I.S* vieavoit esté meslée d'une infinité de bonnes ci
inrattes aventures; car estant jeune, le roy Henrv
I raiaia fort, cl H s'acquist une grande reput»'
'• ^aj^tt le Mrrcnrc hiin^nu, t î, jj. »îî.
s4o [t0l4] M^MOIABS
tion de valeur et de capacité dans toutes les guerres oii il se trouva, et particulièrement à la bataille de Dreux, oïl voyant le connestable son père, qui commandoit l'armée du Roy, deffait et pris, il chargea sy rudcmeot Tescadron où estoit le prince de Condé, que l'ayant rompu, il le prist aussy prisonnier. Sur la fin du règne de Charles ix, et durant celuy de Henry troisième, messieurs de Guise, qui avoient tousjours esté ennemis de sa maison, et s'en estoient encore plus ouvertement déclarés despuis la mort du connestable , le firent tint persécuter, aussy bien que le duc de Montmorency soi frère aisné , que pour se garantir il s'allia des huguenots , et fnst contraint de leur donner de grands avantages dans le Languedoc, comme entre autres la ville de Montpellier. Mais les choses s'estant changées par Tavenement du roy Hcnry-le-Grand à la couronne, qnî l'avoit tousjours aymé, il fust enfin fait connestable.
Il est certain qu'il estoit plus honoré et respecte qu'homme de France, excepté les princes du sang; et que le roy Henry-le-Grand le consideroit sy fort, que se couvrant devant luy, comme faisoit son père, qui estoit aussy connestable, devant tous les roys sous Ics^ quels il avoit vescu , il ne voulust jamais Ten empescher, quoyquc la coutume en fust passée , mesme pour les princes du sang, tant il avoit peur de le fascher; ft il est vray aussy qu'il ne le faisoit pas quand quelqu'un de ces princes là, ou autres grands comme luy, y estoient. Il parvint jusques à une extrême vieillesse, ayant plus de quatre-vingt-quatre ans quand il mourust; et laissa de sa première femme, de la maison de La Marck, mesdames d'Angoulesme et de Ventadour; et de la seconde, (le celle de Portes, madame la princesse et
DB FONTBNÀY-MÀBEUIL. [l6l4] a4l
M. de Montmorency. Sa charge de connestable fust supprimée; mais M^ de Montmorency avoit ia survivance du gouvernement de Languedoc.
Ensuite de Tarresté fait par M. de Thou avec M. le prince, M. de Yentadour et messieurs de Thou, Jeannin, de Boissise et de Bullion allèrent le trouver à Soissous. Ses demandes furent du commencement fort grandes, voulant tout ce que portoit son manifeste; mais enfin il se réduisist à la convocation des Estats généraux, le retardement des mariages, le gouvernement d'Amboise pour luy, celuy de Mezieres pour M. de Nevers, quelque argent pour ses amis, et le licentiement des troupes nouvellement levées*
Sur quoy il se fist plusieurs allées et venues, se con* testant principalement sur Amboise-et sur Mezieres; ceux du conseil, qui sça voient les anciennes maximes et les snivoient, ne voulant point qu'on donnast de places fortes pendant la minorité aux princes du sang, ny mesme aux grands, de peur qu'ils n'en abusassent. On ne vouloit point non plus promettre le retardement des mariages , parceque M. le prince y avoit consenty et ne le demandoit que pour complaire aux huguenots et les attacher à luy, et discréditer le Roy parmy les estrangers : ce qui pouvoit estre de dangereuse conséquence.
De sorte que la négociation tirant de longue, toutes les nouvelles levées eurent le temps d'arriver, et de se trouver au rendez-vous. Ce fust lors que les mesmes, qui avoient du commencement conseillé de suivre M. le prince, vouloient encore qu'on menast le Roy à ce rendez- vous, pour aller après à Sainte- Menehoud en oster le gouverneur, qui estoit à M. de Nevers, et de 5o. i6
a4d [l6l4] MÉMOIRES
là à Rhetel , bien assurés que ces deux places ne tiendroient point: la première, parceque le peuple cttoit pour le Roy, et que le chasteau ne valoit rien du oosté de la ville ; et la seconde , parcequ'elle estoit en plusieurs lieux sans fortifications. AprèsquoyM. le prinn voyant le Roy sy proche de luy, et que n'ayant enooR que deux ou trois mille hommes tout au plus, mal armés et mal aguerris, il n*oseroit pas se mettre en campagne, il n'auroit point d'autre party à prendre que de s'enfermer dans quelque place, sortir du renoms, ou aller en Poitou mendier l'assistance des huguenots: ce qui luy seroit quasy également désavantageux, n'ayant point de ville en sa disposition qui ne peost estre bientost prise , et ne devant rien attendre da estrangers , non plus que des huguenots , qui avoieat montré jusques là ne demander que la paix. Joint que quand ils auroient esté en autre disposition devant qu'on les eust peu faire assembler (car ils ne se seroient jamais déclarés sans cela), ses partisans, n'ayant p» de quoy deffendre leurs places, auroient bien mieux aimé s'accommoder que de les perdre; de sorte qu'il seroit demeuré tout seul , et entre les mains des huguenots : ce qu'on sçavoit bien qu'il ne vouloit pas.
Mais les plus timides (dont on disoit le chancelier de Sillery estre le chef, comme M. de Villeroy et le président Jeannin de ceux qui donnoient les conseils hardis) s'y opposant encore; pendant qu'on consultok sy on le feroit ou non, M. le prince voyant les Suisses arrivés , et craignant que tous ces traités ne fussent que pour l'amuser, et le prendre au despourveu dans Soissons, en partist, y laissant messieurs du Maine et de Bouillon avec tout ce qu'il avoit de gens de guerre, et
DB FONTBNAT-MABSUIL. [l6f 4] ^43
prist le chemin de Vitry, dont il pensoit se pouY(Mr saisir.
Or il luy eust esté fort aisé , sy le régiment de Vaubécourt n*y fust arrivé un jour plus tost que luy : ce qui le fist aller à Sainte-Menekoud, où M. deNevers se trouva aussy, avec quelque peu d'infanterie qu'il avoit assemblée despuis que M. le prince estoit allé à Soissons. Le peuple, qui estoit bien intentionné, vouloit obéir aux ordres du Roy, et ne le point recevoir : mais n'ayant point de dief , ny d'espérance d'estre secourus, et le gouverneur, assisté de quelques habitants qui despendoient de M. de Nevers à cause qu'il en avoit le domaiue, leur faisant peur du pillage, ils luy ouvrirent enfin les portes.
Geste prise, quoyque de petite conséquence, rendist néanmoins M. le prince beaucoup plus fier; mais la Reine ne s'estonna ny ne fleschist pas pour cela. De sorte que toute espérance d'accommodement estant quasy perdue, on proposa de mettre l'armée en campagne, et de la donner à M. de Guise. Mais comme sy toutes choses eussent conspiré pour sauver M. le prince (car il n'estoit point encore en estât de se deffeodre), on n'eust pas plustost entendu nommer M. de Guise, que diverses personnes avertirent la Reine qu'on en murmuroit fort dans la cour et dans la ville; plusieurs, et des plus zélés au service du Roy, le croyant dangereux, et que ce seroit un moyen pour luy faire reprendre les mesmes avantages que ses prédécesseurs a voient eu dans les règnes passés, et relever une faction quasy assoupie, et qui avoit failly à ruiner le royaume et despouiller la race royale. De sorte que la Reine n'osant pas aussy faire d'autre général, de peur de l'of-
a44 [l6l4] MiMOIRES
feoser, il fallust qu'elle perdbt encore une OGcanon de ruiner tous les desseins de M. le prince, qui ne se peust pas après retrouver, et qu'elle essayast de rengager le traité, envoyant de Vignier, maistre des requestes^qui despendoit fort de luy, pour sçavoir sa dernière résolution , qui rapporta que sy on vouloit que les desputés allassent à Rhetel , que M. le prince s'y trouveroit A quoy ne s'estant point fait de difficulté, on leur en eovoya Tordre. Mais devant qu'ils y fussent arrivés, il demanda que ce fust à Sainte-Menehoud : ce qu'oo accorda aussy.
Les desputës estant arrivés, la négociation recommença avec plus de chaleur qu'auparavant du costé de la Reine, à cause de la peine où elle se trou voit par les différents avis qu'on luy donnoit, et les obstado qu'elle rencontroit à tout ce qui se devoit faire, joint qu'elle ne sçavoit à qui donner l'armée]; et de celuy de M. le prince, parceque toutes choses luy manquoient, et qu'il ne voyoit point d'où il luy pouvoit venir do secours. De sorte que s'estant trouvé des temperamments aux choses les plus difficiles, le traité fut enfin conda aux conditions suivantes :
Que les Estais généraux seroient assemblés dans h ville de Sens, en la manière accoutumée, le vingt-cinquième du mois d'aoust, et qu'ils y pourroient faire avec liberté toutes les propositions et remonstrances qu'ils jugeroient raisonnables et nécessaires pour le service du Boy, afin qu'avec l'avis des princes du sang et des grands du royaume on peust réformer les desordres qui s'estoicnt introduits dans l'Estat despais la mort du Roy, et y donner un bon règlement; que \es mariages d'Espagne ne se feroient qu'après en avoir eu
DE fo?(tsnâTtmarbuil. [i6i4] 34s
l'avis des Estais et des plus grands du royaume; que la citadelle de Mezieres seroit démantelée; que le fort dç Blavet seroit démoly , sans qu'il y peust rester aucune garnison; que le chasteau d'Amboise seroit donné à M. le prince, jusques à la tenue des Estats; que M. de Yendosme seroit remis dans son gouvernement, et que le fonds accordé par les Estats de Bretagne pour ses gardes luy seroit conservé; que la garnison que le feu Roy avoit promise pour Beslisle et pour Machecoul y seroit continuée durant quatre ans; qu'on payeroit cent hommes d'extraordinaire dans Mezieres, et deux cents dans Soissons, jusques après la tenue des Estats; que le Roy donneroit cent cinquante mille escus à M. le prince pour estre despartis à ceux qui l'avoient suivy; qu'ils seroient tous remis dans leurs biens et dans leurs charges ; qu'on donneroit la survivance du gouvernement de Champagne au fils aisné de M. de Nevers; que les troupes nouvellement levées seroient licenciées douze jours après la signature du traité; avec quelques autres choses de moindre importance. Fait à Sainte- Menehoud le i5 de mai i6i4 (')•
Voilà l'issue qu'eust le premier mouvement de M. le prince, qui se termina plus tost qu'on n'a voit pensé, parcequ'outre les raisons que j'en ai desja dites, luy et ceux qui le conseilloient creurent parvenir plus aisément à leurs fins, qui estoient principalement d'oster toute autorité à la Reine par le moyen des Estats généraux plus tost que par la guerre; mais que quand cela leur manqueroit, ils la pourroient après cela recom-
(<} Le traité de Sainte-Menehonld est imprimé dans le Mercure firan- <îois,t. 3, p. 297.
a4B [l6l4] MÉMOIRES
mencer avec bien plus d'avantage, estant mieux finirnis d'ai^nt; car ils estoient bien résolus de ne partir pas une autre fois de Paris sans prendre tout oduy qu'ils trouveroient à emprunter, fortifiés de deux places fort considérables, la citadelle de Mezieres devant, par un article secret, demeurer à M. de Nevers sans estre risée, et ayant fait voir la seuretë qu'il y avoit de s'engager avec eux, par où ils espéroient de pouvoir per* suader aux huguenots de le faire.
M. d'Escures avoit, peu de temps auparavant, par commandement de la Reine, acheté le gouvernement d'Amboise de M. de Gast, en qui on ne se fioit pas, et qui fust bien aise d'en tirer cent mille escus ; mais il eust ordre de le remettre entre les mains de M. k prince, et son argent luy fust rendu;
Aussytost que le traité eust esté signé, M. de Longueville et M. du Maine furent trouver la Beine, qm les receut à la mode de France, c'est-à-dire fort bien, et comme s'ils n'eussent jamais rien fait contre le Roy ny contre elle. M. le prince alla à Vallery , et messieors de Nevers et de Bouillon à Mezieres et à Sedan, protestant tous aux desputés, devant que de partir, qu'ils n'avoient point d'autre interest que celuy de l'&tat, et ne demandoient que d'y voir un bon ordre, et la paix bien establie.
Les lettres pour la convocation des Estats ayant esté scellées et envoyées de toutes parts , on eust avis que les assemblées particulières pour la nomination des desputés ne pouvoient pas estre faites au vingt-cinquième d'aoust : c'est pourquoy l'ouverture en fust remise au dixième septembre; et il fust publié , selon les tornm
DB FONTBNÀT-MARSDIL. [l6l4] 24y
accoutumées, que tous ceux qui auroîcnt des plaintes à faire les apportassent aux baillages, afin d'en charger les cahiers (0.
Toutes les choses pour Fexecution du traité ayant ensuite esté expédiées, M. le duc d'Anjou (a) et la petite Madame furent baptisés. La cérimonie s'en fist dans le Louvre par le cardinal de Bonsy, grand aumosnier de la Reine. La reine Marguerite fust marraine de Monsieur, et le cardinal de Joyeuse parrain. Elle le nomma Gaston-Jean-Baptiste; Gaston, parceque le feu Roy avoit souvent tesmoigné le désirer, en mémoire de quelques uns de ses prédécesseurs de la maison de Foix, et encore de ce grand et valeureux Gaston de Foix qui mourust à Ravenne (3); et Jean-Baptiste, parceque c'est le patron de Florence. La petite Madame fust tenue par Madame, sa sœur aisnée, et par le cardinal de La Rochefoucauld; et eust nom Henriette-Marie (4).
CO Afin d'en charger les cahiers : On lit dans le Mercure françoi* (t. 3, p. 3o4) Tordonnance da preTÔt des marchands de Paris, du 37 juin 1614 y par laquelle il fait savoir « h tous bourgeois et marchands , maistres et gardes des corps , communautés des marchan* dises , jurez des arts et mestiers , et toutes autres personnes de quelque état, qualité et condition qu'ils soient, manans et habitans de ceste ville et faubourgs, qu*ils ayent à apporter et envoyer en tonte liberté par chacun jour, en Thostel de ladite ville, les plaintes, doléances et remonstrances que bon leur semblera ; lesquelles ils pourront mettre ez mains desdits prevost des marchands et eschevins...., ou icelles mettre dans un coffre qui pour cest effect sera mis en l'hostel d*icelle ville , au grand bureau , ouvert en forme de tronc ; pour après cstre fait ouverture du coffre , et dresser un cahier desdites plaintes, doléances et remonstrances. » — {*) M. le duc d'Anjou : Gaaton-Jean-Baptiste de France, depuis duc d'Orléans. - — i^) Qui mouruse à Ravenne: Gaston de Foix , duc de Nemours, tué en poursuivant ennemi après avoir gagné la bataille de Ravennes, le jour de PAqnes I avril i5i3. — (4) Henriette-Marie : Elle épousa, le li mai l6a5, infortuné Charles i , roi d'Angleterre.
948 [l6f4] MBMOIRB8
Environ ce temps (0, le chevalier de Guise estant en un chasteau près d*Arles, nommé les Baux, un canon qu'il faisoit esprouver et auquel il voulust mettre le feu ayant crevé , un des esclats luy rompist la cuisse, dont il mourust aussytost après. Ce fut une mort bien malheureuse pour un homme d'une sy grande réputation, mais attribuée par beaucoup de gens à un jugement de Dieu, pour le sang des deux barons de Lux qu'il avoit respandu , et principalement du père, auqud il ne donna pas le loisir de mettre l'espée à la main.
De tous les partisans de M. le prince, il n'y eust que M. de Yendosme qui ne voulust point accepter le traité, fondé sur ce qu'estant cslongné, on ne pourroit pas, ce luy sembloit, aller à luy pour l'y forcer, et qu'cm auroit sy grand peur de ce qu'il faisoit faire à Blavet, qu'on luy donneroit tout ce qu'il voudroit pour l'ai sortir; ou peut-estre, comme quelques uns ont pensé, qu'il songeoit à gagner temps , pour se trouver encore armé quand les Estats se tiendroient, et en tirer de grands avantages en cas que la guerre recommençast, ou que l'autorité de la Reine fust diminuée, comme beaucoup de gens le croyoient. Surquoy on luy envoya le marquis de Cœuvres, son oncle; mais il n'en rapporta que des plaintes, comme s'il eust pi*etendu qu'on devoit de nouveau examiner ses interests , et faire un traité particulier avec luy. Ce que la Reine ne voulaot pas souffrir, elle chercha d'y remédier par des voyes ausquelles il ne s'attendoit pas (»).
Cependant il arriva un grand désordre à Poitiers, causé par les diverses cabales qui s'y faisoieut pour
(0 Environ ce temps : le premier juin 16 14- — (^) y oyez le Mercare françois, t. 3, p. 3i3.
DM FONTBirAT-MARBUIL. [l6l4] ^49
rélection du maire dont le temps s'approchoit, et que txint les serviteurs du Roy que ceux de M. le prince vouloient avoir pour eux, à cause de la grande auto* rite qu^il a parmy le peuple, et qu'il en peust quasy disposer à sa volonté.
Or le grand interest que M. le prince y avoit venoit de ce que, méditant dès lors de reprendre les armes sy, par la tenue des Estats, le gouvernement n'cstoit changé et l'autorité de la Reine rabaissée, il en auroit tiré deux forts grands avantages : le premier, d'avoir une ville de ceste qualité, et sy voisine des huguenots, qui se déclarast pour luy , cela pouvant servir d'exemple à d'autres; et le second, qu'estant sur le chemin de Bordeaux, oii il falloit aller pour faire les mariages, la Reine seroit réduite, quand elle n'y pourroit pas passer, ou à les- différer, ou, prenant des chemins destourués, les faire avec beaucoup plus de difQculté et moins de réputation.
C'est pourquoy la chose luy estant de ceste conséquence, et craignant que le party du Roy, porté par tous les gens de bien, et en particulier par l'evesque de la maison de La Rocheposay, qui y avoit beaucoup de crédit , ne prévalust, sy ses amis n'estoient puissamment assistés ; il se résolust de s'y trouver quand le temps cscherroit, et d'y envoyer cependant un de ses gentilshommes nommé Latrie, pour donner courage à ses partisans, et l'avertir de ce qu'il devroit faire à Amboise, qui n'en est pas bien eslongné, et dont il alloit pi*endre possession, luy donnant des lettres pour le corps de ville et pour quelques particuliers, où il se plaignoit extrêmement de l'evesque, et essayoit de le (lécrediter. Mais il en arriva tout autrement ; car le mal
a5o [>6i4] BiBMoimBS
retomba sur Latrie^ qu'où creust luy avoir readu cei mauvais offices. De sorte qu'ayant esté rencoatré par quelques habitants qui sortoient de garde, ik FeiUMat infailliblement tué, sans la maison du nmire, qu'il troon fort à propos pour se sauver (0.
M. le prince, qui estoit desja à Âmboise quand il eut ceste nouvelle, croyant, puisque les choses estoientà ceste extrémité, qu'il falloit se déclarer oirrertemcnt, ou n'y rien prétendre , s'y en alla ; et bien que Latrie, qu'il rencontra par le chemin, luy dist la peine qoll avoit eue à sortir, et que le peuple estant souslevé et Iwricadé, il n'y seroit point receu, il voulust néamnoiM en prendre le hasard, et s'avança jusques auprès dé la porte , laquelle luy fust refusée, comme Latrie luy ma prédit, ayant mesme esté tiré quelques coups sur oa de ses gens qui s'estoit trop approché. C'est pourqooj ne voyant nulle apparence que les choses peuiigil changer, et craignant, s'il y demeuroit davantage, d'y perdre le temps et la réputation, il se retira, envoyant à la Reine se plaindre du mauvais traitement qu'on \uj avoit fait, et luy en demander justice, puisque park traité il luy estoit permis d'aller partout oii il luy pkiroit, en accusant principalement l'evesque, et rejetait tout sur luy.
Ensuite de cela, le duc de Rouanès, gouverneur de Poitiers, et du party de M. le prince quoyque sans estre déclaré, y arriva; lequel pensaut restablir les afTairet, ordonna de poser les armes et de rompre les barricades. Mais comme on y travailloit, l'avis estant vena que M. le prince, qui vouloit voir ce que la présence de
(0 yojes les Bfémoirei de Pontchartrain , t. 17, p. 44, •érie de cette G>llectkHi.
DB FOIITENAT-MAREUIL. [l6l4] dSl
ic pourroit produire, estoit retourné; le peuple eu tellement alarmé, craignant que quand les barris n'y seroient plus, et qu'on n'y penseroit pas, on » fist entrer, qu'estant aussytost refaictes, et les es redoublées, le duc de Kouanès auroit esté mesme maltraité, s'il ne se fust retiré dans levescbé, où aire luy fist dire qu'encore qu'il fust gouverneur L ville, la Reine ayant néanmoins chargé l'evesque y d'en prendre soin et d'en respondre, il luy falloit louvelles lettres du Roy pour y estre reconnu et '; et qu'en attendant il feroit mieux de s'en aller, me il fist, laissant ceux de la ville en de grandes *éhensions, voyant M. le prince autour d'eux, avec icoup de noblesse qui l'cstoit venu voir. Dûtes ces nouvelles ayant esté portées à la Reine, ne Youloit point de querelle, elle envoya M. du ne pour assurer M. le prince de sa bonne volonté, u'elle feroit exécuter ponctuellement ce qui luy avoit
promis, offrant mesnic de faire venir l'evesque et laire pour rendre compte de ce qu'ils avoient fait. s ce n'estoit pas ce que cherchoit M. le prince; c'est rquoy il y respondit fort froidement : de sorte que leVendosme d'un autre costé, tesmoignant aussy
ouvertement qu'il ne désarmeroit point sy on ne lit un nouveau traité avec luy, par lequel sa condi-
fust amendée et ses intérests plus considérés, la le fust conseillée (et s'y resolust) d'aller sur les c, et d'y mener le Roy, pour y donner ordre. Ils irent donc le 5 juillet, et prirent le chemin d'Or^ s, où, parceque le Roy n'y avoit point encore esté, uy fist une entrée , comme dans toutes les autres !S où il fust despuis.
252 [il6l4] MÉMOIHSS
Estant à Blois, la Reine receul d^ lettres de M. da Maine, qui portoient que M. le {krinoe estiMt fort satisfait de ce qu'il luy avoit dit de sa part; qu'il ne demandoit rien davantage; et qu'appréhendant mesme que son séjour en Poitou peust donner de Tombrage, il s'estoit résolu de congédier tout ce qui estoit auprès de luy, et de retourner à Châteauroux. Ce qui fiist un effet du voyage, et fort avantageux, estant bien oertain que tant que le Roy seroit demeuré à Paris, M. le prince n'auroit point quitté le Poitou; et qu'encore qu'il ne fust point entré à Poitiers (car cela luy eust esté impossible), les serviteurs du Roy ayant tout-àrfait pris le dessus, il n'auroit pas laissé d'en bien profiter, tant il y avoit de factieux dans La Rochelle et dans toutes les autres villes huguenotes, ausquelles sa présence re* doubloit le courage, et donnoit une nouvelle hardiesse d'y prescher la rebelliou. Mais un partement sy proiii|itcomme celuy du Roy, et devant qu'ils fussent bien pré> parés, les estonna sy fort, que M. le prince fust obli^ de se retirer.
£t quant à M. deVendosme, il manda peu de joun après qu'il avoit remis Blavet entre les mains du marquis de Cœuvi*es pour estre démoly, et qu'il alloit àor armer : de sorte que tout se prépamit pour rendre le voyage heureux, et donner bien de la gloire à ceux qui l'avoient conseillé.
Âussytost que toutes ces nouvelles furent sceues, il se trouva assez de gens qui eussent esté d'avis de s'en retourner, sy on les eust voulu escouler; disant que tout le fruit qu'on pouvoit attendre du voyage estoit desja arrivé, et qu'où ne pourroit pas aller plus avant sans mettre la santé du Roy en hasard , le menant en
DE FOlfTENAT-MAREUIL. [l6l4] ^53
des pays plus chauds que œux qu'il avoit accoutumé, et au cœur de Testé. Mais la Reine, devenue sage par rexpériencc, ne voulust pas retomber dans les fautes passées, et suivist tousjours son chemin.
Lorsqu'on fust à Tours, l'evesque, le maire, et quelques uns des principaux habitants de Poitiers, allèrent trouver le Roy pour rendre compte de ce qu'ils avoient fait. Ils y furent receus selon la grandeur de leurs services, et sur l'heure mesme renvoyés, pour ne laisser pas longtemps ceste grande ville sans gouvernail.
Or toutes choses se faisoient ainsy en ce temps là, et parceque tous les ministres estant de la nourriture du feu Roy, ils employoient le temps aux affaires, et non pas à leurs plaisirs. Le Roy partist aussy peu de jours après, et séjourna à Poitiers jusques à ce que l'élection d'un maire tel qu'il le falloit eust esté faite. Ce fîist en ce temps là que le comte de La Rochefoucault acheta la lieutenance de roy de Poitou, que M. le prince avoit fait donner à M. de Rochefort son favory, après la mort du marquis de NoirmoustierCO.
Le Roy, continuant sa marche, arriva à Angers, où il eust nouvelles de la mort du prince de Conty. Il en prist le deuil de noir, le violet n'estant que pour les souverains (^). Il estoit fils de Louis de Rourbon, prince deCondé, tué à la bataille de Jarnac; et de Madelaine de Roye sa première femme. Il avoit en premières noces espousé la veuve du comte de Montaflé, mère de la comtesse de Soissons; et en secondes, mademoiselle
(0 De Noinnomstier: Louis de La Trémooille, marquis de Noirmoatwr, lieateDant de roi du haut et bas Poitou, étoit mort à Tàge de ringtsept ans, le 4 septembre i6i3. — («) Pour les souverains : Les rois de France , depnu long-temps , ne portent plus le deuil quVn riolet.
354 [l6l4] MBMOIHSS
de Ouise. Il ne laissa point d'enfants ny de Tune ny de l'autre (0.
Ce qui avoit mené le Roy jusques là, et TavoU fait résoudre daller à Nantes, estoit qu'encores que M. de Yendosme eust quitté Blavet, il n'avoit pourtant p(MDt désarmé tout-à-fait : de sorte que sy on s'en (iist re^ tourné , il se trouvoit en estât de pouvoir recommen* cer. Mais quand il sceust le Roy si près de luy, et qui vist tous ceux de la province, qui iuy avoîent proaii assistance croyant qu'il n'iroit point, près de l'abao* donner, il craignist que M. le prince n'en (istde mesaie, s'il différait plus longtemps d'accepter le trailé de Sainte-Menehoud; et en envoya demander des lettreii qui luy furent aussytost accordées (^).
Le Roy estant à Nantes, y tint les Estais de Bretagne, où plusieurs demandes luy furent faites. Tootei celles qui regardoient les interests généraux de la pv^ vince furent accordées, comme entre autres le rasemcil de diverses places, et particulièrement de Blavet, que M. de Yendosme avoit laissé sans le faire desmolir. Mais pour le chastiment de ceux qui l'avoient suifjt et dont les troupes avoient fait de grands excès, ci s'en remit au traité de Sainte-Menehoud, au prcjudifll duquel on ne voulut rien faire. Après quoy la Roue voyant toutes choses en bon estât, et Thiver s'approcher, elle se résolust au retour, prenant son diemia par le Yergcr, maison du prince de Guemené, et pir Duretal, où le Roy, la Reine et toute la cour funsl magnifiquement traités par le comte de Schomberg.De
'^) Pijr de tune ny de l'autre : H eut de sa seconde fenme me ÊÊê* qni ne vécai que peu de jours. — ("^ T'oyez le Mercure françoHf t ^ p. 3a6.
DZ F03ITENAT*MÂR£1]1L. [l6l4] ^55
Duretal, on alla à La Flesche, pour voir le collège de jréiiites que le roy Henry-le-Grand y a voit fondé (dans sa maison, car La Flesche estoit de son domaine devant qu'il fust roy) , et pour faire prier Dieu pour luy, son cœur y ayant esté porté après sa mort, ainsy qu'il Tavoit ordonné quand le collège fust basty.
Après y avoir séjourné un jour, le Roy fust au Mans, à Chartres, et enfin à Paris, où il arriva le i6septembre 16149 faisant son entrée par la porte Saint- Antoine (0. Il y fust receu par plus de six mille hommes en armes; et il alla ensuite à Nostre-Dame, et puis au Louvre. M. le prince s'y rendist aussy quelques jours après, pour assister à Tacte de la majorité, qui eschéoit le 5 septembre.
Pendant ce voyage, la statue du roy Henry-le^xrand, posée sur un cheval de bronze, faite à Florence et envoyée par le grand duc Cosme 11 , fust mise sur le Pont- Neuf, au lieu où elle est encore aujourd'huy (»).
Environ ce mesme temps, le duc de Neubourg se fist catholique; et la mauvaise intelligence commencée, dès l'heure de son mariage, entre le marquis de Brandebourg et hiy pour le partage de la succession de Cleves, esclata lors de telle sorte, qu'ils en vinrent aux
.0 P€Lr la porte Saint-Antoint : C*est une erreur ; Louis xiii reyint pnr la route d*Orlcao8 , et fit son entrée par la porte Saînt-Jaoqnes. ( yofez le Mercure françois , t. 3, p. SSy. ) — (») Eiie est encore aujonr- ^huj: Cette statue , donnée au Roi par Cosme de Médicis , grand duc <ie Toscane, fut placée sur le Pont-Neuf le a 3 août 16 14. Image du bon Henri , elle fat pendant près de deux siècles l'objet de la TÔnératioQ des peuples. Elle a disparu dans le torrent de la révolution , coinnie la plupart de nos monnraens historiques ; mais au retour des Bourbons , la France s'est empressée de relerer cette sUtue , qui portera jusqu'à nos 'derniers nereux le témoignage de notre amour pour 'c meilleur des rois.
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armes. Surquoy les Espagnols et les HoUandois pris la protection, ceux là du duc de Neuboi ceux cy du marquis de Brandebourg, ils se stt sous ce prétexte des principales villes du pays telle reserve toutefois que, chacun n'allant pas autres estoient desja , il u y eust point de niptui de sang respandu. Les Espagnols eurent pour leu Wesel, et les HoUandois Rées et Emmerick.
M. de Savoye, le plus ambitieux prince du i et le plus inquiet, voulant recommencer k faire i ses prétentions sur le Montferrat, le marquis de bouillet y fust envoyé pour essiiyer d'appaiser o fcrents.
Le Roy ayant treize ans accomplis dès le vin( tieme de septembre, et pouvant, selon la loy e dans le royaume, cstre déclare majeur, il alla ai lement le 2 octobre suivant, pour en faire vëri déclaration selon les formes accoutumées. Il y fiju compagne de M. le prince et de M. le comte, de de Guise, d'Elbeuf, d'Espernon, deVentadour Monbazon, comme pairs; et des mareschaux i Chastre, de Lavcrdin, de Bois-Dauphin et d'Ani du marquis de Rosny, grand-maistre de Tartî comme officiers de la couronne, qui y ont séa; Roy y estant, et non autrement.
Les cardinaux de Sourdis, Du Perron, de I^I foucault et Bonsy, qui n'y en ont point non plu le Roy, y furent aussy, et s'assirent , par un ord près, sur le banc des paii^ ecclésiastiques^ et place; car ne leur voulant pas céder en ce lieu 1 derniers ne s'y trouvèrent point, se plaignant gi ment du tort qu'on leur faisoit (comme en efl
DB FONTENÀY-MARRUIL. [l6l4] 25j
rois ont bien accoustuiné quand ils y vont) d*y don* ner séance à des gens qui n'y en ont point, ainsy que j'ay dit des officiers de la couronne; mais non pas au préjudice de ceux qui en ont le droit, comme les pairs, en les faisant marcher devant eux ; les princes du sang ne les précédant là qu'en vertu d'une déclaration faite (0 aux premiers Estats de Blois, qu'ils seroient de là en avant sensés pairs nés, et qu'ils pi*écéderoient tout le monde dans le parlement, aussy bien qu'ailleurs.
Le Roy estoit en son lict de justice, la Reine à sa main droite, une place vide entre deux; les pairs au dettous d'elle, les cardinaux à la gauche, et tout le parlement dans les sièges d'en bas, ainsy qu'il est acooustumé. La Reine dit qu'elle remercioit Dieu d'avoir peu «slever le Roy jusques à sa majorité, et maintenir la paix dans le royaume; qu'elle luy en remettoit le gouvernement, conviant tout le monde à luy rendre obéissance.
Le Roy l'ayant ensuite i*emerciée, et priée de continuer en l'administration de ses affaires, le chancelier, le premier président et l'avocat du Roy parlèrent; puis M. le chancelier ayant recucilly les voix, la déclaration fiist vérifiée, dans laquelle il estoit particulièrement porté que l'édit de Nantes seroit observé, et c*eluy contre les duels renouvelé (^).
Les Estats généraux promis par le traite de Sainte- Menehoud furent enfin assemblés à Paris, et non à Sens comme onTavoit prétendu, tant pour la commodité de la cour que pour celle des desputés; et Tou-
(*) D'une déclaration faite : En i5;6. {f'o/âx TÂhrégé chronologique ift niktoire de France, du préaident Hénault.) — (>) ^o/vs le Mercure frmçois f t. 3, p. 397 et suivantes.
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verture s'en fist le lo d'octobre 1614. Les principales matières qui s'y agitèrent furent la révocation du droit annuel, la publication du concile de Trente, le renouvellement de Tedit des duels, la reclierche des financiers, le règlement des finances, les mariages d'Espagne, et l'article du tiers-Estat pour la seureté de U vie des roys.
Or, bien qu'il y eust de grandes contestations sur chacun de ces points, n'y ayant presque rien, quelque juste qu'il soit, qui ne reçoive de la contradiction, les plus sages se laissant souvent emporter aux interests particuliers; celuy néanmoins qui fist le plus de bmit fust l'article du tiers-Estat, parceque ne tendant, à œ que disoient ses auteurs, qu'à rendre l'autorité royale plus affermie, la faisant par ce moyen indépendante de tout autre que de Dieu, et qu'à assurer la personne et la vie des roys , qui sembloient estre attaquées par quelques livres faits sur ce subject, et qu'on croyoit avoir causé la mort des deux derniers, ils s'y attachoient sy fort qu'ils traitoient tous les contredisants d'ennemis des roys et de l'Estat.
L'article portoit que, pour arrester le cours de la pernicieuse doctrine qui s'estoit despuis quelque temps introduite contre les roys et les puissances souveraioes cstablies de Dieu, par des esprits séditieux qui ne de* mandoient qu'à les troubler et subvertir, le Roy seroil supplié de faire arrester dans l'assemblée des Estais, par une loy fondamentale du royaume, et qui seroit inviolable et notoire à tous, que comme il est reconnu souverain dans s(îs Estats, ne tenant sa couronne que de Dieu seul, il n'y a aussy pei*sonue en terre, quelk qu'elle soit, spirituelle ou temporelle, qui ait aacim
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droit sur son royaume pour en pouvoir priver les personnes sacrées de nos roys, ny dispenser ou absoudre leurs subjects de la fidélité et obéissance qu'ils leur doivent , pour quelque cause ou prétexte que ce soit (0.
Que tous ses subjects, de quelque qualité et condition qu'ils soient, tiendroient ceste loy pour sainte, véritable, et conforme à la parole de Dieu, sans distinction équivoque ou limitation quelconque; laquelle serait jurée et signée par tous les députés | des Estats, et doresnavant par tous les officiers et bénéficiers , devant que d'estre receus en leurs offices et bénéfices; ordon* ner à tous prédicateurs, précepteurs et régens d enseigner et publier que l'opinion contraire, mcsme celle qu'il est loisible de tuer et desposer les roys, se soulever et rebeller contre eux, secouer le joug de leur domination, pour quelque cause que ce soit, est impie, détestable, contre la vérité et l'cstablissement de TEstat de la France, qui ne despend immédiatement que de Dieu; que tous les livres qui enseignent telle fausse et perverse doctrine seront tenus pour séditieux et damnables; tous estrangers qui les escriront ou publie-
(*) Pour quelque cause ou prétexte que ce soie : L'article proposé n'étoic que le principe cl*éternellc vérité que Tautorité spirituelle n'a aucun droit sur la puissance temporelle des rois. Il est pénible de» penser que cette maxime ait pu être combattue par ce même clergé de France qui , éclairé plus tard par le génie de Bossuct , rendit à cette doctrine un hommage solennel dans le premier article de la déclaration de i68a. Il est bon de rapprocher les expressions du grand évéque de Meaux de celles qu*employoit alors le licrs-Elat : Beges ergo et prin» eipeSf in temporahbus, nuUi eccUsiastiar potestati Dei ordi'natione suèj'ici , neque auctoriiate clavium Ecelesiae, directe vel indirecte deponi, aut Ukrum suhdiios exiiniàfide atqueobedientiâ y ac prestito fidelitahs sacra" mento solA passe ; eamque seutenùam publicœ tranquillitati necessariam^ nec minus Ecclesiœ quàm imper io utilem, ut 'Vctbo Dei,patrum traditiom, et sanctarnm exempUs conspnamf omninh refîneudam,
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ront, pour ennemis jurés de la couronne; tous subjecU du Roy qui y adhéreront, de quelque qualité ou condition qu'ils soient, pour rebelles, infracteurs des loix fondamentales du royaume, et criminels de lese-roajesté au premier chef; et que s'il se trouve aucun livre ou discours escrit par des estrangers ecclésiastiques, contenant des propositions contraires à ladite loy directement ou indirectement, que les ecclésiastiques des mesmcs ordres establis en France seront obligés d'y respondre , de les impliquer et contredire incessamment sans ambiguité ny équivoque, sur peine d'estre punis des peines portées cy dessus, comme fauteurs des ennemis de rSstat ; et que le présent article seroit leu par chacun an, tant aux cours souveraines qu'aux baillages et sénéchaussées du royaume, à l'ouverture des audiences, pour estre gardé et observé avec toute rigueur.
D'un autre costé, ceux du clergé s'opposoient non pas ù ce qui regardoit la conservation de la personne des roys, ny à leur souveraineté temporelle, qu'ils protestoient de vouloir assurer aussy bien que ceux du tiers-Estat, et par de meilleurs moyens, mais à ceste absolue indépendance ; disant entre autres chases que les roys pou voient estre subjects à l'excommunication comme tous les autres hommes, et qu'eux -mesmes l'avoient tousjours tenu ainsy, n'ayant jamais demandé d'estre exempts que de celles que les evesques, leurs subjccls, entreprenoient quelquefois de jetter contre eux, comme ils en apportoieiit plusieurs exemples. Et que d'ailleurs ce n estoit point à ceux du tiers-£slat d'en connoistre ny d'en ordonner; que cela produiroit infuilliblement uu schisme, et au lieu d'assurer la
BK POXTE!(tT-»t*BP.IIII.. \t6l^' s6t
Vie dn rojrs cl l'£«.tat, 1» uicttioil en plus griuul danger quo devant, pour les guerres pt aiilrt>^ inallirur» ({ii'il pourroil priKluin*. Sur quoy diverses chosi>s furral ilites df part el tliiuliv, ■-( principutemrnl pnr le cardinal Du Perron, «jui alla trouver pour cela ceux iJu Itervii&tat dans leur cliandii'e , uu<pivl le pi-rsîdciit Miion respondit; et despuis encore par le mesmc car- (bnal et M. de Créquy dans le conseil , cl eu pmvnce Aa Roy et de la Reine.
M. le priuce favorisuit ouvertement l'article, soit pour se montrer plus zélé pour k-s iiilerestt du Roy tjue la Reine et le conseil, qu'il prcvoyuit bien ne devoir paii prendre tout-ii-fait ce party-l.i, ou pour se rewlre plus agréable nux liugiienots, qui, voyant que cda choquoit le Pape , diminuoit son autorité et pourrait mettre de la division entre le Roy cl luy, le deffmdoieDt avec grande chaleur.
[i6i 5] Et il seinbloil que le parlement l'approuvasl ausn, ayaat sur l'heure niesnie donné un arrest ronfirnutif de plusieurs autres donni-s anciennement sur CFste matiei'e , par lequel il estoit déclaré que le Roy De reconnoist aucun supérieur au temporel de son royaimie, sinon Dieu seul ; et que nulle autre puissance n'a droit ny pouvoir de dispenser ses subjels du serment de ûdelilé, et de l'obéissance qu'ils luy doivent, ay la su&jiradre; le priver ou disposer de M>n royaume, ttleater ou faire altentor par autorité publique nu privée sur la personne sacrée de nos roys (■ ).
{'} Sari» ftrjommaeiJ* di hbi f«r>.' lleit IwBadr Toirte |iarlciiiefil fc Pkrii, m moment où J» bommea prrvvnu* on ^|;arét compni- «cttoicBl rautoritf lo^ aie dan* Ici Kiatt géiii-Tiui, caiiMciTr de iioutnu, pav arr^l du i jaiitîcT tlïiS , le princlpp tiir li^iuel rFpnir U otbllM «t b iit%iû*i Ât 1* eouronne (b Frinrc.
a6l [l6l5j MÉMOIRES
Ce qui obligea enBn le clergé, pour ne sembler pas abandonner entièrement l'interest des roys et du royaume, à dresser un autre article, selon les formes, à oc qu'ils disoient , de tout temps pratiquées dans l'Eglise, et cçnformc aux décrets du concile de Constance, reccii en France, lequel conlenoit : Que les détestables par ricides commis es personnes sacrées de nos roys ayant fait connoistre par expérience, et au grand malheur de la France, que les loix et les peines temporelles n'estoient pas suffisantes pour en destourner les damnables meurtriers, qui, conduits et séduits par les artifices du diable, ont présumé, en commettant telles abominations, d'éviter les peines éternelles : les prélats et ecclésiastiques ausquels Dieu a commis le soin et la conduite des âmes et des consciences des peuples , tant comme pasteurs que comme Bdeles subjects du Roy, ont estimé estre de leur devoir et autorité pastorale, pour arrester et destourner ceste abominable fureur, rébellion et parricide du cœur et de la pensée de tous ceux qui veulent obéir h la voix du Saint-Esprit, pro* noncée par l'oracle infaillible de TEglise universelle, et éviter la damnation éternelle préparée à ceux qui y contreviennent, de renouveller et faire publier le décret de la quinzième session du concile de Constance, tenu il y a près de deux cents ans, par lequel décret tous ceux qui, sous quelque prétexte que ce soit, voudroîent maintenir qu'il soit pennis d'attenter a la personne sacrée des roys, mesme de ceux qu'on prétend estre tyrans, estoient déclarés abominables, hérétiques, et condamnés aux peines éternelles. Suppliant très humblement les mesmes prélats Sa Majesté d'avoir ceste publication agréable , comme estant propre pour lier et obliger les con-
te
^^^^ OB roîiTtsir-jiABKtjL. fi6i5] atiJ
tdoKes, et irs dcstournrr iJo loulcs idics c^i-ablvs iinagin^iLiom, et d'racrirc à no&li-f Saint Père la uu* ^ blicalioa et runouvcUcnient diidit saint décrel, cointae tes prédécesseurs Tont iail; prélrndaat U-sdils prélats ^ue cestoit le meilleur rcmcde qu'on y pouvoit aporler, et qu'il ^unUoit.
La Reine et ceux du rxinscil cuicat grand drsplaisir lie voir cesie question agitée en un temps iy mal propre pour cela, et oii le Roy, bfcn quo majeur, n'avoit pu pucore assez d'autorité pour en décider, et (aitv fnaàrt: k tous les esprits le part)' qu'il voudroil. C'est pouit]uo> il fust rr:iolu, pour ue condamner pas une cbose sy fort à l'avanlage dos rovs, et ne méconlenter pu aussy 1^ ccctéAiasliijues , qu'ils vuyoii-nt porU'S de booue volonté, de faire qu'on n'en parlu>[ pliis dans (es Estât, et d'évoquer pour cest ciTel la chose au con. tô] du Roy, imposant silence tant aux Estais qu'au par^ loDint pour tout ce qui coucerneroit cestr matière.
Mais les ecclésiastiques, non plua que ceux du licra- Ettëtf n'estant pas salisTaita de cl'^ expédient, furent divcocs fois chez la lleJne ri citez M. le chancelier, pour leur en parler et s'en plaindre; jus^ju à ce que leur mnt eslé fait ronnoislre que la prudence ne permettoit pas qu'on en usa:àl autrement, ny qu'il se fisl aucune déclaration dans les conjonctures présentes, ils s'appailerest. La noblesse se trouva presque tausjours unie t«ec le clergé sur Ioum les points qui se proposèrent.
Ensuite de cela, la Reine voyant lu peu de fruit <{u'on pouvoit tirer de cc^tc assemblée , et tju'il seroit à craindre, sy on la laissoit davantage durer, que quelques esprits séditieux, qui s'y trouvoienl, n'y fissent its propoûtioiis plus diflicites k esludw, et mesnie que
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celles de M. le prince contre le gouvernement n'y fussent escoutées, elle ne pensa plus qu'aux moyens deit faire promptement finir. A quoy du commencement elle trouva bien de la résistance, la pluspart des desputés demandant que leurs cahiers fussent auparavant respondus, afin de porter quelque contentement dam les provinces. Mais cela ne se pouvant pas, de peur de la conséquence, on les assura seulement qu'on y satisfcroit bientost, la Reine leur donnant cependant parole d*oster la paulette, d'enipescher la vénalité des offioei, de faire une chambre de justice contre les financiers, de retrancher les pensions et toutes les despenoes superflues, et d'achever les mariages d'Espagne, que tous les ordres avoient conjointement demandés; ncmob» stant tout ce que firent M. le prince et les siens pour Tempescher, comme estant nécessaires pour maintenir la paix(<).
De sorte qu'ils s'en allèrent sans avoir de rien senry au Roy ny au royaume, comme on avoit pensé; maïs seulement à la Reine, contre qui ils avoient esté assemblés, qui demeura bien plus autorisée qu'auparavant, puisque c'estoit du consentement des Estats, et qu^ili ne Iny avoient rien retranché; car mesme tout ce qu leur avoit esté promis, excepté les mariages, n'eust aucun effet, non pas, à dire le vray, faute de bonne volonté, mais parceque le parlement et toutes les autres compagnies s'opposèrent «à la révocation de la pau* lette(^), le temps pour lequel ou leur avoit donnée n'es-
h) On trouve des déraiU curieux sur les Ëtnts généraux de i6i4 dans le "Mercure francoU ^ t. 3, p. .\v^. — KAA la révocation d» Ul péM" lette : Les parlemens avoient blâmé rétablissement de ce droit, qui rnnsacroit la vénalité des ofùces {l'oyez plus haut la note de la p. 99)1
DE FOICTE^AT-MÂREUIL. [l6l5] a65
tant pas encore expiré , et que les troubles qui arrivèrent bientost après empescherent d'y toucher quand il fust arrivé, aussy bien qu'à tout le reste.
M. le prince voyant qu'il n'avoit peu porter les Estats à ce qu'il vouloit, et que personne n'ayant esté d'advis de toucher au gouvernement, le Roy estant majeur, il n'estoit pas apparent qu'il le fist de luy mesme, tant il se montroit soumis à la Reine, il ne pensa plus qu'à renouvellcr ses pratiques , et à se mettre en estât de pouvoir au printemps recommencer la guerre : ce qui ne luy fut pas sy malaisé qu'on auroit pensé, la grande prospérité ayant tellement aveuglé la Reine que, ne gardant presque plus de mesure à rien , elle commença brs à diminuer Tauthorité des anciens ministres, qui avoient tant travaillé pour maintenir la sienne, et à donner trop de pouvoir au maréchal d'Ancre, lequel ne se conduisant ny avec modération, ny à la mode de France, estant de très difficile accès, et ne faisant que jouer ( ce qui ne s'estoit point encore Veu dans ceux qui gouvernoient les affaires) , faisoit chaque jour beaucoup de mécontents, et principalement dans le parlement, dont M. le prince avoit grand besoin pour mettre les peuples de son costé.
A quoy il faut encore ajouter une chose qui luy servist beaucoup dans ceste compagnie, qui est que le prix excessif des offices empeschant, comme j'ay desja dit ailleurs, de regarder autant qu'on faisoit autrefois aux bonnes mœurs, les plus sages estant souvent ceux qui >nt le moins d argent, il se trouva lors dans le parle-
nals y comme Fa dit le préiklent de Thoa , « ils baisièreoC le ton peu à peoy à mesure que ces charges devim^nt plus lucratiTet. » (ff/xnre univenelie de de Thou , t. i4 » p. 3a6. )
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ment tant de gens de son humeur, et aussy desbaudiâ que luy, qu estant outre cela ravis de se voir rediercbés par un prince du sang, ils s'oublièrent aisément de leur devoir pour se porter à tout ce qu'il voulust. De sorte qu'on peust dire assurément que sy ce ne furent pas eux qui firent la guerre, au moins la causcrent-ik par toutes leurs assemblées et leurs remonstrances , sais lesquelles M. le prince ne l'cust jamais ose entreprendre.
Or il se conduisoit dans ce commencement le plus adroitement qu'il pouvoit , ostant toutes les apparences, et se rendant sy complaisant en ce qu'il pcnsoit cstre agréable à la Reine, qu'il fist mesme un ballet quifiit dansé devant elle (0, où on ne chantoit que ses louanges. Mais comme quand les corps sont mal disposés, les meilleures viandes leur deviennent nuisibles, aussyce ballet trouvant les esprits desja fort aliénés, au lieode les réunir les eslongna encore davantage.
Car M. le prince n'ayant pris aucun homme de h cour, mais seulement des conseillers, ou autres per sonnes qui le suivoient ordinairement, on s'en moqui; et la Reine mesme dit. à messieurs de LaRochefoucaoltf de Termes et de Courtenvaux, qui en firent uo an mesme temps(^), et qui s'excusoient de ce qu'il n'avoit pas esté trop beau, n'ayant pas assez d'argent pour y faire plus de dcspence; qu'elle se plaisoit tousjours fisit
(i) Dansé devant elle : Le ballet de M. le prince de Condé aroit d entrées; îl fut dansé le la février i6i5. On trouve dans leSLuaufict et lilajroard (Paris, 1646, in-4®y page Bog) des vers adressés à la RÔK au nom du Soleil, qui furent chantés dans cette occasion. — (>}Ji mesme temps : Le ballet des mi- partis^ dansé le premier mars par Is Jk de Reis et d'autres seigneurs de la cour. (Recherches sor Iss ThéÉlrff» par de Beauchamps, t. 3, p. 69.)
DE PONTKNAY-MAllEOIL. [l6l5j 267
h voir ce qui estoit fait par des gens de qualité comme eux, et qu^l avoit une grâce à quoy les autœs ne pou* voient arriver. Ce qui ayant esté rapporté à M. le prince, il le fist aussytost scavoir à tous les conseillers, qui pi^naut cela pour eux, s'en piqnerent de Icllc sorte, qu'ils résolurent do s'en venger à quelque prix que ce fust. Ceux qui servirent le plus M. le prince dans le parlement furent le président Le Jay (0 et M. Le CoigneuxC*), qui nWoit encore que conseiller, mais qui avoit grand crédit panny la jeunesse.
Dans ce mesme temps les mareschaux de La Chastre d de Laverdin estant morts, leurs places furent rem* plies de messieur» d.e Souvré, gouverneur du Roy, et de Roquelaure, lieutenant de roy en Guienne , qui avoit esté fort favorisé du roy Ilenry-le-Grand.
La reine Marguerite mourust aussy sur la (in du mois de mars (3); et en elle finist la branche de Valois. Dieu luy avoit donné de très grands avantages ; car elle ne surpassa pas plus toutes les autres princesses de son temps par la hauteur de sa naissance, estant descendue de tant de roys, que par sa bcaulé et la grandeur de son esprit. Mais ne s'estant pas tousjours servie de l'un et de l'autre comme elle dcvoit, elle répara enfin toutes ses fautes passées, consentant librement au démariage du roy Henri- le- Grand et d'elle, afin qu'il peust avoir une femme qui luy donnast des enfants ( car elle n'en avoit jamais eu, et n'cstoit plus en âge d'en avoir);
(«) Le président Le Jay : Nicolas Le Jay, baron de Tilly, alors préndent aux enquêtes, deviut en ]63o président à mortier, et premier président do parlement de Paris. — («) M. Le Coigneux : Jacques Le Goigneax , depuis président à mortier au parlement de Paris. Cest le pire de Bachaamont, si connu par le Voyage qu'il fit arec Chapelle. — (3? Sur la fin du mois de mars : le 27 mars ifiiS.
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et faisant despuis M. le Dauphin son héritier, par une donation entre vifs, pour luy continuer, en tant que besoin seroit, tous les droits qu'elle avoit sur plusieurs £stats de TEurope, et qui luy appartenoient connue héritière du roy Henry m, son frère, qu'elle seule avoit survescu. Elle a laissé des Mémoires (0 d'une partie de sa vie y qui ont eu une grande approbation.
Au reste, parceque dans les cahiers des Estais l'article du règlement des finances portoit que toutes les ganiisons establies dans des places pour seureté da choses promises par le traité de Sainte-Menehoud seroient ostées, et les places mesmes rendues puremeit et sans recompense, puisque tout avoit esté exécuté de bonne foy; M. le prince voyant que cela le regardok principalement , se résolust aussy , pour tenir sa parok et complaire aux £stats , qui en tesmoignoicnt un grand désir, de remettre le chasteau d'Amboise enti*e les mai» du Roy. Il fust donné à M. de Luynes : mais d'autant que je n'ay parlé jusques icy que de son premier establissement auprès du Roy, je diray maintenant quelque chose de ce qui luy arriva despuis, et comme il oust ce gouvernement.
Après donc que les oiseaux du cabinet luy eurent esté donnés, ainsy que j'ay desja dit, le Roy le trouva encore sy propre pour tous ses autres plaisirs, qu'il n'y employoit quasy que luy, et il n'y avoit rien de bien fait que ce qu'il faisoit. De sorte que comme on vist qu'ri mesure que le Roy croissoit, ceste affection croissoit aussy, on commença à penser que, sy on le laissoit faire, il pourroit devenir favory ; et M. de Sou-
(0 Des Mémoires: lis font partie de cette Collection , première sâic» tome 37.
' DE FONTENAT-MABEUJL. [l6i5] 26q
ré, qui prétendant cestc place pour M. de Courleuaux , pour qui le Boy monstroit quelque inclination , e Tavoît approché que pour en exclure d'autres qu'il pprehendoit davantage, sans s'imaginer qu'il peust lier sy avant, parcequ'il ne luy croyoit pas grand esrit, et qu'il estoit d'uo âge fort disproportionné, se oyant trompé, se résolust de l'empesclier, en rompant » accès sy libres qu'il avoit auprès du Roy, et essayant ['en donner soupçon à la Reine.
Mais l'inclioation du Roy y résistant, et le mareslial d'Ancre, qui le croyoit meilleur pour luy que tl, de Courtenvaux, qui sembloit en passe pour cela, 'apuyant fortement, il se conserva malgré M. de Sou- Té tous les avantages qu'il avoit, c'est-à-dire les enrées, sans qu'il fust besoin de demander pour luy à If. de Souvré, comme pour tous les autres; et la li- >erté de parler au Roy toutes les fois qu'il vouloit.
Or ce fust Sauveterre , premier valet de garde-robe lu Roy, et huissier du cabinet de la Reine, qui luy aida principalement à se maintenir en ccst estât; car estant fort son amy, et parlant librement à la Reine, il luy insinuoit continuellement que c'estoit un homme modéré , et qui connoissoit sy bien les avantages d'estre despendant d'elle, et les périls où il se mettroit s'il s'en séparoit, qu'il n'en falloit rien appréhender; et il faisoit aussy les mesmes diligences auprès du mareschal et de la mareschale d'Ancre.
De sorte qu'en estant bien persuadés, ils contribuèrent plustost à augmenter sa faveur qu'à la ruiner, x>ainie ils avoient fait celle du chevalier de Vendosme; il luy faisant faire de temps en temps quelques grati- • ications pour luy donner moyen de subsister, ils se ré-
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solurent enfiu de luy donner le chasteau d*Aiiibabe quand M. le prince le rendist, comme Sauvelerre di* soit que le Roy le vouloit , pourveu qu'il le tesmoiginst et en priast la Reine.
Mais ce fust \h la difficulté, non pas tant faute d*affection (car il luy eust dès lors donné toutes chose^ s'il eust peu, comme il fist despuis), que parccqu*cstant naturellement timide , on l'avoit encore accoutumé à ne se mesler de rien. Et il ne l'eust en effet jamaii demandé, sy Sauveterre , qui sçavoit l'intention de to» les deux , et qu'il ne feroit point de desplaisir au ni* reschal d'Ancre , trouvant le Roy et la Reine tout seub, n'cust eu la hardiesse d'en faire la proposition , et dona^ courage au Roy d'achever. Ce qu'il fist de sy boooc grâce que la Reine en fust satisfaite, et luy acconki rheurc mesme. M. de Luy nés mist dedans son frère dfi Cadenet.
Les amis de M. le prince se croyant assés forts dins le parlement pour se déclarer, proposèrent dans lif enquestes de demander l'assemblée dos chambres. A quoy la pluspart ayant consonty, ils envoyèrent à la grand'chambre, où le président Fayet portant ia p»* rôle, dit que le Roy lour ayant promis de ne rc^pondic point les cahiers des Estats sans leur communiquer il sceu ce qu'ils auroient à y dire, il estoit nécesstirei puisqu'on ne leur en parloit pas, de s'assembler pour aviser comme ils se devroient gouverner en ceste reocontrc, et ce qu'il faudroit faire.
Ce n'estoit pas qu'ils creussent qu'on les eust fth pondus, mais parccqu'il leur falloit un prétexte poor demander ceste assemblée, et qu'ils n'en trouvoîedt point de plus plausible que celuy là , ny qui peust estre
jae de cela, 4^t de sçavoir sy on tlrspiilpritil vers pour luy faire des remonstranns, ou sr on les >it (otites prestes pour les profiter quand il lu parlemeni, où od disoit qu'il dcvoit bientost jur quelques édits,
[noy, après de grandes cx>iitesl8tions , ils prirnnt n tïen> parlj, pire que les deux autres : qui fuat ■us le bon plaisir du Rov, tous les princi«, pairs es, a^'ant séance au purtemenl, s^-rnimt nians'y trouver, pour, en présence de M. le clianet les eharnljrcs assemblées , aviser aux pmponin'onferoit pour le service du Roy, te soulagement iple, et le bien de son EstaT; et il y ^o eust araS mars i6i 5.
e nonvelle ayant est^ portée au Louvre, le eontt à riieure mesme assemblé, qui, jugeant la ]*8ussv grande importance qu'elle l'eitoît en efr «V le parlement avoit ce droit, et qu'il peust. Ifs Ton qu'il se feroît quelque elio<te qui ne luv r pu, assembler les plus grands du royaume noniger, it seroit au dessus du Roy), il cou-
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le subject de l'arrest qui avoit esté donné, et dont Leurs Majestés se tenoient fort offensées, ceste oob- Yocatiou des principales personnes du royaume sans li participation du Roy ne leur apartenant point, et se pouvant estre soufferte; que toutes fois, devant que de rien résoudre et d en tesnioigner leur juste resiestiinent, ils avoient voulu apprendre d'eux , qui estoiflot particulièrement leurs officiers, Comme la chose s'esloit passée.
A quoy M. Servin, avocat du Roy, respondant, il essaya de justifier autant qu'il pcust Tintention du pa^ lement. Mais le Roy, après avoir de nouveau pris Favis de ceux de son conseil , leur fist dire par M. le chancelier qu'il se teuoit fort offensé de ce qui s'estoit passé, parceque l'autorité que les roys leur avuîart donnée n'estoit que pour rendre la justice à leurs suIh jects , et qu'ils ne dévoient pas s'assembler pour dct bérer sur d'autres matières sans luy avoir parlé, et eu sa permission ; que le Roy, quoyque jeune, estoit mijeur, et u'avoit pas moins de puissance que ses prédé> cesseurs; qu'encore qu'ils eussent tesmoigué vouioîr que luy chancelier y fust, cela ne les excusoit point, ne pouvant pas s'assembler avec luy ny sans luy sam permission : c'est pourquoy Sa Majesté vouloit que iei registres luy fussent apportés, pour en lever l'arrest et en oster la mémoire; faisant cependant très expresses deffenses à la cour de passer outre, et leur commandant d'en porter l'ordre de sa part.
Les gens du Roy firent du commencement graude difficulté de se charger Av ces commissions , alléguaot plusieurs raisons pour s'en deffendre. Mais n'ayant pis esté trouvées valables, ils y furent contraints, et en
nt
DE ronTKiiY-iURSCiL. [i6i!)] aj3
ircnt leur rapport au parleroeat , (jiii tetmoigaa au»tflœt de vouloir obrir, les chargeant ilf l'aller dire IB Roy, el l'assurer de son obéi&sance et fidélité. Ce p'ayant fait, le Roy cnoalra d'en esire fort content; llpri^nant l'arrest qu'ils avoîenl apport*, leur dit qu'il JBTerroit, et feroit plus amplement enteadrc sa volouté ipi parïeiDcnt .
* La cbo»; s'estant passée de la M>rte , il y avoit toute m>areoce de la croire tenninée; mais cela n'estant taivé que parceque ceux des enqueste» ne s'estoient pt bien entendus, ils résolurent, dès qu'ils furent hors k la grand'ehainbre et eurent parlé ensemble, de le fatrer en quelque façon que ce fust. Et s'estant diuu fois assemblés de nuil, lant avec M. le prince pi s»DS luy, ils envoyèrent eniin des despulés à la bod 'chambre, pour dire que te Hoy leur ayant promt de l£Ur faire sçavoir ses volontés, el no le faisant it, il esloit nécessaire de voir s'il ne falloit pas les ■T. De quoj le Roy estant avcrty, il commanda Hr J«s présidents du parlement et des enquesici , avecquelques uns des con^'itlers de toutes les chain- , le vinssent trouver, ausquels il dit que puisqu'ils loient sçavoir sa volonté, M. le chancelier la leur it; qui fust en substance : Que le Roy se sentoit ofTensé qu'ils eussent voulu assembler, luy estant jeur, les princes, pairs et autres ayant séance au Mneut, sans sa permission (chose sans exemple, et ■'aucun parlement n'avoit jamais faite ); que leur Ipnvoir estoit limité; cl que comme ils ne connoîsit point de ce qui cstoit attribué à la chambre comptes ny St la cour des nydes, nasy ne pounl-ib se mrslcr des afTaires d'Estat, dont les roys
"^94 [l^^S] MBMOIftBS
s'estoient de tout temps réservé la oonimnuioe d la direction toute entière ; qu'ib dévoient s^estre soa- ▼enus, pour en faire de mesme, de ce que fiit antre^ fois le premier président de La Vacquerie (car le doc d'Orléans l'ayant voulu porter à de semblables entreprises, il luy respondit que la cour estoit instituée par le Roy pour administrer justice, et que eeux de b cour n'avoient point d'administration de guerre, de finance, ny du fait et gouvernement du Roy, ni de grands princes; et que messieurs de la cour de parie^ ment estoient gens clercs et lettrés pour entendre et vaquer au fait de justice; que s'il plaisoit au Roy lev commander plus avant, la cour luy obeiroit; mais qw^ sans le bon plaisir et commandement du Roy, cdi-M se devoit faire j; de ce que les roys Louis xii et Fm» çois premier avoient dit sur de bien moindres aubjecb; et de ce qui arriva du temps de Charles ix , lorsqu*!» voulut contester son autorité.
Que le parlement de Paris, qui estoit le premier, L devoit servir de règle aux autres, et n'employer le po» voir qu'il avoit et qu'il tenoit des roys que pour fine valoir leur autorité au lieu de la desprimer, comme 3i essayoient de faire, luy estant présent; dont, enooie qu'il fust.fort offensé, ayant néanmoins sceu que eeh ne s'estoit pas passé tout d'une voix, et que c'cstoil que les jeunes Ta voient emporté sur les plus vieux û les plus sages, il ne vouloit pas anssy s'en prendre i k tous, priant ceux qui avoient bien fait de contimier, et de s'assurer qu'il s'en souvicndroit. Et enfin qn% ne pensassent pas s'excuser sur ce qu'ils remettoicit tout sous son bon plaisir ^ parcequ'on sçavoit bies comme la chose s'estoit faite, et que ceste clause o'y L
DE FONTBNAT-MARBUIL. [l6l5] ^jS
avoit esté ajoustce qu'après , et pour adoucir le reste : c'est pourquoy ils n*en estoient pas moins coupables que sy elle n'y eust point esté; leur faisant expresses deffeases de l'exécuter, ny d'en délibérer davantage.
A quoy le premier président respondit qu'ils avoient un extrême desplaisir de ce qu'après avoir sy fidellement servy le roy Henry-le-Grand et tous ses prédécesseurs , leurs actions fussent sy mal interprétées; qu'ils n'avoient aucune charge, estant venus par son commandement, et sans estre avertis de ce qu'on leur diroit; mais qu'ils en feroient leur rapport, suppliant cependant Sa Majesté de prendre en bonne part l'arrest qui a voit esté donné, et de croire qu'il s'estoit fait par l'opinion commune de toute la compagnie, et plustost par un excès de bonne et droite intention, que pour entreprendre sur son autorité.
Le premier président estant retourné et ayant fait son rapport, on s'en estonna sy peu , qu'il fust à l'heure mesme ordonné que , sans s'arrester à ce qu'avoit dit M. le chancelier, on suivroit la première résolution, et que deux de chaque chambre des enquestes, avec quelques uns de la grand'chambre et les présidents , mettroient parescrit les remonstrances qu'il faudroit faire. Sur quoy ils furent de nouveau mandés pour leur en réiteret" les deffenses; et le Roy mesme leur dit que s'ils continuoient, il s'en souviendroit.
Mais encore que le premier président , qui se conduisoit fort bien, comme tous les autres présidents aussy, excepté le président Le Jay, ne pouvant faire son rapport à cause des festes de Pasques, eust gagné quasy quinze jours après, et que cependant on eust fait tout ce qui se pouvoit pour empescher qu'ils ne s'as-
^y6 [l6l5] MÉMOIHEfl
semblassent; les plus jeunes néanmoins, animes par M. le prince, de qui ils despendoient entièrement, et appuyés du président Le Jay et de quelques uns des anciens conseillers, lesquels, ignorants des affaires du monde et y allant à la bonne foy, demeurèrent sy fermes à vouloir achever ce qu'ils avoient commencé, croyant qu'on ne cherchoit que le bien public, qalls résolurent, dans la première assemblée qui se fist, que chacun donneroit au plustost ses mémoires, afin que les remonstranccs fussent promptemeot dressées, lesquelles estant faites furent leues et approuvées; et Vob envoya à M. le chancelier le supplier de demander audience pour les présenter au Roy.
Sur cela, le conseil fust du commencement fort pirtagé; car beaucoup de gens inclinoient à la refuser. Mais M. le chancelier , qui penchoit souvent vers la opinions les plus modérées, le fist plus que jamais ea ceste occasion, soutenant qu'il les falloit laisser venir, et qu'ayant jette ce venin et contenté leur passion, il t en auroit beaucoup qui reviendroient, les contestations servant plus à aigrir les esprits qu'à les ramener. A quoy la Reine ayant enfin conscnty, tout le reste suivist, et on leur donna jour au vingt-dcuxieme de mai, auquel ils furent receus dans la chambre du conseil.
Le Roy et la Reine avoient auprès d'eux les ducs de Vendosme, de Guise, de Ncvers, de Montmorency et d'Espcrnon, M. le chancelier, les maresehaux d'Ancre et de Souvré, M. de Villeroy et le président Jeannin. f^ Le parlement estant entré, le premier président, après avoir en peu de paroles essayé de justifier ce qu'ils faisoicnt, présenta les remonstranccs, suppliant qu'elles fussent leues en présence de Leurs Majestés. Ce que le
ox runeNAT-uiKEtiit.. [i8i5J 377
Roi ayant pennis, M. de Ixnnf'nic.sorrcUirc d'E&Ut, les prist , et les Ifiul tutil haut(0.
Ces rcinoustrance& Undoîcnt premièrement à prouver que le parlement s'csioit plusieurs fois mcsié di-^ afTùrvs d'Estal , dont les roys cl le royaume s'estoient bien trouvés, et en avoirnt tire de grands avantages, en donnant pour exemptes les asseml)l«>es failes du temps (les roys Jean et Cliarles v, et les remoii<ilrauces faites au roy Ijouiaxt. Ce qui ne faisoil pourtant rien p<wr eux, parcequc c'cstoît du conscnlemeut de ces rejs là, et non pas après leurs defTenses.
De là ils passoient aux désordres qui se commellotent dans le gouvernemenl , et qui avoient donné abject à l'arresl du -j8 mars, n'ayant, ce disoient-ils, iknuidé la convocation d<% plus grande du royaume <pe parcequ'il y avoit apparence que quand ils les auroient reconnus avec eux, il>ipottrroient les représenter aa Rot avec plus d'efficace; et que cela ne liiy donncroil point de jalousie, puisque tout r^tuit remis à son bon pbtsir. Ensuite ils s'cslendoient sur les remèdes tju'on y pourroil apporter, qu'ils divisoient en plusieurs ■rtîcles, mais sans rien particulariser; prolestant enlîu qu'en cas que, par le pouvoir de ceux qui y e^toienl ifUereâ&és , leurs rcnionst rances ne servissent de rien, ds seroient obligés, pour la dvscliarge de leurs eon- KÎences, de les nommer, et de faire voir au public plus maaifeslemeiit ti.-iir mauvaise conduite, afin qu'il y peust cstre quelque jour remédié.
Jiï/irurtWn'ABBi.-LfnoyoommaiidaBuiruiii- comte de Briciiin!, tkittl. de Lotornie, de lire mi rcmonlrnim*. ( ^njri le Mercurr I. j, p. ïlteilea Méinoirn de Brleone «oa* Vtani» iliiit L }S,deuxîiB>e*écie de ocUe Collection )
2^8 [l6l5] MEMOIRES
A quoy M. ie chancelier, qui prist le premier la parole, respondit fort amplement, justifiant tout oe qui s'estoit fait despuis la mort du Roy, et montrant que le gouvernement avoit esté sy heureux pendant la minorité, qu'au lieu de s'en plaindre il en falloit louer Dieu et remercier la Reine, qui par sa grande prudence avoit destoumé tous les maux dont on avoit esté diverses fois menacé. Que le Roy estant majeur, personne n'a voit droit de luy prescrire de quelles gens il seserviroit , ny quels conseils il devroit prendre; et enfin que Sa Majesté feroit voir leurs remonstrances, pour y reipondre encore plus particulièrement.
Le président Jeannin parla aussy, et montra, sur ce qu'ils disoient des finances, combien ils estoient mal bformés, puisqu'on n'a voit touché à l'argent de la Bmtille que pour contenter M. le prince et les siens, ippaiser les derniers troubles , et faire le voyage de Naatci. Qu'au reste ils ne se dévoient point persuader queœux dont le Roy se servoit dans son conseil eussent aprdiflision qu'on examinast leur conduite, parceque oe senà leur plus grand avantage; et qu'il n'y avoit guère d'apparence qu'eux, qui n'estoient point destinés pour «il et n'y avoient jamais travaillé, leur en peussent faire leçon, demandant qu'ils nommassent ceux de qui îk entendoient parler, parceque, s'ils estoient du oonseil du Roy, il n'y en avoit pas un qui ne fust prest de res- 1 pondre de ses actions.
Quand le président Jeannin eust achevé, tous les autres, en présence mesme de ceux du parlement, condamnèrent leur procédure, déclarèrent que le Roj seul avoit droit et pouvoir de convoquer les pairs; que
ai
DB VOnrSIfAT-MARBUlL. [i6i5] 2jg.
1 ils seroient appelés jpar d'autres, ils n'iroient ; et assurereat de leur fidélité, lendemain I il fust donné un arrest au conseil ^ Dt que celuy du parlemeut du vingt-huitième ^ et leurs remonstrances, seroient ostées des rets, et qu'à cet effet on les apporteroit à Sa Maie Roy se réservant de faire droit sur les choses a auroiaat besoin, et de renvoyer au parlement «s édits qui se feroient sur les cahiers des Estats, les vérifier ou y faii^ des remonstrances, prometle les recevoir favorablement, et y faire réflexion, s gens du Boy ayant esté mandés pour entendre ture de cest arrest et le porter au parlement, s'en idirent encore, disant qu^il y alloit mesme de l'indu Roy que les choses désagréables se donnassent ttres^ afin de ne les pas décrediter; mais on vounonobstant cela, qu'ils le portassent. Surquoy les bres furent assemblées, mais avec un succès bien •QUI des autres fois : ce qui vérifia la prédiction de chancelier; car les gens du Roy .ayant fait leur ^rty la pluspart des voix, comme sy tout ce <^i li £iit jusques là ue fust point venu d'eux, allèrent tenter le Roy par toutes sortes de respects et de ictions; et les présidents, avec quelques conseilfurent à l'heure mesme dcsputés pour cela. is le Roy voulant, quelques raisons qu'on luy dire au contraire, que l'arrcst du conseil fust enré, l'on s'assembla plusieurs fois sans rien con • , les amis de M. le prince ayant repris courage, t toutes sortes d'efforts pour lempescher. £n- »utefois, après plusieurs contestations et divers ;es faits de part et d'autre, il fîist résolu qu'on
a80' [i6i5] MiMOiftBfl
donneroit un arrest au paiement portant que les présidents avec quelques consinllers iroient trouTer le Roy, pour luy tesmoigner, et à la Reine aussy, le-dei^laîâr qu'ils avoient de leur mécontentement; protester qolls n'avoient jamais entendu toucher à leurs personnes nj h leurs actions, non plus qu'à tout ce qui s'estoit fiût pendant la régence, n'ayant esté poussés à faire leurs remonstrances d'aucune mauvaise intention, ny pour entreprendre sur leur autorité, mais seulement deaele pour leur service ; espérant que quand ik les voudroient examiner, ils le trouveroient véritable. Cest arrest jfuit du a8 juin , lequel ayant esté prononcé, rendist tout le monde content : le parlement, parcequ'il n'avoit point esté obligé à se desdire, et le Roy parcequll ne s'assembleroit plus.
On disoit alors que ce changement sy prompt et Pf grand n'estoit pas plus venu des soins qu'on prist de regagner les esprits et de les ramener dans leur devoir, que de ce que n'y ayant point eu de ces sortes d'assemblées pendant le règne de Henry-Ie-Grand ny despuis, la pluspart de ceux du parlement n'en avoient point veu, et n'ayant pas grande connoissance des affaires du monde, s'estoient laissé emporter à ces beaux prétextes de réforme et de bien public, croyant ferm^ ment qu'on ne pcnsoit qu'à cela, et c[ue ce leur seroit un grand honneur sy par leur moyen tous les abus qui se commettoient estoient corrigés, et le peuple soulagé. Mais quand ils virent qu'il ne se faisoit rien que par cabale, et pour des fins particulières ausquelles le public n'avoit point de part, et que sy la guerre s'eo ensuivoit, comme il y avoit bien de l'apparence, tout le blasme en tomberoit sur eux et sur leurs assemblées,
DB F01VTB1VAT-MAREUIL. [l6l5] a8l
qu'on en estîmeroit la principale cause, ils changèrent d'opinion, et, ne cherchant qu'à en sortir honnestement, se réunirent avec le premier président aussytost que les remonstrances eurent esté leues devant le Roy, et luy aidèrent à faire donner le dernier arrcst, qui mist fin au désordre.
Et il sembloit aussy qu'ils a voient fait fort sagement, se tirant d^une affaire où ils n'eussent pas enfin trouvé leur compte; car ne pouvant continuer sans rompre avec le Roy, et se joindre à M. le prince pour entrer dans tous ses desseins, mesme celuy de faire la guerre, qu'on voyoit bien qu'il vouloit : de quelque costé que la fortune eust tourné, ils s'en seroient mal trouvés, estant certain que M. le prince n'auroit pas à la fin moins cherché que le Roy ù rabaisser leur autorité, et que plus elle luy auroit esté utile, plus auroit-il eu raison de la vouloir desprimer, de peur qu*ils ne changeassent, et ne luy gardassent pas plus de fidélité qu'au Roy.
De pouvoir aussy luy disputer le commandement ou le partager, il n'y avoit nulle apparence, non seulement pour l'aversion naturelle que ceux de la noblesse, entre les mains de qui sont les principales forces de l'Ëstat, ont pour ceux de la justice, et qu'ils voudroient, s'il y avoit lieu, eux-mesmes gouverner, et non pas s'en remettre à d'autres; mais parceque les peuples des grosses villes ne voudroient , non plus qu'eux , sortir de l'obéissance du Roy pour entrer dans celle du parlement, ainsy qu'il s'estoit veu dans les temps des ducs de Bourgogne, des Auglois et de la Ligue, où les parlements avoient eu peu ou poiut de crédit. Et en effet, un corps où le mérite ny la capacité ne fait point en-
aSs [l6l5] MBMOIESS
trer, mais l'argent , et ou les voix estant comptées et non pas pesées, les jeunes, qui font ordinûrcment lopins grand nombre, le peuvent quasy tousjour» emporter, n'est pas bien propre pour gouverner un Ealat , ou les pins expérimentés et les mieux choisis ne sont pas trop bons , leur prétention de représenter les Estait-généraux estant sans fondement ny apparence, puiaqulls ne sont pas éleus comme eux de toutes les provinces (<)•
La mauvaise intelligence arrivée entre M. de Longue ville et le mareschal d*Ancre, dès qu'ils furent tons deux en Picardie, y. ayant £Eiit naistre deux partis^ BLde Longueville avoit du sien tout le peuple et le commua de la noblesse ; et le mareschal d'Ancre, les gouvemeois des places et les prétendants à la cour. Or M. de gueville, qui estoit pour M. le prince et se vouloit dre utile à son party, considérant combien ia mtadeik d'Amiens importunoit ceux de la ville , essayoit de Ici porter à 4'attaquer, ou du moins à se retrancher contre elle, espérant que quand ils auroient fait oeste des* marche, les autres villes, qui n'aimoient pas non plm le mareschal, y prenant exemple, se desdareroîeDt aussy contre luy, et qu'avec Corbie et le Castelet, dont ils estoient ,assurés, ils donneroient tant d'affaires an Roy dans la Picardie, qu'il seroit forcé de quitter tottle autre chose pour y aller, comme y ayant plus d'inl^ rest à cause du voisinage de Paris; pendant quoy M. le prince, passant en Poitou pour faire déclarer les ho» guenots, rendroit le chemin de Bordeaux sy nudaiii» que le Roy n'y pourroit pas aller.
(0 On lit le détail de ce qui se passa au parlement de Paris à occasion, dans le tome 4 da Mercure françoîs. Les remi sont insérées.
DB FONTXNAY-MÂRBUIL. [l6l5] a83
Mais le mareschal d'Ancre (comme dans tous les
partis il y a tousjours quelques faux frères) en ayant
esté averty, pour tenir le peuple mieux en bride fist
abattre quelques maisons proches d'un canal'qui est
entre la citadelle et la ville, qui pouvoient la couvrir
et empescher que le canon ire Tincoinmodast, et meltre
en mesme temps des chaisnes au pont qui est sur ce
canal , afin d'en estre le maistre, et de le pouv(MrJever
et baisser quand il luy plairoit. Ce qui donna une %Me
appréhension à tous les habitans, qu'on ne voulust en-
tr^rendre quelque chose de nouveau contre eux que
M. de langue ville creust son temps arrivé, et que
ceux de la citadelle n'osant pas tirer sur luy sans un
Mndre de la cour, il pourroit, devant qu'il fust venu,
prendre le pont, et engageant le peuple à le garder,
luy faire faire la déclaration qu'il prétendoit.
Il s'en alla donc un matin aux Celestins, qui sont proches du pont, comme pour y entendre la messe; où estant, accompagné de beaucoup de noblesse, il y Bst encore venir la compagnie de gens de pied de Lierrille, qui y estoit de tout temps en garnison; et puis envoya de ses gardes avec des serruriers pour rompre les chaisnes du pont et le mettre en Testât d'auparavant, ainsy qu'ils eussent fait, sans un gentilhomme du mareschal d'Ancre, nommé Du Tiers, qui s'estant par hasard rencontré sur ce temps là dans l'es» planade, se mist en devoir de l'empescher ; et luy estant inssytost venu du secours de la citadelle, les chassa, et en demeura le maistre. Ce que les plus sages, qui estoient avec M. de Longueville, ayant veu, et que f uand il iroit avec toute sa compagnie et reprendroil le pont , il ne le pourroit pas garder, à cause du canon
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de la citadelle , qui voyoit dessus ; ils allèrent troat«r Hautecloque, lieutenant du mareschal d'Ancre, pour chercher quelque temperamment, et en tirer AL de Longuefille avec honneur. Mais il fust impossible, Du Tiers ayant refusé toutes sortes de partis, et Youluit que les choses demeurassent en Testât qu'elles estoient. Ce qui ayant fort refroidy le peuple, contraignit IL de Ltmgueville à se retirer, et partir d'Amiens dès le IcndlMBaiii , de peur de recevoir un plus grand affront ill y demeuroit davantage. L'action de Du Tiers fust fort louëe dans la cour, et recompensée quelque temps apièi de la cornette des chevaux-légers de la Reine.
Aussytost que M. le prince eust appris ce €{ui s'estât passé à Amiens, il se resolust, craignant qu'on nei'cs prist à luy, et que le Roy estant majeur on ne fist pin de difficulté de Tarrester, de sortir de Paris; ci frisant semblant d'aller à Saint-Maur, comme il luy cslok assez ordinaire, il fust dès le lendemain à Clcrmoat, qui estoit aussy à luy, afin de pouvoir dire et faire de là tout ce qui luy plairoit, sans crainte de la prison. Tous les autres de son party, et qui estoient à la cour, en partirent aussy au mesme temps , et sans prendre congé du Roy.
Le desplaisir que donna le parlement de M. le prinoe à tous ceux qui aimoient véritablement le bien du Hof et du royaume ne se peust quasy exprimer; car ik croyoient qu'on alloit entrer dans une guerre d'aotail plus dangereuse, que les huguenots, qui a voient es permission de s'assembler, le temps en estant esdieu, ne feroient nulle difficulté de s'en mesler, et de s'onir avec luy pour tous ses interests, puisqu'il prencMt aussy les leurs, et vouloit en toutes façons empesdier les
DB FONTBNAT-MARBUIL. [l6l5] aSS
mariages, dont ils avoient tant d'apprebension. Ce que la Reine et ceux du conseil voyoient bien , mais sans |r pouvoir remédier, parcequ'outre que personne ne loutoit que le retardement du voyage du Roy, que M[. le prince demandoit sy instamment , n'estant qu'un 3retexte, ne le feroit pas revenir, la réputation du Roy y estoit trop engagée, le roy d'Espagne s'estant lesja mis eu chemin pour amener llnfante sur la fron-
licre.
C'est pourquoy la Reine voulant faire partir le Roy 'à quelque prix que ce fust, elle (ist, pour s'y bien préparer, expédier des commissions pour lever trois armées : Tune qui suivroit le Roy; Tautre, qui seroit la plus considérable, pour s'opposer à M. le prince en quelque part qu'il allast ; et l'autre pour demeurer en Picardie et bloquer Corbie, ou venir à Paris s'il en estoit besoin.
Mais, pour mettre le plus qu'il se pourroit M. le prince dans son tort, M. de Villeroy fust envoyé l'avertir de ce qui a voit esté résolu, le prier d'accompagner le Roy; et, s'il le refusoit, d'en dire les causes, rassurant qu'on les osteroit s'il estoit possible. A quoy il respondit qu'il ne pouvoit pas retourner tant qu'on parlcroit du voyage, et qu'on ne donneroit point de satisfaction au parlement sur ses remonstrances, ny à luy ny à ses amis dans leurs justes prétentions. Ce qui s'entendoit principalement pour luy d estre fait chef du conseil des parties et des finances; et pour ses amis, de donner à M. de Bouillon, qui estoit premier mareschal de France , la direction du taillon tant qu'il n'y auroit point de conncstable, afin qu'estant roaistres de la justice et de l'argent, tout le monde despendist
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d'eux, et qu il ne restast quasy nui pouvoir au Roy n; à la Rçine.
Ce fust sur ce temps là que la compagnie tie gendarmes de la Reitie, qu'on n'avoit licentiée que pour en oster, comme j'ay desja dit, M. de Sully et tous les autres officiers qui estoient huguenots, fust remise sor pied. M. de Praslin en eust la lieutenance; et messîeon de Fossés, de Bourbon ne et de Masarguc, frère du oo« lonel d'Ornane, la sous- lieutenance, l'enseigne et le guidon.
M. de Villeroy ayant apporté la responce de M. le prince, y retourna plusieurs fois despuis, mais toui* jours inutilement; M. le prince, qui ne cherchoit qu'à retarder le partement du Roy pour donner temps à M amis de faire des levées , et voir à quoy les huguenoli se porteroient, proposant à chaque voyage de nouvelles difficultés : et trouvant enfin Clermont mal propre pour cela à cause du voisinage de Paris, il se reCiFi à Coucy, qui en est plus eslongné, prenant pour prétexte qu'on le vouloit enfermer dans Clermont qui n'est point fortifié, et le prendre devant qu'il peust eitie secouru.
Coqui fist résoudre la Reine, pour ne perdre plis de temps en négociations, à luy faire escrire enooif une fois pour sçavoir sa dernière résolution, et l'assorer de nouveau que s'il vouloit estre du voyage, on fe* roit tout ce que raisonnablement on pourroit pour le contenter ; sinon , qu'on ne laisseroit pas de partir. Ge fust M. de Pontchartrain , secrétaire d'Estat , qui eoft ceste commission.
Mais cela ne servist qu'à luy donner de nouveaux subjects de crier, et de dire que puisqu'on vouloit toat
DB VOHTSRAT-MAABtJIL. [l6l5] 287
perdre, faisant partir le Roy devant qu'il eust mis or- Ire à ses affaires, il ne luy seroit pas au moios reprobé d*y avoir contribué ny consenty; se plaignant au este du maresdial d'Ancre et de Dolé (0 , que ce derier a voit, quelque temps auparavant, tire du barreau car il estoit avocat) pour en faire son principal coudent; du chancelier, et du commandeur de Sillery m frère , et de M. de Bullion ; lesquels il disoit estre luses, par leurs mauvais conseils, de tous les désorres oïl on alloit entrer, et ceux dont le parlement ¥Ojt entendu parler dans ses remous trances. Aquoy il joustoit encore la mort de Prouville, arrivée sur ce smps là.
Or ce Prouville estoit sergent major d'Amiens, qui roit longtemps suivy le maréchal d'Ancre; mais voyant i*il n'eu pou voit rien tirer, il s'estoit rangé du party bM. de Longueville. De sorte qu'un soldat italien, de *pt ou huit qu'il y avoit dans la citadelle, ayant battu i valet d'un habitant, quoyque sy légèrement qu'il en garda pas seulement le logis, quelques habitans ^anmoins, qui en haine du mareschal en vouloient à lUte la nation, l'ayant fait prendre, comme il estoit •rt aisé, ne se gardant point, il fust dès le lendemain sndu, sans que Prouville s'y interessast, bien que cela ml de sa charge, ny fist aucune diligence pour le uver. Despuis, trois autres soldats aussy italiens s'en tant voulu venger sur un habitant qu'ils trouvèrent LOS l'esplanade , et le maltraiter, ceux de la ville, bien i'3 se fust sauvé, ne laissèrent d'en faire informer,
i) Ee de Dolé .'Loois Dolé, aTocat, d'abord procureur général de la ine , poia conseiller d*Etat et mtendant des finances, étoit la créae da maréchal d* Ancre. Il monrat en i6f 6.
a88 [i6i5] Miiioimss
et on travailloit à leur procès, ProuTiUe le tooflhal encore comme de celuy qui avoit esté pendu.
De. sorte que le bruit commun, panny tous kl soldats de la citadelle, estant qu'il participoit à tout ce qui se faisoit contre eux; dès que les trois ItaKem qu'on avoit du commencement envoyés à Paris pour appaiser la rumeur en furent revenus, ils se resoloRot, croyant peut-estre ne faire pas de desplaisir an mara chai d'Ancre, de s'en venger; et l'ayant vea dans k citadelle, où il estoit allé trouver un secrétaire do mreschal pour s'excuser de sa conduite en ces deux OO" casions, ils l'attendirent dans l'esplanade, rt rnniiai nerent devant qu'il fust rentré dans la ville, se retirai après dans la citadelle, et de là en Flandre. Dont M. ^ Longueville, qui estoit lors à G>ucy avec M. le prineei ayant eu avis, il y courust aussytost pour esmouvoir le peuple, et l'obliger à en prendre quelque ressentiment. Mais M. de Nerestan, qui y fust par ordre di Aoy, y arrivant le premier, les sceust sy bien mesnager, que M. de Longueville connust bientost qu'il n'y f^ gneroit rien; et craignant mesme enfin de n'ycstre pas en seureté, il se retira à C-orbie (0.
Cependant le Roy escrivist au parlement toutes la diligences qu'il avoit faites pour obliger M. le prince à revenir auprès de luy, et à l'accompagner dans isi voyage; mais que l'ayant refusé, il ne pou voit pas do» ter de ses mauvaises intentions. C'est pourquoy ayirt résolu, nonobstant cela, de s'en aller, il leur comiondoit de tenir la main à ce que chacun d^neurast dm son devoir pendant son absence, faisant punir les cob*
(0 Fojrez, sur TaiftaMmat de ProuTÎlle, le Mercure françoû, tomnit page 148.
DB romtMtT-^AiiettiL. [i(ji51 389
Inioiants. Il manda aussy la mesme cbose k tous les aufres parlentenls.et aux goiiverneurii de provinces et (le pUc-es.
A quoy M. le prince re^pondît par un manifeste qu'il fin porter su Roy par un des siens, nommé Mareon- |Det, et dont il envoya partout de» copies, et prineip^meot à Ttu^mblée des huguenots tenue à Grenoble aux Rochellois, les coDviatit de s'unir avec Itiy pour cnpescber les mariages. Mais l'assemblée, tjui ne faisoit commencer, estant fort divisée, et ceux de La KocfceUe ne voulant pas se déclarer sans elle, cela ne &st paicncorc l'effet qu'il prétenduît.
LaReioe voyant toute» le» aetion<i de M. le prince ■e tendre qu'à la guerre, cl que rien ne l'en avoit peu deitouruer, fist Testât des années, donnant le eom- •meot de celle qui dcvoit suivre le Itoy à M, de fiiBse,avec le régiment des Gardes, les gendarmes et Ib che^'aux-légers du Koy, avec quelques troupes qui stlennenl en Guyenne; et messieurs de Moutignyetde Seint-Geran pour mareschaux de canqi.
Le mareschal d'Ancre avoit, du commencement, demaadè le commandement de celle qui s'opposcroJt kM- le prince; mais ses propres omis considérant que, annt jamais veu de guerre, il sernit un subject mal ■roportionrié à M. de Bouillon, estimé l'un des meilbors capitaines de son temps, et qu'estant fort hay des ■ruples, il seroit à cniiadre que cela les portast plustost à cstre contre le Roy que l'amitié i|u'ils avoicnt pour M. le prince, firent tant qu'il s'en désista, pourna qu'on la donnast a un mareschal de France plus ucicn que luy, pour en exclure M. de Prasliu qu'il naimoit pas, et auquel tout le monde la des tinoit, pour 5o. '9
20O [l6l5] MÉMOmKS
la grande confiance qu'on avoit en luy. On la donin donc au mareschal de Bois-Dauphin (0 , et M. de Praslin fust seul mareschal de camp.
Il y eust dans ceste armée les Suisses de la gaide, commandés par M. de Bassompierre, fait peu aupirtvant leur colonel général , par la démission de M. de Rohan; les régiments de Picardie, Piémont, Navarre, Champagne, Bourg, Lespinasse, Rambure, Yaubecourt, Boniface et La Meilleraye. La cavalerie estoit composée des gendarmes de la Reine et de Monsieur, commandés par messieurs de Fossés et de MariUac, sous-lieutenants, et de ceux de M. de Bois-Dauplib; des chevaux-légers du Roy, pendant qu'il n'estoit que dauphin, qu'on avoit tousjours entretenus à cause de M. de Contenant qui les commandoit; et de ceux de messieurs de Vendosme, chevalier de Vendosme et de Verneuil, dont messieurs d'Heure, de Lopes et de li Boulaye estoient lieutenants; et des compagnies de messieurs de Vitry, Sablé, Nangis , Bussy-d'Amboise, Moolglat , Zamet et MaroUes (^) ; de nouvelles levées tfcc quatre compagnies de carabins, dont M. de Gië estoit mestre-de-camp ; tout cela faisant plus de dix nulle hommes de pied François, deux mille Suisses, et environ quinze cents chevaux.
(0 De Bois'Dauphin : Urbain de Lara 1» seigneur de maréchal de France, mourut en 1629. — ^*^ ^' MarolUs : Glande et Marolles 8*étoit rendu célèbre par de beaux faits d*armes, et partiel' lièrement par un combat singulier contre Marirauf, le joarmémedeli mort de Henri lu. (^o^rz le Journal de L'Estoile, t. 46 , p. 8, decrii série.) L'abbé de Marolles, son fils, parle de Taffaire de Bonny dansj^ Mémoires; Claude y avoit un commandement dans Tarmée du Roit r tandis que son fils atné, page de M. de Mayenne, suiToît le parti è% |t princes, (^o/ez les Mémoiret de Marolles, édit. de 17S5 » t. i , p. 4^.) 1.
DB FOHTBIfAT-MARfiUIL. [l6l5] 2^1
Le mareschal d'Ancre cust celle de Picardie, oii, liors le régiment de Nerestan, tout estoit de nouvelles iroupes, entre lesquelles le régiment de Portes fust le plus considéré, ayant en douze compagnies plus de louze cents hommes fort lestes, qu'il avoit levés en Normandie, quoyqu'il fust de Languedoc, par le moyen de «asœur, abbesse de Caen, qui engagea plusieurs personnes riches et de qualité à y prendre des compagnies.
IjCS choses estant en cest estât, le Roy partist de Paris le dix-septieme d'aoust i6i5, et fust accompagné assés loin hors de la ville par messieurs deVendosme, de Nevers, mareschal d'Ancre, et autres personnes de qualité, qui esLoient à Paris. M. de Yendosme s'en alla iprès cela faire des levées pour le Roy. M. de Nevers 5e retira à Nevers, n'ayant point esté contre le Roy œste année là, à cause de madame de Nevers, à qui on donna la commission de conduire Madame et d'amener la Reine; et le mareschal d'Ancre fust en Picardie. Madame ne partist pas avec le Roy, devant, selon la coutume, estre accompagnée du corps de ville et de quelques compagnies de bourgeob , environ une lieue. Elle estoit dans une litière de velours cramoisy, toute eo broderie d'or; les pages et les muletiers qui la menoient vestusde mesme : mais après que ceux qui l'accompagnoient s'en furent allés, elle monta en carosse, et joignist le Roy à la couchée.
Le président Le Jay avoit tesmoigné tout l'hiver une telle partialité pour M. le prince, qu'on ne jugea pas à propos de le laisser à Paris pendant Tabsence du Roy. C'est pourquoy on envoya à son logis, le mesme inatin qu'on partist, un exempt avec des gardes, lequel luy ayant dit que le Roy vouloit parler à luy, le fist
ttp'S [l6l5] MBHOIIIBS
monter dans un carosse à six chevaux , et le ment ï Amboise. Sa femme fust à Theure mesme au Louvre; mais n'y trouvant personne, elle eust recours au par. lement, afin qu'il y prist interest et demandast son retour, comme il fist par une desputation fort solemnelle d'unpre»dent et de quelques conseillers, qui alléguèrent leurs privilèges, et beaucoup d'autres raisons ausquelles on ne respondit rien , sinon que le Roy s'en vouloit servir ailleurs ; ayant cependant esté dit en pa^ ticulier aux desputés qu'ils s'en pouvoient retourner, et que pour chose du monde on ne le mettroit en liberté tant qu'on seroit hors de Paris, à cause de ce qu'il avoit fait pendant l'hiver. Ce qu'ayant rapporté t leur compagnie, il y en eust peu qui ne le trouvasscat juste; de sorte qu'ils en demeurèrent là.
Le soin de Paris pendant l'absence du Roy fut laisié à M. de Liancourt , qui en estoit gouverneur; au pn^ mier président, et au président Miron, prevost do marchands. Monsieur logea à l'Arsenal, parcequ'il yi plus d'air qu'au Louvre; et l'on fist garde aux portes.
Quand M. le prince vrst que tous ses artifices pour arrester le Roy avoient esté inutiles, il craignist que, s'il differoit davantage à aller en Poitou , les mariages ne se fissent, et que ce prétexte luy manquant, les ht guenots, sans lesquels il sçavoit bien ne pouvoir pu subsister, fissent plus de difficulté de prendre son partj. C'est pourquoy il hasta tellement ses levées, qu'dia furent plustost prestes que celles du Roy.
Mais quand elles furent à Noyon , où estoit leur rendez-vous général, il ne s'y trouva que quatre à cinf mille hommes de pied , et environ trois mille chevaus, que bons que mauvais; car il y en avoit plus de b
DB voirrfiNÂT-MAREuiL. [i6i5] spS
moitié de carabins. De sorte que se voyant, avec sy peu de forces , tant de chemin à faire et de rivières à passer devant que d'estre en Poitou, où il falloit aller ou përir, 3n y trouvoit sy peu d*apparence, devant une année îAUssy grande que seroit celle du Roy, que sy c'eust esté à recommencer, il est très certain que ny luy ny aucun de ses amis ne Tauroit entrepris : mais y estant engagés, et obligés par nécessité d'en prendre le hasard, ils se résolurent d'aller, espérant que la grande capacité de M. de Bouillon y pourroit suppléer; et afin que pendant leur voyage Clermont, qui pou voit fort incommoder Paris et interrompre son commerce avec Amiens, ne se trouvast pas despourveu,. ik y allèrent pour y mettre garnison.
Or, le mesme jour qu'ils y arrivèrent, les recrnes du régiment de Picardie, commandées par les capitaines Hames et Bonneuil, dévoient coucher h Bresle, qui n'en est qu'à deux ou trois lieues : ce dont M. le prince ayant esté averty, messieurs de Longueville et du Maine y allèrent, avec une partie de leur cavalerie; mais les autres aussy, sur l'avis qu'ils eurent que M. le prince venoit à Clermont, ayaHt passé outre, pour gagner le pont d'Herme et se couvrir du Thérain, qui n'est guéable qu'en peu d'endroits,. ils se fussent assurément sauvés, sans les défilés qu'ils trouvèrent, qui les arresterent sy longtemps qu'ayant enfin esté attrapés, ils furent défaits, et tous les officiers pris avec le bagage (0. Ensuite de quoy M. le prince laissa M. dUaraucourt, gouverneur du Castelet, dans Clermont, et retourna passer la rivière d'Oise à Noyon, et celle d'Aisne à Soissons.
'*) Pris avec le bagage: Ce fait se passa le 17 septembre i6c jL
294 [l6l5] MBMOIREfl
Quant à rarince du Roy, elle se trouva estant ensemble sy forte et sy bonne, que sy on sVn fust serv\, comme on le pouvoit, M. le prince ne s'en serait pas sauvé; mais deux choses principalement la rendirent comme inutile. La première, qu'au lieu de la donner à un homme vigilant et actif, qui allast chercher les ennemis jusques chez eux ( comme il faut faire dans le commencement des guerres civiles, où il n'y a ordinairement que de nouvelles troupes, et des gens qui, n'ayant pas -accoutumé d'estre contre le Hoy, s'estonnent dès qu'ils l'entendent nommer), pour ne leur don* ner pas loisir de se reconboistre et de s'assurer, on prist M. de Bois-Dauphin, qui avoit bien esté autrefois,! ce qu'on disoit, fort brave, mais non pas jamais, ï ce que je crois, grand capitaine, et qui, abattu par Fâge et par les maladies, estoit tout-à-fait mal propre pour cest employ. Et la seconde, de luy avoir trop cxpre88^ ment commandé de ne rien hasarder, estant certaio que sans cela il ne se seroit pas peu empescfaer de combattre à Bonny (0 et ailleurs, où tout le monde jiigeoit qu'il le pouvoit faire seurement.
Les troupes du Roy avoienl eu leur rendés-vous ï Creil; mais, sur l'avis qu'on eust que M. le prince estoit à Soissons, on les fist venir à Dampmartin pour couvrir Paris, et empescher les rumeurs qui s'y pour roient faire s'il s'en approchoit. Ce fust dès là où M. de Bouillon montra qu'il en sçavoit plus que M. de Bois' Dauphin ; car voyant ces te appréhension , il luy en donna tousjours des alarmes , jusques à ce qu'il se fiist mis entre luy et Chasteau -Thierry , dont il avoit besoin
(>} ^ Bonnjr : Petite riUe sur la Loire , k cinq lieues aa*defSiM àf Gicn.
DX rosTtsxT-MiiiEriL. [i6i5] 395
poDT p«sscr U riïiere Je Marne et aller en Poitou, où ilaroit bien plus affaire iju'à Paris.
Crst uDc assés mauvaise place, et où , ne prévoyant pM qu'elle deust estre attaquée, ou n'avoil rien en- >oTc; de surle (]u'il ne s'y trouva que cinijuantc mortejures et k*s bibitaots, icsqucU furent sy estonués de »oir cjuatfv ineschanles pièces qu'on mettoit en battcris car il n'y en «voit pas plus que cela}, que, craignant U (uJiage, ils forcèrent le vicomie d'Aucliy, leur gou- ^fmeur, de se rendre devant que M. de Fossû, qui s't en alloit avec les gendarmes de la Beinc et deux ceots «ievaux'l^ers, y pcust arriver. M. le prince prist fn*aite E^emay, aussy sur la Marne, pour donner ■jiirlque rafraischissement h son armée.
i^'exeiDple de Cbast eau-Thierry faisant peur pour les «lUe» de la rivière de Seine, M. de Fossés fusl envoyé ■wc cinquaute mestres de la compagnie de l:i R^îne et le Tégimeiit de Navarre, pour garder Corbeîl . Melun , MootFreau et Nogent, et se jetter où il en seroit besoin.
AirivaDt à Montcreau, il sceust que le baron de CiiiUy, qui avoit levé un régiment pour M. le priice, l'xtnuloit à Villcblcuvin, retranciié dans l'église et dans aac maison qui commandoit sur la porte, pour le joindre quand il passeroit. De sorte que, de peur ^alï ue deslogeast quand il le si;auroît sy proche, U s'v en alla à l'heure mesme. La maison fust forcée, et la porte de l'église rompue avec un pé(.-ird fait d'une aiguière d'estain. Tout ce qui estoit dedans fust pris ou ini, excepté le ineslre de camp, qui se sauva; et on n'y perdis! que d'Age, e^cuyer du Roy et premier geoilarme de la Reine, qui avoit fait le pétard, et cinq ou ut. soldats du régiment de Navarre.
296 [l6l5] MÉMOIRES
Cependaut M. le prince estant allé à Ferechampe* noise, M. de Bois-Dauphin fus! à Sezanne pour couvrir la rivière de Seine, où il eust avis que M« du Maine, avec plus de cinq cents chevaux des meilleurs de Farmée, avoit eu son quartier en un bourg nommé, cerne semble, Saint-Saturnin , séparé de tout le reste par un grand marais (0 qui ne se passoit que sur une fort longue chaussée. Or, s'y voyant en péril, il vouloit quoo fist promptement repaistre, pour aller après chercherun logement plus assuré. Mais la pluspart de ses gens estant volontaires , qui n'obéissent pas comme des troupes réglées, eurent tant de peur, s'ils quittoieot oeluy-li, de n'en trouver point d'autre, tous les villages de derrière eux estans pris, qu'il ne leur peust jamais pe^ suader, promettant seulement d'en partir à la pointe du jour; et s'ils estoient attaqués (ce qu'ils croyoieit pourtant difficile, à cause du peu de temps qu'ils j seroient), de payer de leurs personnes, comme en effet ils y eussent esté obligez sy le dessein qu'on avoit fait de les enlever eust esté bien exécute. Car M. de Bois-Dauphin y ayant envoyé M. de Prasiin avec quatre mille hommes de pied et sept ou huit cents chevaux, ils ne s'en seroient pas sauvés, sans que, dès que leun gardes avancées leur eurent donné l'alarme, ils montèrent tous à cheval et se mirent à la teste de leur qua^ tier pour périr honorablement, comme ils l'a voient promis. Ce qui fist que plusieurs voyant ceste hardiesse, soupçonnèrent qu'il y avoit plus de gens qu'on ne IV voit dit, et que peut-estre toute l'armée ou la plus grande partie y estoit. Et parccqu'on ne pouvoit pas bien aisément s'en esclaircir, n'estant pas encore jour,
{*) Un grand marais : Le marais de Saint-Gon , près de Pleurs.
OB FONTENAT-MÀRCniL. [l6l5] 397
et qu'un des principaux de ceux qui marchoient à la teste (0, et qui estoit dans le cœur pour M. le prince, assura de s'en estre approché de fort près, et de Tavoir veue; M. de Praslin eust sy grand peur de hasarder quelque chose contre les ordres exprès qu'on avoit du Roy, qu'il se retira, nonobstant tout ce que luy peurent dire M. de Contenant et quelques autres de la cavalerie légère, qui, s'estant aussy fort avancés, maintenoient qu il n'y avoit que fort peu de gens. Dont enfin M. de Praslin ayant sceu la venté, et comme il avoit esté trompé, faillit à se désespérer (^).
II ne faut point douter que la défaite de ces gens-là auroit finy la guerre; car estant la fleur de toute l'armée, et quasy les seuls sur qui on se pouvoit reposer en un combat, M. le prince n'auroit osé après cela ny entreprendre d'aller en Poitou, ny tenir en quelque Heu que c'eust esté contre l'armée du Roy ; et il eust esté bientost contraint, ou de sortir du royaume, ou de subir la loy qu'on luy auroit voulu donner.
Celuy qui assura d'avoir veu que toute l'armée de M. le prince y estoit n'en fust pas plus mal à la cour, tant il est vray qu'en France on ne sçait ny punir ny recompenser; ce qui est, ce semble, une des plus grandes fautes qui se commettent dans le gouvernement, et la cause principale des désordres qui y arrivent sy souvent.
Or, ce qui faisoit que les troupes se trouvoient quel-
{*) ji ia teste: Un gentilhomme nommé La Saye, capitaine det carabins. ( yojrtz les Mémoires de Bassompieire, t. ao , p. 66, deuxième série de cette G>llection. ) — (*) Bassompierre raconte arec beaucoup de dctafls l'escarmouche de Saint-Saturnin, à laquelle il prit part soos les ordres de M. de Praslin. ( Fojrez ses Mémoinê au fomt cité, p. 63. )
298 [l6l5] MBMOIRSS
quefois sy eslongnces les unes des autres qu'elles en estoieat en grand péril , venoit de la manière dont on les logeoit en ce temps là quand les armées marchoient par la campagne; car ne se parlant point de camper, de peur que tout ne se fust* desbandé, on prenoitle meilleur logement pour mettre le général, les antres principaux officiers, le canon et les vivres, avec quelques compagnies de gendarmes, et un régiment ou deui tout au plus pour les garder. Tout le reste alloit dam les villages d'alentour plus ou moins eslongnés, selon qu'on les trouvoit, et pressé selon qu'on estoit loin oa proche des ennemis; mais ordinairement tous les gendarmes le plus près du quartier général , et le plus à couvert qu'il se pouvoit, car ils n'aimoient pas à £ure de grandes gardes, ny à monter souvent à cheval sani besoin : Tinfanterie, deux ou trois régiments ensemble; et la cavalerie légère, en deux ou trois quartiers tuâ au moins. £t comme il falloit dans l'armée de M. k prince principalement, oii ils n'avoient pas des carte sy exactes que dans l'armée du Roy, que pour faire h distribution des quartiers ils s'en rapportassent à d5 paysans, qui les trompoient souvent, par ignorance ou de propos délibéré; aussy pouvoit-on facilement ton* ber dans l'inconvénient où se trouva lors M. du Mainr, M. de Bouillon n'ayant pas esté averty du grand manii qui estoit entre le quartier qu'il luy donnoit et le reste de l'armée. Que sy la cavalerie avoit l'alarme, elle d^ voit à l'heure mesme monter à cheval, et se rendre au quartier général; et sy l'infanterie, pour estre attaquée ou trop proche des ennemis, n'y pouvoit pas aller, oo l'alloit quérir, ayant ordre de se barricader sy biei qu'elle poust attendre du secours.
tôkdrfs ehoMS la faûoient mouler a cheval, ïit aussy travaillée que sy elle uust campé ; ivaliers n'eussent eu qu'un cheval , eomiDe ' temps-cy, il n'y en aurait pas eu pour un
rtirequcjc vis tenir dans l'une et dans l'autre jant toute cesto campagne (car je commenporter les armes j , et comme en UMiient in icnt tous CCS grands personnages qui vivaient In fauguenots et de la Ligue, ceux qui com- Me tous les deux cosiés ayant fait leur ap- ! sous eux : ce qui ne se pratiqueroit pat j, sans qu'on vist bienlost enlever tous le»
: que M. de Bois-Dauphin eiitoit à Sezanne, illon, qui vouloit aller à Mery pour y passer eSeine, ayant cstt' averly qu'il trouveroit sur une grande chaussée qu'il pourroit dîfficiler, sy on le suivoit, sans perdre une partie de i£tit sur le soir avancer mille ou douze cents hoeaà Pleurs, qui n'est qu'à deux lieues de
3oO [l6l5J MÉMOIRES
qui donna une sy grande alarme h M. de Bois-Dauphio, qu'il manda à toute Farmée de venir à Sezanoe.
Mais comme, après qu'il fust jour, on les en?oja reconnoistre, M. de Contenant, qui s'avança le plus et fist quelques prisonniers, apprist qu'ils n'estoient venu à Pleurs que pour couvrir leur marche et le passage de ceste chaussée, et qu'ayant appris que toutes les autm troupes l'a voient passée, ils s'en alloient fort viste, a£a d'en faire de mesme devant qu'on peust estre à eux On eust bien quelque envie d'aller après; maisToyant enfin qu'ils avoient plus de deux lieues d'avance, et qu'on n'y seroit pas assez à temps, on les laissa alkr.
M. le prince ayant mis ce défilé entre luy et rannce du Roy, passa sans difficulté la rivière d'Aube, etpriit ensuite Mery, qui n'auroit pas peu se defïendrc à nioiv que de toute l'armée. De sorte qu'on commença à craindre pour la ville de Sens, dans laquelle le vois* nage de Valéry luy avoit donné beaucoup de partisani C'est pourquoy M. de Fossés, revenu despuis d«i jours à l'armée, y fust envoyé avec les niesmes gem qu'il avoit desja eus, pour s'en assurer; et j'y fus avec luy, comme j'avois fait sur la rivière de Seine.
Quand on sceust qu'il arrivoit, il se fist une asseoblée de ville pour voir ce qu'il faudroit faire, oui passa tout d'une voix ( les serviteurs du Roy n'avait osé se déclarer) de ne le point recevoir, mesme datf les faubourgs, espérant que M. le prince y seroit pb tost que M. de Bois-Dauphin, et qu'ils le pourroieiit faire entrer. Mais M. de Fossés, qui alla parler à «tt à la porte, où ils le firent demeurer despuis midy ju»ques au soir, leur fist tant donner d'avis que l'aniiéf du Roy y seroit le lendemain, que n'ayant point aussr
DB P03ITEIfAT-MAnEUiL. [l6l5] 3oi
de nouvelles de M. le prince, ils eurent peur, et consentirent enfin qu'il logeastau faubourg d'Yonne, avec promesse de le recevoir en cas de besoin dans la ville.
M. de Fossés prist ce logement, afin de pouvoir faire repaistre seulement; car estant bien assuré qu'ils aideroient plustost à le défaire qu'à le sauver, il demeura toute la uuict sous les armes, faisant battre l'estrade, et sollicitant tellement M. de Bois-Dauphin de se haster, comme le seul moyen de sauver une ville de sy grande importance, qu'il y fust en effet le lendemain, et un jour devant que M. le prince, qui avoit plus de chemin à faire, y peust arriver. Ce qui mist le peuple en grand trouble, y en ayant de sy passionnés qu'ils ne vouloient pas qu'on luy ouvrist les portes ; et ne le pouvant enfin cmpescher, un d'entre eux , comme M. de Praslin , qui cstoit lieutenant de roy en ceste partie de la Champagne, y entroit pour parler aux magistrats et donner ordre pour la réception de l'armée, fust assés hardy pour monter sur la porte, où, coupant la corde de la herse, elle seroit infailliblement tombée sur sa teste, sans qu'un autre qui s'en aperceust l'arresta avec sa hallebarde.
M. le prince se voyant prévenu, tourna aussytost à gauche pour passer la rivière d'Yonne plus haut; et M. de Bois-Dauphin ayant demeuré deux jours à Sens, et rois la ville en seuretéCO, s'en alla à Joigny, où il eust avis que les troupes de M. de Luxembourg estoient à une lieue et demye de là , dans un bourg nommé Chanlay, eslongné de plus de deux lieues de tous les autres
(') La vilie en seureté: Le maréchal fit prêter aux habitans, le lo octobre i6i5, on nonTcau ferment de fidélité, dont la formule a été insérée dans )e Mercore françoit, t. 4» P* 3^7*
3oa [l6l5] BIÉMOIRES
quartiers de M. le prince ; non que M. de BodiUcm Teust donné, mais parceque la pluspart de ces gens-là estant, comme ceux de M. du Maine, sans obâssance, ils Tavoient pris de leur propre autorité, le sçacbaDt meilleur que celuy qu'ils avoient eu; aimant mieux tout hazarder que de voir leurs chevaux et eux dans un mauvais logement.
L'avis donc en ayant esté donné, M. de Praslinj alla, sans s'arrester à Joigny, avec toute l'avant-garde et quatre petites pièces de campagr^. pour essayer df réparer la faute de Saint-Saturnin : .nais ny le uorobit ny la qualité des gens ne rendoient pas la chose pareille. Ils furent sy surpris, croyant, ce dirent-ils ds* puis, l'armée encore à Sens, qu'ils n'eurent autre loisr que de fermer les portes et d'envoyer à M. de Luxes* bourg, lequel estant allé un peu auparavant voir H.k prince, fist tout ce qu'il peust pour y mener du secours.
Mais quand toutes les troupes auroient esté l<^ett ensemble , elles n'y seroient pas arrivées assés à tempi, ceux de Chanlay, qui se trouvèrent avec de simples murailles, n'ayant pensé , dès qu'ils virent l'artillerie preste à tirer, qu'à se rendre; comme aussy M. de Bois-Dviphin , qui enfm y estoit venu , qu'à les avoir en qudi|iie sorte que ce fust, tant il eust peur qu'uoe grande poussière, faite par un troupeau de moutons qui fuyoicot dans une maison de gentilhomme proche de là, ne fust M. le prince. De sorte qu'on les laissa aller avec chacun un bidet , qui estoit trop pour des gens qui se sçavoient sy mal garder. Ils trouvèrent leur armée desja ensemble, et preste à marcher pour les secourir; de sorte que s'ils eussent peu l'attendre, il se seroit vraf-
.T-M«tllLII.. [itiiS] 3o3
iiiiiMiltllIiMilH dfmai un grand combat , car loute l'irmée du Roy y esloil vernie , el iiViisl pas peu s« retirer. (.-est csduc, quoique petit, donna n(.-aniuoins uae grande joje à M. de Itois-Daiiphin, croyaril avuîr réparé les faules passées; mais il ne fiist pas longtemps tans en faire cui:ore de nouvelles, et de bien autre conséquence.
Quant a M. de Bouilloa, il ea fust peu louché; car a'ajant autre pensée que de mener M. le prince en Poi- Ion, U ne comptuÎL pour rien tout ce qui ne l'en empeicboît pas. t"est pourquoy, sans songer à en prendre ivrauche, aj s'ara-ster à quoy que ce fust, il alla diiigeinuient à Boruiy, oii il cruyoit trouver des gués propres pour passer la rivière de Loire, Il y arriva ■îonc le sri/ieine (0 d'octobre; et le mesme jour M. de Bois-Daupliin fust a Aussoy-sur-Trcîzc, qui n'en est (fu'â deux ou trois lieues, les carabins ayant eu leur ijuani<T à Ousson-sur-I.oire.
Usny furent pas plus tost arrivés qu'ils vii'ciit de la
eavaierie qui faisott mine de les vouloir investir, et
prraitre revanche du Chanlay : dont se trouvant fort
s (car il est vray qu'ils n'eussent pas peu faire
[ grande résistance, n'y ayant que de mechantt» mn-
•lille», et les portes se pouvant ii peine fermer), ils en
arertirent à l'heure mesme M. de Bois- Dauphin, et que
M. le prince esioit à Bonny pour y passer la rivière,
Sarquoy le conseil estant assemblé, on manda à
I U. de Gié, mestrc de camp des carabins, que s'il ne se
I pouToit retirer, qu'il se deffendist, parcequ'ou semit
té itititmt : Erreur ; l'arinM de* priucci uriTi l« 18 oclobrc * ,-. ( fajti \t Hercu» frinçoit, t. j, p. iGij et le* Mrmoira d*
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bientost à luy, et on envoya en mesme tenqptâ loula les troupes pour les faire venir; mais il n'en estoit poÎDt de besoin, au moins pour la cavalerie, les carabins ayant donné l'alarme sy chaude partout , qu'elle estoit desja en chemin quand ils receurent Tordre de se rendre au quartier du Roy, ayant oublié de dire que celuy du général se nomme tousjours ainsy.
Après que tout fust arrivé, M. de Bois-Dauphin f ust avis que ceux qu'on avoit veus devant Ousson n'estant que des gens envoyés aux nouvelles s'estoient retins, et que tous leurs quartiers estoicnt sy eslongnés les nos des autres, qu'il pourroit enlever celuy qui luy plairoit devant qu'il peust estre secouru; de sorte qu'il se résolust de partir dès qu'il seroit jour, et d'aller à cela de M. le prince mesme.
Ayant passé Ousson, on vist une garde de cavalerie sur le bord d'un grand raviu, qui se retira dèsqie l'armée parust; laquelle marclioit en bataille et t\K tant d'ordre, que les troupes rep renoient 4'elles mesmes leurs places quand on avoit passé quelque défilé; de sorte qu'on fust bien plustost devant Bonny que M. de Bouillon ne pensoit; et il ne s'est jamais veu une plin belle armée pour ce qu'elle contenoit , ny qui eust plus d'envie de combattre.
La garde des ennemis les ayant avertis qu'on alloit droit à eux, M. de Bouillon se trouva fort surprise! embarassé; car n'ayant prétendu passer la rivière que la nuit suivante, et ne croyant pas que contre les or di^es du Boy on se deust mettre en hasard de combattre, il avoit permis à ceux de la cavalerie de demeurer toute la journée dans leurs quartiers, pour se reposer et faire le plus de provisions qu'ils pourroient; de sorte
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quil n*aYlMt avec luy que la seule infanterie, qui estoit petite et mauvaise.
Toutefois ne voyant point de salut qu'en montrant de se vouloir deffendre, il fist avertir la cavallerie de venir à luy le plus diligemment qu'elle pourroit, et se mist cependant avec Tinfanterie à l'entrée d'une petite plaine qui est devant Bonny, logeant son canon en lieu sy avantageux., et faisant faire sy bonne mine, et tant de bruit de tous costés par les tambours et trompettes qu'il avoit, qu'il sembloit que véritablement toute l'armée y fust.
Or M. de Bois-Daupbin , qui n'y estoit allé que sur les assurances qu'il avoit eues, tant à Aussoy que par les chemins, que la cavallerie n'y pouvant pas estre sy tost que luy, l'infanterie toute seule n'oseroit l'attendre, .fust bien estonné quand il vist qu'au lieu de cela il sembloit qu'on voulust aller à luy , leur canon ayant mesme tiré aussytost qu'on l'eust apperceu.
C'est pourquoy ayant assemblé le conseil et représenté les ordres qu'il avoit , quoyque M. deVaubécourt, qui avoit veu l'ennemi de près, assurast qu'il n'y avoit que fort peu de gens, et que M. de Bouillon ne cherchoit qu'à se sauver par la bonne mine , comme on le verroit clairement sy on se saisissoit d'un bois qui estoit à main gauche, et de quelques maisons qu'il y avoit à la droite; M. de Bois-Dauphin voulust en demeurer là, et perdist la plus belle occasion de rendre un très grand service au Roy qui se pouvoit jamais rencontrer; car cela eust finy la guerre (0.
Quand M. de Bouillon le vist arresté en sy beau
(0 Voyez les Mémoires de Bassompierre , t. ao» p. Si, deuxième se» ne de cette Collectioii.