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J MÉMOIRES

pour lors de remeltre les evcsques de Lescar et d*01erot), qui sont les seuls qu'il y aist dans le Beam, dans leurs sièges, et quelques curés dans les principaux lieux, saus leur donner que des pensions pour les faire subsister, ny permettre aux évesque^ d entrer dans les Estais. Mais comme après cela les catholiques se trouvoient en plusieurs lieux sans exercice de leur rdigion, et qu'il leur estoit insupportable de voir les hérétiques posséder leurs biens et en triompher, ils ne cessèrent de poursuivre leur restablissement entier dans les années suivantes, dans lesquelles le Roy , qui vouloit quasy en toutes choses aller par degrés, se contenta de faire nrstituer ce qui appartenoit aux evesques de Tarbes, Aires, et autres ecclésiastiques estrangers> par des lettres patentes vérifiées à Pau, et exécutées sans contredit; de sorte qu'il est bien apparent qu'il eust fait rendre le reste avec la mcsme facilité, s'il eust vescu ua peu davantage qu'il ne fist.

Après sa mort la Reine régente en ayant esté fort solicitée, on luy conseilla d'attendre la majorité, oii Tautorilé du Roy pourroit estre mieux estabHe : mais ne s'estant peu alors, non plus que dans les Estats géiiéraux tenus immédiatement après, à cause des troubles, ny dans l'année 1616, les choses n'estant pas plus calmes; aussytost que les ecclésiastiques virent, par la mort du mareschal d'Ancre, tout le monde rentré dans le devoir, ils creurent leur temps estre venu, et présentèrent une rcqueste qui fust appuyée de 1 assemblée du clergé, qui se tcnoit lors à Paris, qui en liht son fait propre, et du pcre Arnoux, qui pressa sy violemment M. de J^uynes de commencer par là à accomplir lo vœu qu'il avoit fait , qu'il fust ordonm*

i|ue b cliose seroit veue dam i<- t'oUM'il, pour y eilir

Or M. de I^ Force estoit lors ii Puris, son fils df Moolpouillan (■), que le Roy aiinoit mieux que tout lutrc, excvplv M. de Luynes, l'y ayant foil venir pour fstre fait tnurL-sclial di- France, pirtondant ijne M. dr Luyncs tuy en avoit donné parole, et que par son crédit iMVmportcroit. iMais M. de Luyms n'en demcuroit pas ifaccord; et ne voulant ny faire donner cest boniieiir à lin hugtienol, ny contribuer à ce qui nutoriseroit ilaiiiitagu dans le inoadt; M. deMontpouillan, ajouta ati refus di: la marcschau&séc cc&I« seconde niorlitication de faire rapporter l'afïaire de Ik-arn en présence de M. de La Force mesme, et la résoudre nonobstant tuâtes tes oppositions qu'il y fist, y ayant eu, après ipe la requeste, présentée par les drsptttés des huguenots résidents auprès du Roy. enst esté veue, arrest du a3 juin 1617, [wriant le rcstabliÂsemeiil rnlier de TeiLercice de la religion calliolique dans tout le Beam. il des eccl<'9iastiques dans tous leurs biens; et que les ninistres et autres intéressés prcndroient leur retnplutaaent sur le domaine du Uoy, tant de Dearn que ia lieux voisios, sans autre reserve que lentrfic dm ^esques dans le conseil et les Eslats du pays, qui fust ' mniie â une autre fois, pour ne les pousser ]his tout d'nn coup jusques au bout; te Roy escrivant en mesme temps eu Itearn qu'on dc$.putast pour voir pr(M;éder au mnplaciMnent de ce qui seroit ostc.

M. de La Furce, qui cxloit desja fort piqué du refus

'. Os Manrpouillaa : Jtiu dt CaumonI, srigiieur de HunlpaultloD , «wiîMicfîU du marcchal itc La Force, Tiii pcidatil qudiji» lempa îtadMhvdti* dcLoo» xiii. Ilpéril BU HrpedeTunMbu «n tfiii.

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de la mareschaussée, ne l'ayant pas esté moins de oetf arrest, qu'il creust avoir esté principalement donné contre luy et pour le descréditer en Beam, mandai l'heure mesroe à tous ses amis de s'y opposer, oobhk il fust fait, les Estats ayant esté extraordinairemnil assemblés , et M. de Lescun , conseiller à Pan, dopu té, ainsy qu'il a voit esté d'autres fois, pour aller trouver le Roy, et luy faire des remonstranoes.

j^tantarrivë, M. de La Force le présenta, et toole sa harangue ne tendist qu'à obtenir permission que k desputation que le Roy avoit commandée peuti eân faite dans une assemblée d'Estats , et en présence ds desputés des églises du haut Languedoc et de la huM Guyenne, afin d'avoir leurs avis sur les dioses qa*c leurvoudroit donner, qui estoient scituées dansiov pays; croyant qu'il suffîroit, parcequ'estant assovf^j d'eux ils ne doutoient point d^attirer par leur ceux des autres provinces dans leurs sentiments, qu'on seroit plus retenu à la cour quand on sçai tout le corps s'y intéresser. Mais ce dessmn estant à voir, il fust ordonné que, sans avoir égard i toot qu'ils pourroient dire, l'arrest du restablissement exécuté, et l'édit du remplacement envoyé à Boi et à Toulouze, pour y estre vérifié.

Aussytost que M. de Lescun sceut que l'édit avoit scellé et qu'on le devoit envoyer, il Tescrivist en où les Estats estant de nouveau assemblés, Us dooM-] rent un arrest portant que la main*levéc des biens ecclésiastiques préjudiciant formellement aux lil du pays , on s'opposeroit h qui que ce fust qui vient pour la faire exécuter; et que pour tout ce qui serorf' nécessaire à l'avenir pour cela, on suivroit Tordre (ie»jt

D£ FONTBNAT-MÀRECIL. [l^lj] i^J

!9lably pour s'opposer à l'uDÎon du pays avec la France. Vprès quoy M. de La Force retourna en Bearn, bien lésolu de maintenir cest arrest , et dVmpescher Texéution de la main-levée, quoyquVn prenant congé du Roy il Tassurast fort du contraire.

Or M. de Luynes voulant remédier à plusieurs aunes choses qui eu avoient besoin, et que la foiblesse lu gouvernement précèdent ou les guerres avoient ait endurer, il commença par un renouvellement de 'édit des duels, qui fust sy sévèrement exécuté sur mesleurs de Nevet et de Quinçay, qui se battirent un peu iprès, que celuy-là ayant esté tué fust pendu par les >teds, et celuy-cy contraint, de peur qu'on ne luy cou- Mist la teste, de sortir du royaume. 11 (ist aussy deffenire Tor et l'argent, le passement de Milan, et toutes es autres choses qui ne servoient que pour le luxe. Et M. de Gucmadeuc, homme fort qualifié eu Bretagne, Estant convaincu de plusieurs crimes, eust la teste trandhée. On l'avoit au commencement obligé de remettre fougères, dont il estoit gouverneur, entre les mains l'un exempt des gardes, et de venir à la cour pour se puBtider; mais il n'y fust pas plustost arrivé, quecraipiant qu'on ne rarrestast,il s'y en retourna, et surprenant l'exempt s'en rendist de nouveau le maistre. ^ qui obligea le Roy, de peur qu'il ne mist les hugue- ^ts dedans (car ceste place leur eust esté fort propre), ^y envoyer diligemment M. de Vendosmc et M. de ^itry, avec quelques troupes; lesquels le trouvant mal i|purveu de toutes choses, le prirent et Tamcnereut à ^ris , où il fust exécuté (0.

Quelque temps après ou fist aussy mourir, mais pour

(0 Fo/ez le Mercure françois, t. 5 , p. gi et aulvantet.

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une cause bien plus extraordinaire, M. de Genîé, ia ordinaires du Roy ; car portant impatieminenl qu^oa ne fist rien pour luy à la cour, il prist un fort manvaii moyen pour y obliger, accusant M. de VeDdosme de vouloir entreprendre sur la personne du Roy; qull luj aToit parlé pour cela, et que ce seroit à la coUalioi du baptesmc de son fils, dont le Roy devoit estre pt^ rain ; se persuadant que M. de Luyues , à qui il le dist, seroit obligé, sans examiner la chose davantage, ny a avoir plus de preuves, de luy donner autant de réco» pense que sHI eust sauvé la vie au Roy. Mais il en «^ riva tout autrement ; car M. de Luynes ne croyant pool la chose vraysemblable , soupçonna bien plustost Gcni de l'avoir inventée, que M. de Veudosme de le vouUr faire, n'en ayant aucun subject. C'eit pourquoy il h|||.j respondit quesy son avis se trou voit véritable, ileo»*! roit assurément fort bien récompensé; mais paroeqan le falloit vérifier, et que M. de Vendosme estoit de idk^ qualité qu'il y falloit garder quelques mesures, qu'Ali parleroit à ceux du conseil du Roy, et luy diroitiari avis, se résolvant néanmoins jusques à ce qu'il en bien esclaircy, pour ne rien hasarder en une chose 1 telle conséquence, d'empescher le Roy d'aller au tesme.

Cela toutefois ne dura pas longtemps; car H Vendosme l'estant venu trouver aussytost après potfl luy en demander le jour, et voyant qu'il luy res| froidement, et le remettoit sans luy en dire la il le pressa sy fort qu'à la tin il luy avoua; pour montrer comme il estoit innocent, il luy d'aller à l'heure mesme en telle prison qu'il V4 et d'y demeurer jusques à ce qu'il se fust justifié.

DX PONTRIfAT-MAREUIL. [1617] 899

. de Luynes , ny le Roy quand il le sceust , ne l'ayant s voulu, et s'assurant tout-à-fait cju'il n'en osloit rien, voyercnt au contraire prendre Genié, lequel, à ce 'on disoit alors, se trouva sy espcrdu qu*il confessa Jt dès qu'il eust esté arresté, et quasy sans qu'on luy mandast; de sorte qu'il fust condamné h avoir la te tranchée(0.

M. de Luynes voyant tout luy avoir sy bien réussy, qu'il se trouvoit desja avec tant de biens que sa poslîté ne pourroit plus eslre que très grande, se résoit de se marier. On creust du commencement qu'il pouseroit mademoiselle de Vendosme(>); et le Roy, issy bien que messieurs de Vcndosme ses frères, Teusnt bien voulu : mais luy, redoutant leur esprit et urs trop grandes prétentions, en fist aussytost cesser (bruit; et ayant considéré toutes celles qui estoient nrs à marier (car il n'y en avoit aucune qui l'eust fifiisé), il choisist enfin mademoiselle de Montba- !>oP)^ laquelle estoit d'une grande maison , d'jigc pro- Wtionné, fort belle, et avoit des biens suffisamment, lais parcequ'il ne vouloit pas qu'elle se tinst debout ^ant la Reine, pendant que tant d'autres de moindre ^issance qu'elle seroient assises, et qu'il n'avoit enre rien de prest pour estre duc et pair, il prist l'exdient de luy faire donner le tabouret devant-que de

*) On trouve des détails carieax sur cet homme dans les Mémoires I^ageant; il y est appelé Gignier, Bassompierre le nomme Génies; ï- de Fontenay, Gcnié. — (») Mademoiselle de Vendosme: Catberîne- ^Hettede Vendôme , légitimée de France , mariée en 16 19 au duc Uxsuf, mouiiit en i6f)3. — (.^) Mademoiselle de Montàazon : Marie ^ohan , fille aînée du duc de Montbazon , après la mort du duc de ^cs son premier mari se remaria en x6aa au duc deCheTreuse, ttt aussi célèbre par son esprit et sa beauté que par ses intrigues.

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Fespouser , comme l'avoient desja les filles de TautR branche de Rohan, pour luy faire continuer aprb qu'elle seroit mariée , aiosy qu'il se pratique pour ki bastardes de France, qui ne perdent jamais leur nii| ny les privilèges qu'elles ont , qui que ce soit qn'cDo espoii^nt. Ce que personne n'osa contredire.

Âussytost après on fist venir la comtesse de Bodie fort (0, belle-fille de M. de Montbazon^ pour s'asMoir aussy ; mais le marquis de Marigny, frère de IL de Montbazon, n'eust point les entrées dans le Loum, ny sa femme le tabouret, quand despuis il se inariaM^ ceste grâce ayant esté bornée aux descendants de M. è Montbâzon.

Cavoit esté encore en faveur d'un autre niany] que celles de l'autre branche de Rohan l'avoienl Mii car le roy Henry-le-Grand , pour tenir le duc daDoB-j Ponts, de la maison Palatine, et qui estoit fort ood|;j déré en Allemagne, tout-à-fait dans ses interests, M voulant faire espouser mademoiselle Catherine del^j han, sœur aisnée de M. de Rohan, et qui estflili parente bien proche, estant sortie d'une fille delb*! varre, il ne peust jamais l'y obliger, les AUeœaiidi*| se despariant pas volontiers, jusques à ce que, montrer qu'elle estoit princesse, il luy eust fait le tabouret (3). Il est vray que M. de Rohan Ti

(i) La comtesse de Roche fort : Aone de Rohao, niSmiiLMt dtW! mené, mariée en 1617 à LouU de Rohan, comte dt Rocbafiaf|ll ▼ÎTant de son père. — (*) // se maria : Alexandre de RoliSB, de Sfarif^y, épousa Lndle Tameau, fille d'an préaident «a wâ de Bordeaux. Il mourut sans postérité. — (3) Caiheriiie de épousa, le a8 août i6o4» Jean de Bavière, duc des fViqy Poun tk\ étoit petite-fille d'Isabelle d'Albret, vicomtesse de Rohan, , de Henri IV.

DE FOHTENÀT-MARKUIL. [l^lj] 4^1

iousjours prétendu, et disoit qu'il iuy appartenoit mieux qu'aux filles de Savoye, de Lorraine et autres , puisqu'il estoit prince du sang de Navarre, et le plus proche héritier de ceste couronne, sa grand'mere et le bisaycul du Boy (0 estant enfants de Jean d'Albret et de Catherine de Foix, roy et reine de Navarre; et qu'ils auroient certainement esté traités comme tels du temps des autres roys, sans la religion, qui les avoit iousjours tenus eslongnés, et mal à la cour. Mais quelques-uns respondoient à cela qu'en ces sortes de choses la descente par les femmes n'est pas considérée comme celle par les hommes, parceque cela iroit à l'infîny; et que le Roy mesme, qui les aimoit tant, en estoit sy bien persuadé, qu'il ne leur donna que le tabouret, sans tous les autres attributs des princes M,

Cependant la guerre s'estoit tousjours faite dans le

Viémont; et don Pedre de Tolède voyant M. d'Esdi-

y guieres retourné en Dauphiué pour y passer l'hiver,

3 fist tous les préparatifs nécessaires pour le prévenir

^ 1 année d'après, et se rendre niaistre des places froii-

r tieres du Milanois devant que M. de Savoye fust en

f 0 Sa granJTmere et le bisajretil du Boy : Isa1)elle d'Albret , aïeule du X ^iw de Rolian, et Henri ii d'Albret, roi de Navarre, bisaïeul de ^^ -XiNÛs ztn , étoîcnt enfans de Jean d*Albret et de Catherine de Foix , ^ et reine de Navarre. — (>) Ce passage a donné lieu à des contro- I. L(C père Griffet, dans son Traité des preuves qui servent à étala Térité de l'histoire (IJége, 1769, p. 397) , a ])rétendu que les Ames de la maison de Rohan jouissoient des honneurs du tabouret ' «Tant l'année 16x7. Un anonyme l'a réfuté dans le Mémoire sur les MDgi et honneurs de la cour; et l'abbé Georgel a combattu ce dernier ' ^ barrage en 1771* Nous ne faisons qu'indiquer cette discussion, qui est ' ^aa intérêt particulier à l'Ulustre maison de Kohan. Nous ferons seu« ïnC observer que l'autorité du marquis dvt Foutcnay est ici fort érable, parce qu'il parle en témoin oculaire, et qu'il se montre partout très-instruit des usages et de réliquette de la cour de France.

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e^tat de les secourir, et enfin mesme de loui le;Pief mont^ sy les trouUes de France continuoieni; toate» les consultes que le roy d'Espagne avoit eues sur ce subj^t le pressant de ne perdre pas Toocaflion qui dut offroit j, rien ne luy estant sy nécessaire pour la seuBeté de ses Ëstats dltalie.. Mais le Ray en connoissaill aosijf la conséquence, voulust, dès que le mareachal d'Ancm fust mort, qu'on y peusast sérieusement, eL.que wj M. d'Ësdiguieres y avoit esté Tannée precedeote de sa propre authorité, il y allast en celle«-cy par ses ordr% H ppur commander les troupes qu'il y enverroil, desi tinant pour cela la pluspart de l'armée du Nivemob et les quatre mille Allemands que M. de Scbombog amenoit : ce qui faisoit en tout quinze cents dievam et dix mille hommes de pied.

M. de Thermes y servoit de mareschal de .camp; messieui^ de Rohan, de Caudale, d'Arpajon, de Lmh zieres et autres y allèrent volontaires; et enfin le comli| d'Auvergne, en considération de M. de Savoye qal aimoit extrêmement , y fust faire sa chaîne de colonel de la cavallerie légère. > J

Quelque diligence qu'on fist, on ne peust néanmoin^^^ y estre que don Pedjre n'cust desja assiégé et pris Yai^ ceil, qui se rendist faute de poudres, et logé tous M^a gens aux environs d*Ast, pour l'attaquer aussjtààijl^ qu'ils se seroient un peu reposés. Mais M« d'Esdiguipçqa^ estant arrivé sur ce temps là , s'approcha sy près dt luy, avec l'armée du Roy jointe à celle de M. de Sa^> voye, qu'il ne luy fust plus possible de rien entret prendre. De quoy ne s'estant pas encore contenté, 4 uy enleva, et à sa veue, les quartiers de Felissan el#î None, où il y avoit plus de mille hommes dans

DE FONTBNilY-MÀBEUIL. [1617] 4<>3

iiacurï , et deux ou trois autres de moindre considéitioQ, sans qu'il osast se mettre en devoir de les se- >urir, de peur d'estre forcé de combattre. De sorte u'ii lay fist perdre Teuvye de continuer la guerre, igeant bien que sy elle duroit davantage il pourroit ippeler les François en Italie : ce que le conseil d'Esagne de ce temps là afTectoit tellement d'éviter, que omme il avoit forcé M. de Savoye de donner au roy lenry-le-Grand beaucoup plus que ne valoit le mariuisat de Saluées, afin qu'il ne retournast point en ses nains, aussy se résolust-il alors, voyant le Roy tout lîsposé d'y faire passer toutes ses forces, d'escouter «s propositions d'accommodement faites par le car- Unal Ludovisio et M. de Béthune, envoyés expressément pour cela.

Ensuite de quoy la chose fust traitée sy chaudement i^oat en Piémont qu'à Paris, que le traité fust enfin lonclu , aux conditions qu'en considération de Sa MatstéTrès Chrétienne, don Pedre désarnieroit aussytost [uc M. de Savoye auroit désarmé, et restitucroit sans Lvcun delay tout ce qui auroit esté occupé sur M. de feavoye et sur les siens despuis le traité d'Ast. Mais, |neiques soins qu'on prist de le faire exécuter promp- Mnient, on y apporta de part et d*autre tant de Ion* Eweurs et de difficultés, qu'il ne se fist que Tannée sui-

' Madame la princesse ayant plusieurs fois demandé !^ s'enfermer avec M. le prince, la permission luy en Usi enfin donnée; et pour les mettre en lieu de meilftnr air, on les mena de la Bastille au bois de Yiu- «nnes, oii quelque temps après elle accoucha avant enne d'un fils qui n'eust point de vie.

4o4. • [<^17] MBMOIRB9

Quoyque la pluspart des personnes priiicîpales fus* sent venues trouver le Roy aussytost après la inortda mareschal d* Ancre , M. d*£spemon , craignant vrajfseiiiblablement d*estre plus maltraité de près que de loin, s*en estoit tousjours excusé sur son âge et ses niilidtes; mais enfin voyant qu'on en murmuroit, et que ie Roy ayant tcsmoigne le désirer, ses raisons poarroieil n'estrepas tousjours bien receues, il se rëscdust de bm comme les autres. Or Tautorité qu'il avoit dans linfan terie estoit sy grande, et qui ne procedoit pas des faveur comme autrefois, mais de son esprit, qa*afni fait avertir du jour qu'il arriveroit, non seulement is mestres de camp et les officiers, tant du régiment da Gardes que de tous les autres qui estoient à Pus, furent au devant de luy jusques à Estampes, mais infinité d'autres venus expressément pour cela des gv- 1 uisons de Picardie et de Champagne, aucim capitaiifi n'y ayant manqué sans grand subjet, et sans luj faire faire des excuses.

Après que tout le monde l'eust salué, i\ paria marquis de Thémines, au comte de Maurevddî M. Zamet (et celuy là principalement paroeqQ!il aftil i espousé sa ntece), leur reprochant tout haut que M puis la paix faite (car il les en avoit dispenses pei la guerre) ils ne l'estoient point allé trouver prester le serment de leurs charges de mestre de ainsy qu'ils y estoient obligés, parlant aux uns et autres avec autant de hauteur qu'eust peu faire leRorrl ce qu'ils souffrirent néanmoins fort patiemment, rfj sans rien dire que de grandes excuses. M. de Fc nay estoit aile eu Saintonge, et avoit fait serment ses mains aussytost qu'il eust le régiment de PiéinoiLJ

»X FOMTBNAT-MARSDIL. [1617] 4^5

Le lendemain au matin il monta à cheval, afin que personne ne le quittast ; et sa compagnie s'estant grosse auprès de Paris de plusieurs de ses amis qui furent lussy au devant de luy, il alla, suivy de plus de cinq xnts chevaux, descendre cliez le Roy, qui le receust Fort bien; après quoy il fust chez M. de Luynes, et f retourna despuis beaucoup d'autres fois : mais comme il estoit difficile à contenter, et que M. de Luynes estoit accoutumé à voir tout le monde fléchir devant iuy, rinteliigence n*y fust jamais trop bonne , et ils se brouillèrent enfin toul-à-fait.

M. de Luynes continuant dans son dessein de réferme, et croyant mal aisé de le faire sans blesser beaucoup de personnes considérables qui estoient accoutumées au désordre, fust conseillé, pour en rejetter la haine sur d'autres que sur Iuy , d'assembler des notables, par Tavis desquels on pourroit régler tout ce ^i en auroit besoin; et parcequ'il a voit aussy grande cnvye de prendre possession de sa lieutenance de roy de ITormandie, il voulust que l'assemblée s'en fist à Rouen , ■fin que le Roy ayant subject d'y aller, il ne fust pas contraint de s'eslongner de Iuy, pour peu que ce fust.

De ces notables il y en cust unze pour le clergé , tous arche vesques ou evesques; treize pour la noblesse, i sçavoir messieurs de Ragny , de Palaiseau et de Danlelot, chevaliers de l'ordre; de Beuvron, de Montpeat, de La Meilleraye, de Souliers, d'Ambres et de îTaillac, catholiques; Du Plessis^Momay, de Merge, le La Noue et de La Rochebaucourt, huguenots. £t lour les ofllciers, le premier président, le second, et e procureur général du parlement de Paris; tous les ireuiiers présidents et les prociu'eurs généraux des

4o6 ['^^7] M^MOlRKâ

autres parlements, les premiers présidents et les procureurs généraux des chambres des comptes et des cours des aides de Paris et de Rouen , avec le lieutenant civil et le prevost des marchands de Paris. Moniiieur, frère du Boi, fust président de rassemblée^ cl eust pour adjoints les cardinaux Du Perron et de lia Rochefoucaut , le duc de Montbazon et le mareschii de Brissac.

Quand on voulust faire Touverturc de rassemblée, il s'y trouva de grandes difficultés pour la scéauce; or ceux de la noblesse prétendoient la seconde place, (lisant que personne ne s'estoit jamais mis entre eux et le clergé; et ne considérant pas en ce lieu là les officiers comme quand les parlements sont en corps, rejettoicflt toute sorte d'égalité , et vouloicnt qu'ils fussent ma les- derniers, comme représentant le tiers-Estat.

Les officiers au contraire soutenoient que ce n'estmt point une assemblée d'Estats, dans lesquelles ils neff trouvoient point, mais une convocation des principab personnes du royaume, mandées par le Roy pour lui donner avis sur les propositrons qu*il vouloit faire; et que partant ils y dévoient tenir le mesme rang qu% faisoient en tous les autres lieux, où ils précedoient li noblesse sans difficulté, comme ayant juridiction sor elle. Qu'on ne pouvoit point les réputerdu liers-Estat, leur profession estant noble, et plusieurs d'entre eus bien gentilshomines, et d'anciennes maisons; et enfe que s'il falloit parler d'Estats, tout le monde sçavoil bien qu'ils les representoient, rt tenoicnt la place et du clergé et de la noblesse.

A qnoy on respondoit que quoyqu'il soit vray qi^e les gens de robe ayent esté despuis assés longtemps fort

I>S FOlfTBNAY-AlAnEUlL. [1617] 4^y

considérés en France, qu'on leur ait donné de grands avaotagifs, et qu'il aist raesuie esté bon de le faire afin que la justice en fust mieuK rendue, et que les juges, ue craignant personne, peussent traiter tout le monde plus également, et donner sans crainte à chacun ce qui luy appartient; il paroissoit bien néanmoins qu'on nV voit pas entendu les rendre les premiers de TEstat, ci faire que leur profession précédast celle de lespée, puisque le chancelier, qui en est le chef, marche après le ooonestable; que quand les roys vont au parlement, tous les officiers se mettent aux sièges d'en bas, et les pairs, avec ceux que le Roy y mené pour les représenter, aux sièges d'en haut; et que le Roy n'escrit point mon cousin au chancelier, comme il fait aux officiers de la couronne, mais seulement JU. le chancelier; et aux parlements, nos âmes etjeaux les gens, etc.; que les roys qui se sont descliargés sur les officiers de Tadmi" «istralion de la justice , et ont gardé pour eux celle des armes, n'auroient pas pris la moindre part; qu'ils ne pouvoient tirer aucun avantage de préséance pour la juridiction qu'ils alléguoient, parceque sy cela avoît tieu, ils devroient précéder les princes du sang et les foys mesme, qu'ils jugent aussy bien que la noblesse; ny de ce qu'ils disoient repi*ésenter les Estats généraux, car quand cela seroit vray (ce dont on ne demeuroit pourtant |>as d'accord), les représentants n'égalent jamais les représentés, ainsy qu'il se voit en toutes choses; cl qu'enfin ceux de la robe mesme estoieiit sy bien persuadés du désavantage de leur profession, qu'i n'y en avoit pas un qui ne vouiust plustost estro descendu d*un mareschal de France que d'un chancelier^ et ne s'en tinst plus honoî^.

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. Mais «ctnobstant toutes ces raisons, el ploMBSis mh tréi; elicore que je laisse pour ceux qui voudmit tni* tek* Taf faire au fonds, ceux des parlements menaçutf de ft'en aller sy on ne leur donnoit oontantenat, M. de Luynes, qui estoit foible, en eust tant de pcar^ct qu'il n'y allast de son honneur sy ceste assfsnhhfe se rompoit sans rien faire, cela n'estant jamais arriWi qu^il obligea les uns et les autres de se oontealer de ce tempéramment : que la noblesse seroit assise aux den costés du Roy, ou de ceux qui présideroient qoaad il n y seroit pas , sur des bancs courbes , et Gonme a demy cercle; et au-dessous d'elle les ecclesiastiquoi droite, et les officiers à gauche; et que pour opincrM s'adresseroit premièrement à ceux à qui la matière toncheroit le plus, comme au clergé pour les matieces e^ clesiastiques, à la noblesse pour ce qui regardoîiiei annes, aux officiers des parlements pour la justiœ, cti ceux de la chambre des comptes et de la cour des aida pour les finances : après quoy les présidents feroieit parler ceux qu'ils jugeroieut le plus propre pour les choses dont il s'agiroit. De quoy ceux de la nobkae creurent se pouvoir contenter, se voyant les plus prb du Roy, et qu'on mettoit une espèce d'égalité eotff eux et le clergé, aussy bien que des officiers avec euî et que tous ceux qui dévoient présider avec Monsieur estoient du clergé ou de leur ordre; et les officiers parcequ*ils estoient vis-à-vis de ceux du clergé, et oomne dans la place qui appartcnoit à la noblesse.

Afin néanmoins que rien de cela ne peust tirer t conséquence dans les £stats généraux, et que les officiers ne pensassent pas y establir par là un quatrieioe ordre, ceux de la noblesse voulurent une déclaralioo

os rt>.-«Tms*ï-)iAKhi:iL. [■'117] 4"D

du Roy portsnl qu'il ii'ciilcndoit, par ce qui se faisuit •lors, préjudicier iiy rien altéix.T à ce qui s'cstiiil louitjuurs pratiqué dans les Estais géucraux, où il recoii- Boi&soil la seconde place, sans difficulté ny teinpcrainmeol queicouque,appurleair à la noblesse, à l'excliiaiou de lous autres, et luy vouloir conserver, leur en ayant pour ccste occasioD seulement donné une la plus prucfae de sa personne, comme très honorable et très avantageuse pour eux.

Quand on fust prest du faire l'ouverture , il s'y trouva une nouvelle difRcutté, ceux qui portent la qualité de princes prétendant que les ducs dévoient cstre séparés d'eux comme eux l'estoieiit des princes du sang, qui KToieal leur banc à purt; maiii ils furent condamnée, et il o'y eu eust qu'un. Le Roy, la Iteine et toute la tour y as^sterent à l'ordinaire; après quuy les notables s'asseniitlerent diverses fois pour délibérer sur les choses ^'oa leur envoya, et firent un caliier de leurs avin.

Peu de lempà après l'arrivée du Itoy à Rouen, M. de Villeroy y tomba malade, et uiuurust. Il avoit esté dès 4a grande jeunesse M^crélaire d'tslat , par la déniUsioii de M. de L'Aubespinc sou beau-perc, oii il se rendi^I •jr agréable au roy Charles ix qu'il l'exerça tant qu'il Vescut avec une espèce de faveur, ne partant point fauprès de luy, cl estant tout-à-fait dans sa confidence.

Ce fust alors seulement , et en sa considéi-ation , k ce ^*on dit, que les secrétaires d'Estat commencèrent à liguer pour le Roy en toutes sortes d'expéditions ^ les ilD>-5 précédents ayant accoutumé de signer eux-mesmes. ' HaU le roy Charles, qui estoil impatient et emporté ' dans ses plaisirs, plaignant le temps qu'il y einployoit,

4lO [l^^?] MKMOIRSS

en donna le pouvoir à M. de Villcroy, disant c[oll nj aurait pas plus de danger qu^il les sigaast que de ks faire, puisqu'il s'en remettoit tout<-à-fiHt iluy, etneki Itsoit pas. Ensuite de quoy tous les autres secrétaîics d'Ë^tat firent le mesme, et s'est toujours fait àmpwêy les roys y ayant trouvé un grand soulageniebt^ «t ii*ai estant arrive aucun mal.

Après la mort du roy Charles, Henry m, qui nV voit pas la mesme affection pour luy, oe laissa pas de s'en servir à cause de sa grande capacité , josques a ce qu'ayant esté fort maltraité par M. d'Espemon en m différent qu'ils eurent ensemble, et n'en ayant peu ûm raison à cause de la faveur où il esloit, le Roy crsart que cela l'avoit fait pencher du costé de M. de GnjnK) et luy osta enfin sa charge aussy bien qu'à tous les «litres qu'il en soupçonna : ce qui l'obligea à se retirer» sa maison.

Henry m estant mort et Henry-le«Grand parveai h la couronne, ne pouvant, se disoit-il, servir un pcttoe hérétique, il prist ouvertement le party de la lifocr dans lequel estant fort bien traité par M. du Maine* qui prenoit son conseil sur toutes les principales affaires, il se conduisist néanmoins sy adroitement, qv le rendant satisfait, le Roy ne luy en voulust point ck mal , et ne perdist pas la bonne opinion qu'il en avait De sorte que quand après sa conversion il voulust reitrer dans son devoir, il en fust fort aise; et M. de Revol mourant sur ce temps là , il luy rendist sa charge avec tous les avantages qui se pouvoieot , luy donnant m fort grand crédit auprès de luy, ainsy que fist la ReiDC mère pendant sa régence.

Il avoit naturellement un fort bel esprit et un grand

DE PUTtTEKÂY-MARElIIL. [iSlj] 4'l

sens commun; à quoy ayant ajoute de longun v\pénentxs tant pour le dctlans que pour le dehors i\a royamne, il s'estoit rendu un des premiers hommes (!r son siècle. Dans la conduite de se* affaires particulières il ealoil fort modéré; mais dans ce qui regardait le public, personne n'eust jamais plus de rigueur ny de liardiesse, toutes les résolutions fortes qui se prirent liaiis le conseil despuis la mort de llenrj'-le-Grand venant quasy tousjouni de luy, et s'opposimt uulunt qu'il [loitvuit il tout ce qu'il voyoit faire contre les formes.

Il aimoit gnmdenient les gens dp verla, et se pliiitoit à les aivancer ; tesinoin les cardinaux d'0»sat el de Marqitcnionl. de la fortune dcscpiets il fust le principal •ulcur, le diaiicelier de Sillei-y, qu'il tira du parlement pour l'ambassade deSuisse,par ou il coinmen^u à f.e faiivconnoistre, el plusieurs autres; et il n*cstuil outre cela nuMeincnt intéressé, n'ayant point laissé d'aulres biens (|ue cotix qu'il avait eus de ses pères à son fils. A quuy Dieu a donné une tellv bénédiction, que les maisons de quelques tins de cciiii de son temps, qui en ont usé autrement, estant desja ahallnes ou bien eshranlées, la sienne ne s'est pas seulement mninlenue, mais fort esleréc.

Je sçuy bien qu'il fust accus»- par ses ennemis de favoriser les Espagnols, et de s'entendre mesrnc avec l'UE , tant à cause qu'il avoil esté de lu IJguc que par- Ffiiu'nn de ses commis, nommé IJiosie, s'ratant laissé torroiiiprc en lui voyage qu'il fist en Espagne, il n'npptirta pas, ce disoient-ils, tous les soins et la diligence «jn'il devoit pour le faire arresler. Mats le Koy, qui voyoit assés clair, le justifia avanlageusemeiiL de i-esle f;iiomiiie , tant en luy rendant sa ('liurg<> quand il quill ;t

4l« [<^^7] MBAlOlRBê

la Ligue, qii en luy couduuant sa confidence «pièt que Lhoste eo s'enfuyaut se fust neyé ('X - Je crois bien, à la vérité, qu'il u'auroit pas conseillé de rompre avec eux tant qu'on s'en seroit pen dcffendre, non par affection ou intelligence, nuus pamqu'estant venu au monde pendant leur plus gnuide prospérité, et ayant veu que quand Heniy-le-Gmd leur déclara la guerre il perdist en moins de deux as Cambray et les principalles villes de Picardie, il n'anroit pas aisément imaginé que dans un autre règne, d qui sembloit plus foible, on y peust mieux rëusôr. Ce que sans doute le chancelier de Sillery et le présidait Jeannin, qui estoient de très grands hommes, et qa'oi n'accusoit pas d'est re espagnols, n'eussent pas SA non plus que luy, car c'estoit l'esprit de ce temps là; la gloire en estant réservée au cardinal de RicbelieD, qui fust mesme seul à le conseiller en celuy-cy.

L'empereur Matthias se voyant sans enfants, aas^ bien que ses frères les archiducs Albert et Maxiroilioi, et qu'estant desja fort âgés ils se contentoient de kois fortunes, l'un ayant la Flandre et l'autre le Tirol, se resolust, les Espagnols le voulant ainsy et l'en picisant extraordinairemeiit, d'adopter et de prendre pour son successeur aux royaumes de Bohesme et de Hongrie l'archiduc Ferdinand son cousin-germain , et sob plus proche héritier après ses frères; de peur quesll ne le faisoit pas durant sa vie, il s'y trouvast plus àt difficulté après sa mort, à câusc des protestants, qui J estoient en grand nombre; et que, privé de ces deux couronnes, il ne peust pas parvenir à l'Empire, eus'?

(') Se /use nryé: Ceci arriva au mois de raai 1604. {f^ojrex la C3iroBO« logie septeiuiaire de Cayel, F" 464 > édit. de i6o5.)

DE FONTBIIAT-MAUEITIL. [1617] 4'^

maintenir avec la dignité et Tauthorité accoutumée à ceux de sa maison. C'est pourquoy ayant fait assembler les Estats de Bohesme à Prague, après qu'il leur en eust fait la proposition il fust tout d'une voix eslou pour régner après l'Empereur, à condition de ne se mcsier d'aucune chose pendant sa vie , et de confirmer tous les privilèges du pays. I/élection du royaume de Hongrie fust remise à Tannée suivante.

A la fin du mois de décembre, les notables présentèrent au Boy leurs avis sur toutes les matières qu'on leur avoit envoyées. Us contenoient beaucoup de belles et de bonnes choses, et qui eussent esté grandement profitables au Boy et au royaume sy on les eust exécutées; mais il ne s'en fist rien du tout, non pas mesmc h regard de la paulette, quoyque par un arrest du conseil , relatif à ce qui avoit esté promis aux Estats et à Tavis des notables, il eust esté ordonné qu'elle seroit révoquée; les intéressés ayant fait de telles diligences pour l'empescher, qu'une chose aussy nécessaire que celle là, et demandée par tout le reste de la France, demeura comme toutes les autres sans effet. Mais comment aussy verroit-on oster les désordres d'un lieu oîi il y a un favory qui ne subsiste que par le desordre , et qui en est luy-mesme le plus grand de tous?

[16 18] Geste assemblée finie, le Boy retourna à Paris, et y arriva au commencement de l'année 1618, où, pour faire part de ses divertissements au public, il dansa un ballet, et en fist faire un autre par la Beine; lesquels y en magnificence et rareté des inventions (0, surpassèrent de beaucoup tout ce qui s'estoit fait jusques là.

'.«) Le Roi dansa le grand ballet, le jeudi gras aa février 1618. On y

4l4 [1618] MÉMOIRES

Dans le mois de mars (0, le feu pmt aux Tomstesik la grande salle du Palais, qui n'estoient que de bob, et les brusla entièrement, aussy bien que les plandien de quelqu'une des cliambres; et sans le grand ordff qu'on y apporta , rien ne s'en fust sauvé.

Le Pape ne pouvant refuser au roy d'Espagne, qui Ten pressoit extrêmement, de faire le duc de Lenne cardinal , et ne voulant pas favoriser les Espagnols pi» que les François, voulust donner le chapeau à AL de Marquemont (^); mais ne Tayaut pas osé prendre sans la permission du Boy , il le (ist avertir d en notmner un. M. de Luynes s'estoit engagé avec M. d'Esper* non, quand il arriva, pour rarchevesque de ToulooR son troisiesme fils; mais à cause de leur mauvaise in* tclligence il changea, et (ist choisir l'evesque de Paris, qui prist le nom de cardinal de Retz, et incontîncit après fust fait du conseil.

Don Pedre de Tolède voulant faire de ce dernier traité comme de celuy d'Ast, et le duc de Montaleoi, ambassadeur d'Espagne auprès du Roy, protestant néanmoins du contraire, et que c'estoitpar la faute ik M. de Savoye qu'il ne s'exécutoit point; M. de Luynes,

▼oyoitle sieur Marais entrer sur uu petit cheval artifciel. Le ballet de h Reine futdnnsé par cette princesse le dimanche suivant 27 février; et k mardi gras , Louis xiii dansa un petit ballet dont il avoit compote n air. {Vojez les Recherches sur les théâtres, par de Beatu^ampt, t. 3» p. 77). Le Roi aimoit la musique ; il composoit même des <^nlt d'Eglise; et placé uu lutrin, à l'exemple du roi Robert, il en dirigcoitli^ même Texécutiou. {Tojezle Mercure François , t. i4» p- 6i9>)

(<) Ztf tnois de mars : Le 7 mars 1 6 1 8. ( Voyez dans le Uercore fimçois, t. 5, deuxième partie, p. 18, \^ détails de cet évéoemenL) — V») .»/. de />7rtry//^//io//r; Denis-Simon de Marqucmont, archevêque d« Lyon en 1G12, «'toit alurs ambassadeur à Rome. Il fut fait cardiml en 1626, mais il mourut dans la même aimée.

os FOlITBlfAT-UAREDlL. [1618] 4>^

»our en esh^e esclaircy, y (ist envoyer M. de Modene, n qui il se fioit fort. Par où les Espagnols se voyant éduicts à rompre ou à exécuter, ils choisireot le derier, et satisfirent à tout ce qu'ils avoient promis.

Ce fust alors qu'on commença à parler du mariage e madame Clirctienne, seconde sœur du Roy, avec 2 prince de Piémont. On n'auroit peu le faii*e guère Justost à cause de son âge, et aussy que quand les ma* iages de France et d'Espagne se firent, les Espagnols, |ui connoissoient l'humeur inquiète de M. de Savoye, Il œ qu'il pourroit faire en Italie avec l'assistance lu Roy , ne luy voulant pas donner leur seconde fille, (u'ils gardoient pour l'Allemagne, ne pensèrent qu'à uy oster celle de France; faisant représenter à la Reine Dombien il importoit, pour maintenir la paix entre les deux couronnes, qu'il demeurast tousjours neutre, et sans se lier à l'une plus qu'à l'autre. A quoy la Reine, qui ne songeoit pas tant à faire du mal comme à n'en point recevoir, consentist facilement, et leur en donna, ace qu'ils disoient, des paroles fort expresses. Mais comme les conventions qui ne sont point escrites, et le pourroieut mesme supposer, n'obligent tout au plus ^ue ceux qui les font, M. de Luynes n'y eust nul esgard : ce qui arrive souvent en France, a ceux qui entrent nouvellement en pouvoir, de ne suivre pas le traie des autres, et qui ne fust pas mauvais ceste fois là)L estant très à propos de gagner M. de Savoye; mais lont il est dangereux de faii^ coutume, estant très certain que ce qui a le plus contribué à la grandeur les roys d'Espagne, et à les mettre en ceste haute réputation oîi on les a veui sy longtemps, c'a esté d'aller tousjours à un mesme but sans que rien les en fist

4i6 [1618] MÉMom»

i*ela8cher, pouvant bien changer de conaeillets,

non pas de conseils.

Aussytost que M. de La Force fust arrivé en Bean, il ne lùsaa pas , nonobstant toutes les deffenaet du Boy et ses promesses, de faire tout ce qu'il peast pour empescher Texécution de Tédit ; et s'estant pour cela is* sure de tous ceux de Bearn de sa religion, d'en parler encore aux Gascons , qu'il porta sy aisément k tout ce qu'il voulust, qu'ils se résolurent de s'assembler à Qbtel«Jaloux , et d'y appeler tous ceux des autres po* viuces, pour essayer d'en faire une cause commune.

Beaucoup de gens de toutes conditions y allerenl; mais le parlement de Bordeaux ayant en mesme tnnpi décrété contre eux , comme contre dès perturbatem du repos public et infracteurs des édits, les magistral de la ville les firent sortir, et on ne voulust point kf recevoir en nulle autre part dé la Guienne , non pu mcsme à Tonneins, qui estoit à M. de La Force; de sorte qu'une grande partie estant retournés chez em, le reste se retira en Bearn, où tout leur fust {xsnnis.

lis s'assemblèrent donc à Orthès, et de là ils escrivirent aux desputés généraux pour demander au Bof ime response favorable aux requestes qui luy avoietf esté pi^esentées par ceux de Bearn , ou permission iê tenir une assemblée générale des églises de France, dans laquelle leurs interests peussent estre examina, et leurs raisons entendues ; mandant en mesme tenp par toute la France ce qu'ils avoient fait , et YeM auquel ils se trouvoient, afin d'exciter tout le partyi se joindre à eux, et à ne les pas abandonner. BÛi on ne laissa pas d'envoyer M. Begnard, maistre des requestes, pour faire exécuter les arrests du conseil;

DE FONTEHAT-MÂRKUIL. [l6l8j 4^7

lequel estant arrivé à Pau et en poursuivant l'enregistrement, fust sy maltraité par des gens inconnus (M. de La Force ny ceux du parlement n'en faisant aucune justice ny recherche), que crainte de pis il s'en alla à Dax, qui est de la Guienne, pour y attendre les ordres du Roy: Mais diverses rencontres en ayant fait ralentir la poursuite, elle ne se recommença qu'en l'année i6îio.

Surquoy est à remarquer l'esprit des huguenots de ce temps là , et les desseins qu'ils avoient, tout ce que faisoient ceux de Bearn leur estant sans doute inspiré par les François, lesquels, non contents de la liberté de conscience pour laquelle seule leurs pères avoient combattu, et qui ne leur estoit point empeschée, s'opposoient incessamment à tout ce que le Roy vouloit, comme entre autres à l'union du Bearn avec la France, au restablissement entier de la religion et des biens des ecclésiastiques en ce pays-là, quoyque ce fust chose porta par redit, et voulant que leurs églises fussent unies, bien que le Roy ne le voulust pas, tendant visiblement par toutes leurs actions à l'indépendance, pour former à la fin, ainsy que j'ai dit ailleurs, une république. On pourroit estre estonné pourquoy il n'est fait <laos tout cela aucune mention de M. de Rohan. veu r^ le grand interest qu'il y avoit , le restablissement de la jielîgion catholique en Bearn devant infailliblement produire son union avec la France, par oîi il perdoit son droit de succession à ccst Estât. Mais c'est que comme il sçavoit que tout ce que feroient et M. de La Force et les Bearnois ne serviroit de rien sy tout le party ne s'en mesloit, et qu^il en doutoit, ayant veu jusques là les pacifiques l'emporter, il ne vouloit pas f>o. 27

4l8 [1618] HBMOiaBS

perdre mal à propos les belles espérances que M. de Lu}ftie& luy donnoitdéspuis qu'il estoit entré dans soq alliance, ne craignant point que s'il en arrîvoit anliement, et que tout ce party se dëdarast, il Q*y peust tousjours trouver sa place, n'y ayant personne pamjf eux qui luy peust rien disputer, puisque niessîeunde Bouillon et de Lesdiguieres n'estoient point, à caoïe de leur âge , eu estât de le faire.

£n ce raesme temps on fist mourir un nommé Du* rand (i), qui faisoit tous les ballets du Roy, et dm Italiens qui avoient esté domestiques du manssU d'Ancre, pour quelques escrits &its à la louange del» Reine mère, et contre le gouvernement praseat.

M. de Boumonville, frère de M. de Persan, et fu luy aidoit à garder M. le prince, ayant esté accuséesvoir laissé donner des lettres à Barbin, M. de Lnyiei^ qui n*eust pas plustost donné la garde de M. le priaor à M. de Vitry qu'il s'aperceust de sa faute et s'en l^ pentit, ne cherchant qu'un proteste pour la luy prist celuy4à; et faisant arrester M. de Persan,

i^) Un nommé Durand: Les dictionoalres blogmphiqacs 1 de ce poëte que pour rclerer rerrear de l'abbé d'Artigny, qm Mémoires de littérature (t. 6, p. 3 19} Ta confooda avec GîUai •ieur do La Bergerie, faui de Boiioe£oos« et rimîtateiir de «Ai^ charis. Le malheureux poëte qui termina tes jours sur Véckmbmàitf peloit Marie Durand ; il ayoit été contrôleur géndral des gocnctial eomposok les ballets du Roi. ( f^ojres les Recberdica aor lea par Beaucban^ , t. 3 , p. 70, 76 et yy. ) U fat aconsé d'avoir une diatribe contre Luy nés, intitulée JUpozogrupkie ^ que 1« frères Siti de Florence avoient ou traduite ou copiée ; tous les M forent condamnés à mort par arrêt du grand «Mueil du 16 jaiist iM et exécutés k même jour. Durapd et l'un des frères Siti fqieBi et le second des frères iiiti fut pendu; il aroit seulement été k ( Foyet k Mercure françois, t. 5, p. a6S; et les Hémoiivs de KAh lien, t. SI Ht, p. 604 » deuxième série de cette Collection.)

DE FONT£NAY«MAR£UiL. [1618] 4^9

il estoît venu ci Paris pour ses affaires particulières, le mist hors du bois de Yinccnnes, aussy bien que son frère et tout ce qui en despeudoit; dont M. de Vitry fust fort piqué, et tesmoigna un grand ressentiment; mais estant une chose sans remède, il fallust ({u'il prist patience.

M. de Cadenet, frère de M. de Luynes, entra en la place de M. de Persan, et M. Du Yernet, son beaufrère, en celle de M. de Bournon ville. Ce fust alors que le régiment du mareschal d'Ancre, qu'a voit eu M. de Cadenet , vint au bois de Vinccnnes pour garder M. le prince; et luy ayant esté donné un drapeau blanc, il fust nommé le régiment de Normandie.

M. de Luynes n'estant pas satisfait de sa lieutenance de roy, et voulant un gouvernement en chef et des places plus considérables que celles qu'il avoit, prist pour prétexte qu'on cstoit pressé de pourvoir à celuy de Guienne, dont M. le prince avoit donné sa demission quand il eust celuy de Berry; et ne le voulant pas pour luy à cause de l'eslongnement, et qu'il demandoit de la résidence, il le fist donner à M. du Slftinc? 6t le chasteau Trompette aussy, quoyqu'on a'eust accoustumé d'y mettre que des gens d'une fidé^ lîté esprouvée, et pour ne servir pas moins de bride imx gouverneurs qu'au peuple : mais quand les favoris oot interest à quelque chose, ils passent par dessus toutes considérations.

Le prétexte fust qu'il falloit néctessairemeat en ce mys-là un homme de grande condition et d'autorité, pour tenir la noblesse et le peuple également dans le devoir, et qu'il n'y avoit personne en France qui le peust mieux faire que luy, ayant toutes les qualités re-

4aO [i6l8] BlÉMOIRBâ

quises; mais on vist bientost le contraire, et <(u*il C8t<Nl plus propre pour les en retirer, et les porter dans k rébellion. M. de Luynes prist pour luy le gouremement de llsle de France, avec celuy de Soissons, Chaony et Coucy , que M. du Maine quittoit ; et il adieti aussytost après celuy de La Fere, de M. de Yendonir. Et quant au colonel d'Ornane, auquel le roy Hemyle-Grand avoit donné le chasteau Trompette après k mort du mareschal d'Ornane son père, comme ï m homme en qui il se fioit, il eust pour récompense k iieutenance de roy de Normandie, avec le Pont-^ TArche; ensuite de quoy M. de Luynes, qui se ren* doit tous les jours plus hardy, mena le Roy en soa nouveau gouvernement , et luy fist faire la visite de toutes ses places, sans y chercher de prétexte. Il fort aussy à Nostre-Danxe de Liesse (0.

Après le retour du Boy à Paris, le cardinal âeSh voye y arriva pour achever le traité du mariage k Madame et du prince de Piémont.

En ceste année Bamevelt , Thomme le plus coia* dcré de toute la Hollande après le prince Maurice, firt arresté prisonnier. Il s'estoit fait chef tant des mai* niens (>), dont la nouvelle opinion avoit fort ptrtiC^ les esprits et mis de la division dans les principjAl villes du pays, que de tous ceux encore qui, n'eslfll pas contents de la trop grande autorite du priMi Maurice, cherchoient à la rabaisser : ce qui estoitk véritable moyen pour rentrer bientost sous la domioi* tion des Espagnols. C'est pourquoy, voyant le péril ih

(0 Ifotre-Datne de Liesse : Aaprès de Laon. — (*) Des eurmimetu:Mlt \ tateurs de Jacques Arminias, qui cherchoit à adoucir les Tèret de CalTin sur la grâce et sur la prédesdnafton.

DX FONTENÂY-MAREUIL. [1618] 4^1

il alloit tomber et l'£stat auasy, s'il n'y estôit promp^ tement remédié, il prist une résolution, très dangereuse I la mérité, mais nécessaire et digne de luy, qui fust l'aller partout où il y avoit des magistrats de ceste opilion, et les déposant, en mettre d'autres en la place. Iprès quoy il fîst prendre prisonnier Barnevelt. Son )rocès ne fust pas néanmoins aisé à faire , tant il trouva le partisans, non seulement dans son pays, mais en- »re dehors , et (ce qui est plus estrange) dans la France nesme, quoyque tous ses desseins luy eussent peu estre à la fin fort préjudiciables, le Roy ayant employé pour luy tout son crédit et ses offices, comme s'il eust esté payé des Espagnols pour faire leurs affaires (<). Enfin pourtant il mourut en l'année 1619 (^), et le propre jour où M. Du Maurier, qui estoit, quoyque huguenot et ambassadeur de France, un de ceux qui le favoriloient le plus, le zèle de leur religion s'estaut touth-ùàt changé en faction , avoit fait une harangue aux Estais en sa faveur ; le prince Maurice ayant eu peur ^ s'il donnoit à ses ennemis le temps de se recon- Bûistre, ils ne tirassent trop d'avantage àt la déclaralion de la France, et qu'il ne fust plus en son pouvoir ^ s'en défaire.

U n'en tesmoigna néanmoins aucun ressentiment Dontre le Roy, fondé sans doute sur l'exemple du prince rOrange son père, lequel, dans l'assemblée qui se fist

(>) On est surpris qa*un homme tel que le marquis de Foolenay Mme Louis zni , ou ses conseib , d'avoir t&ché de prévenir la eoD • nnmation de cet assassinat judiciaire. Barnevelt , Grotius, et d*autt hommes célèbres qui défendolent en Hollande la cause d'une sage i>lérance, furent les victimes d*un fanatisme aveugle, devenu Tinstru- MDt de la politique de la maison d*Orange. — (*) En r année 16 19 : t x3 mai 1619.

43d [f6l8] MÉMOIRB9

après que M. d'Alençon s'en fust allé, à cause de Teitreprise d'Anvers , laquelle s'estoit déamnoliis fidte principalement contre luy et pour rabaiaéei* 9ùû aUto- ^Àtëy pour sçavôir ce qu'ils dévoient fkire et entre bi bt*as de qui se jetter, conseilla de rappeler le raeine M. d'Alençon, et de luy donner de nouveau toutee qu^îl avoit desja eu; dont tout le monde se montrait surpris et estontië, il dit n'avoir point d'autres avis a donner, et que c'estoit le seul qu'on devoit prenAt, l'Angleterre et l'Allemagne pouvant bien ka seeDurir, mais que la France seule pouvoit les sauver. Et de fiA, M. d'AleAçon y seroit infailliblement retoamé, sj ki desputés qu'on luy envoya pour l'en prier ne reiûsoM point ti*ouvé au lict de la mort.

L'Empereur et se^ frères ayant fait en la dieCe de Hongrie les mesmes déclarations qu'en celle de 9^ hesme , l'archiduc Ferdinand y fust receu à semblafaki conditions; mais nonobstant toutes ces grâces, etqoe le cardinal Glesel, favory de l'Empereur, en eust té le principal instrument, paréèqu'il vouloit, comme de raisoû, que l'autorité demeurast toûsjours à VEaupt" reur, et qu'il ne dëpendoit pas assez des Espagnols, ik conspirèrent sa ruine avec le nouveau roy, l'ardiidie M aximilien , et les principaux de la cour, qui n'aimeil jamais les favoris. De sorte qu'aussytost qu'ils fbreit r^vèiius à Vienne, le roy de Hongrie et l'archiduc far restèrent prisonnier, et en portèrent eux-mesmes la nouvelle à l'Empereur, s'en excusant sur ce qu'il abasoit de son crédit, et qu'il vouloit tenir les princes dr la maison d'Aust riche divisés et mal ensemble. Ce dont l'Empereur fust fort mal satisfait, et se fust venge s'il eust peu; mais voyant les plus grands de sa coturr

DE FONTBNAY-MÂni-UIL. [i6j8] ^'Jti

avoir trempé, et qu'il ne sçauroit à qui se fier, il prbt patience : ce qui fust peut-estre un châtiment de Dieu^ pour le mauvais tour qu'il avoit joué à l'empereur Rodolphe son frerc aîné, en l'année 1607 , luy ostant par force la Hongrie et l'Austriche (0. Geste prison lîist suivie de quelques désordres dans la Bohesme, qui augmentèrent beaucoup après la mort de l'Empereur, et causèrent enfin tous ceux qu'on a veus despuis ce temps là en Allemagne.

Le mariage de Madame, qui avoit esté arresté eu Tannée dernière, s'acheva au commencement de cellecy , le prince de Piémont estant venu pour cela à Paris. Le jour de son arrivée, le Roy alla à la chasse du costé de Yillejuif , par où il devoit passer, quasy comme s'il eust esté au devant de luy , ainsy qu'il se pratique pour tous les ducs souverains; et quand il fust yis*à*yis du lieu où le Roy estoit , il quitta son chemin pour l'aller trouver, mettant pied à terre d'aussy loin qu'il le vist; comme fist aussy le Roy lorsqu'il fust bien près de luy. Li réception fust la meilleure qui se pouvoit; et quand ils eurent fait leurs compliments, ils remontèrent à cheval pour aller au Louvre et chez la Reine. Ensuite de quoy M. de Luynes le conduisist dans son appartement pour se reposer, et recevoir les visites de M. Iq comte, du prince de Yaudemont, aujourd'huy le duc Charles de Lorraine, qui estoit nourry auprès du Roy, rt de toute la cour.

Il avoit esté arresté, devant qu'il vinst, qu'il pour*

i^j L'archiduc Madiias s*étaut fait élire rui de Huugrie en 1607 par » feigneurs hongrois , Tempereur Rodolphe fut forcé de ratifier cette •tectioD en 1608. Trois ans après , en t6x i, Mathias força encore son ^rère de lui abandonner la JMiéme. (yoxes FArt de Térifier les dates.)

4^4 [i6i8] MÉ.noiRBS

roi t- aller 4)hez ie Roy toutes les fois, qu'il TOudroH, ci sans le demander, et qu'il se couvriroit; que M. ic comte et luy se traiteroient également dans leurs fisites, mais qu'ils ne se trouveroient point ensemble en lieu tiers, afîu qu'il ne fust précédé de personne, et qu'il donneroit la main chez luy à tous les princes :oe dont il ne se faut pas estonner, car j'ay veu M. de Savoye, son père, la donner chez luy à M. de Loiigueville en l'année 1629.

Les nopces se firent dans le Louvre, sans aucune eérémonie; mais quelques jours après le. Roy et la Reine dansèrent des ballets , et il se fist encore despuis diverses assemblées, où les hommes aussy bien que Ici femmes estant fort parés, il vist toute la beauté et h magnificence de la cour.

M. d'Elbœuf espousa aussy en ce mesme temps mademoiselle de Yendosme, et M. de La Trimouille k fille aisnée de M. de Rouillon; mais toutes ces resjouis* sances furent bientost troublées par les nouvelles qu'on eust que la Reine mère , après beaucoup de patience dans tous les mauvais traitements qu'on luy faisoit, estoit enfin allée à Angoulesme.

I^ics plus sages d'entre les amis de M. de Luynes jugeant impossible, veu la manière dont il la trailmt, qu'il n'en arrivast un jour quelque chose de fascheux, luy avoient conseillé, aussy tost qu'ils virent sa faveor sy bien establie, qu'il ne devoit rien appréhender de b faire venir auprès du Roy, comme le lieu où elle seroit le moins à craindre ; mais soit qu'il eust peur, ainsy que j'ay desja dit, que sy elle en approchoit elle le regagnast, ou parceque, comme on dit, o^ç^ qui offense hait ^ il la haïssoit en effet, et prenoit plaisir à la tourmenter; et

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estant peut-estre encore entretenu en cest esprit par tous ceux qui avoîent contribué à la mort du mareschal d'Ancre, qui ne vouloient rien mettre au hasard; tant y a qu'on ne le luy peust jamais persuader.

Or elle n estoit pas seulement maltraitée en ce qu'elle n'estoit point auprès du Roy, qu'on tenoit M. de Roissy à Blois, et deux compagnies de chevaux-légers dans les villages voisins, pour garder le dedans et les dehoi's, et qu'il y alloit très souvent d'autres gens pour l'espier et sçavoir ce qu'elle faisoit et disoit, mais encore parceque nulle personne de la cour n'osoit la voir, ny mesme passer par Blois quand leur chemin s'y adounoit ; madame de Guyse la douairière, qui par son humeur, et par l'attachement que M. de Guyse avoit pris avec M. de Luynes, devoit estre hors de tout soupçon, et ne demandoit aussy à y aller que pour la bienséance, à cause qu'elle avoit esté sy longtemps auprès d'elle tant durant la vie de Henry-lc-Grand que despuis , ayant esté plus d'un an à en obtenir la permission : de sorte qu'on ne luy pouvoit pas faire pis sans la tenir prisonnière.

[1619] Cela dura jusqnes au commencement de l'année 161 9, où les mécontentements de M. d'Espernon qui commencèrent à esclater, et le temps de l'assemblée des huguenots qui approchoit, plustost que toute autre chose, obligèrent M. de Luynes de se radoucir et de changer de conduite, envoyant le père Arnoux pour dire à la Reine que le Roy iroit la voir aussy tost api^ Pasques, et la rameneroit avec luy à Fontainebelcau , pourveu qu'elle voulust promettre et jurer qu'elle ne demandcroit point de demeurer tousjours à la cour, ne parleroit d'aucunes affaires, et pardonneroit à M. de Luynes tout ce qu'il avoit fait contre elle, tant à

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la mort du mareschal d'Ancre que dcspuis, présapposant qu'il pourroit juger par là en quelle dîsposiiMm elle seroit, ne croyant pas qu elle voulust fitûre un (aux serment.

Mais elle ne fist difficulté de rien, et à oe qu'oo disoit par le conseil du père Suffren (') soo confies* seur, jésuiste comme le pcre Arnoux, mais d*opiiiioB bien différente; de peur que le refus ne donnait ik l'ombrage, et la faisant resserrer, ne Tempeschast ik faire ce qu elle a voit résolu. Sur quoy toutefois M. àt Luynes se reposant, rappela M. de Roissy et les dl^ vaux-légers; et parcequ'elle tesmoigna avoir envie d'il* 1er à Nostre-'Dame-des-Ardilleres, il luy envoya une lettre du Roy pour estre receue partout, la laissant iw ha. foy justement au temps qu'il estoit le plus nécessaiit de la garder.

Cependant, pour se mettre en liberté comme aile prétendoit, il ne suflîsoit pas qu'elle le voulust, aj beaucoup de petits particuliei*s aussy ; mais il falioit ni homme qui osast l'aller prendre où elle estoit , et iiui peust après cela luy donner une retraite assurée : oe qui n'estoit pas aisé à trouver, et qui ne se rencontra enfin qu'en M. d'Espernon , qui ne le fist que parccqœ ne s'estant peu accorder avec M. de Luynes quand il arriva à la cour, ainsy que j'ay desja dit, il en reoeait || encore despuis plusieurs mauvais traitements, tant pour ce qui regardoit l'archevesque de Toulouse son fib,

(0 Du perc Suffren : Jean Suffren , jésuite, confesseur de Mariée MédicU, la suivit dans son exil. Le cardinal de Richelieii aroît mf^ la Reine à l'appeler au])rès d'elle à Blois ; il parle de lai, dans saille moires, comme d*un « personnage de grande piété et de timplkil^i • éloigné de menées et d^artificcs. • (Mémoires de Richelieu, t. si ^^ p. 463, de cette série.)

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