PHISE DE CORBIE ET DE L
CAPELLC. [lfi3(i] a()9
toieril sy soigneux tic l'environner, lors raesme qu'il estait tout &eul et qu'il n'y avoit aucun sulijecl de craindre, l'eussent quitte' de sy loin devant tant de munde, et particulièrement pendiinl que M. le comte y estoit, qu'ils sçavoient n'estre pas de ses amis.
Joint que je sçay qu'ils ont aussy dit l'avoir peu faire quand ils vinrent tous disner dans la tente de M. de Fontenay, un peu devant qu'on nuvrisl les tran- «^ées; quoyqu il ne leur eust pas este aise', le cardinal ayant eu tant qu'il y demeura tous ses gentilshommes ■mtour de luy, et beaucoup d'oiliciers du quartier de M. de Fontenay qui ne l'eussent pas souffert CO.
L'ordre de demeurer dans Corbie avec les ostages jusqucs à ce que l'escorte ftist revenue ayant est<? donné marquis de Fontenay, il eust envye de sçavoir pour- ,^oy ils s'esloient sytost rendus, et leur demanda ce ^|iii les y avoit oblige's, pouvant bien, ce sembloit, tenir encore quelques jours : ce qu'ils luy avouèrent jngénuement, et qu'il n'y avoit personne dans la place lui ne le vist bien ; mais qu'ayant este avertis qu'on ne ponrroit pas secourir, et que les quartiers d'hiver tfalloient faire, ils avoientcreu se devoir rendre pour .y estre quand on les donneroit; estant i>ien assure's que cela ils en auroient de sy mauvais, que leur coni- ■pagnie,'d'oil despendoit toute leur fortune, ne se pourroit remettre. Que cela avoit esté représenta à celuy qui commandoit despuis la mort du gouverneur. (DOtnraé, ce me semble, M. de Brimeu, en un conseil où se trouvèrent tous les ofliciers de la garnison; et
(') Vnyez le» Mcmiiirps de Muulglal rmré trém»BOl ilaus cette i
snturntïoii. Ces dnix oamign
■ CoHeclion.
370 [l636] aUBBRB CONTAE LES ■SPAOVOLS.
que ce seroit peu d'avantage au roy d'Espagne quand ils tiendroient huit ou dix jours de fdus^ et à eux une ruine totale; et que partant ils le supplioient de trouver bcfu qu'on se rendist , sans attendre pLoslongteous. Sur quoy Tavis du capitaine esp^nol fiist denaml^ lequel ayant respondu que puisque c'estoit celuy de tous les autres ^ c'estoit aussy le sien, le taniboar ma à l'heure mesme esté envoyé. Ce qui doit apprendie aux princies à bien regarder quels gens ils mettent da» leurs places y afin qu'elles soient tous) ours defièndnei jusques au bout, peu de temps faisant quelquefois grand bien, comme le roy d'Espagne l'auroit vraysenblaUement esprouvé sy ces gens ne se fussent pasç tost rendus; car il n'y a gueres d'apparence que lé Rot l'eust prise y ou de longtemps: ce qui luy eust faitaroir beaucoup d'autres affaires fort dangei^uses, ausqadki ceste sy prompte r;eddition donna moyen de remédier» ainsy qu'il sera dit cy-après.
L'Empereur n'estant pas encore content de ce qv Piccolomini* avoit mené en Flandre pour attaquer h Picardie y envoya Galas dvec^vne fort grande armÀr pour se joindre à M. de Lorraine et entrer con\auÈt' ment dans la Bourgongne, où ils jugèrent plus à pnf d'aller qu'en Lorraine y pârcequ'elle n'avoit poiat <r core ressêhty aucune des incommodités de la ncn«i et qu'on ^ pourroit estre assisté de ceux du Ck>nilé(')f qui ne demandoient qu'à se venger du siège de DôIe.
Mais n'y estant arrivés que dans le mois d'octobre, les pluyes y furent sy grandes , et rompirent tellemeflt les chemins et la campagne mesme , dont on a tottijours grand' peine à se retirer quand il a l>eaucoop
vO Du Comté : de In Frauche-Comté.
P1I8B !>■ COKME Kt DE LA CAPELLE. [l636] ^7 I
iy que leur artillerie et leurs bagages demearoient ^e heure embourbes, et que ne trouvant quasy 3t de vivres dans le pays, il ne leur en pouvoit pas \y venir suffisamment de la Franche- Comté. De e que M. de Lorraine nayant peu prendre Sainti-de-Laune d*embMe, quoyque ce soit une fort diante place (parceque<M. de Rantzau et quelques *es s'y estoient jettes), ny Galas, qui s^estoit avancé ues à Mirebeau, aucune chose qu'il peust garder, l'obèrent attendre que le cardinal de La Valette et lue de Veimar, qu'on avoit fait revenir en Barrois r avoir l'œil & tout ce qui viendroit d'Allemagne s ces costés là et s'y opposer, eussent joint M. le ice, qui avoit assemblé tontes les forces de la Bourse; et ils s'en retournèrent sans avoir rien fait que I er leurs armées. Et il est de plus très certain que 5 cai'dinal de La Valette et le duc de Veimar euspeu y arriver ffiois jours plus tost, tons leurs ca- 3 et leurs équipages y seroient au moins demeurés, ils eurent de peine à les emmener^ quoyque perlé n'y fust pour les en empescher.
r les Espagnols, pour ne rien oublier de tout ce iT^iouvoient faire, avoient dans ce mesme temps 0$ un bon nombre dé vaisseaux sur la coste de 4igne pour y faire line descente; et ayant assemblé lus de gens qu'ils- peurent dans 1^ provinces prode Rayonne, furent à SaintJean-derLuz, qu'ils pilht; et puis se retranchèrent wk Socoua (0, qui€kt la mer et en une situation avantageuse, croyant s y voir maintenir comme dans les isIe^ainte-Margue-
y^u Socoua : Ce forl est «ippelé Sacoué dans ]en Mémoires de
PBUS DE COKBIB £T DE LA CArELLE. {l636] %jZ
coDtraints de manquer à lean propres l>esoins pour ne le laisser pas pi-rir. De sorte qu'on peusl ilire avec vérité que les Espagnols n'ont pas est^ plus malheureux (tans toutes les entreprises qu'ils ont faîtes contre la France, en ce qu'ils n'y ont [kis réussy, qu'en ce qui est arrivé de mal à cause de cela chez eux ou chez lews alliés, n'y ayant point de doute que le restablis- £«ment des Suédois en Allemagne ne soit veau de ces voyages de Piccolomini et de Galas, ainsy que la révolte du Portugal et de Ja Catalongne de la continuation de la guerre; et pour en donner des exemples plus anciens, raficrmissement pi incipal de la republiquede Hollande, des secours que le duc de Parme mena à la Ligue.
Munsieui' et M. le comte ne furent pas plus tost à Paris, que songeant à leurs consciences, et craignant que le Roy estant avorty de ce qu'ils avoient voulu faire, paiccfju'ils s'en esloient descouverts à beaucoup de gens, on ne les misl en prison, ils s'en allèrent. Monsieur à Orléans et [)uis à Blois, et Rï. le comte à Sedan; car M. de Bouillon cstoirde la partie.
Or M. le comte fist tout ce qu'il peust pour mener Monùeui' à Sedan; mais il ne le voulust point, ny M. le comte le suivre, quoyqu'iJ le connusl sy foihle que, n'estant pas avec luy, il pouiToit estre regagné par ceux de sa maison qui despendoient de la cour; ayant peur, s'il s'engageoit sy avant dans le royaume , de n'en pouvoir pas sortir quand il voudroit, ne doutant point que s'il estoit pris on ne luy pardonnei-oit pas, et que tout le fanleau tombei-oit sur luy. Ce qui aida beaucoup à l'accommodement, estant très certain qu'il avoit un tel pouvoir sur Monsieur, que s'il y eust esté il ne se seroît pas fait facilement.
1^4 [l63fi] OUERRK
Une auU-e cliose y qu'ayant fonde leurs p( claration de M. d'Esper avoit comme assures, el cessaire pour donner di tant à cause de son goui et où il avoit tant de cré et de son exemple, qiii d'autres; on ne trouva ] estre envoyé et l'oblig Montresor, lequel deva sieur et M. le comte, a de Monsieur que ceux ' peu l'empescher de fain rent insensiblement où ( qui avoient tousjours p la cour, comme s'il n'y neur sans y avoir tout ci honteux de se soumettri le Roy se servoit, qu'aui ne le pouvant pas évitn' que ce roy fust ennemy mandast que la ruine e d'int£rest, le Roy n'ayi peut-estre parceqye, pi place à son gré que dan jetter Monsieur, et à Le s int^rests, comme font or que crédit auprès des pr fort embarrassé les afiaii Aussytost que le Boj paitist pour y aller, et ei
pntSB DB COBBiE ET DE L* CAPBLLB. [l636] 2^5
le mal qu'il voudioit faire; envoyant au me&me temps H. Du Kallier, capitaine des gardes et lieutenant de ies gens d'armes, en qui il se lioit fort, avec une partie de ta compagnie de gens d'armes, sur le chemin de la Bourgougne, où on craignoit qu'il n'allast comme l'autre fois , pour passer de là dans la Franche-Comt^, avec ordre de l'arrester, quand bleu il se mettroiten deflense, ainsy qu'il promisl de faire. Et on despescba
an mesme temps vers luy (>}, pour savoir les
raisons qui l'avoieut oblige' à s'en aller, luy représenter sa faute, et l'assurer que s'il vouloit revenir il seroit très bien receu , et traita selon sa qualit<f .
Or, sa maison , comme sont ordinairement celles des princes, estoit fort divisée; le& mis voulant qu'il retonmast auprès du Itoy, et les autres qu'il sorlist du royaume. i.uy-niesme se trouvoit l'esprit fort partagé, •on inclination le portant à suivre ce dernier avis, et à continuer ce qu'il avoit commencé. Mais les dillicultés qu'il /y représentuit et auxquelles il n'avoit pas pensé auparavant , jointes à roÛ*ense qu'il avoit faite aux Espagnols d'estre patty de cbez eux sans leur sceu, luy laisoient grande peur, craignant qu'en pensant évitei' d'un costé des choses qui ne luy plaîsoient pas, il n'en receust de pire de l'uutre, et avec moins de remède, • puisqu'il n'en pourroit peut-esti'e pas revenir quand il Toodroit. Ce que M. Goulas son secrétaire, et l'abbé de La itivieie, qu'on avoit fait sur ce temps là M>rtii' de la Bastille pour l'envoyer auprès de luy, exageloient fort.
Mats ce qui y donna le plus grand coup fust le re-
I) f (Vf luy : Ce nom ol co blauc dam le mamuorit^
a la Mémiiircs de Hoauénir <|iie Bautru fui caivyc a H»d
!|<j6 £l636] GUERKE COXTRE LES BSPÀaSOIA*
fus àe M. d*Espernon, lequel ne voulust point estre de la partie/ soit parcequ'il la creust mal faite et quil aToit mal pris son temps , le Ro j estant en liberté d'aller où il luy plairoit, et avec la gloire d*avoirrqins Çorbie^ chasse les ennemis hors du royannie , et rendi inutiles tous^ leurs grands efforts; ou encore^ ptitecpi*il voydtt ne pouvoir fomenter oesie rebdlion sa» mettre TEstat en compromis, et hasarder en meane temps tous, les grands establissements qu'il y aroit, pour se venger de choses dont lé mal n^esgaloit pas k perte qu*il poirroit faire ; car enfin la France n'eiut peu périr sans qu'il en eust beaucoup souffert. La paît qu*il avoit priçe dans ce qu'avbit autrefois fait la ReÎDe mère , qui donnoit é^erance qu'il ne feroit pas mobi, puisque Monsieur y estoit de plus, n*avoit point de rapport avec celle-cy , les estrangeis n'en pouvant alois profiter. Désoite que M. de Montrésor fust contraint de revenir sans avoir rien fait , M. d'Eq>enion loj voulant mesme faire passer pour une grande grâce de . ne le pas retenir pour l'envoyer au Roy (0.
[1687] Ne s'estant pendant cela rien oublie de toat J ce qui pouvbit regagner Monsieur, le. Roy fust avfff sy bien servy par Ceux qui estoient auprès de Inj et par ceux qu'on y envoya, qu'il se disposa enfin àrcfitrer dans son devoir. M. le comte, qui ne voulmt pai estre compris dans son traité, demeura à Sedan, doit il n'est point reveau. II en fust prilicipalement empei^ ché par son humeur naturelle*, qui le rendoit incoopatible avec tous ceux qui avoient plus de pouvoir qœ luy, et quy luy venoit de race; ceux de qui il estoi
(0 Vayet dans les Mémoires de Montréaor k détail de ortie eégociaiioii* ■ .«.■ 1 . • A
PHIïB DR CORBIL ET liE LA CKTKLLE. [itiS^ j Sf 7
descendu ayant tousjoiii-s, comme j'ay dit ailleurs, est^ £oiiti-e la cour et contre les favoris, et l'ayant noun-y et eslev^ dans cest esprit là. Joint (pi'il croyoit que le ^ai-diiul de Richelieu voulant qu'il espousast madamu d^Aiguillon sa nièce, il ne pourroît jamais sans cela featreen seurctë dans la cour; et i) ne le voulcît point, gâtant inHoiment au dessous de celles h qui il avoit iatrefois pr(?tendu, comme la reîne d'Angleterre et ■ladame de Montpensier, et de mesdemoiselles de Guise et de Rohan, qu'il pouvoit alors avoir. A quoy yjijoustoit, pour l'en dosgouter toiit-à-4ait, qu'elle estoit 'Veufve d'un capitaine de gens de pied; car le connesjlf^ile de Luyues, oncle de AI. de Combalet son mary, 0toit mort devant que de luy avoir fait donner autre fiiose qu'une compagnie de gens de pied dans le régijpent de Normandie.
. Quiconsidereia le danger oii le Roy se trouva, atta- Até de tant d'ennemis, et jusques à des gens di* son IMropre sang qui conspiroient contre luy, verra sans v^ute que c'a esté une des occasions où Dieu luy a ^nné de plus grandes mai'ques de sa protection; car, re qu'il resibla licurcusement en tnnt do divers cnifroits, et rcprist Corliie, par oii les ennemis avoient mue sy grande entrée dans la P'rance, Monsieur et M. le comte ne tiouverenl, de tous ceux de qui ils p^DSoient estre assistés, que M. de Ilouillon qui le vou- A faite : ce qui força Monsieur de s'accommoder. Quand il fust revenu auprès du Roy, on ne pensa l'aux pre'paratifs de la procliaine campagne; le Roy irisant faire de tous costc's tant àc nouvelles levées de ^Valérie et d'infanterie, qu'il etist deux grandes armées, et (ce qui csloit de plus iiupuiiaDl) san« que le
aaS [l^^?] &CBK&£ COttTKE LES SBPAGnOLS.
roy d'Espagne en iist de mesme; car ne luy esUnl point venu d'Allemands , il n'en peast faire qu'une, et qui ne fust pas fort grande, tant les despenaes des deox années précédentes Ta voient espuisé, estant qoasy tQusjours arrivé que , nonobstant tous les grands Ettils qu'il a, et toutes les richesses qu'il tire des Indes, quand il fait 4es efforts extraordinaires une année ou don, il est forcé de se reposer quelque temps , ainsy qnll 8*estoit desja veu quand il fist la trêve de HoUande après le siège de Breda, et autres.
L'on donna le commandement de Farmée qui defA aller en Flandre au cardinal de La Valette et à M. de Caudale, son frère; et celle du Luxembourg au mareschai de Châtillon. Le cardinal de La Valette ayant aisemblé toutes les troupes qu'on luy avoit destinées i Ghasteau-Portien , fust à Landrecy, qu*il attaqua par les règles, et prist à la iSn; les Espagnols n^ayant pœot pensé à le secourir parcequ^ils furent à Venloo d l Rqremonde, que les HoUandois avoient pris quand k comte Henry de Bergues se retira chez eux mal sads&it des Espagnols, et qui leur estoient plus importantes.
Après la prises de Landrecy, le cardinal de La Valette fust à Maubeuge, pour entrer par là plus avant dans le Hainaut , et essayer d'y'faire quelque progrès; mais s'y estant trouvé plus de difficulté qu'on ne s*estoit imaginé, M. de Caudale y demeura avec une pa^ tie de l'armée pour en donner tousjours quelque soupçon, et le cardinal fust avec le reste à La Capelle,^i se deffendist fort ïnal, s estant rendue devant que (feutre fort pressée, et lorsque le secours arrivoit; car te ennemis ayant pris Venl6o et Ruremonde bien plustoit qu'on ne pensoit, venoient à grandes fournées à La
rniSE DE CURfllE ET DE LA CAPtLLE. [1637] 379
Capelle, croyant assurément qu'elle tiendroit encore, et que le cardinal de La Valette n'ayant avec luy qu'une partie de son ai-mëe , poorroît estie défait s'il les atlenduit; et que s'il se retiroit, ne pouvant pas aller à Maubeugc k cause qu'ils seioient entre deux, M. de Caadale ne leur pourroit eschapper. Mais ib trouvèrent à Emeric sur la Sambre le gouverneur de La Capelle avec toute sa garnison, et sceurent que le cardinal de La Valette avoit envoyé avertir M. de Vandale de revenir diligemment, et esloît mesme party pour aller au devant de luy; de sorte <|u'encore que toutes leurs troupes eussent passé la rivière fort promptement, ils ne peurenl pourtant empescher que la jonction ne lefist.
Les François croyoient devoir donner ce jour U une bataille, et s'y estoient prépiirr's; mais les Espagnols n'osèrent la hasarder, les voyant tous ensemble; et s'estant seulement fait quelques petites escarmouches, oh il y euit peu de gens tués de part et d'auti-e, ib laissèrent aller le cardinal de La Valette à La Capelle, oîi il lisl réparer les brèches, et mist des vivres et une bonne garnison.
Le mareschal de Châtillon ne fitst pas moins heu* reux; car ayant assemblé toutes ses troupes aux environs de Cliâlons, il entra dans le Luxembourg, ob il
' assiégea Damvillers, dont la Champagne estoit fort incommodée, sa garnison passant souvent la rivière de Meuse en plusieurs gués qu'il y a, et faisant contri-
- buer un grand pays; joint que c'estuît une très bonne place assise dans un marais, et qui se pouvoit aisément gai-der.
Le gouverneur se défendist foit bien ^ mais c
28o [1637] ^VK>^I^K CO:CTRE t£S ESPAGSCL8.
il faut que toutes les places qui- ne sont point secourues se rendent y quand il vist. qu'on avoit passé le foasë, et que s'estant fait puer une -mine sous un des bastions de la villêy on avoit commencé à y faire un logement, il capitula»
Or les Espagnob craignant extrêmement de perdre ceste place, non seulement pour les contributions que l'ai desja diit qu'elle leur faisoit venir, maiv psr^ qu'elle couvroit une grande partie du Luxembourg, envoyèrent André Cantelme avec un pfstit corps pour essayer d-y jetter du secours, et de la faire durer \a^ ques au temps d^ pluyes, pendant lequel il sembloit impossible que le sièges peust continuer. Mais craignant de n'y pouvoir pas arriver assez à temps avec le gros de ses troupes , il envoya devant trois cents hommes des meilleurs qu'il eust, et qui pouvoiént marcher le plus dili^mmenti leur donnant un ordre* par esoit dese jçtter dedans, ou de mourir. Ce qu'ils exécutèrent hardiment, y estant entrés la nuit de devant qu'dk se deust rendre, ne s'estant pas fait assez bonne garde, sur la confiance qu'on avoit à la capitulation, aux 06tages, et à l'eslongnement de Tarmée des ennemis. , Cela n'empescha pas toutefois le gouverneur de tenir sa parolle, ne trouvant pas ce secours suffisant pour le sauver et lui faire hasarder la garnison, qui vrajsemUablement après cela n'eust point deu espérer de quartier. De sorte qu'il soitist au temps qu'il avoit promis, et n'en fust point châtié comme celuy de La Capelle, qui fust retenu prisonnier, et eust la teste coupée aussytost qu'il fust arrivé à Bruxelles.
RELATION
E (jm S'EST PASSÉ A HOME ENTKE UFS AMBASSADEURS D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL, LE ao AOUST i64a.
[i64a] Ije marquis de Los Velès estant ari'îvt; à Rome au mois d'avril de l'année 16431 il pietendist, sigrialei' son ambassade par l'enlèvement de l'evesque de Lamego, ambassadeur de Portugal, comme le maixiuisdeCattel Rodrigue avoît fait lu sienne pai* celuy du prince de Sensc ; et il s'en tint presque assuré quand il le vîtt desloger de chez le marquis de Fontenay, ambassadeur de France, et aller par la ville dans ses carosses, et sans autre suite que de quelques Portugais. Mais comme pour l'exécuter il avoit besoin de plus de gens que n'ont accoutumé d'en avoir les ambassadeurs, il luy falloit auisy un prétexte pour en prendra.
Or il le cbercha dans une chose que peu d'autres auroient imaginé, qui fust de faire brusler la nuit la porte de derrière de son palais, pour dire après, quoyqa'enQn il la fist refaire, qu'estant ouvert, il avoit be- , loin de gens pour garder les papiers et les lettres de son roy, qui autrement ne seroient pas en seureté. De sorte qu'il prist beaucoup de nouveaux domestiques, qu'il logea chez luy et aux maisons voisines, et leur lîst donner à tous des armes.
Avec ces préparatifs, il mist des espions après l'evesque de Lamego; et ayant sceu qu'il disoit la messe le
a83 [^^4^] CK Q"' ^ PASSA A ROME
ao may k la Madona de gli Angeliy il y alla pour Tenlever; mais il y arriva trop tard. De quoy Tambassadeur de Paance ayant esté à llieûre mesme averty, il le fist dire an cardinal Barb<pin^ afin qu*il j donnast ordre ; mais , quoyqu*il efpkfust eu auasy d'autres avis y il n'en tesmoigna rien au marquis de Los Velès. De sorte que, quelques jours après , Tevesque de Lamego ayant feint de vouloir aller Faprès disnée ii Sainte*Marie Major, on vist aussytost Teglise, les hostelleries voisines, et la vigne du cardinal Montidte; pleines de Napolitains; et au commencement de [uin le carrosse du cardinal Antoine, qui remenoit monseigneur Cemare, évesque de Padoue, qui avoit soupe avec luy, estant pris* pour celuy de Fevesque de Lamego, iL fhst arrestë et visité par douze hommes masqués, lesquels* n*y trouvant pas ce qu^ils cherchoient, le laissèrent aller.
Le cardinal Barberin ne pouvant plus dissimuler, à cause de Fesdat qu*ayoient cai^deux dernières tentatives, et voyant qu'on en murmuroit dans Rome comme s'il y eust eu de la connivence de sa part, et qu'il eoA bien voulu qu'on eust enlevé l'évesque de Lamego, pour estre deschargé de la presse qu'on luy faisoit de le faire recevoir par le Pape, il se resolust d'y mettir quelque ordre, envoyant premia:^m'ent sur les confins du royaume de N^ples pour faire arrester tous ceux qui voudroient entrer dans l'Estat ecclésiastique, ouvrir leui'S lettres et mesme celles du nonce , a6n que s'il y en avoit qui le méritassent, elles luy fussent promptement envoyées.
Il fist aussy faire garde aux portes de la ville; f^ parceque nonobstant cela il ne laissoit pas de veoir
EtrrnE deux amdissaoeuds. [1643] a83
quelques Napolitains par la mer, il commanda au gouverneur de s'informer diligemment de tous les estrangere qu'il y avoil à Rome, d'oii ils estoient venus, uù ils logeoieul, el le temps qu'ils y vouloient demeurer-, d'ordonner à leurs hostes de luy dire quelle sorte de vie ils iijenoient, et de faire au mesme temps publier un ban par lequel il fust ordonna à tous vagabons et gens sans aveu de sortir de Rome dans vin^^^quatre heures. Après quoy on vist sortir quantité de Bourguignons et de Napolitains, et il fust pris à Ripa- Grande six cents mousquets venant de Naples, dans un bateau chargé d'oranges.
Le marquis de Los Velès voyant par ces ordres son entreprise rendue plus difficile, luy manquant beaucoup de ceux qu'il avoit arrestés, il prëtendit y remédier en demandant permission au cardinal Barberin d'avoir des gens pour sa garde. Mais le cardinal luy ayant dit qu'estant de son devoir de faire que les ambassadeurs peussent vivre à Rome en toute seureté, et sans avoir besoin de gardes, il le prioit aussy de s'en Reposer sur luy, et de croire qu'il y mettroit tout l'ordre nécessaire. L'ambassadeur luy rcspondit qu'il croistroit donc le nombre de ses estaliers; et le cardinal n'ayant point montré de le désaprouver, il le mist au»sitost de seize à quarante, tous Napolitains qu'il afoit fait venir, et qui avoient porté les nrmes ; et il se fist, outre cHa, suivre par trente officiers reformés, qui alloient deux à deux, un peu loin de son carosse, et sans estre vestus de livrées.
Mais .ilin de ne pas mettre te cardinal Barberin tout-à-fait contre luy s'il faisoit quelque esclat, il pria le cardinal Albornos de luy dire que s'il rencontroit
a84 [^^^J ^^ Q^' ^K PASSX A ROME
Tevesque de Lamego et qu'il ne s^arresUst pas devant luy, qu'il le feroît arrester par force. A. quoy le cardinal Bai^berin respondant que le Pape le trôuveroit fort mauvais, et Fautre s'y opinuMtrant, il» prirent enfin ce temperamment que revesqtie de Lani^;o n'iroit point par la ville qu'inconnu , et af ec deux xarosseï et quatre estafiers seulement ; de sorte qu^il ne pour- Toit pas trouver à redire s'il ne s'arrestôit pas devant lay, puisque ce n'estoit pas la coutume. Dont le marquis de Los Velès , qui creust que par ce moyen il ne luy pourroit eschapper, s^estant contenté, il redoubla ses soins pour estreaverty de tout ce qu'il feroit.
L'ambassadeur de Portugal ayant sceu ce qui avoiC esté arrestë avecle cardinal Albomos,. et estant allé le mercredi^vingtieme d'aoust, à vingt-deux heures, cbex l'ambassadeur de Franbe; il stvoit au mesme temj» envoyé l'inquisiteur de Portugal au cardinal Barberin pour se plaindre , et luy représenter que 4e le £ure aller ainsy tout seul seroit proprement le livrer entre les mains de son ennètoy , qui marchoit par la ville avea autant de gens qu'il Vouloit.
Mais comme le cardinal ^Barberin, qui prétendoit par là l'obliger à ne point sortir, pour éviter les embarras où leur rencontre le poûiToit mettre, demeaix)it ferme à dire que le Pape ne pouvoit faire que cela, et qu'ils disputoient là -dessus, l'inquisiteur luy 1|| |h ayant dit qu'il estoit allé chez Tambassadeur de France pour en avoir son avis, et qu'il croyoit qu'il ne l'aprooveroit pas non plus que luy, le cardinal lui demanda s'il estoit desja party; et Tinquisitem* luy ayant dit qu ouy , il en entra en telle colère et se monstra sy eo peine, que l'inquisiteur connust bien qu'il y sçavoil
EHTBE DEUX AMBASSÀDEUIIS. [l64a] «85
quelijue cliosc ({u'il ne dîsuit pas; et craignant que ce ne fust, comme il csloit vray, de l'ambassadeur d'Espagne, et qu'il voudi'oiL attaquer celuy de Portugal, il s'en alla vistcment pour l'en aveilir, et il trouva qu'une personne digne de foy esloit des)a venu dire au mai'quis de Fontenay qu'un homme du maixjuis de Los Velès avoit suivy le carosse de l'evesque de Lamego jusques chez luy, et que l'y voyant entrer, il estoit aile' l'en avertir.
La rencontre de ces deux avis, qui venoient de lieux sydiirerents,y iaisaiit voir beaucoup de vrayscmblance, le marquis de Fontenay ne creust pas néanmoins se devoir mettre en estât de rien faire de son costé qu'il ne fust plus assuré de ce que feroit l'ambassadeur d'Espagne du sien ; mais il sceust bientost a|»'ès qu'il avoit fait prendre les armes à tous ses amis , ses domestiques et soldats, et qu'il estoit chez le cardîoal Homa, d'où il n'auroit qu'un pas à iairc pour se mettre daot le chemin que l'ambassadeur de Portugal devroit nécessairement tenir pour s'en retourner chez luy. ^ Surquoy se croyant obligé de ne pas abandonner le ministre d'un prince altié de la France, et qui estoit venu à Rome sous sa protection, il voulust néanmoins, pour ne hasarder rien mal à propos, en avertir le cardinal Antoine, et le prier d'y mettre ordre^ mais ne s'estant point trouvé, parcequ'il estoît allé 5«'baigaer assez loin hors delà ville, on fust chez le cardinal fiarberin, lequel envoya monseigneur Fachlnetti au marquis de Los Velès pour luy persuader de retourner chez luy, et l'assurer que le Pape se tiendroit grièvement oflensé s'il enlreprenoit quelque chose contre l'ambassadeur de Portugal. II fisl aussy monter à cheval le
286 [&^^] <^B QUI SE PASSA A ftOMK
Barisel ; mais il n*y voulust point envoyer les Corses, log& assés près de )à ^ et qui pouy oient seuls empescbcr le désordre ; et puis s'en alla par la Tille.
Le marquis de Fontenay se voyant ainsy abandonné de ceux du palais , creust qu'il falloit promptemeot renvoyer Tevesque de Lam^o, et qne plus il différa roit, plus il y trouveroit de difficulté, le marquis de Los Velès pouvant plus aisément que- luy grossir a troupe. Cest pourquoy il fist prendre des armes à loos ceux de ses domestiques qui se trouvèrent chcK laj, qui estdient en petit nombre, à cause que n^estant point avertis de la venue de Fevesque de Lamego^ et sçachant qu'il vonloit sortir inconnu , la pluspart avoieot pris ce temps là pour aller à leurs affaires. Et bien qae quelques autres qui se rencontrèrent lors dans ses anti» diambres, et des Portugais, en prissent aussy^ ils ne faisoient néanmoins en tout que trente hommes^ qui estoit peu, à la vérité,four s'opposer à ceux qu'a voit avecluy l'arnbassadeur d'Espagne, qui estoient plus de cent, disposés de longue main à cest attentat , mais qui estoient toutefois nécessaires y puisque l'evesque de Lamegotftoit sans armes, et n'avoit avec luy que les deux luIuimi et les quatre estafiers qu'il luy estoit permis de mcMr.
Le marquis de l^'ontenay commanda donc à ce pet de, gens on'il avoî|t d'aller avec l'evesque de Lamego, de se meHre à pied autoip* de^son càrosse, et de mot* rir plustbst que de souffrir qu'il luy- fust fait aucane violence ; leur recommandant surtout de prendre lo^* jours les petites rues, et que mesme, pour éviter U place Navone où il eStoit logé^ ils entrassent dans sob palais par la porte de derrière.
L'ambassadeur de Portugal sortist- donc avec cetfe
enthb oeut imoassasethii- [1649] 387
suite, qu'il estait près de vingt-quatre heures; et l'ambassadeur d'Espagne, qui attendoit dans la plage Colonne, en estant averty par ses espions, sans s'arretter aux conseils de monseigneur Fachinetti , auquel il parloit, ny au Barisel , (îst tourner tout court par la iTie des Estiives, proclie du palais du comte Spada, et estoit presque desja k l'autre bout de ceste rue qui tourne vers Sainte-Marie in viù, quand ceux qui accompa- ^noient raml]assa(leur de Foilugal commencèrent h paroistre, ausquels les estafîei's de rambassadenr d'Espagne crièrent qu'ils s'arrestassenl , et que c'estoit l'iuii- Lassadeur d'Espagne. Mais les autres ne laissant pas de marcher, les Espagnols tirèrent aussytust un coup de pistolet : ce qui obligea les François et les Portugais d'en faire de mesme.
Or, bien qu'ils fussent en sy petit nombre, comme ils virent avancer les lansepesades de l'ambassadeur d'Espagne couvert* de leurs rondacbei, le pistolet et l'espée à la main, ils allèrent néanmoins à eux avec tant de courage et de résolution, que, malgré la réttslance des Espagnob, ils joignirent le carrosse de l'ambassadeur d'Espagoe, et l'obligèrent, voyant ses ..^lèvaux morts, à se retirer à pied chez le cardinal ' JWiOrnos avec une partie des siens, qui furent bient06t suivis de tout le reste, laissant .sept ou huit des leurs sur la place, et ramenant trois fois autant de blessés, n'estant demeuré de l'autre cdsté qu'un gentilhomme portugais et deux estaii«rs, et n'y ayant eu de blessés qu'un page et un valet de chambre de l'ambassadeur de France, qui mourment i^a peu après^ et trois autres qui ne sont point en danger.
Il n'y il point de doute que sy le marquis de Los Ve-
Ll EMTAB DEUX AMBASSADBOAS. [l64^] ^^9
Il qaand il sceust que le cardinal Baii>eriii ayoit fiait ■ nettre des corps de garde et des sentinelles tout au- ;i tour de son palais pour Teiupescker de sortir, croyant 0 par là donner quelque satisfaction à Tambassadear d'E»* jg^ pagne , qu'on avoit laissé retourner chez luy • ^ U ne peust donc faire autre chose que de s'adresser' ^aa cardinal Antoine, auquel, comme camerlingue, ^^ on avoit laissé la conduite de ceste affaire, le suppliant ^^ de permettre à Tevesque de Lamego de s'en aUer. Ce i^ qu'ayant refusé, quelques instances qui luy en fussent ^.fieiites, et donnant au contraire . des ordres très expm ^de ne laisseï* passer personne, mais particulièrement ^Fambassadeur de Portugal, le marquis de Fontenay •lay fist représenter que comme il avoit grand interest "" ,de voir ledit ambassadeur en son logis, aussy bien que ,1e marquis de Los Velès, et de n'avoir pas encore de ' jMmvelles batailles à donner pour l'y remener , le Pape "" iivoit aussy subject de désirer qu'il y fust, pour montrer que la liberté estoit toute entière dans Rome, et ^ ne donner pas ceste satisfaction aux Espagnols, après le peu de respect qu'ils luy avoient porté, de tenir à ^^canse d'eux l'evesque Lamego comme prisonnier dans ^ une maison estrangere.
Mais tout cela fust inutile, le cardinal Antoine don- ' nant en mesme temps des ordres plus estroits que les ^ -précédents de ne laisser sortir qui que ce fust des mai- '^sons des ambassadeurs : ce qu'on vouloit eucore faire 3^ valoir au mai*quis de Fontenay comme une grande ^^gpace, parceque les cardinaux. Albornos et Montalte ^s*estant trouvés chez le marquis de Los Velès quand les lé^ gardes y furent mises, ils y estoient aussy arrestâ. g: On luy envoya donc le comte de Château - Vilain
^ EBfTBE DEVX Â11BA88ADBUE«. [l64a] ^91
^ Oehiy là depeacha au viteroy de Naples on h()iiUM ^^^iéfÊguiséy qui fîist arresté en prenant de$ cbevaqz sans . parmission , qu*on fouilla , et qui se trouva chargé de diverses lettres ^ qui luy furent néanmoins renvoyées sans estre ouveites ; et ceux-cy «ivoyerent au nonce àm Naples une relation de toute Taffaire, le chargeant ^ dTen informer le viceroy , et de le porter à ne prendrv ^ , «acnne résolution qu'il n'en eust eu Tordre d'Espagne^ m&n que la longueur du temps en dimiouast les resr sentiments. .
"^ \ C^est ce qui se passa le jeudi. Le vendredi , on appriil e le marquis de Los-Velès, pour couvrir en quelqof la honte d'avoir esté battu par les François, p9f ^ iilioit que le cardinal Bai*berin avoit tenu la main k action ; que les sbires s'estoient joints à eux e( Portugais pour l'assassiner; et qu'il vouloit partU* ji0 Home, n'y pouvant plus demeui*er en seureté.
Ce discours, qui devoit davantage irriter le cardi^-*
aal j l'ayant au contraire estonné, et ia crainte qu'il
i^oit de son parteroent le portant fc chercher toutes
de moyens de le satisfaire , il râolust de ùàvt
ir raprës-disnée une congrégation extraordinaire
nt le Pape, pour voir sy on ne pourroit pas k
y^oâ/enteT, et mesme pour cela obliger i'evesquQ 4e
^l^aniego de se retirer pour quelques jours à Yitertië.
> Snrquoy le marquis de Fontenéy croyant qu'il y
%Uoit trop de la réputation du Roy et de son propre
pour ne se point remuer, et soufirir que l'eve^t
de Lamego , qui n'a voit rien fait que de fort juste ,
ut conservé sa vie et repoussé la violence de ses enne-
nAs , fust forcé de se retirer, pendant que le marquis de
Velès trionipheroit dans Rome pour l'avoir voulu
ag« [164^] CB QUI ftC PASSA A nOMS
aflMHKÎner ; il (ist aussylost sçavoir au cardinal Barberin qu'ayant appris qu'il \ouloit faire assembler mecoagrégation y il avoit grand sub ject de douter de toutes les procédures qui s*y feroient, puisqu'elles seroient catre les mains du gouverneur^ qui estoit déclaré contre la France:, et ducapo-notaro^ qui ayant autrefob eilé privé d|e sa diarge à Tinstance de Sa Majesté, n*y pouvoit, avoir esté remis dans ceste conjonctui-e quea faveur des Espagnols, et afin qu'il escrivist tout ce qu'il leur plairoit. Cest pourquoy il estoit obligé de Favertir qu*en cafrqu'il s'y fist quelque chose au dësaTantagd d^ Fevesque de Lamego, it ne devoit attendre de luy d'autres résolutions que celles qui dévoient partir d'un homme de cœur, et du ministre d'un prinoe paifsant et victorieux comme le Roy ; et qu'il le supplioH d'y faire réflexion. Il fist aussy porter les mesmes paroles au cardinal Antoine, y ajoutant quelques l^em plaintes de ce qu'il semhloit l'avoir un peu négligé en ceste rencontre.
Les offices qu'il fist faire au mesme temps qu'ils estroient dans la congrégation réussirent sy bien, qor les résolutions qui s'y prirent de contenter l'ambassadeur d'Espagne ne furent point aux dépens de celiv de Portugal; car on ne fist que luy envoyer les cant nank Roma et Sachetti pour le visiter, et le prier de demeurer jusques à ce que l'infoimation fust faicte. patce qu'il n'estoit pas possible de luy donner satisfac* tion auparavant. Mais il ne laissa pas de montrer ipA s'éti vonloit aller, jusques à faire emballer ses meubles, et faire tenir le samedy au soir les carosses de campgne deux ou trois heures à la porte de son logis.
Le dimanche, bien que le deuil du marquis df Vo:^
ENTEE DEUX AMBASSAOBUnS. [l64^] [sq}
iBuy pour la Reine mère (.0 ne fust pas encore prest, €t.<{u'il eust. résolu de ne paroistre point en public «Tant, cela y il luy sembla pourtant <|u'il ne devoit pas laîaser passer l'occasion de la chapelle qui se devoit temr le lendemain pour la feste de skint Louis ftans se monstrer; croyant qu'il tireroit plus d'avantage de le laire, les E^gnols demeurant ainsy> cachés /qu'il ne recevroit de préjudice de passer par dessus ceste formalité, qu'autrement il eust deu observer. . n fist donc y selon la coustume, prier tous les cardilauxy et s'y trouva accompagné de tous les François [iii estoient lors à Rom e : ce qui assura bien peti toue^is ceux qui y furent invita, puisque, hors le;cardilal Lantiy il n'y en eust presque pas un qui eusl la lardiesse de luy parler, tant ils avoie^ peur de fas- ^er le Pape et le cardinal de Barberin, qu'ils croyoient aal satisfaits de luy.
' li'après-disnée, le cardinal Antoine le vint visiter, Ui^ , apfès luy avoir monti'é la nécessité en laquelle il 7^estoit trouvé d'en user comme il avoit fait, il &t.au ptarquis de Fontenay tant de protestations d'amitié et ||B sy grandes offres ^ qu'il creust luy devoir lesmpigner ta* il estoit satisfait, et ne se -souviendrait plisis du passé. , Il se jetta ensuite .sur les propositions qu'il aVoit aites autrefois de quelque traité avec la France, ;que ç marquis de Fontenay ne receust ny n'eslonfpili ,1 ifayant aucun ordre sur ce spbjety et prtymit seûlerotal |*en escrire , l'assurant que , pourveu qu'ils en eussent ont de bon quelque envye, il ne manqneroit pas d'y contribuer de ses offices auprès de Sa Majesté; naais jvkà dire le vray il croyoit que le cardinal. Barbeniff
(^^) La Reine mère : Mme de Médîcw moanit le 3 f eillet lô^'i.
creu , oa y arrcsU seulement que le Pape Le»miHgn«roil au inatx]uis de Los Velès que, bien loin de peniiei' Il k donner satisFactiou à aucun des ambassadeurs, il IKDSoU avoir giand «ubject de s'en jdaindre, diaciiti ayant'conb'itiue de sa paît à t.ruubler la paix publi(jut:, et exciter dans le milieu de Rome uo fort grand desor- <tre; et que l'on ne pouvoit prendre aucune r^luUoii contre l'ambassadeur de Poilugal,'que l'information n'eusL estte achevée : ce qui ne se pouvoit pas faire sy promptement. Cependant que Sa Sainteté ne conlribuoit en aucune façon à son dehpuit, et qu'il croyuît qall feroit mieux de ne s'en pas allei ; mais que comme «lie etîtoit bien eslongnée de le contraindre de partir, «lie ne jngeoit pas au^sy à propos de le forcer à demeurer. Lie cardinal Antoine donna ^visde to^t cela au marquis de Fontenay, el que ceiit oiubasEadieur devoil, le malin du jour suivant, prendie audience du l'ape, et puis s'en aller, comme il a fait.
Ce mesme cardinal ayant fait dire au mai-quis de Fontenay, par le père Mazariu (■), que le Pape desiroit de le voir, il y alla le vendredy au matin ; et d'autant qu'il avoil esté résolu dans la congrégation qu'il se montreroit mal satisfait df tous les ambassadeurs, il trouva qu'il se plaignoît de luy aussy bien que des autres, mais toutefois un peu moins j et quant â l'ambassadeur de Portugal, il condamna sy absolument sa conduite, et s'emporta tellement, qu'il est fort à craindre qu'ils n'ayent dessein de prendre quelque résolution h son désavantage. Ils n'en ont pourtant encore rien tesmoigné; et oo pense qu'ils y songeront plus d'une
. Uétt Ju ■
cardinnl liii^m/i»i
RELATION
on
DJESMESLÉ QUI ARRIVA ENTRE LE CARDINAL BARBERIN ET LE DUC DE PARME, AINSI QUE DE CE QUI SE PASSA ENTRE LE PAPE URBAIN VIII ET LE DUC DE PARME APRÈS LA PRISE DE CASTRE.
[[y 64^] La guerre cl*entre le Pape et le duc de Parme, communément appelée /a guerre de Parme ^ est la seule qui se soit faite en Italie, despuis que le roy Charles vm y passa, entre des princes purement italiens,* et sans que les François et les Espagnols y fussent meslës. E lie a cela de commun avec la pluspart des grandes affaires, d^avoir eu de forts petits comn mencements, puisque ce n a esté que pour de légers meseonténtements arrivés entre le duc de Parme et le cardinal Barberin, durant le séjour qu il fist à Rome ^n Tannée 1689.
Ils y contribuèrent tous deux presque également; car M. de Parme rejeta avec quelque sorte de mespris les propositions d'une alliance entre leurs maisons, qui iuy furent faites de la part du Pape; et le c^nUnal Barberin refusa de rendre à M. de Parme les honneurs qu il prétendoit Iuy estre deus par les neveux des papes, et fist voir le prince préfet à Rome durant que M. de Parme y estoit, contre ce qui Iuy avoit esté proluis; car le préfet ne voulant point voir M. de Parme parcequ il refiisoit de Iuy donner la main chez Iuy, et
BT LKO0CB8 |.»nilE. [1(54*] ^99
se pr^seotoit une occasion dans laquelle il pouvnit en mesme temps contenler sa passion en se vengeant de M. de Parme, el faire une Rctiun avantageuse à l'Eglise en acquérant une jilace de laquelle on peust au moins menacer Rome, il leva des troupes en diligence, et les fist avancer vers CaMre.
Le Roy n'eust pas plustost nouvelle de ce qui se passoit, qu'il fist partir le marquis de I-'ontenay, son ambassadeur b Rome, avec les ordres nécessaires pour appaiser ce dilTeVent dans sa naissance. Mais avant qn'il s'y peust rendre, la place, qui se trouva mai pourveue des choses dont elle eust peu avoir besoin, et principalement d'un bon gouvemem-, celuy qui y estoit ayant esté soupçonné de s'estre entendu avec le cardinal Barberin , tomba entre les mains de Sa Sainteté.
Sa Majesté l'ayant sceu, envoya de nouveaux ordres pour en demander ia restitution : mais bien que le marquis de Fontcnay olFrist nu Pape, pour l'y disposer plus facilement, de cban[^er Castre contre quelque chose de semblable valeur en Lombordie. ou d'y rece- ' voir pour quelque temps une garnison desjiendanle de Sa Sainteté, ou enfin d'«n desmolir toutes les fortificbtions (à quoy pourtant M. de Parme eust dilCcilement consenty); le Pape, qui ne croyoit pas que les ptinces d'Italie deussent prendre aucun interest pour un Estât qui estoit de sy peu d'îropurtaoce qu'il ne pouvoit pas accroître la puissance du Saint-Siège, et qui sçavoît bien que la guerre où Sa Majesté se trouvoit engagée ne luy permeltroit pas d'employer autre chose que de simples oflices pour l'accommodement de ce dilTerend , demeura tousjours ferme à ne vouloir entendie à ancune de ces conditions.
ET LE DUC DE PARME. [l643] 3oi
tiroit à la trêve sans qu il fust nécessaire ny d*arrester les procédures ny de suspendre rincamérçition , ainsy qu'on le luy proposoit; à quoy les piinces dltalie mesme le contraindroient, de ,peur de voir la guerre dans la Lombardie : de sorte que par ce moyen il assureroit Castre k TEglise^ et se deslivreroit en mesme temps des frais qu il estoit obligé de faire pour la sul)sistance de ses armées. .
Il se résolust donc^ pour ce subject, de refuser non seulement d'entendre à aucune proposition d'accommodement, mais de demander passage à M. de Modene pour entrer avec son armée dans le Parmçsan. Ce que le duc de Modene no luy ayant accoi*dé que ï pour uq temps limité , et en une manière qui empes- , choit quasy le Pape d'en pouvoir profiter, son armée I, ne s'estant pas aussy trouvée en Testât qu'il s'estoit ,i imaginé y il fust obligé, après avoir fait inutilement .* beaucoup de bruit, de changer de dessein, et de re- 2; courir au marquis de Fontenay, lequel il sçavoit' avoir des ordres fort exprès d'empescher qu'on en vinst à une ^rupture, afin qu'il le priast de ne mettre point son armée en campagne qu'il n'eust eu nouvelle de M. de f Parme , vers qui il despescheroit un courrier; et qu'il ^semblast estre plustost arresté par l'inteiTention du ^Roy que par son impuissance.
j Mais les princes d'Italie , qui avoient veu la prise de
, Castre sans se remuer, furent plus sensibles à ce ndu-
.veau dessein d'aller en Lombardie, quoy qu'il n'eust
point esté exécuté. Ils commencèrent donc à armei*;
et bien qu'ils demeurassent dans leurs confins, ils ne
laissèrent pas de favoriser la sortie de M. de Parme ,
lequel voyant la foiblesse des troupes du Pape, et
ET LE pue DK PAKMB. [164^] 3o3
dant<|ue M. Uc Pnrino esloit à Acqua-Pendente; et, qudques instances (jue le marquis tle Fontenay luy fist tonlidui'ileiiienl sur ce subject, à peine en peust-on tirer qu'il se porteroit à le r<îcompenser ou en aident, ou par quelque terre de peu de valeur qu'il donnerutt en escliange.
Mats durant qu'il se croyoit le plus assure', le grand duc et M. de Modene faisoient k Venise une ligue avec la république; et bien que M. de Parme n'y fust pas numuitf, et qu'on n'y parlast en aucune façon de (hiit rendre Castre, on jugea bien toutefois qu'elle n'avûit esté faite qu'à ce dessein , et que c'estoit le premier object que les princes avoieut eu , n'y ayant giieres d'apparence que pendant qu'ils faisoient une ligue puur la conservation des princes d'Italie, ils souiTrissenl que M. de Parme deraeurast despouillfî d'une pièce qui Iny ostoit sy considérable comme Castre, et que , le grand duc mesme le voulust permettre, puisqu'elle ■ Bervoit de couverture h ses Estats du costé de Rome. ' Cependant la croyance de tout le monde fust que les princes n'avoient pourtant point creu s'engager par là dans la guerre où ils se trouveient despuis, et qu'ils s'estoient imaginé; que le premier jour qu'ils prendi-oienl les armes ils obligeroient le Pape et le cai-dinal Barberin de faire la paix. Mais comme l'un et l'autre s'estoient résolus, dès le commencement de I ceste guerre, de ne rendre jamais Castre que quand ils k ne le pourroienl plus garder , et qu'ils se persuadoient tmssy que les Vénitiens avoient tant de jalousie des I progrès que faisoient les nnues du Roy en Italie , qu'ils I sungeoient bien plustost aux moyens de les anester » qn'à leur faire volontairement la guene, ils niespii-
3o4 [l^^l DESMESLÉ EMTBB BA&BERUI
serent tous les avis qu on leur donna là dessus, et ne firent aucune des choses qui estoient nécessaires pour les empescher d'en venir à une déclaration.
De sorte que les princes voyant qu'ils perdoient k temps, et que toutes autres voyes ique celles de la fora seroient tousjours inutiles envers le Pape, ils ajouterait au traité qu'ils avoient desja fait quelques conditions pour la restitution de Castre; et en mesme temp M. de Parme se saisist de Boudeiie et de la Stelate, dans le Ferrarois.
Sur cela, le Pape eust recours aux négociations dont il s'estoit servy sy utilement la première fois, et couceita avec le maix^uis de Fontenay ,un project de traité par lequel il promist de rendre présentement tout ÏEbtat de Casti'e; au lieu qu il avoit seulement offert de k mettre en despost Tannée précédente. Ce projet fiot envoyé de tous costés ; mais les princes , qui avoiait appris de quelle sorte il négocioit,'^ne laissèrent pas de continuer la guerre avec vigueur, les Vénitiens s'esUst saisis du Polesine, et le grand duc ayant pris Castillon del Logo , et toutes les places qui environnent le lac de Peruge,
Cependant le marquis de Fontenay pressoit dfilit part les princes de la Ligue de respondre aux propostions qu'il leur avoit fait tenir, par lesquelles on pi^ venoit leurs demandes, et on leur faisoit recevoir tout le fruit qu'ils pouvoient attendre de la guerre; et <k l'autre il agissoit auprès du Pape et du caixiinal Barberin, pour les faire reiaschei* encore de quelque chose. Et ayant appris par le cardinal Bichi , que le Roy envoya sur ce temps là en Italie pour travailler auss? « Taocommodement de ce différent, que deux choies
n LE DUC DE PARME. [164^] 3o5
«schoient principalement M. de Parme d*accepter [ui luy avoit esté offert, la 'demande, TabKoliitiôQ ( payement des créanciers; il pressas y fort le Pape, l tira parole du cardinal Bàrberin qu^e Sa Sain* .se contenteroit que Je Koy demandast l'absolution r M. de Parme , et que lés créanciefs fussent remis nesme estât qu*ils épient avant lé eommenoement di guerre, an cas qu'il n!y eust que ce& deux choses émpesiclîassent de'fal^. la paix. De quoy il donna au cardinal Bichi. >
his parcequ'fli trouva que Ifs princes de la Ligue nent engagés à ne faine aucune response* an pro- , quelque presse qu'on leur en enst' fait pl^ênrs et par divers moyens, le.cardin^ Bàrberin y ayant ne çmployé les Espagnols; il s'avisa, pour obliger ts princes, d'entrer en négociation d^eh former un reau, presque le mesme en substance que celuy teur avoit esté envoyé, mais qui , estant conceu en termes tout-à-fait différents, donnoit ouverture princes de sortir de leur engagement: Ce qu'il-'fist
Tapprob&tion du cardinal Antoine et du sieur àgagli qui estôit auprès de luy, de la part' dn câr- !"Barberin, et mist ledit projec^ entre' Ite mains généraux de la- république, afinqu^l fust veu k ise, et de là envoyé aux^autipes pridcès. A la fin t projéct, le!s parties intéressées estoient priées iroyer promptement des. débuter pour conférer, et pouvoir de conclore une bonne -paix, este action, qui devoit estre Approuvée de Sa Sain-
tant parcequ'elle avoit esté faictè avec la participa du cardinal Antoine, et sans excéder ce que le inal Bàrberin avoit tesmoigné au marquis de Pon«« 5i. 1ÎO
tn LE DUC l>B PARME. [164^] ' ^07
paix se tiendroit en un lieu neuti*ey et qu^oti éherche-
i roit les moyens de donner contentement 'aux prince
^ sur les prétentions qu'ils ponyoient avoir, au* c^i
^ qu'elles se trouvassent justes: ' -
. Cela fait, le cardinal Bichi s'en retourna eii Lotti-
^ bardiè pour r'ësoudi'e du lien de rassemblée j et la faire
tenir ensuite le plustost qu'il se pourroit. Mais'Voyant
. qu'il âeroit bien difficile de conclure la paix 'dans Itf-
dite assevnblëe sans de grandes longueurs^ et que les
Espagnols' estoient sollicites par le cardinal Barberin
. de s'en entremettre pour la travctser', il jugea plus
facile'de la traitei* immédiatement avec les pHncés,
que de la porter dans l'asseùiblëe. * ' :
Cest pourquoy il s'en alia à Venise, oh après y avoir
dispose- tojiis le$ princes. 6 lariasèrieurs intèrests parti-»
jculiers, pourveu qu'ils èitssent satisTactifèii dans Taf^
finre de Casti^e^L qui e^oit U Jiriifi!;ipale,' il revint à
^^^ome> où il fist agréer au Pape^et «q:.cardtnal Btfrbe^
■"^ rîn toiut ce qu'il iivoit fait. lEnsinte de quùy le Marqtfis
le Fontena y. demanda l'absolution ou nom dé Sa- Ma-
e§të pour M. de Parme, et te cardinal Bichi s'ért re-
xnimra M Venise, ou estoient tous" les desputés del prim
'jeft», pour y faire signer te traité, qoî- n'est pas moins
^\ favautage du Saint Siège qu'au bien et à Futilité dé
^dtiiei'ltalie.
Voilà les principales choses qui^ se sont passées en * :esle affaire , pendant epie le marquis de Fontenay a ^'sté à Rome, pour ce qtfi touche la négociation , qui a ousjours esté entre les mains du Roy* Ce a'est pas qire T'es Espagnols n'ayent essayé, 'autant qu'il leur a esté == ^KJSsiWe, de s en entren^iqttre-j cïon Juan d'Arasse ayant trouver pour .cèla|rljtjjgrand duc, et le comte de
3o8 [1^4^] DESME8LÉ EMTBB BARBE AIH
La Roqoe la république; et que le cardîpal Barberiu n*aMt oQert luy-mesme de resiettre Castre en despost entre les mains du roy de Hongrie, ainsy que son aml>assadeur en a assuré là république. Mab tout cela a Cité fait sabs fruit, M.. dé E^arme n'ayànf pas voulu se soumetli^e à un aecoipmodement qui se devoit condurct jpar la médiation de. la mÀîson d'Austriche, ny se résoudre à remettre ses interests entre 1^ mmns de personnes .qu'il avoit jusquée là sy peu dierché d'obliger.
Au reste, .plusieurs croyent que le Roy eust tiré beaucoup plus d'avantage dé la durée de la guerre que de la paîxy tant par^eque le graqd duc et M. de Modene^ ayant besoin de leurs forces.pour leur pix>pre conservation, n'eusse paspeii donner du secours aux Espagnole <pour la fljeffensede' TEstat de Milan, ny eux, ^voyant tout en arn^es autour d'eux , desgarnir le royaume de Na[des d'èiommes et d'argent, pour les envoyer en Flandre ou en Alleqia^ne, ainsy qu'ils ont accou^iyné de faire.
Mais Sa Majesté a mieux aimé que la paix se fist. tant parcequ'il luy est très glorieux que par ses office» la ruine de l'Italie aist estéarrestée, et qucf cela rnesm^ luy doit estre de quelque mérite auprès des prince» qui se trouvoient intéressés dan^ ceste affaire, que parcequ'il y estoit en quelque sorte obligé , puisqu'il sV gissoit principalement des interests. du duc de Parme. qui s'est mis sous ^ protectioii. Joint qu'il devi^oit, ce semble,. aiTi ver que les princes d'Italie, se trouvant le^j armes à la main à la conclusion de ceste paix, se por^ teroient plus volontiers à les, employer contre leai ennemy commun qu'ils n'avpient fait contre eui-
ET LE DUC DB PARME. [l64a] SoÇ
mesmeSy ne pouvant jamais avoir un temps f)lus propre que celuy-là pour recouvrer leur liberté et chasser les «strangers d^Italie, puisque la maison d*Austriche a maintenant de^ affaires de toutes partç^ et que laFrance^ dans le comihencement d'une minorité, ne leur doit pas donner tant de jalousie qu'ils en avaient du'tenps dil feu Roy.* Mais cest article est une chose qi/6h a plus de subject de désirer qu'on n'a raisoû de l'attendre , tant ils sont aveugles pour leur propre bien. .
Cependant y quoyque les interests de tons les princes d'Italie soient de faire biehtost exécuter ceste paix, et que la France et l'Espagne , qui ne se tràuv^pt d'accoi*d en aucunes choses qu'en celles là, concourent *à le désirer, on craint néanmoins qu'il ne $*y rencont;re quelques difficultés, puisque les princes, qui se désirent venger de la maison Barberine, feront vraysemblablement tout ce qu'ils pourront pour se trouver armés à la moit du Pape, qui ne semble pas'eslortgnée (0^ croyant que son successeur leur aidera de tout son pouvoir à perdre le cardinal Barberin (^), ne s'en estant guère veu jusques icy qui i)''ayent persécuté, les héritiers de leurs prédécesseurs; et que le cardinal Barberin , qui ne voudroit point rendre Castre, et ne le peust conserver en exécutant, cherchera aussy de différer jusques à un nouveau pontificat, afin de le laisser faire à un autre, et avoir ceste gloire de n'estre pas contraint de rendre à M. de Parme ce qu'il croit luy avoir osté avec raison.
(0 Qui ne semble pa§ eslongnée : Urbain tiii 'moorat le 39 loillel 1 644- — C*) Perdre le cardinal Barberin : Les Barberine le réfugié/enlL co France en 1646, pour ériter fes penëcutioni d*lBDOceiK x.'
- V RELATION
■ Il 1 ■
DE CB QUI 9fc PASSA.
PODR PAIRE RÉUSSIR L'ÉLECTION D'UmOGENT X, ET POUK OBTBMIR UN CBAPEAV FOUH L'ARCHEVESQDE VASS^, ¥KË$E VU QABBINaL NlÀ2A|tIN.
[f 644] -H^ P^P^ Urbain^ viu estant moit, et les cardinaux entrés d^tnç le.qouclave, il y en avoit deux regarcl^s principalement pour luy succéder, Sàchetli et P^pl^îJ^^ (pus deux ses créatures; ipais avec ceste difij^repcç que le çardin^ Saclietli Festoit dv Pape seul^ (|ui roûpaoit devant que d'estre.paryenu au pon- ^fic^^>et,]ie cardinal Pamphile du cai-dinal Barberin, qui j^^ayant pris en affection dans ^es légations de France et d^Espagney où il luy sei^oit de dataire, le fist nonce en Espagne, et puis cardinal, et luy eust encore donné tout aédit aupiès de luy quand il fust dç rettwr k Borne, sy le Pape, qui le connoissoit et apprebeudoit spn bumeuv, n'y eust mi$ empeschemeot, et en. quelque sorte interrompu leur grande intelligence; et parcequil craignoit qu elle ne recoxumeoça3t quand il n y seroit plus, et quil ne le vouJost mesnie faire spn ^ccesseui*, il le luy deffendoit sur toutes choses, luy prédisant que s'il le faisoit il ruineroi t sa ma'ison , comme en effet il ne "tint j>as à luy.
Or le cardinal Barberin n'ayant pas profité de ccsl avis, nç $|*en ^lar^a p^ péi^inn^oins du commencement, et lorsque les prétentions des cardinaux papa-
CE QUI SS PASSA, ETC. [>644j 3l I
Mes «stant les plus vives, et que pei-Boane ti'eit encore las do conclave, les exclusions se donnent librement; mais le gardant pour la lin, il y exposa Sachetti , lequel estant en grande re'pulation d'Iiomnie de bien, avoit pour luy tous les cardinaux bien inteii Lionne, et la Toix pubbque; et il l'auroit este sans diiScuhe, si le cardinal Barberi'ii l'eust bien voulu, et qu'il en enti parlé à toutes ses créatures, ainsy qu'il est accouluioe. Mais s'estant tenu couveit et sans rien dire, tous les Romains qui en vouloient un do leur pajb ne joignirent aux Espaguolï et au j'iand duc, qui dou- Buient l'exclusion à Sncbetti; ceux-là parceqne dans sa DunciaLiire d'iispa^e il ne Keitoit pas poi^ aveuglement dans toutes leui'S passions, et le igraad duc parcequM estoil de KIorence, et que ses prédéceEseun et luy ayaoL este fort uialtraites pai' (Jli^ment et l.îrlinin, autev Florentins, il craignoil de riAnniber dan* les inesnies iucojivenient». .
Après que le conclave fiist ttirmê, les l!!spagnoli> voyant leur paiii aaxis fort, tirent d'>nti«r l'ecclunon au cardinal Saclielti (lar Vantbflssa<leurd't^Epagac,EanE autre raison, sinon qu'il estiût . suspect an ray son maislre. Ce qui iiyantBste dlveniemeuL receu des car- <linaux, fust n^anuioina à la itn «ppixiuvé de 1» plnspail, le peie Valenti, idtuisle, qui fatuil daiGi lecunclave pour y senii' de confosseUi, et en cas dt besoin de pasuiste, ayant dît que «{uand quelqu'un des gran^ royftdonD4iilt l'exclusion à un seul, quuyquc sans rndirr la cau&e, sud exclusion devuit pouilMot csire rccenr. te inérito du ccluy-ilà. qi«!i<(t*o grand qu'il' fuU, nr fKiB\itiil jauinie esiro sy utile à fr:gliaex|ud Iny arrail (acji»ilioiiil»k' de tnùcnultriiter mi lel («-îucf ■■'h;
Sii. [io44]ctvt.i
Quelque temps despuis, < aassy bien que Sachetti , euri cbacun comroençoit à s'ennuj le cardioal Benlîvoglio estan bés malades, le cardinal Bar Paoïpliile; mais c'auroit este j ne le vouloient pas se fusseii quelqu'un d'eux seulement eu voit contre luy, comme les Ea le moindre de trois partis q suffisant pour cela, et premie toine; estant très certain que li roit osé s'y opiniastier, et qu< créatures ne luy auroit aidé i il n'en auroit voulu exclure qi pouvoit sy justement apprehet chasser de Rome un de ses ne par ce cardinal d'avoir contr quelque temps après en Alleu auroit trouvé nulle difficulté, , lenti ne s' entendant pas moins ] d'Espagne et pour le cardinai onze autres joints avec luy. I qu'aucun cardinal aist sunaonl
Mais tout cela ne servist de i çois et le cardinal Colonne se :
Antoine comme le plus inter qu'il peust jamais changer, ne lions pour cela, et que luy, k i soient, se laissa gagner par ui mais dont pourtant il ne s'apf qu'estant allé un soir chez ut
vovn l'élkction u'i»nocekt x. [i(j44] ^'-^ tort de ses amis, mais qui, l'estant davantage du cardinal Barberin, vouloit que Pamphile fust pape, ce cardinal avoit auparavant ofdonnë à ses gens (]ue quand le cardinal Antoine viendroit, on en avertist aussytost le cai-dinal Pamphile; de sorte qu'estant à l'heure mesme allë dans la chambre la plus proche de celle où estott le cardinal Antoine , et s'estant mis contre la tapisserie qui en faisoit la séparation {car il y en a quelques unes dans le conclave qui ne sont point séparées d'autre sorte), le cardinal Antoine entendist le cardinal Pamphile dire à celiiy chez qui il estoit et qui le pressoit de penser Ji esUe pape, l'assurant qu'il y tronveroît une grande facilité, le cardinal Barberin le voulant, et la pluspart des autres estant disposés à luy aider, qu'il ne le feroit jamais, non seulement tant qu'il auroit le cardinal Antoine contraire, ainsy qu'il s'en estoit déclaré, mais jusques à ce que ce fust luy qui le proposas!; ne voulant pas sy mal reconnoistre les obligations qu'il avoit au pape Urbain, que de mettre pour son interest de la division dans sa famille, et en causer peut-estre la ruine; maïs que s'il le faisoit, et que ce bonheur luy anivast, auquel pourtant il ne s'attendoit point et ne pensoit nullement, il pourroit bien s'assurer qu'il auroit plus de pouvbir qu'il n'en avoit eu du temps de son oncle : dont le cardinal Antoine, qui, ne se doutant point de la supercherie, croyoit que c' estoit le fond de son ame et sa véritable intention, demeura sy persuadé, qu'estant encore eschauffé par celuy à qui il parioit, il ne fisl point de difficulté de le proposer, et de s'y affectionner autant que le cardinal Barberin Biesme.
La seule chose qui à l'abord luy fist de la peine fust
de sçavoir comme il-soiliroit de rengagemept où il n* toit avec la France pour soa eBduaion , ayant taat de fois protesté qu'il ta youloit, «t tant demaiidé qu'on luy assistast, qu'il avoii honte de 6*00 dfisdirt; joiiit qu il n'ignoroit pas Tintereet que le cardinal Manio y avoit, et que c'estpit à son occasiop, le-oardiiui Pamphile croyant qu'il avoit participe à tout ce qui fi'estoit fait contre son neveu. Mais 'se souvenant edb qu il luy avoit toosjours fait àktt que la France a'entroit dans ceste exclusion qu'à cause cie luy, et puce> qu'il iroit tlop du sien , il çr^ust s'ea pouvoir excuser pài* là y et dire que puisqu'il y IrcTuvoit aoo compte el en estoit satisfait, elle le* de voit estre aussy. Or il tft vray qu'encore que le cardinal Mazarin craignist pl« l'élection du cardinal Pamphile que le cardinalAntoÛK mesme, il luy âvoit pourtant tousjoiy^ tesmôÂgnén; prendi*e autre interest que le sien, et ne s'en eAoA point desclaré au marquis de Saint<-ChauuioiÉt, an* bassadeur du Roy, ny aux cardinaux aflectionnés a h France, ne leur ayant rien ordonné, ^non.de^ebiai accorder avec le cardinal Antoine-, proteoteor et France, et de le seconder dans toutes les èxalasioif {(tt'il donneroit; s*assm^ant de trouver ^ai* là celle do cardinal Pamphik sans y paroisCre, ny que le caitlioti Barberin, qu'il vouloit ménager, s'en peust preodrei luy.
Mais comme souvent les petites finesses ne q«aciR0( pas bien avec lés grandes affaires, 'et qu'il faii^nëcttsairement se fier à quelqu'un, ou courir hasard d'estrr mal servy, il aiTÎva que l'ambaasadeur n'ayant point d'ordre, quand il vist le cardinal Antoine chau|^\ «^ lieu de faite de nccesâtéverfu^ et^ sout^naat ce fi**'
puuR l'élilctiuh b'iAMuct^T X. [i644] i'^
avoit commencé, de rendre la paieille aux Ëâpagnolâ, «a excluant tout ouvertement Fampbile, qu'il voyuit que les espagnols voiUoient, comme eux avoîent exclu Sachetti, que la France vouloit; il prist le party d'envoyer vers le Roy poursçavoir sa volonté, tirant toutefois parole du cardinal Antoine qu'il luy donneroit le temps d'avoir regponse, et que jusque» là il ne se fei'oit rien. Mais sy le cardinal Mazarin avoit eAé trompé, l'ambaitsadeur le fust aussy; car les amis du cardinal Pampliite ayant despuis représenté au cardinal Antoine que s'il altendoit le retour du courier, et qu'il apoitast un consentement, comme vraysemblaWemeut il feroit, le Roy et le cardinal Mazarin en auroient tout le mc'iite, et non luy; et que s'iU ne le vouloient pas et qu'il passast outre, comme il le promettoit, il lès oOeuseroît beaucoup plus qu'alors qu'il pouvoit présumer qu'ils ne s'en Koucioicnt pas, puisqu'ils luy avoient tousjours fait dire ne l'exclure qu'en sa considération : il se résolust de prévenir les response9 qu'il auroit; et se joignant au cardinal Burberin et à tous les auti'es amis du cardinal Pampliile, il fust esleu sans contradiction.
La faute que fist le marquis de Saint-Chaumont ue fust pas seulement attribuée au manque d'ordre ou de résolution , car on l'accusa aussy de s'estie lai:>t<é gagner premièrement par l'amitié qu'il avott pour le cardinal Pamphile : cai' ayant esté clioisy pour aller à Lyon recevoir de la part du Itoy le cardinal Barberin, et l'accompagnei- jusqucs fi Paris, il avoît pri.s pendant ce temps là une fort grande liaison avec lu/, et puis, pai' des promesses de faire son jeune fUs cardinal, de taettiv l'abbaye do Saint-Antoine en comntende el de
3|6 [i644] CK Q^^ *K PASSA
la luy donner, et luy bailler aussy quelque argent, et il se raonstra alors des lettres dû marquis de Sanlo-
Vite, escrites au , qui en tesnioignoient qnd-
que chose. Mais luy protestoit que c*estoit toutei faussetés 9 et .que sy cela avoit lieu, il n*y auroit gueres dlnnocents au monde, n*y ayant pas manque de gos a8S& meschants pour imposer à ceux qu*ils n'aimest pas des choses encore pires que celles là ; et qa te reste s*il avoit failly,'c*estoit pour n*avoîr esté aide de personne. Je cardinal Mazarin ne luy ayant point donné 'd*ordre, ny les cardinaux de Lyon et Bicbi avis de ce qui se passoit danâ le conclave , et de ce qui se pouvoit et se devoit faire, comme ils y estoient obligés : ce qu'eux -mesmes ne désavouoient pas, s*en eicusant sur le serment preste à Tentrée du condaTe de ne rien révéler de' ce qui s*y fait, qui estoit une pore moquerie, n'estant pas assez scrupuleux pour cela; joint que n'estant point observé par les Espagnok oj par nuls autrot, ils n'y estoient point tenus; autrement ce serment seroit un piège pour attraper les gens de bien , plustost qu'une règle contre les mescliants. Et ii est aussy très certain que le cardinal de Lyon ne le fist que parceque sçaehant le cardinal Pampbile enoemv du cardinal Mazarin , il le vouloit plustost que tout autre , pour se venger de son peu de reconnoissance tant envers luy qu'envers tous les parents du cardiDal de Richelieu , duquel il tenoit toute sa fortune; et le cardinal Bichi pour complaire aii grand duc, duquel il estoit né subject.
L'élection du cardinal Pamphile estant sceue es France, le cardinal Mazarin , quoy qu'en effet cefo^t f)ar sa faute et pour ne s'estre pas assés déclaré, la it-
POllB l'ÉLECTIOM ij'iawOCEHT K. [lf)44] •^'7
jeHaat toutefois sur les auUes, fulmina preiuiereiuent contre l'ambassadeur, qu'il fist révoquer et confiner dans sa maison, sans le vouloir ouir daos ses juslilications ; et puis contre le cardinal Antoine, auquel il ostii la protection de France, et fist delfense de tenir les armes du Boy sur la porte de son palais. Dont le Pape, ffui vist bien que cela s'adressoit plus k luy qu'au cardinal Antoine ny k l'amliassadeur , se scandalisa fort, s'en plaignant à tout le monde, et disant qu'il ne sçavoit pourquoy ce malheur luy estoit aiTiv^, estant sorty d'une maison tellement attacliée à la France que le cardinal Pampbile son oncle avoit este' nommé par elle pour estrc pape, et luy l'ayant tousjours servie en tout ce qu'il avuit peu; dont il prenuit à tesmoing tous les amliassadeurs qui avoient este' à Rome despuls son entrée dans les charges. Mais encore que le cardinal Mazarin et luy fussent bien en colère, ils ne demeurèrent pas néanmoins longtemps sans faire une espèce de réconciliation, ayant besoin l'un de l'autre: le cardi- , nal Mazarin pour faire son frère cardinal, et le Pape afm que le Roy ne relevast pas le bruit des offres faites au marquis de Saint-Chaumont, pour donner une atteinte à son e'Iection, ou du moins à son lionneur.
En suite de quoy le cardinal Mazarin fist donner au cardinal Pamphile, neveu du Pape, l'abbaye de Corbie, qui est de très grand revenu; et M. de Grémonville, qui alloit k Venise comme ambassadeur, eust ordre de passer par Rome pour luy en poi-ter le brevet, et arrester par mesme moyen la promulion du père Mazarin. Mais ayant, par trop de confiance aux lionnes chères qu'on luy faisoit, donne le brevet sans e.lre assuré de rien, le Pape, qui n'avoit voulu ceste
3 i8 [<644] ^K Qvi S' 9hêêA
abbaye que pour tirer un acte de r6connois»Dce de la France, en ayant au mésme temps fait prencke une en Espagne, et penchant bien plus de ce costé là que de Vautre, comme Fayant fait tout ce qo*il e^oit, il ne peust se résoudre à donner ce desplaîsir amt Esps^ds de contenter le Rçy et le cardinal Mazarin en une chose de sy grand esclat comme la promotion de son frère, sVn excusant, quand- on Fen pressa > sur la bulle qui deffend de faire deux frères ; et quand on luy respondoit qu*elle aroit esté plusieurs fois rompue, il disoit que ce n'avoit esté qu^en iayenr des neveux de pape, el du cardinal de Richelieu , à csase de la prise de La Rochelle,: ce qui ne faiseit point de conséquence. TeUement qne les voilà fAvts mal que jamais.
[1645] Cependant le Pape, vàîfiant la prédiction du pape Urbain, ne traitôit pas mieux les Barberins; car ne se souvenant plus des obligations quil leur avoit, ny de tout ce qu'il avoit dit dans le- conclave, il commença à se refroidir du costé du cardinal Bai^ rin , se plaignant qu'il vouloit fati^ le m'aistre comme du temps de son oncle : ce que ne permettant pas à son propre neveu, iî ne pouvoit pas aussy ïe sottfTrir de luy ; et puis endurant qu^on informast de la mort d'une rdiigieuse, arrivée à Bologne pendant qne le cardinal Antoine y commandoit, et qu*on luy vouloit attribuer, disant qu'il ne pouvoit pas empescher le cours de h jtustice.
Ce qui donna l'alarme au cardinal Barberin, ne doutant point que cela ne fiist fait exprès pour avoir occasion de prendre en un moment ce qu'il auroit bien eu dé la peine à amasser pendant un pontificat dt plus de vingt années, n'estant pas mal aisé au Pape de
FuuR i.'ëleciioh n'ififiocEnr X. [164^] ^'9
ïttiix Irouvei' Ié caiilinal Aiiloine cpupablc, et d'y em-
l>ai-riis»ei' ensuite toute sa maison. C'est poui'quoy il
pensa à J liciu'c mciiiuo h clieiclier ptutt-'Clion j et ne
pouvant avoir ceUe du roy d'tl&pagne pnicequ'il estoil
trop mal avec les Etpagnolii, et eux trop hien avec le
Pape» ii louina du coslé de la France, 4ue luy et son
Oxfre avoieiil peu nupaiavaut sy rortmespi-isëe, «ttlst
sonder le cai-dinal iMusarin s'il le£ vuudioît recevpi^j
leqnel, ne cUer<-'lHi>d. qu'une occasion pour se vengfr
Uu Pape, oultlia itu$sy|oiit tout co r^u'iU avoient fait au
conclave, elleur piuinist plus qu'ils ne deniandoienl.
. (Jela olilitjeant d'envoyei' piomptemenl un aiuliassa-
d«ur ;t Kome piniv delcndre leurs ioterests, le cai;dinal
AJa^^ai'in en jt^st. paiiet au maix|uis de Fontenay, qui ne
' iaituit que deu revenir; olIVaut, poor luy persuader
, tl'y hIUi', de luy laiie donner à son retour la cUarge
, «le gouverneur de M. le duc d'Anjou. Alais parceqn'U
. «a d«aiànda une assuiancc plus grande que la parole
, «lu cardinal, et qye.Wyi, qui necIjercUoit qu'à l'enga-
J ger pour apràs en user coiuJAe il luy plairoit, ne la
youlutt pas.doiuicr, ceU se dîlTera sy fort, (]|ue les Dar-
j t>erins ayant eu avis de Bologne qu'on pressoit cztre-
ia«ment les informations, et jugeant bien, que s'ils at-
p tendaient leur arvive'c ils auroient peine à se sauver,
I ils &'C|T allèrent de nuit à Sainte-Marinelle, qui e^ail
ffi «ux, où ils s'ewbârtiuerent dans des clta^qpes peur
passer en France. ,,, ,.
L«, cttidoid Antoine tontefQtf»parcequ'il: lay,f^
j loit 90 raccotBniixleuient p4|^|^ier, descendît' à
I lienes pour y attendre qu'il fn.'^t ff^t; loais le cardinal
Bai'be^n alla a Paris, où on le recetisl trcs bien, le
cardinnl Mazarin ayant ''Sti*' nii dfv;inl de Iny, snivy de
3aO [1645] CE QUI SE FA88A
la plus grande partie de la cour, loaques à Gharenlon.
Le Pape voyant les Barberins luy avoir eschappé, 8*en prist à leurs biens, qu'ils n^avoient peu emporter , et qui estoient aussy ce qu'il desiroit le pins, n'en to«lant à leurs personnes que pour ^ les nûeiix aonrer. n fist donc &ire contre eux toutes les. procédures accoutumëes en semblables rencontres, et mist outre cela i\ne telletaille -sur leurs biens tant qu'ils seroicDl absens, et sans respondre aux citations qui leur estoieDt faictes, que sy elles eussent en leùkr effet , il n'y en anroit pas eu pour longtemps.
Le caniUnal Mazarin pensa arres^ ces poursuites en faisant dire qu'ils estoient en la protection du Roy: mais comme le Pape ne laissoit pas de continuer ^ personne/ce disoit-il, n'ayant droit de se mettre eiitre ïof et ses subjects, et ne devant pas avoir .,9ioins de pot»* voir sur eux que tous les autres princes en avoient sur les leurs, il creust qu il falloit y envoyer quelqu'on exprès, pour faire valoir l'autorité du Roy plus fortement que ne faisoient des lettres. Et p^rceque Festat présent ne permettoit pas que ce fust un ambassadeur , il choisist l'abbé de Saint-Nicolas (0 pour aller résident; lequel avec -^ le cardinal Grimaldi, qui s'estait attaché à la France pendant sa nonciature, fisKjBjiit ce qu'il pleust pour cela. "îLi'-
Mais le Pape, qui se creust en seureté à cause dà grand eslongnement , et qu'il estoit d'accord avec les Espagnols, n'y aya^tppint d'égard, le cardinal Masarin vist bien qu'il en «qroit l'affront , s^il n*y employoil que des paroles. Gest poui^quoy il (ist diligemment
(0 Vabhé àe SaiM-Nicoloa : Hmri Arnacdd, qui fui <le|m» èriiff d'Angers.
POUR l'électiom u'ihnoceiit X. [1645] 3a I armer un bon nombre de vaisseaux et (ie galères; et mettant assés de gens dessus pour descendre à tene et faire un siège, il en donna le cum mandement an prince Thomas de Savoye, avec ordre d'attaquerOrbîtelle, qu'on ne sroyoit pas trop bien foitifiée, et qui, estant sur la frontière de l't^lat ecclésiastique, seroit très propre pour faire peur au Pape, et te mettrir k la raison.
L'armée partist doue de Toulon le 1646; mais,
faute de gens qui sceussent attaquer les places, on demeura sy longtemps it passer une fausse liaye qui estoit dans le fossé , que les Espagnols eurent loiiiir d'y arriver avec leur armée navale, lesqueb eurent certai* nemeut du désavantage dans le coml)at; mais ils bc laissèrent d'en tirer quasy autant de prolit que s'ils eussent eu h victoire ; car le duc de Brezé, qui commandoit l'armée navale, ayant esié tué d'un coup de canon, le désordre après cela y fust sy grand, encore que les Espagnols se fussent retirés, que le costé de la terre n'allant pas aussy trop bien, le prince Thomai leva le siège, et se rembarquant, retourna en France.
Ce qui ayant donne mie nouvelle hardiesse au Pape, croyant que c'estoit le dernier elfort, eust lait tomber les Barberins dans une ruine inévitable, sy le cardinal Mazarin, poiu* réparer cestf^ faute, n'eust prompteroent fait restablir l'année navale, et ajoutant à celle (le tene de nouvelles troupes, ne les eust renvoyées sous la conduite des mareecluiuic de La Meillerayeet Du Plessis-Praslin, lesquels, au lieu d'Urbîtelle où on les attendoit, s'estant arrestés dans l'isle d'b^be, attaifaeï-enl Porto -l^ngonc, et le prirent en fort peu de
tetnpA; après qaoy ils s' al (jui est (laos la terre fera
Geste prise sy peu a Pape, que ceux ijui vo avec ie Boy eurent aloi luy représenter le faasan site, \es Espagnols estant afiaires qu'ils «e le poiiri dinal Spada entre autres, dans toutes les chutes esp cité, il se résolut de céà France. De sorte qu'il a Barberins curent main^ furent restablis dans leu quand Us seraient à Ro voyer un amliassadeur , toutes choses, afin dé nu couvert.
Or I« nonce ayant fali y envoyoit une personne gnoit extrêmement de l'a le cardinal Mazarin prêt facilement; il tist aussy t Fontenay, qui y avoil i servir que tout autre, le pendant son ambassade, croj'ant qu'il n'y voudro:
noit que des paroles, ne que le père Mazarin sue nouvellement donné l'arc honnestement de sa chai| de l'inte'ivst duquel il ■'■{
POl!B l'éLECTIOB UlWHûCEHT X. [iG^G] 323
liiy «les Barberins, ne fust arriva h Paris, qui le conjura sy fort de se contenter de la parole du cardinal IVlazarin, de laquelle, outre qu'elle .seroit fort expresse, il se rendroit encore garant, que persuade aussy par tous ses stnîs, qui^ ne connoissant pas bien le cardinal, pensoient impossible qu'il manquast à ce qu'il luy prometlroit, sy l'ayant desja faict cardinal, apris que le marescUal d'Eslrées n'en avoit peu venir à bout, il faisoit encore son frère (ce à quoy d'autres avoient eschouc); le marquis de Fontcnay se résoliist d'y allei', le cardinal Maxarin l'ayant assure' (quand après cela il le vist, et<lespuis mesme quand il partist ) que puisqu'il vouloit bien se lier en luy, il seroit pitts obligé de faire ce qu'il desiroit que par quelque escrît que ce fust. 11 partist doue de Parts pour Rome le a4 de may t6^-).
Tout le monde croyoit la promotion de l'arclievesque d'Aix sy difficile à persuader au Pape, tant pour l'aveiïion qu'd y avoit tousjours montrde, que poui- l'engagement où il estoit avec les Espagnols et autres qui ne la vouloient point, que le grand dtK, qui est ordinairement bien avei ty de tout ce qui s« fait à Rome, en tesmoigna quelque cbose au marquis de Fontenay quand il passa à Florence, et le plaignit d'avoir eu cestc commission. Mais il en prisl néanmoins bon augure dès la première audience que, selon la coutume, il eust le jour de son arrivée k Rome, ne se pouvant rien ajouter U la bonne réception que lo Pape luy fist tant de visage que de paroles; luy disant entra autres choses qu'il avoit esté ravy quand il avoit sceu que c'ebtoit luy qui venoit, et qu'il se promettoit, à cause de l'ancienne connoisAance et amitié, qu'il con-