SIEGE DE LA EOCHKLU
de tout ce qui s*y faisoit^ eussent seulement teno don vaisseaux à Tentrëe de la Charente et du bme ck Brouage; car les barques estant presque toutes oobiIbtes par des huguenots , on eust bien de la prineàki faire aller ^ quoyque personne nes^y opposatt^Maîiik ne s*en avisèrent,' non plus que de beaucoup twân choses qu^s pouvoient faire, et qui eussent indobili* blement fait réussir leur entreprise. Tellement ^ le vent s'estant à la fin rendu favorable (bicD fH plus fort qu*on ne le vouloit, car c*estoit une de tourmente) , la plus grande partie arriva ment en Ré à la pointe du jour; ceux qui dans la Charente avec le mareschal de Sdiombeiji ■ fort de La Prée; et le reste au bout de Tisle, ymh mer Sauvage.
Il faut noter que quand on s*en vist proche, oi m mist le vent tout-à-fait derrière, pour ailler les voihi levées donner droit contre terre, et y eschouer le |b avant qu'il se ponrroit , craignant de trouver tnf d'eau à la descente , à cause que la mer montoit : MÎ aussy la pluspart des barques furent brisées, etn*ctf* sent pas peu servir pour s'en retourner; de sorte qpl falloit vaincre ou mourir. Il ne s'y trouva pas dn M six mille hommes de pied, en estant bien àemad cinq ou six cents qui ne peurent aborder, sans doit par la faute des matelots.
Aussytost que tout ce qui estoit passé fusl jaak d eust repeu , l'ordre d'aller aux ennemis aytat tâi donné, M. de Bussy-Lamet, qui commandoit lacm* | * lerie légère, fîist avec le comte d'Harcourt, le géoéii des galères, le commandeur de Valençay (cduy fi'> / ^ esté despuis cardinal), messieurs de Villequier, hen^j^
5ECUI1RS DR CASAI., ETC. [t6-J^] 55
guen,et autres volontiiires doiit il ne me souvient pat, reconnoistre un giand buuig nomme' La Flotte, qui edoit sur le clieiain, et uii ils avoient tousjoui'S tenu UD quartier, auquel il ne tiouva personne. Maïs on ne l'eust pas sytost passé, qu'on commença à descouvrir Saint-Martin et des gens qui en parloient, marchant en bataille et tournant le dos, et cinq ou six cavaliei-& qui venuient à toute bride. Cestoît M. de Toiras, lequel, dèi qu'il vist les ennemis s'en aller, sortist, pensant en donner la première nouvelle.
Il fost receu avec tout l'honneur qu'il méiitoil, et nne grande joye de voir les Anglois s'en aller, et que Tombie seule de l'armée du Roy leur eust fait lascher te pied. Il asseura qu'ils ne paitoient pas avec plus de quatre mille lioaimes, et encore à demy défaits par les longues fatigues du sîege. De sorte qu'entreprenant de K retirer de jour devant des gens plus forts qu'eux et tout frais , c'estoit asseurt^mcnt un chef-d'œuvre dont le duc de Buuquinguan ny tous les siens n'estoient pas , capables. C'est pounpioy, sy on les suivoit vîstement et I SUIS pei-die temps, on les juindroit devant qu'ils fussent ' & l'isle d'Oye, où îis se vouloient retirer, et il ne s'en ' lauvei'uit pas mi.
A cent avis de M. de Toiras, M. de Marillac s'opposa formellement, le péril y estant, se dîsoit-îl, bien plus crand que le profit, d'autant que quand on les battroit (qui estoit le mieux qu'on pouvuit faire), la citadelle n'en serait pas plus secourue qu'elle estoit, ny l'honneur du Boy, non plus que le dommage du roy de la Grand'Bretagnc , beaucoup augmenle : mais que sy le contraire arrivoit , comme il y en avoît assés d'exemples quand un avoit mis ses ennemis au d^sesprar, ou
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perdroit asseurément la citadelle^ et (ce qui impoitoit davantage) la fleur de Tarmëe; après quoy, y ayant deqa un grand party dëdaré contre le Roy danslTsUl, on y vcrrôît encore entrer les Angloîs, et victorieux; concluant par le proverbe qui dit : Pont d'or à ses ennemis (0.
Ce qui se seroit peut-estre fait, tant il estoit considëré dans rarmée^ à cause du crédit que luy et le gank des sceaux son frère avoicnt alors dans la cour, qr k commandeur de Vâlençay^ lequel, bien qu'il n*eiut pas là sa compagnie de cavalerie, estoit néanmoins passé avec M. de Bussy, les ayant veus de fort près, et qu'ils ne s'en alloient pas comme gens à rendre grand comibat, ne le fu6t venu dire, et n'eust tant crié et tant protesté contre ceux qui vouloient s'arrester, que le maresdial de Schomberg et la pluspart de Tannée estant aussy de cest avis, on commença à marcher droit à eux.
Or les Anglois vouloient, comme M. de Toiras avoit dit, gagner l'isle d'Oye, qui est à un des bouts deceDe de Ré, et qu'on appelle ùle parcequ*elle en est séparée par un canal qu'on y a fait, où la mer monte et descend deux fois le jour; croyant, parcequ'on oV pouvoit entrer que par un pont qui est dessus le canal, qu'ils y seroient en toute seureté : ce qui estoit vray, ce canal estant tellement plein de vase qu'on ne sçaoroit passer dedans , encore qu'il n'y ait point d'eau. Mais la difficulté estoit d'y aller en nostre prâence : ce que certainement ils n'auroient jamais fait, sy, suivant l'avis de M, de Toiras et des autres , on eust esté droit
(^) Pont J*or d set ennemis. Voyez les Mémoires de Rich«liei, t. a3-, p. 4o6y deuxième série de celle Collection.
SECOURS DE CASAL, ETC. [iÔa^] 5*]
à eux sans marchaader ; car, outre qu'ik estoient partis trop tard y il leur falloit encore défiler dans le village de La Couarde, où on les eust indubitablement attrapés. Mais on fust longtemps à consulter devant que de se résoudre à les suivre , et plus encore quand , s*estant mis en bataille à la teste du village pour cacher le besoin qu'ils avoient de défiler, on s*an^esta^ croyant qu ils vouloient combattre, pour voir de nouveau sy on iroit à eux ou non; et on ne recommença point à marcher, jusques à ce que leui^s rangs s'esclair* cissant, on connust évidemment qu ils ne pensoientqu à 8*en aller. De sorte que Tarmée ayant esté, après cela, obligée de passer dans le village, et d'y défiler aussy bien qu'eux, à cause d'un grand fossé qu'il y a des deux costés, on ne trouva plus deçà le pont, quand on les joignist, que l'arriére -garde, composée d'environ quinze cents hommes de pied et cent cinquante che- Taux, desquels une grande partie furent tués ou pris, et le reste noyé dans le canal, où, croyant passer à cause qu'ils n'y voyoient guère d'eau , ils demeurèrent embourbés, et sans pouvoir s'en retirer quand la mer TÎDt à monter.
Or cela ne leur seroit pas arrivé, veu la manière dont on les suivist, sy au lieu de se fortifier dans l'isle, comme s'ils y eussent des] a esté, ils l'eussent fait devant le pont pour s'y mettre à couvert, et arrester ceux qui les suivroient.
^ M. de Canaples, qui marchoit le premier avec le ré- ' giment des Gardes, les ayant ensuite chassés des re- ' tranchements qu'ils avoient delà le pont, voulust passer outi'e; mais ce qui leur restoit d'infanterie, et qui se I retiroit marchant en deux bataillons, ayant tourné teste,
58 [<6^7l SIEGE DE LA ROCBBLLBy
M. de Marillac y conrust aussytost pour le &ire ari^ester^ et avancer le régiment de Piëmont, qai le aiivoity jusques sur le pont, pour le soutenir s'il en cÉok besoin. Ce que les Anglois, qui pensoienl plus ls*co aller qu'à combattre, ayant veu, et qu'on ne Icsnvoit plus, ils reprirent le chemin de leurs TaiseMs; et M. de Canaples, demeurant dans le retFanchemcik, s*y fortifia de telle sorte qu'il eust este difficile de fcs desloger.
Quand la nuit fîist venue, le maresdial de Scfaonbag voyant qu'il n'y avoit plus rien à faire qu'à bien gardv ce qu'on avoit pris, et qu'on le feroit aisément, rdin le riment de Piémont , qui estoit encore sur le poë; et en mettant deux autres derrio^e, l'envoya avecoskj de Rambure à La C!ouarde pour y demeurer JTOfsff au lendemain , qu'ils releveroient les gardes.
Après quoy ayant fait loger toute l'armée aux filages voisins, il s'en alla à Saint-Martin avec tooski prisonniers, dont les principaux furent le milord Motjoye, qui commandoit la cavallerie, et le grand-ouirtie de l'artillerie (0. L'on prist aussy plusieurs Ampemi et quelques pièces de canon , sans y avoir perdu qias^ personne; mais il y en eust quelques uns de Ueaé^ct principalement le général des galères, etmessiettsde Villequier et de Perchieux, capitaine au r^imeflt^ Gardes, lequel enfin en mourust.
Cependant le duc de Bouquinguan se sonvcn—t àt sa descente et de la manière dont il y avoit esté tnil^} craignant une pareille insuke, fist camper ses genstfK* près des vaisseaux, pour en cas de besoin en eslre bt^
(0 Le granâ-maittrt de PartiUerie : le ooloael Ctmj dki^eékVtt^ Icrie des Anglais. ( Fojrez le Mercure franco», t. 14 , p. aos cisi^)
SECOURS DE CASALy ETC. [16^7] Sg
ris^; puis ne songeant qu'à la retraite, il les fist diligemment embarquer, et s'en alla trois ou quatre jours ' après que le vent fust bon.
'^ Son despart donna une grande joye, n'y ayant per» î* sonne qui n'appréhendast de le voir demeurer autour ** de l'isle pour empescber les vivres, estant certain qu'il » y en avoit sy peu, et qu'il auroit esté sy difficile d'y ii en porter à sa veue, aussy bien que d'avoir des barques pour repasser, la pluspart de celles dans lesquelles ?^ on estoit venu s'cstant, comme j'ay desja dit, rompues k en abordant, qu'on auroit peu perdre la citadelle et * Farmée tout ensemble. Ce que les Rochellois voyant , il et la facilité qu'il y auroit poui*veu que le duc de ■I Bouquinguan eust patience, ils l'en pressèrent autant m qu'ils peurent, luy représentant que cela seul estoit cas pable de restablir leurs affaires et sa réputation. Mais m il ne le voulust jamais, quoy qu'on luy peust dire. m Quelques uns ont creu que ce fust à cause de la disé grâce qu'il venoit de recevoir, qui le mist en de tels T9 désespoirs qu'il ne peust souffrir aucun retardement, m- sous quelque prétexte que ce peust estre. De sorte que ^ s^ien estant ainsy allé, on peust dire asseurément que ^ son voyage , au lieu de servir aux Rochellois et de les ^ mettre en liberté, comme il s'y attendoit et qu'il s'en ^ estoit vanté, avança Icfur perte, ou plustost mesme la causa ; estant bien vraysemblable que sy on eust at- ^ tendu à les assiéger autant qu'on vouloit, on ne l'auf roit peut-estre pas peu faire, veu ce qui arriva incons* tînent après en Italie.
4 Quand les Anglois furent partis, M. de Schomberg
repassa avec ceux qu'il avoit menés, qui receurent
^ tous de très grandes caresses du Roy, aussy bien que
6o [16^7] SIEGE DE LA ftOCHBLUEy
M. de ToiraSy qui aniva peu de jours après, le &oj ne se lassant point de luy entendre dire tbotes ks pulicnlaritës du siège ; et en les eslevant autant qnll ponvoit, de luy en donner mille louanges. Ce qui eoAjnjsemblablement continue; et il en auroit mésme es dès lors toutes les récompenses qu^il pouvoit desiroTi A eust sceu se modérer : et tesmoigoant qu'il se crojalt oblige au cardinal de Richelieu, comme ne leDanlptf moins des soins qu*il avoit pris de le &ire secourir, que de sa propre vertu, tout Thonnenr qu*il vnà» quisy ainsy qu'en effet il estoit vray , il se fîist acooBmodé avec luy, comme ondisoit qu*au oommeDO^ ment le cardinal Teust bien voulu. Mais comme ûfÉ. plus malaisé de se bien conduire dans la bonne qie dans la mauvaise fortune , arrivant presque tou^ov* que la prospérité aveugle; aussy s'imaginant sans dorie que le service qu'il venoit de rendre, et la place qi^ avoit, le mettoient au dessus de tout, et qu'on n'os^ roit jamais luy toucher, prétendant voler de ses aiia et non pas despendre d'autruy, il prist un chemin M contraire, fist bande à part, et, se déclarant en divaas rencontres contre ceux qui despendoieut le ptos et cardinal de Richelieu , comme le marquis d'ËfiîM d M. de Guron, (ist juger qu'il n'attendoit que l'occsâoi d'en faire autant au cardinal mesme.
Mais comme son crédit, qui ne venoit pas tant twi simple inclination que de sa grande capacité, etdi besoin que le Roy, qui aimoit fort ses affaires et fosloit sur toutes choses qu'elles allassent bien, feuà avoir de luy, se trouva plus grand que M. de Tck^ n'avoit imaginé, et le sien moindre, il s'aperceust hie^ tost qu'il avoit pris de fausses mesures i et particsli^
SECOUES DE CÀSAL^ ETC. [i62^] 6l
rement quand, ayant esté mis en délibération dans le conseil sy on devoit conserver la citadelle de Ré ou . non, et qu'on jugea plus à propos de la raser et d'en t rainer le port que de les garder, n'estant pas à craindre I que les estrangers s'y vinssent loger quand ny l'un ny I Fautre n'y seroient plus, les capitaines du régiment de [i Champagne, sur une simple lettre de cachet, et sans en fx attendre ses ordres, la remirent entre les mains de .... (0, ^ qui y alla avec trois compagnies du régiment des Gar- ^ des, pour y demeurer jusques à ce qu'elle fust démolie, 9 et le port comblé.
3 Tous les drapeaux pris sur les Anglois furent portés ^ à Nostre-Dame par M. de Saint-Simon , premier es- . j cnyer du Roy ; et les prisonniers retirés des mains de ^ ceux qui les avoient, pour estre renvoyés à la reine ^ de la Grand'Bretagne. Mais on n'en fist pas de mesme ^. en Angleterre des François qui y estoient, ayant esté ^ seulement mieux traités qu'auparavant.
„» Le Roy ne se vist pas plustost délivré des Ânglois , . qu'il voulust , selon ce qu'il avoit de longue main ré- , iK>lu, assiéger La Rochelle. Mais quand on en regarda ^ les moyens, il s'y trouva plus de difficulté qu'on n'a- - ' voit pensé; car, outre que la vanité des promesses de "" Pompée-T argon pour fermer le port se voyoit alors clairement; que les vaisseaux qu'on avoit, comme trop petits, n'estoient pour rien comptés; et que les grands ne pouvoient pas venir assés tost pour y seiTir, on ^ craignoit mesme que quand on les auroit ils ne pourroient pas demeurer dans, le grand port pendant les mauvais temps : sans quoy les secours ne se pouvant empescher, tout le reste seroit inutile. Mais comme
(x) Entre les mains Je : ce Dom est resté en blanc au mantiscrit.
on estoit dans cest embarras, il vint des gens qui ei tirèrent.
Le premier fust le commandeur de Valençay, lequel , contre fopinion de tous ceux du pajs et des plv expérimentés de Tarmée navale , assura que les mseaux demeureroient fort bien à faucre dans le pmà port, en quelque temps que ce fust ; ce qo*il ^j a estoit autrefois perdu quelques uns ne fkiaaiil pool de règle pour ceux du Boy, qui ne periroient pu, comme font souvent les marchands, fisivte dmaué de cordages. Et quant k ce qu*on ne les tenoit |mi assés forts pour résister à ces grandes roberges d'Aï* gleterre (0, que cela seroit bon en pleine mer, non pas dans le port , où n'estant pas tant pour battre que pour s'attacher à ceux qui voudroicnt psiser, et essayer de les tirer hoirs du canal , qui B*iA guère large, pour les faire eschouer, ils y seroicÉt mesme plus propres que des plus grands , parceqaH leur faudroit moins d'eau ; asseurant qu*il le fennt w sy on vouloit s'en fier à luy et luy en donner la cobmission, comme on fist, aussytost que M. de Gvjse, qui ne tenoit pas l'armée asseï grande pour luy, a eust remis la charge.
Les seconds furent Metezeau (3), architecte du Rojt et Tiriot (3), l'un des principaux maçons de Paris, le-
(>) Ces grande* roberges d* Angleterre : la robergej o« ëtoit une espèce de yaiaseaaz particnlière aux Ânglaîa. « Il y a, dilHv- « tin Du Bellajr, une espèce de navires partîciiUere <jk»t «oyat av « emiemis, en foime plus longue <pe ronde, et ping élioits bMMS^ « que les gallerei.... ; et les nomment rembergeê.» (MéiDOÎrai de MA Du BeUay, liTra z, 1. 19, p^^i de cette série.) — (») àfeêeaem : OfmentMeteieau , architecte du Roi. Il étoit de Dreux. — f )£lr fM ' Jean Tiriot.
SECOURS DE CASAL^ STC. [1627] 6'i
quels offrirent de fermer le grand port par le moyen
rt^une digue de pien^es sèches qui se feroit au travers
du canal y et lesquelles se prendroient dans les deux
cost&, oà il y en avoit abondance ; asseurant que la mer
ne la romproit pas^ quelque furieuse qu'elle fust^ par-
cequ'y trouvant un grand talus et des trous entre les
pierres par où passer , elle y perdroit infailliblement
I toute sa force , et que le limon qu'elle y laisseroit lie-
I roit mieux les pierres que tout le mortier qu'on y pour-
i roit mettre ; de sorte que sy on vouloit, ils en feroient
* l'espreuve à leui^ despens. Sur quoy le cardinal de Ri-
1^ chelieu ayant fait assembler chez luy tous les princi-
I paux officiers de Farmëe^ ils firent devant eux la mesme
a proposition y et respondirent sy pertinemment à toutes
^ les objections qu'on leur fist, qu'il n'y en eust point qui
^i ne creussent la chose possible^ et qu'ils estoient en-
^- voyës de Dieu. Ce que le cardinal de Richelieu ayant
^ à l'heure mesme este dire au Roy, qui l'approuva aussy,
ù on conmiença dès le lendemain à y travailler, et il s'y
^ trouva tant de facilité que M. de Marillac en demanda
I j la charge : de sorte que Metezeau et Tiriot, après avoir
. eu de grands remerciements et chacun mille escus, s'en
retournèrent à Paris.
Ce travail se faisoit par les soldats de l'armée , qui
^ y alloient volontairement , et à qui on donnoit un me-
reau (0 pour chaque hottée de pierre, lesquels on re-
:.! tiroit tous les soirs en leur baillant (3) de chaque
(■) Un mereau : <e mereau est uue marque de métal qui ëtoit autre-
fois en usage dans les ^lises, pour prouver Vassistance des ecclésias-
*^ tiques aux offices divins susceptibles d'être rétribués. ( Voyez le Dic-
. tionnaire de Trévoux.) — (>) En leur baillant .... : cette somme est
"* en blanc an manuscrit.
64 [^^^7] S^^^B ^^ ^^ ROCBEL.LE,
mereau; jusques à ce que la digue estant fort avancée^ et ne pouvant plus faire tant de voyages y on en augmenta le prix à proportion de ceux qu^ils faisoient, afm quils peussent tousjours gagner pour le moins vingt sols par jour.
Et pour asseurer ces travailleuis on fist un fort du costë de Coureille, qu'on nomma le foit de la Digue, où les régiments de Piémont et de Rambure entrèrent en garde tant que le siège dura^ six compagnies seulement à-la-fois, afin qu'on n y allast que de quatre jours Tun; car, bien que le régiment de Piémont fust de vingt compagnies comme tous les vieux réginoients, il n'en avoit pourtant là que douze, non plus que Rambure, les huit autres estant à Metz. Cest ordre se pratiqua aussy dans tous les autres quartiers ; de sorte que la fatigue n'estoit grande nulle part. On fist dans ce fort, pull^ les coi^s de garde, un logis pour M. de Marillac, et un pour les mestres de camp, avec une chapelle où des minimes disoient tous les matins la messe, et le soir les litanies de la Vierge. Quant au costé de Chef-dc- Baye, il n'y en fallust point d'autre que le fort Lonis; et le marquis de Tavannes eust la charge d'y faire travailler, sous M. de Bassompierre.
Après qu'on eust donné tout l'ordre que j'ay dit du costé de la mer, on commença à fortifier celuy deli teiTe, quoyqu'on ne creust pas qu'il en peust venir grand mal, à cause que la déclaration du Roy, vérifiée dans tous les parlements, n'estant que contre ceux qui prendroient les armes, on se tenpit comme asseuré que ceux de deçà la rivière de Loire, qui composoient autrefois les plus grandes forces qu'eussent les huguenots, ne se voyant point inquiétés dans leurs consciences ny
ki'
SECOURS DE CA.SÀLy ETC. [iSa^] 6b
dans leurs biens , demeureroient en paix comme dans les guerres dernières, et qu'il y avoit assës de gens en Guienne et en Languedoc pour y arrester ceux du pays, et leur oster Tènvie d'en sortir. Mais que quand elle leur viendroit et qu'ils voudroient l'entreprendre, et quitter leurs maisons et toutes choses pour cela, quel moyen d'y réussir, ayant un si long voyage à faire, tant de rivières et de pays ennemis h passer, avec une armée en queue et une en teste, s'il en eust esté bel soin? Car celle de La Rochelle estoit sy grande qu'on en auroit peu prendre une partie pour l'envoyer au devant d'eux, sans lever le siège, ny craindre que les Anglois arrivant, on en eust besoin^ :" Néanmoins^ pour ne rien négliger et se préparer ** mesme contre ce qu'on ne croyoit pas pouvoir arriver^ afin de n'estre point sui*pris, on fist une circonvallation. ,Gdle despuis le fort d'Orléans jusques au bout du marais fust fort aisée, mais bien difiicile despuis le marais ^ jasques au fort Louis, à cause du ferrain ; à quoy pour- ^tant la diligence de M. de Bassompierre, qui en prist la *' diarge, suppléa sy bien, qu'elle fust quasy aussytost faite ^^qne l'autre ; et elle se trouva enfin nécessaire pour -empes- ' dier les petits secours de vivres, que beaucoup de gens du pays fort zélés eussent entrepris d'y porter s'il n'y en ^ eust point eu, et qu'ils eussent pensé y pouvoir réussir. "^^ [1628] Au commencement de l'année 1628, la veille - "^des Roys, il se fist une sy furieuse tourmente sur la '^mer, que ceux du pays disoient n'en avoir jamais veu ^de semblable; après laquelle on vist un tel boulever- "^^iement sur la digue, qu'à l'abord on la creust toute ^rompue : mais on trouva enfin qu'estant demeunée =^ferme du costé de La Rochelle, il n'y avoit eu qw 5i- 5
66 [l6a8] 81KGE DE LA mOCHK&Uy
cduy de 1a mer qui eiist pasty, wt encore fivt pea, n^ayant esté emporté que ce qu*il en falloft pcMir h mettre en talua, ainsy que les inventeurs Vmçiutùt' donné, et apprendre à ceux qui 8*estoienl <^miia4i6 JQsques là à la tenir toute droite , el de quatre toÎMi seulement y tant en bas comme en haut, disant q«dk seroit aussy bonne , et avec moins de tniTail « qa*ib m l'entendoient pas. De sorte que Iny en ayant eâéimi après cela huit par le bas et quatre par le haut, ib d*y faire un talus aussy grand que la mer Favoit ca» gnéy et qu'il y eust assés de [dace au dasot povj passer et y tenir beaucoup de gens, elle rénsia fart bien à toute sorte de mauvais temps.
L*armée navale du roy d'Espagne^ qu'en verta ih traité fait avec luy on avoit tant demandée» seâMtt sôus diverses raisons^ défendue de venir tant que b Anglois avoient esté en Ré, ne manqua pas de le finr aussytost que don Federic de Tolède , qui la osamandoit, fust asseuré qu'ik n*y estoient^plus. Elledh premièrement à Morbihan , où on préparoit cdleâi Roy y laquelle estant partie quelques îours après paa venir à La Rochelle , elle la suivist, et y arriva le i5è janvier. Elle n*y demeura guère plus de huit joas; car s'estant eslevé un faux bruit que le duc de Bos- •quinguan revenoit, don Federic demanda anssjrtoii s'en nUer, disant qu'il se voyoit inutile. A. quoy kl0* consentist facilement , jugeant qu'aussy bien u^mfatt roit-il pas grand service , et qu'on l'avoit plnstoit ^ voyé pour se moquer que pour satisfaire an tni^ Il fie laissa pas néanmoins de le bien remercier» éè faire de beaux présents tant à luy qu'à tous les pris^ paiix officiers de Tarmée.
SECOUAS DE CÀSAL, ETC. [1628] 6^
Sur la fin de janvier, le marquis Spinola, qui alloit de Flandre en Espagne^ jfiist an camp saluer le Boy, comme il avoit fait les Reines à Paris. Cestoit un capitaine de telle réputation , que son jugement sur tout ce qui se faisoit pouvoit estre de grand poids. Cest pourqpioy le Roy, le voulant sçavoir, le pria de voir les travaux , et commanda au cardinal de Richelieu de l'y mener. Il trouva tous les ouvrages fort beaux et bien conduits, et principalement celuy de la digue, qu'il admira , et jugea digne d'un si grand roy; asseurant qu'il réussiroity et qu'on prendroit la ville, pourveu qu'on eust patience et qu'on n'y espargnast rien, le bon ménage ne se devant chercher que dans la grand' despense, qui fait réussir les choses plus asseurement et plus promptement.
Pendant qu'il estoit chez le cardinal de Richelieu, auquel il disoit adieu , la nouvelle aiTiva que M. de Rohan avoit enfin tenté l'entreprise qu'il faisoit traiter il y avoit long-temps sur la citadelle de Montpellier par M. de Brétigny, cadet de Dangeau, avec le baron de Meslay son cousin , et capitaine au régiment de Normandie.
Geste entreprise estoit double , Meslay n'ayant point creu se faire tort, ny préjudicier à son honneur, Se tromper Brétigny en lui promettant de luy livrer la dtadelle, dans laquelle le régiment de Normandie, qa'il commandoit, entroit alternativement en garde avec celuy de Picardie , tant parcequ'estant de party contraire, chacun prend ses avantages le mieux qu'il peust, que parcequ'il estoit fort pîqué de la proposition qu'il luy en avoit fait faire,. comme le tenant capable d'une telle trahison , et s'en vouloit venger : à
66 [1628] SIEGE DE LA ROCHELLE y
quoy il a voit encore esté fort excité par le marquis de Fossés, gouverneur de Montpellier, lequel, ne doutant point que M. de Rohan n'y employast tous les meilleurs hommes qu il auroit , pensa que le Roy en tireroit beaucoup d'avantages.
Le cardinal de Richelieu ayant fait entrer Bellefonds, capitaine au régiment de Normandie, porteur de là nouvelle, luy fist dire devant le marquis Spinola tout ce qui en estoit, et comme messieurs de Brétigny, Courcillon son frère (0, et une vingtaine d'oIHciers, j avoient esté tués, et plus de trente pris prisonniers : ce qull estima beaucoup, disant qu'ils n'en auroient peutestre perdu guère davantage dans ime bataille. Or avant appris'du cardinal, dans les conversations qu'ils eurent ensemble, l'ordre qu'il tenoit tant au si^e qu'aux autres lieux où se faisoit la guerre, il en prédit dès lors ce qui en est despuis arrivé, et en demeura sy bien persuadé, qu'il en aveitist le roy d'Espagne et le comte d'Olivaiez quand il fust à Madrid, les asseurant que La Rochelle se prendroit, et qu'ils dévoient compter sur cela.
Ils ne l'avoient point encore appréhendé, à cause du grand engagement où estoient les Anglois delà secourir, et que le Roy n'estoit point, ce leur sembloit, en estât de l'empescher. De sorte que comme ils le craignoient extrêmement, ne doutant pas que quand il se verroit maistre absolu de son Estât, ainsy qu'il le seroit certainement dès qu'il auroit pris La Rochelle, il ne se voulust mesler des affaires estrangeres, et tra-
(0 Courcillon son frère. Il est sans doute question ici de Looi» àt Coarcillon , seigneur de Dangeau , père du marquis de Dangean dont ou a un Journal de la rour de Louis xi v. •
«econits DE c\sAL, etc. [ifiïfi] (ii)
verser leurs desseins anlremeiit «ju'il n'avoit fuit jusipies Ut, ib en furent fort en peine, n'osant pas s'en dcsdarer ouvertement, pour nu perdre pas la rtiputatioti qu'Us avoient de grands catholiques et de persécuteurs perpétuels des liérétiques, en quelque lieu qu'ils fussent, dont ils avoient tire et Liroient encore tons les jours tant d'avantages : mais craignant aussy que les voyes indirectes ne fussent pas suffi^intes, enfin toutefois ils en piîrent une directe, se nisoUant d' assiéger Casai, que le Roy ne pourroit pas, ce leur senililoit, laisser perdre , tant il iroit de son iionnenr, ny secourir sans quitter La lloclielle.
Environ ce temps là, les Roctiellois firent un traité avec le roy de la Grande-Bretagne par le moyen des desputés qu'ils tenoient auprès de luy, par lequel ils se metloient sous sa protection pour estre, ce disoienlîls, deslivrés de l'oppression qu'ils recevoient, et restalilis dans les bonnes grâces de leur Itoy ; promettant de mettre en mer tout le plus de vaisseaux qu'ils pourroient pour favoriser les armées qu*il envoyei'oit en France, les fournir de pilotes, de vivres et d'autres choses nécessaires, et mcsmc de leur donner retraite dans leur port; de ne s'accommoder jamais avec le Roy sans son consentement; et en cas qu'il fust attn<|ué dans l'Angleterre , de faire de leur costé toutes les diversions qu'ils pourioient. Comme aussy le roy de la Grande-Bretagne leur promettoit d'envoyer au printemps une assez grande armée pour faire lever le siège de devant leur ville, et rompre tous les desseins qu'on avoit contie eux ; de leur fournir en attendant , et à ses despvnds, autant de soldats et de vivres qu'ils en auloieiit besoin ; et s'obligeant eniiu de ne taire jamais la