O [1628] SIEGE DE LÀ ROCHELLE
paix sans leur pailicipation, et sans qu^ils y fusseot compris et leurs privilèges conservés.
Cependant le Roy fist deux choses qui contribuent beaucoup au bon succès de son entreprise : la première fust afin que les officiers et soldats peassent br cilement subsister en un lieu où il falloit tout-acfaeter, de donner à chaque capitaine d^infanterie tous les quarante jours trois cents livres.^ aux lieutenants cent, aux enseignes soixante, et aux sergents trente, qui estoit bien plus que leur paye ordinaire. Et parceque les soldats ^ par leurs desbauches ou leurs mauvais ménages, consommant souvent en fort peu de tenqss ce qui leur de\Toit beaucoup durer, sont coi^aints, ne pouvant pas attendre les montres , de se desbander, on d'estre à charge à leurs capitaines, on les payoît tous
Us huit jours à raison de (0 par lovr, et le
pain; de sorte quMIs pouvoient aisément ^ibsistcr, et que ceux qui , outre cela , travailloient à la digue eo avoient bien de reste. Le payement estoit fait sur les extraits des reveues, qui se faisoient fort souvent et fort exactement, afin de ne payer que les effectif, et que les capitaines, voyant n*y pouvoir rien gagner, fusent soigneux de tenir leurs compagnies bien completta.
La seconde fust qu'ayant mande à toutes les viOes principales de faire faire des habillements pour chacane un régiment, elles les envoyèrent environ ce temps là, ;« desquels le Roy en fist donner à toutes les compagnies j^ pour autant qu il y aveit de soldats : ce qui arresta sj <court les maladies, qui y estoient desja fort gmnieSf 1 qu'il sembloit que ce fust un miracle; faisant voir Fi- !« vantage qu'il y a de tenir les soldats bien vestos, et t
(0 A raison de : CeUe somme est en blanc sur le manotcrrL
tficouKï oe CAS\L, ETC. [iliatt] ^i
que la despense qu'on y fait n'est pas comparable au proBt qui en revient.
Le zèle des Bochellois pour leur leligion et leur li- 1>eilé, qu'ils se persuaduient qu'un vuuloit uppriint-r, et leur croyance que rien ne pourruit |amais eiupe&cher le roy de la Grande-Bretagne de les secouiii', atnsy qu'il s'y estoit nouvellement obligé par le tiaité doDt ie viens de parler, faisoit croire à tout le oioodc qu'ils attendraient la dernière extremilt?, et qu'il y iaudroit au inuios passer tout i'iiiver. Cest |)uun(uoy il n'y eust personne qui ne jugeiist que le Roy n'y devoit pas demeurer tout ce ternpii là, l'air n'y estant pas trop bon, à cause de tant de marais salans et autic.s dont le pays est reiiiply; et les maladies ayant dcsja attaqué quelques personnes de qualité, comme rne^ sieurs de La Uocbe-Guyon et de Cipierre, qdî en estoieat morts, et M. d'Efliat, qui avuit esté foil mal.
Il n'en pailist pas néanmoins sy tosl qu'on eust désiré, luy-niesme ayant peine à s'y résoudre, parceque ta présence tenant tout le monde dans le devoir, il apprehendcit que luy s'en allant, beaucoup de gens ne •e de&bandassent , et que ceux qui deuieureroîent ne servissent pas comme il falloil; k quoy il eust esté difficile de remédiei', si le cardinal de Rîclielieu, contre la coutume des lavoris, qui ne s'cslongnent pas volontiers de leurs maistres, aimant mieux hasarder toute sa fortune que le succès d'une chose sy importante, ne se fiist oflert d'y demeurer. De soile (pie le Roy, estant liienasseuréque, luy présent, rien ne (Iépériruit,pailist au commencement de février pour aller à Paris, où il fust stiivy du garde des sceaux de Murillac, du marquis d'Elliat, Durintendatit , de tiois secrétaires d'Estat,
7'^ [1628] SIEGE t>E LA nOCUELLEy
des officiers de sa maison , et d*une partie des volontaires; les auti*es estant demeurésL au siège avec le ca^ dinaly auquel il fust donné un pouvoir de gàoiénd pour commander, en Tabsence du Roy et de M. dOtléans, par dessus messieurs d'Angoulesme, de Bammpierre et de Schomberg, et dans les provinces de Poitou, Ângoumois, Saintonge et Âunix. M. de Cbiteauneuf , un des plus anciens et des plus estiméi Ai conseil, demeura auprès de luy, et M. de BeaudoTi secrétaire d*Estat, pour signer en commandement dam toutes les choses qui. en auroient besoin, ainsy qu'il 7 en avoit des exemples.
Quelques jours devant que le Roy partist, il entra de nuit dans La Rochelle . deux barques chargées de vivres, sans que les vaisseaux le peussent empescher, à cause t}u'elles êstoient petites et légères , et le vents^ grand, qu'elles furent plustost passées qu'on ne s'eo fast aperceu ; et despuis que le Roy s'en fust allé, U eo vint encore deux auti^es, qui prirent l'occasion d'une tourmente, dont l'une passa, et l'autre eschoua quasf vis-à-vis du fort d'Orléans. M. de MariUac en ayant esté à l'heure mesme averty, fist venir des barques, où entrèrent des officiers et des soldats du régiment des Gardes, pour y aUer aussytost que la marée commenceroit à monter, et s'en rendie maisti*es; mais estant fort bien armée, elle se deffisndist de telle sorte , queli marée estant devenue haute devant que le canon qu'os avoit envoyé chercher fust arrivé, elle s'en alla comme les autres. Ces quatre barques furent le seul secoon que les Rocliellois receurent par nier pendant tout le siège; je les mets ensemble, parcequ'il n'y eust pas beaucoup de distance en leur passage.
sBcouKS us CASAL, ETC. [i6a8] 7^
Sy les Anglois n'eussent pensé qu'à y envoyer de» vivres, ils l'auruient hien peu faire en ce temps Id, nun tculeiiient avec des banjues comme celles qui eâtoient entrées, mais avec de plus grands vaisseaux i car le vent de sud-ouest, qui est ordinairement fort impétueux, ayant tirt! quasy tout l'hiver, et la digue n'estant encore guère avancée, il auroit esté impossible, y allant la auît ei lorsque la mer eust esté foit esmcue, que quelques uns n'eussent passé. Mais comme tout leur but estoit de se servir de l'occastun pour s'en rendre maistres, et qu'ils sçavoient que le peuple ne le souffi iroit qu'à l'extrémité, ils n'avoient garde d'empescber qu'ils n'y tombaient, ne se figurant point que la digue, ny les vaisseaux du Roy, qu'ils sçavoient estre fort petits, leur peussenl jamais faire d'obstacle; et les desputés de La Hocliellc s'endormanl aussy la dessus, ne te pressèrent pas plus qu'eux d'y en faire aller de leur part. De sorte que les uns par leur ambition, et les autres par leur négligence, perdirent tout au moins l'occasion de faire durer le siège sy longtemps qu'on n'en auroit peut-estre pas peu voir la iin.
Quoyqu'on travaillast à la digue avec toute la ditigcDce possible, cela néanmoins n'allant pas encore sy viste qu'on eust désiré et qu'en ell'et il estoit nécessaire, on s'avisa de faire maçonner tout autant de llustes de Hollande (qui sont des vaisseaux foii longs) qu'on eu peust ti'ouver dans les ports voisins; desquelles s'en mettant une au bout du travail aussytost qu'il estoit aciievé, et l'y coulant à fond , on l'allongeoit dès ce temps là de toute sa longueur, parcequ'il auroit esté impossible de passer par dessus; et on diminuoit l'ouvrage au moins de la moitié', n'y ayant plus qu'à la
^4 [l6a8] SIEGE DE LA EOCBBLLB ,
couvrir de pierre pour accommoder le chemia, et y faire le talus du costë de la mer. Mais afin de le haster encore davantage , parcequ*on disoit que lei Anglob dévoient bientofit venir , on retrandia quasy la moitié de la lai^ur, tant sur le haut qu*aa fond de l'ean, l'expërience ayant monstre qu'elle réBisteroît aussy hm à la mer et à tous les mauvais temps qu'elle fiùsok auparavant y pourveu qu'il y eust du talus. Il fiiat pour tant sçavoir qu'encore qu'on fist travailler de tous les deux coslés avec toute la diligence qui se pouvoit, oo se pressoit néanmoins davantage de cduy de Conrdllc^ parceque le ruisseau qui vient de La Rochdle^ et qui fait le canal par où les grands vaisseaux peuvent paaer, s'en approche bien plus que de l'autre.
Or, sy tous les huguoiots ne vouloient point qn'oo prist La Rochelle y il n'est pas fort estrange, piiisqu'ik croyoient que la liberté de conscience dont on ki laissoit jouir despendoit principalement de sa conservatioD : mais qu'il y eust beaucoup de catholiqueSi aussy bien dans la cour et dans l'armée que dehon» tpà eussent assés peu de religion et fussent sy mauvais François que de ne le vouloir pas,, croyant sous onfiiox fondement^ comme il s'est veu deq>uiSy que dès que càâ seroit fait on establiroit la gabelle partout où il n'y en avoit point, et que le Roy estant maistre abscdu de son Estât y ils en seroient moins considérés , préféraot ces imaginations à tous les avantages que la religion, le Roy et le royaume en pourroient tirer, c'est ce que la postérité aura peut-estre peine à^s^ persuader. Et cependant il est ti*ès vray; et qu'un cekiain mot que M. de Bassompierre avoit dit en riant (car asseurement il estoit bon serviteur du Roy, et faisoit tout ce qa*il
SECOURS DE CAtAt, ETC. [1638] 7^
pouToit pour en liasterla prise): «Je pense que nous n serons sy fous qne nous prendrons La Rochelle, » couroit partout, et estoit tenu de plusieurs comme un oracle; de sorte que quelques huguenots en piirent la hardiesse, devant que le Roy parûst, de penser à y faire enti'er des vivres, se persuadant que puisque tant de gens en appr^endoîent la perle, il s'en trouveroit bien quelqu'un qui leur aideroJt à la sauver.
Ils s'adressèrent pour cela , à ce que tout le roonde creust, k un des principaux chefs de l'armée, lequel ayant veu la Ligue et le ste^e de Paiis, où, bien que tous les gouverneurs voisins eu;isent publiquement laissé aller des vivres, et que ce fust asseurement ce qui le sauva, ils n'en furent pourtant point cbastiés, le roy Henry 'le- Grand n'estant pas alors assés autorisé pour cela; croyant que c'en seroit encore de mesnie, prist le temps que le cardinal de Richelieu estoit allé en Brouage, et pour un coup d'essay y laissa entrer quinze ou seize bœufs, qui passèrent sans difficulté, et auroient sans doute esté suivis de beaucoup d'autres, sy le Roy et le cardinal, en ayant esté aussytost avertis, n'en eussent fait on sy grand bruit, que celuy qu'on en soupçonnoit, ny autres, n'osèrent despuis l'entreprendre; estant très certain que sans la manière dont on en usa en ceste rencontre , et la giande sévéïité dans tout le reste, il n'en seroit pas mieux arrivé que du premier siège. On en voulust rejetter la faute sur le inaresclial de Bassompierre, disant qu'ils estoient entrés par son quartier '.'); mais il s'en lava fort bien.
l ■) Qu'jJlf aloieitt tatrit par ton ifuartUr ; Cet bttttft éloinil cstria |wr In i)uiittieni du duc d'ADRiniUmi! ut du ninrcchal Je Scbocnbcig.
^6 ][l628] SIEGE DE LÀ AOCHBULmy
Ce fost sur ce temps là que M. de Chamaoé (0 airm au camp) lequel venant de Suéde, en donna des con» naiflances qu'on n*avoit point encore eaes^ et fini k première et principale canse des intelligences qa^on prist despuis avec le roy de Suéde M, et de son entrée en Allemagne. H estoit party de Stockholm sur le bruit du secours de Fisle de Bë et du siège de La RodieOe; et parcequ'ayant beaucoup d'esprit , ce roy là se pkisoit à l'entretenir et luy entendre parler du Roy et de la France y et que luy ayant , dès qu'il fust arrivé, do» peint le cardinal de Rididieu tel qu'il estoit, la bonne opinion qu'il en avoit prise ^'estoit encore fort ao^ mentée par toutes leschoses qu'il luy voyoit faire, ilk chargea jpàrticulierement, quand il partist^ de le bio asseurer de l'estime qu'il faisoit de luy, et de luy dire dé plus que ce luy seroit véritablement beaucoup de gloire et d'avantage de prendre La Rochelle, et de ramener tous les subjects du Roy dans leur devoir; maii qu'il devoit aussy penser ailleurs, et ne permettre ptf que l'Empereur se rendfst maisire de FAlIemagne, comme il feroit infailliblement s'il n'y estoit bienloit pourveu , ne devant point douter qu'en ce cas les Espagnols et les Allemands se trouvant joints d'interests» rien ne leur pourroit résister, la France non jdosqoe Jes autres, et qu'elle en pastiroit mesme la premioti .comme faisant le plus d'obstacle à leur grandeur; que
(^07-ez les Mémoirei de Bassompierre, t. ai, p. 139, deuKàiflM aétic de cette Collection. )
^>') M. de Charnacé : Hercule de Charnacë, goayernenr de Ckrmont en Argoune; il alla en Hollande comme ambassadeur, et il /«t tué au siège de Bréda en i636. {Voyez le père Anselme, U 7, p. 5/6.) — (*) I09 rvy de Sufide : Gustave-Adolphe,
SBCODM DL CASAI., tTC. [l6ï8| ■)•}
les ciioses n'estuient point encore sy désespérées qu'on ne peust y i-emédier, mais (ju'îl n'y avoit point de temps à perdre.
M. de Charnacé s'estant acquitta de ceste commission dès qu'il lust arrive, dist cu^uite tant déchoies du courage de ce roy , de sa grande capacité et cxpe'rience dans la guerre, et de la valeur de ses subjects, dont la prise de la plus grande partie de la Livonic sur les Potonois renduit de bons tesmoignages , que le cardinal de Richelieu y fist réilexion. Et d'autant plus qu'estant desja fort mal satisfait des Espagnols à cause du traité qu'ils avoient révélé aux Anglois, et que leur secours n'estuit venu que quand on n'en avoit plus aCTaire, il tçavokt encore qu'ils traitoietit avec l'Empereur et M. de Savoye pour despouillcr M. de Kcvei-s des ducUés de Mantoue et de Montferrat, qui luy estolent nouvellement escheus ( de sorte qu'il faudroit nécessatrement s'y opposer, parcequ'il estoit né François, et que tout accroissement de l'Empereur ou du roy d'Espagne en Italie seroit de trop dangereuse conséquence) , il vouloit dès l'iieure mesnie mnvoyer ledit sieur de Cfaarnacé en Suéde, pour voir ce qui se pourroit faire de ce costé là pour troubler les prospérités de l'Empereur, luy donnant pouvoir d'olTrir de très grands secours d'argent, qu'on croyoit y estre plus nécessaire que toute autre cliose.
Mais cela ayant esté despuis plus pailiculieremeDt examiné par le père Joseph [■), à qui il en donna la commission , il jugea enùa plus à propos d'attendre la
( 0 l^ père Josrpk : FraDrnia LcrlcrP Du TrrmbUjr, capucin , connu aooi le nom Je père Joicpli, Is conicil intinie du Onliiul de Bi(lM^• l\ru.OarmppcloarF.m-nenergr,«:. ■ ■•■ ■ ■•''■■■, ',
^8 L'^^^] ^i^^B ^B ^^ AOCHEL1.E1
prise de La Rochelle, afin que ce bon saccès donnast plus de confiance 9 et qu'on eust anssy plus de mojens d'accomplir tout ce qu'on promettroit : de sorte qn'il ne partist que l'annëe d'après , quand le Roy s'en aDoit à Suse. Par où le roy de Suéde, voyant qn*on ne menageoit point les Espagnols , se diqK>sa librement à tout ce qu'on Toulnst, faisant la paix avec les Pokmcisy et se préparant pour ei^er en Allemagne, aiosy qo'3 fist en l'année i63o.
Pendant que le Roy avoit esté à La Rochdle , il s'citoit fait un grand changement dans Fesprit de la Rase mère à Tëgiurd du cardinal de RicbeBeo , lequel ayant faiUy à empescher sa prise , m'oblige d'en pwler, et de dire tout ce qui en est venu à ma connoissance ; croyast outre cela , parcequ'il a esté l'origine de toutes les disgrâces arrivées despuis à ceste grande princesse et asi personnes qui y avoient contribué, et causé une infisitë de d&ordres dans le royaume, que vous seres bien aise de le sçavoir.
11 est très asseuré que diverses personnes y trafaîSerent sur la fin; mais pour les premiers et les plusgraods coups, ils furent sans doute donnés par la princesse de Conty et la duchesse d'Elbceuf, lesquelles ayant de toit temps esté fort bien avec la Reine mère , et la suivant pa^ tout, n'aimoient point lé cardinal de Richelieu, parce^ sa domination estoit beaucoup plus rude que celle ai elles avoient esté nourries, et qu'il vouloit rabaisser Far torité des grands, comme cause de tous les desordres qui arrivoient sy souvent dans le royaume. Joint qn*il aroit en particulier un fort grand diSIfrend avec M. de Gojse pour l'amirauté de Levant , que le cardinal disoit loj appartenir comme comprise dans la charge d'amirali
SKCOUII DE CASAt., ETC. [lâaS] yt)
qu'il aTuit eue de M. de Montmorency, et qu'il tenoil sons le nom de grand-maistre et réformateur gênerai du commerce^ et M. de Guysc prétendant qu'elle estoit unie au gouvernement de Provence, et qu'il en estoit mesme en possession.
Mesdames de Conty et d'Etlx^uf n'osoient pas néanmoins au commencement s'en descouvrir à la Reine mère, tesmoigoant tout au contraire ne penser qu'à la divertir et à lui complaire, mesme sur le subject du cardinal de Richelieu ; niais quand elles peurent parler contre luy, elles n'y manquèrent pas. Or roccasion leur en fust donnée par la duchesse d'Aiguillon , nommée alors madame de Combalet, nièce du cardinal, et dame d'atour de la Reine mère ^ car estant jeune et emportée de présomption, par l'opinion qu'elle avoit delà grande faveur de son oncle tant auprès du Roy que de la I Reine mère, à quoy elle ne croyoit pas que personne peust toucher, elle se laissoit avec cela gouverner p.ir ( madame Du Fai-gis, qu'elle avoît fait faire dame d'atour delà Reine; laquelle ayant une très grande alTection pour madame la princesse, la communiqua de telle sorte à madame d'Aiguillon, que trouvant aussy beaucoup plus son plaisir avec elle que chez la Reine mère, |iarce<{u'elie y avoît plus de liberté, et qu'elh' estoit plus jeune que In princesse de Conty, et de nieil- ' leure compagnie que la duchesse d'Elbœuf , elle n'en I partoit quasy point sans rendre aucune suhjection » I la Reine, ny considérer que M. le pnnt-e et elle ayant tousjotii-s eu des interests différents, c'estoit des choses lout-à-fail opposées, et qu'il estoit impossible d'ac- I corder.
A quoy la Reine mère n'avoit pas pris garde devant
go [1628] SIEGE DE LA ÀOCHEIXE ,
le voyage du Roy, à cause sans doute du grand monde qui estoit continuellement auprès d'elle; mais despuis que le Roy fust party, et qu elle n'eust pour toute compagnie que la princesse de Conty, la duchesse d'EIboNif et celle d'Onane (0, qui estoit aussy de la maiscm de Lorraine, elle s*apperceust bientost de la conduite de madame d'Aiguillon , et qu'elle ne la servoit ny De la suivoit quasy jamais : de quoy ayant un jour fut quelques plaintes devant ses dames, elles les relevèrent sy bien y sous prétexte de Texcuser, que le discours en dura asses longtemps y et que la Reine s'accoutuma à leur en parler: Et d'autant qu'elles sçavoient bien que, quoy qu'elles peussent faire , madame d'Aiguillon De s'en corrigeroit pas, tant elle estoit attachée à son sens et se pensoit au dessus de toutes choses, elles ne manquoient pas de la demander et mesme de la faire chercher, toutes les fois que, selon le deu de sa charge, il falloit servir la Reine ou l'accompagner, en prenant autant de soin que sy elles y eussent eu grand interest, afin qu'en cas de besoin elles s'en peussent ser* vir auprès du cardinal de Richelieu pour se justifier, et que, faisant aussy de plus en plus remarquer à b Reine sa mauvaise conduite, le desgoust s'en augoneotast. Ce qui leur réussist sy bien (car on ne la trouvoit quasy jamais ) , que le mescontentement de la Reine croissant tous les jours, elle leur en faisoit incessanunent des plaintes, qu'elles recevoient pourtant de telle sorte que, ne la contredisant point, elles ne montroient pas aussy de la vouloir aigrir, tant elles se fioient peu eo elle, et craignoient un retour; jusques à ce que, voyant
V") Celle d*Onane : Renée de Lorraine-Mayenne^ mariée en i6i3i Msrie Sforce^ ducd'Oguano, comte de Santa-Fiore.
SECOUm m CASAL, ETC. [l6'j8] 8l
que cela continuoit, et que, leur en paiiant continuelleineat et sans aucune i-^sei~vc, elledisoit tnesine qu'il se tniloit bien garder que le cai-dinal te sceust, et promettoit de ne luy en dire jamais rien, elles creurent s'en pouvoir assurer; et despuis qu'elles eurent ce secret avec elle contre madame d'Aiguillon, elles ne furent guère sans en avoir aussy contre le cardinal de f Richelieu, luy faisant regarder ce qu'il faisoit tout I d'une autre façon qu'elle n'avoit accoutumé, interpréi tant mal ses actions les plus innocentes, et les rendant ^ criminelles-, comme, entre autres, qu'il ne se tenait sy f souvent esloingné des lieux où elle estoit, que parce* ) qu'il s'eunnyoit avec elle et fuyuit de la voir ; que les grandes complaisances qu'il rendoit au Roy n'estoîent que pour tenir par luy-mesme, et se pouvoir passer d'elle ; que le voyage qu'il luy avoit fait faire à La Rochelle dès qu'il avoitest^guary, sans luy laisser prendre on peu de repos, n' estoit que pour le desaccoutumer d'estreavec elle, et luy faire trouver du plaisir ailleurs; et autres choHes semblables, qui luy entrèrent enfin sy avant dans l'esprit qu'elle ne s'entretenoit plus que de cela, et le liaïssoit autant qu'elle l'avoit autrefois aym^, ' Tant il est vray q ue les personnes d'humeur à se laisser gouverner n'agissent jamais que par les mouvemens qu'on leur donne , et ne voyent ny n'entendent que par les yeux et les oreilles d'aulruy.
Ces dames estant ainsy assurées de la Reine, n'appr^endoient rien d'autre part, n'y ayant personne auprès d'elle pour lesespier et en avertir le cardinal; car M. Routhillier tO, qui , estant son secrétaire, en avoit la
'•) M. BoutkiUitr i Cliude BouUiilli», d'aliotd «vocal la parlceal , Cloil ilcvcQU . par la prolGCLÎoa du cardiaul de Richelieu , se-
82 [t6'j8] SIEOE DE LA EOCHELLE,
charge, ayant esté fait secrétaire d*Estat par la mort de M. d'Ocquerre, estoit auprès du Roy; et son frerc, qui avoit eu sa place , ny voyoit goutte, se laiteanl tellement abuseï* par elles, quil s y fioît comme aux meilleures amies qu'eust le caixlinal.
Or le Roy estant, ensuite de cela, arrivé à Paris, la Reine mère ne luy tesmoigna rien de ce qu*eUe avoit dans le cœur ; mais faisant bonne mine , et couvrant bien son jeu, s*opposoit seulement k le voir retourner à La Rochelle aussytost qu'il .ïa voit promis et qu*il atoit en effet nécessaire, de peur, sedisoit--elle, du mauvais air ei des peines quil s*y donnoît, qui pouvoieoi à la longue préjudicier à sa santé : ce qui eistoit un prétexte sy précieux , et qui pouvoit sy facilement enti'er dans Famé d'une mère aussy tendre qu'elle le piroissoit , qu'il ne sembloit pas qu'on en peust soupçonner autre chose , ny y trouver à redire.
Mais les amis du cardinal de Richelieu, qui sçavoient comme ellç avoit accoutumé de despendre absolument de ceux qui la gouvernoient, et que lacbaif ny le sang ne pouvoient rien contre cela, ne s'y laissèrent pas tromper^ de sorte que, jugeant aussytost que le mal venoit d'ailleurs et avoit une autre source, et ne s'en pouvant prendre qu'au cardinal de BéniUe, ^ cause du grand accès que la dévotion luy doonoit auprès d'elle , et à ses dames qui ne la quittoient poiott ils l'escrivirent au cardinal, qui s'en trouva foit embarrassé; car il ne pouvoit pas quitter le siège pour y
crétaire des commandeiDeiis de Ja Reine mère j il fut £ui aecrcuirt d^Etat en i6a8, à la place de M. Polier d'Ocquerre. Cette bonorabit famille subsiêle encore aujourd'hui en la }H*rsonne de M. le ■«np'^ f héoQ de Boulhillicr. !
SECUli» DK CAIAL, ETC. [l(>a8] 83
aller donner ordre, et voyoit bien que sy le Roy n'y retournoît point, toutes choses luy manifueioieDt , et il le faudroit eufm lever : ce <]ui ne pouvoit arriver, (juoyque ce ne fust pas par sa faute, saus dumier une grande atteinte à su réputation aussy liien qu'à m faveur, qui despendoit principalement de IVviînement de ses conseils, le Koy estant ainsy fait.
Cependant la Beine mère, pour parvenir à ses Qns, usoit de tous les artilices dont elle se pouvait aviser, flattant le Roy sur les plaisirs qu'il trouvoit à Paris et aux environs, et Lascliaul d'uldiger ceux qui avoient quelque crédit auprès de luy fi luy aider, et principalement M. de Saint-Simon , qu'il uiuiuit fort , et lequel, quojque amy du caixJinal, estant jeune, et ne pénétrant pas plus avant que Ce qu'on luy disuit, n'estoit peut-estre pas aussy fasche' de le retenir quelque temps i Paris, pour ne rentrer pas sy tost sous une duminulion qui, comme j'ay desja dit, esloit un peu rude.
Joint qu'il sembloit au commence ment que le ituy mesme ne s'en soucioit pas beaucoup , et ne sougeuit pins à La Rochelle ny au cardinal, ayant esté plus de quinze jours, depuis les premières lettres de son arrivée, MUS lui escrire, ny luy faire rien mander ,- de sorte que tout le monde le tenoit pour perdu. Mais la fortune, qui luy a tousjours esté si favorable, en décida bientost tout autrement, et par un moyen qui, n'ayant aucun rappoit à cela , ne puuvuit jamais estre imaginé, qui fust la muil de M. de Blinville, arrivée en ce mesme temps.
Car, bien que la Reine mère, qui ne clierciioii pour gagner le Roy qu'à le flatter, et à luy complaire sur tout *:e qu'il vouioil , voyant qu'il avoit envie de doit-
84 [l6a8] 5IBGB DE Là KOCBBUJi|
ner sa charge de premier gentilhomme de la diambre à M. de Saint-Simon y mais que n'estant pas acooulnmé de rien £ûre de pareil sans en consulter le cardinal de RicheliieUy il en estoit en peine, craignant qp*il nerap prouvast pas, luy conseillast de ne s'y pas àrrestery €t mesme l'en pressast exti^mement; sy est-ce que bahnh çant, et que le cardinal , qui fost promptemei^'avatjr de ceste mort, et qui dans les grandes •alarmes ob il estoit n'avoit garde de choquer l'inclination du' Roy, qn^ jugea bien devoir aller à M. de Saint-Simon , luy ayant aussytost despesché un courrier pour luy dire que c'e»> toit aussy son avis et qu'il l'en supplioit : le Roy, qui receust sa lettre devant que d'avoir rien dâermioë, eust sy agréable sa complaisance, ^ de se voir hors de cest embarras en la manieVe qu'il avoit désiré, que, conmie s'il luy en eust eu grande obligation, il ne parla plus que de luy, et de retourner à La Rochelk dès qu'il en seroit besoin, sans s'arrester à tout œ que disoit la Reine mère; laqueUe, demeurant fennecs son opiniop, fist bien enfin connoistre à tout le monde, quoyqu'elle essayast tojis}ours de le dissimuler^ que le cardinal ne la gouvemoit plus.
A propos de quoy je diray que sy on veust âût quelque reflexion sur ceste di^race du cardinal, potf* ra-t-on jamais rien voir qui marque mieux combien la faveur des princes est chose peu assurée,. et qa'oo ne s'y doit pas tellement fier qu'on en abuse, ainsi que font la plus part des favoris, puisqu'eUe arriva justement quand le crédit du cardinal, s'il n'en avoit point eu, auroit-âcm- commencer, pour les grands services qu'il rendoit, et les grands avantages que la religioo et le Roy, pour qui la Reine avoit tant de passion, en
tEcooBs DK cfcSÀL, ETC. [i6a8] 85
dévoient tirer? Et cependant ce fnsl sur ce temps ta qu'elle changea , montrant hîeit que les amitiés qui ne viennent que de la coutume, ou de quelques agrtfmcnts du corps ou de l'esprit, comme Font ordinairement celles des femmes, passent fort aisément par l'absence, ou parcequ'on s'en lasse, comme on se desgoute k la .Jîn des viandes qu'on aime le mieux, quand on en mange trop long-temps. Son crédit auprès du Roy ayant pour fondement son mérite et les grands services qu*il rendoit, ne fmist aussy qu'avec sa vie.
Mais il ne faut pourtant pas que les favoris se puis- «ent persuader que leur faveur sera éteinelle : l'expérience en a trop fait voir le danger, et que quand ils ne sont point retenus par la crainte du changement, ils en abusent envers leurs maistres propres, et se rendent insupportables à tout le monde. Mais on ne doit pas véritablement les oster tant qu'ils sont utiles ou qu'il en penst venir du dommage, ainsy qu'il seroit infailliblement arrivé sy le Roy fust entré dans les sentiments de la Reine mère, et eust fait comme elle.
Que sy on ne les doit pas changer en ces temps là , il faut bien sans doute !e faire, quelque affection qu'on ait pour eux, quand par leur mauvaise conduite ils l'attirent de telle sorte la haine publique, qu'on ne poarroit les garder sans de trop grands desordres, et ]>eat-e5tre des guerres civiles; quand on attribue à leur malheur particulier tons les malheurs publics, comme «u comte d'Olivarez, que le roy d'Espagne envoya ^aos sa maison, qitoyqu'il l'aimast encore, j)our contenter ses peuples, et esprouver sy un autre seroit plus '^lieureui que luy; ou enfin pour un plus grand bien, vxjtainé fist le roy Charles vu de Tanneguy Du Cba»-
86 [1628] SIEGE DE r.A ROCHELLE,
tel (0, pour avoir la paix avec le duc de Bourgogne, d*où despendoitle restablissement de toutes ses affaires.
Il est vray que celuy là , par une modëration admirable, et qui n'est pas ordinaire, voyant que le Roy en faisoit difficulté, h cause des grands services qu'il en avoit receus, luy en leva le scrupule, disant qu'aussr bien s'en iroit-il quand il ne le vondroit pas, pour ne point faire manquer une chose sy nécessaire et à luj et à tout le royaume.
Or il est certain que semblables choses se peuvent espérer des princes qui ne se laissent pas sy fort emporter à leurs passions qu'il ne leur reste tousjours quelque peu de lumière et de raison : mais pour ceux qu'elles maistrisent toût-à-fait, comme il n'y a ny règle ny mesure en tout ce qu'ils font, ne suivant que lenn 'fantaisies, soit qu'ils veuillent garder un faVory, soit qu'ils le veuillent oster, c'est avec tant d*opinias(reté, que nulle considération ne les en peust empescber^ exposant fort librement toutes choses pour cela, sâos crainte de ce qui en peust arriver, ainsy qu'il s'en poui^ roit donner bien des exemples.
De dire la part qu'eust le cardinal de BeruUe dans toutes les intrigues de la Reine mère, c'est ce que je ne sçay pas; mais il est bien apparent que sy ce n'est toute celle que les amis du cardinal de RicheUea by donnoient, du moins n'y contredisoit>il pas, nonpto^ que fist le garde des sceaux de Marillac quand il to
(i) De Tanneguy Du Chastel : Minûtre et favori Je CharkiTO< il se retira de lui-même des affaires, pour n^étxe pas un obstacle î la tranquiUité du t-ojaame. ( Voyez [^Histoire de Charles m pv Alain Cbartier, dans les Œuyres de ce dernier; Paris, 1617, M*p. Sa.)
SECOUHS BE CAsAL, BTC. [ifi'iSj !i^
arrivé, nonobitant loul ce qu'il» luy dévoient, aestanl pas seuieincnt demeurés bien avec elle, mais leur crédit ayant tousjours despuis augmente', ainsy que ic dit le cardinal de la Valérie au cardinal de Beridle mesrae, comnie il se vouloit justilier, et prouver qu'il n'avujl rien fait contre le cardinal de Kiclielieu : qu'il estoit difficile de lecioîre, puisque le temps auquel i) ertoil demeure le plus puissant auprès de la Heine mère e$toit celoy auquel le cai-dinal de Riclielieuavuit couiinencé à y estre mal.
Que s'il est vray qu'ils ayent paiticipe'à tuut ce qui se iaisuit contre luy , et mesme contribué à empescliei le Roy de retourner à La Rochelle, ainsy que leurs tmiiemis les en accusoient, il faut bien croire, les cboces estant telles qu'elles estoient, c'est -^-dire eui ayant vescu et estant morts comme des saints, et l.a Rochelle estant le principal appuy de l'hérésie en Krance, qu'ils estoient tromf>ési et que se formant, ainsy que la pluspart des hommes font souvent, de leurs passions une raison, ils avoient tant de hninecoalie les bnguenots, que ne les pouvant soidnir, iU voutoieiit «faon les forçast par une guerre de religion à se cou- Tertir, ou à sortir du royaume. Ce que n'attendant point du cardinal de Richelieu, niaisqu'aussytusl que p^r la prise de La Roclielle il penseroit la faction esteinte, il les laisBcroit en paix, et ne sungeroil qu'à traverser les desseins des l^pugnols, qu'ils croyoîcnl, aussy aveuglement que durant la Ligue, n'avoir pour but que le bien et l'avancement de la religion , ils cToyuient faire un grand sacritice à nieii de contribuer à le mettre mal auprès de la Reine et auprès du Roy, ne se persuadant point que sa cheute peusl empeschor
88 [l6a8] SIEGE DE LÀ ROCHELI.E,
celle de La Rochelle , beaucoup d*autres, ce leur sem« bloit, y pouvant servir comme luy.
Sur quoy on peust dire assurément qulls ne s*abosoient pas moins qu*à croire que Thérésie se pouvmt destruire par la force , un homme nouveau, qui n*aiiroit pas peu avoir du premier jour autant de crédit et de connoissance que la longueur du temps en avoit donne au cardinal de Richelieu , ne pouvant jamais faire tout ce qu*il fist pour prendre La Rochelle (etsjr il eust bien de la peine à^en venir à bout); et Texpérience ayant fait voir que la guerre auroit plustost ruiné le royaume que les huguenots, pai^cequ'elle les rendoit plus opiniaslres, et que Finclination des François pour les gueiTes civiles faisoit que, plusieurs catholiques se meslant avec eux, ilspartageorent quasyle royaume avec le Roy , et qu'il leur venoit tousjours de quelque part des secours estrangers; la longue paix dont ils avoient jouy despuis Tédit de Nantes jusques en Tannée 1621 , qu*on commença à les attaquer, et la déclaration du Roy de ne vouloir point touchera leur religion ny contraindre leurs consciences , les ayant plus affoiblis que toutes les persécutions et les guerres qu on leur avoit fait pendant une infinité dW nées, et donné assurément le moyen de les réduire aa point où on les voyoit alors.
Mais fai veu des gens (0 qui, prétendant avoir pénétré jusques au fond de leurs pensées, alloient bien plus avant, assurant, par haine peut-estre ou par envie, qu'ils le faisoient, fondés sur une maxime bien estrange à la vérité, mais que les Espagnols et leurs partisans taschoient d*insinuer partout , et qu'un zèle
(0 Des gens : Les cardinaui de Bérulle et de La Valcite.
SECOURS DE CÀSALy ETC. [l6aB] 89
indiscret leur avoit peu persuader^ que rhérësie ne seroit jamais esteinte que quand les catholiques ^ n'ayant plus qu*un monarque, n*auroient plus aussy. d'autre interest que de la destruire; et que, partant, la prise de La Rochelle, qui ne donneroit pas tant de moyens au Boy de le devenir ^x) y comme d'empescher que le roy d*Espagne, qui estoit bien plus en passe pour cela que luy, ne le fust, seroit bien plus préjudiciable qu avantageuse à la religion , et ne se devoit point souffrir.
Cependant les Anglois, qui avoient este avertis des diligences qui se faisoient pour avancer la digue, craignant que, s'ils attendoient davantage à y envoyer, elle ne s'achevast, ou que les Rochellois ne peussent pas les attendre, firent tout leur possible pour haster le partement de leur flotte; dont le Roy ayant tussy eu avis, il se creust obligé de retourner au camp, pour y apporter par sa présence et par ses soins tout ce qui y pourroit manquer sans cela.
Il partist donc de I^aris au commencement d'avril, et il arriva devant La Rochelle environ le quinzième. n y trouva toutes choses en sy bon ordre, qu'il en fust plainement satisfait; et connoissant par là de quelle importance il luy estoit d'avoir un serviteur aussy fidelle et aussy capable que le cardinal de Richelieu , sy tout ce qu'on avoit fait à Paris contre luy n'avoit rien gagné sur son esprit, il n'estoit gueres apparent c|ae d'autres choses le peussent faire.
Fendant le voyage du Roy, l'evesque de Mende et M. de Rothelin, lieutenant général de l'artillerie,
(s) De U devenir : de deyenir ce monarque uniyerseL Ce syaiême ^e la politique la pluA éirange ne nous paroU pas avoir été exposé .Ailleurs.
go [l6a8] SIEGE DE LA ROCHELLE,
moururent de maladie (0. Le premier s^estoit sy bien persuadé que La Rochelle se prendroit, qu'il ordonna par son testament d'y estre enterre ; et la charge du second fiist donnée au marquis de Rothelin , son frot aisné.
Le roy d'Espagne n'ayant peu estre destaurné, par tous les devoirs où s'estoit mis M. de Mantoue, d'attaquer ses EstatSy'pour obliger le Roy par ccstc diversion à lever le siège de La Rochelle , il en prist le prétexte dans les prétentions que le duc de Guastalle, à sa pei^suasioUy disoit avoir sur le duché de Mantoae, bien qu'il n'y eust aucun droit , sa branche estant plos esloingnée d'un degré que celle de M. de Nevers, et dans celles de M. de Savoye et de madame de Lorraine sur le Montferraty qui n'estoient pas mieux fondées; faisant ordonner par l'Empereur qu'en attendant qall en eust jugé^ ces deux Estats seroient mis en seqoestre, et qu'un commissaire impérial en prendront possession en son nom. Ce que M. de Mantoue n'ajaot pas voulu souffrir, voyant bien qu'il n'y seroit jamais rentré, don Gonçales de Cordoua, gouverneur de Milan, eust commandement d'aller dans le Montferratdès que le temps le permettroit, comme sy c'eust esté poor y faire reconnoistre l'Empereur ; et d'assiéger Casid f) on ne luy en ouvroit les portes.
Or les Espagnols avoient principalement diois> M. de Mantoue et Casai pour faire ceste diversioD, parcequ'ils ne voyoient rien où le Roy fust plus nteressé, M. de Mantoue estant né son subject, et Casai
(') Moururtnt de maladie : 11b moururent au camp deyant La Kocbelle. Uévéque de Mende fut enterré dans cotte ville, mmaMi^ dernière volonté. ( Voyez le Mercure françois, t. i4) P* 600 et 718.)
SECOURS DE CASAL, ETC. [l6afl] <) 1
coun-ant l'Estat de Milan du costé de la France; ny ou'ii peusl aussy plus difBcileinent secourir sans lever le siège de ]ji Kocliellc, et y mener tantes ses forces, les destroiu des montagnes et le Piifmont, par où il falloit passer, pouvant aisément eslre dell'etidus par toutes leurs troupes et par celles de M. de Savoye, qu'ils avuieitt gagné en luy promettant une giande partie du Muntferrat; ou enfin parceque s'il eslimoit sy fort la prise de La Rochelle qu'il la préf^rast à toutes choses, qu'ils auroient de >{uoy se consoler, quelques avantages qu'il luy en vinst , prenant la meilleure place d'Italie, et la plus propre pour leur en faire avoir l'entière dominotion.
Mais comme la saison n'estoit pas encore bonne pour se mettre en campagne, le marquis de Saint- Chautnont, que le Roy avott envoya à Manloue devant la mort du duc Vincent pour les inlerests de M. de Nevers, eusl tout loisir d'aller en Piémont , et de travailler auprès de M. de Savoye pour essayer de le destacher des iLspagnols. Mais comme il ne pouvoit pas égaler leurs oflies, parcequ'il luy falloit ménager M. de Mantoue, que les autres vouloient opprimer, il n'y peust rien faire; de sorte que, dès que le temps le permist, M. de Savoye fust à Trin et aux autres places qu'il devoit avoir, qu'il emporta facilementnon (iunçales fust à Casai, mais il n'y fust pas sy lieureui; car s'estant trouve mieux pourveu de toutes choses qu'on ne pensoit, il arriva encore que le baron de Beuveron, qui estoit soily de Krauce pour s'estre battu contre M. de Boutteville ('> dans la place Royale
1.*^ iTsKre batlu contre M. de BoutUfille : C'cm pour ce duel que le comu de BnaltcvQlc arnit (te il^capît^ le 19 juin 1637
Q% [l6a8] SIEGE DE LA. mOCHBLLB,
pendant la plus grande riguear de Tëdit des dads, citant lors en Italie^s'y jetta sy à propos avec tout ce qnll peust assembler de François, qu'il y rasseura les esprits; et descouvrant une trahison par laquelle on devoit le lendemain livrer la ville à don Gonçales, le cootrtignisty perdant ceste espérance , et n'ayaat pas aaséide gens pour l'attaquer de force , de se réduire à la bloquer (0.
On ne sçauroit exprimer le desplaiâr qu*on receiut en France à l'arrivée de toutes ces nouvelles , n*y ayant personne qui ne vist l'impossibilité d'aller à Casai et de continuer le siège de La Rochelle ; et que quelqoe party que le Boy prist, sa réputation y seroit toui* jours fort engagée, ne luy estant pas moins honteux de le lever après tout le bruit qu'on en avoit fait, et qo'3 estoit sy avancé , quoyque sous le prétexte d*un trûlé, comme du temps du roy Charles ix, que d'abandonner M. de Mantoue, qui sembloit ne souffrir persécotioo que parcequ'il estoit François ; et de se voir encore oster les moyens de secourir les* papes et tous les antres princes d'Italie quand ils en auroient besoin, ainsy que les rois de France avoient tousjours fait.
Enfin, néanmoins, la crainte de ne pouvoir rien faire de bon ny là ny aiUeurs, qu'on ne se fiist oié ceste espine du pied, l'emportant, ou l'apprdienâoB de laisser le certain pour Fincertàin, le Roy se resolust de ne partir point de La Rochelle qu'il ne l'east prise, et d'assister cependant M. de Mantoue par tontes les autres voyes qui luy restoient : assavoir, d'exhorter le Pape et les Vénitiens de le secourir, et M. de
C*) Se réduire â la bloquer : On aime à Yoir ua Fkm^is ailé wé" rittr aiofi aon rappel k force de seryioet
(Ecouns UE c«iiAi., ETC. [1638] Q'i
Savoye mesme à «scouter les propositions qa'on ïuy faisoît, leur représentant à tous le péril où ils *e mettroient s'ils laisraient prendre un tel eslablissement aux Espagnols ea Italie, et envoyant M. de Guron expressemeot pour cela.
Mais le Pape et les Vénitiens se sentoient trop foibles pour se déclarer ouvertement tant que le Roy n'en scroil pas; et pour M. de Savoye, soit parccque cela ne le regardoit pas tant que les auties, Catal ne pouvant pas empcscher que le Hoy n'allas! à luy quand il en auruit besoin, et qu'il craignis! de ne retrouver pas d'autre occasion pour avoir ceste partie dn Montfcrrat que les Espagnols luy laissoient, ou bien qu'il esperast que tant de gens prendroîent enfin sy grand inteiest que Casai ne demeurast pas aux espagnols , qu'ils seroient contraints de le rendre, sans que luvt qui ne pouvoit pas donner les mesmes jalousies, et qui croyoit outre cela avoir des prétentions sy justes sur le Muntferrat qu'on ne pourroit pas l'en exclure lout-à-fait, s'en meslast : tant y a qu'il lust impossible de le persuader, et que M. de Guron voyant sa présence partout ailleurs moins nécessaire que dans Casai, s'y jetta ; et il s'y trouva enfin , contre l'opinion des Espagnols et de tout le monde, asse's de vivres pour attendre la prise de La Rochelle , et que le Roy allast comme en volant de l'une à l'autre pour le secourir.
Mais comme personne ne se l'imaginoit, et qu'on Toyoit les Rocbellois résolus de ne se rendre qu'à l'extrémité, on craignoit sy fort que Casai ne peust pas tant durer, que le cardinal de Ricbelieu eust envie, ' pour gagner temps et y pouvoir aniver asst'S tosl, d'attaquer La Rochelle de force, et en parla >» tous ceux
94 [l6a8] SIBGE DE LA ROCHKLUK,
en qui il S6 fioit le plus, pour en avoir leur avisi qoi luy dirent tous que la piise de La Rocdielle estant eh timée universellement de telle conséquence qu*oa ne la devoit hasarder pour quelque raison que ce fiist, d ne se voyant rien par le chemin qu^on tenmt qui h peust empescher, ils croy oient bien meilleur de le continuer que d*en prendre un autre subject à plusieurs accidents y dont la bonne conduite ny la grandeur des armées ne pouvoient pas quelquefois garantir, aiusy qu'il s*estoit veu tout fraischement à Bergues-op* Som, oik le marquis Spinola ne peust jamais faire idktaque qui luy reussist, ny de travail qui ne fuat aussjrtoit rompu; et à. Montauban, où le mauvais air engendci tant de maladies que la meilleure partie de Tarmée j perist. E^ ce qui estoit encore à considérer , c'est que quand tout réussiroit à souhait , on n'en iroit pas plm tost pour cela à Casai , le temps qu'on y gagneroit ae pouvant estre employé qu'à laisser reposer l'armée d à la refaire, n'estant pas vraysembjiable qu'un sy ff^ siège ne l'eust fort afibiblie , ny qu'on peust aller, sans la remettre en bon estât, contre des gens tous fraiiyCt qui s'y seroient de longue main préparés ; joint que quand bien Casai se prendroit, pourveu que la Rochelle se prist aussy, il ne seroit peust-estre pas iiapossible de le reprendre , n'estant guère apparent que tous les princes d'Italie, voyant le mal qui leui* en airiveroity ne se joignissent avec le Roy pour cela;Hiais que sy on manquoit ceste fois là La Rochelle » oo ne voy oit pas par quels moyens on y pourroit revenir : ce que le cardinal ayant approuvé y on n'en parla plus* Le bruit que les Anglois dévoient bientost arriier s*augmentant tous les jours, et la digue, quelque siio
SECOURS DE CASAL, ETC. [l6a8] 96
quon y apportast, ne pouvant pas estre tout-à*fait achevée quand ib viendroient, on mist proche décile, du coslë de La Rochelle, une chaisnede vaisseaux assés grands, desquels Ceux qui estoient vis-à-vis du passage furent arrestés avec quantité d'ancres , afin que la courante ny le vent ne les peussent pas emporter; et ceux que la digue couvroit laissés en liberté, pour, au besoin , aller secouiîr les autres.
M* d*Estissac entroit en garde avec son régiment sur les vaisseaux qui estoient du costé de Com*eille , et
M. de avec le sien sur les autres, avec ordre à tous
deux, de faire jetter le grapin sur tous ceux qui entreprendroient de passer, pour les arrester et les faire bri* ter contre la digue, ou, s*il ne pouvoit, les tirer hors du canal et les faire échouer : ce qu'on croyoit aisé parceqo'il esloit fort estroit en cest endroit, et que ceux des deux costés, s'il en estoit besoin, iroient leur aider; après quoy on les couleroit à fond, avec les canons log& à cet effet au dessous de la digue.
On fist aussy en ce mesme temps deux batteries de douze pièces chacune, l'une entre la pointe de Chefde-Baye et les vaisseaux, et l'autre un peu plus haut, du oosté de Coureille, afin que ceux qui voudroient passer eussent à essuyer leurs descharges devant que d^estre aux vaisseaux, lesquels avoient ordre du commandeur de Valançay de n'aller que deux tout au plus sur chacun de ceux qui se presenteroient, pour ëviter la confusion; se tenant assuré que cel^ sufBroit, quand ils les auroient bien, accrochés, pour les tirer hors du canal et les faire eschouer, ou du moins les arrester et leur faire perdre la marée, ne craignant point qu'ils en vinssent aux mains avec les plus grands.
96 [1628] 8IE6B D£ LA mOCHBLLI|
estant sy bien armés qu'ils pourroient se deffcndre an-* tant qu il faudrait; ny qu'il y en vînst beaucoup à la fois, parcequ'ils se nuiroieot plus qu'ils ne se serviroient s'ils demeuraient ensemble^ et s'esckooeroieDt pour peu qu'ils ^ voulussent escarter, tant, comme f ajr desja dit, la place estoit estroite. Et quant aux bmlds qu'ils pourraient envoyer devant eux, il 7 avoit on sy grand nombre de dialoupes diestinées pour les aller recevoir, devant qu'ils peussent estre aux vaisseaux et les destoumer, qu'on n'/eippréhendoit pas qu'ils fisBent aucun fnal.
Toutes choses estant en cest estât, la flotte anglooe parust le 1 1 de may à la veue de La Rochelle. Eik n'estoit pas de la qualité de celle de l'annëe précédente, n'y ayant «que quatre rambèrges (qui sont des vaisseaux de mille ou douze cents tonneaux ), quinic oa vingt bien moindres, et enviran autant de fort petits, tout le reste n'estant que des barques chaînées de vivres : Ce qui ne laissoit^pas de faire une grande montre, y ayant bien près de cent voiles. Elle estoit commandée par le comte d'Emby (0, beau-frere du doc de Bouquinguan.
Celle du Roy ne paroissoit rien auprès, ny pour Ii qualité ny pour la quantité, n'y en ayant pas plus de vingt-cinq, de quatre à cinq cents tonneaux chaaui, avec environ autant de barques : mais se fiant principalement en l'assiette du lieu, et aux honunes qui estoient dessus, parce qu'outre ceux que le Roy y entretenoit, qui estoient tous gens d'élite, force volontaires s'y estoient jettes, comme le seul lieu où on pouvoit
(0 £e comU d'Emfy- : Le comie de Denbigb, dont M. de Foattiff ahère le Dom, comme il fait à Tégard de la plupart des éinageis.
SeCOL'llS DE CASAL, ETC. [1638] 11^
combattre, elle oc s'estonna nullement; le cnniinandeiir de Valançay, qui se inist a l'heure mesme k la teste, et tous les autres olGcicrs chacun à leurs postes, montrant bien qu'ils vouloicnt mourir, ou les cmpescber de passer.
Dequoy les Angluis, (|ui, sur le rapport des de.spute's de La Rochelle, s'estuient persuadesquc dès qu'ils paroistroient tout s'enfuiroit, et qu'ils n'auroient qu'à aller, estant fort surpris, ils s'assemblèrent diverses fois pour voii ce qu'ils auroient à faire, et conclurent enfin, après avoir veu les vaisseaux, les batteries et la digue, qu'il leur seroit impossible de passer. Cest pourquoy ils envoyèrent un nomme' Braignaut k La Rochelle, pour dire Testât où ils se trouvoient, etsça- »oir sy Ton ne pounoit rien faire de rc coste' là qui rendist le passage plus facile; lequel s'cstant mis dans une chaloupe, se gbssa pendant la nuit parmy les vaisseaux du Boy, et faisant semblant d'en chercher quelqu'un, passa sy subtilement qu'il fust bien loin devant qu'on s'en apperceust.
Braignaut ne trouva pas les choses mieux disposées du costé de La Roebellc que de celuy de l'arme'e, et ne pouvant retourner, en donna aussytosl advis par des feux et aulies marques qu'il avoît prises i afti^s quoy le gi'os de l'eau, qui cummençoit à diminuer, faisant croistre les dllScullës, les Anglois s'en scroient dès lors retournés, s'ils n'eussent creu nécessaire pour leur descttai^e de faire auparavant quelque tenlalive.
Ils s'avancèrent dune le 16, a\ec la marée et le vent, quasy vis à vis des deux premières batteries, desquelles ayant esté plusieurs fois salués, et dont quelques coups mesmes portèrent sur eux, ils virent qu'on
gS [l6ft8] SIEGE DE LA KOCHBIXE ,
les attendoit sy résolument ^ que, désespérant de passer, ils se retirèrent , faisant de grands reproches aux desputés d'avoir rapporte au roy de la Grand* Bretagne les choses autrement qu'elles n'estoient, et mandant à ceux de La Rochelle, pour les consoler , qu'ils reviendroi^it bientost avec des gens pour mettre pied à terre y et attaquer les lignes au mesme temps que les vaisseaux. Les ramberges ne s'avancèrent point da tout, leurs pilotes n'ayant pas trouvé qu'il y eust sssés d'eau ^ mesme à l'entrée du cana^.
Tout ainsy que le Roy avoit feit faire partout des prières quand il sceust que les Anglois dévoient venir^ aussy fist-fl rendre grâces à Dieu de ce qu'ils s'en estoient retournés; et afin de profiter du temps , et que les Rochellois vissent que n'ayant peu estre secourus ceste fois-là y ils le.seroient encore moins à l'avenir, il fist redoubler le travail de la digue. Ce qui ne changea pourtant rien dans leur esprit^ tant ils esperoient aux secours de terre et de mer que les Anglois leur avoient promis, et qu'ils estoient résolus, cela leur manquant, de périr tons avec leur liberté.
Ce qui aidoit beaucoup à cela estoit madame et mademoiselle de Rohan, qui s'estant trou vées dans la ville quand l'armée arriva , on ne voulust pas les lai^ ser sortir; et l'humeur de Gui ton leur maire ^ lequd, quand il vist qu'au jour de l'élection du maire, qui se faisoit tous les ans le premier dimanche d'après Pasques, toutes les voix alloient à luy, les avertist d'eu prendre un autre, s'ils n'estoient bien résolus d'attendre la dernière extrémité, ne se sentant pas propre pour se rendre auparavant « pour quelque raison que ce fost.
Suivant quoy jugeant bien , quand le comte d*Emby
sECovns DE ctstL, BTC. [i6a8] 99
fîist party, que, quelque assurance qu'il eusl donnée, le retour seroit long et incertain, il commença, pour avoir plus de moyens de l'attendre, ou do moins d'aller le plus loin qu'il se pourroit, de ménager mieux les vivres qu'on n'a voit fait jusques U, faisant sortir toutes les bouches inutiles, et ceux qui soufTroient le plus de nécessité. De sorte qu'on vist tout d'un coup une inCoité de vieillards, de femmes et d'enfans se présenter aux lignes et demander à passer : ce qu'on leur permettoit au commencement, tant on en avoit pitié. Mais il arriva aussitost après un commandement du Boy si précis de les renvoyer tous sans miséricorde, voyant bien que cela ne se faisoit que pour descbarger laville, et ta faire plus longtem|)s durer, que plusieurs n'ayant peu rentrer {car il leur estoit aussi interdit)* moururent misérablement dans les dehors.
On en eust encore une autre mai'que, qui fust que quelques uns de leurs gens, qui s'estoient cachés de nuit dans des fossés, ayant pris , un peu devant que le Roy partist, M. de Keuquieres comme il alloît d'un quartier à l'autre, par un chemin qu'il y avoit dans les marais , sans le vouloir relascher, quelques oOres qu'il fist, ils luy avoient fourny jusques là autant à manger qu'il en demandoit; mais ils le retranchèrent alors sy court, qu'il ftist mort de faim s'ils ne luy eussent permis d'en faire venir du camp, qu'on luy apportoit tous les deux jours, et que son valet, escorté de ceux qui le gardoient, alloit prendre à la porte : sans quoy it est certain qu'il n'en auroit eu la moindre part.
Quand le roy de la Grand'Brelagne et le duc de Bouquinguan eurent veu le comte d'Emlty, et appns de luy Testât de La Boch«lle et le* diffiniltés qu'il y
lOO [1628] SIEGE DE LA mOCHEIXB,
auroit de la secourir , ils furent fort estonoéi, crai* gnanty et avec grandVaison, qu'il fust tout-à-ftit impossible , et ^e dès qu'elle seroit prise le Roy De lear tombast sur les bras, sans qu'il se trouvast rien pour l'en destoumer, parceque le reste des huguenots seroit alors trop foible pour l'arrester^ et que les Espagnob ne s'accorderoient pas seulement avec luy pour le ^^ ^ gard de M. de Mantoue, de peur d'attirer la guerre ei Italie^ mais s'y joindroient encore s'il vouloit pour les aller attaquer ^ conformément au traité desja fait, afin de l'empescher par ceste occupation de penser aux choses d'Allemagne, où l'Empereur faisoit en ce tesnfi là de grands progrès.
Sur quoy^ après plusieurs consultations, ils ny trouvèrent point de meilleur remède que de faire préparer une sy grande armée pour envoyer à La Rochelle, que les Espagnols le sçachant, et se persuadant (|ue cette ville seroit secourue, s'engageassent de telle sorte devant Casai, qu*il leur fust après trop honteux de s'en retirer dès qu'on les menaceroit d'y aller; présupposant que moyennant cela, quand bien même le Roy prendroit La Rochelle, il quitteroit toutes autres choses pour y aller, tant il avoit d'intérest de sauver Casai.
C'est pourquoy le roy de la Grand'Bretagne fist à l'heure mesme assembler un parlement, lequel tant à cause de la religion que sur la croyance que La Rochelle leur pourroit demeurer, et qu'ils remettroient encore une fois le pied en France, accorda cinq subsides, qui font.^nviron quatre millions de livres, qui e^it la plus grande somme qu'ils eussent accoutume de dcNoner en une fois ; avec quoy il fist une telle ar-
SECOVBB DE c*sAi., BTc. [i6a8] loi
filée, que le duc de Rouquinguan ne la juge.int [i.is indigne de luy, se résolust de s'y rembarquer, cl de tenter encore un coup quelle seroit sa fûrttmc.
Le comte de Ctrlisle fust aussy, sur ce mesnie temps, envoyé k Turin pour le dire â M. de Savoye, et par liiy aux Espagnole; rar il faut noter que les Anglnis ne le pouvoient pas directement , estant encore en guerre avec eus; les assurant, alin qu'ils continuassent plus liardtment leur siège, que La Rochelle seroit inl'ailli- Llement secourue, et que les François auroient trop d'alTaires cher eux pour pouvoir aller autre part.
Et comme on se pei'snade nisëment ce qu'on désire, les Espagnols y ajoustant foy, firent sy bien que les choses réussirent à la fm selon le projet des Anglois, le Boy ayant pre'feré, après la prise de La Roclielle, de secourir M. de Mantoue, à tous les autres sentiments qu'il pouvoit avoir.
Or, encore que le Roy fust bien averty de ce qui se faisoit en Angleterre, et que le secoui-s qu'on y préparoit seroit très grand, il n'en avoit néanmoins nulle appréhension , n'y ayant point d'apparence que rcluylà peust mieux réussir que l'autre, veu Testât oïl il trouveroit tant la terre que la raer; car la circonvatlation estoit toute achevée, et la digue le devoit estre devant qu'ils peuvent arriver. De sorte que quand bien il oust peu forcer les vaisseaux qui estoienl Ji la teste (ce qu'on n'avoit pourtant osé entreprendre au dernier voy.ige) , et rompre les trois rangs de machines <lu Plessis-Besançoo, posées derrière eux, il auroil trouvé après cela ' les batteries des doux bouLs de la digue, de six pièces diacune, sy bien placées pour tirer à fleur d'eau et k l'out portant, l'entrée sy estroite, et les vaisseaux qui
103 [t6a8] SIEGE DE LA ROCHELUS^
la fermoient sy bien amarés, qu'il eust esté impossible de passer sans estre coule à fonds, ou brisé contre la digue.
Ce qu ils eussent donc vraysemblablement peu faire eust esté de descendre en Bretagne ou en Normandie; mais outre que ce n'auroit pas esté secourir La Rochelle, laquelle, se rendant bientost après, eust donne liberté de les aller faire rembarquer, on y avoit encore mis sy bon ordre , qu'il n'estoit pas apparent que cda peust réussir : de sorte que toute la difficulté estoit pour ceux de Casai. Ce n*est pas que les avis qui en venoient ne portassent quils iroient bien loin; mais comme Topiniastreté des Rochellois estoit extresme, on ck^aignoit tousjours qu'ils n'en peussent pas attendre la fin.
Cependant, pour les y obliger, on les faisoit souvent assurer que, pourveu qu'ils eussent patience, le Roy iroit à eux avec de sy grandes forces , qu'ils seroient indubitablement secourus. Et parcequ'on voyoit que les Rochellois commençoient à manquer de vivres, on les menaça que s'ils attendoient la dernière extremiti^ ils seroient traités avec toute rigueur, et il lear fiut mesme envoyé un hérault pour les sommer, et leur maire en particulier; ceste formalité ayant quelquefois bien réussy envers les peuples, pour les faire rentradans leur devoir. Mais Dieu qui les vouloit chastier, aussy bien que les Espagnols, comme ayant tous deux des causes fort injustes, permist qu'ils tinssent josqnes au bout, afin qu'ils fussent traités comme ils méritoient, et que ceux de Casai eussent assés de vivres pour en faire recevoir la honte toute entière aux Espagnols.
iMOUAS DE CÀfÀL| £TC. £i6:i8] io3
n arriva une chose qui y , contribua beaucoup, qui fusi que M. de Mantoue, qui avoit fait faire de grandes levées en France , ayant mandé au marquis d'UxeUes, ]ui les commandoit, d'entrer dans le Piémont , les • Eqiagnols eurent tant de peur que. M. de Savoye, ne le sentant pas asses fort pour Ten empescher, ne luy accordast le passage et qu'il leur tombas^ après sur les bras y quils luy envoyèrent une grande partie de ce qu'ils avoient devant Casai; après quoy, ne pouvant pas tenir toutes les avenues fermées comme^uparavant, las MontferrainSy passionnés pour leur prince , y jet- Ccrent tant de vivres, qu'encore que M. de Savoye ayant de bien meilleures troupes que le marquis dlJxelles, Teust défait dans le Val (0, les Espagnols néanmoins n'en tirèrent pas tant d'avantage que M. de Blantoue , cela ayant esté en paitie cause du salut de Casai.
Le Roy, qui ne se donnoit aucun repos, ayant enfin voulu voir ses armées, commença par celle de mer, 9Ù il trouva touteé choses en très bon ordre, et le commandeur de Valançay , aussy bien que tous les au^es plSciers, bien résolus de ne laisser pas forcer le passage. Ensuite de quoy estant allé à celle déterre, luy ei tous ceux qui l'accompagnoient confessèrent n'en avoir jamais veu une sy belle : ce qui venoit principalement de ce que voyant souvent les compagnies ou dans les quartiei^s, ou quand elles entroient en garde, les capitaines estoient forcés de les tenir tousjours bien complettes ; que les habillements y avoient ùàt cesser
(0 Dans le yal : Ce nom est en blanc sur le maniticrh. On Ik
les plus grandi délaiU sur Texpédilion du marqoîf 4'UseUM dau le Mercure françoU, t. i4 » P- ^70 et raitantei*
les maladies; que les payements ne se retardoient jamais; que ceux qui vouloient travailler à la digue y « gagnpient beaucoup; et enfin que Tdrdre y estoittd pour les vivres, quHl y en venoit aussy abondamment et à aussy bon marché que sy on eust esté en pleine paix. De soite que les soldats ^ au lieu de se desbander, comme il arrive ordinairement dans les sièges de longue durée, y courdïent de toutes parts.
Sur ces entrefaites il arriva qu'un gentilhoHiffle nommé La Grossetiere, qui estoit sorty un peu auparavant de La Rochelle pour aller par les provinces esmouvoir les esprits^ et les porter à faire de tou&costés de tels souslevements qu'ils contraignissent le Roy à
lever le siège, fust pris à (0. Et parcequ*on dist
aussy tost quon luy feroit son procès, les RodieDois pensèrent le pouvoir sauver en Favouant, et mandant au cardinal de Richelieu qu'en vertu de cela , et qu*il n'avoit rien fait que sous leurs commissions et par leur ordre, il ne devoit pas estre traité autrement qu'en prisonnier de guerre, ainsy qu'il sepratiquoit partout A quoy le cardinal respondit qu'il ne sçavoit pas encore les volontés du Roy sur ce subject; mais qu'en attendant il les avertissoit qu'ils n'estoient pas en estât de traiter du pair avec luy, et qu'Us feroient bien mieux de parler pour eux, et de recourir à sa bonté pour leur particulier que pour les autres. Ce qui, an jugement de tout le monde ,' aggravoît fort son crime, et fist que rien ne le peust sauver, fust qu'il avoit esté page du Roy.
(0 Fust pris à ; La Grosseliére fat arrêté dans une ville de Normandie ; il ne fut ejiéculé qu'après la prise de La Rochelle. On trovre plus de détails dans le Mercure f rancis, t. 14, p. ai 3.
SBCOOaa DE CAStL, ETC. [^38] lo5
Vers la fin du mois d'aoust, M. le comte arriva à la cour : il en estoit party long-temps auparavant, mal satisfait de plusieurs cliuses, mais principalement du mariage de mademoiselle de Montpensier, auquel îl aspiroit, et que M. d'Orle'ans avoit espousée. Ensuite de quoy il estuit allé à Rome, à Venise et à Turin, d'où, ayant esté contraint de partir quand M. deSavoye se fist espagnol, il se retira à Neufcbaslel en Suisse, chez M. de Longueville son beau frère : mais s'y estant bieotost ennuyé, il fist negotier son accommodement par M. de Senneterre, qui avoît lors tout crédit auprès de luy,
Pendant qu'on ne pensoît qu'à l'arrivée des Anglois, et à les bien recevoir, il vint une nouvelle qui sembtoît la devoir fort esloingner, et qui surprtst merveilleusement : qui fust queleducdeBouquinguan, travaillant i donner les derniers ordres pour son embarquement, avoit esté tué, comme il sortoit de sa chambre pour conduire quelqu'un qui l'estuit venu voir, par un Anglois qui luy donna un coup de couteau dans le cœur sy subtilement, que s' étant aussytost après meslé parmy la foule des courtisans, il ne fust point descouveil : de sorte que toutes les présomptions allant plustost sur les François que sur les Anglois (car il y en avoit là quelques uns), on crioit qu'il les l'alloit tous tuer : mais le meurb-iei' mesme l'empescha en se montrant, et disant <fae c'estoit luy qui l' avoit fait , fondé, à ce qu'il confessa despuis quand on l'interrogea, sur les plaintes du dernier parlement contie luy ; et il croyoit tellement faire une bonne action, et que plusieurs gens npprouveroient,que de peur d'en perdre le mérite, et que, sy on le tuoit sur-le-cbamp, on ne sceust pas qui il estoit,
I06 [1628] S1£GE DE LÀ aoCUBLLEf
il avoit escrit son nom dans un billet attaché au fond de son chapeau (0.
Ce duc estoit de médiocre naissance, venu fort \&u^ à la cour y et sy aymé du roy Jacques qu'il Tesleva en peu de temps aux plus grands honneurs de TE^stat, dans lesquels il se conduisit sy au gré du prince (>), qu'il le gouverna, quand il fust roy, plus absolument qull n'a voit fait son père. Il estoit assés grand , de bonoe mine, d*esprit agréable, magnifique, libéral, aimant les honnestes gens, et enfin fort bon polir la cour; mail au reste sy léger et sy vain , qu'il n'estoit ooUemeot propre pour les grandes affaires, et moins encore pour la guerre, ainsy que le montra bien son voyage en l'isle de Ré.
Sa mort ayant fait croire aux Rochellois que le secours qu'il devoit mener en seroit du moins fort retardé, et leurs nécessités s'augmentant chaque jour, ils entrèrent en de tels désespoirs, que, sans la grande opiniasti*eté du maire, ils se fussent dès lors rendus; mais il les en destourna , en demandant au moins du temps pour faire sçavoir en Angleterre Testât où ils estoieot, et ce qu'ils en dévoient attendre, envoyant force gens à cest efiet, afin que quelqu'un peust revenir, et leur en apporter des nouvelles assurées.
Mais ils trouvèrent tous tant de difficultés par les chemins, que pas un n'estant retourné au temps qu'on esperoit, il se fist une sy grande esmotion, dans laquelle quelques uns des principaux de la ville prirent part , que le maire fust contraint pour les appaiser de
(0 yoyez les Mémoires de Richelieu, t. 34, p. i58, deuxième >éne de celle Collection; el le Mercure françois, t. i4> P- 646. — -(*)>^v^' du prince : du prince royale Tinfortuné Charlcj i.
CECOtKS DE CISAL, ETC. [lâstt] lo^
feindre de vouloir traiter, s'adressant pour cela à M. de Feuquieres, qn'ih tenoient tousjours prisonnier; lequel, par le moyen de M. Arnauld son beaafrère (0, qui le fust Uouver dans I^a Roclielle, obtînt un passeport du cardinal de Richelieu pour quatre desputÀ qui allèrent à T>a Saussaye, où il e.stoit loge despuis le retour du Roy, comme en un lieu de meilleur air que le Font de la Pierre.
Ces dcsputés parlèrent fort liunnestement , et, se tnoDstrant bien satisfaits de la response du cardinal, promirent de retourner le lendemain; mais le maire ayant pendant cela regagné les principaux de ceux qui «voient fait le bruit, au lieu de les renvoyer fist sortir un brûlot, pour essayer de mettre le feti aux vais- ■eaux qui fermoient l'ouverture de la digue : ce que les cfaaloupesqui estoient en garde de ce costé~U ayant aisément empescbe', il brusla tout seul.
Bien que les ordres pour empescber de sortir de la ville fussent, comme j'ay desja dit, fort expr^, et que la pluspart de ceux qu'on prenoit ayant pass^ les lignes fassent pendus, la nécessite y est oit sy grande que plusieun ne laissoient pas de le tenter, aymant mieux en courir le hasard que de mourir assurément de faim. Or, se trouvant quelquefois parmy eux des gens assez raisonnables, et sur les relations de qui il sembloit se pouvoir faire quelque fondement, ils disoîent tous que la misère y estoit telle que la plus grande partie du menu peuple n'ayant plus rien , alloit chercher de
l'I M. Arnauld ion btatt-frtre : Uaïc Arnauli}, mulrc de camp général des carabioi de Fraoce, lîl« U'Arnauld de CarbcviUe, cod- •eiller d'Eut, iulendim des (ïnaDccii. [ Vorti les Mémoim d'AcuauU cTADdUljr, L 33. p. Ji» et 34(). deuiiéioE série de cctleCalIection.;
I08 [l6a8] SIEGE DE LA KOCHELLE,
quoy vivre sur les remparts et dans les fosses, oii,ne trouvant que de méchantes herbes qui ne les pouvoient pas nouri'ir ny soustenir suffisamment, ils tomboient enfin en langueur^ et mouroient peu de temps après; et eux-mesmes montroient bien , par leur visage desnué, pasle et luisant (car c*estoit là les marques de Ceux qui enduroient une grande faim), et par le péril où ils se mettoient en voulant forcer les lignes, qu'ils estoient en grande extrémité.
Néanmoins, quand on parloit de se rendre à ceux qui demeuroient , ils respondoient sy orgueilleusement qu'on ne sçavoit que croire, estant très certain quesjr le maire et les autres de la maison-de-ville eussent eu en leur particulier dequoy subsister, ils avoient tant de pouvoir sur le petit. peuple, par Fautoritë de leur charge, et parceque.leurs ministres ne leur preschoient autre chose que la patience, et qu'ils seroient infailliblement secourus, ou martirs s'ils mouroient en attendant, qu'ils se fussent plustost laissé mourir de faim que de parler de se rendre.
Mais le roy de la Grand'Bretagne ayant enfin fait partir son armée sous la conduite du comte de Linsay (0, elle arriva sur la fin de septembre; elle csloit aussy grande pour les vaisseaux qu ils l'avoient promis, mais il n'y avoit point de gens pour mettre pied à terre, ayant bien jugé qu'ils y seroient inutiles.
Sur le bruit du retour des Anglois , M. le duc JOrléans partist de Paris pour se rendre auprès du Roy, et luy tesmoigner son zèle dans une action sy importante , et qui devoit décider du salut ou de la perte des Rochellois, et mesme des affaires de M. de Mantoue,
(0 Du oonUe de Linsay : le comte de Lindesey.
SECOOBS DE CAilAt, ETC. [l6a8] IC9
ausqueiles il prenoit lors un particulier interest, estant peu de temps auparavant devenu sy passionnément amoureux de la princesse Marie (0, sa fille aisn^c , qu'il la vouloit espouser, nonobstant la grande aversion qu'y raonstroit la Reine mère, non seulement paicequ'elle prAendoîtle mïirierà la princesse de Florence, qui estoit de fa maison, et qu'elle en avoit desja fait parler au grand duc, mais enrorcparcequ'elle n'aituoit point M. de Mantoue, qui avoit tousjours esté dans les interests de M. le prince pendant toute sa régence, et s'estoit , à ce qu'on luy avoit dit , vanté d'eslre de meilleure maison qu'elfe : ce qu'elle ne pouvoil oublier. Cest pourquoy, n'ayant pn rien gagner sur Monsieur, elle en escrivit sy fortement au Roy et au cardinal de Richelieu, qu'ils fiient tout ce (ju'ils purent pour l'en destoumer, et l'obliger à contenter la Reine: k quoy n'ayant pas rënssy, tant il estoîl passionné, elle creust que c'estoil la faute du cardinal, et qu'il n'y avoit pas fait tout son pouvoir : ce qui, la rendant encore plus mal satisfaite de luy, donna grand moyen à ses ennemis de l'entretenir dans sa mauvaise humeur, et de la rendre enfin irréconciliable.
Or M. d'Orléans ne fust pas le seul qui partist de Paris pour aller à La Rocbelle ; car le cardinal de I^ Valette, les ducs de Cbevreuse et de Bellegarde, et quasy tout ce qui y estoit de gens de qualité, le suivirent; et il y en vint encore sy grand nombre des provinces, qu'on n'avoit jamais vcu plus de volontaires ensemble. De sorte qu'il est fort apparent que les Anglois n'y aui^oient pas trouvé leur compte s'ils eussent mis pied à terre, comme ils l'avoient promis; mais
(•) LapnnteiK Marit : d([>uis rciur ilc Pologne,
IIO [1628] SIEGE OE LÀ ROCBBLLB,
ne faisant nulle mine de cela, la plaspart montèrent sur les vaisseaux.
Despuis que les Anglois fiicent arrivés, ils demeurèrent quasy huit )oui^ sans rien entreprendre, ne frisant que reconnoistre et consulter; et il n'y a pmntde doute que voyant les choses en tel estât qa*ils nepoovoient raisonnablement espérer d*y réussir, ils n*en aaroient pas fait Tespreuve, sy les Rochellois, qui estoient venus avec eux, n'eussent tant crié et protesté qa*iine seule de leurs ramberges suffiroit pour battre et renver ser tout ce qu'ils voyoient, pourveu qu'ils ne pertfissent point le gros de l'eau , et le vent qui estoit fort favorable , et enfin que ceux de La Rochelle ne pouvoient pas attendre davantage, qu'ils ne penrentse dispenser d'en faire au moins une espreuve.
De sorte qu'ils s'y préparèrent le 1 2 d'octobref et que, comme on les vist eh ceste disposition, ciiacin s'en alla au lieu qui luy estoit destiné : le cardinal de Richelieu à la digue, messieurs d'Angoulesme et de Schomberg à la pointe de Coureille, le maresdial de Bassompierre à la batterie de Chef-de-Baye, ettoos les autres officiers à leurs postes.
Le Roy mesme ne voulant pas qu'une telle journée, où il y alloit sy fort de son interest , et où tant de geos s'exposoient à la mort pour son service, se passast smi qu'il y eust part , fust partout pour voir ce qui s'y fcisoit, et pourvoir à ce qui en auroit besoin ; se pouTant dire avec vérité que jamais un sy grand prince n'espargna moins sa personne qu'il fist ce jour là, les coups de canon , dont les Anglois n'estoient pas cKclies, passant bien par dessus les lieux où il alloit.
Je ne puis pas aussy m'empescher de dire qu'il n y
SBCOUmS DE CÀSÀLy ETC. [1628] 111
eiisl jamais rien de plus beau à voir ; car la mer estant tonte couverte de vaisseaux , tant du Roy que deà ennemis, il y avoit encore sur la terre , outre toute Tarmëe, une sy grande quantité d*autres gens, et jusques à des femmes dans leurs carosses, pour regarder ce qui ^e feroit, que les plaines de Coureille et de Chef-de- Baye en estoient toutes remplies: et ce n'estoit pas sans raison y car si les Anglois eussent tenu parolle, et fait tous les efforts par mer dont ils s^étoient vantes , elles Panroient peu voir facilement et sans péril, leur canon ne pouvant pas aller jusques où elles estoient.
La marée commençant à estre haute sur les huit ou neuf heures du matin, les Anglois levèrent les roiles, et une de leurs ramberges, qui estoit à la teste, ^avança pour entrer dans le canal : mais comme ils ■voient des gens avec la sonde à la main pour scavoir fU y auroit assés d*eau , ils en trouvèrent sy peu dès Feutrée, que celuy qui la commandoit jugeant qu'il y M auroit encore moins plus avant, s*arresta tout court, ft renvoya dire au comte de Linsay.
■ Sur quoy il y eust de nouvelles contestations; car les Rochellois, qui vouloient qu'on hasardast tout pour SMayer de les sauver, leur représentant les promesses la roy de la Grand'Bretagne , Thonneur de leur naion, et l'avantage qu'ils en tireroient, La Rochelle se pouvant plus avoir d'autres maistres qu'eux, sousenoient tousjours qu'il n'y avoit qu'à aller, et que tout "^ie qu'ils voyoient ne les pourroit arrester avec le vent ' ni'ils avoient. Mais les Anglois, moins préoccupés, dirent tout au contraire qu'il seroit impossible de pas- ^wr, parceque les petits vaisseaux n'y feroient rien, et ■^joe les grands n'y pourroient pas aller sans toucher, et
I 12 [l6a8] SIEGE DE LA ROCHELLE,
estre ensuite coulés à fonds par les batteries des deux costés : c*est pourquoy, quelques raisons qu^on leur peust alléguer, ils ne voulurent jamais passer outre.
Ceux de La Rochelle, pendant cela, montrèrent de vouloir faire quelque chose de leur costé, ayatit ouvert leur port, lequel, outre la chaisne, estoit toosjoiin fermé par un vaisseau, et mis dehors un brûlot; mais comme ils avoient grand'peine à le faire a^^^ancer avec la marée et le vent contraii*e, on tira dessus tant de coups de canon de la batterie du fort d'Orléans, qu'il fust coulé à fonds ; et quant aux Anglois, après avoir demeuré encore quelque temps en présence, faisant semblant de vouloir avancer, ils se retirèrent enfin tout-à-fait, dès que la marée commença à manquer.
Le lendemain au matin , ils retournèrent au mesme lieu ; de sorte qu on croyoit qu'ils feroient ce jour là quelque chose de mieux : mais ils se contentèrent d'envoyer deux brûlots, estimant que s'ils les poavoient attacher à quelque vaisseau, qu'en les faisant suivre par dix ou douze autres qu'ils tenoient tous presls, l'armée en auroit sy grand peur que pour le sauver die abandonneroit le passage ; après quoy ils pourroientenvoyer leurs petits vaisseaux, et les faire entrer sans difficulté. Mais aussy tost que les deux brûlots furent un peu avancés, il partist une telle quantité de chaloupes pour les destourner, que ceux qui estoient dessus ayant peur, s'ils attendoient davantage, de ne se pouvoir pas retirer, y mirent le feu ; et montant sur des chaloupes, les abandonnèrent à la conduite du vent : de sorte que demeurant tous seuls, il fust fort aisé de les destourner et mettre hors du canal , où ayant échoué , ils hrusr lerent à la vue de tout le monde. Après quoy les An-
«ECOUnK DE CAiâl., RTC. [i6a8] II.)
gloÎE, sans faire aiitro chose, plièrent teurs voiles, et se retirèrent, ■
Pendant ce temps là il fut tir*; force coups de ranon de part et d'autre, qui ne tuèrent néanmoins (jne fort peu de gens, et du coste' du Hoy que quelque peu de simples soldats, et un gentil liuntme nommé des Friches, qu'un l)Oulet venant de La Roclielle, et qui fust le seul qui peost aller jusques à la batterie de Coureille où il estuit, choisit entre deux ou trois mille, et tout auprès de messieurs il'Angoulesnie et de Schomherg, et luy emporta la teste. On a dit aussy que les Anglois n y firent point de perte considérable.
Sy ces deux journées donnèrent grande assurance à l'armée du Koy et refroidirent fort les Anglois, iLs le forent encore plus par une tourmente qu'il y enst le lendemain , sy fuiieuse que, ne se pouvant tenir au lieu où ilscstuient, il leur falliist prendre le couvert de l'isle de Ré, et y demeurei- quelques jours; après lesqudi estant revenus, ils pensèrent, puisqu'ils ne pouvoient rien faire pour I.a Rochelle par la force, <|u'iU dévoient au moins s'entremettre de son accommodement, présupjiosant que By on les y recevoil, il ne paroistroit pas que le roy de la Grand'Bretagne Teust entièrement abandonnée, ny que leur voyage eost esté tout-.\-fait inutile.
Ils firent donc à reste (in demander un passeport pour M. de Montagu , celuy mesme qui avoit esté pris «n Lorraine; lequel luy ayant esté accordé, il offrist au nom de son roy de faire rendre La Rochelle, a condition de pardonner aux Rochelluis et à ceux qui les avoienl servis, comme messieura de Soubise, de Laval, et autre.s; de leur laisser tous leurs privilèges.
' Il4 [l6a8] SIEGE t>E LA EOCBBUJE,
avec li})eit^ de conscience; et de .permettre à quekpies Anglois qui estoient dans la ville de retourner en Angleterre.
A quoy le cardinal de Richelieu reqK>iidit que le Roy n*avoit point besoin de l'entremise du roj de la 6rand*Rrét^gne pour se faire obéir, par ses subjectSy auxquek il feroit tel traicteqjieDt qa*il vontnt bon estre ; et quant aux Anglois, qu'ils le t*ecevroieiit pareil à celuy qui' se feroit aux François en Angkterre, sans rien dire davantage.
Ce que M. de Montagu voyant, il demanda an moins du temps pour en aller avertir son roy, et une trêve de quinze jours entre les deux armées, parcequ'il lui falloit bien cela pour faire le voyage. Ce qui luy ayant esté accordé, le Roy Voulust qu'il fitf le tour de La Rochelle, et vist la circonvallation, la digue, la disposition des vaisseaux, et toutes les avlitschoses qui estoient tant sur la terre que sur la mer, afin qu'il peust mieux dire en Angleterre Testât oà on estoit, et comme on ne craignoit rien. D'autres Anglois y furent aussy avec luy, qui en demeurèrent estouià, et fort persuadés que la place ne se pouvoit secourir.
Or les Rochellois qui estoient dans Tarmée voyant les choses en cest estât, creurent qu'il leur serait meilleur de faire eux-mesmes leuf* traité que de s'en remettre aux Anglois : c'est pourquoy ils envoyèrent quatre desputés au cardinal de Richelieu, qui ne ck^ mandèrent que pardon et liberté de conscience, q«*il leur accorda sans difficulté.
Mais parceque sur ce mesme temps il eust avisqi^e les Rochellois, désespérant d'estre secourus et de pouvoir tenir plus longtemps, avoient aiissy nommé d»
SECouns BF CASAL, BTC. [i6a8] ii5
desputéspour le venir trouver, il ne voiilust pas que ceux de l'armée s'en retouinassent, i[ue les autres ne fassent arrivés, pour s'en servir en ras de licsoin, comme il fisti car estant entré en matière avec les desputésdela ville, et voyant que, quoy qu'il leur disl.ils vouloient tousjours qu'on comptast pour quelque chose le secours des Anglois, et qu'ils s'offroient de traiter ■ans eux, il creust ne leur pouvoir mieux prouver qu'il n'y avoit rien à prétendre de ce costé là qu'en leur faisant voir que ceux mesmes de l'armée ne s'y attendoient pas, et avoicnt recours à la lionté du Boy.
Il les fist donc venir devant eus; dont ils furent sy «tonnés, et de sçavoir ce qu'ils «voient dcsja fait, que JDgeant bien qu'il ne falloit plus marchander, ils s'en retournèrent le dire dans la ville, d'où estant revenus le leademain avec plein pouvoir, le traité fust bientost conclu.
De sorte que, le vingt-neuvième d'octobre, le Roy estant à Lalcu chez M. de Basson ipien-e, il sortitt douze desputés, qu'un capitaine du légiment des Gardes fost recevoir justpies auprès de la poite Neufve; avec lequel ayant cheminé quelque temps à pied, ils le prièrent de leur faire donner des chevaux , ne pouvant pins marcher tant ils estoient foibles ; dont ayant fait avertir le maresclial de Bassompierre , ({ui n'estoit pns loin de là, il leur en envoya aussytost; après quoy ectant arrivés auprès de luy, il les receust fort civilement, car il mist pied à teiTe comme eux ; puis estant remontes à cheval, il les mena chez le Boy.
A l'entrée du logis ils trouvèrent tout en armes, et le marquis de Brezé, capitaine des gardes, pour les recevoiret les mener au Koy. Le canlinal de Richelieu
1 l6 [1628] SIEGF DE LÀ ROCHELLE,
les attendist à la poile de la chambre, qui les présenta. Ils se mirent tous à genoux, ainsy que le doivent faire les desputés des villes; et l'avocat du Roy de La Rochelle fist une petite harangue pour demander pardon, tesmoigner leur repentir, et assurer de leur obéissance et fidélité pour l'avenir.
A quoy le Roy respondit qu'il prioit Dieu qu ik le dissent de bon cœur; qu*ils sçavoient bien quils avoient tousjours fait contre luy tout ce qu'ils avoient peu; mais quil leur pardonnoit, et leur promettoit, pourveii qu'ils n'y retournassent point, de ne s'ensoih venir jamais. M. d'HerbaudC»), secrétaire d'Estat, leust tout. haut le pardon, tel qu'il avoit esté concerté avec leurs desputés.
Devant que de s'en aller, ils firent des excuses de leur maire, qui n'estoit point venu parcequ'il ncsortoit point de la ville tant que son magistrat duroit,et qu'il y attendoît le Roy pour luy remettre les clefe entre les mains. A quoy le Roy ne respondit rien, mai^ commanda seulement qu'on les (ist disner, et qu'ils retournassent préparer toutes choses pour Tentrée des troupes, qui se fist le lendemain; messieurs d'Angoulesme et de Schomberg, suivis de messieurs de La Curée, de VignoUe, de Marillac, Du Hallier et deSainl- Chaumont, mareschaux de camp, y estant allés airec quatorze compagnies des Gardes et six des Suisse», lesquelles le Roy vist passer, faisant un commandement bien exprès qu'on n'y en laissast point entrer d'autres, pour éviter le désordre.
Il se trouva devant la porte quantité d'Iiommes et d<*
(0 M»^Htrhaud: Raymond Phcljrpeaux , soigneur d'HerbAoï. «^ «refaire d*État en i6ai, mounil en 1629.
SECOUAS DE CA8AL, ETC. [l6a8] 11^
femmes cjui, ayant esté quelques jours auparavant mis
* hors de la ville , mouroîenl de faim^ lesquels prirent
* ce temps là, et se jetterent à genoux devant le Roy, ^ aiin qu il leur fist donner du pain; comme il fust fait à ^ rheure mesme.
Messieurs d*Angoulesme et de Schombei^ furent re- *' ceus à rentrée de la ville parle maire , qui leur fist =^ une petite harangue; après laquelle luy ayant de- '' mandé les clefs, ils luy ordonnèrent, n'estant plils c' maire, de licencier ses gardes, et de se retirer en sa
^- maison.
~*i 11 fust aussy fait un ban que pei'sonne n*eust à quit-
K ter son rang ny entrer dans aucune maison, jusques à
ce qu'il fallust loger. Et le marquis de Fontenay alla
'Vau mesme temps, avec les régiments de Piémont et de
^r^Rambure, dans le fort de Tadon pour en pi*endre pos-
ssv- Le dernier jour du mois, le Roy iist le tour de la jmàville par le dehors; et voyant une infinité de gens sur €8 rempaits qui crioientW^e/^ ^^' ®^ le supplioient ie lem* faire donner du pain, il en (Ist porter dix ou ose mille pour les plus pauvres : ce qui fust conti- !;ï3<iué tous les jours jusques à son départ.
^jf' Au mesme temps l'église Sainte-Marguerite, qui ess^oit la seule qui avoit esté laissée aux catholiques desi)UÎ6 le changement de religion , fust nettoyée par les de rOratoire, qui y avoient esté establis longtemps auparavant, pour y pouvoir dire la messe le our de la Toussaint. Les logis pour toute la cour ayant •Vinssy esté faits, le cardinal de Richelieu y entra avec ont ce qui voulust y aller, et une grande abondance *^le vivres, tant de bœufs et de mQutons que de pain et
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de vin. Le maire se voulust' approcher de luy; mais il liiy commanda de se retirer dans son logis ^ et de nen point partir (0.
Environ cent Anglois qu'il y avoit ei^ tout fiirent mènes dans leur armée , ainsy qu*il avoit esté promis par le traité; et le chevalier de Saint-Simon en poiti la nouvelle aux Rejnes.
Le jour de la Toussaint , Téglise ayant estédeixm iftatin consacrée par Tarchevesque de Bordeaux, à cause qu'il y avoit eu quelques gens tues dedans, le cardinal de Richelieu y dist la messe , et ensuite farchevesque et tous les ecclésiastiques de la cour; pendant quoy les récolets, minimes, et autres religieux ausquels on avoit promis des places dans la ville pour s'y habituer, faisoient des processions.
L'après-disnée , le Roy y entra à cheval , le riment des Gardes et les Suisses estant en haye despuis la porte de Congne jusques à celle de Téglise. Les mousquetaires marchoient les premiers, puis les chevaux -légers et toute la cour en confusion , pour esviter les disputes pour les rangs. Messieurs d'Angoulesme, de Bassompierre et de Schomberg alloient en mesme ligne, comme généraux d'armée, et le cardinal de Richelieu derrière eux, tout seul; après quoy venoitle Roy, suivy de ses principaux officiers, de ses gardes, et de ses gens d'armes. Les officiers du presidial se trooverent sur le chemin; mais le maire n'y fust pas, le Roy ne le voulant pas voir. Il alla descendre à le*
(0 Et de n'en point partir : Ce récit dW témoin oculaire rcwi j bien peu vraisemblable ce que raconte Le Vaasor dans «on Hisi»ft 1 de Louis xiii, t. 3, p. 347* C'est d'ailleurs un écrÎTain cpi^on oesMi- i roit lire avec trop de précaution.
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glise Sainte-Marguerite, où l'attendoient le garde des sceaux avec tous ceux du conseil et les religieux, qui aidèrent à cbanter le Te Deum.
Le p«re SoulTran , confesseur du Ruy , fist ensuite une petite exhortation pour le convier, et toute l'assemblée, de remercier Dieu de la grande grâce qu'il luy venoit de faire, et à toute la France^ api'ès quoy, estant retourna couclier à I^leu parceque son logis o'estoit pas encore prest, il y revinst le lendemain, et y (îst la feste des Morts; et le jour d'après, l» proce>non du Saint-Sacrement.
Sur ce temps là, M. de Montagu arriva, qui futt bien estonné de trouver tant de bejongne faite sans luy, et qu'on ne l'eust pas attendu ; mais voyant qu'il n'y avoit point de remède, il s'en retourna à l'armée, et avec elle en Angleterre.
On ne peust pas s'imaginer une opiniastreté ny une ? patience plus grande que celle des Rocbellois, ayant souflert un siège de près de quinze mois, et enduré une telle nécessite, qu'il est cettain que la faim en tua plus de huit ou dix mille ; qu'il y eust quelques femmes qui niAngerent leurs enfans; qu'il falloit faire garderies cimetières, de peur qu'on n'allasl desterrer les morts pour les manger; que le prix des vivres y devint 6ur la fin sy excessif, qu'un mouton y estoit vendu trois cents livres, et une vaclie deux mille; et enfin que les mieux traités, à la réserve de cinquante ou soixante, ne mangeoient, asséï long-temps devant qu'ils se rendissent, que du cuir bouilli avec de l'eau et du vinaigre, et encore sy petitement, que celuy chez qui je logeai me monstra, dans une chose grande comme une palette à tirer du satig, sa poitîon d'un jour, <jui n'au-
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j-oit pas assuremeiit soffy pour le dëieaner d" uq peut enfiint, quand c'auroit esté la meilleure viande da moode et la plus nourrissante ; dont il estok ausij devenu sy foibley qu*tl ne pouvoit quasjr plus mardier ny se soustenir, et fust moit sans doutes pour peu que cela eust dure davantage.
Qr ces gens là ne s'estoient pas laissé réduire à de telles extrémités par le seul motif de la religion et de la liberté, mais aussj parceque le bon estai oâi ik peosoient estre par le moyen de leurs grandes foctificitionSy de leur union avec tous les huguenots de France, et principalement de Giiienne et de Languedoc, et des intelligences qu'ils avoient en Angleterre, en H0Ilande et en Allemagne, les avoit tellement enorgoeit lis, que ne reconnoissant le Roy qu autant qu*il leur plaisoit et leur toumoit à compte, ils Tavoient cnooit tellement offensé en donnant retraite à toos les mécontents, entrant dans toutes les factions, et se joignant avec tous ceux qui avoient voulu prendre ks armes contre luy et luy faire la gueiTe, qu'ils croyoieot impossible qu'il leur peust pardonner, et ne les ruinast entièrement quand il en auroit le pouvoir. Uaii comme le Roy n'estoit pas.de ceux qui n'ont ^ard ny à leurs promesses ny à leurs serments, et quil suitoit plustost l'exemple de ses prédécesseurs, qui, traîlant leurs subjects comme leura enfants, ne demandoient que d'en estie obéis, et faisoient gloire après cela d'en oublier toutes les offenses et les pardonner, aussy leur (ist-il bientost voir qu'ils le connoissoient mal, et qu'ils ne pouvoient jamais estre véritablement heoreox que dans leur devoir, y trouvant les mesmes libeità qu'auparavant pour la religion, et estant hors de tontes
ï£CUUIU DE CASAL, KTC. [lli'jH] I ;i l
les appréiiensions et les peines qu'ils se donnuient et (ju'oD leur donnoit, qui ce les laissoient eu repos ny nuit ny jour, et non plus dans la paix ,qne dans la guerre.
L'on ïist quelque échantillon de cela dans le voyage qu'y lirent messieurs de Crtfquy, de La ituchefoiicault, de Bassompierre, de Villeioy et de Fontenay en l'annëe i6ao, comme le Hoy alloit à Bordeaux ("1; car, bien que n'ayant avec eux que le peu de (!;ens dont on ne se sçauroit passer, et qu a cause de messieurs de Créquy et de La Hochefuucault, qu'ils consideroient particulièrement, celuy Ik comme );endre de M. d'Lsdîguieres, et celuy cy à cause que ses prédécesseurs s'estoient autrefois fort iti^^nalés dans leur party, ils les eussent fort Itien receus, le maire estant venu au devant d'eux à la porte de la ville, et les ayant fait loger et défrayer juM|ues au lendemain upiès disner, qu'ils en partirent ; sy eat-ce qu'ils nit les laissèrent jamais tous seuls, et que sy quelqu'un se séparoit de la troupe, il voyoit aussytust un Kocliellois après luy D pour l'observer, et regarder ce qu'il feroit et à qui il parlerait ; ayant mesme pose des corps de garde devant leurs Ic^is, dés qu'ils y furent enb'e's pour se coocImt.
Et ce n'estoit pas seulement de gens comme eux dont ils se délîoient, mais de toutes sortes d'estrangers; n'y en allant aucun qui ne fust obligé de dire d'uù il venoit, et pourquoy, et d'en partir dès que tes affaires estoient faîtes, ciaignant non seulement le dehors à cause du Roy et de beaucoup de catiioliques
10 j4 Bordtaux : H. de Fontuuaj a ilcii parlé Je en vui^aue Atus Il [>r«nii^ partie it «es Mtmoirri , naa» l'année ifiju