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par ceux qui estoient de sa part à Madrid et à Bruxelles, et demander qu'on ne luy donnast assistance ny retraicte. Et d'autant que cela ne serviroit de rien s'il n'estoit dès le commencement parlé de telle sorte qu'on connust que le Roy en voudroit venir à bout en quelque façon que ce fust, qu'il falloit sans cesse faire renouveler ces mesmes instances, tant par ceux qui les auroicnt desja faictes, que par d'autres envoyés expressément pour cela ; et mettre encore diligemment une sy grande armée sur pied, que Tarchiduc fust persuadé qu'il luy faudroit contenter le Roy, ou avoir la guerre : à quoy il n'estoit pas vraysemblable qu'il se portast aisément pour un prince qui n'avoit aucune suite ny crédit dans le royaume, et ne pouvoit luy estre qu'à charge.
Or M. le prince estant entré en Flandres, s'arresta à Landrecy, d'où il escrivist à l'archiduc pour luy donner avis de son arrivée, et demcinder de le voir : mais celui-ci s'en excusa; et tesmoignant d'estrc bien fasché de Testât auquel il se trouvoit, lui fist aussy cntendœ qu'il ne scmit pas bien aise qu'il dcmeurast davantage dans son paîs , de peur d'offenser le Roy , avec lequel il vouloit se maintenir en bonne intelligence : ce qui l'obligea d'envoyer madame la princesse à Bruxelles, cliez la princesse d'Orange sa sœurCO, et de s'en aller à ('oulongne (^) pour y attendre des nouvelles d'Espagne, où il dcspescha à l'heure mesme pour avoir permission de demeurer en Flandre.
(') La princesse d*Orange sa saur : £I<^onore de Bourbon-Coude , mariée en 1606 à Philippe- Guillaume de Nassau, prince d'Orange. Elle perdit son mari en 1618, et mourut au château de Muret le ao janyier ff>ig. — (') Coidongne : Cologne, Tune des villes anscatiqnes.
DB 901fTBlfAT*MAH£niL. [1609] »|
Ensuite de cela, le résident de France vist Tarchiduc, lequel, par le conseil des ministres d'Espagne ausquels il avoit parlé, ne luy respondist pas comme à M. le prince, demeurant dans des termes fort honnestes, mais généraux , et qui tendoient plus à gagner temps qu'à contenter le Roy. Ce que luy ayant mandé , il j envoya à l'heure mcsme M. de PraslinCO, capitaine de ses gardes; et un peu après le marquis de Cœuvres (^), pour faire de plus grands efforts, qui furent pourtant aussy inutiles que les premiers, les Espagnok ayant enfin tout à fait gagné l'archiduc, et obtenu que M. le prince viendroit à Bruxelles.
Despuis qu'il y fust arrivé , il se fist diverses propositions d'accommodement. Mais comme il vouloit ou ne point retourner en France , ou y avoir une place de seureté , et le Roy qu'il y revinst, et sur sa seule parole, cela se ix)mpit incontinent ; et le marquis de Cœuvres, qui y estoit demeuré, perdant toute espérance de rien faire avec luy ny avec l'archiduc, pensa à gagner madame la princesse , et y employa de ses femmes, avec qui il prit intelligence; lesquelles luy ayant fait espérer, à ce qu'il disoit, qu'elle iroit le soir à la porte de son logis , ou sortiroit par une fenestre pour se mettre entre ses mains, il l'escrivist au Roy, et qu'il luy meneroit, mettant pour cet effet des chevaux auprès de la porte de la ville et en divers endroits^ sur le chemin de France.
Il est pourtant vray que beaucoup des principaux
(>) M. de PrasUn : Charles de Choûeul , marquis de Praslin , mort «n i6a6. — C') L' marquis de Cœuvres : François -Annibal d'Estrcea^ Sabord marquis de Cœuvres^ puis duc d'Estrées et marëchal de France. H oioorat eo 1670.
du pais tenoieiit pour certain que madame la princesse n'en cust jamais la pensée , et que tous ces préparatifs du marquis de Cœuvres furent seulement pour se donner la vanité de Tavoir osé entreprendre , et flatter la passion du Roy en luy faisant espérer une chose qu'il desiroit si fort, et qu'il eust bien mieux aimée de ccste façon que de toute autre. £t quant aux Espagnols, qui en tesmoignerent tant d'apréhension, faisant mettre des gardes aux portes de la ville et autour de la maison du prince d'Orange, où logeoit madame la princesse, avec plusieurs autres diligences peu nécessaires , que ce ne fust que pour mieux persuader aux Flamands et à l'archiduc que le Roy leur en vouloit faire l'afTront , afin que , s'aigrissant contre luy, ils ne le mesnageassent plus tant qu'ils faisoient. Et pour moy , ne prétendant toutefois assurer de rien , mais dire seulement ce qu'on en peust juger par les aparences , il me semble peu croyable qu'en une si grande jeunesse, timide et délicate comme elle estoit, elle eust peu se résoudre à sortir la nuit de son logis, de quelque façon que ce fust , pour faire après trente ou quarante lieues (car on la devoit mener à La Capelle à cheval et à toute bride : de quoy des hommes fort robustes seroient bien empeschés); et qu'elle n'eust point aprehendé d'estre arestée à la porte de la ville ou par les chemins, et remenée avec toutes les hontes imaginables ; il faudroit pour cela qu'elle eust eu une grande passion : ce qu'on sçait bien qui n'estoit pas , ny ne pouvoit estre, à cause de la disproportion des âges. Mais quoy qu'il en soit , le Roy le creust ; et l'archiduc on eust sy grand peur ^ que pour l'empescher il la fist entrer dans le palais, et la mist auprès de l'Infante,
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d oïl elle oe sortis! qu'après la mort du Roy , et pour retourner à Paris (0.
Ce o'estoit pas pour cela seulemeot que le Roy vou* loit Élire la guerre; car la mort du duc de Cleves (>), arrivée quelque peu auparavant , luy en donnoit un bien plus grand et plus légitime subject. Il n'avoit point laisse d'enfants; et sa succession , qui consistoit eo plusieurs belles et grandes seigneuries , comme les duchés de Cleves , de Juliers et autres , estoit prétendue par diverses personnes, mais principalement par l'électeur de Brandebourg et le duc de Neubourg, qui y avoient le droit le plus apparent , d'une part; et par l'Empereur, de l'autre : les deux premiei*s soutenant que tout ce qu'il avoit laissé leur apartenoit comme descendus des filles de Guillaume, duc de Cleves, et appelés à sa succession par une ordonnance de l'esipereur Charles-Quint , de l'année 1 546 , et confirmée despuîs par de ses successeurs; laquelle porte en termes exprès que sy ledit Guillaume mouroit sans enfants masies et légitimes, ou qu'en ayant, ils mourussent sans ^1 laisser , tous ses Estats iroient à ses filles , ou à leurs enfants masies (^). £t l'Empereur disoit au contraire que selon les constitutions de l'Empire^ s^isquelles ses prédécesseurs n'avoient peu desroger , les fiUes De succédant point aux fîefs^ ils luy estoient dévolus, et qu'il en pou voit disposer à sa volonté; mais
(0 Pour retourner à Paru : H paro2t qu*ane IndlflcréHon de Henri xy lot le principal obstacle à Tezécadon du plan da marquis de CcDUTres. (/"i^vsf les Mémoiret de Sully, t. 8, note dek p. iSj, deuxième série de cette Collection.) — (>) La mon du duc de Cleves : Jean-Guillaume^ duc ie Clères , de Juliers et de Mons , étoit mort le a 5 mars 1609. — (•*) Ou à leurs enfants masies : Voyez les Mémoires de Sully, t. 8, p. 176 y deuxième férié de cette Colkctioa.
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que quand cda ne seroit pas , puisque comme j'ay desja dit ils n'estoient pas les seuls prétendants, quMlpouvoit au moins , en attendant qu'il en eust jugé, les mettre en séquestre entre les mains de qui il luy plairoit. C'est pourquoy il envoya promptement l'archiduc Léopold, frère de Ferdinand, qui a despuis été empereur, pour en prendre possession en qualité de commissaire impérial ; lequel s'estant saisi de Juliers , où il y a une assez bonne citadelle, y mist garnison.
Or le Roy se trouvoit doublemeiU intéressé dans ceste prétention de l'Empereur, parce que l'électeur de Brandebourg et le duc de Neubourg estoient ses alliés, et que tout accroissement de l'Empereur ou des siens en Allemagne lui seroit fort préjudiciable , personne ne doutant que sy on les laissoit faire ils ne prissent tout pour eux.
La pluspart des princes de l'Empire , de l'une et de l'autre religion , y estoient aussi fort contraires , et le solicitoient continuellement de s'y opposer ; mais les Hollandois surtout , d'autant qu'outre les raisons qui leur estoient communes avec les autres princes, ib avoient encore celles là de particulières, que ces Estats qui tiennent presque tout le Rhin depuis Coulongne jusques au fort de Sching, venant à tomber entre les mains des Espagnols, ou de quelqu'un qui en despendist , ils seroient fort pressés de ce costé là , et perdroient le principal et plus commode passage qu'ils eussent pour faire venir des gens d'Alemagne; de sorte qu'ils s'ofTixîient de s'unir avec le Roy, et de rompre mesmela trêve s'il eu estoit besoin, pourveu qu'il voulust aussi se déclarer , et prenant la protection de ces princes , entreprendre leur établissement.
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La succession de l'Empire luy estoit encore un autre subject de guerre très apparent et très prochain; car Tempereur Rodolphe, qui estoit fort viel, ne pouvant plus guère \ivre, il n'estoit pas vraysemblable que le Roy Youlust, quand il viendroit à mourir , laisser ceux de la maison d'Austriche en possession d'une dignité dont il avoit tant d'interest de les dépouiller s'il en trouvoit l'occasion , ny que le roy d'Espagne ne fist tout ce qu'il pouroit pour les y maintenir , cela lui estant de la dernière conséquence.
De sorte que quand les affaires de Cleves ou de M. le prince ne l'eussent pas obligé de s'armer , il en auroit sans doute cherché quelque autre prétexte afin de Festre k la mort de l'Empereur, et qu'il ne luy en anÎTastpas comme à François premier, qui n'appuiant les prétentions de luy ou de ses amis que de belles promesses, pendant que Charles - Quint autorisoit les siennes par le moyen d'une armée qu'il fist approcher de Francfort sur le temps de l'élection , ne peust l'empescber d'estre éleu.
Que si cela luy estoit important pour oster aux Espagnols le principal moyen par lequel ils avoient dèspois tant d'années tourmenté la France , tirant d'Allemagne autant d'hommes qu'ils en vouloient (qui estoit ce dont ils manquoient principalement), il n'estoit pas moins nécessaire aux électeurs, princes et communautés de l'Empire , puisque ceste succession , devenue quasy héréditaire, sapoit insensiblement les fondements de leur liberté. C'est pourquoy ils luy en faisoient parler par tous les ambassadeurs qu'ils luy envoyoient, à cause de la succession de Cleves, asseurant que quand bien mesme l'Empereur ne mourroit
a6 ['6^9j MÉMOIRES
pas si tost y on pouroit aysemeut le forcer à souffrir un roy des Romains tel qu'on le choisiroit , toutes choses se disposant d'elles mesmes pour cela : comme, entre autres, que l'Empereur se conduisoit de telle sorte qu'il s'estoit rendu mesprisable jusques à ceux de sa propre maison ; que la puissance de la maison d'Austriche, despuis quelque temps devenue enuuieuse, s'estoit rendue insupportable par ceste prétention de Cleves, tenue de la pluspart des catholiques, aussy bien que des protestants , pour injuste, et tendante à la tyrannie ; qu'on avoit en la personne du duc de Bavière un subject très propre pour estre empereur, ou roy des Romains , s'il en falloit un Alemand, comme il y avoit bien de l'aparence, puisqu'il estoit assës puissant pour soutenir deluymesnie ceste dignité, qui n*est d'aucun revenu; et que comme il estoit sy grand catholique, que les ecclésiastiques ne pouroient pas refuser de concourir à son élection. Le Roy aussy avoit assés de crédit sur les protestants pour lever toutes les difficultés que l'envye ou la différence de religion y pouroit apporter; et enfin que tous les princes d'Allemagne allant estre armés, la puissance de ceux qui voudroient ce changement, jointe à cdle du Roy, teroit telle que toutes les forces de la maison d'Austriche et de ses partisans ne pouroient pas l'empescher.
Or, comme ce dessein ne pou voit pas estre tenu secret, quelques-uns aussy eurent envye de s'en prévaloir , et entre autres le roy de Dannemarc et le duc des Deux-Ponts. Celuy-ci vint à Paris expressément pour cela, fonclé sur Testât où il se trouvoit en Allemagne par la tulcle de l'clecleur palatin son neveu , ({uil avoit, cl quilerendoit chef de la ligue protestante,
DE FONTBllA.t-MAR£UIL. [1609] ^J
qui estoit lors en sa plus haute considération; mais plus encore sur Tespërance que le Roj le préfereroit à tout autre, pour rattachement qu'il avoit toujours eu à sa ' personne tant durant la Ligue que despuis , et Tavantage que ce luy seroit d'avoir en ceste place un homme tout à fait despendant de luj.
Le roy d'Angleterre faisoit aussy de grandes instances pour le roy de Dannemarc, son beau*frere; mais outre qu'il falloit un catholique, ils connurent tous enfin qu'on y travailleroit vainement tant que les trois électeurs catholiques demeureroient joints au roy de Bohesme, et qu'on ne pouroit les diviser que par l'électeur de Coulongne et pour le duc de Bavière. Cest pourquoy ils n'y pensèrent plus, et luy quittèrent la place comme le Roy le vouloit.
Les affaires d'Allemagne estant en cest estât , il ne resloit plus que lltalie oîi il falloit travailler. Or le Roy avoit bien de tout temps entretenu une estroite intelli* gence avec la république de Venise et le grand duc Ferdinand; Vincent, duc de Mantoue, s'est oit aussy fort attadié à luy despuis son mariage, car la duchesse de Mantoue estoit sœur de la Reyne (0, ayant mesme, à ce qu'on a tousjours creu , fait achever la citadelle de Casai aux despens du Roy, et avec ceste veue qu'elle pouroit un jour servir de place d'armes aux François pour attaquer l'Estat de Milan.
Mais parce qu'on n'avoit fait jusques là que le souhaiter, faute d'ocasions d'y penser autrement, il leur en fist alors parler tout de bon , offrant , pour les y
(<) Sœur de la Reyne : Vincent de Gonzague , premier du nom , doc de Mantoue , avoit épousé Ëléonore èit Médicis , sœur de la reine Bhrie de Médicis.
a8 [l^^] MEMOIRES
disposer plus facilement , de laisser toutes choses pour estre séparées entre les alliés sans y demander aucune part, et promettant, pour les en rendre plus asseurés, d'en donner toutes les déclaration^ qu'ils voudroient, et de faire mesme les cessions et renonciations qui seroient nécessaires des droits que les roys et la couronne de France avoient sur Naples, Sicile et Milan. Ce qu'ils receurent sy bien , qu'on ne doutoit point qu'ils ne fissent de leur costé tout ce qu'il faudroit aussy tost que le Roy auroit commencé.
Et les Vénitiens mesme firent moins de difficulté de s'y engager que pas un des autres, tant parce qu'ils n'eussent pas trop volontiers veu ariver quelque changement dans l'Estat de Milan sans se mettre en estât d'en profiter, que parce qu'ils estoient alors fort mal satisfaits des Espagnols pour diverses raisons , mais principalement pour leurs ambassadeurs, qu'ils ne vouloient point traiter du pair comme ils faisoient ceux de tous les autres roys : ce qui les touchoit au dernier point ; de sorte que pour s'en venger ils avoient quelque peu auparavant receu à Venise un ambassadeur dé Hollande, qui estoit le premier qu'on eust veu en Italie
de leur part, et battu de leurs gens sur la rivière de ,
entre Bresse et Crémone.
Mais ceux qui sembloicnt les plus difficiles à gagner estoient le Pape et le duc de Savoye : le Pape (0 , parce que despuis que les Espagnols s'cstoient rendus maistres de l'Estat de Milan, ils avoient pris un tel ascendant sur la cour de Rome, comme la tenant quasy de toutes parts assiégée , qu'il n'y avoit gueres d'apparence qu'on
(0 Le Pape : Paul ▼ (Camille Borghèse) , éla pape le i6 mars i6o5 » mourut le sa jauTier i6a i .
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^j Toulust déclarer contre eux; et le duc de Savojre (0, tant pour Testroite aliance qu'il avoit avec le roy d'Espagne, ayant espousé une de ses sœurs et eu d'elle plusieurs enfants, dont le second, nommé Philibert (a), estoit lors à Madrid, que pour tous les difïerents qu'il avoît eus avec le Roy durant la Ligue, et despuis encores à raison du marquisat de Saluées. Ny l'un ny l'autre toutesfois ne se trouvèrent sy fascheux qu'on s'estoit imaginé, tant l'interest a de pouvoir sur les hommes, et sur les princes particulièrement : car le Pape, attire par lesperance d'unir la plus grande partie du royaume de Naples au domaine de l'Eglise, et de prendre le reste pour son neveu (3), qui sans cela ne pouToit s'esgaler aux ducs de Parme et d'Urbin , descendus aussy de neveux de papes, se disposa à tout ce qu'on voulust, promettant de se déclarer aussy tost que la République et le grand duc le feroient.
Et quand au duc de Savoye , il fust sy bien ménagé par M. d'Es^uieres (4), qui de son plus grand ennemy devint lors son meUleur amy , et par M. de Rullion , envoyé expressément auprès de luy pour cela, que sur l'assurance de la plus grande partie du Milanois du mariage de Madame, fille aisnée du Roy (^), avec le
(<) I^ J"c de Savojre : Charles - Emmanuel , duc de Savoie, ayoît fponsé Catherine d* Autriche , fille de Philippe ii , morte en 1597. — (•) Homme PliiUbeH .* EamaaueUPhîiibert de Scroie , grand prieur de CaitîUe et de Léon, généralisfime de U mer pour le roi d'Espagne. U mourut en 1634 •-— (^^ Son neveu : Blarc- Antoine Borghèsc , neveu de Panl V, fut prince de Sulmone et grand d'Espagne. Il mourut en i658. — (4) y. d'Esdiguhres : François de Bonne, duc de Lesdignières, maréchal et depuis connectable de France, mort eu 1616. Lieutenant général des armées du Roi, il avoit conquis la plus grande partie du Piémont et de la Savoie, daoi les premières années du règne de Henri iv. — (^) nih aimée du Mey : Elisabeth de France, fiUe aînée de
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prince de Piémont, et du duché de Chartres avec quel* que charge en France pour le prince Philibert , il se résolut de faire une ligue offensive et défensive avec le Roy, et de donner pour seureté, quand ses troupes passeroient en Italie, Pignerol et la plus grande partie de la Savoye, avec Montmelian en propre, aussy tost qu'il seroit entré en possession de ce qui luy devoit appartenir de l'Estat de Milan, offrant mesme de se déclarer (|uand il plairoit au Roy, et de commencer la guerre par des entreprises qu'il avoit sur trois villes de grande importance , moyennant qu'outre l'armée qu'on luy promettoit, on pourveust aux garnisons de celles qui seroient prises.
Or Gennes estoit une des trois; mais le Rov n'v voulust jamais consentir, d'autant, ce disoit il, que de demy Espagnole qu'elle estoit, on la contraindroit de l'estre tout à faict, et qu'en la ménageant et ne se déclarant pas contr'elle, on la pouroit rendre neutre : dont on ne tireroit pas de petits avantages, à cause de sa situation et de ses grandes richesses.
Tous les grands princes d'Italie se trouvèrent doue plus alors en disposition de favoriser les desseins du Roy contre les Espagnols et luy aider à les en chasser, sans crainte do donner trop d'avantage à la France en luy ostant le contre-poids, tant estoit grande la déférence qu'ils avoient pour luy, et l'asseuranoe qu'ils prenoient en ses promesses : ce qu'ils n'ont point voulu faire en ces derniers temps.
Car bien que l'intention des Espagnols eust encore plus esclaté que par le passé, chacun voyant bien, par
Henri it, époota Philippe iv, roi d'Eapagne ; et Chrétieiine de Franœ , seconde filU àa Roi, épooM en iGigVidor-Amédée, duc de Savoie.
D£ FOlfTBNAT-MARBUIL. [lÔu^] 3l
llnjusle occupation qu'ils avoient voulu faire de.Cazal, et l'expulsion entière du duc Charles de Mantoue de tout ce qui luy apartenoit, qu'ils n'aspiroient plus à se rendre maîtres de lltalie par des voyes secrètes et cachées, mais tout à desoouvert; et que le Roy (0, suyvant les erres du Roy son père, ne prétendoit que de les mettre en liberté et les agrandir, sans youloir rien pour luy de ce costé là : sy est-ce qu'ils ont toujours agy comme s'ils n'eussent voulu qu'entretenir les choses en Testât qu'elles estoient , soit qu'ils ayent apréhendé l'humeur du Roy , et que, craignant plus le cardinal de Richelieu qu'ils ne l'aymoient, ils n'ayent peu s'asseurer de ce qui se feroit quand les Espagnols n'y seroient plus; ou bien que Dieu l'ayt ainsy permis, parce qu'autrement la guerre auroit esté trop tost achevée, et que nos péchés méritoient un plus long châtiment.
ï>u coslé de l'Espagne, M. de La Force (>), viceroy de la basse Navarre, et des particuliers dcmcurans sur les frontières , y avoient , ce disoit on , de fort grandes intelligences; et quelques uns mesmes ont creu que le roy d'Espagne en estant entré en doute, et en soupçonnant principalement les Morisques (3>, s'cstoit porte à cause décela, plustost que pour la religion, quoy qu'il en prist le prétexte, à les chasser tous de l'Espagne en l'année 1609, d'où il en sortit huit ou neuf cents mille.
(^^ Le Roi : Looif xiii. — C*) M. de La Force : Jacques Nompar de Canmonty doc de La Force, depuis maréchal de France. — (3) Les Morù^et : Les ÎDtelligeacet de la France arec les Maurisquef ne pea- ▼enr pfii être réroqoées en doate. Sully, dans uu discours adressé à Henri rr, en parle comme d'un fait positif, dont les conséquences firent prérenues par l'édit donné par Philippe it le 9 décembre 1609. (Méme^es de Sotlj, f. ^, p. 3i8, deoxîèffle série de eette Collection.)
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Mais il ne semble guère apparent que le Roy eust faict grand fondement sur des gens connus de tout le monde pour n'aller jamais à la guerre, et ne s'appliquer qu'à la marchandise ou au labourage; et je croirois plustost que s'il atendoit quelque secours de ces pays là, comme il est bien vraysemblable, puisqu'il faisoit porter grande quantité d'armes avec l'armée qu'il y envoyoit , que ce pouvoit estre de ceux de Navarre; car je trouvay, passant à Pampelune quand j'alois en Espagne en l'année lôia, qu'il y estoit encore tellement regretté de plusieurs des principaux de la noblesse et du peuple, qu'ils ne s'en pouvoicnt consoler, et ne faisoient nulle difficulté de dire que sa mort leur avoit osté toute espérance de liberté, et de sortir jamais de la tyrannie des Castillans.
Quand au roy de la Grande Bretagne (0, dont jusques à ceste heure je n'ay point parlé, et lequel ayant conservé quelque partie de la réputation où la reine Elisabeth avoit mis elle et son royaume, estoit en grande consi* dération dans le monde, il traitoit de renouveler toutes les anciennes alliances que ses royaumes, et principalement TEcosse, a voient avec la France; de faire une ligue défensive, et de fournir quatre mille hommes de pied entretenus à ses despens tant que la guerre de Cleves dureroit. Mais ce qui estoit de plus considérable, et montroit davantage combien il estimoit le Roy, et la grande liaison qu'il vouloit avoir avec luy, c'est qu'il envoioit le prince de Galles Henry W, ccluy dont les Anglois avoient tant d'espérances, pour estre à l'armée
(i) Jïojr de la Grande Bretagne : Jacques i, roi d^Angleterre au mois d'avril x6o3, mourut eu x6a6. — (>) Le prince de Galles Henry: Ce prince mourut le i3 novembre i6ia, d'une fièvre épidémiqne.
DB fonterat-marsuil. [1609] 33
niprès de liiy, et y aprendre, ce disoit-il , le mestier des
A tant de bonnes dispositions il s'en ajoustoit une tutre qui venoit de la seule autorité du Roy, et qui uiroît esté fort considérable pour la France sy elle eust peu s'achever, qui estoit le mariage de M. le Dauphin aiTec l'héritière de Lorraine C^). Le Roy voyant les grands avantages que la maison d'Austriche avoit tirés ie dîrers mariages, et les maux arrivés à la France larce que ceux de Guienne et de Bourgougneavoicnt BSté négligés, pourveust de sy bonne heure à ce que oduy là ne luy peust pas eschaper, qu'il fust enfin conclu, nonobstant toutes les oppositions du roy d'£s* pagne et de toute la maison de Lorraine, qui y voyoit sa ruine entière. De sorte qu'au mesme temps que le Roy seroit party de Paris, un ambassadeur seroit allé à'Nancy pour signer le contrat de mariage : après quoy. M. et madame de Lorraine eussent amené la princesse à Chalons, pourestre nourrie auprès de la Reine en attendant que le mariage se peust consommer (^). Par le traité, le Roy devoit, entre autres choses, conserver l'ancienne chevalerie dans tous ses privilèges,
La suite des affaires m'ayant emporté quelque peu dans l'année 1610, j'ay creu qu'il falloit, devant que de m'y engager davantage, dire ^uçlqUe cho^^ dçkce qui se fist à Fontainebeleau sur la Jfin.de l'autiée 1609^ et particulièrement de ce grand edict contre les duels,
U) L'héritière de Lorraine : Nicole de Lorraîne , née Je 3 octohre 1608. — ^*) i^ mariage se peust consommer : Bassompierro avoit été chargé de négocier ce mariage arec le du'ede Lorraine. ÇVi^ezse^ Mémoires, t. 19, p. Scjf, deuxième série de cette Colleetf<m:)i.à morl ^ Henri iy rompit toutes ces mesures; et la princesse Nicole épousa ai 16a I Charles iii^ duc de Lorraine, son cAosin germain'.