I. d'Arquien Et je crois que s'il eust vescu davantage
'il oe Ru, et qu'il fust tousjours demeuré en faveur,
tcust %~oulu avoir toutes les places de France.
Au reste, il semble que ceste liberté de vendre et [acheter toutes sortes de charges, qui s'est rendue sy imune despuis la mort de Hcnry-le-Orand, est un plus grands désordres qu'il y aist dans ['Estât, et a autant besoin de reTormalion, particulièrement ir le» gouvernements, soit à cause du grand argent les favoris y font employer, qui a desju monté à sommes immenses, et capables d'en conquérir au-
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tant d'autres sur les ennemis; soit parceque 00s nm laissant faire à ceux qui les gouirement tout oe qui leur plaist , ils peuvent pat* ce moyen là avoir tant de places tout d'un coup, que, s'ils en vouloient abuser et se joindre aux ennemis, ils pourroient faire plus de nul en un jour, que par toute autre voye que ce (usi ci plusieurs années. Et il ne faut pas dire que cda m sçauroit arriver, n'y ayant point d'ame assés iogiate pour cela, et pour faire une telle trahison, puis^ nous avons veu M. de Saint-Mars, au plus fort de a faveur, sous le seul prétexte de la haine qu^il avoitpov le cardinal de Richelieu, faire un traité avec les El» pagnols, par lequel devant se déclarer pour eux, ne peut pas douter qu'il n'y eust aussy porté tout» bj places qu'il auroit eues.
Le peu de bon succès qu'a voit eu rentrevetxà] Tours faisant bien juger que la Reine mère peiisoil| recommencer la guerre, et n'en pouvant pas estrei peschée en tenant des troupes dans les provinces sines de l'Anjou , qui en eust esté un moyen inJ tant parceque le Roy avoit promis, par le traité goulesme , de n'en avoir qu'autant qu'il estoit tumé pour sa garde et pour celle des villes frontii que parceque les huguenots qui estoient lors en eussent peu avoir jalousie , et prendre sur celai texte de s'armer (ce qu'on appréhendoit bien pluii la Reine mère, ny tout ce qu'elle pourroit fûre eux); M. de Luynes fust conseillé de se fortifier mis, et principalement d'un comme M. le prince, i quel, par sa qualité de premier prince du sang, et (p^, ^ son grand esprit, pourroit servir de contrepoids à l ce que la Reine mère voudroit entreprendre.
DK FONTIKÀT-MàllEVIL. [1619] 4'''3
Il escouU donc, dès qu'il fust hors dt Touis, totilcs Je propositions qui luy furent failes snr tcla par M. de Ifontmoreory et parle cointed' Auvergne; lesquels &'eslint acijuis beaucoup de crédit aiiprùs de luy par leur bonne conduite dans c(^ derniers mouvements, scCuusât sy bien luy i-cpiesenter la seureté qu'il y pourrait prendre, et qu'outre qu'ils en respondroient, la princesse d'Orange sa sœur, nouvellement devenue veufve, Bpousant le mareschal de Cadenet comme elle le proœttoit, luy en serviroit encore de caution, qu'en estant tout-â-fdil persuadé, il y disposa le Roy, et partist, ,dès qu'il fust arrivé à Compiegne, pour l'aller prcndre •n bois de Yinccnncs et le mener i Chantilly, oii le Boy se devoit trouver,
I^ réception fust aussy bonne qu'il se pouvoit; c-ar Roy luy ayant fait de très grandes caresses , luy comloda de le suivre à Compiegne, où il s'en retourna le lendemain, et le fi&t après cela entrer dans tous conseils. Quant au mariage de la princesse d'Orge, il ne se peust faire, eslant morte comme elle noit à Paris pour l'accomplir^').
M. de Luyoes s'eslant rendu plus hardy par la [tro- EtioD qu'il auroil de M. le prince dans le parlement, résolust de se faire faire duc et pair. Il ne ii'eii estoit jtot reccu, despuis la mort de Honry-le-Orand, que ■mirai d'Anville, à qui il en avoit donné des lettres peu devant que de mourir; et il sembloil qu'on vou- ,1 continuer à n'en point recevoir, de peur de rendre
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454 [^^'9] XBMOllBS
cesle graide dignité trc^ commune. Mais M. le priace estant allé pour cela au parlement, persotme u'osa s*y opposer que le rapporteur de M. d*£sdigiiiercB, kqofl apmt représenté que ses lettres estoient bien plai ancknnes que celles de M. de Luynes, demanda qn*dks fassent aussy receues , comme on fis! ; M. de Cvéqay, qei y estoit nommé, ayant sy bien fait sa brigae,qai M. le prince, qui n'aimott ny M. d'Esdiguieres ny lay, ne le peost pas empescher.
Ce que le comte Du Lude , qui ^toii lors an avec Monsieur, ayant scen , et qœ M. de Lnyoes, noe^j obstant toutes ses promesses, Ta voit oublié, il on extresme desplaisir; et parceqae, sur ce t( mesme, il tomba malade et mournst, on creust que en avoit esté cause. Le colonel d'Omane eust hti de gouYcmeur de Monsieur; et son fils «né, la tenanoe de roy d^Auvergne.
La peste ayant du tout cessé à Paris, eC le Bif ] estant retourné , le comte de Furstemberg j aniiK la part de l'Empereur. Le subject de son voyagea que ceux de Bohesmc ayant déposé l'Empereur, tf< leu au mesme temps, pour mettre la ligue pi de leur costé, l'eslecteur palatin, qui en estoit lei pour leur roy, il avoit esté couronnée Prague :efffilo-r donnoit de telles appréhensions à l'Empereur et ai d'Espagne, craignant que cela n'eust d'autres qu'ils avoient recours à tout le monde, et an Roy cipalement, comme le plus capable de leur Utt^ bien et du mal; essayant de le persuader par la du mauvais exemple, ayant aussy des huguenots son Estât, et parceque dans toutes les guerres avoient eues avec ses prédécesseurs ils n'avoient
DS PO^TB5Ar-MilHBDIL. [1619] 4^5
esté M^courus qtie dus {irîiiccs àr la iriatscui Pululiiic; de sorte t{uc leur gi-antteur luy devoit estre fort susfwle.
CrU fiist rpceu dans la cutir fart diverstrinent : car Ik uns, croyant (]«<■ ce sei-ott un moyen fort assuré jx>ur ruiner iiiscinent les huguenots de France que de commencer par ceux d'Allemagne et lenr osier cest jppuy , et que la religion catholique seroit un cxlresme tlanger sy on abandontioit l'Ëmperuur, vouloient qu'on ne considcrast que celii. Mais les autres disoient que K mesines raisons qui uvotent oblige François premier, Henry ii et Ilenry-le-Grand de s'allier avec les pro- Ifslaots et de les secourir dans leurs besoins, subsisloienl encore, les Espagnols n'ayant pas changé de (lessein, et l'empereur Ferdinand n'eslaiit pas moins dans leurs intérêts que ses prédécessenrs , et que Cliar- IffiJJuint mesme. Que quand l'entreprise du palatin rétissiroit , ce ne pourroit estre tout au plus que dans des pays fort eslongnés de la France, et qui, appartenant à la maison d'Austriche, l'atToibliroient d'unlant, qni estoit tout ce qu'on pouvait désirer ; le Roy n'ayant poiot d'autres véritables ennemis, et avec lesquels on ■e se pourroit jamais accommoder que ceux là. Qu'il ne falloit pas craindre que le palatin o&ast après cela penser à assujettir toute l'Allemagne, ny loucher à la religion, parceqii'au premier tous les Allemands en gé> aérai s'y opposeroient , les protestants n'v ayant pas moins d'iutercst que les catholiques; et au second le roy d'Espagne et tant d'autres, qu'il luy seroil impos-* libte d'y réussir, et qu'on nu devoit pas aiissy appréhender qu'il se meslast des afTaires des huguenots, pourveu qu'on ne touchas! point à leur religion, n'y
ayant point d'exemples que ses prédécesseurs l'eusseDt fait. Mais qu'il n'en seroit pas de mesme de rjËmpereur s'il a voit le dessus, parceque, despouillant indubitablement le palatin et tous ses associés, comme il pourroit faire avec justice, il n'y auroit plus rien qui le peust empescher de se rendre mabtre de toute l'Allemagne; après quoy, sy les Espagnols ne voudroieot point s'oster l'obstacle que la France faisoit à leur grandeur, ou sy , ne cherchant que la gloire de Dieo et l'avantage de la religion , ils aimeroient mieux se reposer, et voir le Roy, en ruinant les huguenots, devenir maistre absolu de son Estât , et plus capable qu*il n'estoit de s'opposer à eux, et de rompre mieux tous leurs desseins qu''il n'avoit fait par le passé, qu'ils le laissoient à juger à toute personne désintéressée.
Tous les alliés , qui avoient grand subject d'appuyer ceste opinion, le faisoient aussy fortement : mais ce fust sans fruit , carie mareschal de Cadenet, qui ayant besoin des Espagnols les vouloit gagner, fist tant, que M. de Luynes préféra son interest à toute autre chose; le Roy, pour contenter le public par de belles apparences, ayant respondu au comte deFurstembergquH estoit bien fasché des troubles arrivés en Bohesme; qu'estant allié des deux partis, il vouloit essayer d'y aiettre la paix; et qu'il enverroit des ambassadeurs expressément pour cela. Mais M. de Luynes assura eo particulier les Espagnols et luy qu'ils seroicnt chai^ de favoriser l'Empereur en tout ce qui se pourroit; dont ils furent fort contents, n'en ayant pas tant espéré.
Or, le besoin que le mareschal de Cadenet avoit des Espagnols venoit de ce que voulant espouser mademoi*' selle de Pequigny, la plus riche fille qu'il y eiist lors en
DE FONTBNAY^MAREUIL. [1619] 4^7
France, il ne le pou voit faire sans eux, parceque le vir dame d'Amiens son père , qui l'avoit refusée au duc de z^ Fronsac de la maison de langue ville, et à luy, pour la
donner à M. de C^naplcs, second fils de M. de Crëquy, et 0 qui devoit hériter des biens de la maison de Crcquy, se :^ voyant prest de mourir sans le pouvoir effectuer, s'a* -^ visa ( pour oster moyen à sa femme, qu'il sçavoit n'estre ^ pas dans ses sentiments, d'en disposer autrement qu'il ^ . ne vouloit, et au comte de Lanoy son neveu, qu'elle ^ùmoit fort, de la donner à quelque favory pour en s^i faire sa fortune) de la mettre auprès de l'Infante, sous 'Jt. ^ promesse qu'elle luy fist de la garder jusques à ce ^^ qu'elle peust estre mariée à quelque gentilhomme frany çois de grande maison, et qui eust des biens suffisam- ^^ ment; et non à autre, pour quelque raison que ce fust, ; yi excluant particulièrement les princes et les favoris. ^ De sorte que pour l'avoir il falloit parler à l'Infante, ^ ek pour la gagner gagner les Espagnols , afin qu'ils y ^employassent leur crédit, comme ils firent après le ^^.▼oyage du comte deFurstemberg, luy représentant forsisr:*®>Deot l'interest de la religion et celui de TEmpereur, A^^* qu'elle n'estoit pas obligée de tenir sa parole, puis- ^^i^**^ la mère , la fille ny tous les plus proches parents ne «** ^ouloient pas; madame la vidame ayant esté gagnée ïii^r la charge de dame d'honneur de la Reine, qu'on i-^y fist espérer , et que pourtant elle n'eust pas ; madeiselle de Pequigny par la duché, dont on Tassura, Qu'elle eust aussy ; le comte de Lanoy , par le gou- •^^''Hement de Montreuil, qu'on osta à M. de Migneux, ■^^*^pçonné d'estre serviteur de la Reine mère, pour ^ ^3^ donner; et M. de Châtillon , neveu du vidame, par Ucoup de petites grâces qu'il receust. Tellement que
M. d'Ëffiat ayant esté trouver l'Infante de la part de M. de Luynes, il obtînt qu'elle la rendroit à sa mère, qui alla la prendre à Bruxelles pour la mener à Btris, oïl elle fust mariée aussytost après.
Mais pour revenir à M. de Luynes ^ et à la résolution qu'il prist de favoriser l'Empereor contre les pro* testants , quoyqu'il soit fort estrange qu'en une af&ire de sy grand poids il ait osé prendre de son cbef, et sans autres garants que le pouvoir que le Roy luy donnoit d'user de toutes choses à sa volonté , une conduite sy coutraire à toutes les anciennes maximes establies connue des loix fondamentales, et qu'on ne puisse pas l'excuser sur ce qu'il a despuis bien réussy, les protestants ayant esté par ce moyen là sy affoiblis qu'ils n*ont peu aider les huguenots quand on les a voulu attaquer, cela ne pouvant estre préveu de luy ny de quelque autre que ce fnst ; sy est-ce qu'on ne s'en doit point estonner, parc^ue c'est la coutume de tous les favoris de préférer souvent léui*s moindres intérests aux plus grands qu'ayent leurs maistres, tant les princes qui se laissent gouverner sont subjectsà estre mal servis deceux mesmes qu'ils ayment le plus.
[1620] L'année i6ao commença par une créatioa de chevaliers du Saint-Esprit. La cérémonie s'en fist aux Grands- Augustins, ainsy qu'il est accoutumé quand c'est à Paris. M. de Luynes l'avoit fort désirée , afin de l'estre et de se faire des amis; mais quand ce vint à l'effectuer, et qu'il vist que n'y ayant que soixante-quatre places vides, il s'estoit donné plus de cent cinquante brevets, tant durant la régence que despuis, il n'eost pas la force de les choisir, tant il craignist d'offenser ceux qu'il rebuteroit ; et s'ostant le moyen d'obliger ceux
DX FONTSNÀT-MAREOIL. [l6ao] 4^9
seroient, en laissa )e pouvoir au cliapitre^comies ancieiis chevaliers, et (ce qu'on a trouvé fort ge, ne s'estant jamais fait) des ofBciers, qui y t voix délibérative, à la réserve de quatre seut qu'il recommanda, sçavoir : M. de Blain ville, *€ de la garde-robe , et le marquis de Mony, preiscuyer de la Reine pour la cour ; et messieurs de s et de Rambure , gouverneurs de I^a CapieHe Dourlens, pour son gouvernement de Picardie; il il tomba dans un autre inconvénient pire que qu'il avoit voulu éviter, desobligeant par ceste *ence ceux mesmes qui le furent.
fust en ceste occasion où , pour accorder les ecclé- [ues et les chevaliers, entre lesquels il se trouvoit nt des contestations, comme il s'estoil veu au sai Roy, on ordonna que les ecclésiastiques seroient devant vespres, et les autres après, et que les 3S qui ne seroient point du sang iroient selon l'anété de leur nomination, et non de leurs duchés , le les statuts le portent : ce qui empescha M. de ue ville de l'estre, ne voulant pas céder à M. de 3, nommé devant luy, mais plus nouveau duc. parceque beaucoup de gens, et particulièrement Montmorency, ne pouvoient souffrir que ces mesrinces peusseut estre faits à vingt-cinq ans, et qu'il llust trente-cinq pour les gentilshommes , le Roy une dispense du Pape pour les faire à tel âge qu'il roit. Il y en avoit qui disoient que s'il y falloit ^r quelque chose , ce devoit bien plustost estre les réduire tous à trente-cinq ans, afin que les > venant plus souvent à vaquer, plus de monde y avoir part.
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Tous les nouveaux chevaliers consentirent aussy e» faveur de M. de Lujnes , qui les en pria, que le comte de Rochefort'son beau-frere, quoyque nommé des derniers , fust néanmoins receu le premier après les ducs; mais le marquis de Marigny, son oncle, n'eust point d'autre rang que celuy de sa nomination.
Ceux de l'assemblée de Loudun ne s'estant point voulu séparer, pour tous les commandements qu'ils en avoient receu , le Roy, ennuyé d'une sy longue désobéissance, envoya au parlement une déclaration contre eux , qui y fust vérifiée. Mais M. d'Esdiguieres , qui estoit lors à Paris, désirant , comme il avoit tousjoun fait , que le Roy demeurant le maistre , la paix fust entretenue , et M. de Châtillon , qui estoit de mesme sentiment, se joignant avec luy, ils arresterent enfin avec M. le prince et M. de Luy nés, desputés par le Roy à cest effet , que dans six mois le Roy feroit recevoir au parlement un conseiller huguenot; qu'il en mettroitun de la mesme religion dans Leitoure; qu'il donneroit le brevet pour la continuation de places de seureté, ainsy qu'il estoit accoutumé : et quant à la main-levée des biens des ecclésiastiques de Bearn, qu'un mois après les six expirés il entendroit les remonstrances qu'on luy voudroit faire sur ce subject. Ce qui ayant esté à l'heure mesme mandé à Loudun , il ne s'y fist point d'autre difficulté, sinon qu'ils le vouloient avoir par escrit, avec permission de se rassembler en cas d'inexécution. Mais M. de Luynes leur en ayant enfin donné sa parole, ils s'en contentèrent, et eslisant leurs députés s'en allèrent. M. de Favas fust choisy pour demeurer auprès du Roy.
Ce différent terminé, on vivoit à la cour comme
r-MAB£DII.. [iGsu] 4^1
s'il a'y eust plus eu rien à craindi-e, M. de Luynes ne pensant qu'à aller à la chasse et ù danser des ballets ; et cependant on Iny tailloil bien de la besongue, et ht plus dangereuse qu'il eust encore eue: cm M. de Lin;on, ([ui ne s'cndonnoit pas comme luy, trailoilile tous uos- I«s, et principale me lit avec madame la comtesse, afin que, suivant ccste maxime de tout temjis cibsRrvée par ceux qui ont voulu faire des factions dans t'Estat , qu'il faut un prince du sang pour autorisci' leurs desseins, et se rendre plus considérables envers les peiiples(M. de Guyse mesme ayant voulu avoir le cardinal de Hourbon), il peu&t aussy avoirM. le comte. Et bien que la Reine mcre eust une qualité sy grande qu'elle pou voit, ce sembloit, suppléer suHIsaminent à cela, M. de LuçoD Deanmoins, pour n'obmettre rien, ne s'en vonliisl pas contenter.
Or il n'eust [)a3 grand'peine ù persuader madame la comtesse, parceque son inclination la porloit Inutà-fait à la révolte; et sy elle n'estoil pn.s ouvertement enlrée dans toutes les précédentes, c'estoit plustost pour la grande jeunesse de M. te comte que faute de bonne volonté : mais alors qu'elle le voyoit approcher de seize ans, elle n'y manqua pas, prétendant aussy p'ir U le mettre dans une considération oli elle sçavoit bien i]u'il ne pourroit jamais arriver en servant le Roy, à cause de M. le prince, qui luy seroîl lousjom-s préféré. Elle y engagea aussy M. du Maine et le grand prieur de Veudosme, qui faisoient tout ce qu'elle vouloit, parceque celuy là désirant passionnément de l'espouier, et cel«y-cy une de ses filles qui est morte despuis sans être mariée; encore, comme il y a bien paru , qu'elle ne voulust ny l'un ny l'autre, elle ne leur en ostoil pas
46a [i6ao] mémoires
oeanmoiiis l'espérance, pour avoir des geins caouiie en 1 tout^à^faît à sa disposition. Messieurs de Vendocnieet < de Loogueville furent aussy de la partie, quoyqu'ayant i tOHsjours esté aussy bien que les autres fort bien trai- ^ tés du Eoy et de M. de Luynes, ils n'eussent aucune raison apparente de le faire, sy ce n'est que ceux, à ce qu'on dit , qui ont une fois tasté de la révolte j trouvait de tels charmes , qu'ils ne se sçauroient empescher d'y retourner.
Les premiers soupçons qu'on en eust donnèrent an* tant d*alarme à M. de Luynes qu'il eu devoit avoir pour ^ une chose de ceste conséquence, et à laquelle il ne s'es» toit point préparé; car se représentant alors toutœ qu'on ne luy avoit peu faire comprendre lors du trailé d'Angoulesme , il ne doutoit point que sy la ReiDe» ^ sans places et quasy sans amis, avoit peu se mettre en i Testât qu'elle estoit, qu'elle ne peust faire bien davan- 'Z tage avec ce qu'il luy avoit donné, et l'assistance de \ tant de personnes puissantes qui montroient se vouloir déclarer pour elle, et particulièrement de M. du Maine^ ^ plus redouté que tous les autres à cause de son extrême -| valeur, et de l'humeur des Gascons, naturellement anûi j de la nouveauté. â
Mais il n'eust pourtant pas la force d'y remédier j comme il pouvoit et devoit, leur donnant contaite- i ment dans les choses dont ils se plaignoient, ou les ta- '1 sant arrester; et il prist un moyen qui, luy ayant desje • esté inutile, pouvoit alors moins réussir, les choses ei- ^ tant en plus mauvais estât* Ce fust donc d'envoyer M. de Montbazon à Angers demander une seconde entrevue, présupposant que sy la Reine venoit, il gaga^ roit M. de Luçon par les grandes offres qu'il luy feroit» t
DB FONTBVAY-MAREDIL. [1620] 4^3
OU qu'en faisant prendre jalousie aux autres, ils pourroieot traiter sans luy : ce qu'il auroit bien mieux aymé , afin de s'en pouvoir venger ; et que sy elle ne venoit point, il feroit au moins voir que c estoit elle qui vouloit la guerre, et quelle en auroit tout le blasme, . et la haine des peuples,
. Mais elle ayant du commencement respondu doug teusement, ne voulant pas encore se déclarer, il fist pour l'y contraindre partir le Roy, comme s'il eust esté ^ au devant d'elle; sur quoy elle, sans s'arrester à tout , œ qu'on en pourroit dire ny penser, manda ouvertement, par une lettre qu'on receust à Orléans, qu'elle ^ n'y pouvoit pas aller.
^ Ce coup ayant manqué, le Roy retourna à Fontai- ^ œbeleau, où peu de jours après il sceust que messieurs g^ deLougueville, de Vendosme et du Maine s'en estoient ,^ allés dans leurs gouvernements. M. du Maine escrivist ^, JUi Roy que c'estoit pour empescher qu'on n'entreprist ^^ «ur sa personne, comme il estoit averty qu'on vouloit £^ fiûro, et protestant au reste toute fidélité. ;. £ Cependant M. de Luy nés estant pressé par les £s- ^ pagnols de leur tenir parole comme eux a voient fait, iJ fist envoyer en Allemagne le comte d'Auvergne, g nommé alors le duc d'Angoulesme (le Roy luy ayant : donné ceste duché après la mort de madame d'Angou- . lesme sa tante, arrivée peu auparavant), et Wssieurs de Béthuneet de Préaux, tous trois les plus considérables qu'on eust peu choisir pour une semblable oc* casion.
Estant donc partis au mois de may, et allés à Ulm oîi 1<^ protestants estoient assemblés, le duc de Bavière, fiénéral de la Ligue catholique, y envoya aussy des des-
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pûtes, avec lesquels il se fist un traité par rentiemise des ambassadeurs de France , sans parler du Roy ny du royaume de Bohesme, par lequel tous actes d'hostilité estant deffeudus entre les catholiques et les protestants, ils dévoient tous retirer leurs armées qui s*estoient approchées d'Ulm , et rAllemagne demeurer en paix; l'autorité du Roy, et le grand désir qu'il tesmoigna pour cest accommodement, ayant obligé les protestants d'y consentir.
Or l'Empereur en tira de grands avantages; car les protestants, qui, demeurant unis, auroient peu obliger le duc de Bavière à demeurer en Allemagne, et luy résister, quelque secours qu'il eust eu , ayant este par le moyen de ce traité divisés, et la pluspart , pour jouir du repos qu'il leur donnoit, s'estant retirés en leurs maisons, le reste se trouva trop foible pour deffendre le Palatinat contre le marquis Spinola, qui Tattaqoa bicntost après avec une armée de Flandre, et laissa le duc de Bavière en liberté d'aller en la haute Austriche aussy révoltée, qu'il rcduisist en peu de temps; et de passer delà en Bohesme, où se joignant au comte de Buquoy, général de l'Empereur, les affaires du Palitin allèrent tousj ours despuis déclinant, et furent enfin entièrement ruinées par la bataille de Prague, qu'il perdist.
Mais ce ne fust pas en cela seulement que parust k partialité des ambassadeurs de France, et qu'ils s'aequittèrent de la promesse que M. de Luynes avait faite; car au sortir d'Ulm estant allés à Vienne, sans vouloir voir le Palatin, comme il les en envoya prier, ils furent en Hongrie trouver Betleem Gabor, où ils ménagèrent une conférence entre luy et les desputés
<1p rtimpereur, qui causa cvlle qui se fist quelque temps aprtis , dans laquelle tous les diffrreiiu de t-e prince et des Estais (feHoDgrîe, qui le reconnoissoient , fureut terminés , et l'Empereur encore laissé libre de ce cosié ^.Ce qui rendist la France sy suspecte aux protestants, (]ii*on a eu bien de la peine à y restablir la confiance (fiiand il en a este besoin , disant qu'on leur manqueroit eocore, comme alors onavoit esté cause de leur ruine, n du salut de la maison d'Austrichc.
Environ ce temps là il se fîst une chose qui a despuis eu des suites fort importantes pour l'inlerest que dedi*'ers costés on y a pris, qui fus! que les Valtolins, (fui sont tous callioliques, ennuyés de vivre sous les Grisotis, la pluspart calvinistes, dont ils disoient recevoir journellement mille vexations, et fomentés aussy par les Espagnols qui y Irouvoîent leur compte , entreprirent de se mettre eu liberté, se saisissant de tous les lieux forts de leurs pays, en chassant les garnisons et tuant tous les ofGciers; après quoy les Grisons ayant diverses fois essayé d'y rentrer, ils en furent tousjours Rpoussés. Le Hoy se déclara .pour les Grisons, tant parcequ'ils estoient ses allit-s, que parcequ'il importoit à toute la chrestienté qu'un passage qui joint l'Italie à l'Allemagne ne demeurast pas à la disposition des Espagnols, qui ne cherchaient qua opprimer tout lu monde; et eux, à la sollicitation de qui cela s'estoit fait, couvrant à leur ordinaire tous leui'S desseins du manteau de la religion, ils prirent le parly desValtolins,et y engagèrent le Pape.
Lonque M. du Maine et tes autres furent partis, M. le prince, qui eu pnivoyoit bien la conséquence, fouloit qu'à l'heure mc&me on suivist M. du Maine 3o
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comme le plus dangereux, assurant que sy^n ne luj donnoit pas loisir de se rcconnoistrej! et q^b!lafioy p- i rust en Guienne, on le contraindroit , n'ujwt point de i places fortes pour se retirer, à en sortir, qui seroîtla i moitié de la besongne faite. Mais M. de Luynes, qui : pensoit que M. le prince ne demandoit que le trouble pour se rendre plus considéré, ou qui apprehendoitque le Roy, qui commençoit dè»*lorsà s'appliquer aux choses de la guerre, et y réussissoît fort bien, voyant que ny luy ny ses frères n'y estoient pas sy propres qu'à faire voler des oiseaux, ne les niesprisast; prenant pour son excuse qu'il ne vouloit point faire armer le fils contre la mère sans y estre forcé, ayma mieux esprouver encore une fois les voycs de la douceur, envoyant M. de Blain ville, en la capacité duquel il se fioit fort, pour offrir, à ce qu'on disent, quasy la carte blanche , pourvjçu qu'on le laissast en pai^.
M. de Blainville estant arrivé à Angers, y fust fort bien receu de la Reine et de M» de Luçou , et trouva, quand ce vint à parler d'affaires^ toutes les apparences i sy bonnes, qu'encore qqfon l'arrcstast souvent sur des i: diffilniltés affectées et des prétextes recherchés , M. de j Luçon ayant besoin de gagner temps, c*estoît awctanl J d'art, que M. de Blainville ne laissa pas de s^assurrr 1^ que raccommodement se feroit, et (ce qui estoit de J pis) de le sy bien persuader à M. de Luy nés, que sW ; dormant là dessus il ne pourveust à rien , et fust UeR surjjris quand , au lieu d'en apprendre la conckism comme il s'y attendoit , il vist, par le partement deM. k comte, que tout devoit estre rompu , comme il estoit en effet. Car M. du Maine, sur qui la Reine mère faisoit son principal fondement , ayant escrit qu'il estoit
DE FONTENAY-MAREUIL. [lôio] 4^7
prest do faire ses levées quand on voudroit, elle le manda à madame la comtesse, afin que M. le comte et elle la vinssent trouver; et elle rompist toute oëgociation avec M. de Blainville aussytost qu elle les sceust partis.
Surquoy M. de Luynes fist une seconde faute; car ne i pouvant pas aller bien viste, et n'ayant point d'autre i retraite par les chemins que le chasteau de Dreux , qui m i^'cust pas duré deux jours devant le régiment des m Gardes seul , il luy eust esté fort aisé, en les faisant sui* -3 ^re de bonne heure, de les attraper, et de les ramener Li a Paris : ce qui eust fort décredilé le party. Mais Dieu sÊ. tte le perinist pas, non plus que beaucoup d'autres s., choses qui se dévoient faire, afin que le Roy qu'il vou- ::• 'OU protéger, et tout le monde, peust mieux connoistre e H^^ tous les bons succès de cestc guerre et tous les ^^^ntages qu'on en lireroit ne viendroient que de luy, i ^ ^ue toute la gloire luy en seroit deue. ' Le jour de devant que M. le comte partist, M. de f «-«ujraes envoya au grand prieur de Vendosme le brevet *^^^Ux fort bonnes abbayes qui avoient vaqué, pen- ^^t l^assurer par là au service du Roy. Mais quoyqu'il P^st, il ne laissa pas de s'en aller, s'excusant sur ce I* " t^'eust pas peu les refuser sans descouvrir son ^^^^în, et ne les renvoya pas après estre party ny des- "^ > C|uand il se vist en lieu de seureté : ce qui fut con- '^^é de tout le monde. Mais ceux qui manquent à premier devoir peuvent bien aussy manquer à tout ^^ ^^sie, et, comme on dit des femmes, n'avoir plus ^^^te de rien.
^^ fust en ce temps là que M. le grand et le mares- ^'^ de Brissac furent receus ducs et pairs de France.
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Celuy-cy, en ayant eu la promesse dès le temps de Henry-le-Grand, en avoit despuis eu des lettres qui se trouvoient bien plus anciennes que celles de M. le grand; de sorte qu'estant outre cela mareschal de France, qui précède le grand escuyer, il prétendoit passer le premier : mais le Roy , à la prière de M. de Luynes, voulant que ce fust M. le grand, M. de Brissac fust contraint de céder, de peur que ne le faisant pts comme quelques uns le luy couseilloient, il ne l'eust point esté, et que ceste occasion passée, il ne sVn trou* yast pas d'autre pour mettre cest honneur dans si maison, luy estant vieux, et son fils peu capable de l'obtenir quand il n'y seroit plus. M. le grand se 6a après cela nommer le duc de Bellegarde.
Le bonheur de M. de Luynes ne diminuant poinf^ il fist le mariage de M. de Brantès , son plus jeune fra«, avec l'heritiere de Luxembourg, cela s'eslant eocorv ajouté à sa bonne fortune , qu'après avoir trouvé un td party que mademoiselle de Pequigny pour M. defr denet, il en eust un encore plus grand pour celuv-cjr; uar outre la maison de Luxembourg et les bieus^b duché et pairie passant aux filles, et estant des plustfciennes, il en tint le rang dès qu'il fust marié. ]H.k prince, qui estoit un des plus proches parents, à cans^ de madame la princesse, fust ccluy qui Rst le mariage, se contentant de la seconde fille pour le comte deU Voûte son neveu (0.
Ce fust aussy en ce mesme temps qu'il (ist le mariaje
(i) La Foute son neveu : Henri de Lévis, comte de La Vonle,<b( lie Ventidour après sou père , épousa Marie-Licssc de LuxembcKirf. princesse de Tingry. Il ctoit neveu du prince de Condé par u b^ Marguerite de Montmorency, sœur de madame la princesse.
e mademoiselle cle Combalet, sa nièce, avec M. de anaples, second fils de M. de Créquy, afin de s*asirer de M.' d'Esdiguieres, et le mettre tout-à-fait dans *s interests. Il luy donna cent mille escus, avec la surivance de mettre de camp du régiment des Gardes : t parceque M. de Créquy, qui avoit eu un brevetipenant la régence pour estre mai*eschal de France après I mort de M. d'£sdiguieres, craignoit d'avoir trop à ttendre, U eust lors la promesse de Testre à la première ikce vacante. Or il faut sçavoir que les cent mille es-i us qu'eust mademoiselle de Combalet ne furent pas le l'argent de M. de Luynes, mais de celuy du Roy, ia coutume de marier les parentes des favoris aux-des** pens du Roy s'estant lors introduite, et continuée avec tant d'excès par ceux qui l'ont suivy, que cela crie Teogcance.
. M. le comte estant party, et la guerre ne se pou\ant |IiB éviter, M. de Luynes, fait sage par l'expérience, ^ra beaucoup plus qu'il n'avoit fait jusques là aux fris de M. le prince, suivant lesquels il envoya à Anfjfrs messieurs de Montbazon et de Bellegarde, l'ar-^ fihevesque de Sens et le président Jeannin, tous fort OMisidérables et agréables à la Reine more, pour tousi fours tesmoigncr qu'il pensoit à l'accommodement.Mais ifin de l'y pouvoir contraindre sy elle ne le vouloil MIS, il donna au mesme temps les ordres nécessaires our avoir de grandes armées, et se i*ésolust au voyage e Normandie pour s'en assurer, et ne laisser rien errierc qui peust incommoder Paris, en cas qu'on fust bligé de s'en cslongner.
Le Roy partist donc le 7 juillet pour aller à Rouen ^ : trouva à Pontoise les desputés de Caen, sur cç.quQ
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le grand prieur, qui en avoit le gouvernement, estant allé à Angers, et que Prudent, son lieutenant, faisoit entrer le plus de gens qu'il pouvoit dans le chasteau, ceux de la ville qui vouloient demeurer dans leur d^ voir avoient pensé se devoir garder, et envoyer en mesme temps en avertir le Roy, et Fassurer de leur fidélité. Les desputés furent fort bien rcceus , et en mesme temps renvoyés; et le marquis de Mony et M. Arnauld avec eux, pour entretenir le peuple dans ceste bonne disposition , et les porter s'il se pouvoit à assiéger le chasteau.
Mais ils y trouvèrent \?.s choses fort changées : car leà habitants voyant que Prudent, qui avoit interest de ne se pas sy tost déclarer, afin de donner loisir à la Reine mère de faire une année et de le pouvoir secourir, souffroit ceste garde, laissoit prendre les clefs des portes, et mesme faire toutes les autres fonctions qui luy apartenoient à un conseil qu'ils avoient estably dans la ville, sans rompre avec eux ny s'en formaliser; eux aussy s'estoient résolus de ne rompre point avec luy, et de demeurer en cest estât jusques à ce qu'ils vissent quel train les affaires prcndroiont, faisant en mesme temps, afin de n'avoir personne qui les en einpeschast, sortir M. de Bcllefonds , qui y avoit autrefois commandé sous le grand prieur, mais qui y estoit allé avec des lettres du Roy pour les porter à attaquer le château, et leur en ouvrir les moyens; et le comte de Torigny, lieutenant de roy du pays, parcequ'il estoit cousin germain de M. de Longueville, et creu de son party. De sorte que quand le marquis de Mony et M. Arnauld y arrivèrent avec les desputés, tout ce qu'ils peurent obtenir fust d'estre receus dans la ville
Bl VONTBKAT-MABBUIL. [l6ao] 4yi
«18 oser parier de rien , jusques à ce qu'on sceust le loy dans Rouen, et qu'en attendant qu'il y peust aller I y envoyoit le mareschal de Praslin avec M. de Cré- |uy, et partie du régiment des Gardes; car les habitants irent alors tout ce qu'on voulust, et refusèrent le pasâge dans leur ville au grand prieur, qui, estant venu ur ce temps là à Falaise, dcmandoit à y passer pour lier au château. Il est bien vray qu'il y eust peu enrer sans eux s'U eust voulu , y ayant une porte de deriere; mais il prétendit par là dèscouvrir leurs sentiaents, et quand il sceust tout le peuple contre luy il l'osa y aller, de peur d'y estre enferme, et de n'en pouoir pas sortir quand il luy plairoit. C'est pouimoy il 'en retourna à Angers. '^'^ "
Despuis que les desputés de Caen furent partis, le toy, continuant son voyage, apprist par les chemiits pe M. de Longueville, qui estoit tousjours demeaié h |ipien,avoit assemblé ses amis poursçavoir s'ils pour- Knt faire armer le peuple, et luy en refuser l'entrée; Bis que trouvant les plus hardis fort estonnés du seul tait de sa marche, il avoit bien jugé que ce sèroit DCX>re pis quand ils le verroient à leurs portes, et qu'il estoit retiré à Dieppe. De sorte que le colonel d'Orane, lieutenant de roy, y estoit aussylost après entré, t ayant trouvé tout le peuple dans une parfaite obéisince, s'estoit saisy du Vieux Palais, où commandoitdc »ut temps M. de Boquemare , partisan de M. de Lonaeville, mais qui, ne l'ayant pas jugé tenable contre
Soy, Ta voit abandonné.
Le Roy y estant arrivé fist à l'heure mesmc, comme %y desja dit, partir le mareschal de Praslin et M. de réquy pour investir le chasteau de Caen; le lende-
4y2 [l6ao] 31EMOIEES
main, il fust au parlement faire enregistrer Tinterdio tion de M. de Longue ville, du président de Bourtroude, de Saint- Aubin son fils, lieutenant civil, et autres; puis ayant employé encore deux jours au règlement des affaires, il s'en alla à Caen, laissant M. d'Elbocuf pour commander dans la province et à Tarmée qui seroit autour de Dieppe, ^X le mareschal de LaChastre sous luy.
Le mareschal de Praslin et M. de Créquy ayant trouvé à Caen les choses en Testât que j'ay dit cy devant, laissèrent la garde de la ville aux habitants, et logeant les troupes au dehors, commencèrent à faire les approches et ouvrir les tranchées, y travaillant avec tant dedihgence que quand le Roy y arriva ils perçoient desja le fossé. Aussytost qu'il y fust, il envoya sommer Prudent, lequel feignant de croire qu'il n'y estoit pas, re3pondit qu'il gardoit la place pour le service du Roy, et qu'il ne la rendroit jamais qu'à celuy qui la luy avoit confiée ; mais le héraut ayant cric fort haut en sortant que le Roy donneroit dix mille cscus à celuy qui luy apporteroit la teste de Prudent , et que tous Içs autres seroient pendus, ils en prirent telle espou vante qu'ils forcèrent Parisot, qui commandoit sous Prudent, dç faire sortir un homme pour sçavoir au vray sy le Hoj y estoit, et l'ayant sceu, d'envoyer un tambour pour luy dire qu'ils estoient prests, sans faire de capitulation, de luy ouvrir les portes, et de recevoir telles gens qu'il commanderoit.
Ce que le Roy eust sy agréable, qu'en leur faveur il fist la grâce entière, pardonnant mcsme à Prudent, comme ils l'en supplièrent. Deux compagnies du régiment des Gardes en ayant ensuite pris possession, k
DB PONTBNAT-MARBmL. [l6ao] ^ i^'jZ
Boy y entra; donna trois mille escus à Furîaot, et phkfiieurs montres (<) aux soldats, et le gouvernement au marquis de Mony.
Une reddition sy prompte estonna tellement toute la basse Normandie, que messieurs de Matignon, de Beuvron et autres, qui ne scstoient point déclarés, attendant de voir de quel costé la chance tourneroit, furent aussytost trouver le Roy, et toutes les villes luy CDToyerent des desputés.
Il en aurait bien peu faire autant à Dieppe s'il
CUftt voulu, parceque ceux de la ville luy auroient sans
doute ouvert les portes, et que M. de Longue ville, non
jplos que le grand prieur, ne se scroit pas enfermé dans
||e château. Mais des choses plus pressantes Tapeloicnt
l^ailteurs; car il estoit averty que M. du Maine faisoit
i|i4^ sy grandes levées en Guyenne, qu'elles passeroient
mille hommes; de sorte que s'il luy cust donné
de joindre la Reine mère, il auroit esté fort
:hë , les troupes qu'il avoit tirées de Champagne
Picardie ne se trouvant pas en Testât qu'on avoit
é, parceque M. de La Valette ayant mandé à tous
officiers de l'infanterie qui despendoient de M. d'Es-
lon de l'aller trouver, il y en estoit allé un très
IP^nd nombre , et aucuns mcsme avec des compagnies
'^^''tes entières. Je sçay bien que du régiment de Pié-
r^*it seul il y en alla quati^e capitaines avec leurs com-
r^cies, et dix-huit, que lieutenants, qu^cnseignes : ce
T** apporta un tel desordre parmy 'les recreues qui
^ faisoient, que toute l'infanterie en fust notablement
**oibIie; d'où le Roy prist pour la dernière fois ré-
^*) Montres : Ce mot est synonyme de solde; une montre ^«toit un ^^ de solde. {Dictionn. de Trévoux.)
■tt
4jr4' [i6ao] HÉBioiREs
siiflution Bë Mrancher le pouvoir du colond de rinfanterie, et de ae souffrir plus qu'il nommast aun cornpagnies des régiments entretenus, ay qu'il ea doDDast les lieutenances et les enseignes, comme il faisoit auparavant, et pqur lesquelles il a fallu despuis des lettres de cachet pour y estre receu.
Tout Tordre qui se pouvoit ayant esté mis à Caeii et dans la basse Normandie, le Roy en partîst pour aller à Angers; mais, pour marcher avec plus de dili* gence et moins d'incommodité, il sépara ses troupes en deux, en donnant une partie à M. de Créquy pour aller par Alençon , et luy avec l'autre prenant le che^ min de Lisieux et de Mortagne, lequel, encore qu'il fust le plus long , se trouvoit néanmoins le meilleur, à cause qu'il marchoit entre M. de Créquy et M. de Bassompierre qui amenoit l'armée de Champagne, com* posée de tous les vieux régiments et de toutes les vieillei compagnies de cavallerie, avec quelques unes de nouvelles levées.
Or on estoit en grand doute d'Alençon, le goufw^ neur, nommé, ce me semble, Boutemorin, qui dfipendoit entièrement de la Reine mère, ayant forcé les habitants d y recevoir M. de Blin, qui levoit des troupes pour elle. Mais eux, qui ne l'avoient fait que parceqos tous leurs voisins estant de son party, ils ne voyoîenl personne qui en cas de besoin les peust secourir, perdant toute crainte quand ils sceurent M. de Créquy s'approcher, se déclarèrent ouvertement pour le Roj, et contraignirent le gouverneur et M. de Bliu de st retirer, et de leur abandonner le chasteau.
Cependant la Reine mère ayant sceu la prise de Caeo, estoit partie d'Angers, avec six ou sept mille hommes
us V01fTBNAT*MAREUlL. [l6ao] 4?^
He aToit enfin et avec beaucoup de peine amassés, r aller aaMans, croyant que, comme c*estoit une e foible et mal pourveue, elle y entreroit fadmt j et qu'en y mettant une bonne garnison on y rroit arrester le Koy assés de temps pour donner r à M. du Maine d'arriver. Mais quand cile fust à Flèche, elle sceust ce qu'avoit fait Alençon, et que, [que diligence qu elle fist, M. de Créquy scroit au is aussytost qu'elle; de sorte que, craignant de it>p engager, elle s'en retourna à Angers, laissant ement quelques gens dans La Flèche pour la gar- '9 et le grand prieur de Yendosme avec toute la calorie pour battre la campagne, et la faire subsister «d'Angers le plus qu'il se pourroit.
Sur ce temps là M. de Créquy, qui avoit marché tviste, estoit arrivé au Mans, où, ayant ordre d'at- ■PB le Roy, il logea toutes ses troupes dans les vil- ■» voisins, et particulièrement à Pont-Lieve,^ où il ' les carabins de M. Arnauld; de quoy le grand *>t ayant esté aussytost adverty, il creust qu'eu y ^^ promptement , et sans leur donner loisir de se ^r, il les pourroit enlever : mais il les trouva sur *^es, et sy bien barricadés, qu'après avoir esté re- ^ de tous les costés où il fist donner, il se retira, *«ur que M. de Créquy, qui n'estoit pas loin, en ^t averty , ne luy tombast sur les bras. Il laissa ^€urs morts sur la place , et M. de BeauregardtUprose y fust fort blessé.
U seul bruit de la marche du Roy, toutes les petites ^ qui estoient sur son chemin , et Yendosme mesme, rqu'assés ëlongnée, se rendirent; comme pareillet M. de Bassompierre prist en passant Dreux et La
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Ferté-Bernard. De sorte que le Roj le iroyani umi^ et tout ce qu'il laisseroit derrière dans rob«ssaDoe,if partit du Mans le quatrième d'aoust, et alla dans h plaine de La Suse pour y faire la reveue de son armce, et luy donner une montre.
Ce fust en ceste occasion où il régla pour tou^joai les différents qui estoient despuis sy longtemps entt les i^giments de Piémont, de Champagne et de Ib Karre, et qui en diverses occasions avoient faillji causer beaucoup de mal , chacun d'eux prétendant 4| voir aller le premier, et s'attachant plus à emporM cestavantage sur les autres qu'à combattre les enncflà T^es raisons qu'ils alléguoient pour soustenir leimpé tentions estoient : pour le régiment de Piémont, ({o'i tant le premier régiment de Tinfanterie de deli monts (0, comme Picardie l'estoit de celle de deçà, ayant tousjours esté du pair avec luy pendant qol a voit eu deux colonels, l'union des deux charges < personne^ de M. d'Espernon , et de toute l'infim en un mesme corps , ne pouvoit pas luy faire perèe^ rang qui luy appartcnoit, et qu'il avoit sy longtofl conservé; et que sy, quand le roy Henry-Ie-Grand fist venir de Provence pour servir auprès de luy, céda à Picardie , et n'eust pas Talternative avec comme il se devoit , ce fust parccquc le baron de en estant lors mcstre de camp , le mareschal de son frère, qui commandoit l'armée et y avoit toiit|K» voir, l'y contraignit : ce qui ne pouvoit pas enipescto qu'il ne précédast tous les autres. Champagne disfl*
(0 De delà les monts : Le régiment de Picraont étoit un r«^f»* plutôt un souvenir, des bandes françaises du Piémont, si oélM dans notre histoire. {F'ojez Brantôme , t. 4» P- 49», édiit 4e FoocJO")
es punTMAr-NAKci'it.. [iGso, 477
qu'il avott accoutumé de marcher aprôs Picardie, et que rien tie s'estoït janiai;> mis entre drtix ; ot Nawrrc , ffu'ayaut élé le régiment des Gardes du roy Mcnrv-Ie- Crand pendant qu'il u'cstoit que roy de Navarre, il eu&t précédé Picardie niesme,5i l'autorité du marrsdial de Biron ne l'en eusl cmpesclié ; de sorte qu'il devoit ati moins marclier après luy. Mais le lloy, sans avoir tgard à toutes ces raisons, ordonnu qu'à Tavenir ils n>uleroieiit,et que de six mois en six mois ilsauroient Il pré'fércnce les uns sur les autres, selon qu'alors le »rl )e doiincroil, les ayant fait tirer pour cela eii sa piTSencc, et devant que l'armée se mist en bataille.
Le Roy ayant trouvé son armée plus belle et plus forte qu'il n'avoil espéré, alla de I.a Siisc à La Flèche, oit on ne lui fist aucune résistance, la garnison en cslut partie devant qu'il y arrivas!.
Cependant le trouble esloît fort grand dans Angers, Hi voyoiciit leurs mesures manquer de tous costés : et Alençon s'estant rendus bien plus tost iju'on laoit, M. du Maine, au secours duquel ils se principalement, ne pouvoir pas sy tost venir; t oe qu'ils avoient peu faire de leur part ne it, comme j'ay desja dit, qu'à six ou sept mille asséft mauvais , n'estrc pas sufHsant pour s'opà l'arméo du Koy , plus forte et plus aguerrie, C?C»t pourquoi M. de Luron , pour gagner temps et inner moyen à ses secours d'arriver, fist aller devers loy, dès que la Reine fust de retour à Angers, l'ardicvesquc de Sens, l'un des desputés qui esloienl auprès d'tlle, et le |>erc de Berulle . en qui il se liuît fort, pour dire qu'elle esloil preste de traiter pour elle et pour tous ceux de son parly, pourveu qu'elle eusl le