i brt emporté, il seroit passe sans le voir, sy M. Du

^ Hallier, qui marchoit après luy , ne luy eust dit : a Mon

. f « fnre, voilà M. le mareschal. d Sur quoy se tour-

^. ovit, et demandant : a Où est-il ?n Guichaumont rea«

g^ pûodit^ et dit : « Tenés, le voilà;» et tirant son pis*

Met, luy donna le pl-emier coup; Quelques autres

tirèrent aussy; mais on a tousjours creu que c'estoit

Giâcbaïunont qui Tavoit tué, estant tombé dès qu'il

l'eust frappé.

^ De plus de trente gentilshommes qui Taccompa-

1^ ffàoieai, aucun d'eux ne mist Tespée à la main que

Saint-George, qui a esté despuis capitaine des gardes

dM cardinal da Richelieu. Mais voyant que tous les au*

^ très l'abandonnoient et ne songeoient qu'à se sauver,

j) a^ reijura enfin comme eux. Lorsqu'ils fqrent tous

sortis, M. de Vitry fist fermer la porte; et ayant fait

Sjfi ['^^7] MEMOIRES

mettre le corps dans une petite chambre prodie dit corps de garde, il alla trouver le Roy.

Le bruit des coups aVoit mis M. de Luynes en de grandes inquiétudes, dont enfin le colonel d'Omane, qui prenoit garde comme cela se passeroit, pour en donner le premier avi^, le tira, estant venu dire au Roy : «Sire, à ceste heure vous estes roy; car le ma- « reschal d'Ancre est mort. » Se souvenant sans doute de ce que le roy Henry m avoit dit à la Reine sa mère après la mort de M. de Guyse, et en faisant fort mal à propos la comparaison , le mareschal d'Ancre n'estant, ny en sa personne ny en ses desseins, comparable k M. de Guyse.

Bientost après il en arriva d'autres qui en firent une relation plus particulière, et dirent que «M. de Vitry ne se trouvant pas en estât de le pouvoir arrester, à cause qu'il estoit fort accompagné et se fust peu deffendre, il avoit esté contraint de le tuer; surquoy M. de Luynes et tous ceux qui estoient présents ayant commencé h parler, il n'y eust sorte d'artifice dont ils n'usassent pour faire que le Roy approuvast ce qui s'estoit fait. De sorte qu'il n'est pas estrange sy à son âge, et au peu d'expérience et de connoissance qu'il avoit, il se laissa emporter à tout ce qu'on luy dit , et ne se souvint point qu'il ne vouloit pas qu'on le tuast, croyant qu'il ne s'estoit pas peu faire autrement.

Il donna à l'heure mesme la despouilie du mareschal, tant de ses biens que de ses charges, à M. de Luynes, excepté le chasteau deCaen,qui fust rendu au grand prieur de Vendosme, la récompense n'en ayant este donnée qu'à M. de ^ellefons, son lieutenant. Mais

DX TOKTEHJLTt-UihSVtL. [1617] 3^^

ptnxque la porte du cabinet des oiseaux , où cstoit le Bûï, ne s'esloil encore oiiverle (lu'à fort peu de pertonoes, et que toute la cour estoît pleiue de gens cjtii dKDUMiowm à le voir, il dc^endist dans la grande llllef et se montrant par une fenestre, lus renitrcia de leur bonne Tolonlé.

Ce fust sur ce lemp là que M. de Vilry, reiilrant dans là cour, s'avança jusque» sous ceste fenestre IVspte à la main, criant au Roy qu'il n'avoit plus qu'à se nsjouir, puisqu'il estoil le niaistrc;et s'en alla ensuite cbei la Reine mère pour désanner ses gardes, et en nettre de ceux du Roy en leur place.

Le inaresclial d'Ancre mort, il fallust penser à ta

Bàne mère; et d'autant que M. de Luyues, pour faire

ibns ce coRimencemcnt quelque clioiie de spécieux et

iipi tuy donnast bon bruît, avoit résolu de rappeler

ks vieux ministres, et M. Du Vair niesroe pour luy

mdre tes sceaux, il envoya tout-à-I'Iicure ctiez nics-

Âurs de Villeroy et président Jeaunin, lesquels, pour

«tre tombes plus doucemeot que les autres, n'estoient -

foiat sortis de Paris, afin d'avoir leur avis , cl de pou-

?0!r rcjclter sur eux tout ce qui se feroit contre elle,

doutant point qu'en ayant esté sy multrailés après

is les services qu'ils luy avoient rcndui^, iU n'en-

stent dans tous ses sentiments, et ne voulussent

mssy bien que luy la tenir eslongnée et sans crédit,

Msy qu'il arriva, ayant tous deux approuvé qu'on l'en-

Toyast à Blois, et que cependant personne de suspect

K la TÎst , ny inesine le Hoy, que pour luy dire adieu ,

•t sans entrer en matière.

- On manda aussy au mesme temps à M. Maugol de

37S [l^I?] M1&MOIKB8

rapporter les sceaux; à M. de Luçon, de

dans son logis; et on donna des gardes à la mannschile

d'Ancre, à son fils, et à Barbin.

Cependant la Reine, qu^on n'avoit osé éveiller quiod il en eust esté besoin pour empescher œ qui a'alkit faire, le fust pour apprendre ce qui s'estoit fiût; qw ses portes estoient tellement gardées qu^on ne poufoit quasy entrer pour les choses nécessaires à son serfioi^ et que tous ses gardes avoient esté désarmés : sur qaoy se trouvant seule et sans secours, elle fiisl Uènenh peschée. Néanmoins, faisant de nécessité vertu, elle « montra fort constante; et sans rien rabattre de sa g»' vite ordinaire, respondit au colonel d'Omane, qui kqf alla dire le résultat du conseil, et qu'il falloit aHeri Blois : Qu'elle estoit bien faschée de n'avoir sceu plusM que le niareschal d'Ancre ne plaisoit pas au Roy, par» qu'elle se seroit volontiers portée à tout ce qu'il turoil |I voulu, sans qu'il cust esté besoin de répandre du aaa^ ny de faire aucune violence; que du reste rien ne h touchoit que d'estre privée de voir le Roy, protesliil que pourveu qu'on ne luy ostast point ceste eonsob' tion, elle se soumettroit de bon cœur à tout le raie; mais qu'elle ne se résoudroit jamais à le quitter.

Quelque temps auparavant elle avoit esté averiisà la mauvaise volonté du Roy pour le mareschal d^Anai et qu'elle y devoit prendre garde. A quoy trouvait il l'apparence, à cause de la grande affection qa*il avril pour M. de Luynes , et de la manière dont le mareKU vivoit avec luy, ne le voyant jamais, elle en parkai mareschal , et luy dist qu'ayant assés de biens et dTMNh neurs, il falloit qu'il pensast à se retirer; et cfue sV nEtendoit d'y eslre forcé, il ne luy seroit ny sy seuraj

DE VONTBNAT-MABSUIL. [1617] 379

sy honneste : mais il s'en mocqua ^ l'assurant qu*il con** noissoit assés bien le Roy pour n'en estre pas en peine. Ce dont M. de Luynes ayant esté aussytost averty, il fust conseillé (craignant qu'elle n'en parlast au Roy pour en sçavoir la vérité, et qu'en luy promettant de Tester, et de l'envoyer hors de France s'il en estoit besoin, elle ne le contentast, et, demeurant bien avec luy, Tempeschast d'avoir toute l'autorité qu'il espéroit, et ne rompist ses mesures) de luy faire donner le mcsme avis par un autre, et de luy dire de plus qu'on en pourroit descouvrir davantage, et l'en avertir, pourveu qu'elle eust patience, et ne fist point d'esclat. Un de ceux mesme qui estoient de ce conseil et que je neveux pas nommer, ayant quelque accès auprès d'elle, en prist la commission, et s'en acquitta sy bien qu'elle le creust, et n'en parla point.

Mais elle en pouvoit vraysemblablement avoir un autre avis bien plus exprès que celuy-là, et assés à temps encore pour y remédier, sy ses femmes de chambre l'eussent permis : qui fust que plus de deux heures de^ Tant que le mareschal d'Ancre sortist de son logis, un inconnu, et qu'on n'a point reveu despuis, leur demanda de le faire parler à la Reine pour une affaire qui pressoit, et qui luy importoit extrêmement. A quoy ^es respondirent qu'elle dormoit, et que s'il vouloit attendre ou revenir sur les unzeCO, qu'elle pourroit estre éveillée; qu'on leferoit entrer. Mais luy répliquant qu'il ne seroit plus temps, et qu'elles s'en repentiroient, il eust pour toute response qu'elles n'oseroient l'éveiller, cela leur estant expi^essement deffendu ; craignant sans doute que sy elle ne dormoit pas assés, elle eust mauvais

(> ) Les unie : Ëxpreifion italienne, pour on%9 heurts.

38o ['^'7] HBMoimss

visage et parust moins belle, estant assés ordinaire au

dames de sacrifier toutes choses pour leur beauté.

Les feux de joye qui se firent par toute la ville^aussytost que la nuit fust venue, montrant que raversioo du peuple contre le mareschal d'Ancre n'estoit- pas morte avec luy, et qu'il pouvoity avoir du désordres} on l'enterroit publiquement, furent cause qu'on attendist bien avant dans la nuit , afin qu'on ne le vist point, et que personne ne sceust oii on Tauroit mis.

Mais le lendemain, après que le Roy, que M. de Luyncs fist aller à la messe aux Grands- Augustius pour se montrer et voir la joye que tout le monde testnoîgnoit , fust revenu , quelqu'un ayant descouvert qu'il estoit dans l'église Saint-Germain (0,ct sous les orgues, fust l'y chercher; et il s'y assembla en moins de rica tant de gens, que, les chanoines n'en estant pas les maistres, ils le déterrèrent, et le traisnerent par tous les quartiers de la ville; et s'arrestant enfin devant son logis du faubourg Saint-Germain , y firent un grand feu, et le mirent dedans pour estre bruslé : mais parceqoe cela n'alloit pas assés viste à leur gré, ils le retirèrent, et le traisnant encore par les rues, le jet tarent enfis dans la rivière, au bout du Pont-Neuf.

Voilà quelle fust la fin du mareschal d'Ancre, le* quel d'une condition fort basse estoit monté aux [JiB grands honneurs de l'Estat, et s'y seroit conservé, «t T dans tous les biens qu'il a voit acquis, s'il se fust modéré, et n'eust pas voulu gouverner tout seul. Car, outre que despuis qu'il commença à s'attribuer toute l'autorité on ne vist que du désordre, la réputatioi des vieux ministres, qu'eufm il chassa, estoit telle, que

(*) L'égUie Saint'Germain : Saiot-Germain-rAuxerrois.

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