SECOURS DE CA5AU, £TC
pour l'incommoder. Une grande partie, à commencer du costé de la pointe de Couieille, est couverte d'un inaiais qui ne se passe que sur une chau&see, vers la fin de laquelle, en un lieu appelé Tadon, qui est un peu relevé, ils avoient fait un fort. Ce qui reste despuis le marais justju'à la mer estoit enferma de bastions à la moderne, les plus grands el les plus beaux qu'on s'es ■ toit peu imaginer, derrière lesquels, parceque cela avoit fort agrandy la ville, et que tout n'estoit pas encore bâty, on se seroit peu retrancher tant qu'uu auruit touId.
Les deux costés, tant du marais que des fortifications,
aboutissent à deux grosses tours qui sont sur la mer, et
entre lesquelles il n'y a qu'autant d'espace qu'il en faut
aux vaisseaux pour y passer facilement et entrer dans
le port, qui se ferme quand on veut par une chaisne
qu'on tend d'une tour à l'autre. Ce port est enfermé
dans la ville, et asse's grand pour contenir plusieurs
vaisseaux. Un petit ruisseau qui vient des marais passe
dedans, et le tient net; et des vaisseaux de trois à qua-
' tre cents tonneaux y peuvent commodément entrer
quand la mer est haute. Mats despuis les tours jusques
aux pointes de Coureilie et de Clief-de-Baye, oii il y a
bien une lieue, la terre se va eslai^issant, et forme un
autre port de bien plus grande entendue, ayant desja
' à l'endroit où se fist la digue, qui n'est qu'à une bonne
' porte'e de canon de la ville, plus d'un quart de lieue de
' large; et à l'enlif^e de la mer, près d'une lieue.
Or ce grand port est asseure contre toutes sortes de
^ Tente, excepté celuy de (i), lequel, trouvant la
' mer pressée par la pointe des isles de Ré et d'Oleron, t>) Cttitf lit t^^ mut m rrntp t\\ blauc bi
/\% [l6'^7] SIEGE DE LA aOCHELI.B ,
la pousse quelquefois dedans avec tant de violence que plusieurs vaÎ8seaux's*y estant perdus, personne n*osoit y demeurer; et tous ceux qui en avoient de trop grands pour entiier dans le p^it port se tenoient à la rade de Ré y où on trouve tousjours de quelque coeté de Tabry. Ce qui rendoit les Rochellois tellement persuadés qa*OD ne leur pourroit jamais oster le secours , qu'ils n^Bgèrent de se fournir de vivres pendant qu'ils en avoient le moyen, et de presser mesme le duc de Bonquingoaii de leur rendre ceux qu'ils luy avoient preste , estluit en Ré ; comme aussy ne se hasta-t-il pas de le faire, afin qu'ils peussent plustost avoir besoin de luy.
Quant au dedans de la ville ^ il n'y avoit pas en jce temp84à moins de trente à quarante mille habitans, h pluspart desqueby animés tant par Tintèrent de la rdigion et de la liberté que par l'exemple de ceux da premier siège, qu'ils avoient tousjours devant les yeux, estoient résolus de se deffendre aussy bien qu'eux, et de souffrir toutes choses plustost que de se rendre ; joint qu'ils auroient peu avoir autant de -soldats estrangeis qu'ils eussent voulu, M. de Loudrieres y en ayant mené quelques uns, et plusieurs autres s'y estant offerts. Au reste, le trafic qui s'y faisoit à cause des libertés et franchises qu'il y avoit, et qu'elle est située entre les rivières de Nantes et de Bordeaux, et proche de tontes les principales salines du royaume, estoit sy grand, et l'avoit rendue tellement riche et puissante, qu'elle estoit capable de soutenir long-temps la guerre quand elle auroit esté toute seule, estant certain qu'après la defaite de son armée par M. de Montmorency, elle en eust remis une autre en mer, sy la paix ne l'en eust empeschée.
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Quelque temps après l'arrivée de Tarmée, M. de Comininge se promenant autour du fort Louis , vist des habitaos de La Rochelle qui estoient soitis de ce costé Ikf desquels s'estant approché (car il n'y avoit point encore de guen^ déclarée), il essaya de leur faire comprendre qu'ils ne pouvoient pas sans crime s'unir avec les Anglois, anciens ennemis de la France, et dont ils avoient autrefois sy généreusement rejette la domination; que s'ils se plaignoient de quelque chose, il y avoit les voyes ordinaires par lesquelles les subjects du Roy avoient accoustumé de recourir à luy, et de demander justice; et que sy quelquefois elle se diiTéroit, ce n'estoit pas une raison suffisante pour former une rébellion , et faire entrer les estrangei^ dans le royaume ; mais qu'il falloit avoir patience.
A quoy ayant respondu par de grandes plaintes des inexécutions de tout ce qu'on leur avoit promis en diverses occasions, et spécialement au dernier traité, ils me retirèrent, et furent dire au maire ce qui s'estoit passé, lequel se resolust sur cela, et pour sa descharge, de faire tenir une assemblée de ville, et de le mander audit sieur de Comminge pour sçavoir s'il s'y voudroit trouver; lequel ayant aussy rapporté à M. d'Angoulesme ce qu'il avoit fait, eust permission d'y aller, où il leur représenta encore ce qui estoit de leur devoir , et ce qui leur pouvoit arriver s'ils en sortoient. Après quoy l'ayant fait retirer pour résoudre ce qu'ils luy diroient, il eust pour toute response : que sy le Roy vouloit remettre à l'heure mesme le fort Louis entre les mains des mareschaux de La Force ou de Giâtillon, ou de M. de La Trimouille, et exécuter entièrement le traité de Montpellier et tout ce qui leur avoit esté
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promis despuis , qu'ils se dëclareroient contre les Anglois ; sans quoy ils ne le pouvoient pas faire.
La fièvre que le Roy avoit estant beauconp diminuée, et sa guerison devenue quasy certainey il entst aussytost donner avis à Farmée, et aux lieux où on préparoit dès secours pour les assiégés , recommandaDt surtout d'user de diligence , de peur qu^enfin ils n'en eussent besoin , comme ils avoient en effet; car outre le peu de vivres qui s'estoit trouvé dans les magasins^ et le désordre qui s'y estoit fait au commencement, il y avoit encore ceste noblesse à qui il en falloit beaucoup plus donner qu'à de simples soldats pour leur faire prendre patience, et force bouches inutiles, une grande partie des catholiques de l'isle s'y estant retirés. Mais quoyqu'il se fist pour cela des préparatife de divers costés, et principalement aux Sables d'Olonne, d'où on croyoit qu'ils pourroient mieux partir, sans que les Anglois en eussent avis que de toute autre part, le cardinal de Richelieu y tenant mesine.de ses gens pour les faire hâtçr, et fournir tout ce qui y seroit nécessaire, il sembloitque Dieu s'y opposast, et fustpour
les Anglois; car au lieu du vent de , dont on avoit
besoin, et qui avoit accoutumé de régner assés souvent en ces saisons-là, il en faisoit de tous contraires : de sorte que de quatre embarquements qui se firent avec grand soin elf grande despence, il n'y en eust qu'un qui peust arriver jusques à la veue de Ré, et lequel fiist défait, le vent luy ayant enfin manqué.
Ce qui obligea le Roy d'escrire au comte de Grammont d'en faire préparer à Rayonne dont il estoit gouverneur, pour voir s'il auroit meilleure main; lequel faisant promptement armer douze pinasses, qui sont
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des vaisseaux foit légers, tics mcUlciii-s liommes qu'il peust (ruuver, il les cliargea de vivres, et i-n donna le cuni mandement à un geiitiiliommc «jui estoit à luy, nommé Vallîn (■)> qui fust sy heureux (ju'il passa pur dessus une chaîsne de mats et de cordages mise entre les vaisseaux, et y porta le premier secuui-s, toutes les douze piiias&es estant arrivées à bon port, et descliargées sans rien perdre, par le moyen des grands travaux que M. de Toiras llst faire sous les tiastions de la citadelle qui regardoit la met) dés qu'il viït que les ennemis ayant une l)allerie sur le Iiavie, il ne s'en pouriuit plus servir. Vallîn eusl pour recompence une corojagnie dans le i-egiment de NavajTC, qui se trouva lors vacante.
Ce secours, quoyque petit, ne laissa pas d'estre important, ayant relève le cœur des assicgifs, fort abattus par le défaut de vivres qu'ils comniençoient à sentii', et scrvy d'exemple à d'autres pour enlieprendre la mesme chose, voyant comme il avoit liien réussy, et que tout ce qu'avoient fait les Anglois s'estoit trouvt.' Inotile.
Cependant le Roy, qui ne se voyoit pas encore en estât de marcher, pour donner plus de réputation à sc.s atlaires et à son armée, y envoya M. le duc d'Orléan.s, qui arriva au commencement de septembre (>\ lit d'autant que sans s'anester à Etre, où on luy avoit préparé son logement, il alla faire le tour de la ville, et visiter toutes les gardes, qui firent force salves partout où il passa, et que cela ayant donné envie aux
•}JYoiniM yalLn: Ce caploiuc ul ap{>clé Bail D dans U Mcrtute ftaoroia, I i4 > p- i4- — '*' '^'' Eomncicemot dt *eptemàrt: le H iv mou de septembre.