LA CAMPAGNE DE LORRAINE
EN i635.
£i635] JJiEIf qu'on eust tenu à M. de Puy-Laurens tout ce qu'on luy avoit promis pour l'obliger à faire revenir M.' le duc d'Oi^léans de Flandre, et que son mariage avec une cousine du cardinal de Richelieu le deust rendre assuré des bons traitements qu'il recevroit à Favenir, il avoit si longtemps vescu dans le dâordre, et esloit sy accoutumé à ne suivre que ses fantaisies, ^ les Espagnols ne le contredisant en rien (tout ce qu'il ^ £Biisoit de plus mal à propos allant tousjours ou contre ^la France , qui estoit ce qu'ils demandoient, ou servant à décrediter Monsieur parmy les Flamands, ce qu'ils ne vouloient pas moins), qu'il se lassa incontinent de se voir en lieu où il falloit vivre avec plus de régularité el de contrainte. De sorte que, par une légèreté qui n'a guère d'exemples, il ne fust quasy pas plustost à Paris qu'il eust envie de retourner à Bruxelles et d'y remener Monsieur, ne craignant point ce qui en pourroit arriver, et que les Espagnols l'ayant une autre fois entre leurs mains, ne l'en laissassent pas sortir comme ils avoient fait; dont le Boy ayant esté averty, et voyant le péril où il mettroit la personne de Monsieur, et le mal que luy et le royaume en pourroient recevoir, il
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le fist prendre prisonnier par M. de Gordes, capitaine des gardes, comme il estoit venu au Louvre pour estudier un ballet avec luy y envoyant au n^esme temps arrester messieurs Du Fargy, Du Coudray-Montpensier et autres de ceste cabale , et despendants de luy.
Geste prise s'estant faite sans que Monsieur en eust tesmoigné tout le ressentiment qu'on appréhendoit, et n*y ayant plus personne auprès de luy qui parust assés accrédité pour le pouvoir porter à une chose sy desraisonnable et sy honteuse pour un fils de France et un présomptif héritier de la couronne (car il faut noter que le Roy n'a voit point encore d'enfants) que de vttourner sous la puissance des Espagnols , comme eust fait M. de Puy-Laurens; le cardinal de Richelieu creust que rien ne pouvant plus troubler le dedans du royaume, le Roy pourroit penser au dehors en toute liberté.
C'est pourquoy il luy représenta, à ce qu'on disoil alors, le mauvais estât où la perte de la bataille de Norlingue avoit réduit les Suédois, et le grand intercst qu'U avoit de les secourir plus fortement que par k passé, afin qu'il y eust tousjours en Allemagne un paitj assés puissant pour empescher l'Empereur de s'en rendre maistre : ce qui ne se pouvoit faire qu'en y envoyant toutes ses forces pour les joindre à eux , ou, par diversion, i*ompant avec le roy d'Espagne, et faisant une guerre de couronne à com^onne.
Que l'envoy de toutes ses forces en Allemagne leur pourroit sans doute beaucoup aider ; mais qu'il scroit à craindre que le roy d'Espagne, qui n'appréhenderoH plus la France en nulle autre part, envoyant aussr toutes les siennes à l'Empereur, cela ne servist tout au pli^s qu'à les maintenir en lestât qu'ik estoicul,
DB LuKKÀIKK. [l635] 1^
el non pas It^ relever, comme il estoU nécessaire.
Qu'il n'en pourroit tirer aucun avantage particulier, tous les Allemands, me^iiie ses allies, ne voulant poiBt qu'il prist d'est ablisseinent en Allemagne, parcequ'estant tous protestants et luy catliolique, ils craignoient quel'interest de la religion ne le (ist estrc contre eux quand il veiToit n'en avoir plus affaire , et causerait (leut-eslre à la fin quelque mésintelligence, ou mesme de la division avec les Suédois, estant bien malaise que de sy grandes armées, composées de gens sy diOerenls de religion, de mœurs et quelquefois d'inteiests, peus- Bent estre long-temps ensemble, et s'accorder tousjours bien.
Que la rupture avccleroy d'Espagne feroit des effets tous contraires (car, luy estant le moyen de secourir l'Empereur au&sy puissamment qu'il avoit fait jusques là, elle produiroit apparemment le restahlissenient des Suédois, pourveu qu'on leur cuntlnuast les secoui's actwutumés, comme il se pourroit faire aisément) ; ne donneroit aucune crainte aux Allemands, quelques conquesbes qu'on fist en Flandre ; et tiendroit sy eslongnë desSuédois.quiln'y pourroit point arriver (le division.
Qu'il devoil néanmoins s'attendre qtie ceste propocitioD seroit contredite et désapprouvée de beaucoup de gens, tant parceque, ne voyant pas clair dans de telles alVaires, ils n'en connoislroient pas bien le besoin ny les avnnlages, que parcequ'ils feroient peutestre scrupule de rumpie une paix sy sulemnellement jurée, sans un subject, à ce qu'il leur semblerait, assez apparent, et en appréhcnderoieut mesme les suites, à cauiie des exemples passés.
Mais que rien de tout cela ne luy devoit faire peur,
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parcéqu entre les princes les traites ne sont jamais sy religieusement observés qu'ils ne trouvent tousjours de quoy les rompre justement quand il leur en prend envye ; et que les temps ob. on avoit eu de grands désavantages contre les Espagnols estoient sy différents de ceux-cy, qu'on n'en pouvoit tirer aucune consequena pour l'avenir y attendu que pendant les règnes de François premier et de Henry second l'empereur Charles- Quint, qui vivoit aloi^ et estoit aussy roy d'E^gne, avoit toute l'Allemagne en sa disposition ; l'intemipdon qu'il y avoit quelquefois eue s'estant aussy tost réparée, ainsy qu'il se vist au siège de Metz et ailleurs. Qall avoit, outre cela, les Pays-Bas tout entiers, l'Angleterre le pllis souvent favorable; et, à la reserve des Vénitiens, qui furent quelquefois d'un costë et quelquefois de l'autre , quasy tousjours toute l'Italie poar luy ; joint que les Indes ayant esté nouvellement descouvertes, il en venoit alors bien plus d'or et d'argent qu'en ce temps-cy ; et pour la guerre qui se fist di temps de Henry rv, qu'il falloit considérer que la France ayant esté presque toute ruinée par la Ligue, elle n'es* toit pas encore tout-à-fait finie.
Que présentement l'Espagne et l'Allemagne estoient sous divers princes, et l'Empereur si foible, que s'il vouloit donner de grands secours au roy d'Espgne, l'avantage qu'en pourroient tirer les Suédois, trouvant ses armées fort affoiblies, ne luy permettroit pas de continuer longtemps ; que les Pays-Bas estoient divisés, et que ce qui en restoit aux Espagnols n*e$taot pas suflSsant pour résister aux Hollandois , ils estoieot forcés d'y faire venir la pluspart de ce qu'ils tiroient d'ailleurs, tant en hommes qu'en argent.
DE LOKBAIKB. {^l635] ^O 1
Que l'Angletene ne pouvoit nuire ny aider à personne; que le duc de Savoye seroit jiour luy, et le reste de l'Italie au moins neutre; qu'il esLoit tiien plus demeui'é de l'or et de l'argent venu des Indes dans la France que dans l'ËIspagne; qu'il avoit outre cela chez luy tant d'iiummes propres pour faire la guerre, qu'il oe seroit pas contraint, comme on esloit autrefois, à n'avoir quasy point d'infanterie qui ne fussent Suisses ou Allemands, qui estoient d'une despense excessive, et causoient souvent par leuis mutineries la ruine des meilleures entreprises.
Et enfin qu'il devoit regarder lequel il aimeroit le iDÎeux, ou de rompre avec le roy d'tCspagne pendant qu'il en pourroit vraysemblablement tirer de l'utilité, ou d'attendre que ce fust luy qui le fist quand il veiroit l'Empereur maistre de l'Allemagne, et qu'il pourroit avoir toutes les forces de ce pays-là pour joindre aux siennes et les porter dans la France; bien assuré que le scrupule de manquer à sa parole ne l'en erapescheroit pas, puisque les Espagnols n'ont accoutumé de la tenir qu'autant qu'il leur est avantageux de le faire, et qu'ils croiroicnt trouver dans la conqueste de la France celle de tout le reste du monde.
Ces raisons, jointes à plusieurs autres que la sublimité de l'esprit du cardinal de Richelieu luy firent trouver, ayant tout-à-fait persuadé le Roy, il ne fiist plus question que de penser aux moyens de l'exécuter en la meilleure manière qu'il se poun-oit; et d'autant qu'on voyoit les grandes diflicultés qu'avoient les Espagnols à se deilendre dans les L'ays-Bas contre les Hollandois tout seuls, on espéra que le surcroist des armes de France y arrivant, et se joignant à eux dans
aOl [l635] RELATIOIV DE LA CAMPAGHS
le cœur du pays , elles y porteroient un tel efiîroy qae rien ne leur résisteroit : ce qui sembloit d*aQiant meillear qu*il estoit conforme aux desseins qu*on diioit qu'avoît Henry4e-Grand quand il iiioiirust; et M. de Ghamacë fust à l'heure mesme envoyé en Hollande, pour y disposer les Estats et le prince d*Orange.
Us furent tout ravis d'entendre parler de la rupture, mais non pas de la jonction ; et le prince d'Orange pirticulierement en faisoit de grandes difficultés : car encore qu'on luy offrist le commandement de l'année dn Boy et de luy donner un pouvoir pour cela, il craignoity connoissant l'humeur des François, qu'ils ne l'engageassent dans des choses qui ne luy plairoient pas, et qui seroient contraires à ses interests et à sa conduite ordinaire.
Le grand avantage néanmoins qu'ils pensoicnt tirer de ceste rupture , qu'ils desiroient il y avoit sy longtemps, leur ayant enfin fait donner les mains à tout oe qu'on voulust, il fust résolu, afin que les Eq>agnols n'eussent que le moins de temps qu il se pourroit pour se préparer, que Ton se mettroit en campagne dès que la saison le permettroit, et que l'armée du Roy serat de vingt-cinq mille hommes, laquelle se trouveroH ï Mezieres au commencement du mois de may ; et passant par le Luxembourg et le pays de Liège, se reo-
droit vers le quinze ou vingtième du mois à , où
l'armée de Hollande se trouveroit aussy.
Quelques uns disoient qu'il se fist alors une séparation du pays, et que tout le Brabant devoit estre pour les Estats; la partie de Flandre qui parle allemand, pour le prince d'Orange; et le reste pour le Roy. Mais, soit qu'il ne fust pas vray, ou que les choses n'ayant
DE LunnAtitE. [i635] ao^t
pas réussy comme on pretendoit, il n'y eusl pas lieu de le faire esclaler; tant y a que despuis cela il ne s'en parla plus.
M. de Cliarnaoî estant revenu avec la responcequ'on desiroit , le Roy , pour ne manquer pas à ce qu'il avait promis, envoya des ordres liien exprès à toutes les troupes destinées pour la Flandre de se trouver à Mezieres au jour arreste'. Le commandement en fusl donne' aux mareschaux de Cliâtillon et de Breze', pour obéir toutefois au prince d'Urange quand ils seroient ensemble, à cause de sa grande expérience et capacité!; et les marei^iaux de camp furent le marquis de Tavannes, et messieurs de Lambert, Cliastclier, Berlot et Cliarnacé.
Mais afin de donner tout d'un couplant d'affaires aux Espagnols qu'ils ne sccussent ausquelles entendre, OD fist au mesme temps partir toutes les troupes destinées pour l'Italie sous la ciiarge du maresdial de Oéqiiy, lesquelles se dévoient joindre k celles de M. de Savoye, et entrer dans l'Estat de Milan; et on renforça celles que^commandoit le maresclial de La Force en Lorraine, pour tenir les Impériaux qui estoieul en Alsace sy occupe's qu'ils ne peussent pas aller autre part ; ensuite de quoy un héraut parlist pour aller sur la fiuntiere de Flandre déclarer la guerre.
Or parceque ceste déclaration ne fust pas seulement causée par le besoin présent, mais comme par une mite nécessaire de toutes les choses qui s'estoient faites despuis que les Espagnols avoient usurpé la Valtoline et assiégé Casai, appartenant aux alliés du Roy ; et mesme encore de la division née longtemps auparavant entre les roys de France et d'Espagne, nonobstant qu'après <jue don Henry, frère bastanl du ruy don Fedre de
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Castilley ayant par les secours du roy Chailes du» quieme obtenu la couronne de Castille, il y eust eu une sy grande amitié et liaison entre les François et les Castillans , qu'on disoit n'y en avoir point au monde de pareille, estant de roy à roy, et de royaume à royaume.
Je cix)is qu'il ne sera pas mal à propos de dire ici comment ceste giande correspondance et union, qui dura jusques à ce que la reine Elisal)eth de Castille eust espousé le roy Ferdinand d'Aragon, s'est ix>mptte aa point où. nous la voyons ; et de montrer comme ce n'a point esté par Fenvye que les François ont eue de la grandeur des roys d'Espagne, ainsy que les EIspagook le veulent faire croire, mais par divers subjects qn'ik en ont donnés, rompant tous les traités qu*on avoit&ib avec eux, ou abusant de la bonne foy avec laquelle on les gardoit, ou enfin se rendant tous) ours les agresseurs, et cherchant à destruire la France en quelque façoo que ce fust.
Le royaume de Naples fust ce qui en donna le pitmier subject; car le roy Charles vm ayant i*endu à ce roy Ferdinand le comté de Roussillon autrefois engagé au roy Louis xi son père, et mesme sans restitution de l'argent qui avoit esté preste, à condition de ne point secourir directement ny indirectement le roy de Pfaples en la guerre qu'il luy vouloit faire, il luy donna néanmoins de telles assistances dès qu'il vist le Roy party pour retourner en France, que ce fust principalement par son moyen qu'il se restablist dans son royaume, et en chassa les François.
Le second fust que l'empereur Charles-Quint, qoi fust aussy roy d'Espagne, ayant hérité avec les Pa/s-
DE LOHKAINK. [|635] 2o5
Bas des desseins (jue les ducs de Bourgongne avoîent autrefoiseus contre la Fiance, et par lesquels ils avoient failly k la perdre, s'alliant avec tous ses ennemis, et s'y joignant encore {ce (|u'ellc estoit seule rapiilile d'erapesclier) l'establissement de la tuonarchie (iwi»Verje/fe), à laquelle il aspira dès i|u'il se vîst empereur et maistre de tant de pays, il rumpist le traité de Noyon fait avec le roy François, manqua à toutes les promesses qu'il y avoit faites tant pour le royaume de Naples que pour celuy de Navarre, et donna commencement, assiégeant Mouzon et puis Me^ieres, à des guerres qui continuèrent mesme après eux, et jtisques en l'annc'e iSSg.
Le tioisierac vint des grandes sommes d'argent que le roy Philippe ii donna à M. de Cnyse et à tous ses partisans, pour leur aider à se souslever, et à faire une ligue contre le roy Henry m, quoyqti'il eust la paix . avec luy, et qu'il eust refusé, aussy bien que le roy Charles ix son prédécesseur, de recevoir les Flamands, qui se vouloient donner k luy ; l'excuse de la religion qu'il en prenoit n'estant pas rccevable, le roy Henry m estant très bon catholique, et la succession du roy de Navarre, qui estoit huguenot, liup eslongnée ; ny mesme ce que fisl M. le duc d'Aiençon, puisque le Roy n'y eust aucune part, et n'y ayant point eu en effet d'autre raison que le désir qu'il avoit de voir ruiner la France, qui pou voit faire trop d'obstacle à sa grandeur et à tous ses desseins,
La quatrième,. de ce que le roy Henry -le- Grand ayant faict la paix avec ce mesme roy Philippe u, luy et son successeur, le roy Philippe III, jwrlerent tellement M. de Savoye, par les promesses qu'ils luy firent de le secourir, à ne point rendre le marquisat de Saluées,
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qui estoit une pure usurpation, qu^il en falust venir à la force ; d'où le Roy se creust en droit de secourir les Hollandois qui estoient ses alliés, aussy bien que M. de Savoy e du roy d'Espagne, mais dont il avoit encore un autre plus grand subject, puisqu'on vist , par le procès du marescbal de Biron, que les Espagook avoient commencé à le desbaucher de son service, et h conspirer contre sa personne et son Estât , dès Ior mesme qu'il fust jurer la paix à Bruxelles ; et qu'ils continuèrent despuis, gagnant Mairargues pour leur livrer Marseille, n'y ayant rien de sacré pour eux, oj à Tespreuve de leur mauvaise volonté pour la France. Et la dernière, l'usurpation de la Valtoline sur les Grisons alliés du Roy, faite despuis les mariages, et devant que la trêve de Hollande fust finie, et qu'ils peussent dire qu'on leur en eust donné aucun subject; de sorte que le renouvellement de la mauvaise intelligence estant venu de là , et s'estant encore beaucoup augmenté par ce qu'ils firent à Casai et ailleurs cootre le duc de Mantoue, sans autre subject que d'estre De François , toutes les autres raisons qu'ils en alléguoieot n'estant que des prétextes empruntés et sans fondement, on ne peust pas dire qu'ils n'ayent esté la cause principale de tout ce que le Roy a fait despuis contre eux pour s'en ressentir, et maintenir ses alliés tant en Hollande qu'en Allemagne, et enfin de la guerre (pu leur fust alors déclarée.
Quand les Espagnols sceurent ce que le héraut avoit fait, et tout ce qui leur alloit tomber sur les bras,il> présumoient tellement de la grandeur de leurs force* jointes à celles de l'Empereur , de qui ils estoient essorés de tirer tous les secours qu'ils voudroient , et s^
D2 i.onntiHE. [i635] 307
fioient sy fort que n'y ayant poinl d'argent en France qui ne vinst des Indes, et par eux, ils n'auroient qu'à en empescber le transport, comme ils présupposoient qu'il leur seroît aisé en y prenant garde, pour y en faire manquer, qu'ils ne s'en cstonnerent nullement; et envoyant au mesme temps en Allemagne pour en tirer le plus de troupes qu'ils pourroient, ib ne doutèrent point de réduire le Koy à la guerre defTensive, au lie» de l'ofTensive qu'il pensoit faire, et qu'on ne le vist bientost forcé à leur demander la paix, et eux en pouvoir de la refuser, comme il est bien apparent qu'ils eussent fait , l'ambassadeur d'Espagne l'ayant aînsy voulu faire entendre au cardinal de Richelieu, lorsqu'en s'en allant il luy dit que pour faire la guene il ne falloit à la vérité estre qu'un, mais qu'il verroit im jour que pour faire la paix il faudroit estre deux.
Or, s'il n'y a pas de quoy s'estonner que des estrangers connussent ^i mal les forces de la France , qu'ils ne la jugeassent pas capable de leur pouvoir longtemps résister, il est sans doute tout~à-fait surprenant que des François, et mcsme des plus entendus, y ayant caté trompa; estant tiès véritable qu'ils ne lecroyoient point, et que M. le prince en particulier, qui ayant un très grand esprit, avoil peu prendre tant de connoissance du royaume pendant la minorité' du feu Roy et despuis, ne s'imaginoit point ce qui s'en est veu, ainsy qu'il le tesmoigna au marquis de Fontenay (qui, estant envoyé servir de mareschal de camp dans l'armée du maresclial de La Force, eust charge de pâsseipar Nancy, où il estoit allé régler les affaires de In Lorraine, pour l'informer de tont ce qui se devoit faire après la déclaration, cl de la grandeur des ar-
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mées C[ai iroient tant en Flandre qu'en Italie), lay disant qu il ne s'estoit ventablement jamais rien fait de pareil en Fiance, et qu'il produiroit vraysemblablement quelque chose de bien grand; mais qu'il en seroit aussy besoin, ce grand effort ne se pouvant pas continuer plus d'une année ou deux, à toute extrémité; après quoy il faudroit faire la paix ou succomber, estant impossible que l'Estat supportast plus longten^s de semblables despenses.
Et il en jugeoit ainsy parceque tous ceux de ce temps là qui avoient le plus de connoissance des finances et du commerce, tenant pour certain qu'il n'j avoit que treize ou quatorze millions d'or qui eussent cours dans le royaume, il ne voyoit pas qu'on en peost tirer longtemps de quoy fournir aux frais excessif de la guerre, et à tout ce qu'il faudroit envoyer au dehors. Que s'estant consommé dans les guerres préoé> dentés tous les moyens extraordinaires dont on poavoit facilement tirer de l'argent, il n'en resioit pins que de sy mauvais et de sy difficiles à establir, qu'il ne se trouveroit personne qui en voulust traiter ; et enfin que les tailles estoient desja si hautes, quoyqu'elles ne fussent à guère plus de la moitié de ce qu elles ont esté despuis, que le peuple en crioit, et n'en soufirîroit pas l'augmentation sans se souslever.
Mais luy et tout le monde furent bien estonoé quand il se vist que la guerre s'estant continuée fort longtemps, et quasy tousjours offensive, s'estant pris plusieurs places en Flandre et ailleurs, il restoit néwmoins tant d'argent en France au dessus de ce qu'on s'est oit imaginé, que quand, au commencement de Tannée i64i, on (ist ceste sorte de monnoye qui â
uE loubaine. [i6i5] aui)
cours aujourcfliuy, il s'en fabriqua pour plus de quatre vingt millions de livres de pièces légères, qu'uu avoit deSLiiécs et commandé de porter à la luuoooye, sans toucliei' à celles de poids, dont il y en eust assés pour attendre patiemment et sans incuiuuiodilé que la nouvelle fust Taicte (■); qu'on ne tiouvoit nulle difficulté à se défiùre des moyens extraordinaires, en les faisant vérifier au parlement, et donnant aux traitants an peu plus qu'on n'avoit accoutumé, ny à augmenter les tailles, le peuple le souOiant de tous costés saosy faire résistance. De .surte qu'on pourroit tousjours fournir à toutes les despenses nécessaires , quelque grandes <{U 'elles peussent estre.
Et il falloil bien véritablement, pour sauver le royaume, que cela fust ainsy, et que le Roy y eust one autorité assez absolue pour y faire tout ce qu'il ]ay plairoit, pnisqu'ayant affaire au roy d'Espagne. qai a tant de pays ou il levé tout ce qu'il veut, il est tris certain que s'il eust fallu assembler les Estais comme il se fait en d'autres lieux , ou despendie de la bonne volonté du pailement pour avoir tout ce dont il estoit besoin, on ne l'auroit jamais eu; et it se seruit veu dès les premières années les mesmes desordres qui commencèrent sur la lin de 1648, et qui eussent esté
' alors bien plus dangereux, les Espagnols n'ayant pas encore esté alluihlis pai les batailles de Kocroy et de Lens, ny par la perte du l'ortugal et de la Cata-
• loogne.
Le seul mat qu'il y ;i eu en cela .1 esté que les favo^ ris et ceux qui dc^pendoient d'eux ne se sont pas contentés de lever seulement ce qui estoit nécessaire puur
~ if) ^«rMhTmtr hislorii|iiv(lcsnioiiDoit!i<JcF(atioi,<Iu lj' Blanc.
a 10 [i635} «BLÂTioxr de la campagne
le service dù Roy ^ tHais, par une avarice insatiable et qui crie Vengeance , ils ont encore Votrlft qu*il y en eiflt pour eux y dont ils ont acheté déâ terres , basti dé maisons, et fait des trësoi^ sy grands qu'il ne /estoit veu rien de pareil dans tous le& autres temps : a qui sans doute a accablé le peuple, et càiisé la ruiM d'une infinité de pauvres familles, en tiitmt fnsqaa au {(àhg.
Je t<è doute point que beaucoup de gens ne trou? eut efittiânge et presque impossible qu*on creiist y avoir sjr peu d'argent en France ed l'année 1 63 5, et qu'après de 6y grandes despences faites dans les années saîmH tes, il s'y en soit néanmoins tant trouvé en i64i ; nu0 il e^t pourtant très véritable, et que c*estoit tdlenieot l'opinion commune de ces temps là, qu'on n'en ptiioi )[>oint autrement.
Geste ignorance venant vraysemblablement de ceqne comfme il n*y eh entroit que jieu à peu et fort secrètement, les Espagnols ayant touijours essayé de ^empe^ cher, atissy bien pendant la paix que durant la giien« (ce qn'ik ti'ont pourtant jamais peu faire , leurs mv* chauds y^tronvant trop de profit), il s'augmentoit aos9T insensiblement , et presque sans qu'on s'en apperceiA joint qu'il n'y avoit pas eu d'occasions qui eus3eot cofitraint de pousser les choses jusques au bout, ny^ gens propres dans le gouvernement pour le faire qoMfi il n'en estoit pas besoin, ceste augpmentation s'esUrt, par la longueur du temps , montée à une très grande somme.
Mais une autre chose y en apporta encore beaucoup qui fust qu'un homme qui avoit la principale autci^ dans les finances pendant que M. de Bullion estoit sar-
DE LOURAIME. [l635] 311
intendant, te trouvant, à ce qu'on disoit, chargé de plus de soixante mille pisloles légères dont il craiguoit de ne se pouvoir desfaire sans beaucoup de perte, list ordonner par e'dit de recevoir l'or et l'argent sans peser. Dont tous les estrangers ayant esté avertis, et voyant le grand profit qu'ils y pourroient trouver, ils ne se contentoient pas de ce qu'ils en avoient de l(%er, mais rongnoient celuy de poids pour l'y envoyer : ce qui en 6st entrer, pendant quatre ou cinq ans que cela dura, une telle quanlilé, qu'on ne voyoit plus que des pièces estrangercs et légères ; lesquelles estant demeurées {quand le cardinal de Richelieu ayant esté averty du .désordre que cela causoit dans le commerce par les changes excessifs qu'il falloit payer lorsqu'on faisoit Cenîi' de l'argent au debors , les fist deOendie , et commander de les porter â la monnoye, ainsy que j'ay desja dit), causèrent sans doute une grande perte à ceux qui les avuient, mais non pas au Roy ny au royaume, qui s'en tjouva d'autant plus euricliy, et a beaucoup aidé k y taire trouver ceste giande abonidaoce qu'un y voit aujourd'huy.
Toutes les troupes estant arrivées à Mezieres au jour -nommé, Deschapelles, capitaine au régiment de Picardie, et gouverneur de Sirk, fust condamné par le conjeil de guerre à avoir la teste tranchée pour s'estre -rendu ma] à propos, et mesme lorsque 1^ enuemis vooloient s'en aller, et lever le siège. Âpi'ès quoy ]'armée estant partie, elle entra dans le Luxembourg, et le traversant par Rocliefort et Marche en Famine, sai^ trouver résistance nulle part, arriva enfm dans le pays <de Liège, oix pendant qu'on traitoit avec les desputés de la ville de Liège des choses qu'on leur demandoit
Aia [l635] BELÀTION DE LA CÂMPAG9E
pour la subsistance de rarmée (dont ils faisoieotde grandes difficultés , tant la cabale des Espagnols y estoit forte), les généraux eurent avis que les ennemis estant partis de Namur sous la conduite du prince Thomas de Savoye y vouloient le mettre derrière eux pour leur couper les vivres et empescher la oommuoication avec Ja France ; et qu ils venoient à ceste fin loger à Avein , dont ils ne faisoient que partir, comme ils firent en effet, et par un très mauvais conseil passèrent après une petite rivière qui les pouvoit couvrir» et oster le moyen d*aller à eux.
Les généraux doutèrent du commencement s'ils se dévoient arrester poup les combattre, quelques nos croyant que, veu les ordres du Roy de joindre le prince d'Orange , et qu'il pourroit estre fort avantageux de le faire promptement, on ne devoit s'arrester à rien qui en destéumast. Mais l'approche des ennemis faisant croire wcijl autres que ce sç^it leur donner trop de gloire, et trop d'assurance à ceux du pays, qui pei)s^ roient qu'on les fuiroit, il fust résolu qu'on retou^l^ roit à rheure raesme sur ses pas pour aller à eux, et les combattre s'ils atteiidoient.
Le combat ne fust point opiniastre, l'inégalité estant sy grande qu'aussy tost qu'ils l'eurent veue la peur te prist; et ayant fait leur première descharge, ils tournèrent le dos. La pluspart de la cavalerie paitistdesT bonne heure qu'elle se sauva ; mais l'infanterie y (!^ meura presque toute, le canon et les bagages, a^ft' quantité de drapeaux et de prisonniers, qui furent envoyés au Roy ; et les drapeaux portcfs en grande cérémonie à Nostre-Dame, et offerts à Dieu comme les prémices de la guerre.
DE LUKBÂine. [tb'SS] 3i3
CesLe defuite , dont on eust vraysemblaltlenient lire (le glands avantages sy on eust sceu s'en prévaloir, allant proinpteiuent à Naïuur on à quelque autre place importante, qui, dans l'estuanement où tout le pays estoit, n'.iuroit pas fait ^ande résistance, devint tout-à-fait inutile, paiceque les géne'ranii n'usant pas changer les ordres du Koy quoyqu'ils vissent l'avantagtt qu'on en pourroit tirer, ayant continué leur ruut« vei-s le prince d'Orange, el (ce qui fust de pis) l'ayant attendu près de trois semaines au rendés-vous, les ennemis pondant cela rejirireni cœur, et les secours d' Allemagne eurent moyen de s'avancer, et d'arriver devant qu'on eust rien Tait; l'Empereur ouldiant tellement ses pi'opres interests pour songer h ceux du roy d'Espagne, qu'il luy envoya la piuspaii de ses principales foi ces.
Cependant M. de Lorraine ayant joint à ses troupes toutes celles (jue riLm[>ei'cnr avuit en Alsace, les vou- Just mener contre la ville de JMoutlielliard , où le duc de Virtembei'g, qui ne se seutoil pas assés fort pour la delTendre sy on l'attaquoit, avoit fait entrer une garo»sou françoise , et s'estuit mis sous la protection du Roy; les Espagnols, qui se trouvoient incommodés de cetile l^ace, qui estoit entre l'Alsace et la Franclie-Comté, lay ayant promis de grands secours ponr luy aider à la prendre. Mais aiin de le faire jilus seurement, et sans qu'elle peust estie secourue , il envoya par toute la Lorraine pour exciter la noblesse et le peuple à faire un soitsievement gênerai, s'imaginaat qu'après cela leutareschal de La Force n'oseroit pas en sortir.
Mais il ne. s'y fist point d'autie mouvement que de ijuelque peu de pay^ms, lestjuels se cachant dans les
2l4 [l635] KSLATIOlf DE LÀ CAMPAGAE
bois dëvalisoient tous ceux qui alloient sans escorté; de sorte que le mareschal de La Force , mettint de bonnes garnisons dans toutes les villes, ne laissa pas d*aller diligenunent à Montbelliard pour le secourir, et y apporter tout Tordre nécessaire.'
Le duc de Lorraine et le maresduil de La Force estant arrivés en mesme temps auprès de Montbelliird, ceux qui alloient pour faire les logis se rencontrerait dans un village où toutes les deux armëés prëtendâicnt loger : mais le colonel Hebron, mareschal de camp, qui y estoit avec quelques compagnies de cavalerie, chargea «y* brusquement les Lorrains et sans leur doDner loisir de se reconnoistre^ qu'ils se retirèrent, et ne parurent plus despuis*
Le cardinal de La Valette , qui , ne voulant pas demeurer inutile dans Metz, dont il avoit le gouvernement, estoit allé un peu auparavant dans Farmée arec sa cofmpagnie de cavalerie, s*y rencontra et s^y ^gash fort, ayant mesme receu un coup de pistolet, maisqn ne fist que percer ses chausses sans le blessa-* Ce fiist en ce voyage où Tenvie Iny vint de commander une armée, comme il (ist biéntost après*
M. de Lorraine voyant, par l'arrivée de M. de Là Force, son coup manqué, retourna dans l'Alsace, ne pouvant pas faire subsister ses troupes sy près de celles du Roy; et M. de La Force alla à Montbelliard, où 3 fortifia suflisampient la garnison, et mist le comte de La Suse, que le Roy y avoit envoyé pour y commander, hors d'appréhension de pouvoir estre attaqué.
La ville de Montbelliard est petite, mais assés belle, avec un chasteau basti à l'antique, l'un et l'autre mal fortifiés. L'on n'y parie que firançois ; tout le peuple
ttE LonKAine. [i63à] 2i5
y est huguenot, et hait fort les Comtois, mais plus encore les Lorraroej les ducs de Lorraine ayant plusieurs fois essaye de s'en rendre maisUes, et ruiné le pays. £t comme ils ne pouvaient esUe secoui'us conti~e ces deux ennemis que de la France, ils receurent M. de La Force avec une grande joye, et Lraiterent tousjoui^ fort Lien tous ceux qui y furent en garnison.
Assez près de Montbelliard il y a une petite vilje nommée Béford, des despendances de la maison d'Aufrtriche, de laquelle le comte de La Suse se sentoit fort incommodé, parcequ'on y tenoit tousjours une grosse garnison. Or le désir de s'en deslivrer luy ayant fait faire dessein de la surprendre (car autrement il ne pouvoit pas l'avoir, estant assés forte, et en une assiette avantageuse), il en parla à M. de La Force, le priant de luy vouloir aider : ce qu'il refusa, ne le croyant pas faisable. Mais ne se décourageant pas pour cela, il le voulust tenter aussytost que l'armée fust partie; et l'ayant faiUy ccsle fois Là et une autre encore, il s'y opiniastra tellement qu a la quatriesme il l'emporta. Le Hoy luy en donna le gouvernement , et tout le revenu de la tene, qui est fort considérable, et qu'il mérituil
bteO'
Le duc de Vcymar ayant sceu le voyage de M. de .iLoiraine à Montlielliard, craignant que M. de La Force pe se trouvast pas en estât d'y aller, luy envoya deux millechevaux, sons la conduite du landgrave de Hesse. Mais M. de Lorraine s'eslant desja retira <]uand ils arrivèrent à Espinal, M. de La Force les tist retourner, et n'en retint que deux régiments ooimmandés par des François, qui ne faisoienl que deux ou trois cepts cbevaux. Les troupes du landgriive, qui estoient accou-
ai6 [i635] RBLATioir de là càmpaghb
tumées de vivre partout à discrétion , firent de grandi ravages en Lorraine^ contre ce qui s*estoit pratique jusques là y ne s*j prenant rien sans payer.
Le mareschal de La Force voulant ^ devant que de 8*en retourner y prendre le chasteau de Montjoye et b ville dePorentniy demeure ordinaire de Tévesquede Basle^ qui estoient assés près <le Montbelliard, et qui luy faisoient la guerre^ il commença par Montjoye; et s^estant dès la première nuit loge au pied du chastetii, parcequ'il n'y avoit aucun dehors , il fist faire au mesme temps une batterie de quatre canons , lesquels ayant lire despnis le matin' jusques sur les cinq ou six heures du soir, lesbranlerent de telle sorte , n'estant qu'une ^osse masse dé pierres fort anciennes, que le baron de Montjoye qui s'estoit enferme dedans, voyant qa'dk commençoit à s'ouvrir, demanda à capituler.
Il n'auroit eu que des conditions fort rudes, pour avoir oblige à tirer le canon , sans ({ue M. de Nettancourt, qui avoit un régiment dans l'armée et estoit fort de ses amis, pria tant pour luy, qu'on le laissa enfin aller les vies et bagues sauves. Dès la nuit suivante, b moitié de ce chasteau tomba; de sorte que le reste demeurant tout ouvert, il ne fust point nécessaire d'y laisser de garnison.
On fust de là à Porentru, qui ne dura pas davantage^ quoyque le chasteau fust très bon, et capable d'arrester quelque temps une armée mieux pourveue de toutes choses pour faire un siège que n'estoit celle du Roy; mais on pensoit au moins prendre la ville, et y trouver de quoy se rafraischir. Les approches en ayant esté faites le mesme jour qu'on y arriva, et le canon, qui fust mis en batterie pendant la nuit, ayant tiré dés le
LiB tOHilklNl. [l(i^3] -Ai-]
matin contre ics murailles de la ville qui joignoient les maisons, ÎI s'y trouva sur les dnq heures du guîr nne brèche qui psi'oissoit assés raisoiinalile ; de sorte qu'on se pr^paroit & donner l'a&iaut^ quand il parust un laïubuiir, qui ayant fait une chamade, fust amené au marquis de Fontenay, qui commandoit ce jour là d;iDs la iranrliée-, auquel il dist que M. de l.a Vergne, gouverneur de la ville, l'avoit envoyé pour sçavoir sy on luy voudroit donner composition.
Sur quoy le marquis de Fontenay, qui craîgnoit qu'il ne voulust parler que de la ville, laquelle, bien qu'elle eusl pcut-estre peu soutenir l'assaut qu'on loy vouloit donner, pouvoil auitsy estre emportée , et au pis allerne durer qu'un jour ou deux davantage, demanda s'il n'entendoit pas aussy parler du chasteau. A quoy ayant respondu qu'ouy , il le manda au mareschal de La Force, lequel estant à l'heure mesme venu à la tranchée , le tambour retourna quérir des despulés.
La composition fust bientost faite, car on leur accorda tout ce qu'on a accoutumé de donner à ceux qui n'attendent pas l'extrémité'; eux aussy s'obligeant de livrer la place dès le lendemain , et que pour seureté on pourroit dès ce jour là loger autant de gens qu'on voudroit sur la brèche, pourveu qu'ils n'entrassent point dans la ville jusques au jour suivant. Ce qui fust ponctuellement exécuté de part et d'autre.
Les olUciers de ces deux régiments du duc de Veymar, qu'on avoit retenus, voyant que l'escorte qu'on vouloit donner à ceux qui sortoient estoitfoihle, firent dessein de les aller attendre sur le chemin pour les d<^valiser. Mais M. de La Foice en ayant estéaverty, t'augmenta de telle sorte qu'il leur en fist perdre l'en-
!kli) [l635] &BLÀT10JX Dfi hk CÀMPAGflS
vye; et iU furent reconduite en toute seureté dani la Franche^-Gomtë^ oh ils se retirèrent.
Il n'y eust personne qui voyanl lechasteau ne i*€Stonna^t qu- il sç fust sy tost rendu ^ citant sur un haut, dTec des fossés sy profonds et . ey bien accompodéi, qu'il eust sans doute fallu beaucoup de temps pov les passer y ne manquant d'aucune chose ^-sifion que lagv^ nison n'estoit pas trop forte; mais il y en ay<»t poartant assës pour obliger d'y aller par les règles ? oa qui eost este difficile, faute dé poudre , de bouleta et de vi- Très y qu*on n'avoit que malaisément.
Le mareschal de La Force y ayant mis une boDoe garnison y reprit le chemin de la Lorraine, oostojaat la Franche-Comté, comme il avoît fait en allant. Usé* jouma un jour à l'abbayê de Leure , où il y aToit (;a^ nison françoise, pour traiter avec les desputés de Loxeti et autres petites villes du Comté, ausqneUès on denuadoit du pain de munition, en vertu de la neutralité <k tout temps establie entre eux et le duché de Bour^ gne. A quoy ils satisfirent en quelque sorte, maisoss pas sans montrer bien de la mauvaise volonté, et mesme davantage qu'ils n'avoient fait en allant , le coeur Icor e^nt revenu par le peu de suite qi;i'avoit eu la batailk d'Avein : ce qui contribua beaucoup à la rapture (]■> se fist l'année suivante. Ce fust des environs de Leire d*où le cardinal de La Valette partist de l'armée, pour aller à la cour poursuivre Temploy qu'il eust bienlost après.
L'on entra dans la Lorraine par le costé de Plombière, où sont lès bains; et quelque soin qu'on en prisl. on ne peust empescher les soldats de vivre à discrctioo, comme ils avoient fait dans le voyage, ny de cond-
nuer, la Lonaine, que l'on avoit sy bien conservée, ayant esté depuU ce lemp là aussy ruin«5e que l'Allemagne : ce dont on s'excusoit sur les paysans, qui ne faisoient point de quartier h tout ce qui tomboit entre leurs maios.
Pendant qu'on séjourna à LunéviUe, le marquis de Gamache, qui avoit une compagnie de cavalerie, estant allé à la cliasse avec quelques autres dans une grande plaine qui est devant la ville, ainsy qu'on faîsoit assez souvent, le lièvre qu'il courust le mena josques auprès d'un bois qui termine ceste plaine, qoi a environ une lieue de long, où il y avoit une embuscade, de laquelle on n'avait point este averty , qui soi^ tist en deux escadrons aussytost qu'ils les virent assez près; et les enfermant entre eux afin qu'il ne s'en sauvaslpas un, ils furent tous pris, excepté le marquis de Gamaclie, lequel, avec le jeune Meromble son cornette, et son marescbal des logis, resolust de ne se point rendre, et allant tous trois à l'escadron qui leur boDcboit le passage, le percèrent, sans estre arrestés Dy blessés -, de soile qu'il se fust inrailliblement sauv^, sans que quelques uns des etuiemis qui les suivirent, désespérant de les pouvoir attraper parce que la garde du camp estoit montée à cbeval et venoît à son secours, voulurent, devant que de s'en retourner, tirer leurs pi5toleL<i, un desqu^s porta sur le marquis de Gamache, et (]uoyque ce fusl de fort loin, Iny donna dans la teste, et le tua sur-Ie-ibamp : ce qui fust un fort giand dommage, car i! n'avoit que vingt ans, et donnoit de grandes espérances de hiy , ayant un très grand cœur.
Cependant les Hollanduîs , après s'eslre bien fait at-
:i!io [i635] ESLÀTion de la campacab
tendre , arrivèrent au rendës-vous; et ayant joint l'armée du Koy, en firent une sy grande^ quil ne s*eâtoh encore rien veu de pareil ny en Flandre ny en Allemagne ; de sorte qu il ne fust plus question que de la bien employer ^ et faire quelque chose qui correspondist à de tels préparatifs.
Plusieurs entreprises furent proposées, mais celle de Louvain préférée à toutes, parceque c*êstoit un lieu capable de loger tant de gens, que quand bien mcsme on ne prendroit pas Bruxelles ny Matines i comme il se feroit pourtant apparemment, on les poiu^ roit tenir et tout le pays en telle subjection , qu eU& seroient enfin contrainctes de se rendre ; joint que D'estant pas trop eslongné de Boisleduc, Grave, et autres places des Hollandois, on en pourroit aisément tirer toute la subsistance nécessaire.
En y allant on prîst Diest et Tillemont , et celle-cy d'assaut, où on dist qu'il fust fait de fort grands désordres , les. uns s'en excusant sur les auti*es. Louvain n'eo estant pas eslongné, on y arriva aussytost après. Mais les Espagnols, soit qu'ils eussent esté avertis du desseio ou qu'ils l'eussent preveu, y avoient desja fait entrer cinq ou six mille hommes, lesquels, ayd& des bourgeois, qu'ils y intéressèrent par l'exemple de Tillemont , qui avoit esté sy mal traité, firent tant de sorti6 et ti oublerént tellement tous les travaux qu'on faisoit, qu'ils donnèrent temps à Piccolomini, que l'Empereur y envoya avec plus de dix mille chevaux, d'y arriver devant qu'on eust presque rien avancé.
De sorte que le prince d'Orange et les deux mareschaux voyant que la cavalerie des ennemis, deveoac sy forte, les pouiroit empescher d'aller au fourrage,
UB Lonn&iiie. [i6i5] i»i
{|u'its estoient contraints de prendi-c fort loin, ceux des environs de Louvain estant dcsja consommés, et de faire venir des convois de vivres, ceux qu'ib avoient estant prêts de linir ; ils ju};crent impossible parmy ces dîHicuItës de continuer le siège, et se résolurent de le lever devant que d'y estre forcés, comme ils firent; et iU se retirèrent vers la Meuse. -
Ace mallieur sy peu attendu il s*en joignit un antre k quoy on pensoit encore moins, (jui fust la surprise du fort de Scheink, faîte par les bispagnols; lequel estant une porte pour entrer dans le Retau , et ensuite dans toute la Hollande , estott de telle importance aux Hollandois, que le prince d'Orange quitta tontes choses pour y courir, et y apporter les remèdes qu'il po^rroit; et comme l'armée du Roy ne pouvoit pas entr&prendre de repasser toute seule en France par la teiTc, ny faire aucune entreprise, les Espagnols estant alors trop puissants, elle fust contrainte de le suivre, et travailla conjointement avec lui pour la reprise du fort. Ce qui ne fust pas sy diflicile qu'on avoît pense'; car ayant pris, aussytost qu'il y fust airivé, un cliasteau nomme' Bilan, lequel l'eust fort embarrasse sy les Espagnols y eussent jette assijs de monde pour le défendre quelque temps , il commença de là à faire une tranchée qui, allant despuis le val jusques au Rhin, fust sy grande et sy profonde, qu'elle estoît plus forte que le fort mesme, et le separoit entièrement de la terre. Après quoy ayant pourveu la circonvallation de gens pour la defl'endre, et sy bien fermif le passage de l'eau par une infinité de bateaux qu'il y (ist venir, et *lonl ce pays là abonde, que rien n'y eust peu entrer, il misl encore, dès que les mauvais temps commen-
2iaa [i635] aeultiojn de la cAMPAOïrB
cerent^ son armée à couvert dans toutes les yîUes voisines, afin de la pouvoir promptemeni rasseodiler, et empeschier que les ennemis ne secoorossent le fort^s^ik le vouloient enti^eprendre.
L'armée firançoise entra aussy en garnison , mais dans des places proches de la mer, afin de se pouvoir plus facilement embarquer quand le temps lé pennétroit. Elle estoit fort diminuée ^s'estant bien perdn iqit ou tiuit mille hommes pendant la campagne.
Quant aux Espagnols , ils ne pensèrent point k s^ couvir teforty ny à faire mille autres entreprises; m^ se tenant fort heureux d'avoir peu garantir leur pays d'un sy gi^and péril, ils renvoyèrent les AUemandSi afin de n'en demeurer pas chargés , et firent rentrer tout le reste de leurs troupes en garnison.
Or comme ce fuM: vraysemblablement les trois se maines qu'on demeura à attendre le prince d'Ortife qui furent cause qu'on ne fistrien, les Flamands ajant pendant cela repris cœur^ et les troupes de FEmpei*eur eu le temps d arriver , beaucoup de gens ootcren qu'un sy long retardement ne s'estoit pas tant fait pa^ ceque les troupes des Holla&dois n'avoient peu élire plustost mises ensemble, que parcéque voyant la déclaration faite (qui estoit ce qu'ils cherchoient),ilsiit vouloi^it point que le Roy chassast les Espagnds de tout le pays, ny qu'il fust sy voisin, le craignant bien plus que le roy d'Espagne, et ne se souciant pas trop dû Brabant quand bien il leur pourroit demeurer, panique ne consistant qu'en de grosses villes, qui les cassai obligés à y tenir de grandes garnisons, elles leur aoroient donné plus de peine que de profit ; joiàt que plusieurs disoient que ceux d'Amsterdam appi^heo-
DE LoRniitiE. [i635] aa3
doient ta prise d'Anvers, craignant que loat le commerce ne s'y (ist plustost que cbez eux , l'assiette y estant bien pins propi-e> et que le prince d'Orange mesme, toyant de grandes difUmltt^s pour ce qoi le regardoit, B*y avoit point eu d'éplt^i.
Le mareschal de La Force, estant, comme j'ay detja dit, arrivé en Lorraine, se logea k Luneville avec une partie de Tarmée, et envoya le reste dans les petites villes et les gros bourgs du pays,pourse rafraiscliir: mais ïb n'y lurent pas longtemps sans estre visites des ennemis; car aussytost que Jean de Vert, qui estoit venu ien Alsace avec un grand nombre de cavalerie pour se joindre au duc de Lorraine et luy donner moyen d'cn- \rvT en LoiTaine, en eust esté averty, il y alla pour enlever ceux qui feroîent mauvaise garde.
- Il commença par les régiments de Vineuil et de ,
ijni estoient dans Saint- Dié; etles environnant de tons Costés afin que personne n'y peust entrer, et leur dire iq[Q*iI n'avoit que de la cavalerie, il les fist sommer, el tnenacerque s'ib attendoient quefinfanterie etleca- Ition fussent arrivés, ib n'anroîent point de quartier. fis en eurent tant de peur, qu'ib capitulèrent îi l'ijeure Blesme, sortant avec leurs hommes et leurs équipages, ^iAis laissant leurs drapeaux, qui furent portés en *^omphe à Vienne ; dont le Roy fost 6n li>!le colère, qu'il fist mettre deux les mestres de ramp k la Bastille. Ensuite de cela, il alla au régiment de Gassion, où les ofSciers (car luy estoit allé k la cour) faîsoient &ire sy mauvaise garde, qu'ils furent enlevés. De sorte que le maresrhsl de La Force se trouva obligé, pour empescher qu'on en fist davantage, de resserrer les nroit|MS, et tes mrttre dans des lieux plu;; assurés.
aa4 [l635] EELATlOll DE LA. CAMPAGHE
Or, soit parceque le cardinal de Richelieu n ayant pas assez de confiance en tous ceux & qui on pouvoit donner le commandement des années , creost qu'ettant plusieurs ils seroient moins subjects à faillir, on à manquer aux ordres qui leur «eroient donnés; tant y a qu'il faisoit presque tousjours mettre plusieurs géoéraux en chaque armée. Cest pourquoy il fist encore aller M. d'Angoulesme en celle de M. de La Force. Il n*amena quasy personne s^vec luy, quoyqu'on eust souvent demandé un renfort de cavalerie, le duc de Lorraine en ay{(pt desja beaucoup en Alsace, et Taugmcotant encoreiitous les jours, afin de pouvoir venir m Lorraine.
Dans ce mesme temps le duc de Veimar ayant esté contraint par Galas de se retirer derrière Mayence, le Roy craignant qu'il ne fust enfin tout-à-fait chassé d'Allemagne, envoya le cardinal de La Valette aveclo compagnies de gens d'armes et de chevaux4egers de si garde, celles de gens d'armes et de^^ cbevaux-4égen (h cardinal de Richelieu, et plusieurs autres troupes de cavalerie et d'infanterie nouvellement levées, povK joindre avec luy, et luy aider à retourner à son andea poste, comme il fist. Le colonel Hebron, M. deTsrenne et le comte de Guiche furent les marescfaaifl(# camp de ceste armée là, et M. d^rpajon et le marqais de Sourdis furent envoyés en celle de Lorraine.
Or, comme on avoit avis de toutes parts que lednc de Lorraine y vouloit venir et y faire un grand eflbrti l'armée alla à Espinal , dont on disoit qu'il se vouloit saisir, et qui n'eust pas fait grande résistance sy on c/ eust point esté. Dç sorte que Jean de Vert, qui y vint peu de jours après aveo plus de deux mille cbennx
DR LOfiRAinE. [i6i5] xaS
pour le reconnoisti-e, ayant vu, quand il en fust à4in quail de lieue, que toute l'armée du Roy y estoit et alloit à luy, il s'arresla; et se couvrant d'un Itois et
. d'une petite colline, il envoya seulement quelques gens
> sur le liord de la Moselle, où un estoit [Kjur escnrnimi-
' cher, et se retira aussytost après.
Cependant l'argent de la montre qui estoit deue il y avoit desja quelque temps (atr on payoit encore alors les armées règlement) estant arrive' à Nancy, les généraux eurent tant de peur que s'il passoit plus
\ ' avant avec la seule escorte qu'il avoit, il fust rencontré
Let pris par les ennemis, que laissant une bonne gami- ■on dans Cspinal, et le marquis de Fontenay pour y commander, ils allèrent au devant; et l'ayant joint sans jaucun obstacle, retournèrent à Espinal.
Ce que les ennemis ayant veu , et perdant espérance àe le prendre, ils firent semblant d'aller à Damay et à Qiatay; mais parcequ*on se mîst en estât de les aller seconnr, ils tournèrent tout court à Ramliervillers. qui est de l'evescbé de Metz, sçacbant qu'il y avoit npeu de gens de guerre, et que les habitants n'estaient ■pas mal intentionnés pour M. de Lonaine, comme ils *le montrèrent en effet, s' estant rendus devant qu'on y ^peost estre, quoyqii'on fust parly pour y aller aussytost •-qu'on eust avis qu'on les vouloit attaquer. |, Les généraux ayant appris la reddition de Kambei - {r villers, s'arrcstcrent k Magnieres pour les cmpescher l'de faire d'autres progi'ès. Ce que Jean de Vert voyant, îi ne pensa qu'à faire des courses, par lesquelles il peust surprendre quelqu'un, et rendre les convois des vivres et les fourrages plus dilGciles, venant souvent Hdiai^er les fourrageurs , dont beaucoup de ^ens furent ^H
2t6 [l635] RELAllOK 1>K hJL CAMPAGJIE
foil incommcxié», perdant de leun chevaax et de knn valets : et ayant avis qu*on tenoît les chevaux des vivres à Saint-Nicolas sans grande garde , cpinme ettint entre Nancy et V^noée^ il y alla, et les piûl deiant qu'on y peust estre.
Le Roy ayant estd averty que F Empereur vorioit grossir syfort son armée qu'elle peust chaaser le duc de Veymar et les Françoj», nou seulemeut de f AUe* magne, mais de la Lorraine mesme, creust n'y pomair en^o]^ Ufi plus grand secours que celuy de l'àrnerebafiy lequel estant tout composé de noblesse , mnà bien d*ûne autre considération que tontes les nooRreiltt levées qu'on pourroit fisiire. Il le fist donc convoqoer
pour se trouver à le du mois de ••^.^^ ekle
vîst passer auprès de Paris, au nombre de jplus de Irotf mille chevaux , tous bien armés : ce qui estoit sk» d'autant plus considérable que toute la cavalerie é l'armée n'a voit point d'armes. M« de Loogueville a eust le commandement, et M. de La MeLUerayeioif luy. M. de Longue ville fust aussy général d'armée avtt messieurs d'Angoulesme et de La Force, et M. del^ Meilleraye, tnareschal de camp, avec les autres, ik )oignireat l'armée durant qu'elle estoit à Magnieiti
Pendant le temps qu'on y demeura , le maïqimdt Souixlis fust envoyé avec quelques troupes attaquera chasteau de Moyen, lequel, s'estant un peu auparavant révolté et déclaré pour le duc de LoiTaine, incomBû* doit fort et l'armée et Nancy. 11 ne dura que deaoa trois jours ^ après quoy le Roy voulant qu'où s'appth chast plus près de la frontière d' Allemagne, poarca ' cas de besoiii soutenir le cardinal de La Valette et k duc de Veymar^ on:fuRt loger àBacara; et dès kitur
DM LOERAIMB. [l635] »7
ssme messieurs d'Arpafoo et de Fontenay furent en« y es avec cinq cents chevaux à Radonvillers, pour en BMSeï* quelques Lorrains qui s'y estoient retirés. Aussy tost qu'ils l'eurent pris^ ils allèrent vers Testang Lindre, pour nettoyer tout ce pays là des voleurs, le rendi*e libre ; mais ayant au mesme temps envoyé elques gens jusques à Sarbourg, ils apprirent comme las avoit tellement pressé le cardinal de La Valette le duc de Veymar, que craignant que, pour leur er toute retraite, il ne se mist enfin entre eux et la mine, ainsy qu'il tesmoigiioit vouloir faire, ib DÎent esté contraints de se retirer, et de prendre le emin de Metz.
Hais comme ils partirent de bonne heure, et qu'ayant telques journées devant luy il eust peur de ne les pouir pas joindre avec toute son armée qu'ils ne fussent lieu de seureté , il les fist suivre par les troupes qu'il dt les plus propres à faire diligence, comme les Cra- 98 et autres , afin qu'ils leur fissent tant de charges les chemins que cela les retardast , et luy donnast iren d'y arriver. Mais ils furent sy heureux, que, » estre contraints de s'arrester , ils battirent ces gens outes les fois qu'ils s'approchèrent d'eux, et prirent lïïne trois ou quatre petites pièces d'artillerie qu'ils ient.
^uand ils furent à Saverne, oà il y avoit garnison içoise, ils se creurent hors de tout péril, ne s^ima- ^nt point que Galas osast le laisser derrière, ny que % de dedans ne se deiFendissent assés de temps pour r donner moyen d'estre à Metz, les premiers i mais ^isspouvanterent sy fort dès qu'ils virent Galas s'apoher , et qu'il les eust fait sommer et menacer de ne
2^8 [l635] KELATlOJr 1^ LÀ CAMPAGCfE
leur donner point de quaitier s*ils attendoient le canoiif qu ils se rendirent à l'heure mesme avec le diasteaa d^Âubay, qui estant séparé de Saverne, se pouvoîtbien conserver tout seul, et donner quelque inoommofité aux ennemis
Saverne ne Tayant donc point arrestë, il s*en fallost sy peu qu*il n'attrapast les François devant qu'ils fissent à couvert, que ses coureurs trouvèrent les com- |>agnies de cavalerie du cardinal de Richelieu qui iaisoient la dernière retraicte, qui n y estoient pasencore, lesquelles ils chargèrent, et les eussent entièrement défaites, sans qu'elles se retirèrent bien viste au groi <ie Tarmée, qui n'estoit pas loin. Messieui'S de Mouy ekde Cœusac, qui les commandoient, avoient tant de jalousie Fun pour l'autre, que, discutant à qui seroitle dernier, iLisc firent tuer fort mal à propos, etsaoïqne cela p^ust servir de rien.
Ce^e retraite fust faite avec tant d*ordre, qu'on iV perdist quasy que ces deux hommes là, trois pièces de canon qu'il fallust abandonner pour sauver les aoW en doublant les attelages, et quelque peu des équipages, lesquels estant mal attelés ne peurent pas faire onesT longue traite sans s'arrester que pour repaistreCO.
Or, le salust de ceste armée, qui estoit de plus de quatre à cinq mille chevaux et cinq ou six miUe hoD* mes de pied, estoit tellement important, que sj die eust esté défaite. Galas, qui avoit plus de dix mille Atvaux et guère moins de gens de pied, ne trouvant pios rien qui luy eust peu faire teste, ne seroit pas demeoit h Marimont comme il fîst; mais passant plus ootrd
(v) Voyez les détails sur la retraite de Mayence dans les Màmii^ éCjirnauld iVAmàil^y t. S^ , p. 68 , deuziénie aérie de cette Cofleditt-
DB LonaAinfE. [i6i5] 239
vraysemblablementpeu prendre des qaaitiers d'hien Lorraine et sur la frontière de Champagne, et ir la guerre dans ces pays là , d*où il ebst e^é diffide les chasser y veu les choses qui arriveront Tannée rès.
fessieurs d*Arpajon et de Fontenay ayant appris lu velle de ceste retraicte, et jugeant important qu*on îist promptement averty à l'armée, y retournèrent leure mesme, et en donnèrent le premier avis; sur Y le conseil ayant esté assemblé, il fust résolu de lumer à Lunéville pour estre plus proche de Nancy, lus en estât de soutenir ceux qui estoient à Metz en qu'ils fussent poussés plus avant, fais on n'y fust pas plustost arrivtf qu'on sceust tous ^lemands auprès de Nancy et quasy sôus les basis, tant ils avovent peur de tomber entre lés mains Gralas. De sorte qu'on alla à Moyenvib pour empesr qu'il n'y vinst, et que les mettant deirlere luy il rrendist le secours fort difficile; les généraux mant au mesme temps au duc de Veymar et au cardi> de Là Valette, qui estoient encore à Metz, qu ils yoient nécessaire qu'ils se vinssent joindre à eux c tout le reste de leurs troupes.
)r il est très vray que le dessein de Galas estoil de ir entre Nancy et Moyenvic, croyant qu'en mettant ,e dernière place derrière luy et Fefïnpeschant d*estre >urue, il la pourroit prendre; et ensuite des quar- 8 d'hiver dans toutes les petites villes de Lorraine, îl rafraischiroit son armée, et la mettroit en eslat itrer par ce costé là dans la France dès que la sai* , le permettroit. Mais ayant eu avis que les armées Roy y estoient venues, et qu'elles avoient esté for-
u'io [l635] R1:4.ATiOA D£ LA CAMPAGHB
ti fiées d'un grand nombre de noblesse , il eost sy peur d^estre forcé de combattre (ce qu'il ne vouloit point faire tant qtt'elle y seroit), qu'il prist un autre dioiiin et se logea à Marimont, où il trouva un poste aiaoUgeux , Unt pour sa situation , estant sur une montagne, que pour la. commodité des vivres, tout le pays de'^derriere luy estant favorable ; et encore que la moulée fust assés droite, et qu'il y eust au bas un petil nûileto qui en rendoit l'avenue difficile, il ne laissa pas de s j retrancher.
Toutes les armées estant jointes auprès de Moyenfic, elles partirent pour aller trouver Galks, el essayer de l'attirer aiu combat, ne doiitant point ^ue, fortifiées <k ceste noblesse de llarriere-ban , elles n*eussetit U fietoire. Mais Galas, qui ne vouloit rien hasarder tint qu'elle y seroit , demeura sur la montagne sans en faire descendre un seul homme tant que l'armée (b Roy y fust, ne tenant hors de ses retranchements que les Cravates, qui estoient camp& sur le bord du ruisseau, et qui s'y pouvoient facilement retirer.
Et parcequ'on y alla qùasy jusques. à la portée dn canon, en bataille, et comme sy on eust voulu passer outre et forcer les retranchements, le tenant impossible, il s'en rejouissoit, et disoit à ceux qui estoient auprès de luy, ainsy qu'un prisonnier le rapporta, qu'on alloit voir une autre bataille de Norlîngoe, é qui ne seroit pas moins glorieuse pour TEmperear, puisqu'elle abattroit tout d'un coup toute la puissance des François^ comme celle là avoit fait celle des Suédois. .
Mais on pe pensoit qu'à luy donner envye de àer cendre de sdn''(ort, et en éas qu'il ne le fist pas, de ÏJ
DE L0R[;A11IU£. [lGi5] 20 1
tenir assiège, ne. doutant point qu ayant en peu de temps consommé tous ses vivres et ses fourrages, il ne fi^ contraint de desloger , et qu'on ne le peust faire retourner en AUemagfie plus viste qu'il n'en estoit venu, et qu'il n'en avoit ramène les François.
Ce qui seroit infailliblement arrivé, sans que ceux de r^niere-ban ne permirent pas qu'on y demeurast autant qu'il en eust esté besoin f car dès qu'ils y eurent esté seulement trois jours, quoyqu ils n'y manquassent ny de vivres ny Je fourrages, il fust impossible de les y retenir davantage, et ils .voulurent qu'on s'en allast ylus près de Nancy, afin que la jSaint-Mai'tin, qui apprpchoit, arrivant, ils peussent sans difficulté se retirer chez eux : ce qui obligea les généraux , pour n'abandonner pas le dessein qu'ils avoieot eu d'empescher Galas d'entrer d^^ns la Lorraine.,; de prendre le log^mefit de Chasteau^lins, qui es^ procbe^e Moyenvic, C|t d'où ils couvroient ^^ancy, et pouvoient facil^mpnt aççouiir le Pont-à-Mousson çy unie vouloir attaquer, laissantceste noiilesse en liberté de s'en aller dès l'heure Bdesme, sy elle eust voulu.
, Et enfin on .fust bien aise quelle le fet sans^atten-
di*e la Saint- Martin, vpyanlt qu'elle consommoit une
grande quantité de vivres ei de fourrages qui pour-
roient estré nécessaires à ceux qui delmeui*eroient,
sy on estoit obligé d'y astre longitemps-, sans qu'on
pf)iiat espérer qu'elle rendist aucun service s'il falloit
senlement. retourner deux lieues plus avant; ne.se
pouvant pas néanmoins dire, quoyqu'elle ne Gst pas
tout ce qu'on vouloit et qu'elle eust peu faire ^ qu'elle
n^eust beaucoup servy, puisque cectainenieiit elle avoit
empesché Galas de s'avaucer, l'avoit foi^ d'aller à
'^is [l635] li£l.AïlO» DE LA. CAJiPAGflE
Marimdnt, où Tair et pent-estre riBCommodiié des vivres engendrèrent bientost tant de maladies en son armëe, qu^elle n'estoit plus en estât de rien entrepreadre, ny de venir chercher celle du Roy, quand il la sceust partie.^
Anciennement^ quand on avoit la> guerre, on faisoit venir tous les ans de ces arrictre-bans, et c'estoit la principale force qu'on eust pcfur la cavalerie; de sorte qu'il ne^faut pas s'estonner sy on à souvent perdo des batailles ou des occasions de faire de grands progrès : car dès que Tenvie de s*en retourner leur prend , riâ ue les peust arrester, demandant, ou qu'on les mené au colÉibat, ou qu'on 'les* laisse aller; comme ils fi» rent devant Mariinont , où/ sy on les eust voulu croire, on anroit attaqué les ennemis jusques dans leur fort; mais personne h'en fust d'avis. ^
Le Roy estant pendant cela en de grandes inquiétudes de ce que produiroit ce voyage de Galas, s'estoit avancé avec ses Gardes françoises et suisses, quelque peu d'autres régiments, et tout ce qu'il avoit peu ramasser de cavalerie, jusquès en Barrois^ afin d*en esire plus près, er de pouvoir* faire secourir ses gens s'ils en avbient besoin , le cardinal de Riclielieu estant demeuré h Châlons pour luy envoyer d'autres troupes qu'on y attendoit, et tout ce qui seroit nécessaire pour sa subsistance» M. le comte estoit lieutenant générai, et le comte de Cramail et M. d'Arpajon, que le RojF avoit fait venir auprès de luy devant qu'on allast i Moy envie, mareschaux de camp. '
Il attaqua Saint-Mihiel, que M. de Lemon, envoyé par le duc de Lorraine en ces quartiei^ là, avoit surpris, et contraignist M. de Lenoncourt, qui y estoit
DE LORRÀIIIE. [l6J5] 'Ai'i
(y de se rendre à discrétion ; ensuite de quoy assé tous les gens du duc des autres lieux qu*ils occupés y redâlil^ pays d^ns l'obëissance^ et as retiré y il re6>urna h Paris, tost que les armées furent à Chasteau^Salins, ost enlever quatre régiments de Cravates que Hiur s'eslargir et les faire Subsister, avoit en- Vergavile, qui n'estoit pas fort loin de luy. Le de La Valette et le duc de Yèymar en prirent lission avec une partie de leurs Allemands, s de cinq cents chevaux frànçois de l'armée de rs d'Angoulesme et de La Force, que le mar« Pontenay 'commandoit.
c de Veymar marchoit le premier; et ne voifit y arriver qu'il ne fist jour, il fist faire halte ttendre à une petite lieue de Vergavile, et deiy I bois qui le couvroit, et dont la sortie n'en es- ^ un quart de h$$e, disant qu^ls se gardoiént eux la nuit que Ici jour : conime 6n 1er vist; car Qu des gardes, tant que la nuitiavoit duré, à de ce bois de leur costé , on les tit>irva retirés. ! qu'ils n'eurent avis qn*on,alloit à eux que par
inelle qu'ils tenoient au dbcher.
quelque'diligeoce que peussent faire quatre cents chevaux que le duc de Veymar envoya à ide dès qu'il eust passé le bois, le cardinal de tte et luy marchant plus doucement avec le troupes, ils n'y peurent pourtant arriver qu'ils it tous à cheval et desja hors du village, pour r en un autre quartier de leurs gens qui n'en s eslongaé. 11 est i<ray que tout leurîéquipage ira, dont les Stiédois se saisirent sans en- faire
2^4 [l6i5] RELATION Db LA CAMPACliE
aucune pari aux François , qui en iurent de gvaikies plaintes.
Pendant que le pillage saà|liiioit, on fiai pasKr de Tautre costé du village une parae des troupes, afin de n'estre pas surpris sy les ennemis reyenotent; comme ils firent en effet ay^ Uss gens du quartier oài ils sV toient retires, et s'avancèrent aasës prè$ pour xoir qu*oo les attendoit-, et qu'ils ny pourrpieuK rien farerde sorte qu'ils s'arresterent. Mais quelques uns des leun, qui Touloient sçaToir.qui les avoit attaqués, s'oUat avancés jusqi^ sui* le bord d'un, petit ruisseau qui ks séparoit de nous y s'informèrent s'il n'y avoit poîdt de gens du duc de Veymar» Sur quoy le colonel Hcbron^ qui sçavoit l'allemaind^ s'estant avancé, il leuiyparla assés long; -temps,, et ik luy avouèrent d'avoir penb en ceste occasion tout ce qu'ils ayoient gagné en phistÀii'S années. . ^ . . ^
Les maladies qui avoied^iampesché Galas de s*avancer dès qu'il ioeust l'arriere-ban party l'cdiiîgeftBt enfin de se retirer en Alsace, dont la prise de Sawnt^ qui luy avoit esté sy lasdiement rendue y luy donaoit une grande commodité; car ssms cela il n'y eastpos esté en grand repos, à cause de Boiinefeld leaa pir les Suédois. Mais n'y ayant pas trouvé de quoy ps^ ser tout l'hiver^ il s'en, alla enfin plus av«at dans TAllemagne. ?
Les- généraux dé l'armée du fioyx voyant qoe^ Iny party, leur s^our à Gbastean^Salin^seroit inutile, voulurent prendre des quartiers d!byver. De sorte qu'ayint mis de bonnes garnisons dans toutes les phiocs de la Lorraine , ils logèrent le reste de leur armée i NeuF-Château sur Meuse, et aux environs; et y ai^
laissé le marquis de La Foice pour la comiuander, s'en allèrent à Paris, excepté le duc de Veyinar, qui ayant mené ses gens dans le Barois, y demeura encore quelque temps.
La principale Cause de ce retardement fut que le duc de Parme, qui s'estoît sur ce temps là déclaré pour la France, estoit veau trouver le Buy; et on fijsl bien aise de ne les voir que l'un après l'autre, pour éviter le soin qu'il eust fallu prendre de les traiter de telle sorte tous deux qu'ils u'en prissent point de jalousie. Ils furent logés et défrayés pendant qu'ils demeurèrent à Paris, et l'on résolust, avec le duc de Parme, d'entrer l'année suivante dans l'I^tat de Milan avec une armée assés puissante pour y attaquer quelque place; et avec le duc de Veymar, qu'il retourneroit en Allemagne, ccivânt les propositions qu'il en fist, qui furent fort approuvées, mais qu'on ne peust pas cnttei'ement exécuter, le Roy ayant esté obligé de le rappeler, et de le £ûre demeurer dans le Barois.
^ [i636] L'année i6i<i commença par quelques désordres qui se firent (Ian& le parlement; ceux qui n'aimoient pas le cardinal de Richelieu ayant, gous prétexte du hien pulilic, voulu empesclier la vérification des édits qu'on y envuyoit , pour avoir de quoy fournir aux frais de la guelre, espeiant de le décrédïter en faisant manquer d'argent; et ils poussèrent les cliuses sy avant, ayant attire' la pluspart de ceux des enquestes dans leur opinion, qu'ils alloient tous les jours dans la gi'and'oliambre prendre leurs places, et demander l'a-iâernblée des cliamlires, mesme après plusieurs defeoces qui leur en fm'ent faites. De sorte qu'on fnst \ la fin forcé, ponr rompre cesle cabale et les
'Jk'iÔ [l636] ABLATION DE LA CAlfPACAE
faire obéir ^ d*en exiler quelques uns des principaui, comme le président Barillon , M. Laine , et autres.
Or, de ces prétentions de ceux du parlement de pouvoir réformer le gouveitiement toutes les fois qn^il s*y fait quelque chose qui leur desplaisl^ faisant pour cela des assepiblées, y prenant des résolutions contraires aux volontés des roys^ et excitant tout le mondé à sf joindre à eux, arrive de très grands maux, comme de servir de prétexte à ceux qiii veulent troubler fEsUt, et leur donner la hardiesse de faire des guerres civiles, ainsy qu'il s'est veu en i6i5y en 1649 et autres.
U en résulte aussi qu*on cherche à retrancher Fantorité l^itime qu'ils ont, quelque bonne et nécessaire qu'elle soit, voyant qa-elle leur sert pour s*en* attribuer 4ine qui ne leur appartient pas, et qui^mèttroit tout en une estrange Confusion , personne ne pouvant plus sçavoir à qui il devroit obéir, du Roy ou du parlement ; et qu'ils se tix>uvent après ces fautes là moins hardis pour faire, 'quand il en est besoin , des remonstrances (qui est tout le pouvoir qu^ils ont) aux rovs qui se laissent trop gouverner par leurs favoris, oa emportisr à leurs passions , et leur faire connoistre des choses que nuls autres qu'eux n'oseroient leur dire.
Et il est mesme quelquefois arrivé qu^ils ont peu dans leuiii remonstrances faire voir aux plus habiles, et qui se conduisoient le mieux , des choses auxquelles ils n'auroient pas pensé; comme ils firent quand on leur envoya l'édk de Nantes pour le vérifier, ayant esté cause qu'on y retrancha ou modifia divers articles qui en avoient besoin , et que le i*oy Henry-le-Grand e< tous ceux qu'il avoit employés pour le dresser avoient néanmoins accordé.
DE {.OnKAlKE. [|6J6] 3.^7
Et il'aulanl ((ue ce dcsoiilre doit esUe pt-incipalemerl aUnhiK- à re (juc les voix y estant comptées et non pas pe&ifeE, la multitude inconsidérée des jeunes gens l'emporte souvent par dessus les plus sages, cela fait croire cjue personne n'y en devrait avoir pour les afi'aires publiques, qu'ils n'eussent eslt' en charge dix ans entiers tout au moins, et encore à les compter des vingt-cinq ans prescrits par les ui-donnances ; et qu'il faudroit, afin qu'il se peust liien exécuter, que le pouvoir leiu- en fust osté par les lettres de provision qu'on leur donne, esl.int liien vraysemllaLIe qu'il s'en trouveroit peu, dans un .îge sy avance', qui voulussent contribuer au renversement de l'Estat, qui alttreroit inévitablement leur ruine et celle de leurs familles.
Les Espagnols ayant donné à toutes leurs troupes les meilleurs quartiers d'iiiver qu'ils avuient peu, afin de les avoir eu lion eslat quand il faudroit se remettre en campagne, firent lever quatre ou cinq mille chevaux ' poalonnois, qui sont gens accoutumés à faire la guerre CD hiver; et les envoyèrent au commencement de l'année dans le Luxembourg, pour essayer de les faire entrer par là dans la Champagne, ou du moins obligeant le Boy à y tenir la pluspait de ses forces, empescber qu'elles ne se peussent reposer, comme fuisoient les leurs. Mais il n'y envoya que cinq ou six mille hommes, desquels M. le comte, qui estoit gouverneur de Champagne, eust le commandement.
Ces Poulonnois firent diverses tentatives pour entrer dans ce pays, dont pas une ne leur réussist, «'estant mis Ry bon ordre paiiout, qu'il» furent tousjours repousses, et mc&me une fois uii ils vini-enl tous ensemble .illaqucr M. le comte, et s'y flst un petit combat,
a38 [i656] helâtiom db lk campagne
9près lequel désespérant, parcequ ils n*y eurent pas d'avantage y d*y pouvoir rien faire à Fa venir, et ayant faute de vivres et de fourrages, dont le Luxembourg n'est pas fort rempli, ils voulurent se retirer en leur pays, quoy que peussent faire les Espagnols pour les arresler.
Quelques uns l'ont attribué à l'adresse du cardinal de Ridielieu, qui avoit gagné les chefs en teur reprâcntant l'ancienne amitié des François et des Poulonaois, et leur faisant donner une grande somme d'argent. Mais peut-estre qu'il n'en fust pas besoin, parcequ'ayant extrêmement pasty tout l'hiver, où ils avoieot presque tousjours esté à cheval, il n'estoit pas possiUe qu'ils peussent demeurer encore tout l'esté en campagne. Quoy qu'il en soit, leur retraite se fist fort à propos pour le Boy; car s'ils eu^nt attendu l'arrivée de Picolomini, qui vint bientost après, il auroii esté difficile de faire teste partout.
Le duc de Veymar ne pouvant pas rentrer en Allemagne tant que Saveme seroit entre les mains des Impériaux , le cardinal de La Valette et luy allèrent l'attaquer aussjrtost que la saisop le permist , espérant l'emporter aussy aisément qu'avoit fait Galas; et véritablement ils n'y eussent pas esté fort longtemps, sy le duc de Veymar eust voulu donner une composition ordinaire à celuy qui y commandoit. Mais parceqa'ii voulust se venger de ce qu'il avoit autrefoi&./{uitlé son party et pris celuy de l'Empereur, y portant mesme une place qu'il luy avoit donnée à garder, et ne le recevoir qu'à discrétionr; ce gouveineur faisant de nécessité vertu , se defiendit sy bien , disputant les maisons les uaes après les autres, qu'il fust contraint au boot
OB LOARAlIfE. [i636] ^39
de trois semaines, craignant qu àla fin il ne luy vinst du secours, de luy accorder la mesme capitulation qu il luy avoit refusée au bout de buit jours. Le colonel Hebron y fusttué (qui fust un fort grand dommage), et le duc de Veimar et M. de Turenne légèrement'blessa.
RELATION
DE CE 9«I «B TkÊêk
DEPUIS LA DÉCLARATION DE LA GUERBB OONTB£ LES ESPAGNOLS, JUSQU'A LA PRISE DE GORBIE ET DE U CAPELLE PAR LES TROUPES DE SA MAJESTÉ.
[ 1 636] Le cardinal de Richelieu , qui n*avoit pas esté bien désabusé des grands secours que les Espagnols pouvoient tirer d'Allemagne par ceux qu*ils en aYoicDt desja eus, et qui ne pouvoit pas joindre une seconde fois les Iroupes (|ui estoient demeurées en Hdknde k celle des HoUandois, pour faire une puissante diversion de ce costé là, ny les faire revenir assés promptement en France pour y estre au commencement de la campagne y à cause de lj(]^ison, qui n^estoil pas propre à passer la mer, non seulement ne pensa pas à y suppléer par de jiouvelles levées, peut-estit parcequ'il n*avoit pas aloi*s toute la hardiesse qn^il i eue despuis à se servir des moyens extraordinaires pour avoir autant d*argent qu'il en falloit poiMiday mais se laissa tellement pMuader par M. le prince, qui desiroit ardemment d'unir au gouvernement àa duché de Bourgongne qu il avoit celuy du Comté, qinl fist envoyer les principales troupes que le Roy ettft •pour assiéger Dôle, sur Tassurance que, n*estant pas forte, elle ne pouiroit guère durer, et que coflune tout le reste dfi^la province suivroit infailliblement b fortune de la ville capitale, ce seroit un grand soola*
PBI8EDE COHBIE ET DE LA CAPKLl.e. [l636] 3.) '
gement de n'avoir plus rien à craindre de ce caste là , estant très vray que les Goiatuis, passionnés pour les Espagnols, ne demandoient qu'à rompre la neutralité CBtablic de tout temps par des traités «nti-e eux et peux dû duché, et faire la guerre; n'estant au ret>lerien demeuré pour la défence de toutes les frontiereti qu'environ deux ou trois mille hommes qui y estoieut urdî- Bairement, et les cinq ou six mille qui avoîent esté toutriiiver en Champagne sous M, le comte pour s' opposer aux Poulonnuis, qu'on avoit trouvé moyen de Aire retourner en leur pays.
I Mais l'Empereur, qui avoit veu ce que ses gens ■voient fait en Flandre l'année précédente, croyant S|De s'il y en envoyoit davantage en celle cy Us pour- *»^ent aisément entrer en France, et y faire de tels
igrès que le Koy, occupe à la décence de son propre lys, ne pourroit plus secourir les Suédois (aprèsquoy
en yiendioit facilement à bout, et ensuite de la mesme), ne craignist point de se défaire de
plus grande partie de ses forces, envoyant Pîccoloet Jean de Vert avec plus de douze mille cheyaux
six ou sept mille hommes de pied; lesquels ayant la Meuse à Givet près de Charlemont Sur un pont de bateaux, furent joindre le prince Thomas de fiavoye, qui commandoit l'armée de Flandre du costé de la France; et faisant ensemble un corps de dix-sept ^ dix-huit mille chevaux, et presque autant de gens fie pieil, entrèrent sans perte de temps dans la Picar- Idie. Mais, pour ne laisser rien derrière qui les peust inioommoder, ils voulurent, devant que de s'y trop avancer, prendre toutes les petites places qui touvroient Jn rivières, et pouvoient erapescher la communication ^ 5i. i(i
^4^ {l-'GSG] gubuhb cûhtre les bsfjl^bou^
avec les leam, commençaDt par La Capette, qaî «
trouvoit la première sur leur diemin.
Ohr il faut sçavoir que quand le cardinal de Bidie* lieu TÎst que le Ho^, pcMir ne laisser pas perdre la Soédois, pourroit ëstre contraint de rompre avec la E^Mignok^ il envoya M. deri Noyers, secrétaire Sïê^ tat, en qui il se fioit fort, pouif visiter les places frsutieres, les faire rëparw, et poui*yoit* <VtAoQt œ quiseroit àécessaire, afin qu'eUes fussent en fion estât qu^ la guêtre commenceroit, hiy faisant donner un ampk pouvoir pour cela»
Alais) soit que, n'estant pas son mestier, it ne ij coUBust point, ou que s'en estant remis sur d'autres ea qui il se fioit^ ils* n'y firent pas leur devoir; tant j < que tout y estoit en très mauvais ordre : les fortifeitions en plusieurs .li||ux mal restablies, quasy poioldc munitions de guerre ny de boudie, la piuspart des et* nons sur le ventre, et avec peu d'aiTûts sur qui on kl peust monter, .^ enfin les garnisons très fc^bles, lieQ de tout cela n'ayant esltë réparé par les gouvernems; car ils sef pessuadoient tellement que le Roy estoit obligé de pourvoir à tous leurs besoins, que comat s'il n'y euàt pokit esté de leur vie et de leur honneur, s'ils estoieht pris faute d'estre en bon estât, ils b'j avoîenfc pas voulu mettre un denier du leur.
Les Espagnols estant bien avertis que tous les niasquemens estoientdans La Capelle, -et que partioilîen^ ment il y avoit peu de gens de guc^rre, pensèrent, dèi qu'ils y furent arrivés, à empesdier qu'il n'y en entrai d autres; et comme ils estoient puissants en cavalene^ ik en envoyèrent un g^and nombt^e de tous les cost^ pillant et ravageant le pays^ et luanl tous ceux fia
PRI8B D8 CORIIB BT DB LA CAPELLB. [l636] 2^3
avoient attraper, encore qu'ils ne so missent pas en ence, pour donner tant de terreui* que personne n osast approcher, comme fls firent en effet; , M. de lëbriant, beau-frere du manjuib du Bu, qui en es» t gouverneur , et qui voulust s'y jetter avec qtielques m qu'il avoit promptement rassemblés, n'ayant jalis peu trouver de guides pour l'y mener. Cependant les ennemis, rendus hardis par la foisse de la garnison, firent leurs approches en plein r, et poussèrent leur travail sy diligemment, qu'esit en moins de quatre jours arrives sur Je fosse d'une ny-lune et l'ayant percé, ils s'apprestoient pour y *e un logement, quand ceux qui estoient ordonnés ir la garder en eurent sy grande peur qu'ils l'abaninerent, et portèrent une telle espouvante dans la ce, que tant les officiers que les soldats, ne pensant • qu'à se rendre, furent trouver le gouverneur, et S^rcerent, nonobstant tout ce qu'il leur peust dire, aire sortir des gens pour capituler; ausquels ayant S sur l'heure mesme accordé tout ce qu'ils deman- «nt, tant les ennemis avoient envie de se despescher ar aller autre part, ils en torturent le sept ou hnikie jour du siège, sy estonnés, que j'en vis quelques^* i qui vinrent à La Fere, qui ne pouvoient encore L remettre; et sembloit, k les entendre parler, que *toient des diables qu'ils avoient veus> et non pas
hommes.
i^Niant au gouverneur, il est très certain que ne vou- ( point qu'on se rendist, il fist tout ce qu'il peust ar l'empescher, et obliger ses gens à se bien deffen^ r ; de sorte que sa seule faute fust d'avoir signé la pitulaiion, n'ayant pas considéré, comme jeune et
^44 [l636] -GUEURE CONTRE LES BSPAaNOLS.
inexpérimenté qu'il estoit, qu'en ne la signant point il faisoit voir qu'il n'y avoit point consenty, et se mettoit à couvert de toutes choses^ et qu'en le faisant il sembloity quoy qu'il ne fust pas vray,* qu'il eust participe à la lascheté des autres.
Le cardinal de Richelieu , qui , se fiant en ce que M. des Noyers, pour s'en descfaarger et en rejetter la faute SQT les autres, luy disoit, croyoit qu*il n'y manquoit rien, et.^n craignant peut-estre aussy l'exemple, ne fust pas plustost averty de ce qui s'estoit fait, que s'en prenant principalemeqt au gouverneur, il luy 6st faire son procès, par ^equel^ ayant esté condamiiéà mourir, tous ses ])iens furent confisqués, et sesmaisons et ses bois de haute futaye rasés, ne sauvant que m teste , parcequ'on ne la tenoit pas.
Quekques jours auparavant, M.le comte estoit saxvsé à La Fere avec toutes les troupes qu'il avoit eues tout l'hiver en Champagne , où les mareschaux de Chauloes et de Brezé, qui dévoient servir de lieutenants généraux dans son armée , le vinrent trouver , et luy ame nerent tout ce qu'ils avoient peu ramasser d'infanterie et de cavalerie, excepté les douze compagnies du régiment des Gardes qu'on y envoyoit, lesquelles furent menées par M. de Guébriant, qui avoit alors une compagnie à Guise, où op eust avis que les ennemis voa* loient aller après avoir pris La Capelle ; et dont hien en prist, car la place estant très mauvaise et aussy mal pourveue que les autres^ elle ne se fust pas vraysemblablement mieux defiendue. Les mareschaux de camp de ceste armée furent messieurs Du Hallier et if Fontenay. M. de Vaubécourt estoit venu avec M. k comte, pour l'estre aussy; mais il eust commandement
PHISR DE CDKBIE Et ue l* capelle. [it)36] ^4-* ffaller en Cliampagne prendre garde à la frontière. ' Après que les ennemis se lurent un peu reposés au- 'tour de La Capelle, ils allèrent en effet k Guise, où tous les quartiers furent faits, "et toutes clioses disposées pour l'attaquer; mais quand ils virent, par une grande sortie que firent ceux de dedans, quelles gens c'estoienl, ^et que mesme, au Ilea de les attendre dans les fortifica- ' lions desja faites, ils en commençoient de nouvelles poui aller à eux (M. de Guébriant s' estant dès lors fait re- 'biarquer pour tel qu'il estoit), ils jugerenl bien qu'ils li'en auroient pas Sj bon marclië qu'ils ï'estoient iina- Ikinés, et que faisant un siège de longue durée, ils per Broient l'occasion qui se présefitoit, donnant du tem|).-> ^u Roy de ra8senil)lci- ses troupes, et de faire une aimée assésgrosse pour leur tenir (este et cinpescher leurs lirogrès. C'est pourquoy ils levei-ent le siège, et prirent ^ chemii^ du Catclet.
* M, le comte fust promiJtement averty de ce changement; mais son armée estant trop foible pour y aller, jlt y ayant aussy, ce sembloit> assés de gens dedans, il fereiist ne devoir i'airi? autre ihos«i que d'y envoyd Itntelqu'un pour exlioiter le gouverneur à se bien def- ^fendre; et ayant choisy pour cela un capitaine du ré- Inineot de Champagne, il l'assura que pourveu qu'on Idonnast temps aux troupes qu'on atlendoit de Hollande W de Dôle d'arriver, il seroit infailliblement secouru. '■ Cependant lesennemis, ou pour couvrir leur marche, Vu pour faire vivre leur cavalerie et piller le pays, en (envoyèrent la pluspart à un petit chasteau qui est as- " M't près de La Fere, oil ils essayèrent d'entrer ; mais y isyant trouvé de la résistance, et voyant que, sur l'avis qu'on en avuit eu, toute l'aimce du Roy y alloit, le
u46 [i636] gueuiië cojntee les EsrAcjiou.
lieu estant assés avantageux pour n^estre pas foné à combattre sy on ne vouloH, ils se retirèrent sapi faire de plus grands efforts; et on sceust, à deux ontrâ jours de là , qqe toute leur armée ayant passe à Fofr somme, elle estoit arrivée au Catelet, oh ils troaTcrefl» encore^ moins dç résistance qu*à La Capelle; car vpâ fait leurs -approches,, et tiré upe ^ande <]nantitéi bombés dans la place qui mirent^le feu à quelques aaisons y non seulement ceui^ de dedans eo furent sf » tonnés qu'ils voulurent se rendre, mais celnj qa*0Bj avoit envoyé pqnr les en empescher sortist pour bm la capitulation. Ce qui ayant esté sceu du Roy, lepivemeur (0 fust traité comme celuy de La Capdk;tf quant au capitaine du régiment de Ghapipagne, dti^ allé trouver le cardinal de Richelieu pour se justififfi il fîist mis en prison', où il demeura fort lonf^teDpsîd peu s*en fallust qu il n'eust la teste ooupée.
Sy ces deux places avoient esté mal defiendues,cclk
de Dole, où M. le prince estoit allé, ne fust pas max
attaquée; car, bien qu'il, eust avec luy la fleur (is
troupes du Roy, que rien ne luy manquast (M. deU
Meillerayc, grand^maistre de Tartillerie, qui y seirai
de lieutenant général, y ayant fait mener aboadiBB
d*artillerie et de munitions), et que M. Lambert, fiit
entendu dan$ les sièges, y fust mareschal de csof.
toutes choses néanmoins y allèrent tous) ours teUeoest
de travers, que le cardinal dé Richelieu voyant p^
d'espérance de le prendie, et grand besoin de fortiiff
larmée de Picardie, fist envoyer un commandement i
M. le prince de leyer le ^iege , et d y faire aller diI^
{*) Le gouverneur. Il s'appcloit Saîat*Légt*r. (y ayez les de Montglaty tome 49t p- ia8| deuxième série de ceUc CoUecs^j
PRISE DB COBIIIK ET DB LK CAPBE.I.B. [l6i6] 2/^-J
gemment toutes tes troupes qu'il îH'oit. Ce)uy qui y
commandait, nommé L» Veigne, qui ayoïL sy ipal
defTendu Porentru, fiât là sy bi«Q, qu'il en settist avec ^raiid iionneur.
Aussytosl que M. le comts sceust le Cat«let aas\6^i, i^'aignant que s'il se prenoit les ennemi^ ne voulurent i^rès cela pusseï- ia rivière de Somme, et pour iiH>i'«i' rfuissy les troupes qui estoîent dans Guise, il s'avaofb Efusques à Sai ut-Quentin, cioyant, «ocore qu'il cu^t ^eeu de gens, qu'il pounuit garder ceste rivière, qui a ij^uasy tie tous les deux costés des marais sy larges et sy ifH-ofoiidâ qu'on ne les sçauruit passer que sur des cliauspSées faites de longue maiu, lesquelles estant fort es- ..liroiLes setiilileol n'edre pas nialaist^cs à dcflendre, et ime^me avec peu du getu. De sorte que la nouvelle de iJta icddilion du Catelst estant venue Uoû joui^ api-QS, il ^nvuya le marquis de l'oiitenay avec six cents chevaux .^ur pitiodre garde aux passagesi quj sont au dessous ^4^ ilam, y faire teuir IfiS paysans qui avoient ordre jd'y estre, et les secourir, afin que les ennemis n'en ^epssenl prendr» pas un et s'y foiUiier^ rassurant qu'en ^fàs qu'ils y aUfissent avec toute leur afmée, il feroit le ^esuic de son costé, et seroil a^ssytiist à luy. l^iisuite
/^ quoy les ennemi?) ^yaiit envoyé' en diveiï endroits j^e pctili) corpii pour essayer de passeï' ta rivière, cuiuoie gOa l'avoil pi'éveu, ils n' oseront l'eRtreprendie, trouvant ,^s gardes partout. De sorte que voyant qu'il n'y falloït
^as moinsque l'armée toute entière, elle alla pour cela i*B.ay.
Or iU pensoient y trouver grande facilité, à cause . que Le village et U rivière wnt au pied de la montagne,
jtt qu'eu mettant dessus du caaon et des mousiquetaires
FKtSE DE COKBIK ET DE LA CAPELLE. [l636] -^49
I • perdroîent le temps de s'y opioiaslrer davantage, ils firent enfin chercher un passage ailleurs, et le ti-ouverent en un lieu nommé, ce ine semble, Serisay, où on ne les attendoit pas, n'y ayant ny pont ny chaussée; et y envoyant la nuit mille ou douze cents hommes, Us y passèrent la rivière, et firent un retiancbemont au devant pour mettre lenrs gens à couvert à mesure qu'ils passeroient, et empescber qu'on ae les en peust ^chasser (■}.
Le matin , toute leur armée y alla (comme fist aussy »-M . le comte ) pour s'opposer à eux ; mais il ne luy fust ipassy aisé qu'à Bray, d'autant que la rïvïere estant au kned de la montagne, et tout le mai-ais de son costé, iil «Moit impossible de le passer pour aller à eux. Le irëgiment de Pit^mont, qui, le voulant faire, 's'avança 'Insques à un bois qui en estoît à moitié chemin, fust •wresté par de l'eau qu'il trouva, et presque tout défait 'devant qu'on l'en peust retirer, le canon ayant rase ■tous les arbres de ce bois qui le couvroit. Monsoulins, Blïeutenant colonel , et dix ou douze autres capitaines ••ou officiers, y furent tu(^, et plusieurs blessa, sans iBéanmoins que ce qui restoit en vuulust partir, que M. le comte ne leur eust envoyé dire.
■ L'armée fust postée le plus près du marais qu'il se ^eust, mais sans pouvoir nuire aux ennemis ny les incommoder dans leur passage, faute principalement Id'artillerie , n'y ayant que sis. petites pièces de camtoaene, desquelles on s'estoit voulu servir à Bray : mais comme elles ne poiloient pas assés loin pour an-iver iflisques à eux , ils eu firent de tels cris et tant de luuit , * fi) Vofe- 1» Mémoires de Uontglit, lomc ^9) p. i^S, deuxième •lirii: *!• «Il" Colluclioa. 2 ^-'^ ' ^- -
PRIiB DB CO&BIE ET DE LA CAPEI.LE. [l636] ïlSl
fferents ; car les uns disoient qu on devoit demeurer , ou aller en quelque autre part qu'allassent les enunis, pour s*oppos<sr à eux, et périr plustost que de Rcber le pied 6t:;ies laisser passer^ protestant qu auement, ce ^roit une honte * dopt on ne se laveroit mais;, les autres , qu'il falloil aller à Corbie pour |i¥eç caste place qui estoit foible, et empescher qu' Amiens n^ peiist estre assiégé ; représentant de quelle ipqrtahce i^ estoit , par Testonnement queust toute France quand les Espagnols le prirent du tentps de eniy-lerGrand* Mais d auti*es disoient que puisqu'on Kyoit clainament que le passage w pouvoit e^b'Q wi- HOhéy deipeui^er là ^eroit vouloir f^près perdre Tar^ £e, veu la grande disproportion d'envirpo dowe Ule hommes quoa aToijt, à plus de trento mille qu'a- Ment les ennemis, et leur abandonner ensuite toutes I villes de Tlsle de France ; estant bien vraysemblae que, dans l'estonnement où elles seroient sy l'armée boit défaite , et n'y ayant dedans que des habitants >ur les defTendre , elles ne feroiént pas grande résis- Dce : après qu6y le chemil^ de Paris leur estant ou- Tt, qui estoit tout ce qu'ils desiroient et qu'on devoit »préhender^ le Roy seroit nécessairement forcé d'en ■tir, pour aller trouver les troupes qui yenoient de Sle et de Hollande, et en faire de nduveUes, avec ■quelles, quand bien il pourroit enfin aller fsiux ^i-» tmis et les contraindre de se retirer, ce ne seroit pa$ Eanmoi^s sans qu'ils eussent pris auparavant {du- Kurs pl^es , et laissé de sy bonnes garnisons dans ^cune» qu'il seroit difficile de les reprendre toutes vaut l'hiver; de sorte qu'ils pourroient todsjourSy par moyen de celles qu'ils auroient conservées , revenir
pmsB nr corbie et de la cikpRLLB. [ifiilG] ^'i.t ces difTerenbi avis, et les niîsons siii-quoy on se foiiila pour se retirer, parceqiie le cardinal de flicbelieu condamna fort, non qu'on ne fiist point demeurii à dell'endre le passage )us(|ues au liout, jugeant bien que c'eu!>t iCSté trop hasarder, miiisde ce qu'on ii'estoit point allé ,rh Corbie; croyant que c'auroit este avec plus de re'- IputalioQ pour les armes du Roy, que de &en aller à tNoyon, comme on listj ne se voulant {wint jtersuader 'qu'on eust peu prendre les places de l'Isle de France ||)i us8f aisément qu'on l'avoit pense'. Dont ce qui se fist 'fit Corbie deust bien le deslromper; car on y avoit l^is beaucoup plus de gens que les auties places n'en liassent eu.
i' Ayant donc esté arresté qu'on se retireroit aussytost Hjoe la nuit seroit venue, l'oidre en fust envoyé par- Rout, où il aniva une chose qui Taillist à causer un ■Fand désordre; car un malheureux liouime de Lankaedoc qui suivoit le mareschal de Brezé eust une sy ■rande peur quand il vist partir, qu'il prist le galop, M passant le long des troupes , crioit tant qu'il pouvuît, ■t comme s'il eust eu les ennemis à sa queue, Sauve aftti peust! De sorte qu'elles se préparoicnt toutes à le ueroire, et faire comme luy, sans que tous les ulUciei'S, nnt généraux que particuliers, les en empescherent -, ttt les rassurant, leur lirent continuer leur ciiemin dans wordre qui avoît esté donné.
L M. le comte ne voulant pas se retirer sans laisser r^kirbîe sy bien garny qu'il peust attendre le secoui-s, ly eovoya deux régiments; et voyant qu'outre M. de LMailty, qui en estoit goiiverneur, M, de ^aucourt, I lieutenant de roy en Picardie, s'y vuuloit enreiinei, \ on ne fusl pas sans espérance de le pouvoir sauver.
!l54 [>636] GUERRE CONTRE LES ESPAGMOUb
Dès que l'armée fîist partie^ Its ennemiB mnwjnm% Jeanne Vert avec quatre mille chevsiux pour la tûvit, et luy faire tant de charges par les chemins^ que ne pouvant pas beaucoup s'avancer, toute kur arm^ j peust arriver ; mais, quelque soin qu'il y app^tatt^ il ne peust' leur avoir fait plisser la rivière qu'il ne fiut jour : de sorte que M. le comte, qui avoit têMMi marché, sans s'estI^e arresté qu'auprès de Nesle poir faire repaistre, estant desja à Noyon quand il con* mença à paroistre, il ne trouva qu'environ cent dl^ vaux, qui estoient à la queue de tout avec le maraus dePontenay , lesquels il fist pousser; mais voyant venir à leur secours sept ou huit escadrons , et qu'ils estoient trop près de la ville pour les pouvoir empescher (fy entrer quand il leur plairoit , il retira ses jgeos^ et de»* puis ne se moristra plus. Le duc de Beaufort et le dud^ quis de Fbsseuse s'y trouvèrent, et demeurant teuajoui derrière, s'y signalèrent fort.
Ce fiist à Noyon où on commença à deseouvrir lei mauvaises intentions de M. le comte pour le service du ftOy $ car estant nécessaire d'y laissa* une gamiff», il vouloit que ce fussent les Irlandois , lesquels n^ttMi pas en nombre suffisant, ny .([l'une fidélité asse^ aasmét pour4eiir confier une place comme celle là, le ■§reschal de Br^é fist tout ce qu'il p/enst pour l'en di^ suader, luy représentant qu'elle estoit alors de tele import|^ce, que toutes les meilleurestroupeMu'il enst n'y seroient pas trop bonnes. Mais voyant que, nonobstant tout ce quil luy disoit, et que la pluspart des principaux officiers luy en parlassent dans le mesme sens, il s'y opiniastroit; il se trouva enfin pbligé de hv dire qu'il falloit envoyer au Roy pour sçavoîr sa ^t>-
PUISE BB COABIE ET DE LA CA.PELLB. [l636] 255
iwljé; et que cependant s'il ne vouloit pas attendre sa BspoDse, il protesteroity pour s'exempter du blasme m en resulteroit sy la place venoit à se perdre. Par b . il rendifit assurément un tr^ grand service -, car y ymt aussy beaucoup d*Irlandois avec les ennemis, et lUnt naturellement plus portes pour les Espagnols ne pour les François^ ils y auroient sans doute fait irt mal leur devoir. ^
1^. le comte voyant la résolution du mareschal de reiëy et jugeant bien qu'estant beau-frere du cardinal m Richelieu il auroit la cour pour luy, outre qu'en Set il avoit raison , il y laissa enfin d'autres gens; mais Lluy en vouiust tant de mal qu'il ne luy a. jamais par- ÂBDé; et le mareschal aussy ne Voulust plus sei*vir iVec luy, et s'en alla trouver le Roy aussytost qu'on M arrivé à Compiegne.
Or M. le comte y vouloit laisser les Irlandois, tant ircequ'il auroit esté bien aise que les choses eussent ni esté partout oii il n'estoit pas, que pour y faire K-îr M. de Vennes, que le Roy y avoit envoyé pour Cemmànder en l'absence de M. de Montbazon , qui
estait gouverneur, et auquel il vouloit mal^ parce- .*il avoit eu le gouvernement de Valence lorsqu'on JjÈjfk à M. Du Passage, qui s'estoit montré estre de sc5 fjpit quand il sortist mescontent de la cour. ÏLa nouvelle de la retraite de l'armée du Roy> et ^on avoit abandonné la rivière de Somme, donna ^m telle espouvante dans Paris, que tous ceux qui en mvoient sortir,.' petits et grands, ne pensoient qu'à
faire, comme s'ils eussent de^a eu l'ennemi à lébrs
ftrtes. Et d'autant que toute la faiike s'en rejettoit sur
^ïardinal de Richelieu à cause qîm avoit fait décla-
2l56 [l636] GUERRE CONTRE LES XapA«liOU.
rer la gaerre, aussy parloit-on tout ouvertement oqd* tre lay, Joon seulement ^d^jiis les compagnies partûalieresy mais dans les rues, où le peuple sf assembloit pir troupes comme au commencement d'une seditioii, d qu'il a envye de se souslever ; de sorte que qvand il fallust aller à Thostel de viUe pour y £siire résoudre k secours qu*6h donneroit, et qu*OD )ugea nécemie que le cardinal s y trouvast, aÇn qu'on j euat phis (f» gard au service du Roy et aux besoins qu'on en ivoit, tous les intéresses à sa fortune ne le vouloient poâl« croyant (tant ils voy oient le peuple esmeu) qu'il s'a reviendroit jamais. Mais luy, qui avoit assurément w ame très grande et très eslevëe, mesprisant tout ce qu'ils' disoient y y alla, et mesme encore sans œste wà' titude de gens qui l'accompagnoient ordinairemeot,tf quasy tout seul , n'ayant dans son carrosse que trois m quatre personnes ^ et autant à cheval derrière lay;ti l'on vist ce que peust une grande vertu, et combioi dk est révérée, mesme des âmes les plus Uasses : car les i«tf estant sy pleines de gens qu'à peine y |fouvoit-onpMV' et tous sy animés qu'ils ne parloient que de le t«r: dès qu'ils le voyoi^nt approcher , ou se taisoient, ff prioient Dieu qu'il donnast un bon succès à son vojap et qu'on peust remédier au mal qu'ils appréhendoîA j Les ennemis n'ayant peu rien entreprendre sur Wl mée y et ne doutant point qu^ls ne pourroient lîB faire qu'à Corbie, y allèrent; et on sceust biolaf après que, quelque ordre qu'on y ^ust donné, ODiJ feroit pas mieux que dans les autres places, tooty^^j tant divisé, ^ mal préparé pour soutenir un fff^ siège. C'est pourquoy M. de Saint -Preuil y fnstc^ voyé, avec chàrge^de leur représenter ce qu'ils^
PEISK DE COBBIB ET DE LA CAPELLE. [l636J 257
▼oient faire pour le service du Roy et pour leur bon* neur, et de les assurer qu on ne leur pardonneroit pas s'ils y manquoient; mais qu*en se defiendant, et donnant temps aux troupes du Roy d*arriver et de les se* L courir y ils en seroient bien récompensés. ;^ M. de Saint- Preuil exécuta bravement sa commis- ^ sion, bien qu'il eust rencontré sur son chemin dive» ^ purtis des ennemis, et qu'il fîist enfin contraint, pour £> eùtrerdans la ville , de faire plus de demye lieue à ^ nage le long de la rivière, tant toutes les avenues par ^ terre en estoient bien fermées. Mais quant au fruit , il ^^ ne fust pas tel qu on le devoit espérer, ayant trouvé les -^ choses en sy mauvais ordre, et les gens de guerre aussy
, bien que les habitans sy mal disposés à^ faire leur de-
1 ■^▼oir, que, quoy qu'il leur peust dire, il ne les empes- ^^^dia pas de se rendre plus tost qu'ils ne dévoient; dont Roy îust en telle colère, qu'il fist procéder contre en toute rigueur. Par la capitulation , il fîist dit que les troupes qui en sortiroient seroient menées à iens : ce qui osta tout soupçon qu'on la voulust Miéger.
Corbie rendu , on eust grande appréhension pour jSaint-Quentin , le Roy ayant eu nouvelles que M. de [ombiers, qui en estoit gouverneur, se mouroit; il n'y avoit alors personne dedans sur qui on se peust »p08er pour la deffense d'une place sy importante. . 'cgfc pourquoy le Roy escrivist au marquis de Fonteiay d'y aller en toute diligence : ce qu'il fist fort heu- ' .*easement ; car y ayant eu plus de miUe chevaux dans postes toute la journée, il passa sy à propos durant !a nuit, qu'il n'y avoit pas une heure qu'il estoit enré quand ils y revinrent.
a58 [iff36] gvshme contre les capa^sals.
Mais le mal de M. de Coalombicrs ne s^ertant pes enfin trouW sy dangereux qu'on croyoit^ il fost «i bout de huit jours en, estât de servir; et le niaN]uisde Fontenay enst ordre d*aller à Beau vais , qui eitoit fort menacé y et qu'on craignoit extrêmement , parceqne la place est très mauvaise , et qu'il y avoit dequoy £iîre subsister Tarmëe ennemie durant tout lltiver-
Il avoit trouvé les foitifications de SIlint «Quentin en très niauvais estât, y ayant, outre le bastion it LoDgusville, qui estoit tout vide, un certain creux, à vingt pas du fossé, où les ennemis pouvoient loger dès le premier jour plus de mille hommes à couvert, d plusieurs autres endroits fort défectueux ; lesc{iiel< ayant fait voii^ux habitans,%tle péril où, cela les mettoit s'ils n'y remedioient, ils y travaillèrent dès l'beiirp mesme avec grande affection. Ce qu'il tesnoigna depuis au Roy et au cardinal de Richelieu , et qu'il le» avoit trouva fort zélés pour la conservation de leir ville et le service du Roy.
Dès que M. le comte fiist arrivé à Noyon , il avoit, à la sollicitation de M. de Fontenay, envoyé à Beanvais messieurs de Boufflers, de Tois (0 et de Ligneres, avec leurs compagnies de cavalerie; et quand il y iiat. il obligea ceux de la ville de lever deux rumens df douse compagniies chacun, dont messieurs de Mootchevreuil et de' Bachivillers furent mestres de camp* En quoy il fut fait tant de diligence, qu'eu moins ^1^ huit jours il y en entra une bonne partie; et ils furent enfin gy forts, qu'ils se trouvèrent des plus beaux df l'armée quand ils la joignirent pour aller à Corbie- Mais les habitans n'estant pas encore contents décela*
^*) De ToÎÊ : Ce nom est incertain dans le manascrii.
I PRISE DE CORBIE ET Dfi LÀ CÀPELLE^. [l636] l6 f
B jusques à Gorbie, parcequ'on marchoit tousjours en s bataille. M. le comte menoit Tavant-garde , Monsieur è la bataille, et le mareschal de Ghâtillon Tarriere- .1 garde. Le mareschal de La Force estoit demeuré de ^ l'autre costé de l'eau avec un petit corps pour y faire ^ une attaque, ayant avec luy le marquis de La Force ^ et M. Lambert.
% Quand on fust près de séparer les quartiers, M. le -^ comte proposa à Monsieur que, pour se venger des ^ desordres qui avoient esté faits en France, il falloit, ^-en attendant qu'on eust toutes les choses nécessaires ^ponr le siège, et qu'on le peust commencer, faire ^iine course dans le Pays-Bas, laissant cependant quel- ^f aes gens devant Gorbie pour empescher que rien n'y ^peust entrer : à quoy Monsieur ayant consenty, il fal- ^ Jast nommer quelqu'un pour les commander. Et d'au- |Uuit que sy les ennemis y vouloient jetter du secours, r^ounne M. le comte le croyoit , la commission pouvoit ^Vestre pas.trop bonne, il persuada à Monsieur de meavec lay M. Du Hallier, à qui cela appartenoit s'il voulu, estant le plus ancien mareschal de camp; «sft dTy laisser M. de Fontenay, à qui il eust esté bien -iSse qu'il fust arrivé quelque disgrâce, à cause qu'il le .çavoit amy du mareschal de Brezé, et tout-à-fait desn^endant du cardinal de Richelieu.
Il y demeura donc avec deux mille hommes de pied
d trois cents chevaux, fort peu de fnunitions, et rien
^>iir se retrancher. Mais M. de La Meilleraye, à qui:
^ envoya demander de la poudre et des pics , luy en
yant aussytost fait porter, il fist travailler tous les
'^dats à ses despens, et sy diligemment qu'en moins
^ « deux jours ( car s'estant logé sur le costeau il ne fal-
fniSE DE COKBIt ST DE Ll CAFELLK, [l(ii6j l6 I
jusques à Corbie, parcequ'on marchoit tousjoui-s en bataille. M. le comte menoit l'avant -garde. Monsieur la bataille , et le maresclial de Châtillon l'arrieregarde. Le raareschal de La Force estoit demeuré de l'aulie costé de l'eau avec un petit corps pour y faire une attaque, ayant avec luy le mai'cjuis de La Force et M. Lambert.
Quand on fust près de séparer les quartiers, M. le comte proposa Ji Moiisieur que, pour se venger des desordres qui avoient esté faits en France , il falloit , en attendant qu'un eitst toutes les choses nécessaires pour le siège , et qu'on le peust commencer , faire une coui-se dans le Pays-Bas, laissant cependant quelques gens devant Corbie pour empescher que rien n'y peust entrer : à quoy Monsieur ayant consenty, il fallast nommer quelqu'un pour les commander. Et d'autant que sy les ennemis y vouloient jetter du secours, comme M. le comte le croyoît , la commission pouvoît U'estre pas trop bonne, il persuada h Monsieur de mener avec luy M. Du Itallier, à qui cela appartenait s'il flUft voulu, estant le plus ancien maresclial de camp; et (fy laisser M. de Fonlenay, à qui il eust esté bien aise qu'il fust amvë ijuelque disgrâce, à cause qu'il le sçavoit amy du maresclial de Brezé, et tout-à-fait despendant du cardinal de Richelieu.
Il y demeura donc avec deux mille hommes de pied «t trois cents chevaux, fort peu de munitions, et rien pour se retrancher. Mais M. de La Meilleraye, à qui il envoya demander de la poudre et des pics, luy en ayant aussytost fait porter, il fist travailler tous les •oldals U ses despens, et sy diligemment qu'en moins ie deux jours (car s' estant logé sur In costeau il ne fnU
l6% [l636] OUS&RE GOMTJLE LES S&VAajIOLft.
lustquasy rien &ire dans le penchant ) ses reUrancbe* mens se trouvèrent en quelque défence , et qu'an quatrième il n*eu8t plus d'appréhension, sadiant bien que l'armée du Roy estoit tlt>p proche pouip y oser mener du canon.
Monteur ayant esté cinq ou six jours dans le pays ennemy, pillant et faisant beaucoup de désordre, suis trouTer râdstance nulle part, receut un ordre dn Roj, à qui ce voyage n'avoit pas semblé fort à propos de revenir et commencer le siège, où le cardinal de Richelieu estant aussy venu pour voir ce qui s'y devroit faire, il fust fort satisfait du travail de M. de Fonten^y, et l'assura qu'il le diroit au Roy«
Tous les quaitiers ayant esté séparés, on ne peust pas luy oster celuy oui il estoit logé, et qu'il avoit gardé pendant l'absence de l'armée ; de sorte qu'il y demeon,
avec les régiments de Picardie, de ; et le maret-
chai de Châtillon en prist un autre assés près de U, avec le régiment des Gardes et autres. Et ayant eite résolu qu'on feroit une circonvallation devant que d'ouvrir la tranchée , on fust près de quinze jours ij travailler sans que les assiégés se missent en devoir de Tempescher, non plus que ceux de leur armée, qui firent seulement une entreprise sur le quaitier (fÂiguefel, allemand, et de Gassion, qu'ils enlevèrent; maif Gassion n'y estoit pas.
On s'estonnera sans doute comment les EIq>agmJsy qui avoient tant estimé la prise de Corbie qu'ils J bornèrent toutes leurs grandes prétentions, ne se mirent point plus en peine de le secourir; mais on a dist (et il y a bien de l'apparence) que leur armée se troun sy desperie, qu'ils n'osèrent rien basaixler de ce qui
PUllS DE COBJU£ BT DS LA> CAIPELLiS. [ iSifUiJ ^6^
leur en restoit, d*où deflpeodcnt ea qudkfae 4orté la xinservation de toute la Flandre.
Les tranchées fiir^it ouvertes ^ tant an quartier de M. de Châtilion qu'à celuy de M. de Fontenay, au rommencement du mois de povembre, et poussées lussy diligemment que le temps le permettok; car il pleuvoit fort scMivent.
Or ^ conmie le quartier de M. de Fontenajr esloit ris à vis de la seqle porte qui estoil ouverte à Gorbie^ Il qu'il falloit que tout ce quiy aUoit ou en soi toit pasast par devant chez luy, cela luy fist prendre quelq«ie onnoissance avec celuy qui y commanda, despuis que 9 gouverneur, qui esloit Italien , enst esté tué d'un oup de canon ; et pisques là mesme qu'un de ses murks qui alloit à- Amiens pour la provision ayant esté ris par des gens sca^tis de nuit devant que la circon^ «llation fust achevée /et mené à Coii)iey il hay fust ussy tost renvoyé; laquelle lionnesteté persuada à Coût f monde qu'on n'y vouloit pas &h*e une longue deirnce. Et M. le comte mesme en eust une telle jalousie, •oyant qu'il s'y traitoit quelque chose àson desceu, 1* ayant trouvé un tambour qui venoit de dire à un ibitant que s'il a voit permission de sortir, M.de Fonoay pourroit avoir celle de le i*ecevoir (ne s'estant jînt imaginé qu'en le disant à Monsieur ou à luy ils i le voulussent bien y quand ce n'eust esté que pour avoir des nouvelles assurées de la place), il creust je c'estoit pour quelque auti'e subject qu'on luy caloit , et s'en piqua de telle sorte qu'il luy dist plusieurs loses fort aigres, et pailiculiei'ement qu'il en denuin* >roit justice au Roy comme d'une enti*eprise faite sur L charge, sans le vouloir escouier en ses deffesses.
a64 [i636] <^uEBAB cohtjie LEsmsrAamoLâ*
Le huitième novembre , les tranchées n^esUmt pas encore sur le fosse d*an dehorj^^ on fnst tout estomié (tant Testoile^^e ceste année-là efitoitanauvaise pour ceux qui avoient à deifendre des places) 4{u*il paraît un tambour des ennemis au travail de M. de Fontenay, qui demandoit à luy parler; lequel Iny.ayant etfé
amené, luy diist que. M. de , qui commaodoît
dans Gori>ie, Tavoit envoyé pour sçaToir sy onloj vondroit faire une bonne composition; moyennant quoy il rendroit la place.  quoy le marquis de^Fontenayne pouvant ^as respondre, il Ten^oya (paIt^ que Monsieur n*y estoit pas, et le quartier de M. le comte fort ëslongné) au maresdial de .Châtillon, lequel respondist qu'il vinst des desputés, et qu*OD ks entendroit. Mais le tambour ayant dhemandé tenqs jusques au lendemain , parcequ'il estôit tard, et qœ cependant on fist une trêve , il y consentist.
Au mesme temps que le marquis de Fontenay fist mener Iç tambour au mar^dial de Ghâtillon, il en envoya donner avis à Monsieur , à M. le cqmte, et ao cardinal de Richelieu, lequel en eust une grande joye, car il commençoit à craindre que Corbie ne se poorroit pas prendre à cause des pluyes continuelles qo'il faisoit, qui avoient desja engendré tant de maladies pai^my ces nouvelles levées, peu accoutumées à patifi qu'elles en estoieqt quasy diminuées de la moitié, et qu'on n'estoit pas encore sur le fossé du dehors.
Mais Monsieur et M. le comte n'en furent pas de mesme; car ils avoient dès lors résolu, ne crojant pas qu'elle se deust prendre, qu'aussytost qu'on leveroit le siège ou qu'on le convertiroit en un blocus, qui estoit tout le plus de ce qu'ils pensoient qu*an
PBISH UE cblIBIS FT DE LA CAl-KLLE. [i636] a65
poutToit faire, Us s'en iroient en quelque lieu de seureW pour demander satisfaction sur plusieurs giiefs dont ils se plaignoient, ou faire la guerre, se promet- (tant que beaucoup de gens qui n'estoient pas plus contents qu'eux les suivroient , et entre autres M. d'Espernon, ainsy que M, de La Valette leur avoit fait espérer. Le lendemain, les despute's de la ville vinrent chez M, de Cbâtillon , oii se trouvèrent M. le comte, le mareschal de La Force, tous les mareschauz de camp, et l'abbe' de Saint-Mars de la part du cardinal de Riclielieti. U y «voit parmy ces desput^s un capitaine espagnol, lequel porta la parole, et demanda permission iTavertii'le cardinal Infant de Testât auquel ils estoient; trt que sy dans huit jours ils n'estoient secourus, ils rendroïent )a place, pourveu qu'on les Uissast sortir tambour battant, enseignes desployées et raeche allutoée; et qu'on leur donnast deux canons, et des char-
, riots pour porter leurs malades et leurs équipages à Arras ; après quoy les desputés se retirèrent. - Quand ils furent sortis et qu'on vinst à opiner, la
;^as grande partie croyoit qu'il n'y avoit rien à disputer que sur les huit jours qu'ils vouloîent pour attendre du secours; maïs l'abbe' de Saint- Mars dist que le cardinal deBicheheu prioit instamment qu'on ne leur donnast point de canons. C'est puurquoy le marquis de Fontenay,qui les avuit amenés, eust ordre de leur aller dire qu'ils n'en auroient point, ny de temps pour
Invertir le cardinal Infant. A quoy le capitaine espa-
. gool respondit qu'ayant bien pensé avant que de ven^ kce qu'ils dévoient demander pour sortir avec honaeai*i on devoit s'assurer qu'ils ne s'en relascheroient pas d'un seul point, ne pouvant se rendre sans le con-
a66 [l6i56] GUE&AKCaiITlLfi LB4^ JSSPAGIIOLS.
sentement de leur prince, et sans sçshtoir qu^il ne le» pourroit secourir^ et quant aux deu^K. canons, parcequil avoit^eflé accordé la'meMiie i^M)fie à toutes le» places qu*ils avoient prises. ,^ , .^
Ce que M. de Funkenay ayant ni^poiié, il y euflt de grandes contestations; car M. le CQmte, qui ne ^oidoil point quiis se rendissent, pEenanipied sur ceqvele cardinal de Richelieu avoit mandé, ne Toolok point qu'on donnast de canons, ny mesme du temps pour avertir le cardinal Infant, quoyque tous les autres fassent d*'opinion contraire, disant que les cattons ne disant nulle conséquence, \\ les falloit donner; et que Sf os disputoit sur quelque chose, ce ne devoit estre que sir les huit jours, bien que, par le peu de bruit qu'ils avoient fait despuis le commencement du siège, on ne vistar cun danger de les donner tous entiers. Mais M. le oooiie l^e se relaschant point , ny l'abbé de Saint-Mars aufli^» M» Dit-Hallier y fust envoyé pour Toir s'il les pourroit persuader; mais il n'y gagna ri^. De sorte qucnb tout le reste jugeant qu'il falloit les sortir de là, els'o^ ter ceste e^ine du pied devant que les maladies fiflesl plus de dégast dans l'armée, les mareschaux de fj Force et de Chàtillon prièrent M. le cromte de cotsentir qu'on leur donnast les deux canons, et tnmoo quati*e joui^ pour avertir le cardinal Infant; disul pour ce dernier qu'aussy bien les poorroient-ils avcir, et les boict mesmé , quand on ne les donneroit pv r puiscfue, revenant quand ils seroient passés, on serait ^usjoors tout heureux de les recevoir.
. Ces raisons néanmoins ne suffisant pas pour M. le comte, qui ^ ayant d'autres desseins, ne chercboit qsa Aompre le ti*aité et renvoyer les despùtés sans couds-
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sion, sous le prAexte toutefois de ce qu'avoit mandé le cardinal de Biclielieu, dont il disoit ne se pouvoir de-spartir; il faUust que les deux maresdiaux luy donnassent par escrît que re qu'il en faisoit estoît à leui' supplicatîoD, et qu'il» se cliargeoient de tout ce que le Roy et le cardinal de Ridielieu en pounoient dire, consentant qu'on s'en prist à eux.
Après quoy M. de Fontenay ayant eu ordre de leur aller dire qu'on leur accordoit tout, excepté les huit joars, qu'on réduisoit k trois; ils en firent de gi'andes difficulté, disant ne s'en pouvoir relasclier sans retourner dans la ville, pour en avoir le consentement de ceux qui les avuicnt envoyas. Mais leur ayant représenté qu'il n'en fallixil qu'un pour aller k Arras, où estoit le cardinal Infant avec toute son armée, et deux pour en venir s'il en avoit envye, et qu'infailliblemant on ne leur en donneroit pas davantage : après avoir longtemps consulté ensemble, le capitaine espagnol, qui portoit tousjours la parole , vint dire qu'ils le vouloient bien, pourveu qu'ils y peussent envoyer dès le ftoir, sans qu'on coroptast les trois jours que du lende- "liHiia au matin : ce qui leur ayant esté accordé, la capitulation fust signée.
Pendant les trois jours qui furent donnés anx assiégés pour attendre du secoui-s, M. de Fontenay, par le quartier duquel il devuit vraysemblablement venir, fist tenir nuit et jour la moitié de tous ses gens sous lAs armes, et envoya des batteurs d'estrades de tous les costés, et jusc|ues auprtïs d'Arras, afin que sy les ennemis venoient, on en peust estre longtemps auparavant aveity, et avoir loisir de se préparer. Mais on n'en fasl pas en peine, parcequi; leur année estant plus despc-
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rie que celle du Roy^ ils ne Feussent peu faire sans mettre tout leur pays en péril , n^ajrant point alors d*autres troupes que celles là.
Le troisième jour expiré sans qa-il fast venu de secours, les assiégés rendirent la place ainsy qells avoient promis, et il en sortist p#l de dix huit ceoli hommes sous les armes, tous bien faits, et qui avoial encore tant de vivres, ^*ils tenoient qaasy tous ub morceau de pain et de beurre à la main. Ils eurent mie escorte pour les conduire à Arras^ avec des diarîots pour leurs bagages et leurs malades : pour assurance de quoy ils laissèrent deux capitaines de leur 'garnison, qui demeurèrent jusques au retour de Tescoite. On y fist entrer deux régiments 4^ meilleurs de Far mée, et le gouvernement en fust despuis donné à M. de Nanteuil.
Le cardinal de Richelieu vint voir la plate et ordonner ce qu il y faudroit faire. Monsieur ny M. le comte n'y ayant pas voulu entrer à cause qu'il y avoit deb peste. Après quoy il retourna à Amiens, où ils estoîoit des] a allés; et ce fust là, et dans un conseil qui setioK chez luy, où on dit que Monsieur et M., le comte avoient résolu de le tuer, et qu'ils le pouvoient faire quand il fiist les conduire, ayant force gens aaprs d'eux qui n'attendoient que le signal, et tous ceiix<h cardinal de Richelieu, excepté soii capitaine des ga^ deS; estant allés fort loin devant : mais que MoDàenr ayant changé de dessein, vraysemblablement par*fc scrupule de tuer un prestre et un cardinal, la chose avoit manqué. C'est dont je ne puis pas parler assmtment, car je n'y estois pas; mais il me semble diffidie à croire que les gens du cardinal de RicheKeu , qui es-