S'K^^ ^^ ^^ ROCHELLE
parceque le Roy n y estoit pas, ne le voulust jamais souffrir;. et fallust pour le retenir, ne demandant qu a s'en aller, plustost que de laisser introduire ceste nouveauté au détriment de sa charge, séparer Tarmée en deux, dont il y en eust une pour luy seul, avec de Taitillerie, des mareschaux de camp, et de toutes antres sortes d'officiers indépendants de messieurs d'Angoulesme et de Schomberg ; le Roy et le cardinal de Richelieu Fayant mieux aimé que de permettre qu'il sen allast. Son quartier fust à Laleu ; et il eust pour son département depuis la mer jusques à la redoute Saint- François CO.
Messieurs d'AngouIesme et de Schomberg eoreot Tautre armée, et la commandèrent alternativement, Mi d'Angoulesme ayant commencé. Leur département fust despuis où finissoit celui de M. de Bassompierre jn^ ques à la pointe de Coureille, et eurent pour mareschaux de camp messieurs de Vignole et de Marillac. Mesâeon Du Hallier , et de Toiras quand il fust sorty de Ré, servirent sous M. de Bassompierre. Le Roy logea à Etre, et le cardinal de Richelieu au pont de La Pierre.
Environ ce mesme temps, le Roy eust avis que M. de Montaigu, anglois, avoit esté pris prisonnier à l'entrée de la Lorraine. Il estoit allé trouver M. de Rohao de la part du roy de la Grand'Bretagne ; et ayant ensuite vçu M. de Savoye, qu'on savoit mal satisfait du Roy à cause du traité de Monçon, pour le per^ suader à se déclarer contre luy, prétendoit retourner en Angleterre par la Franche-Comté, la Lorraine et les Pays-Bas, où il pouvoit seurement passer, nonob-
{^) Jusques à la redoute Saint' François : Voyez le Mercure fmçoi», t. i4, p. 739.
SECOURS DE CASALy ETC. [1627] 49
Btant que les Anglois eussent la guerre contre les Espagnols, puisqu'il vepoit de travailler à faire souslever tout le monde contre le Roy. Mais le marquis de Bourbonne, gouverneur de Chaumont en Bassigny, suivant Tordre qu il en avoit eu, le prist, comme j*ai desja dit, à Fentrëe de la Lorraine, avec toutes ses in« structions et responses. Dont M. de Lorraine s*estant fort plaint, à cause que c'avoit esté sur ses terres, on le remLst quelque temps après en liberté.
Pendant cela les Ânglois, qui s'estoient opiniastrés
à ceste demy-lune de pierre, voyant qu^ils n'y avan*-
çoient rien, ne faisant point de travail qui ne fust
aussytost rompu, et que mesme leurs troupes dimi-
naoient chaque jour, changèrent de conduite, se per^
madant, veu le peu de vivres qu'ils sçavoient y avoir
kns la citadelle, que poutveu qu'il n'y en entrast
loint d'autres, ils Tauroient bientost par famine. Et
Jirceque les pinasses, poussées d'un vent favorable,
"Voient passé, nonobstant les chaisnes mises entre les
^^ûseaux, devant que ceux de dedans peussent estre
01 estât de les arrester, ils se résolurent d'y mettre une
^ ^ande quantité de chaloupes attachées les unes aux
A^res, qu'il sembloit en effet que le passage fust tout
fait fermé, et qu'il seroit impossible de le/orcer,
^^que temps qu'il fist. Cela toutefois n'empescha pas
41^ plusieui^ pei-sonnes n'entreprissent d'y aller; mais
K vents estoient tousjours sy contraires, que de tous
K embarquements qui se firent alors, il n'y en eust
3L*iin qui peust an'iver en veue, et dont il passa seu-
'SZMQent deux barques, toutes les autres ayant esté prises,
L^ coulées à fond.
\e soiie que les choses y furent à la fin réduites à
5o [1^7] SIBGE DR LA AOCflBLl^,
telle extrémité^ que la plus grande partie de œux de dedans voulant qu'on se reni&t, M. de Toiras n'osoit jAus y contredire. Néanmoins , comme il avoit mandé au Roy, par deux différentes personnes qui aToientcih ti^epris dépassera nage. Testât auquel ii se troufoit, il essayoit de temporiser jusques à ce qu'il eost en roponse; joint que comme on approchoit de la noofdk lune, où y la mer montant davantage. qu'à rordiDairecK estant aussi plus esmeue, on entreprenoit ploslmdiment d'y aller qu'en un autre temps, il vouloit aa moins attendre que ce gros d'eau fiist passé. Cest pow^ quoy, pour les amuser, il fist sortir des Estangs, capitaine au riment de Champagne, qui estoit conni du duc de Bonquinguan et de M. de Soubise; lequel 6A plusieurs voyages , et entamant une négociation , la prolongea sy adroitement, qu'elle dura autant qu'y ci iust besoin*
Cependant de ces deux hommes envoyés à nage, bb estoit passé (0, mais non pas sans grand danger; car ayant esté obligé d'aller entre deux eaux tout Fespacc de mer que les Anglois occupoient (sans quoy il se s^ roit asseurément perdu comme l'autre), il ne fbstpss sytost hors de ce péril qu'il entra dans celuy des poisons, qui l'attaquèrent si rudement qu'il avoit le coi|i tout meurtry de leurs morsures. /
Celuy-là ayant apporté une petite lettre enfienaée dans du fer blanc, par où on voyoit au vray le maufaii estât de la place, le Roy fîist obligé d'envoyer à lliaflf mesme à tous les ports des ordres sy précis d'y aflcr, qu'il y en eust plusieurs qui l'entreprirent. De sorte
(0 Un •stoUpaué: H s'appeloit Lapierre; 0 ëtoit mAààitmfigh neat d« ClumiiMigae. ( Fojrez le Mercure frui^, 1. 13, p. S5&)
&ECOCKS DE CASAL, ETC. [1637] 5l
que le septième d'octobre, qui estoit le Ueraier jour de la haute mai-^ , mais encore sur la fin , et loiïqu'on ne s'y attendoit plus, M. de Toiras, i^ui avoit esté jusques là sur le rempait, s'en estant aile' comme désespéré, dixbuit ou ïiogt barques passèrent sy Iieureusement, que, nonobstant tout ce que les Anglois ^voient fait, il ne s'en perdist qu'une ; elles porteieut des vivres pour plus de six semaines, et un bon nombre de soldats, dont oo n'avoit pas moins de besoin que de pain, ceux qui y estoient n'y pouvant plus résister, estant tous les jours de garde en quelque endroit : de quoy les assiégés furent aussy resjouis que le duc de Bouquinguan estooné, Krdanl alors toute espérance de prendre la place.
Mais le Roy n'en estant pas encore content, et ne foulant pas (ousjonrs demeurer dans ces incertitudes, fat préparer autant de bar(|ues qu'il s'en peust trouver iuiS tous les ports voisins, pour y envoyer tout d'un Mup tant de gens qu'ils le peussent cliasser de force, iÛ ne s'en alloit de bonne volonté.
^ Quand les barques birent en estât de partir, le Roy, {fin qu'il ne s'y embanjuast personne dont il ne fust bien agseuré, alla luy-mcsme dans tous les quartiers ifaoisir tant les o(Eciei's que les soldats, prenant entre es M. de Canaplcs avec trois capitaines, et mille bommes du régiment des Gardes, de Piémont, Nae, Cbappes, Eslissac, HamLures, Vaubecourt, fcaumont, le Plessts-Praslain, La Meilleraye et autres, 'itâ mestres de camp avec trois capitaines, et cinq cents hommes de chascun , tant que le ji»nibre des six mille ^'il y destinoit fust complet. Ajirès quoy il voulust loir la cavallerie, et prist cinq cents chevaux de les gens d'armes, chevaux-l^ers et mousquetaires , et cin-
quante de diascune des compagnies de gens d*armesde la Reine mère et de Monsieur, et des chevaax-l^[as de Bussy-Lametet autres; le tout faisant plus de huit cents chevaux. Le mareschal de Schombeirg en fust gâiénl, et M. de MariUac mareschal de camp.
Or, Tordre estoit de descendre au fort de La Prée pour en estre favorisa; car les Anglois croyant vraysèmblablement que la citadelle ne pourroit gnere dtrer, et que rien après cela ne leur seroit impoinfak, firent oeste faute de ne le prendre pas en arrivaiA, conmie il leur eust este fort aise : ce dont on tira dopuis de très grands avantages, par les avis que donna celny qui y commandoit tant à Tanmée qu*à M. de Toiras, et finalement pour le secours.
Car ceux du régiment des Gardes, de Beaumoiit,do Plessis-Praslain, et les gens d*armes du Roy, qui partirent du Plomb (0 quelques jours devant tous les an- | très, y estant arrivés sur les unze heures du soir, et pv ! une nuit fort obscure, le duc de Bouquinguan, qui, j ayant eu avis de leur embarquement, s^estoit avancé jusques à la flotte avec plus de deux mille hommes de pied et quelque cavalerie, fust à eux sy justemedt comme ilsfaisoient leur descente, que, les pouvant attaquer devant qu'ils eussent eu loisir de se reoMmoî»tre, il les auroit indubitablement défaits, sans que la mousqueterie du fort fist un sy grand feu, que Tayaot un peu retenu, le régiment des Gardes eust loisir de» mettre en bataille, et d'attendre que les autres léôments et la cavalerie vinssent à son secouis. Apris quoy les Ânglois voyant qu'il ne s'y pouvoit plus rien
(>) Du Plomb : peiite Tille œarilixne sur la côte de Fnacc m ka de 111e de Ré. ' ,^