DE PONT£K\T-MAR£UIL
iste sy grande haioe que quelques uns luy portoient sja devint après quasy universelle; d'où M. de Luynes •a principalement le prétexte de ses desseins contre y, et la hardiesse de les exécuter.
Beaucoup de gens le blasmerent, non d'avoir osté marcschal d'Ancre pour se mettre en sa place et vouir gouverner, puisqu'il le pouvoit (ce qui est assez iturel), mais de la manière qu'il le fist, trouvant fort redire qu'il «ust fait commencer un jeune prince par sspandre du sang, et toucher en quelque sorte à Thonleur de sa mère; estant très certain que cela fist dire les choses lesquelles, quoyque très fausses, furent pourtant creues de la pluspart de ceux qui ne la connoissoient point. Et ils demandoient pourquoy il ne l'avoit pas mis entre les mains de la justice pour luy Élire son procès par les formes, n'y voyant aucun péri! njdu costé du peuple, dont il estoit mortellement hay, ny du parlement, qui l'auroit bien plus facilement condamné que sa femme, ny du Roy, qui s'estoit montré josques là trop ferme pour changer, ny enfin de la Reine mère, qu'il pouvoit tenir eslongnée aussy bien fall fist, et qui outre cela n'avoit pas un esprit propre regagner sy tost le Roy. Mais luy, qui regardoit plus ses interests particuliers qu'à ceux de son maistre, mime font tous les favoris, ne voulant rien bazarder, •îst la voye la plus courte pour s'en deslivrer tout un coup, et la plus désobligeante pour la Reine mère, in que le Roy, croyant qu'elle ne luy pardonneroit nnais , se portast de luy-mesme à s'en séparer, et à la nir eslongnée.
Plusieurs personnes ont dit, et avec grande appartce, que sy son entreprise eust manqué ce jour là,
38s ['^'7] MEMOIBES
bien qu'elle o'eust pas esté descouverte ^ quH eAok résolu de mener le Roy à Amboise, et qu^îl j aral do chevaux tous prests pour cela dans la cour dei coiiÎMi, ne pouvant plus vivre dans les inquiétudes ou il estait. Mais il s'en est fort deflenâu, et avec raison , n'esliot pas chose à avouer, et d'autant plus honteuse que l'ete^ uement a montré qu'il n'cust pas esté nécessaire, po» vaut tout entreprendre contre le mareschal d'Ancfed contre la Reine, à cause de luy, à Paris comme aillems; et qu'en se déclarant son ennemy, tous endroits luy citoient également seurs.
Sy la mort du maresclial d'Ancre donna beanoûop de joye a toute la France, on n'en eust pas moins di retour de messieurs le chancelier Yilleroy et le pnident Jeannin, chacun croyant que,- se reprenant Fmtienne manière de gouverner, on suivroit les nrila maximes, personne ne s'imaginant que M. de Luyatif quoique crédit qu'il eust auprès du Roy, en vodnit tellement abuser que de se charger tout seul d*un bt' deau aussy pesant que le gouvernement d'un Estât, ^ ayant mesnie l'exemple du mareschal d'Ancre, qui 1^ Ij uoit.d'y escliouer. Mais on vist bientost le contlrake: car, bien qu'il n'eust jamais entendu parler d'affùcit ny veu autre chose que des chiens et des oiseaux, iA il avoit tiré tout son avancement, ne connoissantij le dedans ny le dehors du royaume, il en prist néti* moins le gouvernail avec autant de hardiesse que A n'eust jamais fait d'autre métier, traitant avec les MÊt bassadeurs, escoutant les grands et les petits, ot ricBH se faisant que par ses ordres. Et ne faut pas s'imaginir qu'il l'entreprist sur l'assurance d'estre aidé des viw ministres, et qu'ils en auroient toute la direction et hf
DB Por<Tr.MAv-MinEttiL. 'ifirj] ,183
t'hooncur; car ]Mo(lrij<r t-t DiMgiiiul, ses pnacijiGux confidents, et qui n'en sçavok-nt pus plus que tuy, esloicDt ceux av<H: qui il preiiuit li's résolulîous, les attires luy servant plustost tic couverture que de guide.
Or œ IX-agvaiil estoit un stfcrelairc Uu Itoy(>), qui ne tnaii((uoit pas d'esprit, et qui nvoit eu la principale part daoii tout ce qui s'estoit fait contre le niaresclial d Ancre, et Modene (*J un gentdliomnic de Daupbioé, parent de M. de Ltiyncâ, et qui avoît esté longletnpt domestique de M. d'iLsdi gui ères; tous dcu.x, aussy bien que M. de Luyncs, sans expérience uy connoissance des affaires, publiques. Regardez ce qu'on en devoil at- Leodre ! Et cependant Dieu pertnisi , aiin que toute la gloire iuy en fust donnée, et piucequ'il parlageoit auasy nu doute l'iniioccnre du Roy, ipie plusieurs cbose» <]o'îU firent, tunl eu France qu'en Ailcmague, fort mal -à propos, ce sembloit, et contre toute raison, n'ont pu laisié de bien réussir, et d'estrc sy à l'avantage du Roy qu'elle» ont servy de principal acbeinincment à tout ce ((ui s'est fait despuis de plus considérable.
Quant au ftoy, il n'avoit aucun vice, non pas mesme ceux ausquels tes jeunes gens sont les plus subjccts, Criant sj réglé en toutes ses actions qu'outre qu'il prioit Dieu Aoir et matin, et alloit tous les jours à la messe, il ea enleiidoit mesme les Testes et dimanches une grande,
>M Srer^iaira du Boy : Ciuiicard Drageant fui rrçu trciYliiire du Roi \r iS drocRibre rAin, et il rétigna cctlF cturgc le i(< août i6!l4. 1*'s^««rBiuoitTchT<>nalogiqii« jc lachanc^lIerieileFriiirc, parTe*- «tnas. I. 1 , p. 3i ■ et 38S. ] — (•) Modcat : £*pri( de naynood de Uorînoiroai . députa coinle de Modene. Il accompagna en xfii,~ le duc drGH>« d«ii* ion eip^dLlion avenluiruM dcNapte», et II en a lauaé uir r^-laliôn, qai eii ileveniie r*re. Il D'rioiipoini do Dau|ihbé, maia Jb oomtal d'ATtguoD. -.. „. .. --,
et Tcsprcs, et oyoit le sermon toutes les fois qu'il $Vi disoit. Après quoy il donnoit à ses affaires tout le tmpi qu'il falloit; de telle sorte qu'on l'a souYent ^ea revenir de la chasse, qui estoit son plus grand divertiaement , sy l'heure qu'il avoit prise pour le oonseil arrivoit devaut qu'elle fust achevée; traitant oday-cy comme le principal, et l'autre comme l'acoessoiR; voulant tousjours, quelque jetine qu'il fust, que les affaires allassent bien , et n'y ayant rien de plus capabii de maintenir ou de ruiner un homme dans son espri^ sinon que ses conseils eussent de bons ou de maufiii événements, ainsy qu'il se verra cy-après.
Outre cela, il fit dès le commencement de pedls compagnies de gens de pied de tous les jeunes gOM qui l'approchoient , ausquels il faisoit faire Texeraee à la mode de Hollande, et les met toit quelquefois doij des forts faits exprès, ou les mcnoit à la campagne povj y combattre les uns contre les autres, et apprendreci| qui se fait dans les sièges et dans les batailles; premlj un tel plaisir de parler de la guerre et de s'en fiirej instruire, qu'il se rendist enfin très propre poorks grandes choses ausquelles Dieu le destinoit. De forti qu'on ne le peust véritablement blasmer que d'i laissé prendre trop d'autorité à ses faVoris; mais il en a tousjours eu des moins mauvais , aussy ce^j faut a-t-il esté plus supportable en luy qu'en tons b{ autres princes que j'ay vcus.
Dès que M. du Maine eust appris la mort du reschal d'Ancre, il envoya assurer le Roy de son ob(ii-|l^ sance, et s'en alla le trouver aussytost qu'il eust le comte d'Auvergne entre la ville et les quartieaj de l'armée. M. de Longueviile, qui selon sa proi
DB PONTBNAT-MAREUIL. [1617] 385
orsqu'il cust le chastcau de Ham, estoit demeuré sans e mesler de rien, y arriva quasy au mesme temps; et lientost après il espousa mademoiselle de Soissons, œur aisiiée de M. le comte.
Despuis que le colonel d'OiTiane eust dit à la Reine ncre qu'il falloit aller à Blois, et qu'il eust apporté a response et la résistance qu'elle y faisoit, il y reouma plusieurs fois pour essayer de l'y disposer ; mais :e fust tousjours en vain , tant elle y avoit d'aversion. Enfin pourtant M. de Luynes luy en ayant parlé, elle Cj résolust, croyant par ceste déférence l'adoucir, et Tobliger à rendre son exil plus court et plus supportable.
Ayant donc pris jour de partir au quatrième demay, tt le Roy luy estant allé dire adieu, et luy donner de grandes e3pérances que leur séparation ne seroit pas longue, elle s'cmpescha bien de pleurer tant qu'il luy parla; mais quand en prenant congé il vint à la baiser, il n'y eust plus moyen de s'en empescher, et elle fondbt quasy toute en larmes; de sorte que de peur que cela ne le touchast trop, on l'emmena promptement.
M. de La Curée fust commandé de l'accompagner jusques à Blois , et de luy faire rendre partout l'honneur qui luy estoit deu. Messieurs de Vendosme , de Kevers et du Maine arrivèrent bien à Paris devant qu'elle en partist; mais ils ne la virent point. Ils furent receus du Roy et de M. de Luynes comme s'ils n'euslent jamais fait la guerre.
La coutume de tous les favoris estant de ne vouloir auprès de leurs maistres personne qui leur puisse donner ombrage, M. de Luynes osta le père Cotton, confesseur du Roy , lequel despuis le restablisscment des 5o. a5
38tf ['^'7] MÉMOIRES
jésuistes Tavoit tousjours esté de Henry-lè-Grand et dr luy, et l'estoit aussy de la Reine mère, et creu fort despendant d'elle; et il mist en sa place le père Âmoux, ausfty jésuiste, et qui avoit acquis une grande réputation panny les prédicateurs de ceste année là.
Or, ce bon perc voyant M. de Luynes fort touché de Testât auquel Dieu I avoit mis, et des obligatîoiis qu'il luy avoit, l'exhaussa encore de telle sorte dans ses ressentiments , qu'il luy fist faire vœu de travailler à la ruine des huguenots tout autant qu*il pourroit, H jusques à leur faire la guerre s'il en trouvoit Foccasioa; de quoy il se servist bien despuis pour faire résoudrr celle qui leur fust faite.
M. de Bi^evesCO, gouverneur de Monsieur; dUeurle, premier valet de chambre du Roy; sa nourrice, première femme de chambre de la Reine, et tous eeni qu'on croyoit avoir quelque attachement à la Rciae mère ou au mareschal d'Ancre, furent aussy congédia; et il n'y eust que M. de Bliuville qui s'en sauva, soit parceque M. de Luynes ayant eu, par la mort du nureschal d'Ancre, la lieutenance de roy de Normandie, et craignant dans ce commencement plus qu'il ne d^ voit, il eust peur de désobKger le président de Ba* nieres et quelques autres du parlement de Rouen, I6 intimes amis, et qui respondolent de luy; ou bien que,
(0 BÊ. de Brèves : François Savary, seigoear de BrèTes, numphà Maulevrier, etc., avoit été nomme à la charge de gouTcmeiir de Moa* sieur en juillet i6i5. On a de lui un Discours sur la remite qa*3ft au Roi de la personne de monseigneur le duc d*Orlëaiia , que Fcbor dance des matériaux n*a pas permis d'iûsérer dans ceife collecMi et BlémoireSy quoiqu'il en eût été très-digne. Feu M. Petitot ea a êhi usage dans sa Notice sur Gaston, duc d'Orléans , t. 3i, p. 6» deaxièat série. ( Voyez les Mémoires de l'abhé d'Aï tigny, t. 4 , p. 345. }
DX POITTBIfÀT-MAR£UIL. [1617] 887
cachant homme de grand esprit et fort propre pour :our, il creust qu'il luy seroit nécessaire : tant y a i , le distinguant de tous les autres , il le fist demeu- , et, ouhliant tout le passé, le favorisa enBn davane que n*avo!t fait le mareschal d'Ancre. Et ce qui est plus à remarquer, c'est qu'au mesme ips qu'il traita sy bien cehiy-là, qu'il avoit tousjours ;ardé comme un de ses plus grands ennemis , il oua tous ses anciens amis : je ne diray pas Giles , de îtz, La Chainée et autres, qu'il considéra fort peu, lis Sauveterre, auquel il dcvoit presque toute sa forle; s'estant contente de le faire revenir et rentrer ns sa charge , et ne luy ayant pas fait donner celle
premier valet de chambre, qu'on osta à d'Heurle, • i estoit de sa portée, et qu'eust Galebeau, simple let de chambre , et qui n'a voit servy qu'à la mort du ireschal d'Ancre, comme plusieurs autres. Quant au comte Du Lude, n'osant pas sans doute f manquer tout-à-fait parcequecela auroit fait trop
bruit ( personne quasy n'ignorant qu'après sa sortie
page de la chambre il l'avoit retiré chez luy, où il toit longtemps demeuré comme domestique, et son ;rc de Brantes page et puis escuyer), il luy fist don- ^
r le gouvernement de Monsieur, qu'on osta à M. de *
•eves, et despuis ne fist plus rien pour luy : car pour
brevet de duc, il ne le faut point compter, l'ayant ndu inutile en ne le faisant pas passer avec luy mme il luy avoit promis. Tant il est vray que leshonturs changent les mœurs, sy ce n'est qu'on veuille re que les hommes estant nécessités pour les acquér de jouer divers personnages , ils ne changent pas nt quand ils y sont parvenus, comme ils rentrent