‹ Mémoires, publChapitre 12 sur 45 · AI^MOIRES · texte numérisé non relu

AI^MOIRES

sacrifia à la vengeance publique, et pour apprendre aux estrangers à ne se meslcr pas sy librement du gouvernement de l'Estat; joint que M. de Luynes en fist faire la sollicitation par deux personnes de grande qualité, dont l'un estant mort aussytost après , et l'autre ayant esté à l'extrémité, beaucoup de gens l'attribuèrent à une punition de ceste mort qu'ils avoient sy injustement procurée. Et j'ay veu des principaux du parlement condamner de telle sorte ce qu'on y avoit fait, qu'ils en apprehendoient quelque grand diastiment de Dieu sur toute la compagnie.

La mareschale fust fort surprise quand elle entendist prononcer son arrest, ne s'estant attendue à autre chose qu'à perdre tout son bien et estre renvoyée à Florence; et dist, pensant se sauver, qu'elle estoit grosse. Mais le contraire s'estant bientost vérifié, elle se résolust à la mort; et voyant dans la Grève, comme elle passoit, un gentilhomme du commandeur de Silier? qu'elle connoissoit, elle le pria de luy dire, et à M. If chancelier, qu'elle leur demandoit pardon de tout le mal qu'elle leur avoit fait, desclarant encore sur Teschafaut que plusieurs choses qu'elle avoit dites contre eux n'estoient point véritables; et puis se recommandant à Dieu, elle mourust fort constamment.

En conséquence de cest arrest, le Roy prétendist pour quatre ou cinq cent mille livres de lieux de montiiO que le mareschal avoit achetés à Rome, faisant voir comme c'estoit de son argent qu'ils avoienl esté payés : mais le Pape les prétendant aussy, on se contenta enfin qu'ils fussent employés à la fabrique de Saint-Picrré.

(•) Lieux tie motui : On lit ainsi an ninniiscrit aiilogmpiir.

DK FO!fT£iNAY-MÀRBUlL. [1617] 3^1

Peu de jours après la mort du maresclial d'Ancre, un appelé Du Travail, cjui connoissoit mal la cour et les divers ressorts qu'où y fait jouer, croyant que c'estoit tousjours de mesme, et qu'il flatteroit encore la passion de M. de Luynes s'il luy parloit contre la Reine mère, luy ilst des propositions sy extravagantes sur son subject, qu'il le fist arrester et mener à la Conciergerie, où ayant esté confronté à M. de Luynes et à M. de Bressieux, premier escuyer de la Reine mère (car on dit qu'il jouoit les deux et luy offroit de la servir), il fust enfin condamné à estre rompu, et puis bruslé; M. de Luynes n'ayant pas voulu peixlre l'occasion de s'en faire de l'honneur, monstrant qu'il ne vou^ ioit non plus qu'on dist ny fist rien contre elle que sy elle eust esté présente, et estant peut-estre aussy bieiL aise de se défaire sous ce prétexte d'un homme qui portoit tousjours une espée sous sa soutane, et qui esr toit fort propre pour faire un mescbant coup. On disoit qu'il avoit esté premièrement huguenot, puis capucin, et enfin moine défroqué, et d'une vie fort scandaleuse (0.

Le Roy voyant tout le monde disposé à rentrer dans, le devoir, envoya une déclaration au parlement portant abolition de toutes les choses passées , qui y fust vérifiée; après quoy ceux qui s'estoient assemblés à La Rochelle à dessein, sy la guerre continuoit, de la faire aussy de leur costé, et d'y engager le reste du party, se retirèrent chez eux.

Quoyque la Reine merc fust allée à Blois avec un extrême regret, sy est-ce que plusieurs gens ont creu que sy M. de Luynes l'eust traitée doucement, et entre-

'« rayez le Mercure françoU , t. 4» troisième partie , p. 117.

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UBnedfetperance de la faire bientost 'revenir à la cour, menant mesme une fois le Roy la voir, qu'estant acooutumëe 91U repos, elle ne seroit jamus entrée dans toutes les intrigues oîi elle se jetta enfin, et s'acodnunodaat tout de bon avec luy, ne luy auroit donné nulle peine. Mais parcequ'il ne s'imaginoit peut*estre pas qu'dk luy peust pardonner, ou qu'il craignoit qu*e& Fi^pro* chant du Roy elle le pourroit regagner , et reprendre par la force du sang la place qu'elle avoit perdue, bies qu'estant d'une humeur altiere et qui ne sçavoit point flatter, elle en fust tout-à-fait incapable ; croyant enfii du danger oii il n'y en avoit point, ainsy qu'il le i«conneust bien despuis, il la traita aussy mal àBIoisipli Paris; car il mist M. de Roissy auprès d'elle po« veiller sur ses actions , logea des compagnies de cavilerie aux villages voisins , et envoya encore de tenpi en temps d'autres gens pour l'observer et luy rapptfter tout, ce qu'elle faisoit et disoit, la forçant quaijt par toutes c^ persécutions, à chercher d'en sortir i quelque prix que ce fust.

Cependant, comme sy cela ne luy eust tenu Ueode rien, il ne laissa pas de s'engager dans une autre é faire fort importante, attaquant les huguenots dan une chose véritablement juste, mais qu'ils a voient tomjours monstre leur estre extrêmement sensible, etfâ pouvant causer une guerre contre eux, ainsy qu'dk fist à la fin, nul homme sage n'eust jamais conseillée, pendant que la maison royale estoit divisée, et la paii encore peu affermie dans l'Estat.

L'édit de Nantes ayant donné pouvoir, tant aux catholiques qu'aux huguenots , de rentrer partout dass leurs biens , les ecclésiastiques de Beam demaudereot

DB fontsnât-màrbuil. [1617] 3^3

lUssytost les leurs; mais il s'y trouva plus de difficulté 'u eu tous les autres lieux, et qu'à La Rochelle mesme, ù ils leur furent tous rendus sans difficulté, parceque I religion catholique en ayant esté bannie en lanlée 1669, ^^ ^^^^ '^^ biens de TEglise donnés par la eine Jeanne d'AIbret aux ministres, collèges et hôpiftux des huguenots, c'cstoit le seul revenu qu'ils disent; et bien que le roy Henry-le-Grand, pour les désntéresser, ofTrist de leur en donner autant qu'ils en lûtteroient sur son domaine de Bearn , et s'il ne suf- Boît pas., sur celuy des provinces voisines, ils le refuerent, disant qu'il ne leur seroit ny sy commode uy sy eur d*aller chercher bien loin, et demander à des offiiers du Roy ce qu'ils avoient à leur porte et pouvoient enir entre leurs mains. A quoy ils furent encore fort xcitës par M. de La Force, gouverneur du pays, et MUT les principaux de la noblesse, qui, estant tous de eur religion, craignoient que quand les evesques, qui iToient séance dans les Estats, y seroient retournés, ^ qu'il y auroit des prestres dans toutes paroisses, le leuple, qui eust naturellement esté plustost catholique [oe huguenot, ne le devinst, et qu'avec le temps leur eligion aussy bien que leur autorité n'allast en décalence. De sorte qu'ils firent résoudre par les Estats [u'on s'opposcroit à ceste^ restitution , et qu'on s'adreseroit premièrement au Roy pour le supplier de laisser 3S choses en Testât qu'elles cstoient; mais que s'il le efusoit, on en escriroit à toutes les églises de France, our les engager et avoir leur protection.

Ce qui fust cause que le Roy, qui ne faisant que sorr des troubles appréhendoit d'y rentrer, et qui pcn- >it parle temps les rendre plus traitablcs, se contenta

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