L^ ROCHELLE
empeschés d*avoir à commander; et n'estant pas aussy ^ accoutumés au coup qu ils venoient de recevoir, ne sceurent luy faire prendre d'autre party, pour scn garantir, que d'en user comme ils avoient veu &ire en Hollande, marchant tousjours en bataille, logeant de bonne heure pour avoir loisir de se retrancher, et faisant enfin comme s'ils eussent esté près d'une année quin'eust cherché qu'à les combattre, et non pas d'une simple garnison qui s'estoit trouvée bien heureuse de se pouvoir retirer en seureté. De sorte qu*ayant employé le reste de la journée et toute la nuit à descendre, ils demeurèrent cinq jours à faire un chemin pour lequel il ne falloit tout au plus qu*une aprèsdisnée.
Ce fut assurément ce qui sauva la place , donnant loisir ^ M. de Toiras d'accommoder beaucoup de cboses qui en avoient besoin; et à ceux de Saint-Martin et de l'isle mesme, qui croyoient que les Ângloissao cageroient tout, d'y porter ce qu'ils avoient de meilleur, et entre autres beaucoup de vivres. Il est vrajr que ces mesmes gens ayant sceu qu'ils ne pi'enoient rien sans payer,, en retirèrent despuis quelque partie qui y eust esté bien nécessaire : ce qui fust une très grande faute à M. de Toiras, aussy bien que d*avoir laissé les cabarets ouverts, et sans rien régler plus de quinze jours après le siège formé; mais certainement les seules qu'il fist, s'estant porté en tout le reste, et parmi une infinité de difficultés qu'il rencontra, avec tout le cœur et l'esprit qui se pouvoit.
Aussytost que le duc de Bouquingnan fust à Saint- Martin, il fist publier un manifeste dans lequel il prenoit pour prétexte de son invasion les contraventions
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au dernier traité ftit avec les huguetioU, doat ii difloit le roy de la Grand'Bretapnie estre demeuré garant. Et ayant enaaite fiait reoonnoistre la place par ceux qui oommandoient sous luy, ils oommencerent une cii>con* irallatioDy et y emploierent quelques journées; puit> incertains de ce qu*ils deroient faire ^ comme des gens lout-4i4ait ignorants ) ils la quittèrent pour ouvrir les trancliéeSy s*attachant principalement i ceste demy* lune de pierre dont j*ai desja parlé ^ et i se rendre maistres d'un puits proche de la contrescarpe que les aasiegés gardoient soigneusement ^ pour espargner ceux de la citadelle. Mais ils attaquèrent l'un et fautre sy foiblement, qu ils ne prirent le puits que longtemps après, et ne peurent jamais monter sur la demy*lune^ estant encore au pied quand le secours arriva.
Pendant cela M. d'Angoulesme estoit venu à Maratis, rendés-vous général de Tarmée , où ayant trouvé ton* iea les troupes fort lestes et bien compleltes, il en partial le quatorzième d'aoust^ et arriva le lendemain, jour de la Nostre-Dame, à la veue de La Rochelle, oii toute Tarmée ayant esté mise en bataille, il s'avança avec M. de Maiillac, mareschal de camp^ le marquis de Fontenay, mestre de camp du régiment de Piémont, le marquis de FouriUes, qui commandoit le régiment des Gardes ) et quelques autres, ponr reconnoistre la ville et loger l'armée.
Le quartier du Roy, oi!i logea M. d'Angoulesme avec les Gardes, fust il Etre; celuy des régiments de Piémont et de Rambure à Angoulin ; Navarre à Laleu ; Chappes, Estissac, Vaubécourt, Beaumont et tout le reste de l'infanterie, aussy bien que de la cavalerie, aux autres villages des environs : de sorte que la vîUe
fust eniierement bloquée par la terre. Mais afin qu'elle le peust estre auflsy par la mer, Ca^manl le port , comme un ingénieur italien nominé Pompée-Targon promettoit de faire en peu de temps, il fust résolu <{u*on feroit un fort sur le canal quasy vis-à-vis du fort Louis, d'où il devoit commencer son ouvrage ; et pour en reodre le chemin asseuré, et donner une retraite aux travailleurs en cas que les ennemis soilissent sur eux, le marquis de Fontenay eust ordre de fortifier une maison appelée Bonne -Graine, qui n*en estoit guère eslongnée. Ce qu'ayant fait fort diligemment, le riment des Gardes commença à travailler au foit, auquel on donna despuis le nom d'Orléans; mais qui pour avoir esté dessiné trop grand, et estre devenu inutile à cause de celui qui se fist à la teste de la digue ^ ne fust point achevé. Le régiment des Gardes toutefois y entra tousjours en garde jusques à la reddition de la ville.
Les Rochellois ne parurent nullement estonnÀ de voir une telle armée sy près d'eux. La déclaration des Anglais en leur faveur, et le bon estât où ils setrouvoient, leur avoit si fort enflé le cœur et donné tant de présomption, qu'ils se persuadoient que touttoumeroit à leur avantage. Et en effet, sy les Anglois eussent pris comme ils s'y attendoient la citadelle de Rc, croisé les mers pour empescher le commerce, et fiiit des descentes en Bretagne et en Normandie pendant que M. de Roban eust fait la guerre en Guienne et en Languedoc, il n'est guère apparent que le Roy, attaqué de tant de costés, eust peu les assiéger, leur ville estant très forte.
Elle n'est commandée de nulle part, la colline sur quoy on avoit fait le fort Louis estant trop eslongnée