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A M. DE CHATIGNY, SECRÉTAIRE DTÊTAT, LE aS MARS lôTi SUR L'ÉTAT PRÉSENT DE LA COUR D'ANGLETERRE.
[i63f4j •■^^ y ^ ^^is factions en Angleterre, des protestants, des puritains et des catholiques. Les premiers sont d^esprit modéré, dé Jfepinion du prince, et oot tout le crédit dans la cour et dans les conseils. Les puritains sont ennemis de Tautorité royale, factieux a mutins, puissants dans le parlement, où ils s'opposent tousjours aux demandes et aux propositions de leurroy.
De la contention de ces deux, qui sont presque (fégale puissance et ne songent qu'à se destruire, naislk soulagement et la tolérance des catholiques, qui, comme les plus foibles, sont peu considérés dans TEstat.
Les principaux protestants, et qui sont dans le ministère, sont le grand trésorier, rarclievesque de Ca> torbery, le comte d'Arondel, le comte de Carlisle, k viceroy d'Irlande , Cottinthon , et le secrétaire ihu^ Windibancke.
Tous ceux là sont apparemment d*accord entre eux, et despendants du trésorier, comme de leur chef; mai* chacun a néanmoins ses passions particulières lesqudles il fait valoir quand elles ne choquent po'uit leu. commun dessein.
Le trésorier veut la paix, et |>our sa foiblesse e*
BXTAT D& LA COUR d'aNGLETEBIIE. [i()34] 3!>()
pour sa conservalioD , ne subsistant principaicincnt auprès de son maistre que par son bon mesnage, et qu'il l'osle de nécessité d'assembler un parlement, lequel il sçait par expérience vouloir retrancher son autorité'. C'est pourquoy il demeurera tousjours neulu' entre la France et l'Espagne, sans se déclarer ny contre les uns ny contre les autres, quelque avantage qu'il y puisse trouver en Allemagne et ailleurs. Il est vray néanmoins qu'à la sollicitation de ceux du party d'Espagne, qui sont en grand nombre et qui l'apprcH'lient familièrement, il favorise quelquefois les Espagnols au préjudice des François; maïs on ne doit pas laisser de le conserver, ne pouvant avoh- de successeur qui ne soit pire que luy; joint qu'il respecte et révère extrêmement M. le cardinal, et dit luy estre particulièrement obligé des derniers tesmoi^nages qu'il a receus de son ailection. il luy reste tousjours un secret desplaisir de ce que M. de Cliâteauncuf luy a fait demander permission de recevoir le présent de France après la conclusion de la paix, sans qu'on luy ail envoyé ; mais on y pourroit remédier en le luy donnant.
L'3rcheve»iue de Cantorbery doit estre fort mesnage, d'autant que de luy despendent principalement les grâces ou les persécutions qu'on fait aux catbuliques , lestjucls jusques icy il a tousjours bien traités.
Quant aux comtes d'Arondel, Carliste, le viceioy d'Irlande, Cottintlion et Windibancke, l'inleiest les fait espagnols, tirant plusieurs notables avantages du commerce et des passeports que le comte d'Olivai-ês accorde facilement aux marchands qui négocient pour
11 seroit diflicile de changer le comte de Carliste, sy
36o [^6^4] »«TAT pheseut
ce n'est par 8a femme , laquelle peut estre gagnée par uresents* Par son moyen Ton pourroit aussy aYoir k viceroy dlrlande, lequel est désigné par la voix publique comme successeur du trésorier.
Mais pour le comte d'Arondel; Cottinthon et Wiodibancke, ils despendent tellement du trésorier , qu'ils ne peuvent estre maniés que par luy ; et ce serait tempi perdu que d*y chercher d*autre voye.-
Outre ceux là , le marquis d'Hamilton mérite d*citre considéré^ et pour sa qualité et pour son esprit, qoi le met en grande estime auprès de son maistre, et pour raffeotion qu'ils de sèi^vir la France. Son interest est le payement d'une pension de douze mille libres accordée & ses predecesseui^ pour le remboursement du duché de Châtelkftault.
Les puritains, qui se voient exclus de Tadminislralion des affaires par le trésorier, ont fait cabale auprès de la Reine pour le ruiner, par le moyen du comte de HoUand.
Les principaux de ce party sont les comtes d'E^ex, de Warwick, frère du comte de HoUand , et de Bedford; mais dans la cour, les comtes de Pembrock et de HoUand, Gorin, Germaiu, et plusieurs autres qoe Montegu y a joints.
Il est certain que la Reine, bien conseillée et bien conduite, auroit grand pouvoir sur Fesprit du Roy son mary; car, outre qu'il est passionnément amoureux d'elle, il a encore en admiration son esprit, et luy défère en la pluspart des choses où il est prévenu par elle : ce qui peut augmenter chaque jour à cause des maladies du trésorier, qui le tiennent eslongné de son maistre.
DE LÀ-COUR tl*ANGLET£RRE. [l634] ^^^
Le comte de HoDand, dont les affaires ne sont pas en trop bon estât , pourroit peut*estre se regagner par une pension; mais si on le juge à propos, il faut, auparavant que de la luy ofirir, luy donner confiance , et lof tesmoigner qu'on a de Tamitié pour luy. - ' Celle qu'il porte au chevalier de Jars (0, et l'espérance qu'il a en M. de Chasteauneuf, qu'il croit persécuté injustement y l'y pourront rendre difficile; niais il déspendra de l'adresse de l'ambassadeur du Roy de prendre bien son temps, et d'avancer ou reculer selon qu'il sera à propos, de peur de jetter cest esprit plus avafit dans la défiance.
Généralement la nation angloise a la nostl*e'eii haine, et luy porte envye, et au contraire respecte l'espagnole et la craint, joint qu'elle en tire beaucoup plus d'utilité que de nous : ceux qui gouvernent l'Es- Cat, à cause des pensions et.des présents qu'il ne leur est point honteux d'accepter, leur roy leur permettant; les marchands et la pluspart des grands qui prennent part au commerce, paix^eque celuy d'Espagne vaut mieux que celuy de France; et les pirates et geds de marine, parcequil leur est plus aisé de nous faire la guerre et de s'enrichir à nos despens qu'à ceux des Espagnols, qui ne trafiquent qu'aux Tndes.
Le peu de crédit que nous avons en Ajigleterre vient encore de ce que les protestants qui gouvernent appréhendent plus nos prospérités que celles des Espag^nols,
(*) j^u chevaiier de Jars : Françoû de Rocbechooart, cheralier de J(îrs ,. persécotë par le cardinal de Richelieu parce qu^il ëtoît de la cabale de la Reine , avoit passé en Angleterre le temps de sa disiçr&ce. Il jonit ensuite d'one grande fareur sona la régence d'Anne «i^ Autriche. ( yojre» les Mémoires de madame de MotteriUe. )
36a [i634] ESTiiT présent
à cause du voisinage y et que nous les regardons depuis
Calais jusques à Bayonne^ et les autres par le seul
Dunkerque.
Les puritains nous veulent mal de ce que nous avons fait la guerre à leurs confrères , et croient que nous les aurions destruits entièrement, sy nous en avions ea le loisir.
Et les catholiques, parceque nous assistons les Suédois et les Hollandois, et que nous ne leur faisons point de bien, ayant souffert que les séminaires establis à Dieppe et à Reims fussent transportés en Flandre, et ne recevant assistance que d'Espagne; joint que tous les ecclésiastiques aymant mieux les Espagnols que les François, ils leur persuadent que la religion n*est qu'en Espagne.
Le remède qu'on pourroit apporter à toutes ces contrariétés seroit de gagner le roy d'Angleterre par flatteries, et tesmoignages d'estime et d'amitié; car il en seroit assurément fort susceptible. Ceux du conseil et autres testes principales, par présents ^ en favorisant les marchands qui seront recommandés de leur part, d'autant qu'ils ont tous intérest au négoce ; et ne souffrant pas que les gens de justice, qui réduisent tout en chicane, soient arbitres de tous les diiTerends qui regardent le commerce, mais les faisant venir au conseil du Roy. Et les catholiques, en les protégeant dans l'Angleterre, et donnant assistance, à ceux qui se retirent en France, par des séminaires ou autres voyes. Le plus habile d'entre eux est Tobie Matheu, homme d'esprit et actif, qui parle facilement toutes sortes de langues, s'introduit dans les cabinets, s'ingère de toutes sortes d'affaires, et connoist l'esprit de ceux qui gou-