‹ Mémoires, publChapitre 34 sur 45 · SECODBS DE CASAL, ETC · texte numérisé non relu

SECODBS DE CASAL, ETC

n demanda donc qu'il se (îst une assemblée g^n^ raie auprès du Roy, dans laquelle les intérests de la noblesse et des peuples, aussy bien que les siens, peussent cslre r^gliîs : ce qui luy fust accordé, ce chemio ayant esté jugé plus court que tout autie pour faire la paix, comme il fust en effet, tous les intéressés y ayant promptement envoyé, de peur d'estre prévenus, et que tes premiers arrivés faisant leur accommodement, les autres n'y fussent plus recens.

La négociation n'en fust pas longue; car le Roy l'estant d'abord déclaré qu'il ne vouloît point touclier à la libellé de conscience , ny h tout le reste de ce qui leur avoit esté promis par les édits, excepté ce qui servoit h entietenir la faction et à causer des troubles continuels dans le royaume, comme les places de scurcté, les assemblées générales et les fortifications de leui-s villes, qu'il vouloit estrc rasées, tout le monde s'y soumist, et la paix fust signée et publiée.

Il est vray que quand ceux de Montauban apprirent qu'il feUoit raser leurs fortifications, se souvenant encore du siège qu'ils avoient soutenu il y avoîtsy peu

de temps, et contre le Roy mesme, ils en estoient-sy glorieux qu'ils la refusèrent , et dirent qu'ils aimeroient mieux continuer la guerre, quand ils devroient estie tout seuls; de sorte qu'il fallust y aller pour les faire obéir. Mais parcequ'il y avoit longtemps que le Roy estoît h la campagne et qu'il avoit fort fatigué, il en donna la commission au cardinal de Richelieu, et retoama à Paris pour se reposer.

Pendant tout le cliemin , le cardinal n'apprenoit autre chose sinon (jue ceux de Montauban estoient résolus de périr plustost que d'ustcr leurs fortifications^

i66 [>^^9] siB^^B ^B ^^ &0C11B1.U9

faites^ ce di8oient*ilSy par Henry-le-Grand , et maintenues, comme f ai desja dit, contre le Roy laesme. Mais ib ne furent vaillants que jusques au d^;uainer; car dès qu'ils le Tirent arrivé , les préparati& qui se faisoient pour les aUaquer, et comme on en usoit dans toutes les autres villes (de sorte que, ne pouvant estre secourus de personne, il leur sei*oit impossible de résister), ils ouvrirent les portes : et le cardinal ayant fait camper Tannée tout autour, y entra avec le riment des Gardes , où il leur 6st sy bien connoistre que le Roy ne cherchoit qu'à retrancher tout subject de trouble, et faire hors de là observer ibrt exactement les édits , qu'ils en demeurèrent contents. De sorte qu'après avoir veu commencer les démolitions, il s'en alla, ne laissant qu'un de , ses gentilshommes pour faire achever; auquel il fust aussy bien obéy que sy Tannée y eust esté toute entière, tant on se fioit aux promesses du Roy et aux siennes.

Mais comme les plus giandes joyes sont souvent meslées de grands desplaisirs, et qu'il n'y a point de roses sans espines (telle estant la condition des choses humaines), le cardinal de Richelieu trouva, quand il iust retourné auprès du Roy, la Reine mère sa bienfaictrice, et de qui il tenoit tous les commencements de sa bonne foitune et son principal avancement, sy foit animée contre luy^ qu'au lieu de luy donner toutes les 1 louanges que ses grands services méritoient , et de luy en procurer les récompenses, elle fist ce qu'elle peust pou le ruiner dans Tesprit du Roy : et n'en pouvant venir à bout, elle luy osta la charge de ses affaires, et ne s'en voulust plus servir , sans pouvoir estre toucLée ny de ses grandes soumissions , ny des prières du Roy,

qui fisi tout ce qu'il peust pour les raccommoder; de sorte c|u'ayaQt tousjoors despuis continue en ceste mauvaise volonté, et le Roy, qui connoissoit fort bien le désavantage que ce luy seroit de perdre un tel serviteur, ne le voulant pas abandonner, eUe en eust tant de despit, quelle se porta enfin à toutes les extrémités qu*oD a veues.

RELATION

DS

LA RT7PT0BE DU CABÏDINAI^ D£ RICHELIEn AVEC U REINE MERE; ET DE LA SORTIE DU ROTATJME BS ÔETTE PRINCESSE.

[i63o] Le Roy ayant esté quelque temps à Saint-Jean de Morienne, eust un accès de ûe\)re, après lequel ^ crainte de pis, Tair y estant ^fort infecte, il en partist, et retourna à Lyon, y laissant le cardinal de Richelieu et le mareschal de Schomberg. Mais le cardinal ne ibst guère sans y aller aussy : de sorte que le mareschal demeura tout seul à Saint-Jean de Morienne.

Ce qui le fist revenir si viste fust que , voyant la santé du Roy fort incertaine ( car il avoit de temps en temps de petits ressentiments de (ievre) , il sçavoit qoe la mauvaisevolonté de la Reine mère, fomentée sourdement par le garde des sceaux, le mareschal Marillac, la princesse de Conty, la duchesse d'Elbœuf et autres de ceste cabale , estoit encore grandement e^ chauffée par messieurs de Guise et de Bellegarde, lesquels, comme plus hardis, s'estoient ouvertement déclarés contre luy; M. de Guise se plaignant qu'il luv vouloit oster Tamirauté de Levant, dont tous les gouverneurs de Provence avoient tousjonrs jouy, et luymesme en estoit en possession ; et M. de Bellegarde, que luy ayant fait longtemps espérer qu'il seroit mi-

EUPTUaB DE RICBSLISUy ETC. [l63o] 169

, il en avoit esté enfin tout- à -fait refuse; et e des lieutenances de roy de Bourgongne ayant ' par la mort du marquis de Mirebeau^ il l'a voit

onner au marquis de Tavannes, qu'il sçavoit 3 pas de ses amis.

|uoy.le cardinal de Richelieu respondoit que en la place de qui il estoit entre ayant tonsjours idu la ^përioritë sur les mers de Levant aussy ç[ue sur celles de Ponant, il jn'estoit pas trop esi qu'il la Youlùst avoir aiissy bien qu'eux ; et la en estoit venue sy avarit que le cardinal ayant é en Provence un huissier du.conseil pour y faire ue acte en son nom, M. dé Guise Tavoit foit mal

quant aux plaintes de M. de Bellegarde, qu'il ne )it pas forcer le Roy à mettre des gens dans son il quand il ne le vouloit pas, ny l'empescher de îr une charge à un' homme qui, estant de qualité »rtionnée pour cela, avoit este dès sa jeunesse y auprès de luy, et l'avoit tousjours bien servy; que ce n'estoit pas la ooutume de ne mettre dans 'ovinces que des gens'agréables aux gouverneurs, lelques jours après l'arrivée di^ Roy h Lyon, î tous les principaux de la cour voyant qu'il y *oit estre longtemps, s'en allèrent à Paris : mais u'ils sceurent sa maladie, ils y retournèrent, et ieur particulièrement ; lequel apprenant' par les ins Textrémité de son mal, et qu'on en desespepensoit n'avoir qu'à aUer recueillir une sy belle ssion. Mais en 'arrivant , il le trouva hors de er.

, les ennemis du cardinal de Richelieu jugeant

1*70 [l63o] HUPTURB DB EICHEUBU

(|ue sy, après ce qu'ils avoient fait conti^é luy, il deineuroit en crédit, il ne leur pardonneroit pas, croisent le devoir prévenir , en portant la Reine mère à i^doubler tellement ses efforts, qu*elle reost miné dins Tesprit du Roy devant qu'il leur peust faire du md.

Et d'autant que la maladie et le danger où ae tnmvoit Casai en estoient d'aasés grands subjécts, ik Inj conseillèrent '(l'appuyer principal^noit sur ceta, et de luy dire que personne ne pouvant douter qu*il ne Feoit plus engagé dans ceste guerre, -dont assurément k fin ne luy pourroit estre que honteuse , pour satisfiàre à sa vanité, et se rendre nécessaire par la quantité et l'importance des affaires (Qu'elle feroit naistre, que ptr besoin qu'on en eust (ayant peu dans le oommenoement t^miner l'affairede M.deMontoue à ràmiafaleet fort avantageusement), ny que sa maladie ne fbst venue du mauvais air, où il l'avoit fait aller aussy sns nécessité, die ne pouvoit plus souffrir qu'il donnas! tant d'autorité à un homme qui en sçavoit sy mal oser, et le conjuroit de luy oster dès l'heure mesme la dttrge de ses affaires, et de l'envoyer hors de la cour ; se pcr suadant que , veu tous les soins qu'elle avoit eus deby dans sa maladie, et les grands sentiments qu'il loy en avoit tesmoignés, il ne poun^oit'pas luy refuser uae chose fondée sur de sy bonnes raisons, et qu^elle loy demanderait avec tant d'instances.

Ce que la Reine fist dès qu'elle en trouva roccaôea, et l'accompagna de toutes les plus grandes flatteries et marques de tendresse dont elle se peust aviser; mais le Roy, qui ne vouloit ny luy accorder ce qu'dle demandoit, ny la laisser aller mal satisfaite, luy re^Mmdit seulement qu'il n'estoit ny en lieu ny en estât où

▲VfiC LA RBUNB MSJIB. [i63o] IJ l

n peust preadre résolution sur une chose $y imporintey et qu'il falloit attendre d'estre à Paris, où on erroit ce qu'il £iudroit faire pour le mieux; dont elle t tous les siois fHrirent esp^raAce que tout iroit comme • desiroient.

Or ce qu'ils disoient de Casai u'estoit pas sans appaeoce; car M. de Toiras, n'ayant plus de vivres, aYoit fié contraint, pour donner du temps au Roy de le se- Miir, de £iire un traite avec lés Eq>agnols, par leilel il leur avoit livré la ville et le diasteau, et s'estoit Vàré avec tous ses gens dans la citadelle, oii ils Iviy •?oient fournir un mois durant*autant de vivres qu'il m fiiudroit pour les nouirir; au bout duquel, s'il es- Ht secouru, ils luy rendroient la ville et le diasteau; Um ne l'estoit pas, il lenlÉ: donneroit la citadelle. *. El bien que le Roy, le sachant, eust fait diligemment assembler toutes les troupes qu'il avoit en divers ÎBiut, et en eust composé une fort grande armée; que f. duc de Savoye , qui ne vouloit pas voir rainer son lySy comme le duc Charles-Emmanuel son père, pour mplaire aux Espagnols et leur aider à s'accroistre, ant prpmis de la laisser passer par le Piémont, rien 1a pouvoir àrrester, et que les marescbaux de La i^^c, de Schomberg et de Marillac, qui la coniman- ^^t , fussent expressément chargés de hasarder toutes , et de périr plustost que de le laisser perdre : sy qu il y avoit sy peu d'apparence que cela peust ^^ir, les Espagnols s'y estant fort bien retrandi& et ^!3rant fait venir toutes les troupes de l'Empereur, ^ ceux qui conseilloient la Reine ne faisoient nulle ^Oulté de prédire que Casai ne ^roit pas secimru, ^e s'en servir pour descrier la conduite du cardi-

l^a [l63o] RUPTURE DE RlCUBUECr

nal de Richelieu, et le déscfediter auprès du Roy.

Dès que le Roy eust donné tout Tordre qui se ponvoit pour le secours de Casai , et qu'il se sentist aasex fort pour supporter le travail d'un voyage, il s^en alla à Paris le plus viste qu'il peust, tant il avoit envie de retrouva Tair oïl il avôit esté nourry, et oh il pensoit pouvoir* reprendre promptement une parfaite santé.

Les,Reines le suivirent, mais marchant à lear ordinaire-à petites journées; et parceque la Reine mère, pour mieux 'dissimuler > ce qu'elle vouloit faire,. avoit, di^uis qu'elle eust parlé au Roy, un peu moins maltraité le cardinal de Richelieu qu'elle n'avoit accoutumé, il y fust sy bien trompé que, la croyant changée, il pensa par ses soumissions et ses complaisances pouvoir regagner la part qu'il avoit autrefois eue dans ses bonnes grâces, et la suivist jusques à Paris dans ceste espérance.

Mais, un jour ou deux devant que d'y arriver, il vint une nouvelle qui la troubla grandement, et esbrania fort les espérances de ceux qui là conseilloient, estant passé un courier qui portôît avis au Roy que Casai avoit esté secouru avec la plus grande gloire qu'il se pouvoit pour luy et pour ses armes; les EIspagnok n'aiyant osé attendre son armée, Qu'ils vôyoîent aller à eux en résolution de les combattre, et mieux SLymé faillir à prendre Casai que de hasarder tout Iflstat de Milan , comme ils auroient fait s'ils eussent esté battus^ n'ayant point d'autres troupes ny moyen d'en faire venir d'ailleurs de long-temps. De sorte ^ue, par Feotremise de M. Mazarin, ils firent dans le moment qu'oa les alloit attaquer un traité par lequel ils rendirent la ville et le chasteau de Casai qu'on leur avoit donnés.

AVEC L» KBIBE VKtîE. [l63o] 173

et se retirèrent hors de leurs retrancliemcnts. Ensuite de quoy les marescbaux y estoient eutrés, et n'en devaient point sortir sacs y laisser une bonne garnison, et des vivres pour un an.

Cela n'empescha pas néanmoins la Reine mère de vouloir pai'ler au Koy dès qu'elle seroit à Paris, ainsy qu'elle a voit resola, et à tous les siens de lu^ conscUler, quoiqu'ils vissent bien qu'après un tel succès, et quand leurs prophéties avoient sy mal réussy, la chose seroit tDoins faisable : mais se croyant perdus quand elle ne le feroit pas, et qu'il n'y avoit nul autie moyen de les sauver, ils aimoient mieux te hasarder, et voir ce qu'il produiroit, que de demeurer eiposés à la mercy du cardinal de Richelieu sans y avoir cherch<? du remède.

Quand elle arriva à Parisi elle alla loger à Luxembourg, et voulant avoir du temps pour se reposer^ demeura deux jours enfermée, et sans voir personne : après lesqueb le Roy, qui estoit à Saint-Germain, y estant aussy venu, il logea à l'hostel des ambassadeurs extraordinaires (0, pour estre plus près d'elle; et l'estant allé voir, elle ne manqua pas de le faire souvenir de ce qu'il luy avoit promis à Lyon, et de vouloir entrer bien avant en matière. Mais estant .survenu quelqu'un €jui l'en empescha, elle se re'solust , aGn que la mesme chose n'arrivast pas une auUe fois, de faire dire le lendemain au matin à tous ceux qui se prc'senteroient, «juels qu'ils tussent, qu'on ne la voyoit ppint; et que quand le Boy y vîendroit , ainsy qu'il avoit accoutume', oo le laissast entrer tout seul.

(!) L'hoiUl Jei ambasiadeun erlraorJiaaira .- l'incien hillel du nwtécbal d'Ancre, àtai n» d» ToimUM. ( ^(y» \b nou: dt U page 359 liu tome précèdent.) ^,1 1 1 ,1

1*^4 [l63o] RUPTURE DB RICflKUBV

Or le Roy ayant demandé au cardinal de Hididiea comme il pensoit estre avec la Reine mere^ et vea qu'il croyoit y estre assés bien , à cause du bon yisage qu'elle luy avoit fait dans le chemin^ il Feu vonluat destromper, l'asfllùrant (ju'il n'y avoit rien de changé : ce qui luy ayçntdonné ralarme, il se résolustde faire en secte qnll peust -estre tous)oor8 présent quand ik seroîenl ensemble. Et parcèqu'il' sçavoit que t'estok principalement le matin 'qu'il la voyoit, il fist prendre garde quand il iroit, afin d*y aller aussy. « ..

Il y fust donc dès le lendemain : mais trouvant la porte ordinaire fermée , et sans que personne reqMnh disty la Reine layant deffendu, il alla par celle de der* ri^e, laquelle celuy qui la gaitioit n'ayant osé hy refuser, il arriva justement. lorsque la Reine fiaisqit les plus grands eiTorts; de sorte que» craignant qu'à la Içngue elle ne Temportast, il jugea meilleur de rompit la conversation que de la laisser plus longtemps durer. C'est pourquoy il s'approcha » et dit que se persuadant que Leurs Majestés parloientde luy, il espéroit qu'db n'auroient p^s désagréable qu'il vinst pour se fustifier des crime; qu'il sçavoit qu'on luy avoit imputés.

Dont la Rieine fust d'abord sy en colère qu'elle ne pouvoit parler ; ,mais revenant enfin à^elle, eUe luy dit qu'il estoit bien4iardy de les venir ainsy interrompre, et qu'il estoit^vray ^ puilsqu'il le voulottsçavoir, qalk parlôient de luy; et /qu'elle disoit au Roy qu'eDt ae pourroit plus assister à ses conseils, ny se trouver avec luy en quelque lieu qu^ ce fust, quand il y ser(Mt;ct qu'il falloit n^eessairement qu'il se défist de l'un ou de l'antre. A: quoy le cardinal re^ndisl qu'il estoit bieo plus raisonnable que ce fust de luy^ et qu'«inss7 1^ {

▲VXC LA REINE MERE. [l63o] 1^5

rouloit-il plu8 vivre » paisqu'il estoit sy malheureux d'avoir perdu ses bonnes grâces, le Roy voyant cela ne se déclara point, et ne cherut qii*à s'eschapper^ dit seulement qu*it se faisoit ly et que- voulant aller k Versailles ^ il estoit temps lartir : et fisiisant la révërencr, il marcha aussy viate s'il- eost eu peur qu'on enst' couru après Juy. De 8 que le cardinal dé Richelieu Wt Payant peu join* devant qti'il montast en çarosseï il secreust perdu, ue le Roy Tavoit plus fait pour le fuiit que pour ter la Reine ^ et n'estre pas oblige de luy parler, e qui le fist aller chez luy fort déscouragé; et ayant ié à madame de Gombalet sa «àiece et & M. Boulier, qu'il y trouva , tout ce xjni s'estoit passé, il lem' [u'il vouloitaller ce four4à coucher à Pontoise, pour Blirer après au Havre. A quoy n*osant contredire, t venir ses gens, et leur commanda de luy apporter ùptement à disner,'et de faire tenir son carosse et ^uipage prest pour partir* au3sytost qu'il auroit igé, demeurant en ceste résolution jusqiues k* Farri* du cardinal de La Valette, lequel estant fort de Ses s, et ayant appris qu'il avôit esté chez la Reiliè mère nesme temps que le Roy, sans qu'on scénst iqe qui îstoit passé (plusitars, à cause de cela; en augut mal pôuif Iny) , venbit en sçavpir des nonvéUes. s cardinaVde Richelieu fust fortnise de le toir, et dit tout ce q^'il avoit fait, et qute ifé 'pouvaiit pas tter que le Roy né l'eust abandonné , puisqu'il esloit ty sans luy parler ny luy rien mander, il vouloit r tout à rheure àPontoiàe^ et de là au flaVre, n'atdant autre chose sinon que ses gens et son carosse ent prests. Ce que le cardinal de lia Valette contre-

176 [l63o] RUPTURE DB RIGHEUBU

dist forltement, disant qu'il ne devoit point penser que le Roy f pour ne luy avoir rien dit ny /ait dire, XtÊA abandonné y me songeant vraysemblablement qalh Reine > qu'il vouloit fuir j pour n*esjtre pas daviotap presse des choses qu'il ne vouloit pas faire ; qn'il deioit se souvenir que qui- quittoît la partie la perdoit, d qu'il ne pouvoit rien faire de plus avantagess pour b Reine et pour ses çiineaiis, ny plus à leur gré, qoede leur laisser le c^uimp libre, et le moyen de posioir dire et faire contre luy^tout ce qui leur plairoii;»quel cas le Rpy pqurroit bien à la fin changer , et mblier tous les grands services qu'il luy ayoit faits: dis que sans cela il n'y voyoit aucune apparence.

De sorte que, bien au contraire d^aller à Pontoised au Havre y son avis estôit qu'il devoit aller à Versiilks où, s'il trouvoit le Roy en l'humeur qu^il s'imagÎDoit, au moins ne s'en iroitril pas sans s'estre mis en sond^ voir^ et en estât :de reAdre comptée de ses actions; ma» que s'ilestoit en aùtr^ disposition, conune il n'endot* toit point y il l'y fortifieVoit^'Ct pDurroit luy faire ptsdre toutes les résolutions qui seroient nécessaires pas sa' conservation et la ruine de ses ennemis.

Tous ceux qui estoient présents ayant aussy estent cest .avis, le cardinal de Richelieu se rendit, et ab droit à Versailles ; ce dont le Roy, quand il le scest monstra ui^e. sy grande jôye, et le receust avec tàiilà tesmoignages d'affection , qu'il luy fist bien conaoisbt qu'il auroit pris un fort mauvais party d'en user autre ment.

Il s'enferma aussytost après avec luy dans son cabinet, où tout ce qui se devoit faire pour le déboisa pour le dedans du royaume ayant esté résolu , on ccm-

AVEC LA REINE MEEE. [l63o] l']']

mença par envoyer demander les sceaux au garde des sceaux de Marillac, et luy commander d'aller à Tours , et despescber un courier au marescbal de Scbomberg, auquel 9 comme du conseil du Roy, on adressôit toutes choses, et qui avoit le secret, pour arrester le maresehal de Marillac, et le faire bien garder; car on le cmignoit encore plus que son frère, et ils estoient estima tous deux les principaux artisans de la disgrâce du ; <»rdinal , et ceux qui entretenoient le plus Tesprit de I la Reine mère dans la mauvaise humeur oh elle estoit. , Les sceaux furent donnés à M. de Châteauneuf, un des plus anciens du conseil, et lequel ayant esté eslevé ^ sous le chancelier de Sillery et sous M. de Villeroy, en , avoit sy bien profité quil estoit sans doute un des plus .|^nds personnages de son siècle.

Ensuite de cela , le Roy fust à Saint-Germain , et y demeura quelques jours ; après quoy il revint à Paris Jet chez la Reine mère, sans luy parler de rien, ny elle à., hiy, vivant Tun et Tautre fort froidement : ce qui continua tousjours despuis, la Reine n'ayant point voolii se rendre pour tout ce qu'il luy fist dire, tant par le marescbal de Scbomberg et M. de Rullion que par le cardinal Bagny, qu'on y fist intervenir, croyant (fae le nom et l'autorité du Pape (car il exerçoit encore la nonciature ) auroient quelque pouvoir sur son 'ei^rit, le Roy luy faisant oiTrir que le cardinal de Richelieu ne se mesleroit plus de ses affaires, et retire- ^roit tous ses parents de sa maison, sans lui demander Wuitre chose, sinon de se trouver au conseil, comme elle avoit accoutumé, et de souffrir qu'il y fust aussy. Mais parceque l'ayant absolument refusé, et ne don« natit nulle espérance de changer, il estoit important 5i. 1%

17^ Ct63o] AiinoRi DS rmibeubii

de Bt UiaMr pM MoBsieur iidj avec eUe, le Im «'ayanl point eocore d^eufanls, on YOulust le g^pr ^ gi^piant mattimn cke Puy-Lenreus et Le Coig— i, qui aTolenl le prÎDcipal crédit euprèe de Iny. De «rie ^M» par reDlremiae dn iMirqnie de ^^^tiIw?wHi^^ m donna ceet nulle escus à M. dp Foy-LaoBent, ci k prouHM d^le fiûre dne et pair »*il eq^ovaok vm i^ ehesfltty on achetoit nmei tenre qni Iwt de^n dndbé; d nne ehaige de pcesîdent an mortier «h jimlcmaBàà ParieàlLiie Coi^oeux^ avec k promcfina do dupai de cawiinal k la fureminre prosaoti on. M» de hmahoA let eost cmit mille francs pour la peine.

Mais, soit ^ne rien hors de la prenaiere plaœatb pftnft contenter y on qu*ila crensMnt que qûdqnearin qui y entrast après le cttdinal de ftMJfjjJîi^tt mt pr vant pas maintenir Tantorité dm. Eoy nj k Mwr aussy haMt qn*il faisoit, ik y tronveroient mieu ke compte;. tant y a qn'ik se kissereni bientost sfvtsi^ gagna: par k Reine more ^ et^ firent eintrcr MoaÎBS dans tontes ses passions,

Oa dit que ce qui y aida encore beaucoup fint qoeli Roy ne pouvant pas. disposer du cardinakt comiv è k dauiïé, l'un estant en sa main et Taotre ami, Hk Coigaenzy qui vist que M. de Montmorency ioitmàè vendre k dudbë d'Anvilk à M. de Poj-^Lanrai, i pourrait à rheure mesme eskre duc , et Iny lUmiBiï deirîerepoav son cardinalat, ea pvkt une tcik jdi» sie, et tesmoigna tant qa'il croyeià qu^on ae vods^ moquer de luy, et qu'il chercheroit à a*ea wer^fif crainte d'en perdre nn^ on ks perdist tous deui. ûrk cardinal de Ricbelieat ayant esté obligé , pom^ l'^p aer, de fiûre retaider l'affaire de M» ck Pay-l^m*

AVEC Lft HEinS MEHE. [l6io] 179

Lien que ce fust le plus secrètement qn'tl se peust, il ne laiwa pas DëanmoinR rie s'en nppercevoir, et d'en eslie sy oifensé (ju'il se résolust anssytost de se raccommoder avec la Heine, et d'y porter Monsienr; comme fist ausey M. Le Coi;^eux, lequel ayant desja esl^ receu président, ne fust peut-estre pas faschë de voir M. de Puy-Laurens se mettre par là hors d'cstat d'estre duc devant qu'il fust cardinal.

[ 1 63 1 ] Ils ( oiumencerent donc à se plaindre qu'on ne leur tenoit pas loul ce qu'on leur avoil promis, et que, pour les d<;laire après plus aisément, on ne clierchoit qu'à les désunir. Le garde des sceaux de Châteauneuf ayant parle pour cela à madame de Verderonne sa cmisine,et tante de M. de Puy-Laurens, et sur un fondement sy peu vraysemblable , puisque le cardinal de Richelieu, qui voyoit ne se pouvoir jamais bien remettre avec la Reine raere, *voit trop d'înterest de ne se hasarder pas légèrement de les perdie, ils porterent Monsieur à aller chez luy, et luy dire qu'il vivoi! avec luy de telle sorte, manquant k toutes les paroles qu'il luy avoit données, qu'il rertonçoit k son amitié, et ne luy donneroit jamais la sienne.

Le cardinal de Richelieu fist bien tout ce qti'il petist pour entrer en quelque escUircissement , afm d'avoir moyen de se justifier, le suppliant de luy dire en quoy il avoit failly : mais en luy respondant que c'estoît pour M. de Lorraine, et autres choses qu'il luy avoit promises, il marcha sy viste qu'il ne peust entendre aucune de ses excnses; et tiouvanl son carrosse, monta dedans, et s'en alla à Orléans.

DontleRoy,qui estoità Versailles, ayant esté aussytost averti, il revînt pour voir ce qu'il faudroit faire

l80 [i63l] RUPTUEE DE EIGHELIBO

dan^ une sy fiucheuse rencontre : mais parcequ^on jugea que Monsieur ne pouvoit avoir pris ceste résolution que sur des espérances qu'on ne descouvroit pas encore, et qu'il ne changeroit pas qu'il n'eust yeu ce qui en ariiveroity on creust que, pour conserver qudqne dignité /.il ne falloit pas envoyer vers Iny ; mais qnll suffiroit que le Roy respondist à M. de Chaadd)onne, qui vint sur ce temjps là de sa part, qu'il estoit bien fascbë des mauvais conseils qu'on luy donnoit , et qae quand il en prendroit de meilleui^, et qu'il voudroit rentrer dans son devoir, il seroit tousjours prest de le recevoir, et de luy donner autant de marques de sa bonne volonté que par le passé.

Et parcequ'il y avoit grande apparence que toat|e que faisoit Monsieur pouvoit principalement venir de ce que voyant la Reine mère auprès du Roy, et tonsjours sy animée contre le cardinal de Richelieu que c'estoil diose in*éconciliable, il pensait qu'elle tronv^ roit peut-estre à la fin quelque bon moment pour parvenir à ses fins et le ruiner, et que tant qu'elle seroit à Paris on ne pourroit pas Tempescher d*estre veue d'une infinité de gens qui par leurs artifices l'entretenoient dans sa mauvaise humeur, ny que sa préseoct n'y autorisast toutes les cabales qui s'y faisoient contre le service du Roy, et ne donnast hardiesse à leurs antheurs de les continuer, et d'essayer de les faire passer dans les provinces (ce qui pourroit estre à la fin de la derpiere conséquence), on se résolust d'essayer adroitement de l'en tirer, le Roy allant à Compiegne, aiosr qu'il avoit fait beaucoup d'autres fois, le pajrs estant fort beau pour la chasse, espérant qu'elle Ty voudroit suivre, comme elle fist.

AVEC L* HEI>E MERE. [t6il

Car ceux qui la conseilloîent, njr elle, ne se doutant nullement de ce dessein , et craignant plustost que son absence ne leur fust aussy préjudiciable qu'à Versailles, où ils pensoient que sy elle eust este, elle eust empesch^ beaucoup de choses qui s'y firent à son pi'ëjudice et au leur, ils donnèrent sans difficulté dans le piège, et firent qu'elle le suivist deux jours après; ce i)ui usta de la peine et quasy de l'impossibililë de l'en tirer, sy elle n'eust pas voulu sortir de Paris.

Durant que le Roy fust à Compiegne, il essaya par toutes les voyes possibles d'adoucir son esprit et de 1h remettre dans un bon chemin, employant pour cela et Vaiitier son premier médecin (quoyqu'on ne s'y fiait pas, mais parcequ'il s'y offi-ist et qu'elle avoît grande confiance en luy }, et le père SoufFran son confesseur, i]u'elle aimoit fort ; et liiy faisant enfin parler par le mareschal de Schomberg et le garde des sceaux de Châteauneuf, qui, par la place qu'ils tenoient auprès du Roy, et leur grande réputation de probité, sembloient estre propres puur luy faire comprendre les raisons du Hoy h vouloir conserver le cardinal de Richelieu, et l'inlerest qu'elle avoît de finir ceste divisiun, qui lui poun-uit eslre h la fin aussy préjudiciable qu'au Roy et au royaume.

Mais tout cela fust inutile: Vautier, qui n'aymoit pas le cardinal de Riclielieu, n'y ayant peut-estre pas agv de bonne foy; et quant au père Souffian, on l'avoit longtemjxj auparavant descrié comme trop simple, et aisé â abuser ; et les antres, comme partie à cause de l'attachement qu'ils avoient au cardinal de Richelieu. De sorte quelle ne fist nulle considération sur tout ce qu'ib luy direitl, et ne rcspondit auti'e

l8a [l63l] RUPTOAE DE MCHBLIBU

du)My 81000 qa*elle estoit cootente de TesUt auqud elle se trouvoU , et ne se vooloit plus mesler dTafliiiras. Par 9& le Roy perdant tonte espérance d^accommodément y et voyant le besoin qu*il y avoU de prendre une résolution conforme à Testât présent des aflaires, et qni peust destonmer les maox dont luy et le royaime itftoient menacés, assembla son conseil, oin enire plnsieurs expédients qoi Iny furent pn^MMés, il ne s'en trouva que deus^ dont on se peust servir, tous les astres estant jugtfs ou impossibles ou inutiles. Le premier fust l'eslongnemenl du csirdinal de RicbeUeu , lequel ce dernier demandoit, et en pressoît, comme estant k moyen le plus doux et le plus aisé; et le second, la séparation du Roy d^avec la Reine sa mère, qui scmbloit fort rude , et pouvoir sonner mal , tant enven les sttbjects qu'envers les estrangerB.

Meis le Rp^ ayant fort considéré Tnn et Taufre, et entendu les raisons alléguées pour cela, rejetta absoliment l'eslongnement du cardinal, non seulement parce* qu*après les grands services qu'il luy avoit rendus il seroit tout-à*fait injuste de FalMindonner pour complaire à ses ennemis, mais pour le besoin qu'il en avoiti n'ayant personne pour mettre en sa place el porter It poids des grandes affaires, où l'ambition des EspagB<di l'avoit fmxé d'entrer \ espérant que le temps, et les graiMk sql^ects que la conduite de la Reine sa mère luy doanoient de se vouloir séparer d'elle, le justifieroient devant tout le monde, et qu'elle- mesme pourroit peotestre à la fin changer, connoissant mieux ce qui seroit de son bien et de son avantage qu'elle ne iaisoit alon.

Ce qni fust exécuté le ^3 fevrier i63i , le Roy estant parly de f land matin de Compiegne, et àensA

AVEC LA EEIJNE USEE. {i63l] l83

t qa'elle fust éveillée, lalasant auprès d'elle huit compii- I gnies du régiment des Gardes^ avec cinquante chevaux* t légers aussy de sa garde, et le mareschal d*Estrées pour I les commander et Fempescher d'en sortir, afin qu'elle g ne peust pas revenir à Paris.

^ L'on envoya au mesme temps ordre à la princesse di ^ Conty d'aller à Eu , et aux duchesses d'Elbeuf et d'O^ ^ gnane d'aller en leurs maisons. Vautier, qu'on tent>lt le i^ plus dangereux de tous ceux qui estoient auprèii de la •j^ Reine, et l'abbé de Foix, homme de grande intrigue, ^ et tout-à-fait despendant de la maison de Guise, furent ^ menés à la Bastille; et quant au père Ghant^oube, on ^. I ae contenta de luy envoyer un ordre du général de l'O ratoire pour le faire aller en leur maison de Nantes, icsroyant qu'il y obéiroit ; mais au lieu de cela, il se retira en Flandre.

Le Roy estant aUé ce jour-là coucher à Senlis, le ^ mareschal de Bassompierre , qui , nonobstant les avis u qn*îl avoit eus, l'y estoit venu trouver, y fust le lendemain arresté prisonnier par un lieutenant des gardes , ^a corps. Or le cardinal de Richelieu obligea le Roy à r le faire, quelque répugnance qu'il y eust, sous le pré- *^ texte qu'ayant receu tant de bienfaits et de grâces de : la Reine mère pendant sa régence, il estoit outre cela *" lié d'une sy estroite et ancienne amitié avec la prin*- ^ eésae de Conty, qu'on ne devoit pas douter qu'il ne fust . des plus avant dans leur party, ny croire qu'ayant une ""^ éberge aussy principale dans la maison du Roy que r «elle de colonel général des Suisses, il n'en abusast s'il ^' en trouvoit l'occasion.

^ Mais bien plus vraysemblablement pour la craititè ^ qu'il arroit de luy ; car n'estant pas aussy souple et aussy

l84 £l63l] RUPTUHE os MCUBUKir

soumis .qu'il fidloit que le fussent ses aïois, et.àyant mesme eu en diverses occasions de petits diffin^endi ensemble, il Tapprëhendoit plus que tous les autres de la cour, croyant que dans les grands entretiens qu*il avoit avec le Roy , parcequ il luy estoit sy agréable qu*ii luy parloit souvent en particuli^, il pourroit trouver des occasions de luy nuire , et s*en servir. De sorte que sur ce fondement, et non pour aucune faute qu'il eott commise, il le fist mettre en prison, et n'osa despnis i^en desdire ni Ten tirer, quelques pressantes sollicitations qui luy en fussent faites.

Dès que le Roy fust amvé à Senlis, il renvoya M. de La Ville-auz-Glercs, secrétaire d^Ëstat; à Compi^^, avec une lettre pour la Reine mère, par laqudle, tesmoignant beaucoup de regret que la nécessité de ses affaires Teust contraint de se séparer d'elle, il b SMpplioit de vouloir aller à Moulins , qui estoit à elle, et dont il luy donneroit le gouvernement de la province, afin qu'elle y peust estre avec toute autorité, offrant en ce cas de luy faire rendre Vautier son médecin, ainsy qu'dle avoit montré le désirer, quoyqail èust des intelligences avec diverses personnes fort contraires à son service, mais parcequ'il fH*éféroit sa santé à toutes choses; et luy disoit aussy qu'en attendant qu'elle partist elle pourroit', sy elle vouloit, se promener partout où il luy plairoit, en le faisant sçavoirao maresdial d'Estrées.

Ce que M. de I^a Ville-aux-Glercs luy ayant con6nné de bouche, elle se prist à pleurer, disant qu'elle estoit bien malheureuse qu'après avoir, durant toute sa vie, tesmoigné tant de passion pour le Roy , il se laissast persuader par ceux qui ne Taimoient pas à la quitter,

i AVEC LA RE11«£ UËHE. [l63l] l8$

i et faire une chose qui leur pourroit estre enfin sy pre* i judiciable ; et ne refusa Moulins que sur ce que la peste Il y ayant este, elle demandoit qu'on, la laissast demeurer U à Nemours, en attendant que le soupçon du mauvais p air Tust passé, et que le chasteau mesme, qui n'estoit ti: pas alors logeable, fust réparé. Mais pour le gouver- ^ nement, elle dit quelle nen avoit point de besoin, ne ^ Tonlant plus se mesler de rien.

^2^ Le Roy ayant ceste response , et croyant que la dif-

^ficulté d'aller à Moulins estoit plustost pour gagner

temps, et de concert avec Monsieur, que pour toute

^^autre raison, il voulust voir ce que Monsieur feroit, et

^jêy sa séparation d'avec la Reine, luy ostant toute es-

^pérance qu'elle peust ruiner le cardinal de Richelieu,

il ne se laisseroit point plus facilement persuader que

jpar le passé à revenir auprès de luy. C'est pourquoy il

^ envoya le cardinal de La Valette, dont la personne

^ne luy estant pas désagréable, pouvoit mieux que toute

.autre, par son bon esprit, luy faire voir le tort qu'il se

— ^isoit de se tenir ainsy hors de la cour, où il pouvoit

. Mulement vivre dans le lustre et la considération deue

ï sa naissance.

Plusieurs gens ont creu qu'il seroit aisément entré

Jans ceste considération, et en eust esté persuadé, sy

. Aessieursde Puy-Laurens et Le Coigneux,qui croyoient

tu*apràs ce qu'ils avoient fait il ne pouvoit plus y avoir

le seureté pour eux dans la cour, quelquesj assurances

Ju*on leur donnast du contraire, ne luy eussent repré-

^até que le cardinal de Richelieu ayant bien eu le

Pouvoir et la hardiesse de faire arrester la Reine mère,

^ la tenir comme prisonnière à Compiegne, il n'y

' ivoit plus rien qu'il n'osast entreprendre contre luy-

l86 [l63l] RUFTDEE DE miCHBUBU

mesme. U en eust une telle peur que, .craignant h prison plus <{ue toutes dioses, il se porta à tout ce q)i1ls Toulnretit » et refusa touft^s sortes d^accommodeawtt, plustost que de s^ên mettre au hasarda

Ce qui Ayant obligé le Roy à vouloir finir àvee Iny, et ne le laisser pas davantage au milieu de son royanSM» excitant tout le monde à se soudever , comme il tÊoit averty qu'il faisoit, il partist de Paris pour aller kO^ léans. Mais Monsieur ne Ty attendist pas^ et se retîn en BourgongnCy où il croyoit que M. de Bellegarde, qui en estoit gouverneur et y avoit grand crédit, I117 pourroit donner une retraité assurée , et moyett d*y subsister; comme il auroit peut-estre fait sy le Rojae Ty enit pas suivy. Mais aussytost qu*il parust, toot k monde se déclarant pour luy , Monsieur fiiat contitiiit d'en partir; et n'osant pas s'enfermer dans Setve, qui éstoit à M. de Bellegarde et assés bteh fortifié, de se retirer dans la Franche-Comté , où M. de Bdleganie mesme fust aussy avec luy.

Le Roy alla ensuite à Dijon, où il fi^ vérifier me déclaration contre tous ceuir qui avoient suivy Msa* sieur, et en envoya une semblable à Paris, où ladraff ne se passa pas aisément, tant ceux du parlemeol tftoient infectés de la haine que la Reiue mère et Modsieur portoient au cardinal de Ricbdiieu, et de8ire«x<k choses nouvelles. Mais le Roy s'y opiniastrant, il ftlliit qu'on le fist.

Geste affaire achevée, et la province laissée paiabk^ le Roy retourna à Paris , d'où il envoya vers la Rase mère, pour esprouver sy voyant Monsieur hors ^ royaume, et devant perdre toute espérance qo^ sj fist aucun mouvement dont elle peust profiter, eOe ne

▲VKC LÀ KEIME MEA£. [f63l] 1 87

iroucliX)it point se portei* à ce qu'il desiroit. Le niâixjuis le Saint-Giiaumont y fust le premier, et puis le mareschal de Schomberg et M. de Roissy ; et on luy fist iussy parler diverses fois par le mareschal d'Ëstrëes, luy proposant Ângei^ ou Tours, puisqu elle moristroit tant d'aversion pour Moulins.

Mais plus on la pressoit^ plus elle s'opiniastroit au contraire, voulant demeurer à Compiegne, non seulement parcequ elle s'y voyoit plus proche de Paris, et poiuToit y estre plus promptement sy l'occasion s'en oflroit, par la mort du Roy , que tous leurs faiseurs dlioroscopes assuroient estre prochaine , ou pour quelle autre subject; et que Monsieur ne pouvant aller ^*en Lorraine pu en Flandre, ils se pourroient aisejpent donner la main s'il en estoit besoin : mais encore k cause de l'avis qu'elle avoit eu qu'on la vouloit en- Mjer à Florence, et que se souvenant que le cardinal jt Richelieu luy avoit autrefois dit que sy M. de Luynes }UÉL eu de l'esprit, il l'y eust fait aller aussytost après A mort du mareschal d'Ancre, elle ne doutoit point fue luy qui en avoit ne le voulust faire; et en ayant Ine extrême appréhension, refusoit tout ce qui tourtoit de ce costé là.

ElUe entretint bien quelque temps l'espër^ice d'aller Ohartres ou à Mantes, où on luy promettoit que le Loy ^ trouveroit, et que selon qu'elle s'y conduiroit, t dans le lieu où on la vouloit envoyer, on pouiroit Mftés raoyenner son retour auprès du Roy. Mais cç l'estoit que pour amuser, pendant qu'elle cherchoit 'udqtie autre party qui fust plus à son gré , et plus onforme aux desseins qu'elle avoit ; son despit crois* ant tous les jours de telle sotte , que voyant qu'elle ne

l88 [i63l] AUPTORB D£ RiCUELIEtJ

pouvoit faire clianger le Roy /elle se porta enfin, pour s en venger y à des extrémités qu'on n'auroit jamais imagînëes; mandant au comte de Moret, qili estoit ifec . Monsieur I d'essayer de disposer le marquis de Tardes son beau-pere , et qui àvoit la survivance du goovanement de La Capelle, à l'y recevoir, croyant qu'cDe j seroit en seuretë, la place estant assés forte et amés voisine de Flandre pour en estre secourue s'il en etoit besoin , les Espagnols ayant trop d*interest d'entretenir du trouble dans la France pour la laisser opprimer, et se persuadant qu'elle y feroit tout au moins lo mesmes choses qu'à Angoulesme, où elle fist un traite sy avantageux; joint qu'elle y pourroit donner retraite à tous ceux de ses amis qui seroient persécutés, et rendre les autres plus hardis de se souslever, la voyant en estât de pouvoir faire diversion s*il en estoit besoin. Or le marquis de Vardes, qui avoit une grande pente de ce costé-là à cause du comte de Moret, qu'il aimoit exti'emement, et qui n'estoit pas trop satisfak du cardinal de Richelieu, s'y porta aisément, ne doutant point de faire de la place ce qu'il voudroit, ))a^ ceque son père, qui estoit fort vieux, n'y alloit jdas.

Dont la Reine ayant esté aussytost avertie , elle eost d'autant p||is d'envye d'y aller qu'il s'y trouvoit alon plus de facilité qu'elle n'a voit espéré; car le Rot croyant que son opiniastreté à ne partir point de Cobpiegne ne venoit pas seulement du voisinage de Puis et de la Flandre, où Monsieur estoit, comme onfavoit jusques là imaginé, mais de ce que voulant qa*0B la creust prisonnière, pour rendi*e par là le gouveniement plus odieux , et donner plus d'envye à ses amis de la deslivrer 9 elle ne le pouvoit sy bien persuader de

Avec 1.A IRISE MERE. [lfi3l] l8y

tout autre lieu que de Compiegne , tant à cause de la garnison, et qu'elle ne sortoit plus du chasteau pour se promener, comme elle faisoit au commencement, que parcequ'on l'y eust veue aller en toute liberté'.

De sorte que le Roy, pour empesclier que ces bruits De counissent avec quelque sorte d'apparence, et, Inv faisant voir aussy que cest artifice Juy seroit inutile, la porter plus facilement à s'accommoder à ses volonté, fist sortir de Compiegne le régiment de Navarre, qui avoit relevé les compagnies du régiment des Gardes, 1« comte d'Alais avec la cavalerie, et le mareschal tl'Eslrées; n'y demeurant mesme personne pour veiller MIT ses actions.

Quelques uns se sont imaginés que le cardinal de I Richelieu l'avoit fait exprès pour hiy donner cnvve I d'en sortir d'elle-mcsnie , et rendre par là sa cause plus I maavaise auprès du Roy ; et qu'ayant aussy logé beau* i^oap de cavalerie pour couvrir Paris et empesclier fiqa'elle n'y allast, il n'en avoit point mis du costé de |yiandre pour luy laisser le passage libre, et le moyen l' de s'y retirer. Mais comme cesle mesme liberté d'aller { «D Flandre luy donnoit aussy celle d'aller h La Cn- ' pelle, ou en quelque autre forte place de la frontière, ■1 n'y a guère d'apparence que le cardinal en eusi voulu prendre le hasard, j>our ]es grands inconvénienfi <jui en eussent peu arriver, et dont le Roy auroit eu grand subjeci de se prendre à luy.

De sorte que, sans ni'airester davantage à toutes ces imaginations ausquclles il y a ordinairement pcii de seuielc, je diray simplement ce qui parust : qui fuit que la Reine mère se vovant assurée d'eslre receue à l.a Capellc, et le chemin luy en estre ouvert, elle

190 [l63l] RUPTURE DE RLCHBLIEU

se résolust d'y aller devant qu'il y peust arriver da

changement ; de sorte qu'il ne fust plus question que

de préparer les choses de telle manière qu'elle le peuit

faire en un >our9 afin que les geos de guerre qui »-

toient des autres costés ne peuasent pas l'attraper tt Ten

empescher. Mais cela estant impossiole sans mettre des

caresses de relais sur le cbejnÎB,, ot fiist ce qui gatfa

tout. Car ayant esté envoya à Sm», «{uelqu'iifi es prist

à l'heure mesme ombrage, et en avertist le caixbntl de

Richelieu, qui soupçonnant aussytost que c'esloit (nor

La Ca pelle, le marquis de Vardes s'estant laîsté gagner

par le comte de Moret, voulust néanmoins pour s'en

esclaircir qu'on luy mandast de venir trouver le Rot-

A quoy ne sçachant pas que la Reine fust sy preste de

partir qu'elle estoit, il obéist tout<-à<-rheure.

Mais ayant, un jour après, esté averty qu'dlen'at* tendoit plus rien, sinon qu^il fust à La Capdlt poor l'y recevoir , il s'y en alla sans dire adieu : ce qai obligea le Roy d'escrire à M. de Vardes ce que son fib avoit fait, et qu'ayant soupçon qu'il ne voulus! se rendre maistre de la place pour y donner retraite à h Reine mei^e, il y allast promptement pour l'en empe^ cher, et la garder pour son service.

A quoy M. de Vardes, qui estoit très bon sernleor du Roy, et ne vouloit pas que dans une place <{a*oo luy avoit confiée il se fist rien contre hiy, ayaat à l'heure mesme obéy, il marcha sy diligenunent, cdcore qu'il fust desja fort vieux, et qu'il y eust plasck quarante lieues de sa maison de Vardes ^ oà il asioit, jusques à La Capelle, qu'il y arriv» plustosl qoeb Reine; et y estant entré sans que le marquis de Vardes le sceust, et s'estant fait reconnoistre par les offi'

AVBC LA REINE MtlE. [l63l] l()l

«iers, t]ui y «voient tous est<t mû de sa main^ il alla trouver son Sis , qui fust bien estonné de le voir, et le fist sortir avec sa femme, l'evesque de Léuo , et tous ceux qu'il creusl despeiKiie d« luy^ de sorte qu'il ne peust faire autre cliose que d'envuyer dire à la Heine ce qui s'estoit passé, et qu'il n'estoit plus en son pourvoir de luy ouvrir la poitc.

Il Quant à la Heine, elle pnrtist de Compiegne le lit 8 juillet, k dix heures du soir; et estant soitie de la ville avec le lieulenant de ses gardes seulement, qui la nienoil, elle monta dans le carosse de madame de 'Fresnoy, qui l'attendoil lioiï de la porte; et ayant trouvé à Rosny un des carosses qui cstoient à Sein, '^i vint au devant d'elle jusques là, elle v entra; et 'nos sarrester elle alJa disner h Sein, ob elle apprist ce qui s'estoit fait à La Capelle.

- Cette nouvelle la surprist et lu troubla extrêmement, lac sachant que devenir, ni quel party prendre; car de potoumer à Compiegne, aller errante, et cherchant Quelque lieu de seurete uil on la voulust recevoir, ou (lemeurer où elle estoit, seroit se livrer elle-mesine à «es ennemis, qu'elle croyoit qui ne hiy pardonneroient pas, ayant un subject sy plausible uagir contre elle avec toute vigueur ; que d'allei' aussy en Flandre, il seroit sans doute toul-À-fait estrange et mal reccu de toute la France, où elle devoil cuntervei' quelque réputation, elle-mesme ayant plusieurs fois dit, comme une chose tout-à-fait impossible et qui ne pouvoit jamais arriver, que qui l'auroit perdue ne l'allast pa* chercher dans les terres du roy d'Espagne. De sorte (jn'elle demenra loagtempsen suspens, et sans scnvoir à qaoy se re'soudre : mais enfin , forcée par la n^essitë

193 [l63l] RUPTURE DE RICHELIEU

d*aller en quelque part, CH; ne voyant point dTiiitre lieu où elle peust estre en seuretë que celuy là, éOe s j rësolust, et fust coucher dans un village des despendances de la Flandre, et le lendemain à Avennes, oà elle navoit garde d'estre malreceue, puisqu*oD tient pour certain qu'un des trois carrosses qui rattendoient à Sein estoit au gouverneur d'Avennes..L*Infaole en ayant este promptement avertie ^ luy envoya des gens et des irarrosses pour la mener à Bruxelles , où oo li traita comme il appartenoit à une sy grande reine.

Quand le Roy le sceust^ il en fust extraordinairement touche y ne pouvant supporter que sa mère eust mienx aymé se jetter entre les bras des Espagnols que de s'accommoder à ce qu'il vouloit, et qui estoit sy raison* nable ; croyant qu'il y alloit de son honneur, et que tons ceux qui ne seroient pas bien informés des grands sob» jects qu'il avoit eus de se séparer d'elle pour quelque temps, et ne verroient pas qu il ne pouvoit faire antrement s.ms mettre toutes ses affaires en très grand péril, le condamneroient comme ayant manqué de naturel pour celle qui Tavoit mis au monde : ce qui Inj donnoit une extrême peine. Mais considérant enfin que ceste démarche montrant le fond du cœur de la Reine sa mère (ce qu'il ne s'estoit point voulu jnsqueslà iipiginer, tant il le trouvoit hors d'apparence ), et que h croyance qu'elle avoit donnée aux mauvais esprits en qui elle se fioit, l'ayant portée à traverser autant qu'elle avoit peu tout ce qui s'estoit fait de plus glorieux et de plus avantageux pour luy et pour la France, Inj avoit encore fait faire des cabales dedans et dehors la cour, et fomenter les prétendus mécontentements de Monsieur , qui n'avoit rien fait que de concert arec

AVEC LA REIKTE MERE. [l63 l] IQS

elle (en quoy, bien qu'ils prissent pour prétexte le cardinal de Richelieu qu'ils vouloient faire chasser , on ne pouvoit pas néanmoins douter que ce n'estoit qu'à luy qn^ils s'adi*essoienty puisque ce ministre ne faisoit rien qu'avec sa participation et par ses ordres); et voyant que y quelques avances qu'il eust faites pour yer de la regagner et de la retirer de ses intrigues jpour s*accommoder à ce qu'il desiroit, et, continuant jTassister à ses conseils, vivre avec luy comme eUe avoit accoutumé y elle n'en avoit voulu rien faire , choisis- Mit jduitost de s'en aller avec ses plus grands ennemis : ^ jugea qu'estant dans une sy estrange disposition, il ^>lloit mieux pour luy qu'elle fust en Flandre qu'en "Quelque autre lieu de France que ce fust, estant très ^^teiré que beaucoup de gens qui n*auroient pas fait ^Ifliculté de la servir, croyant que ce ne seroit que de *$V sortes de cabales qu'ils avoient accoutumé de voir, fl qui se terminoient ordinairement par de ces petites civiles de peu de durée, sy conformes au génie y François, ne le feroient pas quand ils y verroient Espagnols mesiés, et qu'ils en pourroient tirer tout fts^antage. Il se résolust de prendre patience, et de r cependant sy bon ordre à ses aSaires qu'il n'y arriver de mal, espérant que Dieu ou changeroit it de la Reine, ou, en luy continuant son assisce, luy donneroit moyen de se garantir de tout ce A^on voudroit faire contre luy.

^ ^uant au cardinal de Richelieu , il y trouva tout-à- %t son compte ; car cela vérifiant tous les pronostics ^^11 avoit faits de ceux qui conseilloient la Reine i«^irey et que ne pouvant souffrir ny l'autorité que le 0:^y s'estoit acquise dans son Estât, ny ses prospérités ■c 5i. i3

'94 [l63l] RUPTURE DK HICHELIBU

au dehors, ils chercheroient à la troubler par qndqsf autre biais que ce fust , il s'aflfermist de telle aorte dans Tesprit du Roy , que rien despuis ne le peust esbranlcr.

Et pour ce qui regardoit la Reine mère, il se moQtra sy modéré et sy désintéressé, que bien loin de diercher à la tenir tousjours eslongnée pour s*en venpr, ou comme y croyant trouver plus de seurelé, il a» seilla continuellement au Roy de faire tout ce qil pourroit pour l'obliger à revenir; faisant envoyer na elle expressément pour cela, avec offre de touskibiBi traitemebts qu'elle pourroit désirer » sans autre coiitîon que tfoster d'auprès d'elle le père Chantekée, et tous les autres mauvais esprits qui Tavoient portée à ce qu'elle avoit fiait.

Mais elle le refusa tousjours , et pouvant cstieb plus heureuse du monde y se rendist par son opîMtreté la plus malheureuse; car sy voyant le Rojt» loir gouverner ses affaires à sa mode, et n'estrepb sous sa tutelle y elle ne s'y fust point opposée, et nctf pensé qu'à se reposer, et jouir paisiblement des gi^ avantages qui lui fussent demeura d'avoir gouTenék royaume pendant sa régence et despuis encore aw tant de bonheur et de gloire, il est très certain qnek Roy l'auroit tousjours parfaitement honorée et rap^ tée; et que le cardinal de Richelieu mesme, qvf* qu'elle ne l'eust plus aimé, auroit néanmoins coDri* de tout son pouvoir pour la tenir satisfaite et mo^ par là sa reconnoissance.

Mais, soit que la souveraine autorité ait àt ti charmes qu'on veuille tousjours la conserver à f* que prix que ce soit, ou qu elle y fost poussée parfl^ en qui elle avoit trop de croyance, et qui ftmt^

AVEC LA HEinE HEBE. [t(i3l] 1^5

tout gouverner sous m>d nom ; tant y a qu'elle ayina mieux entrer dans tous les embarras où on l'a veuc , et n'eu sortir pas, comme on Iny ofiroît, que de cifder, et souliiir que le Roy gaidast le cardinal de Biclielieu après qu'elle ne l'aimoit plus, et, s'accoutumant à se servir de gens qui ne luy seroient pas agrëaldes, ne fist plus tout ce qu'elle vuudroit : n'ayant point fait de difliculté de prendie pour cela toutes les plus estranges réiolutions qu'il se puuvoit, comme de s'entenJt-e avec tous les mécontents du royaume, et les porter k la re'- Tolte; de paiticiper k tout ce que faisoit Monsieur; et enfin de se retirer avec les Espagnols pour lem' demander secouis, les assurant qu'elle seroit assistée d'une iiifmit^ de gens qui despendoient d'elle. D'où, concevant de grandes espérances de voir une guerre civile dans la France, ils ne manquèrent pas de luy promettre toute sorte d'assistance, et de luy faire le Hie illeur traitement qu'ils peuvent.

Mais ils furent tous trompes; car les Espagnols .«voient tant d'aifaires ailleurs, qu'au lieu de luy donpner moyen de faire la guerre, ils ne peurent haîller ^u'un très chetif secours à Monsieur lorsqu'il entra en ^arnies dans la France , en l'année i63a ; et pour le .grand nombre de gens qui se dévoient déclarer pour la Beine, il n'y eusl que le seul duc de Montmorency qui le fist, lequel ayant esté défait et pris despuis mesme oestre joint avec Monsieur, rendist les autres sy sages que pas un ne branla.

De sorte que les Espagnols voyant qu'elle leur ap-

Epurtoit une grande despencc et nulle utilité, ne son-

laercnt plus qu'à s'en desfaire, l'ayant contrainte de

soi-tir de chez eux, et d'aller chercher ailleurs une

196 [l63l] HUPTUEE DE HICHBUBU, ETC.

retraite ; lacpelle n'ayant peu trouver en Hollande nj en Angleterre mesme, quoyque la Reine fîist sa Glle, elle fust enfin forcée de se retirer à Coulongne, où eUe finist ses jours fort misérablement , laissant un bd exemple du danger quil y a, mesme pour les pb grands, de suivre ses passions, de s'abaDdonner à leor conduite, et de n'avoir pour conseiUers que des flatteurs ou des gens intéressés; car tout cela ensemble b réduisist en Testât qu'on a veu.

Au reste, sy ce que |e viens de dire se trouve esoi en quelque autre lieu d'une manière diflR^reote, et pvticulierement du jour que se fist la dernière mptne d'entre la Reine mère et le cardinal de Rideiei (qu'on appela la journée des dupes, parceqa'on cre^ au commencement le cardinal descredité, ^ i s trouva enfin que ce fust la Reine mère), c^est MÊSKt ment pour favoriser quelqu'un des partis ; car j'ai if pris ce que j'ay mis icy de gens qui le sçavoieat 9 bien, et qui n'avoient aucun subject de me ledespiser, que je crois pouvoir assurer qu*il est

RELATION

DE

Page 1