A M. LE CARDINAL MAZARIN
onSRIGNKUR,
Ayant ouy dire que le Roy a retranché quelquesuns des privilèges qui ont esté jusqu'icy attribuez aux princes qui ne sont point de son sang, j'ai pensé que je devois essayer de luy faire voir certaines remarques que j'ay faites autrefois sur leur subject, afin qu'il en peust sçavoir l'origine, et l'interest qu'il a rf'acLever ce qu'il a si bien commencé. Je vous les ai voulu adresser, tant parceque je me tiens assuré que, vcu les grandes obligations que vous luy avez, vous ne luy cacherez pas les choses qui luy doivent estre dites, comme d'autres ont fait, que parceque je suis certain que vous n'estes pas de ceux qui ne voudrez pas le faire par faute de grandeur de courage ou par manque d'esprit , sçachant que vous excellez en l'un et en l'autre. Mais comme je sçay aussy, par la voix de tout le monde, quelles sont les grandes lumières dont Dieu a sy libéralement pourveu Sa Majesté, j'advoue que je me suis laissé ilatter d'un extiesme plaisir quand j'ay pensé que s'il jeltoit un moment les yeux sur cet ouvrage, qui n'a autre but que sa grandeur, il pounoit ue luy cstie pas désagréable, et que les belles connoissances qu'il a acquises devant l'âge , et les expériences, el qui luy sont venues comme jiar une science infuse.
366 LETTHE A M. LE CA^piTAL MAZAKIH.
Iny feront voir combien il luy est impoitant de corriger tant d'abus qui se sont glissez sous le règne de princes qui estoient bien loin d'estre esclairez comme luy, et de luy ressembler. Je n*ignore pas que comme il y a longtemps que cela est estably, plusieurs croyent ^*il n'est pas à propos d'y rien changer^ et qu'il se faut contenter de vivre comme nos pères ont vescu : mais les choses mauvaises ne deviennent pas meilleures pour estre anciennes ^ et il n'est jamais trop tard de faire ce qui est bon. J'ay fait ces remarques les plus brèves que j'ay peu , afin que la peur de lasser le Roy par leur longueur ne vous empeschast pas de les monstrei*, ny luy de les lire, ne doubtant point que vous ny puiy siez faille de boBS commentaires, et y adjouster tout ce qui sera besoin; que sy je vois, par le succès, quelles ayent eu le bonheur de plaire à Sa Majesté , je luy pourray faire encore quelques autres ouvertures qui ne luy seront pas moins importantes, que je vous envoyeray comme celle cy, et seray ravy de luy faire voir par vostre moyen qu'il y a un de ses sujets qui, sans avoir l'honneur d'estre conneu de luy, ne laisse pas de veiller pour sa gloire, et qui tiendra ses peines bien recompensées sy Sa Majesté' les peust approuver, et en tirer quelque advantage. Ce m'en sera tousjours un fort grand, quoyque vous ne puissiez jamais sçavoir qui je suis, de vous avoir peu tesmoigner combien je vous honore, et jusques à quel point le bruit de vostre vertu me fait estre,
Vostre, etc. CO
(0 II est singulier que le marquis de Fontenay, en enyoTant cette lettre aa cardinal Mazario , ait cru devoir garder Panonjine.