SIEGE DE LA ROCHELLE
qui les environnoient, mais encore- le dedans, à cause du petit peuple , qui estoit en perpétuelle contestation avec les plus grands pour avoir le dessus. De sorte qae leur vie, comparée avec tout ce qui se fait dans toutes les autres villes de France, se pouvoit véritablement dire très malheureuse; et au lieu de la liberté qu*ils clierclioient avec tant de passion , une fort grande servitude.
[1629] Par le traité fait avec les Rochellois, et une déclaration du Boy vérifiée au parlement le 1 5 janvier 1629, qui confirmoit le traité, le Roy leur pardonna la rébellion , et tout ce qu'ils avoient fait, tant dedans que dehors le royaume, despuis la descente des Anglois dans Tisle de 'Ré; les laissa eii liberté de conscience , et leur rendist toiis leurs biens meubles et immeubles. Et quant à ce qu'il vouloit à l'avenir estre observé dans la ville , tant à l'égard de la religion catholique que pour le gouvernement politique, il ordonna entre autres choses que le temple seroit gardé pour en faire l'église cathédrale de l'evesché, qu'il vouloit y establir; qu'on n'y souffriroit à l'avenir, pour s'y habituer, que des catholiques ; que toutes les fortifications, et mesmes les murailles, serolent rasées, sans se pouvoir jamais restablir, n'estant gardé que les deux tours, dans lesquelles il y a voit un capitaine et une garnison pour la seureté du port; cassa et annula tons les privilèges, franchises et libertés accordées cy devant à la ville et aux maires, eschevins et pairs, et particulièrement celuy de noblesse ; jugea la ville et les habitans taillables ; mais , en considération du commerce, les taxa à quatre mille livres par an ; unit à son domaine tout le revenu de la maison de ville , et def-
SECOURS DE CASAL, ETC. [iG^L)] I «3
fendit à tous les hiibitaDts «ravoir des armes, poudreu et munitions de gueire chez eux, ny d'en faire trafio sans permission.
Le Roy ayant destine les régiments du Plessis-PraslaJD, de Cliatelier-fierlot et de La Meilleraye, avec la compagnie de clievaux-ltfgers du marquis de La Fosseliere, pour y demeurer jusques à l'entière démolition des fortifications et murailles, il ordonna, pour oster à l'avenir tout subject de trouble, que madame et mademoiselle de Holian îroienl dans le cliadcau de Nioil ,
et Guiton, maire, à , sans en pouvoir sortiri et
en bannit à perpétuité les ministres ïjalbert, des Herbiers, et autres, principaux autlieurs de la rébellion. Puis, ayant envoyé M. de Saint-Cbaumont avec quatre compagnies du régiment des Gardes dans la citadelle de Ré pour la faiie desmolir, et M. de Toiras avec toute son armée en Auvergne pour se reposer et estre sur le cliemin de Casai, où il vouloit aller dès qu'il auroit esté quelques jours à Paris, il pailist enfin te i8 novembre, prenant son cbemin par Nostre-Dame des Andillieres('), pour remercier Dieuet la Vierge, sous la protection de laquelle ayant commencé son entreprise , U la vouloit aussy finir. Il aiTÎva à Paris le .... décembre. Les Reines allèrent au devant de luy jusques à Limours, et il trouva hors delà porte Saînt-Jacques plus de douze mille hommes en aimes, avec toute la magnilicence par les rues qui se [icust faire dans le peu de temps qu'on eust pour s'y préparer.
Le f^oy ayant donné part à tous les princes voisins de ces! bmreux succès, le Pape alla il pied en procession despuis l'église des Augustins jus(|ues à celle de
t') Par flfctlrr-Dame Jei AmUlliem ■ A Sauniur.
I!l4 [^^'^9] SAE^£ ^^ ^^ ROCHELLE,
Saint-Louis nationale de France, oii le Te Deum Im^I ctianté; et F Empereur fist M. de Quinçay, qui lui en porta la nouvelle, comte de TEmpire.
Mais elle ne fust pas receue de mesme sorte à Ma- ' drid , à cause des suites qu ils en prévoyoieot. M. de Bautru , qui y fust envoyé, ayant eu charge de parier aussy de TafTaire de Casai , oiTrist des conditions très raisonnables ; mais comme elles tendoient toutes à le conserver à M. de Mantoue, ou à le faire acheter sjr cher que le comte d*01ivarez n'en auroit pas tire tout Tavantage qu*il s*estoit promis, et qu'on veiTt>it tousjours un François au cœur de l'Italie (ce qu'il ne voulait point), il ne s'en (ist rien.
Or, parceque le secours de Casai et la réduction de M. de Rohan et des huguenots deGuienne et de Languedoc se firent immédiatement après la prise de Li Rochelle, et en furent les premiers et les principaux fruits, j'ay creu devoir encore dire icy tout ce que l'ai sceu de l'un et de l'autre, pour mettre ensemble ^ puisqu'elles se sont suivies de sy près, les actions les plus glorieuses et les plus utiles, tant à la religion et à l'Estat qu'à toute la chrétienté, que le Roy pouvoit faire , ayant par ce moyen destruit la faction des huguenots, qui estoit sy grande en France, et conserve' en liberté le Pape et tous les princes d'Italie, qui après la prise de Casai eussent peu esti-e opprimés.
Le Roy estant, comme j'ay desja dit, ainnvé à PariS) et Taffaire de Casai pressant, il falloit nécessairement y prendre une prompte résolution. La Reine mère ne vouloit point qu'on y allast, non seulement pour les raisons qu'elle en alléguoit, comme du danger où If Roy se niettroit de faire un si gi^and voyage, et passer
SErUUHS DE CASAL, BTC. [■(>'()] 1 .1 "i
par des pays si froids au cœur de l'hiver; qu'il devoil plus considtTCr M. dp .Savoye ([uc M, de Mantouf,
! de ses sœurs d.-ins sa maison, et li
uy i,oii-
vant estre plus utile; et que ce seroit niesine une grande témérité de se mettre au linsard d'avoir la guerre avec rEmpereur et le roy d'Espagne pendant qu'il l'avoit avec les Anglois et les huguenots, lesqueN n'estuient pas enrure sy bas qu'ils ne se peussent relever quand il seroit rontraitiL d'envoyer ses plus grandes forces au dehors, et que le roy de la Grand'- Bretagne feroil des diveisions dans quelques unes de ses provinces maritimes; mais aussy pour suivre les sentiments du cardinal de Beiulle et du garde des sceaux de Marillac, qui, voidanC qu'on luntinuast la guerre contre les huguenots pour les ruiner lout-â-fait, I sppi'cfhendoient exliemement une rupture avec les \ Espagnols, qui en euipesrlioroit; et luy en repré^ntant sans doute le dnnger par l'exemple de Henry-le- Grand, qui perdist en deux ans toute la frontière de Picardie, luy en faisoient ime grande peur; oh peutestre encore plus pour contredire au cardinal de Ri- I dtelien, qui l'affectoit particulièrement, et parcoqu'elle n'aimoil pa<, comme j'ay desja dit, M. de Mantoue, craignant qu'un si grand engagement oii le Rny se niettroit pour luy, et son eslevalion, ne !uy fist enfin consentir au mariage de Monsieur et de sa fille, contre lequel elle se déclaroit tousjours de plus en plus.
Or, hieti que cela n'esbranlast pas le Roy, il pouvait ntfanmoins beaucoup nuire, rendant le cardinal de Richelieu plus retenu à le conseiller, de peur que sy le succès ne respondoit pas aux apparences, tonte \» faiitt- n'en fust rcjettf'c sur luy ; dont Ir Rov s'estant en-
fin aperceu et en voulant sçavoir la raison , il luy disl: Que ce n^estoit pas qu'il ne vist bien la gloire que ce luy seroity sy, venant de prendre La Rodielle prol^ëe par les Anglois , il secouroit Casai attaqué par les Espagnols, et sy, après tant de traités par lesquels ils pensoient avoir fermé aux François les portes dltalie, il se les faisoit ouvrir pour maintenir un de ses aDiâ qu'on vouloit injustement opprimer, ny aussy qu'il ne lé creust possible , y allant avec une armée grande et victorieuse y et surprenant les ennemis qui ne s'y attendoient pas, le passage des montagnes ne devant point faire peur, puisque les histoires faisoient foy qu'ik avoient tousjours esté forcés, quelques gardes qu'on y eust mis, et mesme par de ses prédécesseui^s. Et pour ce qui estoit des Anglois et des huguenots , qa'il sçavoit bien que ceux là ne demandoiènt que la paix , le roy de la Grand'Bretagne ne voulant point assembler de parlement y sans quoy il ne pouvoit continuer la guerre; et pour les autres ^ qu il les tenoit tellement enfennés dans un des coins de son royaume, et eslongnâ de tout secours, que les seules forces de Guienne et de Languedoc seroient suffisantes pour les mettre à la raison. Mais parceque les choses de la guerre estoient sj incertaines et hasardeuses que les plus sagement eotitprises réussissoient quelquefois le plus mal, et-quesy cela arrivoit il y auroit beaucoup à craindre pour sx personne, se trouvant en un pays estranger, et tout environné d'ennemis; joint que sa santé estant préférable à tout, il appréhendoit encore de le voir aller en one sy mauvaise saison , et pour un voyage qui seroitplus pénible que celuy de La Rochelle, et où il ne faudroit peut-estre pas moins de patience (car, à luy diit k
tECODRS DE C*»*L, ETC. [1639] 117
vray, U vaufiroît mieux pour son honucur ne s'y |)as engager , que de se désister et de s'en revenir que tout ne fust achevé'), qu'il ne devoil pas craindre, quand il n'iroit point, qu'on y trouvast a redire, tels princes que luy n'ayant pas accoutumé de courir ainsy d'un des bouts du monde à l'autre, et mesmement sortant d'un grand Mege, et en liiver; qu'il ne faudroit que continuer la n^gocialion commencée pendant qu'on estoit à La RocLelle, oc faLsant nul doute que les Espagnols ne s'y monstrassent plus raisonnables qu'en ce tempsJà, le voyant en liberté d'aller à eux, et de porter la guerre en Italie.
A quoy ce grand Roy, tousjours désireux d'acquérir de la gloire quand il en trouvoit l'occasion, luy respondit aussytosl qu'il s'estonnoit fort de l'entendre parler de la sorte, puisqu'il ne luy avoit jamnîs vcu man~ quer à ce qu'il devoît l'aire , quelque difUcile qu'il fust ; et partant, qu'il priiparast diligemment tout ce qui seroit nécessaire pour œla , et s'a&surast qu'il îroit , et i'eroit tout ce qu'il fnudroit.
Mais le cardinal, n'estant pas encore content, vonlust i>our plus grande seureLé qu'il y pensast davantage, et l'en pressa sy foil qu'il prist enfm trois jours pour le faiie, au bout des(|uels le cardinal estant retourné et ne le trouvant point changé, il ne se parla plus que du voyage, sans que la Reine mère osad. s'y opposer.
Ceste résolution pleust infiniment à beaucoup do gens qui supportoient impatiemment l'injustice qu'on Touloit faire à M. de Mantoue, qui estoit François; joint que l'émulation (|ui se trouve ordinairement en- Ire des puissances égales, et qui contestent pour l'em-
X!l8 [^^^9] SIBGK DE LÀ ROCHELLE,
pire, ayant esté qudque temps comme renfetmée, et presque sans oser se montrer du costë de la Franoey k cause de la minorité du Roy et de la défiance qa'on aVoit des huguenots , qui sembloi^it n'attendre qu*iiie guerre estrangere pour en profiter, ainsy qu*ik en avoient donné quelques marques pendant le âege (f Amiens et le voyage de Savoye, quoyqae sons an roj sy redouté; ceste émulation, dis-je, estoit derenoe sj grande/ despuis la liberté où on croyoit estre par b prise de La Rochdle, de faire tout ce qu'on Toudrok, qu'on ne pouvoit souffrir un plus grand estahUssemeiit des Espagnols en Italie , ny mesme les progrès de FEiih pereur en Allemagne; de sorte que, sans regarder que cela pourroit engendrer de nouvelles guerres, on vooloit que le Roy s^ opposast.
Mais ce qui le causa bien davantage fîist lliaHieiir des ministres de France et d'Espagne, le cardinal àt Richelieu et le comte d'Olivarez; car estant tons deux démesurément ambitieux et désireux de gloire, ils cherchoient tellement à s'avantager Fun snr Faiilre, par la hauteur de leurs actions et les fruits que knn maîstres en recevroient, que dès que le comte dYMifi* rez fust assuré, comme j*ay desja dit, que le cardiBsl prendroit La Rochelle (ce qui rendroit le Roy abioh dans son Estât), il voulust aussy, quoyque contre toute justice, prendre Casai, qui auroit peu i*endre le roy crEspagne maistre de Fltalie.
Et leur ambition, qui n'avoit point de bornes, n'ayant peu estre ny refroidie ni contentée par les deux secours de Casai, leur fist porter les choses sjr avant dans les années suivantes (le comte cFOlivaro fomentant les divisions de la maison royale , recevist
tscovas DE ciSAL, ETC. [^ttia^] 139
la Heine mère k Bruxelles, et puis Monsieur, et tuy baillant des troupes pour aller en Languedoc faiie la gueiTe ; et le cardinal de Richelieu gardant Pignciol, et donnantdu secours aux Ilollandois et aux Sue'dois), que, ne pouvant plus deuieurer dans les voyes indil'ectes, ils en vinrent à la fin à une guerre ouverte.
fia reste, sur le seul bruit du parlement du Roy, M. de Savoye pensa à réparer ce qui luy manquoit, donnant furce commissions, et Tortifiant un dfftroit de montagnes auprès de Suse, par lequel il fiiUoit nécessairement passer; et le comte d'Olivarez de son coaté, pour essayer de l'arresler et l'endormir sur l'espéranfc d'une négociation, montra en mesme temps à messieurs de Fargy, amba^adeur du Roy, et de Bautru , grande envie d'accommoder les choses à l'amiable. Mais comme ils sçavoient qu'il s'estoit trop assurément promis l'acquisition de Casai toute franche, et sans rien donner, pour eu pouvoir esUe sy tost détrompé; et que n'estant pas aussy accoutumé à voir des roys faire de sy longs voyages, et aller partout où la nécessité de leurs affaires les appeloit, les roys d'FIsuagne ne partant jamais de Madrid, il ne parloit de celuy du Roy que comme d'une raillerie, et dont on I pensoit respouvanler ; ils jugèrent bien qu'il ne s'y falloit pas attendre, et n'y respondirent rien.
Ce qui demeura en cest estât jusques k ce qu'ayant sceu le Roy véritablement party, et marcher en difrgence, il commença à craindre, et leur fist dire positivement que le roy d'Espagne pourroit consentir à l'un des deux partis proposés, le despost ou le rasement des fortifications; présupposant que s'il pouvoît engager une négocrntion, il faudroit que le Roy s'ar-
l3o '[^^^9] SIEGE DE LA ROGBKXBy
restast, et qu'elle se pourrait aisément pttdonger jusqaes à la cheute de Casai. Mais M. de Baatra, qui avoit desja pris congé , jugeant fort sagement qa*0D départ sy prompt comme celuy du Roy, et avec une sy grande armée, ne pouvoit pas s'estre fait sans qodque grande raison , et pour n'avoir que les meanes conditions qu'auparavant, ne laissa pas de s'en alkr, et le manda seulement par un courier au cardinal de Richelieu, qui , voyant les choses sy bien acheminées, eust une grande joie de le sçavoir party, sans s*etfre engagé à rien.
Dans ce mesme temps, M. de Savoy e, suivant le style du comte d'Olivarez, envoya le prince de Piémont au devant du Roy, se figurant que sa préseoce d les grandes raisons qu'il allégueroit seroient capaUo de l'arrester, et de l'obliger à mettre l'afiaire en négociation^
Il trouva le Roy vers Lyon, et luy réprésenta l'etfat dé Casai; qu'il faisoit fort mauvais, le temps qull hj falloit pour y aller, les incommodité qu'il recefrok dans le voyage, le danger qu'il ne fiist rendu défaut qu'il y peust estre , et la peine où il seroit après oek, parceque les Espagnols en deviendroient indubilafakment sy fiers que, ne voulant plus entendre parier de traité, il ne luy resteroit point d'autre voie pour es sortir que de faire la guerre dans l'Estat de Milan, oà il auroit assurément de grands desavantages. Mais qw si , sans se donner tant de peines ny se mettre en toos ces hasards, il vouloit s'arrester, et, suivant les pitipositions desja faites, luy dire ce qu'il aimeroit le mieux d'un despost ou du rasement des fortifications, qall iroit en diligence en avertir M. de Savoye, qui Je fe-
SECOD» DE CASAL, ETC. [1629] |3l
roh ÎDdnbîtablement agréer aa gouverDeur de Milan , toutes choses estant encore en leur entier, et la imputation des Espagnols à couvert; ne devant puiot entrer en doute pour la sienne, puisqu'il cstoit certain que tout ce qu'auroit M. de Mantoue, il le tiendrait de luy.
Le prince de Pic'mont fust mieux receu <jue ses propositions, le Roy n'y ayant respondu autre cbose sinon ,qn*il estait party pour secourir Casai, et le vouloit &ire à quelque prix que ce fust, ne demandant à M. de Savoye que le passage par ses terres, sans luy faire aucun tort, ny qu'on piist rien qu'eu payant; que s'il «n iaisoit retirer les I^spagnols, et y mettoit autant de vivres qu'il en estoît besoin devant qu'il y peust estre, I il s'arresleroit aussytost qu'il en serait assure', n'estant venu que pour cela : mais que comme il ne <^erfiioit point la guerre, aussy ne la fuyoit-il pas, et flu'il croyoit que les Espagnols avoieot autant de raisons d'appréhender de le voir en Italie que luy de se donner la peine d'y aller.
Le prince de Piémont n'ayant peu tirer d'autre tesponce, quoyqu'il alléguast plusieurs raisons , et ^'Fejiemple mesme de Pavîe, il demanda permission de Taller dire à M. de Savoye, promettant de retourner aostytost qu'il l'auroit veu. Mais, au Heu de cela, il envoya le comte de Verrue, lequel ayant trouvé le Roy au pied du mont (îenevre, fust mené au cardinal de Kichelieu, auquel il dit que M. de Savoye venoît à Suse pour rendre ses devoirs au Roy, et ne soutTrir pat ao'il entrast dans son pays sans que luy-mesuie luy en ouvrist les portes; et force autres beaux complimeos, d^M}uels le cardinal ne se payant pas, il voulut sçavoir au vray sa résolution, et ce qu'on en devoit attendre.
l3s [^^^9] ^^^^^ DE LA HOCHBiXS^
Sûr quoy il lay dist enfin que puisque M. de Sa^ voye estait tout prest d obëir au Roy sans regarder ce qu'en pourroient dire les Espagnols, il croymt wasj bien raisonnable qu'illuy donnast la mesmepartqaili faisoient dans le Montferrat. Mais le cardinal reqpoDdit que ce n'estoit pas chose pareille, parceqne les Espagnols, qui ne cherchoient qu'à despouiller M. de Mantoue de tout ce qu'il avoit , faisoient bon mardié à ceux qui leur pouvoient aider de ce qui ne les accommodoit pas ; mais que le Roy allant pour le maintenir, il ne pouvoil avec honneur lui en rien retrancher. Que bien estoit-il vray que sy, quand M. de Manloiie seroit en paisible possession de tout ce qui luy appar* tenoit, M. de Savoye se trouvoit bien fondé dans quelqu'une de ses prétentions, il de voit s'assurer qnll luy en seroit fait raison, et qu'il connoistroit de qodle sorte le Roy le considéroit , et combien ses intérests hj estoient chers : ce que le comte de Verrue retoama dire au duc.
Cependant l'armée ayant tousjours marché, od se trouva enfin à la veue des barricades. Il y en avoittnns ensuite l'une de l'autre , dans des endroits fort estroits, qui sont à Tentrée du Piémont et au dessous da foft de Gélase; deux mille hommes les gardoient,lesqoels M. de Savoye y avoit envoyés dès qu'il sceust le Roj en chemin , ayant estimé superflu d'y en mettre davantage , parceque ne s'imaginant pas que le Roy, comme il estoit encore en guerre avec les huguenots et les Adglois, en osast entreprendre une nouvelle, il n'afoit pas seulement pensé qu'il pourroit estre arresté par le prince de Piémont et par les propositions qu'il luy feroit ; mais qu'il seroit ravi d'en trouver un booneste
SBCOUKS OU dtAl-, LTC. [t(jllf] iSi
prétexte. Ce qui n'ayant pas réussy comme il croyoït, il y faisoit aller le reste de ses troupes; mais elles n'y peurent pas arriver aiinis tosl.
Or le cardinal de Richelieu estant allé sur ce temps là , avec les marescliaux de Cr^uy, de Bassompierre et de Scbomberg, à la teste de l'armée, ils re'soluieot que sans retardement on attaquôroit les barricades, quoyqu'elles lussent très Ibrtes, y ayant à chacune un rempart fort <?pais et un fort grand fossé, pour ne donner pas loisir à M. de .Savoye d'y faire travailler davantage, ny d'y avoir plus de gens; et ce qui estoit encore jdus important, parceque la place n'estoit pas tenable, tant à cause de l'incommodité des logements et jpi'il y falloit coucher à découvert et sur la neige, que parceque s'il fust venu du mauvais temps, aînsy qu'il Bst quelques jours après, on y eust esté en grand péril, et qu'on y auroit aussy peu manquer de vivres. C'est pourquoy, disposant toutes choses pour l'attaque, ils ordonnèrent que les Gai-des françoises et suisses au- 4X>ieot la pointe, et seroient soutenues par les régiments de Piémont, Navarre et Champagne.
. Mais les capitaines du régiment de Sault, lesquels, Staot de Dauphiné, avoient force gens qui sçavoient «ravir dans les montagnes, ayant dit au comte de Sault ^ue sy on luy vouloit permettre de monter au haut de {a montagne, ils se faisuient fotl de gagner le dessus ^es barricades, et, prenant les ennemis par derrière, fVDtlre t'attaque non seulement plus aisée, mais indu- Bjtable; il fust aussytust le dire au cardinal et aux ^arescbaux, qui l'approuvant fort, aussy bien que le ^oy, l'ordie luy en fust donné.
Les choses estant ainsy disposées, le comte de Siuilt
l34 ['^9] SIEGE DB LA mOCHBLUB,
partist le soir^ avec ordre d'estre à la pointe do jour au haut de la montagne, Fattaque se devant fidre à ceste heure là. Mais devant que de rien commenoori M. de Comminges fust envoyé aux barricades denander passage, à celuy qui y commandoit, pour leRoj et pour son année, comme amy, et qui ixttendoit ce soir là aller coucher à Suse. A quoy le comte de Terrue, qui s*y trouva, respondit que la compagnie ertoh un peu bien grande pour venir comme amy ; toutefob qu'il eust un peu de patience , et qu'il alloit en avertir M. de Savoye, qui estoit à Suse : ajoutant d'un ta moins eslevé, mais qui pouvoit néanmoins estre entendu, qu'ils sçauroient bien deflendre leurs barricades, et qu'on n'auroit pas affaire aux Ânglois. Mail M. de Comminges dit qu'il n'avoit point d'adiré diarge que de dire que le Roy estoit là, et demandoit à passer; et que sy on l'en vouloit empescber, il feroit bien voir que les François ne mettoient nulle dife> rence entre les Piémontois et les Anglois , et ne s^airesteroient pas pour eux, non plus que pour toutes lestatrès nations du monde.
Dès que M. de Comminges fiist revenu , la pointe du jour paroissant et le Roy estant arrivé, toutes ks troupes marchèrent dans l'ordre qui leur estoit donn^. A l'abord, les Piémontois firent bonne mine et tirèrent les premiers, faisant un fort grand feu ; mais le conte de Sault, qui estoit desja au dessus d'eux et les vojoit par derrière, ayant aussy fait sa descharge, il leur prist une telle espouvante, que non seulement ceux de la première barricade, mais de la seconde et de la troisième; quittèrent la place, et portèrent l'effroy jusques dans Suse, d'où tout ce qui y estoit s'enfuit aussy bien qa'enz.
5ECOUBS UF. cAsAt, ETC. [i6aj] i3j
De sorte que sy, tans s'amuser à se loger et s'a.ssurer des barricades, on les eust suivis, le désordre y estuit sy grand, que M. de Savoye ny le prince de Piémont ne s'en fussent peut-estre pas sauvés, ayant bien eu de la peine à se défaire de trente ou quarante clievaux qui, s'estant glissés par le costé des barricades, les coururent jusques auprès de Veillanne. Pas un de ceux du Roy n'y furent tués, et fort peu des ennemis, tant îb partirent de bonne beure et faent diligence; mais on priiit quelques olficici's, qui aimèrent mieux demeurer que de fuir, et liuit ou neuf drapeaux.
Ayant esté ensuite résolu qu'on iroit à Suse pour s'en rendre maislre, parcequ'il est sur les deux principaux passages qui vont du Daupbiné et de la Savoye en Piémont, par le moni Genevre et par le mont Cenîs, tontes les troupes s'y acheminèrent, faisant en passant sommer les forts de Uélase et de Jaillon , lesquels, quoyque de très difficile accès, furent abandonnés de ceux qui y cstoient, qui se retirèrent dans les montagnes. La ville de Suse fust emportée avec la mesme facilité; mais parcequ'il falloit encore prendre la citadelle, qui pouvoil donner plus de peine, estant toute sur le roc, M. de Créquy y laissant la pluspart de l'armée, s'en alla avec deux ou trois mille hommes seulement à fioussoleins pour y faire leste à M. de Savoye, qui s'estoit arreslé a Veillanne avec tout ce qu'il avoit peu ramasser. Mais comme on sçavoit bien l'avantage que ce seroit de ne l'avoir pas contraire, le Boy luy envoya dès le lendemain M. de .Senneterre, lequel ayant esté à Turin avec M. le comte, avoit souvent traité avec luy |>our luy repré.si^nler de nouveau toutes les rhoscs qu'on luy avoit desja fait dire, et cf-
l36 [1629] SIEGC DE LA ROCHELLE,
sayer de le disposer à donner de bonne volooté cequll ne pouiToit pas empescher par la force , rassurant que le Roy auroit un desplaisir extrême s'il falloit qu'il employast encore une fois ses armes contre luy, d quil seroit impossible après cela que le fort de la guerre ne tombast sur ses Estats : ce que M. de Savoye, qui sçavoit fort bien dissimuler ses sentiments quand 3 en estoit temps , receust avec tous les tesmoignages de respect et d'obligation qu'il se pouvoit; et faisant de nécessité vertu , envoya à l'heure mesme le prince de Piémont à Chaumont^ où le Roy estoit encore , qui fist le traité qui s'ensuit :
Que M. de Savoye seroit obligé de donner passage par ses terres à l'armée du Roy qui iroit au Montfeirat; luy fournir de vivres , tant pour y aller que pour revenir, et tout ce qui seroit nécessaire pour le ravitaillement de Casai, donnant autant de vivres qu*0Q en voudroit, en les payant au prix des trois damiers marchés. De donner à l'avenir libre et assuré passage à tout ce que le Roy y voudroit envoyer par quelque endroit de ses pays que ce peust estre, et particulieitment pour tel nombre de gens de guerre qui seroit nécessaire pour la seureté de Casai et du Montfeirat en cas qu'il fust attaqué, ou qu'on creust qu'il le deust estre : pour assurance de quoy il feroit à l'heure mesme remettre la citadelle de Suse et le chasteau de Saint- François entre les mains du Roy pour y mettre une garnison de Suisses, et telle personne d'entre eux qu'il luy plairoit pour y commander; lequel pourtant feroit serment à M. de Savoye de lui rendre la citadelle et le chasteau aussytost que toutes les choses promises par le présent traité seroient exécutées : moyennant quoy
SECOURS DE CASÀLy ETC. [iG^IQ] l^^
le Roy promettoit à M. de Savoye de luy faire laisser en propriété par M. de Mantoue^ pour tous les droits qu^il pouvoit prétendre sur le Montferrat^ la ville de Trin, et quinze mille escus d'or de rente de la mesme nature et qualité ; qu on luy en a voit des) a offert douze, . Sa Majesté consentant que jusques à ce que toutes les i choses promises par le présent traité fussent effectuées, : M. de Savoye retinst tout ce qu'il avoit pris dans le : Montferraty et qu'il ne le rendist au duc de Mantoue equ'au mesme temps qu'on luy restitueroit la citadelle ;:de Suse et le chasteau de Saint-François; laissant toutefois à M. de Mantoue tout le rest^ du revenu qu'il y ^aufoit dans ce qu'il tiendroit du Montferrat, au dessus i^des quinze mille escus de rente q^' on luy promettoit. JEt d'autant que le Boy avoit une armée du costé de JXice qui pouvoit lors estre entrée dans les Estats de «M. de Savoye, il promettoit de l'en faire sortir; et sy .elle avoit pris quelque chose, de le faire rendre et res- :ablir comme il estoit auparavant; promettant en outre Sa Majesté de deffendre M. de Savoye et ses Estats H>iitre qui que ce fust qui , pour raison du présent raité ou autre prétexte, les voudroit attaquer. Il fust lussy arresté qu'ils feroient une ligue avec le Pape, es Vénitiens et tous les autres princes d'Italie qui y roudroient entrer, pour la liberté d'Italie.
JVIais comme le prince de Piémont ne faisoit ce traité |ii'avec la pailicipation des Espagnols et de leur bon Zréf aussy luy donnerent-ils pouvoir de faire le leur, estimant moins honteux, puisqu'ils ne pouvoient pas ^mpescher le Roy d'aller à Casai, de s'en retirer par one négociation que par la force; et voulant aussy, k
quelque prix que ce fust, le renvoyer promptement de t
là les moDts, de peur que se voyant sy près de l'Estal de Milan y et avec une sy puiasante armëe, il neluy vinst envie de les prendre an desponrvea , et lorsqnlb n*estoient pas en estât de luy râister, croyant qne de semblables v<^ages ne s'entreprendroient pas tons les jours; mais que s'il le faisoit, ayant eu du temps pour s'y préparer, ik n'auroient pas les mesmes aj^irâifliisions qu'ils avoient alors, et pourroient pent-ertre bîcD attaquer Casai de force et l'avoir pris, devant qn'il j peust revenir.
Que sy les Espagnols desiroient 9f fort de renvoyer le Roy, il n'avoit pas aussy moins d'envye de s'en i«* tourner pour finir vistement avec les hoguenols; car pour la paix d'Angleterre, die se traitoit parles anbv* sadeurs de Venise, et on en estoit deqa comme assort afin que sy les Espagnols ou M. de Savoye n'dMffvoient pas leurs promesses, il y peust retourner assa tost et assez puissamment pour réparer dans un secosii voyage ce qui auroit manqué au premi^, pnisqDH n'auroit plus que cela à faire. Il fust donc arresté, pcff oster tout subject au Roy de passer outre, que M. de Savoye feroit sçavoir à don Gonçalès que, sur la connQissance qu'il avoit donnée au Roy que l'intention do roy d'Espagne n'avoit jamais esté de despouiller M. de | Mantoue de ses Estais, et qu'il estoit content que ses gens se retirassent de devant Casai, de laisser M. de Mantoue libre possesseur de tous ses Estais de Mantooe et de Moniferrat, et mesme de procurer que ^Emp^ i reur luy en donnasi l'investiture dans un mois, poorveu qu'on mist pendant ce temps là dans Nice-de^b- Paille des Suisses de ceux qui servoieni M. de Savoje, avec un commissaire impérial , lequel dedareroît b
SECouB* BB cktth, ETC. [lOagJ l3()
tenir et garder au nom de l'Empereur, à condition toutesfots d'en sortir au bout dudit mois, et de la restituer à M. de Mantoue ou à celuy qui iroit de & pail, &oît que l'invesLilure fust venue ou non ; que le Roy avoit consenty au susdit dépost, et assuroit aussy n'avoir eu aucune intention d'attaquer les Estats du roy d'Espagne son bean-frere, avec lequel il vouloit tousjours entretenir une bonne amitié et mutuelle correspondance, don Gonçaiès en devant faire venir dans sis semaines la ratiTication du roy d'Espagne.
Après quoy on ajouta au trait*! de M. de Savoye qu'il feroit fournir dans le quinzième du présent mois mille charges de bled et cinq cents charges de vîn pour Casai ; que les villes d'Albe et de Moncalve, bien que non q>ecîCées dans les articles précédents, ne seroient pas néanmoins comprises dans l'estimation des quinze mille escus d'or de rente qui dévoient estre donnés avec Trin à M. de Savoye; mais qu'elles seroient restituée» h M. de Manloue, au mesme temps que la citadelle de Suse à M. de Savoye. Et qu'en cas que don Gonçaiès on les Espagnols contrevinssent directement ou indirectement à tout ce qui avoit esté arresté par le présent traité, M. de Savoye donncroit libre passage par ses Estats aux troupes que le Roy voudroit envoyer dans le Montferrat, et leur fourniroit les esta pcs nécessaires aux despends du Boy. Fait te unzieme mars 1639; et signé AnM^nn, cardinal de Richelieu; et ViCTOR- Amédée.
Ce qui ayant esté dès le lendemain ratifié par M. de Savoye, la citadelle de Susc elle fort deSaint-Françoïi furent mis entre les mains du Roy , qui y fîst entrer le capitaine Reding avec sa compagnie des Gardes miiases,
l4o [^^^9] SIEGP. DE LA. ROCHSLLE,
aux conditions du traité , et partist aussy tost après de Cbaumont pour aller coucher à Suse.
Béâfùcoup de gens s'estonnerent du peu de difficulté que fist M. de Savoye de donner ces deux places^ se persuadant qu'estant assés fortes, elles n^eussent peatestre pas esté prises devant que Casai , qui estoit lors aux abois y se fust rendu; après quoy les Espagnols estant libres^ Fauroient peu joindre, et luy aider à les secourir, ou du moins à disputer sy long-^emps Tentrëe de la plaine du Piémont, et donner tant d'incommodités au Roy et à son armée , les tenant enfermés dans les montagnes, qu'il auroit peu s'en lasser, et soo armée se défaire : ce qui luy eust conservé toute ceste partie du Montferrat que les Espagnols luy laissoient prendre, qui estoit bien autre que celle que le Roy luj faisoit donner.
Ce qu'il ne faut pas douter qu'il ne vist bien aussjr; mais comme il estoit fort sage et avisé, il regardoit plus loin, ne voulant pas, pour faire mal au Roy et à M. de Mantoue, se mettre en péril d'en recevoir plus qu'eux, ny, pour avoir une plus grande partie du Montferrat, hasarder tout le Piémont; estant très certain qu'en ne s'accommodant pas avec le Roy, il falloit de toute nécessité ou qu'il defist son armée (ce qail scavoit bien n'estre pas aisé , estant plus forte que celle des Espagnols et la sienne jointes ensemble, et plus aguerrie), ou que le Piémont devinst, comme on luy avoit dit, le théastre de la guerre, et se vist tmt au moins pillé d'amis et d'ennemis. Joint qu'afTedâDt particulièrement de tenir une balance égale entre les deui couronnes , comme tirant de là sa principale grandeur et la considération où il estoit dans le monde , il ?ou*
SECOOIS DE CASAL, ETC. [l6ay] l/|l
last peut^estre prendre une voye qui , snns donner plus d'avanlage à l'une qu'à l'autre (car Casai ne se prenoit point, et le Roy retournoît en France), l'assurait de Trin, avec quinze mille escua d'or de rente dans le Monlferrat, qu'il estimoit plus, puisque c'estoit M. de Mantoue niesme qui les donnoit, et par l'entremise du Roy qui le piotegeoit, que tout ce que luy laissèrent les Espagnols, qui luy pourroil tousjours estre contest^j ou , s'il vouloit donner quelque cliuse à ses res- •eatiraents, et se venger de l'alTront qu'il venoit de reflefOtr(à quoy il y a bien autant d'apparence), qu'il Croyoit le pouvoir mieux taire en ceste façon et sans rien hasarder, soit parcequ'il pourroit faire apporter tant de longueurs et de diflicultes à l'exécution du traite, que l'anne'e du Roy se pouiToit ruiner; ou parcequ'en s'en allant, les Espagnols et luy profitant du temps et recevant les secours qu'ils attendoient d'Allemagne, ils pourroient avec plus d'avantage recommencer la guerre, ainsy qu'en elTet ik fùent l'année suivante.
Quelques jours après la signature du traité, Madflme Tint voir le Roy, qui luy fist toute la bonne réception possible dans le lieu où il estoit, ayant envoyé le marescbaldeBassompierre au devant d'elle, avec quantité de gens de la cour, jusques auprès de Veillannc; le marescbal de Créquy à la teste de vingt-clmj uu trente cornettes de cavalleric, par delà Buussuleinsj et estant allé luy-mesme à dcmy lieue de Susc. Elle estoit dans une litière de velours cramoisy dessus et dessous, et toute en broderie d'or, très ricbement parée, et vestue et coilTée à la françoîse , ainsy qu'elle avoit accoutumé. Le prince de Pic'moni marclioit à clicval à coslé d'elle.
Dès qu'elle vist le Roy , elle detcendist de sa lîdcre, comme luy de cheval ; et courant à luy, le prist par ki genoux y les embrassant, et luy demandant pennniîoii de baiser ses mains victorieuses. Mais le Roy Tayantà rbeure mesme relevée , et baisée avec les plos grandi tesmoignages d'affection qu'il peust^ die luy diit esom qu'il estoit vf remply de gloire, qu'elle ne sçavoil ff elle oseroit seulement le regarder ; mais qa*eUe l'anroit qu'après l'avoir veu, elle ne se soucieroit plus fk mourir. Sur quoy le Roy l'ayant de nouveau embranéei il luy protesta qu'il n'avoit jamais eu tant de joie qn'cn la voyant , et plus sans comparaison que de tout œ qu'il avoit fait.
Ensuite de cela le prince de Piémont salua le Roj ; et après s'estre un peu entretenus, Madame remoali dans sa litière, et le Roy à cbeval, se tenant toa^oaii à la portière, et luy parlant jusques à ce qu'il fiMta^ rivé où estoit l'armée, qu'il avoit fait venir toute eatîere au devant d'elle , et mettre en bataille le loag éi chemin.
Il mena le prince de Piémont par tous les escadroai et les bataillons, les uns après les autres^ lequel le admira, et le pouvoit faire en effet, et sans flattcriei car il n'y avoit rien de plus beau. Quant on fust à Sme» le Roy conduisit Madame au chasteau, où elle loges, n'ayant pris, quand il arriva, qu'une maison paiti* cuKere.
Or ce n'estoit pas sans raison que Madame temuâgnoit tant de joye de voir le Roy en ce pays-là, bîco que ce fust aux despens de la réputation de son beaapere et de son mary , et qu'ils eussent esté fort httmilié^ ne pouvant plus dire comme auparavant qu'ils tenoKD^
SEC0UK9 DB CA9AL, ITC. [l6ag] l^'i
les cleËt de l'Italie dans leuis mains, pour n'y laisser eotrer que ceux qu'il leur plairoît; car ayant esté fort peu considérée despuis qu'ils s'estoient rangés du costë des Espagnols, pour leur mieux persuader sans doute que c'esloit tout de bon, elle se voy oit, despuis l'arrivée du Roy , revenue en son premier estai, M. de Savoye jugeant bien, quoyqu'il fust encore Espagnol dans le cœur, que les clioses pourroienl n'aller pas comme il s'estoit imaginé, et qu'il falloit changer de conduite. Aquoy il fust encore après cela bien plus obligé; car Madame se sceust sy bien servir, pendant qu'elle tust auprès du ituy, des avantages que son grand esprit luy donnoit, que l'ayant tout-à-fait gagné, il ne voulust point partir sans faire entendre à M. de Savoye les sentiments qu'il avoit pour elle , et la part qu'il prendroit à tous ses interests.
Au reste, quand ce vint à fournir Casai de tout ce qu'il avoit besoin, ainsy que M. de Savoye s'y estoit obligé par le traité, il n'y eusl point de clûcanerie que ses oiEciers ne lissent, ny de retardements qu'ils n'apportassent, puui- en rendre l'exécution plus longue ou tnesme impossible, estant nécessaire de recourir à luy sur les moindres difEcultés pour avoir de nouveaux ordres; et jusques là que le Roy en estant ennuyé, fust tout prest, non de s'en retourner, laissant la chose imparfaite, comme vraysemblablement on pretendoît l'y obliger, mais d'aller luy mesme sur les lieux pour le faire exécuter. Ce que les Espagnols ayant sceu et appréhendé, M. de Savoye tint enliu sa parole, et donna tout ce qu'on luy demandoit ; après quoy il fnst à Suse, oii on le receust à l'ordinaire, c'est-à-dire le Roy estant sorty du costé qu'il devoit venir, comme pour
l44 [^^^9] S'B^^ '^K ^^ ROCHELLE 9
aller à la chasse; et luy , dès qu'il le peust voir, quii^ tant son chemin , et allant droit à luy .
Lorsqu'il en fust à quarante ou cinquante pas, il mist pied à terre ; et le Roy, quand il le vist fort prodie. La mine de tous les deux costés fust fort bonne; car comme M.. de Savoy e estoit bien maistre de son espiit et se sçavoit accommoder au temps, aussy fist-il de grandes humiliations , et ne manqua pas de flatter le Roy sur toutes les choses qu il avoit faites. Ce que le Roy, qui avoit son compte, luy rendist abondamment, tesmoignant une grande estime de sa personne, et beaucoup d'affection pour sa maison.
Pendant que tout cela se fist , le cardinal de Rid^ lieu n y estoit pas ; mais estant venu un peu après, et se tenant derrière M. de Savoye, il s'arresta pour le voir. Ils ne mirent point pied à terre, s'estant se^ll^ ment approchés , et baissés sur le cou de leurs chevaux pour se saluer. Les compliments furent fort succincts, et la mine encore plus froide, principalement de b part de M. de Savoye , qui Ta hay jusques à la mort plus qu'homme du monde, parcequ'avec luy il fallok parler nettement et agir de mesme, et que ce n estoit pas son style, ne voulant que nager entre deux eaux, et essayer de faire ses affaires aux despends des deux partis, sans estre jamais bien assurément de pas un.
Le Roy estant arrivé à son logis, le cardinal et le duc entrèrent tous seuls dans un cabinet pour parler d'affaires, et particulièrement des vivres qu'on vooloit encore envoyer dans Casai , et des estapes pour les troopes qui iroient; dont M. de Savoye se deflfendist allant qu'il peust, s'excusant sur la pauvreté du peuple, et disant avoir eu des peines incroyables à trouver ce
ftfeCOfJBS DE CASAL^ ETC. [16^9] iJ^S
*il y avoit desja fait porter. Mais enfin le cardinal
opiniastranty il promist tout ce qu'on voulust; et ant séjourné deux jours seulement auprès du Roy, s*en retourna à Veillanne , où il fist renouveler les Scultés par ses officiers, qui sui voient sy bien ses .entions que, n'estant jamais prests en mesme temps,
n'en eust point veu la fin, sy le Roy, qui ne s'en uloit point retourner qu'il n'y eust des vivres pour . an, ne sçn fust tout-à-fait scandalisé, et n'eust tesligné comme la première fois estre tout prest d'aller /--mesme sur les lieux pour y donner ordre* Mais n'est-ce pas une chose quasy incroyable que la blesse que les Espagnols montrèrent en ceste occan, n'ayant peu, pendant près de cinq mois qui se sserent despuis la prise de La Rochelle jusques -au rnier convoy, se mettre en estât , non d'attaquer Ca*-
de force , mais de ne craindre pas de l'estre dans ir propre pays, pouvant aisément hors de là, sans se )p eslongner de leui'S villes, qui environnent Casai
plusieurs costés, ny rien hasarder, empescher que ^ vivres n^ entrassent facilement, et donner une exîe sy légitime à M. de Savoye d'y en faire mener, 5 le Roy eust esté contraint de la recevoir et d'y iT luy-mesme, comme il disoit, ou d'y envoyer la tlleure partie de son armée pour les escorter ; et LU de l'y laisser, n'y ayant point de doute, puisqu'on 'x*eust obligé de tenir plus de neuf mille hommes à ^ ou à Casai pendant tout Thiver , quoyque la paix - faite, qu'il y en auroit fallu bien davantage sy on t eu la guerre. Après quoy les Anglois ny les hu- ^nots n'auroient peut-estrepastraitéaussy librement ils firent; elle Roy se seroit trouvé fort embarrassé^ 5i. 10
ayant tout en un mesme temps trois guerres différenles pour le moins sur les bras , car il en auroit encore peu avoir une quatrième , sy le roy d'Espagne eust vooIq rompre çn Flandre avec luy, comme tout le monde s'y attendait. Mais il avoit ses défauts, aussy bien que le Roy les siens, qui lui firent perdre la plus belle occasion d'attaquer FEstat de Milan qu'il pouvoit jamais rencontrer.
C'est ce que M. de Savoye, qui suivant sa coutmne de n'estre jamais sy attaché à un party qu*il ne fiut prest de passer dans l'autre , en y trouvant sesavantageSy sceust bien représenter au Roy et au cardinal de Richelieu estant à Suse , le» pressant de n'en faire point à demy, et leur faisant voir clairement ce qui en estoit) et qu'en joignant comme il feroit toutes ses troopes à celles du Roy, rien ne leur pourroit résister. Mais, sans considérer que la parole de M. de Savoye n'estoit pas une trop bonne garantie, ny que ceste dedantioo devoit estre accompagnée de beaucoup de choses intquelles on n'estoit point préparé, le Roy voulust montrer que, n'estant allé que pour M. de Mgntoue, il oe pensoit aussy qu'à luy assurer ses Estats, et se contenlat de l'avoir fait. Ce qui estoit sy juste qu^il a peut-estret autant que toute autre chose, attiré les benedicdov qu'on a tousjours veues despuis ce temps-là sur Inj << sur toutes ses entreprises. \
Quelques uns pourront demander d'où venoit une telle foiblesse en une si gi*ande monarchie, ou tant de négligence en un conseil estimé aussy sage que celuF d'Espagne, et pour une chose de ceste conséquence, et qu'il avoit voulu entreprendre sy opiniastrement, ayant mesme eu tant de tempa pour y donner ordre ? Sur*
SECouas DE c*s*i,, ETC. [lôag] i4j
quoy on peut dire qu'outre les raisons paiticulteres et secrètes, il semble y en avoir deux générales.
La première , la lenteur ordinaire des Espagnols en tout ce qu'ils font, laquelle leur estant naturelle, a eslé encore sy bien cimentée par les avantages qu'ils en ont tirés dans les siècles passas, particulièrement contre les Françuis, sur lesquels ils ont sy souvent emporté beaucoup de cliuses par leur patience et leurs longs retardements, qu'ils ne sçauroient quasy agir autrement, mesme quand il en est besoin ; joint aussy que , ne s'estant jamais imaginé qu'on peust entreprendre de se- (M>arir Casai, parceque le Koy, qui seul le puuvoit faire, estoit occupe ailleurs, et que niesme ayant M. de Savoye pour eux, ils pensoient luy en avoir fermé toates les avenues, ils ne s'y estoient point préparés, n'ayant fait nulles levées autre part que dans l'iistat de Milan, comme croyant qu'avec quelque peu de Suisses qu'ils avoient elles pourroient suffire. De sorte que quand ils virent le Hoy en liberté d'y aller, et qu'il le Jaisoit devant qu'ils se fussent résolus à Madrid, et que kurs ordres eussent esté portés et exécutés partout oîi on les envoyoil, il ne se passa pas seulement tout le temps que j'ay dit, mais beaucoup davantage, n'ayant ta en effet d'armée propre pour soustenij- une telle entreprise que l'année d'après ^ tout ce que le comte d'Olivarez, qui avoil l'esprit plus chaud que le commun des Espagnols, et qui y esloit aussy le plus ioléressé (le siège dt- Casai estant son ouvrage), y peust apporter du sien pour faire liaster les levées, ayant este inutile : car il eusl fallu refondre tous ceux qui y es- ,^I|oient employés, et faire changer d'humeur à toute une Hution.
l4S [^^^9] SIEGE Dis hk ROCHELLB,
La seconde cause est la situation de leurs Eslats; cai estant tous séparés par la mer ou par les Alpes^la communication en est sy difficile etde tant de despense, que cela appoite nécessairement de grands retai déments à tout ce qu'ils veulent faire, estant besoin, sy c'est à l'égard de l'Espagne et de l'Italie, et qu'on veuiUe envoyer des troupes de Tune à l'autie, d'une armée de mer pour les conduire, et de grandes forces de ierrt pour aller d'Italie en Allemagne et en Flandre, ou pour en venir; car toutes les montagnes estant entre les mains de gens indépendants, et qui ne favorisent pas tousjouri leurs desseins, il an^ive rarement qu'on ne leur en dispute point les passages, ainsy qu'il fustfait en ce mesme temps aux troupes que l'Empereur leur envoyoit, qui ne seroient jamais passées dans les Grisons, sy l'année n'y eust esté toute entière.
Ce fust par tout ce que j'ay dit cy-dessus qu'on commença à connoisti'e ce qui s'est encore veu despuis bien plus clairement, que la puissance du roy d'Espagne, estimée jusques là sy formidable et le devoir portera la monarchie universelle, n'estoit pas telle qu'elle paroissoit,sonfoibles'estant descouvert aussytost qu'il fu^t fortement attaqué; et que la France, tout au contraire, a voit des ressources inespuisables, et qu'on ne croyoil point : tesmoing ce secours de Casai après le siège lie La Rochelle, qui avoit tant duré et tant cousté;celuv de l'année suivante, malgré toutes les forces d'Espagne et d'Allemagne jointes ensemble; et en ces derniei^ temps, quand après avoir soutenu quatre années de guerre civile sans discontinuer l'estrangere , et esif mesme abandonnée d'un de ses principaux alliés Jes IrouM 05 domestiques n'eurent pas sy tost cessé, qniw
.SECOURS DE CA.Sit, £TC. [i6a<)] i/t<)
retourna de nouveau duus la Flaudi-e et dans Tllalii! avec plus de forces cju'atiparavant.
Ce ((ui vient sans donle de runion de toutes ses parties, et de la facUile qu'il y a d'aller des unes aux autres; de sa grande fertilité, qui fait que sans avoir Ips Indes, il luy en vient plus d'or et plus d'argent, en esciuinge des clioses qu'elle produit, qu'il n'en demeure k ceux qui les ont ; et enlin du nuiulire infiny de capitaines et de soldais qui s'y trouvent tous|ours. De sorte qu'on peust dire sans exagéralion que la France, bien gouvernée, peust faire de plus grandes clioses que tout ■ntie royaume du monde.
Mais )e ne veux pas oublier une chose arrivée ensuite de ces secours de Casai qu'on ne se seroit jamais imaginée : qui est que In grande foiblesse que les Espagnols y montrèrent, et qui seiiibloit devoir causeï' leur rnine en Italie, a esté leur salut; la pluspart des jtrinues d'ilalie ayant tout d'un coup changé d'opinion, nmant mieux, par une |)olilique toute nouvelle, qu'ils demeurassent que d'en seruuer le )oug, comme ils «voient voulu faire jusques là , sur le fondement qu'ils fte leur pouvoient faire nul niai avec les seules forces ^^talîe, et que pour en tirer d'ailleui'S il leur falloit tant de temps qu'ils auroient loisir de s'y préparer et {Tcstre secourus du Koy, qui ne leur manquetuit pan au besoin, non plus rpi'au dur: de Mantoue. Maïs que ^ts cil assoient les Espagnols, encore «pi'il ne piist rien ^ leur despouille, et rendîst Pignerol, ainsy qu'il le promettoit; bien loin d'amender leur condition, ,^'elleen deviendroit pire, demeurant tout-à-fait ex- 'posés à sa mercy, pouvant reprendre le passage da Susc toutes les fois qu'il luy plairoit, comme il avoit
l5o [1619] SIEGE DU LA AOCHELLB,
desja fait^ et les attaquer après avec de telles forces, devant qu'ils y eussent songé > qu'il leur seroit impo»ble d'y résister , ny de tirer secours des Espagnols, qui seroient trop eslongnés.
Et en effet ils sont tousjours demeurés neutres de puis que la guerre a esté déclarée; et )e ne sçay, sik eussent veu la balance pencher trop fort du cosié do Roy en Italie , s'ils he fussent point passés de Fautif pour l'empescher de tomber entièrement , tant sa diligence et ses grandes forces les avoient espoovantéi; choisissant plustost, par une prévojrance qui semUe un peu trop raffinée , de souffrir un mal présent, et contre lequel ils avoient autrefois tant crié, que de se mettre au hasard d'un autre qu'ils estimoient plusdaih gereuxy quoyque fort eslongné, et qui pouvoil n'airiver jamais.
Tous les princes d'Italie envoyèrent des ambatfi* deurs au Roy aussjrtost qu'ils le sceurent à Suse, et mesme les plus engagés avec les Espagnols, comme kf Génois, lesquels voyant avec quelle hauteur il avoit soutenu M. de Mantoue, et que Feslongnement, nj M. de Savoye joint aux Espagnols, ne l'en avoient pea empescher y commencèrent dès lors à changer de itfle» et à devenir plus neutres que par le passé : ce qalk ont toujours fait despuis.
Or ces ambassadeurs furent fort estonnâ de voir la patience du Roy en un lieu sy désagréable et 7 incommode, et de ce que Tannée y subsistoit desseok vivres apportés de Dauphiné sur des mulets; mais ik l'auroient esté bien davantage, s'ils avoient sceu, comme il est très véritable, que les mauvais temps les ' ayant par deux fois empeschés de venir pendant trois
SF.cilun.s DE cAs\i., kiTC. [iftag] i5i
ou quatre jours, tous les soldats ravoienlsoullèit, sans qu'aucun se fust desband^ : ce qui n'est guère arrivé autre part.
Ils furent aussy fort satisfaits du grand soin qu'un prenoit de Casai , oîi l'on envoyoil trois raille hommes de pied et deux cents clievaux des plus lestes de l'armëe, et M. de Toiras pour y commander, dont la repu-
I tation estoit telle qu'il sembloît que luy seul !e pouvait deffendre ; le cardinal de Richelieu , qui luy pro-
I cura cest employ parcequ'il l'en jugeait le plus capable, montrant bien par là qu'il ne regardoit guère à ses intérests particuliers quand il s'agissott des publics et du service du Roy; ou qu'il se fioit sy fort en luymesme, connoissant bien cequ'ilvaloit, qu'il necraîgnott pas que rieo le peust otTusquer, estant certain que ce nouveau moyen d'acquérir de la gloire, qu'il faisait donner à M. de Toiras , qui n' estoit pas de ses amis, pouvant renouvelei* et mesme accroistic dans l'esprit du Itoy la bonne volonté' et l'estime qu'il avoit tousjours eue pour luy, pouvoit aussy luy estre furt préjudiciable.
Comme, pendant que toutes ces afTaires se traitoient, il y avuil force gens inutiles, il prist envie à quelques uns d'aller à Turin voir la ville, et le saint suaire qui y est gardé et tenu en grande vénération, et entre autres au cardinal de La Valette el k M. de LongueviUe. M. de La Meilleroye (0, qui n'avoit encore alors aucune des grandes dignités qu'il a eues despuis,
t«) M. Je ta liftiilerajre : CKirlM de I-a Piirle, nloii irigDOur, cl dcpnù duc, At La Heitteraiie, 11 dnial maréchal dr Fraucc H granilmiiltrc de t'urlilUcie , p>i li faveur doDt il jouUKiit aupré* du Mldinal
et le marquis de Fontenay» y furent aussy avec eu; dont M. de Savoye, qui-estoit tousjours à Veillaimey par où il falloit passer , ayant este adverty par le prince de Pi<$monty il leur voulust donner à dîsner. Et parceque c*estoit rhonime du monde le plus r^ulicfy et qui entendoit le mieux les céi-émonies (à qiioy oq ne regarde pas tant en France qu'en Italie ), fay cita qu'il ne seroit pas hors de propos de dire icy comine il en usa.
Il vint donc au devant d'eux un peu hors de Yeillanne, et jusques sur le bord d'un torrent qui en paœ assés près , où il les attendist pied à terre. Us eussent bien voulu , dès qu'ils le virent ainsy, pouvoir losqr descendre, et ne l'aller pas trouver en carosse; maïs il éstoit impossible y k cause de l'eau qu'il falloit passer: de sorte qu'il se trouva tout proche d'eux quand ofl leva la portière , de quoy ils luy firent de grandes excuses. Après que tout le monde l'eust salue , il les 6st monter dans son carosse^ laissant le fond, qui est h meilleure place, pour le cardinal de La Valette et pour M. de Longueville , et prenant pour luy le devant. Mais eux, pour ne se laisser pas vaina^e de civilit&, se mirent à une portière, et n'en voulurent jamais sortir^ dé sorte que le fond demeura vide, et messieurs de La Meilleraye et de Fontenay furent de l'autre costé.
M. de Savoy e se voulant servir de ceste occasioo pour montrer son armée, et faire voir qu'il avoit beaucoup de gens et bien forts, les avoit fait mettre des deux costés de toutes les rues de la ville, et y fist passer son cocher, comme sy c'eust este le chemin de son logis; auquel estant enfin amvés, le cardinal de La
SECUUHS DK CASAL, EIC. [1^19] l'j'S
Valette, après quelques complimeats, entra le premier, et puis M. de Longueville, quelque dîliiculuqu'il en tist, M. de Savoye l'iiyaat ainsy voulu.
11 les mena, en attendant qu'on eust servi à raangei~, dans son cabinet , où Û y avuit dessus la table une escritoire, et quantité de papiers plies et étiquetés, comme chez tes gens d'alTaires en France; car il faisoît toutes les siennes, sans que persomie que luy y eust crMiL
Quand le disner fust venu , un s'assist à table de la mesme sorte qu'un estoit entré, c'est-à-dire le cardinal (le La Valette et M. de Longueville au dessus de M. de Savoye; messieurs de Fontenay, de La Meilleraye, et cinq ou six des principaux de la cour de M. de Savoye, tout de suite après M. de Savoye; les derniei's tournant quand ils furent au bout de la taille, et montant de l'autre costé, jusques à ce qu'ils fussent arrivés auprès des gentilshommes i|ui servoient M. de Savoye et les deux autres. Ce disner fut fort grand, mais à l'italienne, où la viande est tousjonrs mal apprestée, et plus, ce semble, pour la parade que pour manger. M. de Savoye beust à la sauté du Itoy, et tout ce qui estoit à la table aussy ; après quoy la sienne ne fust pas oubliée.
Quand on eust disné , on retourna dans le cabinet ; mais on n'y demeura guère , pan eque les carosses furent aussy tost après à la porte , et qu'il se falloit haster pour arriver de jour à Turin; de sorte que ces raes- «ieurs prirent congé de M. de Savoye, Mais voulant faire la civilité toute entière, il les couduisist jus- ''«ues au cai'osse, et y entrant avec eux, les mena jus-
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ques à une église de Nostre-Dame, qui est hors des murailles de la ville.
Par les chemins » tant le matin que Taprès-disnée^la pluspart des discours furent des louanges du Roy pour les grandes actions quil avoit faites en Rë, à La Rochelle ^ et mesmes à Suse; M. de Savoy e en ayant parle le premier (car les autres n'eussent eu garde de le faire) y et eslevë ceste action tout autant qu'il se pouvoit : comme aussy, pour luy rendre la pareille, lust-il fort loué de tant de grandes guerres qu'il avoit sootenueSy et de ce qu'avec ses seules forces il s'estoit souvent deflendu contre toutes celles du roy d'Espagne, bien que ce dernier n'eust point alors d'autres aSaires» Tapellant le plus grand capitaine du monde. Et d'autant qu'ayant esté quelquefois pour les François et quelquefois pour les Espagnols , il n'y avoit qnasy point de nation à qui il n'eust commandé, ny personne qui les peust sy bien connoistre que luy , on luy en demanda son avis, et laquelle luy sembloit la meSleure et la plus propre pour la gueire ; à quoy il rcspondit aussytost que c'estoient les François. Mais le cardinal de La Valette ayant receu cela comme on compliment, il luy respondit fort sérieusement que ce n'en estoit point un, mais la vérité, n'y ayant rien de pareil à la promptitude et à la vigueur avec laqa^^ ils se portoient à toutes sortes d*entreprises , quelque périlleuses qu'elles puissent estre ; en donnant plusieon exemples, et particulièrement celle de Suse, dont te Espagnols, ce disoit-il, ne seroient point venus à bout, pour ne se sçavoir pas assés tost résoudre ; et que loj donnant loisir de faire venir le reste de ses troupes, il en auroit peu garnir toute la montagne, et s'eœp^
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cter d'estre pris par derrière, comme il avoit este'. Qu'après les François, cestoient sans doute les Espagnols et les Napolitains, parcequ'estant aussy fort vaillants, ils supportoient le ti-avail et la faim plus patiemment que tous les autres, A se pouvaient passer de Tin : ce qu'il estimoit beaucoup, il aimoit mieux les Mlemands que les Suisses, comme moins difficiles à contenter, et qu'il ne falluit pas payer sy ponctuet leraent.
Arrivé qu'on fustà l'église, M. de Savoye changea de façon de faire; et parcequ'il n'estoit plus dans son carosse ny dans sa maison, il passa devant M. de Lon- ^eville. Il y avoit devant l'autel un prie-dieu, avec on grand tapis et trois carreaux de velours cramoisy ; nais le duc de La TrimouîUe estant airivë sur ce temps U, il Est demander s'il estoit pair de France; et ayant Bceu qu'ouy, il fist aussytost apporter un autre carreau qui fiist mis auprès de celuy de M. de Longueville , le traitant comme les grands d'Espagne, ausquels il ne donnoit point la main, mesme dans son logis. La prière ayant esté fort courte, parceque, comme j'ay desja dît, le temps pressoit, le cardinal de La Valette et M. de Longueville luy rendirent mille grâces des honneurs qu'il leur avoit faits; et, prenant congé, montèrent en carosse et partirent les premiers, les cardinaux en usant ainsy avec luy.
Le cardinal de Savoye les receust à Turin, et les logea dans le palais du duc; et messieurs de La Meilleraye et de Fontenay dans une fort belle maison de la ville. Le lendemain après disner, il les mena promener dans le parc, et sur le soir voir le saint suaire en particulier, et de sy près qu'on le louchoit. La figure
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du corps de Nostre Seigneur y est toute entière» rt lei coups de fouet y sont marqués par des taches de sang qui s'y voient en plusieurs endroits. L*on y yisi zjosj aux Cordeliers, dans un appartement où logent ks estrangerSy un grand tableau où le Roy estoit peint comme quand il touche les malades des escrouelles; k gardien d'alors Fy ayant fait mettre en mémoire de ce qu'il en avoit autrefois esté touché , et guary parlnj. On partist le lendemain de grand matin pom- retourner à Suse, sans s'arrester nulle part.
Sur ce temps là le marquis de Poites arriva auprès du Roy, le cardinal de Richelieu l'ayant fait venir pour voir avec luy ce qui se pourroit faire en LanguedoCi estant estimé le plus intelligent de tous ceux qui j avoient fait la guerre. Son avis fust que toutes les places qui restoient lors aux huguenots dans la France faisant comme une chaisne qui commençoit à Nianes et à Usez, et, passant par les Cevennes et le Ronergue, (inissoit à Castres et à M ontauban , il ne falloit pas, pour les réduire promptement et aisément, les prendre par un bout, pour aller continuant jusques.à l'autre, estant indubitable que par lequel que ce fust on trooveroit des villes très fortes, et capables de faire une longue résistance, pendant quoy les plus foibles pourroient se fortifier, et donner après autant de peine que les autres; comme il estoit arrivé en l'année i6ai, pendant le siège de Montauban , tout le Languedoc, qui eust ouvert les portes sy le Roy y eust esté tout droit, ainsy que plusieurs luy conseilloient, ayant eu loisir de se mettre en Testât où on le voyoit : mais qu'il faUoit aller à Privas, Alais, Anduze et autres, qui estant au milieu, et quasy sans fortification, s'emporteroieoC