‹ Mémoires, publChapitre 14 sur 45 · DB FONTENAY-MAREUIL · texte numérisé non relu

DB FONTENAY-MAREUIL

qui ue fust point fait cardinal comme on le luy avoit promis, ses gouvernements où on ne luy donnoit nulle satisfaction , et sa charge de colonel que le Boy vouloit dès lors réduire au point où elle est aujourd'huy, que parcequ'ayant eu dispute avec le garde des sceaux Du Yair pour la préséance, M. de Luynes se déclara tout ouvertement contre luy : dont il se tint sy offensé, qu'ayant aussy eu avis qu'on le vouloit prendre prisonnier, il s'en alla dès le lendemain en sa maison de Fontenay eu Brie, et peu de jours après à Metz , sans prendre congé du Boy, ny en rien mander qu'il n'y fust arrivé.

Geste dispute avec le garde des sceaux arriva premièrement dans le conseil des parties, où M. d'Espernon estoit allé pour ses affaires particulières, et fust telle que le conseil s'en rompist, mais avec bien plus d'esclat encore le jour de Pasques, en présence du Boy, dans 1 église de Saint-Germain; car y estant allé avec . messieurs de Montmorency, d'Uzès, deBetz et de Montbazon , et voyant le garde des sceaux assis le plus près du Boy, il l'en osta de force, et le contraignist de se mettre au dessous d'eux , ou de s'en aller, comme il flst.

Geluy qui disposa M. d'Espernon à ceste entreprise fust M. de Buccelaï, lequel s'eslant retiré après la mort du mareschal d'Ancre en son abbaye de Signy près de Maubert-^Fontaine, en Champagne, ne pensoit qu'à rendre quelque service à la Beine mère, et particulièrement pour sa liberté, qu'il desiroit passionnément. Et comme il ne jugeoit personne plus propre pour y contribuer que M. de Bouillon, tant pour la réputation où il estoit, et sa place de Sedan où il luy pourroit donner retraite, que pour le crédit qu'il avoit parmy

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les huguenots, dont on pourroit estre obligé de se se^ vir; en un voyage qu'il fist à Blois, inconnu, le proposa-t-il à la Reine ^ et eust d elle la permission de luy en parler, et de luy promettre tout ce qui seroit à propos pour cela. Ce qu'ayant fait, quoyqu'avec beaucoup de peine, parcequ'il fallust y aller de nuit et tout seul, de peur d'cstre descouvert, M. de Bouillon s'en excusa, disant qu'estant vieux, mal sain, et assés bien avec le Roy, il vouloit jouir de la grâce qu'il luy avoit fiûte après la mort du mareschal d'Ancre, et achever sa jours en repos; mais qu'il y avoit M. d'Espernon nouvellement venu à Metz , fort mal satisfait de M. de Luynes , lequel ayant beaucoup de santé, et de grands establissements dans le royaume, y seroit bien plus propre que luy.

Or M. de Ruccela! l'eust à l'heure mesme mandé i la Reine pour en avoir sa permission, sans que,hâh sant mortellement le marquis de Rouillac, qui luy avoit quelque temps auparavant donné des coups de bastot dans la foire Saint^Germain (parcequ'ayant esté diassé de chez une dame qu'il aimoit , il croyoit que c'estoit luy qui l'avoit fait faire), il en vouloit mesme mal à tout ce qui luy touchoit , comme M. d'Espernon qui estoil son oncle, et ne pou voit se résoudre de le voir ny de traiter avec luy; joint qu'il pensoit que ceste mesme considération Tempcscheroit de se fier en luy.

Enfin pourtant la gloire qu'il en esperoit, et la passion de servir la Reine mère , l'emportant par dessus tous ces ressentiments , il se résolust de luy en escrire pour le luy faire trouver bon, et avoir une lettre de créance; à quoy la Reine ayant promptement satis^ fait, il envoya la lettre, pour ne se commettre pas du

DE rn^TR.iAT-M«Ki:i<ir.. [i6iy ^ay

prrinirr coup, par un socr^laîrc du mareschal d'Ancre, Mmmé Vinceolio (0, (iiii s'estoit retiré aupi-t^ de !iiy, homme d'esprit, et rn qui on se poiivoit fipi-; rt l'adreMii i M. Du Ples^ii, principal confident de M. d'Rspcrnon, (t qu'il sçavoil aimer la Reine. Vincrnlio ayant parle IM, Du Plessis, M. d'Espernon fiit grande diflicullé de le voir, à cause (pi'il estoit Ilalien. Ncanmoins y Ijant enCn consenty,ii luy donna la lettre de la Reine, et luy dist sa commission, n'essayant pas seulement n le persuader par la compassion de l'eslat auquel elle »r Irouvoit, et la gloire que ce luy seroil de l'eu avoir deslivrée, mais de la justifier de lous les mauvais traite- IDents qu'il en avoit recrus an ret'iur de bordeaux, qui ■e dévoient plustost attribuer aux personnes dont elle •e servoit alors qu'à elle, qui l'avoil loiisjours grande* nent estimé, et qui luy estoit fort obligée de Aa conduite pendant sa régence; et autres choses propres à i'esmouvoir.

Aquoy M, d'Espernon respondit fort respectueusement, mais comme un Iiomme sage et qui ne voulott pas sVngagcr mal à propos, disant qu'il fiilloit pi-cmierctDCnl sçîtvoir de qui la Reine se pourrait assurer d'esire assistée, n'estant pas une chose à entreprendre (ont seul; et d'où elle lircroit de l'argent pour lever des troupes et faire la guerre s'il en esloît besoin, eonime il y avoit bien de l'apparence.

Geste response estant rapportée à M. de Kuccelai, bien qu'elle ne le satisGst pas entièrement, ne le rebuta pas aussy, croyant que c'estoit quelque chose d'estre entré en matière avec un homme aussy réservé <(ue celuy-là. C'est pourquoy il l'escrivist à la Reine,

•' Itemmé rinitalio .- Viiicenljo Ludoilci.

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<)t soeust dVUe qu'elle attendoit toutes chont de mosieurs de Montmorency, de Rohan, de Saint -Luc et autres qu'elle avoit obligés, et qui n'esioieni pas costents de M. de Luynes. £t quant à de l'argent, qu'dk esperoit en pouvoir trouver une assés grande aonse par le moyen de ses amis et sur son crédit j et une antic sur ses pierreries, qui estoient de très grande valeur, et qu'elle engageroit; joint qu'il s'en pourroit enoofft tirer des lieux qui se déclareroient pour elle. Ce qd ayant esté rapporté à M. d'£spemon, le satisfiat asséi, croyant que messieurs de Montmorenqr et de Rohn pourroieot faire de telles diversions en Guienne et ca I..anguedoc , que M. de Ijuynes se trouveroit bien cm* pesché, ayant tout d'un coup tant d'ennemis snr in bras.

C'est pourquoy M. de Ruccelai, voyant les choMi en estât de se pouvoir conclure, appréhenda sy fini qu'un autre n'en eust la gloire, que, surmontant toiila ses aversions et ses craintes , il se résolust d'aller luymesme à Metz pour les achever; mais cela faillist à In rompre : car M. d'Espemon voyant venir un nooid entremetteur, Italien aussy bien que l'autre , et qâ, n'ayant aucun subjeet de l'aimer, pourroit bien vouloir faire sa fortune à ses despens, en prist un tel ombnge qu'il fust tout prest de s'en desdire, et l'euat peut-eilfe fait, sans le grand désir qu'il avoit de se vengier ds mespris de M. de Luynes, et qu'il voyoit aussy qar •M. de Ruccelai en sçavoit desja assës peut Iny fiÉe tout le mal qu'il pouvoit craindre s^il en vouloit abolir.

De sorte que, sans s'arroster à aucune chose, il h fist enfin venir chez luy, et l'y. tint quelques jours e^ fenné, pour parler à loisir de tout ce qu'il faudroic

DB FONTBNÂY-MARBUIL. [1619] 4^1

Eaîre; et puis le renvoya à la Reine pour luy dire et l'assurer que pourveu qu'elle peust sortir du cliasteau de Blois, et passer seulement le pont qui est sur la rivière de Loire, qu'il se trouveroit de l'autre costé avec telle compagnie, que malgré les chevaux-légers (car ils j estoient encore alors) et tout ce qui s'y pourroit op< poser, il la meneroit à Angoulesme, et partout où il luy seroit nécessaire d'aller^

Ce que la Reine ayant fait voir à M. do Ruccelaî eitre très facile, il ne fust plus question que du temps, pour lequel estant besoin de retourner à Metz , ce fust où il se trouva de la difficulté; car M. de Ruccelaî craignant que l'attente n'y fist naistre des obstacles, pressoit ; et M. d'Ëspernou ne voulust jamais , quelques raisons qu'on luy peust alléguer, que ce fust devant le mois de février de Tannée suivante.

£t parcequ'en attendant on pouvoit avoir besoin de fetourner plus d'une fois à Blois et à Metz, et que M. de Ruccelaî pourroit estre reconnu quand ce ne . leroit qu'à son langage , M. de Chanteloube fust subg Ititué en sa place pour faire les voyages; et Dieu per- , mist que tout ainsy que l'entreprise faite contre le ma- , iW^hai d'Ancre, par laquelle la Reine perdist sa liber- 109 ne fust point descouverte, encore que cela deust ^ estre quasy impossible, veu les gens qui s'en mesloient^ quoQ ne sceust jamais rien aussy de celle cy, par laquelle elle la devoit recouvrer; bien que par le long lemps que la négociation dura, et les diverses allées et ^ Wfiucs qu'il fallust faire, il n'y eust point d'apparence ipi*elle deust réussir, n'estant besoin d'autre chose pour la rompne, sinon que messieurs de Ruccelaî ou de r, Clianteloube eussent esté veus une fois seulement sur le

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chemin de Blois à Metz par quelqu'un qui Teust esté dire à M. de Luynes, ou enfin d'un simple soupçon.

Mais ny l'un ny l'autre n'arriva; car M, de Luynes ne sceust rien qui l'obligeast à y regarder de plus près que de coutume, messieurs de Ruccelai et de Chanteloubc s'estant sy bien desguisés qu'il n'y cuist jamais qu'un maistre d hostellerie d'auprès de Blois qui eo imagina quelque chose : mais comme il sçavoit les mauvais traitements qu'on faisoit à la Reine, et en avoit pitié, bien loin d'en donner avis, il leur souhaitoit bon voyage, et comme s'il eust esté de la paitie, ai* doit à les cacher.

Longtemps devant que M. d'Espernon voulust partir de Metz, il envoya à la cour pour en avoir permission, et en fist diverses fois des instances fort pressantes; mais encore que M. de Luynes ne le soupçonnast d'aucune intelligence avec la Reine mère, sy est-ce que craignant peut-estre que quand il se verroit plus proche d'elle l'envie ne luy en vinst, et ne voyant aucun lieu où il luy peust donner moins de peine qu'à Metz, il fist tout ce qu'il peust pour l'y retenir, luy faisant commander par le Roy d'y demeurer, prenant pour prétexte les guerres d'Allemagne, et que sa présence estoit tout-à-fait nécessaire sur la frontière tant qu'elles dureroient.

Mais voyant la presse qu'il en faisoit, et craignant enfin qu'il ne s'en allast de Metz comme de Paris, il voulust, pour s'oster toute sorte d'ombrage de ce qu'il pourroit faire estant à Angoulesme, prévenir la Reine mère et descouvrir ses sentiments, envoyant M. Du Fargy pour luy dire que le Roy iroit à Blois au premier jour, et la ramcneroit avec luy; et luy faisante!^

. part des protestations de service fort expresses, Tas^ rer qa'eile serait traitée à Ta venir comme elle pourroi t sirer, luy recommandant particulièrement de bien iserver tant ses paroles que son visage, et de tous ux qui Tapprochoient, pour voir s'il n'y auroit rien s changé.

Mais pas un de ses gens ne sçavoit encore rien de s desseins; et pour elle, comme elle avoit desja juré us scrupule, aussy joua-t-elle encore cestc fois là sy en , qu'il en revinst persuadé qu'elle attendoit impa* emment le Roy, et ne demandoit pour estre bien avec [. de Luynes qu'à oublier toutes choses. Et cependant inq ou six jours après on sceust qu'elle estoit partie.

Le temps que M. d'Espernon avoit pris pour partir le Metz s'approchant , il envoya l'archevesque de Toufeuse à Angoulesme , sous le prétexte de luy faire trouftc de l'argent, dont il disoit avoir grand besoin , n'esmt point payé de ses appointements; mais en effet Dur assembler ses amis, et venir au devant de luy isques à un lieu qui s'appelle Confolens,sur la rivière ï Vienne, où il devoit trouver des nouvelles de la eine mère.

Ensuite de quoy , laissant M. de La Valette à Metz ^Yir y commander, il en partist le vingt-deuxième janer 1619, menant avec luy M. de Ruccelai et cent ou i^ vingts chevaux, tant de ses gardes que d'autres, ''enant son chemin par auprès de Dijon pour gagner

haut des rivières, et les pouvoir guéyer s'il en es-

il besoin. Ce fust de là d'où on eust le» premières

>tivelles de sa marche; car FouqueroUes, enseigne de

• le grand (0 dans le chasteau de Dijon, qui alla le

C«) M. le grand : le duc d« B«llegarde » grand écaver.

434 ['^*9] M^MoiEis

voir, luy manda aussytost ; et luy ledist à M. de layneL

Despuis cela, continuant son chemin, il fbst la rivière de Loire auprès de Rouanne, et celle lier au pont de Vichy , oîi , se voyant %y avancé qoV» ne pourroit plus traverser son voyage, il escrivirt an Roy pour s'en excuser, et d'estrc party <XHitre soi commandement, assurant qu'il ne servoit plus deriea à Metz, parccquc les affaires d'Allemagne s*aoooBmodoient, et que s'il y avoit lieu dans le royaume» son service Iny peust estre nécessaire, c*estoit oeluy oà il alloit, à cause des huguenots. Après qnoy il enin dans le Limosin , et arriva enfin à Confolcns, où M. de Toulouse estoit desja, avec plus de deux cents de» amis; mais il n'y trouva point de nouvelles de la René mère comme il s'y attendoit.

On a dit que ce fust parccqu'un jeune homme dot^ M. de Rùccelai s'estoit tousjours servy pour porter lettres ayant esté chargé de celles dont il avertissoîtkj Reine de leur partement , se doutant, parle grand qu'il prist de luy recommander la diligence, qu'elletà'] voient estrc plus importantes que toutes les autres qrij avoit eues, crcust mieux faire son compte en les nant à M. de Luynes qu'à la Reine. Mais pai vouloit auparavant avoir de l'argent, et que M. Luynes, qui avoit eslé trompé par d'autres, craij que ce n'en fust encore de mesme, ne se pressa d^en donner ny de le voir; pendant jqu'il le faisoiti tendre, un des gens de M. Du Buisson, conseiikri parlement, qui avoit le secret de la Reine roere Paris, le rencontra par hasard dans les rues, et avertist son maistre, lequel ne doutant point de la hison, puisqu'il n'estoit point allé chez luy comoei

DE FONTEHAt-UAItECill.. [ I G I y] 4^5

«voit accoutumé, fîsl une telle perquisition (ju'il Irniiv.i !a5n son logis; et luy ayaot Imrdiineiit fait (Ji-tnamler paquet au nom de M. de Luynes, el donner au nesnte l<>iiips cinq cenis t^cus , le relira, fl le fist tenir l ta llcine ; mats îl n'arriva que comme elle e^loit sur le poÎDl de partir.

Or, bien que M. d'Espernon n'eust point de nouvelles, il c&toit trop cngagr pour s'en desdire ; c'est pourquoy il ne laUsa psis d'aller à Loelirs, et il'en- TOyer au raesmc temps M. Du Pk-ssis :t la Reine mère pour l'aveilir de son anivée, el s(;avoir te qu'elle »ou- W faire; pendant quoy elle n'estoît pas sans inquîétode de n'avoir point de lettres, et de ne sçavoir rîvn Je ce qui ic passoit. Mais enfin M. Du l'Iesais estant ■rrivé, et luy ayant dit comme M. d'Espernon cstoit à Loches, et tuu! sy Lien disposé qu'elle pourroil s'en ■lier quand il luy ptairoit, elle se résolust de le faire dès la nuit mesoie.

Ce fust alors seulement ipielle s'en descouvrtst a» fiomle de Brennes son premier cscuyer, à I^i Masure W Herçay, exempts de ses gardes, et à la seguorc (Ji- Imne , &a première femme de chambre , ausquels seuls llUe se conHa, commandant au comte de Itrenues de se krouver devant cinq heures du malin à la porte de sa yhambre, et que son carosse avec six clievaii\ fust au ^rsme temp:> au del,i du pont; et poiir le.4 autres, elle ki retint auprès d'elle pour faire ses paquets et serrer flÊB pierreries.

L. Avec ces truis hommes donc et une seule Cnnme me diambre, elle partis! }<• vingt-deuxième février à MX heures du matin, sortant par la fenestre d une salle Iqui respond sur la terra.v>e, de laquelle, purcequ'il y

H voit un endroit de la muraille qui estojt tombe, on pou voit facilement descendre en bas, et aller au pont sans passer par la porte du chasteau ny par la ville. Ce qu'elle fist en s'asséiant, et se laissant glisser sur la terre qui estoit esboulée; après quoy elle fust sur le pont, où elle rencontra deux hommes qui passoient desja, dont l'un, à ce qu'elle-mesme disoit,.la voyant menée par deux autres à une heure sy indue, en fist un fort mauvais jugement; mais l'autre, plus spirituel, la reconnust, et jugeant bien qu'elle se sauvoit, luj souhaita bon voyage (0.

Au bout du pont elle trouva son carosse, et y motn tant avec ce qui l'accompagnoit, alla à Mont richard, oïl M. de Toulouse , ne se voyant pas oblige d'aller plus avant, s'estoit arresté pour s'assurer du -passage de la rivière du Cher. M. d'Ëspernon fust au devant d'elle jusques à une lieue de Loches, et elle y séjourna deux jours pour se reposer et cscrire au Roy-

Cependant, comme on n'attendoit rien moins que cela à la cour, le Roy ayant passé le carnaval à Paris, estoit allé a Saint-Germain avec le prince de Piémont pour luy faire voir la maison et le mener à la chasse, qu'il aimoit extrêmement; mais il n'y fust guère sans apprendre ce qui s'estoit fait, qui troubla et estonna tellement M. de Luynes qu'il ne sçavoit que dire ny que faire, craignant que puisqu'il a voit ignoré une chose de ceste conséquence, et dont la négociation de*

(x) On trouve les plus grands détails sur TéTasion de Marie de Uédîcis dans THistoire de la TÎe du duc d'Ëspernon , par Girard. Grf écriTain a puîsé à de bonnes sources, et il est bon à consulter qoaod if ne parle pas directement du seigneur dont il estoit le panégyritUt A

DB POnTSNAT-MARBUlL. [1619] 4^7

▼oit avoir esté sy difficile à cause de reslongnement , il ne s'en fust fait beaucoup d'autres qu'il ne sceust pas encore, et principalement avec les huguenots, qu'il apprehendoit plus que tout le reste.

Surquoy ayant besoin de conseil , il manda à Theure

mesme M. le chancelier et le président Jeannin, qui,

n'estant pas apprentifs en telles affaires, ne s'en es-

tonnerent pas tant que luy, jugeant bien que la Beine

n'auroit osé communiquer son dessein qu'à fort peu de

personnes, de peur qu'il ne fust descouvert, et que la

cabale ne pouvoit estre sy bien faite qu'il ne s'y peust

remédier en y travaillant promptement.

^ Avec cest avis, et les assurances de service que tout

- ce qui estoit à Saint-Germain et à Paris luy furent

^ donner, la pluspart mesme, pour mieux tesmoigner

' leur bonne volonté, demandant à faire des troupes, il

? commença à se remettre , et n'espargnant ny le bon

visage ny les belles parolles , ramena dès le lendemain

^ le Roy à Paris, d'où on escrivist tant aux parlements,,

gouverneurs de provinces et de places fortes, qu'à

toutes les personnes de considération, pour les tenir

dans le devoir; envoyant mesme vers les plus suspects,

<H>ninic messieurs de Montmorency, de Rohan et de

Saint-Laïc, des gens pour traiter avec eux, et essayer

de les rendre contents.

Et afin de pouvoir aller promptement avec une ar-

Uiée partout où le mal se pourroit former, l'on fist

Idettre toutes les compagnies de cavallerie entretenues

* .^ cent maistres, et on en fist plusieurs nouvelles. Celles

^ 4u régiment des Gardes , qui durant la paix n'estoient

' <|ue de cent hommes, et des autres régiments entrete-

l^us de trente-cinq, à deux cent et à cent; et l'on en-

voya des commissioas à M. du Maine pour lever en Guienne dix mille hommes de pied et deux mille chevaux : ce qui , avec les Suisses, les compagnies de cavallerie de la garde du Roy et les gens d'armes de Monsieur, pouvoit bien faire trente mille hommes de pied et six mille chevaux, dont on en destina huit mille pour demeurer autour de Metz , sous la charge de M. de Ncvers; et le reste pour estre avec le Roy, et aller où il seroit nécessaire.

Sur ce mesme temps il vint des lettres de la Reine mère pour le Roi et pour le prince de Piémont. Dans celle du Roy, elle prenoit pour prétexte de sa sortie le désordre qu'elle voyoit dans les affaires, et le désir qu'elle avoit eu d*estre en lieu d'où elle peust l'en avertir avec liberté; sans quoy elle protestoit qu'elle auroit souffert patiemment tous les mauvais traitements qu'on luy faisoit à Blois. Et dans celle du prince de Piémont elle le conjuroit, par Tinterest qu'il devoit maintenant prendre à la France, de vouloir joindre ses prières aux siennes afin que le Roy pensast à ses affaires, et remediast à tout ce qui en avoit besoin; elle mettoit au commencement : Mon fils, M. d'Espernon avoit aussy escrit au Roy par ceste mesme voye, s'excusant de ce qu'il avoit fait sur les commandements de la Reine, ' ausquels il n'avoit pas osé désobéir, et protestant toute fidélité.

Le Roy et le prince de Piémont firent responce à la Reine; et le Roy, après plusieurs justifications de ce qu'il avoit fait despuis qu'elle estoit à Blois, et force menaces pour M. d'Espornon, luy manda qu'il envoyoit M. de Bethune pour luy dire plus particulièrement ses intentions. Quant à M. d'Espernon , pour davantage

08 ro.lTENAT-MjkltEIJIL. [1619] 439

montrer son indignation et son me&pris, il ne \uy e*crivist point CO.

An rcslc. M. Jj I.uyncs sV-stoit enfin toiit-à-fail rassuré, ayant ïceu , par ceux qu'il avoil rnvoycti dans les provinces, cju'on n'y purluit quu du service du Boy, que les Icvcn se faisoiciit pur(uïit fort fucilL-aiuRt , et ijue du cosié dr lu Reitie meitr, Iionnis n Metz, oii te peuple Tuit dt^armé par M. de I^ Valette, tout luy avoit nianc[ué (car M. de Montmorency, dont la femme («loit fille de don Virginie Ursin son cousia-germaiD, rt qu'elle avoit tant favorisé pendant sa régence, s'esloil laissé gagner par le inarc|uis de Portes son oncle, <{UÎ le goiivei'iioit, el M. de Saint-Luc, c|Uoyqu'il eust esté à Angoulcsmc et qu'il se fiist monsiré des plus eschan fies , avoit changé dés que M. deComminges, qu'on luy envoya exprès, l'eust assuré de la sui-vivanoe du gouvernement de Bronage pour le comte d'tlstelan son fils aisnc); que M. d'Kspmioti estant allé en Limosin, <Iont il estoit gouverneur, auisy bien que de Saialongc et d'Angoumois , s'en estoit revenu sans le pouroir faire déclarer, le comie de Schoinlwrg, lieutenant de roy, ayant mesme pris à sa veue l'abbaye d'Uzerche, uii il lenoit une gami^ioti ; que plusieurs des huguenots l'avoient absolument rel'usé, et que les moins scrupuleux vouloient «ne assemblée; et enfin que la pluspart de ceux à qui la Reine mère avoit donne de l'argent pour faire des troupes, ou n'eu avolent point amené, 00 de sy foiblcs qu'on n'en poiivoit faire aucun estât; d( sorte qu'estant ainsj abundunnt-e de ceux en qui elle

[■I Va linm de la Reine, Im rr|><>niM qui j fureol Tnilei, Mintl que la jeilra <lu duc d'Epemon . te trouvent dani l« Ucrcurc fnnf oii ,

44o ['^'9] MiMOIBBS

avoit mis sa plus grande espérance^ et iitila autres ne se déclarant pour elle, on ne luy voyoit point de ressource.

Mais soit que, s'assurant sur la qualité de mère, elk creust impossible que le Roy se portast i faire tirer le canon sur elle, ou qu'estant en lieu très fort et biei pourveu elle esperast d'y pouvoir attendre k seooufs des huguenots, qui pour leur propre interett, et de peur que, les voyant désarmés et hors d 'estât de luj résister, on ne tournast enfin les armes contre eux, ne la laisseroient pas opprimer; tant y a qu^ellc ne montroit nulle crainte, et que rien ne luy donnoit de la peine que les divisons de sa cour, qu'elle ne pouToit appaiser.

Car ayant, aussytost qu'elle fust arrivée à Angou* lesme, donné la conduite de toutes ses affaires à M. de Rucoelaî, M. d'Ëspemon, qui pensoit, à cause du grand service qu'il venoit de rendre , que ceste place ne regardoit que luy, ne la pouvoit souffrir à un autre; et prenant occasion de le descrier sur plusieurs fautei que, pour estre estranger et ne connoi^tre ny la France ny les François, il luy voyoit faire, il rompist enfîn tout** àofait avec luy, sur l'avis qu'il eust qu'il conseilloiti la Reine de se saisir du chasteau d'Angoulesme où elk logeoit, afin, ce disoit-il, qu'il despendist d'elle et non pas elle de luy. Et bien que la Reine fist tout ce qu'eUe peust pour l'en justifier, il lui fust pourtant imposûble, leur haine allant sy avant qu'elle passa jusques à leuis amis , et causa tant de désordre parmy eux , qu^il n'y avoit que Dieu qui y peust remédier ; comme il fist i la fin, et (ce qui est de plus merveilleux) par M. de Luynes mesme.

PI ro»Tk»Aii-iUKi>i]|i.. [1^19] 441

Or cela arriva parcc(|u'a)'aul, aprèi la mort du mami^l d'Ancre, relégué en Avignon M. de Liiçon , et avec Uiy messieurs de Ridielk-u et du Pont de (xiiir- U) ses frère et beau-frere, M. de Lu^un n'y alla point CDinnie un houime qui eusl cuvyc d'en sortir à t|uclifK: prix que ce fusl, ainsy que font ordiuaircmrnt tous les eidés; mais seulement en sa manière, c'est-àdiiï- par le Roi et avec ses bonnes grâces. Ue sorte que, pour lever tous les ombrages que l'engn^ement qu'il avoit eu avec la Reine mère pouvoit dunnir, il prist BB logis à part , et ne praliquoit que de» gens d'eslude W de piété, fuyaat toutes autres compagnies , jnsques A celle de £«s frères mesme, qii il ne voyoit que rarement et eo public ; et quand ils s*en pbignoient 1 car ils M pouvoient s'accoutumer à relu, n'eu connoissuut ijfas la On J, il s'en moqiioit comtiie de geus, ce disoit- A, qui n'avoient pas la vL'ue plus longue que le né>; Jhîsant au reste assurer M. de Luynes , toutes les fais flu"]! pouvoit, de ses bonnes intentions, et qu'il ne «oogeroit jamais à sortir du lieu où il l'avoit mis, sy ilny-mesme ne l'en tiroil , et pour son service. I Ce qui , ayant duré près di: d^ux ans, réussîst enfin pMnroe il avoit prétendu; car M. de LuyncÂ, qui n'a- JVOÎt pas, non plus que les autres, la veue trop longue, niant bien avcrty de sa conduite pur les atnis qu'il avoil m Avignon, s'y fia de telle sorte qu'uussy tost qu'il sceust U Beine merc à Angoulesme et entre les mains de mes- Meurs d'Espernon et de Iluccelaï , qu'il tenoit pour ie^ ftlus grands ennemis, il ne songea qu'à y envoyer M. de Lu^n, comme un homme capable de ruiner le crédit *Je\'unet de l'autre, et duquel il se poiivoil assurer. Et cucore que, s'en estant ouvert a ses plus conli-

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dents et aux ifiinistres mesme , ils essayinseiit de Fa destourner, prévoyant bien ce qui en aniveroit, d qu'il n'en auroit pas sy bon marché que des aa^^,il s'y opinîastra néanmoins sy fort, qu'après avoir prisse luy, comme il est bien vraysemblable, toutes les seo* retés qu'il peust , il le fist partir. Et M. de Luçon te sy heureux , que tout ce qu'on avoit fitit contre Iny anprès de M. de Luynes ayant retardé de quelques joan son voyage, le fist justement arriver quand les dnom estoient à la dernière extrémité, la Reine ne s^disal plus que faire ny entre les bras de qui se jetter, erKgnant également de despendre de M. d'Espemon , 1 cause de son humeur fiere et mal propre pour vivN avec les dames , et de M. de Rucoelai dont elle co» noissoit les défauts , et qu'il n'estoit pas bon pour go» vemer, comme en effet un estranger, quel qu'il soi^ ne le peut jamais estre. De sorte qu'elle receust M. A Luçon comme un envoyé du ciel, luy donna dès h premier jour tout pouvoir dans ses affaires, et n'cuM plus de confiance qu'en luy (0.

Estant donc entre de ceste sorte auprès de la ReHÉ mère, il avoit l'esprit sy eslevé par dessus toutceqa*! y trouva, que rien ne luy fist obstacle; et prenant Ml conduite toute contraire h celle de M. de Ruonbii parcequ'il connoissoit ses forces, et s'y fioit assés poli n'avoir jalousie de personne, il faisoit sy bien triitti M. d*Espernon, qu'encore qu'il luy ostast toute eipi* rancc de crédit auprès de la Reine, et qu'à un homMi de son humeur, dont la principalle passion est dedsr

(i) On peut lire, dans les Mémoires da cardinal de Ridielîeu, kl^ tails qu^il donne sur son arrivée à Aogouléme. (^ojez, dans la Êérit de oetlt Goilectiott , le tome s i èù, p. 533 et foifantet.)

DB FONTEHAY-MAnEUIL. [l6l^] 44^

ner, c*estoit luy faire un mal que uul autre bien ne uvoit réparer, il n'osoit toutefois s en plaindre, et oit contraint de prendre patience, de peur que tout monde, qui, ne s'arrestant qu'aux apparences sans petrcr plus avant, croyoit qu'il avoit de quoy se coniter, ne fust contre luy. Que s'il prist tant d'avantage r ceux du party de la Reine mère, il n'en fist pas nns sur ceux du party du Roy; car il sceut sy adroinent leur donner soupçon de ce qu'il traitoit avec ^huguenots et eu divers endroits du royaume, qu'entre que l'armée du Roy estant preste à marcher, et die de M. du Maine quasy aux portes d'Angoulesme , icn vraysemblablement ne leur eust peu résister, M. de lUynes néanmoins n'osa suivre sa pointe, et perdist occasion de ruiuer la Reine mère et tous ses ennemis, lisant un traite aussy desavantageux pour le Roy que il eust perdu une bataille, ou que toute la France eust ït.é souslevée.

Car, en laissant rentrer tout le monde dans ses xargcs, il fist voir de la seureté à se mettre contre le Oy, et qu'on ne liasarderoit rien (ce qu'il devoit sur ►Ules choses éviter); et en donnant à la Reine mère, 1. lieu de la Normandie , où elle ne pouvoit jamais foir de crédit à cause du voisinage de Paris, le gou- ^•Tiement d'Anjou avec les chasteaux d'Angers, du ^Ut-de-Cé et de Chinon, de pauvre et desnuée qu'elle ^^oit, et sur les bras d'autruy, il la rendist maistresse '^n grand pays eslongné du Roy et voisin des hu- ^nots; par où elle devint sy considérable, que, sans ^ assistance toute particulière de Dieu, elle eust bien ^it du mal à la France.

Je sçay bien que quelques uns, pouf l'eicnser d'une

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telle faute et couvrir sa foiblesse, ont dk qu*Uy avoil esté contraint parceque M. du Maine commençoit dèi lors à traiter avec la Reine mère, et qu'il se fust déclaré pour elle pour peu que la chose eust davantagi duré. Mais cela ne peust estre , son armée estant pm que toute de gens plus despendants du Roy que delujff joint qu'il vint passer l'hiver à Paris, et y fust fort faioi receu : ce qui ne seroit pas arrivé, s'il eust eu dèslaa quelque engagement avec elle, ou qu'on l'en eust um lement soupçonné.

Je ne veux pas oublier de dire que , pour avoir II gouvernement d'Anjou du mareschal de Bois-Dauphn^ il fallust luy donner cent mille escus; cent mille fraac| au marquis de La Varenne pour le château d'Angeni

à M. de Bonnevaux et à , pour le Pont-de-Céa

pour Chinon ; le Roy payant ainsy de son argd||

les moyens de luy faire du mal. •

Mais pour revenir à M. de Luçon, sa grande fo|| tune fust bientost traversée d'un cruel desplaisir, et |j plus grand, ce semble, qu'il pouvoit recevoir; cark Reine mère luy ayant laissé la disposition de toutes ofl places , et luy ne les destinant que pour ses parents fl amis, tous les autres en furent fort scandalisés, etprÔH cipalemeut les marquis de Mony et de Thémines, M demandoient le château d'Angers, et crioient qu'il lem estoit deu, celuy-cy à cause qu'il avoit refusé, pcNt aller trouver la Reine mère, toutes les offres queM.dl Luynes luy avoit fait faire, et quitté son père niesoi% qui estoit demeuré auprès du Roy ; et celuy là, ^ l'attachement qu'il avoit tousjours eu au marescfall d'Ancre, et le hasard auquel il s'estoit mis, en rallaiil servir, de perdre sa charge de premier escuier de h

Rrinr. Mais M. de Luçua, qui sçavoit c|tic qui seroit

ËUre des places le seroit aussy de la fortune de la le mère, et qui ne vouloit pas dcsp4-ndre d'autruy ; s'arrester à lotit c^ qu'ils disoic-nt, (ist donuor Anprs à M. de Hichelieu, le Fonl-de-Cé au vicomte de lilAncourt, et Cliinon à AI. de Chantelouhe : de <\\ioy de Ruccelaî , et pour son intere^t particulier f cela 1^ oslant toute espérance de relourj, el pourccloy du IttrquU deMony son amy intime, se sentît sy onciisc, [ne, suivant le style de son pays, il ne songea plus n'a se venger, et à montrer que s'il avoit esté bon ir servir la Reine quand elle en avoit eu besoin , ii le seroit peut-estre pas moins pour la desservir ind elle pensoit n'en avoir plus afTaire; se retirant Pbitiers avec le marquis de Mony, et envoyant de In à ;. de Luynes pour avoir la permission d'aller trouver Roy, qui leur fusl aussitost accordée, sur l'espérance rapprendre de M. de Ruccelaî tous les secrets de la et les intelligences qu'elle avoit dedans et diors le royaume.

Quant au marquis de Tbéintncs, ne pouvant pas p facilement quitter, à cause de sa charge de capi- 16 des gardes , il tesmoignoil partout son mecontenlent; et bien que ce qu'il disoit ne tusl qu'en termes kiéraux, et sans spécifier personne en particulier, . de Richelieu toutefois, croyant y pouvoir estrt^ inrosé, voulust essayer de s'en tirer adroitement, enijant un de ses amis nommé de Roches pour luy fc qu'ayant sccu la manière dont il parloit de ce que rBcinc avoit fait touchant ses places, il ne croyoit pas (fil le dist pour luy, ny qu'il l'y voulust comprendre, l^nt tousjours esté son serviteur. Ce que le marquis de

n'iïiist dit qiiil en estoit bien aise, parcequ') M. de lîiflielieii n'unmit pns peu s'einpes avoir du ressentiment. Surqiioy lu inarquii mines, qui cstoit 1res délicat on semblables et ne voiiloit point d'esciuimssenicnt, Iiiy aussylost qu'il l'cnlendoit bien, et sçavoit, Gascongnc, comme il en falloit user : c'est poi vouloit qu'il le mcnast à l'iieitre mesincoùrst Ricliolieu. (.\e que M. de Roches n'ayant peu ils allèrent hors de ta ville, oi[ il avoit voi pourmonstrer qu'il s'esloit efTectivcnicnt mis d'eslre satisfait; mais ils furent arrestés pan gens qui par hasard se trouvèrent dans leur ■ et aussytost après accordés.

Despuis cela il se parla sy diversement de ce toit passé, que M. de Riclii'lîeu n'en estant pas! alla à ta messe aux Capucin'i, et manda au ma Thémines de s'y trouver. Ce qu'ayant fait, il

encore empescliés; mai mirent l'espee à ta i tirèrent, M. de llicli

miin s'estant rencoo

n, et du second coup'

en rcceust uo duiu

DB VOUTBNAT-MAREUIL. [1619] 447

meurer auprès de la Heine, se relira en sa maison S^lissac près d'Agcn , luy gardant néanmoins tant de ^pect, qu'il y demeura sans aller à la cour jusqucs à qu'elle y eust esté.

Sy la mortdeM. de Richelieu toucha vivement M. de içon, il est aisé à juger; car outre la manière, qui estoit sy malheureuse, et qu'il n'a voit que luy pour Dtinuer son nom, il le trouva bien a dire dans Testât . il estpit avec la Reine niere, et aux grandes affaires l'il avoit sur les bras : mais ce n'cstoit encore rien au ix de ce que ce fust despuis quand il gouverna toute France, et que n'ayant aucun de ses parents propres Dur le seconder comme eust peu faire ce frère, qui 1 estoit très capable, il fust la pluspart du temps blîgé de passer par des mains estrangeres, et souvent eu assurées*

Le traité ayant este ratifié de part et d'autre, M. de uynes fust conseille, pour retenir par les apparences une bonne réconciliation les factieux dans le devoir,

«muser les peuples, qui commençoient à murmurer » ceste mauvaise intelligence, de faire proposer à la eine mère une cntreveue, lassurant qu'elle y rece- ''oit toute satisfaction; à quoy elle, pour ne montrer Ui aussy quelle voulust entretenir le trouble, ayant ^Usenty, la ville de Tours fust clioisie pour cela. Il s'y Ocontra néanmoins, quand ce vitist à l'effectuer, Uelque difficulté, à cau^'e de M. de Buccelaî et du Arquis de Mony , qu'elle ne vouloit ny voir ny soufi^ où elle seroit; mais le Roy y résistant, et elle ^^noissant enfin quelle n'cstoit pas bien fondée, s en ^ista, pourvcu qu'ils ne se présentassent point de- Hit elle.

448 L'^'9] MBMôimBé

Quand le Roy fust arrivé à Tours, le prino0 ée M' mont , qui n'avoit point encore veu la Reine mère despuis son mariage, Talla trouver à Angoulesrae; et ce fust luy qui mîst la dernière main à tout ce qulliallust ajuster pour Tentreveue. Elle le reoeust très bien, et l'appelant son fils, le baisa : ce qui fust fort remarqué, non pour le nom de fils, parccque le roy d^Espagne Philippe II avoit ainsy appelé le duc de Savoye son père quand il fust espouser Tinfante Catherine ; ini9 parceque nonobstant que la coutume de France fîist que les reines baisassent mesme tous les officiers de la couronne, et que la reine Louise (0, qui vivoit encolle quand elle arriva, le pratiquast ainsy, elle n^avoit pas seulement voulu baiser les princes du sang, le Roy, à ce qu'on dit, n'en estant pas fasché, mais s'en excusant sur elle , et elle sur la coutume de son pays, qm ! ne permet pas de baiser personne. Pour ce coup néuH \ moins elle s'en relascha, prenant pour prétexte la qut' i lité de mère; mais (et ce que tout le monde creust) piP* j ceque, pensant dès lors h recommencer la guerre, eOfi cherchoit à le gagner par une telle gratification. * :

TjC Roy ayant eu avis que la Reine estoit preste i \ partir d'Angoulesme, envoya M. de Brantès, frère tf M. de Luynes, pour luy tesmoigner l'impatience qaV avoit de la voir, et l'assurer de nouveau d'une hoosâ réception. M. le grand alla au devant d'elle jusquesl] Châtelleraud, et M. de Montbazon l'attendit en tf ) maison de Cousieres, oii elle vint coucher. Ce fustV^ où elle vist pour la première fois M. de Luynes def' . puis sa sortie de la cour. Il demeura fort longtemps ;«

(i) La reine Louise : T^uise de Lorraine (Vaudemont), femnefl^- Henri m , morte en t6oi.

ni rosTUuf-MAUDÎL. [1619] 449

edênné arec eile ; et lorsqu'il inonLi h cheval , elle Itiy d'al UD second adieu par une fencsli-e de su rhambrc, d'où elle ne se relira point cju'îl ne fiut party, faisant comme «y tout le passé cust esté oublié.

I,e leridetiiaiti, le lioy et la Heine la furent recevoir â deux lieues de Tours, où ils se firent de grandes caresses ; la Reine mère ilattant le Koy sur sa Ijonnc mine et sa belle taille, et qu'il se monstroi: un homme fait ; et le Roy luy disaiil iju'il ne la trouvoit point du lotit changée. Le Roy et la Reine montèrent sruU dans son carosse, et la menèrent à sou logis.

Pendant qu'elle fust à la cour, ils la virent tous les jours; messieurs de Luyues et de Lu^on se visitèrent aussv fort souvent , et M. le grand , comme amy commun, fUt tout ee qu'il pcust pour les accommoder et ra ester la défiance , disant mesine à M. de Luçon que s'il vouloit la Reine pourroit aller a Paris; et entrant dans son interest particulier, luy faisoit voir que ce leroit un meilleur chemin pour tout ce qu'il pourroît prétendre ( car desja ou soupçounoit qu'il vouloit gou- Temer, el qu'on n'uuroit point de repos que cela ne fiist J, que de la tenir tousjours eslongnée. Mais, soit ^'U connust l'aversion de la Reine mcre encore trop p-ande pour luy en faire la propositiou, ou plustost «ju'aveuglé de son bonheur, et pensant avoir reconnu fte foible de M. de Luynes, il voulust le pousser jusque* j bout, croyant que contre un enueiny tel que celuy> k rien ne luy seroit impossible; tant y a que s'en estât excusé, ccste cntreveue ne produisîst autre chose [ne de les faire séparer plus mal qu'ils n'y estoîent vc- , ne pensant qu'à se préparer l'un contre l'autre. La Reine mère, après avoir e^te huit ou dix jours

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avec le Boy , s'en alla h Chioou attendre 4|iie l\ qu'on luy préparoit à Angers lîist preste) et le Boy alh à Compiegne, parceque la peste estoit % i'Iaris.

Pendant qu'on fust à Tours, M. de Luynes voubat que son frère de Cadenet fust mareschal de France, H ne l'osant pas faire sans que messieurs de Praslin cl de Saint-Geran , qui en avoient eu mille promeiscs, k fussent aussy, il en fist prester le serment a eux àm premièrement, et quelques jours après à M. deCadcMi

Sur ce temps là le terme accoutumé pour Ti blée des huguenots estant escheu, le Roy leur de la tenir à Loudun, d'où, bientost après leur aii-] vée, ils envoyèrent leur cahier général, par leqiieli demandoient principalement qu'on révoquast l'ëditi maio-levëe des biens des ecclésiastiques de Beam; le gpuvememept de Leitoure fust osté à M. deFi^ tr411^9 qui s'estoit fait catholique , et donné à ual

gueqot; et que N... , conseiller au parlementa

Paris, ayant pareillement changé de religion, un fust mis en sa place , afin que le nombre de six, par redit, fust tousjours complet.

Or, ppurcequ'on ne vouloit point révoquer la levée ny remettre un huguenot dans Leitoure, et le paHement ne vouloit point souffrir de nouvelle 1 tioUf ny qu'on fbrçast un conseiller de se sa diarge pour s'estre fait catholique , sans quoy les pouvoit contenter; on leur manda de se ainsy qu'il estoit accoutumé , et qu'après on leiifs cahiers ^ la manière la plus favorablf ^^ pourroit , dam Tesperance que par le tempa on gagiier qudque chose sur eux. Mais eux s'en bieu, et OBiMgnant, à ce qu'ils disoient, d'estre «-<^^>i

DE POSTKHAY-MAIIKUII.. ['"'y, 45<

abusés, couime ils avoient estv d'autre (bia&ous seni- Mablcs promesses, ne s'y voiiliirenl pas fier, et dcoirunrenl a&semblés jusque» i'i l'iiiinn^ suivatile.

I^ Reine inere ayant (]tiitté, par le truite d'Aogoul^mf, le gouvernement de Normandie, cVtt ce qui avoît ■utant que loitle aulnr chow, à ce qu'on dituit, porté U. de Luynes ù faire un accommodement sy d<*>avanlageux, afin que le donnant à M. de Longueville avec la pennissuHi de rrconipeiiM.'r celuy de Dieppe, qu'il ■cbrtta cent mille escus de M. de Villars-iloudan, il lay laissas! cetuy de Picardie et le chasteau de Ilam.

Et parcequ'il vouloit encore pour luy )a ciladellr

d'Amiens, et la lieutcnance de roy de Piciiidic pour

k mareschal de Cadenet, il donna à M. deMoniba/on,

Nui les avoit, le gouvernement de l'Ule de France, et

Muy (le Noyon, Cliauny et t^ucy. De sorte qu'il se \i:it

MB ua jour où le maréchal d'Aucre n'avoit |)eu arriver

.1 tuut »un crédit, et le mieux eïlalily qui ettst

laift mtê en Picardie. Mais il estoit sy insatiable de

Duverneinents,quecelane le conlenlant pas, il aeliel-

I encore Boulongne de M. d'Espernon, et Calais de

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