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plus propres, bien qu'ils ne les demandassent pas, et leur envoyoit jusques chez eux, ne se souvenant pas moins des absents que des présents, ainsy qu*on le vbt fort souvent, mais principalement quand il fist M. de Vie gouverneur de Calais , M. d'Esdiguieres mareschal de France, et messieurs d'Ossat et de La Rochefou* cauld cardinaux , sans cstre à la cour , ny l'avoir demandé. Ce qui est jugé partout sy nécessaire pour bien gouverner, que le cai*dinal de La CuevaCO, me parlant de tous les désordres qui s'estoient introduits dans la cour d'Espagne despuis la mort de Philippe second, remarquoit, pour un des plus grands, que pour avoir des récompenses il falloit plustost estre auprès des roys ou de leurs favoris, à leur complaire et les flatter, qu'à sa charge à faire son devoir; et que ceux qui n'avoient point d'autre recommandation que leur mérite et leurs services estoient presque tousjours oubliés.
Le Roy disoit que la principale force d'un roy de France consistoit en la noblesse, ainsy qu'il l'avoit es« prouvé; car la plus grande partie ayant esté pour luy, il avoit enfin , par leur moyen , ramené dans leur devoir les grosses villes qui estoient presque toutes de la Ligue : de sorte qu'il devoit prendre un grand soin de s'en faire aimer, s'asseurant qu'avec cela il seroit invincible , et d'autant qu'elle se gagnoit mieux par le bon visage et les bonnes paroles que par l'argent, il ne falioit pas les espargner. C'est pourquoy pas un ne luy faisoit la révérence à qui il n'ostast le chapeau, et ne disi
{t) Le cardinal de La Cueva : Alphonse de La Caeva, évéque d*0- ▼îedoy de Malaga et de Paleslriue, fait cardinal en i6ai, mourut en ffiSS. Disgracié en Espagne, il se retira i Rome, où le marquis de Fontenaj l'aura sans doute connu.
DB FO^rTBNAT-MARBUIL. [1610] Jl
qudque chose de particulier de luy ou de ses prédécesseurs ^ ou ne donnast lieu à celuy qui les présentoit de le faire; de sorte qu'on n'en partoit jamais que satisfait. Mais surtout il prenoit soin en ces occasions-là de contenter ceux des provinces , et qui n'estoient pas pour revenir souvent à la cour, les traitant comme des esti*angers, et afin que se louant de luy quand ils seroient en leur pays, cela luy servist envers ceux qui n'y venoient point, apprenant sa grande bonté et son honnesteté. Que s'il avoit avis de quelque querelle, il ne la négligeoit pas, escrivant aussytost à ceux qui comman^ doient sur les lieux de l'accommoder, ou d'obliger les querelants d'aller devant les maréchaux de France, sans prendre jamais de party; mais quand ils estoient d'accord et qu'il les voyoit , il faisoit de bonnes réprimandes à ceux qui avoient tort , ne servant pas moins de père que de maistre.
A. tous ces soins, qui regardent le général de ses subjects, il en ajoutoit d'autres très grands pour les particuiiers qui avoient bien servy; mais pour en donner quelques exemples, voyant que M. de Yignoles, qui l'avoit tousjours suivy dans les armées, tant roy de Navarre que despuis, se trouvoit, après la paix , privé de tous les avantages que la guerre luy donnoit,il luy bailla, en attendant que quelque chose propre pour luy peust vaquer, quatre mille escus de pension, qui estoit eu ce temps là une somme fort considérable , et qui nionstroit bien Testime qu'il en faisoit; et luy ayda encore en son mariage avec madame de Montluc (0 , héritière de Montsalez.
(<) Miuiame de Hontliic : Marguerite de Balnguier, dame de Mootsalez , mariée eu premières noces à Bertrand d*£brard , seigaear de
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Que s'ils mouroieot devant que d'avoir récompense, il la donnoit à leurs héritiers, comme il se vist en ceux du grand prevost de Richelieu (0, qui laissa sa maison fort endettée et ses affaires en un mauvais estât, don» nant plusieurs bénéfices à son second fils, lequel les ayant quittés pour se faire chartreux, il les redonna au troisième, qui a esté depuis le cardinal de Ridielieu; et quant au fils aisné, il eust douze cents escus de pension dès qu'il fust en âge de venir à la cour« Et ainsy de plusieurs autres que j'obmets pour dire des choses moins communes, et qui monstrent davantage la bonté de son naturel , et les moyens par où il se fist tant aymer.
Madame de Montpensier (>) s'estant trouvée dans Paris quand il y entra, en eust dé grandes appréhensions^ n'en attendant que de fort mauvais traitements, à cause qu'elle s'estoit tousjours étrangement deschainée contre le roy Henry troisième et contre luy : mais comme il cherchoit à gagner les gens plustost qu'à les chastier C^), il alla chez elle dès qu'il peust estre desgagé de toutes ses affaires, et luy parla aussy bonnement et familièrement que sy elle eust tousjours esté pour luy; et luy ayant enfin demandé ta collation , parce qu'il n'avoit presque point mangé de tout le jour, comme elle s'avançoît
Saint - Sulpioe ; en deuxièmes noces, à Qiarles de Montlnc, tué «t 1596; et en troisièmes noces, à Bertrand, dit La Hire, marquis de Vignolcs.
(0 De Richelieu : François Du Plessis- Richelieu, grand prerôt de France en iSjS, capitaine des gardes de Henri it. Il mourut à Gonesse en iSpo. — '») Madame de Montpensier : Catherine de Lorraine, mariée en 1570 à Louis de Bourbon , duc de Montpensier. — (3) Les chastier: M. de Fontenay aroit d*abord écrit chastier; il y a sabstituéperdre. La première leçon a paru préférable.
DE FONT£?IAY-)IAH£CIL. [1610] jZ
pour faire Tessay devant qu'il y touchast, ainsy qu'il est accoiisturaë, il Ten empescha et ne le voulut jamais souffrir, quelque effort qu'elle en fist, disant quelle estoit d'un sang qui n'avoit jamais empoisonné personne, et sçavoit bien d'autres moyens pour se venger de ses ennemis. De quoy elle demeura si surprise, aussy bien que de toute sa manière d'agir, que, con* sidérant Tefifet que cela pourroit faire sur d'autres, elle l'escrivist à Theure mesme à M. du Maine (0 son frère , et à M, de Guyse (>) son neveu , et qu'ils s'accommodassent promptement avec luy, s'ils ne vouloient demeurer tout seuls; estant impossible, dans la conduite qu'il tenoit, que tout le monde ne les quittast, et ne se dcnnast à luy.
Estant un jour entré en sy grande colère contre M; de Sigongne, gouverneur de Dieppe, pour quelque intrigue de femmes , qu'il le contraignist de sortir de la coar, on demeura fort long-temps sans luy en oser parler, tant on craignoit d'estre mal receu; et n'y eust enfin aucun de ses amis qui le voulust faire, que M. de YilJars-Houdan , qui en prist le hasard un jour qu'il le vist de bonne humeur, l'excusant le mieux qu'il pust, et le suppUant, suivant sa bonté accoustumée, de luy vouloir pardonner : ce qu'il receut bien mieux qu'on n'avoit pensé, respondant qu'on ne pouvoit pas dire que Sigongne n'eust eu un grand tort d'en avoir usé envers luy comme il avoit fait, mais que cela n'empeschoit pas
(i) Mf, du Maint: Charles de Lorraine , duc de Mayenne, chef de la Ligue. On Fappeloit indifféremment doc dn Maine on de Mayenne. Koje* la note des Mémoires de Richelieu , t. lo, p. a38 ; et t. ai, bis^ p. 93 , deuxième série de cette Collection. — (>) M, de Guyse: Charles de Lorraine , duc de Guise , fils de Henri de Lorraine assassiné aux Eiati de Bloia en i588.
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qu'il ne fust bien aise qu'on luy en parlast , s'cstant estonné qu'on eust tant attendu ; voulant bien que ses serviteurs se rendissent ces offices les uns aux autres quand il en estoit besoin ; ne se faschant jamais contre ceux qu'il estimoit tels pour rompre tout-à-fait avec eux, mais afin que, reconnoissant leur faute et s^en corrigeant, ils fussent une autre fois plus sages. Ce que croyant qu'il feroit, il luy pou voit mander qu'il revinst.
M. de Saint-Chaumont estant entré dans le monde quasy au mesme temps que M. d'Halincourt, eust la lieutenance de roy de Lyonnois. Il se fioit sy fort au crédit qu'il avoit dans le pays, en estant un des principaux, et M. d'Halincourt estranger, que ne voulant pas se soumettre autant comme il devoit, ils eurent enfin une grande querelle , pour laquelle il fallut venir devant les marescliaux de France. Mais d'autant que M. de Saint-Chaumont faisoit grande difficulté de s'ao commoder, le Roy l'envoya quérir pour luy dire qu*il avoit tort, et qu'il devoit considérer que M. de Villeroy le servant comme il faisoit , et en des choses sy importantes, il ne pourroit pas, sy la querelle duroit davantage, abandonner son fils. C'est pourquoy il luy conseilloit, comme son amy, de s'accorder et de bien vivre avec luy, l'assurant qu'il luy feroît plaisir.
Une fille de fort bonne maison ayant souffert, par le commandement de sa mère, la recherche d'un homme de qualité, après que la chose eust duré long -temps, la mère changea, et ne le voulut plus; mais parce que l'homme sceust que la fille n'en estoit pas de mesme, il alla trouver le Roy pour luy dire son desplaisir, et le supplier de le secourir. Surquoy, d'autant que c'estoient
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des personnes qu'il estimoit, il voulut sçavoir les raisons de la mère; et ne luy semblant pas fort bonnes, il fait Tenir devant luy tous les plus proches parents de la fille, pour sçavoir leurs sentiments : lesquels ayant tous condamné la mère , et jugé le party fort sortable, il fist mettre la fille chez une de ses parentes , où elle fust mariée; dont la mère a eu despuis toute satisfac-' tîon. Elle est encore vivante, et en grande considération dans le monde.
Demandant un jour à M. de Vardes des nouvelles de sa maison de Vardes, où il sçavoit qu'il vouloit bastir, il luy dist qu'il n'y faisoit plus rien faire, parce qu'y ayant un petit fief tout contre qui luy estoit absolument nécessaire, madame de Nemours, qui l'a voit , ne luy vou-» loit point vendre, quoyquil luy en ofTrist beaucoup plus qu'il ne valoit. A quoy il ne i^spondist rien : mais estant , à quelque temps de là , allé chez elle, il luy en parla de sy bonne sorte qu'elle luy promist de le bailler pour ce qu'il seroit estimé, ainsy qu'elle fîst aussytost après.
Messieurs de La Force, de Parabel et autres, qu'il sçavoit avoir une grande passion d'achever les maisons qu'ils faisoient bastir en leurs pays, ne partoient point d'auprès de luy sans emporter quelque chose d'extraordinaire pour cela; et il donna souvent de l'argent à M. de Gesvres pour faire travailler à sa maison de Tresmes.
Mais ce qui semble de plus excellent et de plus rare, c'est qu'en le bien servant il ne falloit craindre ny les mauvais offices des envieux , ny l'inégalité ou la légèreté de son humeur, ny enfin d'estre obligé à une trop grande servitude; chacun pouvant demeurer à sa charge
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OU cliéâ soy, à faire ses affaires, autant qu'il vouloit et en avoit besoin, sans qu'il y parust quand il revenoit, n'oubliant pas les gens pour les perdre de veue , et les traitant ^ussy bien quand il les revoyoit, que s'ils eussent tousjours esté auprès de luy. Et enfin que le changement de condition ne changea rien dans son humeur, ceux qu'il aymoit devant que d'estre roy de France, comme messieurs deTurenue, de Rosny, de La Force, de Roquelaure, de Frontenac, de Loménie et autres, qui l'a voient scrvy dès sa jeunesse, estant demeurés auprès de luy en la mesme considération qu'auparavant , et en ayant tous receu beaucoup de biens et d'honneurs; et s'il n'en fust pas de mesme de M. Du Plessis - Mornay , ce fust par sa faute, et qu'il ayma mieux estre un des premiers parmy les huguenots, que de ne s'attacher qu'à luy.
Il vescust aussy fort bien avec tous les serviteurs du roi Henry troisième qui le voulurent suyvre après sa mort (car plusieurs le quittèrent), ne récompensant pas moins les services qu'ils luy avoient rendus que s'ils eussent esté faits à luy mesme, parce, disoit il, qu'ils avoient servy l'Kstat aussy bien que luy ; et qu'il le devoit ainsy afin que ceux h qui ou ne pouvoit rien donner sur-le-champ continuassent à bien faire, voyant par cest exemple que, quoy qu'il arivast, ils ne seroient point oubliés, n'y ayant que ceux qui se laissent gouverner qui fassent autrement; leurs favoris, qui ne son* gent qu'à leurs intérests, ne voulant que Ion compte que ce qui se fait pour eux ou de leur temps.
Traitant au reste tous ceux qui l'approchoient a¥6C tant de bonté et de douceur, qu'il ne paroissoit le maistre qu en ce qu'on ne perdoit jamais le respect avec
DE PONTEHAT-MAnBIIIL. [1610] 7Jf
luy, quelque bonne miuc et faveurs qu'il peust faire; sa seule vcue, en tenant tout le monde dans le devoir, estant seulement, comme font tous les sages princes, qu'on receust la familiarité, mais non pas qu'on la prist.
Que s'il eu usoit ainsy avec tous les gentilshommes, et avoit tant de bonté pour eux , et qu'il n'en fist pas tousjours de mesme pour ceux qu'on appelle communément princes esirangers, c'est vraysemblablement sans compter le souvenir des choses passées , et qu'ils avoient prétendu à la couronne, ou à la diviser, parce qu'en tout le reste il n'y avoit rien de pareil, croyant bien plus dans ses intérests ceux qui en tiroient toute leur grandeur, que ceux qui pensoieut ne la tenir que des ducs de Savoie, de Lorraine et d'autres, dont ils estoient descendus, et ne luy en avoir point d'obligation. Joint qu'il pouvoit aussy peut-estre luy desplaire de voir des gens qu'il ne faisoit pas, s'eslever par dessus ceux qu'il faisoit, et prendre des avantages dans son royaume qu'ils n'avoient en nulle autrepart; estant certain que le duc d'Aumale ne tint rang à Bruxelles que de grand d'Espagne, et que s'il eust eu des enfants qui y fussent demeurés, le seul aine l'auroit esté, et les autres non, ceste dignité ne se donnant point en Espagne pour des races tout entières, mais pour l'aine seul, les cadets demeurants dans le commun, et sans privilège particulier. Que don Pedre de Médicis , frère du grand duc de Toscane Ferdinand , lequel , s'il fust venu eu France , eust prétendu les mesmes choses que ceux de Lorraine et autres, n'eust aucune préférence à Madrid pardessus les grands d'Espagne, n'ayant point de place, en quelque lieu que ce fust, que parmy eux, non plus que François son frère aine n'en avoit eu',
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Dy le prince de Parme, Alexandre, quoyque fils d'une sœur bâtarde du roy Philippe second. Mais je dis plus: qu'il y en a présentement dans le royaume de Naples, qui sont sortis des ducs de Mantouc , qui ne tiennent point d'autre rang que celuy des titres qu'ils ont; les Espagnols estant trop fiers pour souffrir qu'on en usast autrement. S'ils alloient à Rome, il est bien certain que les Ursins ny les Colonnes ne leur céderoient point, non plus qu'en Angleterre ceux qui auroient des dignités plus grandes ou plus anciennes, lesquels marcheroient sans difïiculté devant eux. Or icy, comme si la Franco et les François cstoient quelque chose de moins que tous les autres pays et tous les autres hommes du monde, on souffre que, prenant toute leur grandeur de leur origine, ils mettent sous les pieds les plus grandes dignités et les plus grandes\naisons du royaume, et (ce qui est très important) qu'ils fassent tenir à leurs cadets, dont le nombre à la fin peust devenir infiny, le mesme rang qu'aux aisnés, et qu'ils prétendent les plus grandes charges , et le commandement mesme des armées, à l'exclusion de tous les autres, quoyque sans services ny expérience, mais en vertu de leur seule qualité, comme il a esté fait pour les princes du sang, qu'ils veulent en toutes façons copier et égaler, comme s'il pouvoit y avoir quelque comparaison entre des cadets de France et de Lorraine. Ce qui, n'estant pas moins honteux pour les roys que pour les particuliers, produit aussy fort souvent de très dangereux effects, tant en ce qu'il met des emplois fort importants entre les mains de personnes incapables, que parce que le nom de prince, avec tous les avantages qu'il apporte, et ce qu'ils sont descendus de souverains, leur donnant assez d'ambi-
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tioD et de yanité pour croire qu'ils le devroient eslre , en rend aussy plusieurs particuliers tellement persuadés, et qu'ils sont d'une autre espèce que le reste des hommes, que, ne faisant nulle difficulté de se soumettre à eux jusques à estre à leurs gages (je dis de gens de telle condition, qu'ils ne voudroient pour rien du monde servir des gentilshommes, de quelque qualité qulls fussent), ils ne mettent point aussy, par un aveuglement estrange, de différence de ce qu'ilis doivent aux roys et à eux, et les servent aussy librement contre les roys mesmes que sy c'estoit chose pareille : d'où ont procédé leurs sy fréquentes révoltes , et aida autant que toute autre chose à faire la Ligue. Henry septième, le plus sage de tous les roys que l'Angleterre a eus, voyant que les ducs avoient souvent abuse des grands privilèges que ceste dignité leur dounoit , les retrancha et les réduisit au point oîi ils sont aujourd'huy, comme en Espagne Ferdinand et Isabelle supprimèrent les grands-maistres des trois ordres de Castille, qui avoient tant de fois causé des guerres civiles.
Cela estant de la conséquence que j'ay dit, aussy bien pour les roys que pour la noblesse qu'il aymoit sy fort, ou ne pcust pas, ce semble, douter qu'il n'y voulust remédier, et les réduire au point des autres hommes, ou s'en défaire tout à fait : mais il en donna encore de grandes marques toutes les fois que l'occasion s'en présenta, comme contre autres dans la querelle, qu'eust M. deBalagny contre M. d'Aiguillon (0, n'ayant pas permis qu'on les accordast autrement qu'en la manière pratiquée ordinairement entre des gens de qua-
(>) If. d'MgiiiUon : Henri de Lorraine, fils atné du duc de Mayenne, ^t Cait dac d*AigniUon par leltret de Henri iv, du mois d*août 1599.
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lité, ny que M. de Balagny allast chez M. d^Aiguillon luy faire des compliments , comme M. de Mayenne son perc et tous ses parents vouloient, et disoient qu'il se devoit et estoit accoutumé; en ce qu'il rompist tous les mariages proposés pour le mesme M. d'Aiguillon, et pour messieurs de Guyse , qui estoient alors les seuls considérables de la maison de Lorraine, messieurs d'£U beuf n'estant que des enfants; et qu'il s'y attacha sy fort qu'il falloit que leur race finist en eux , ou s'ils se marioient,que ce fust avec tant de désavantage, comme on disoit de M. de Guyse avec madame de Verneuil, que se trouvant après sans biens et fort descheus de réputation , ils ne peussent pas soutenir leurs prétentions, et résister à tout ce qu'il voudroit. Et enBu qu'il laissa partir M. de Nemours pour aller en Piedmont,sy mal satisfait qu'il assuroit n'en vouloir jamais revenir, sans essayer de l'arcster, ainsy qu'il faisoit ordinaire^ ment de bien moindres que luy. Quelques uns pourront demander pourquoy le pouvant faire par tant d'autres manières, il prenoit celle là, qui estoit sy longue qu'il n'en a pas peu voir la fin : mais c'estoit aparemment à cause des traités qu'il avoit faits avec eux , et des paroles qu'il leur avoit données, pour finir la Ligue; à quoy il ne vouloit pas manquer.
Que sy parmy tout cela il ne tesmoignoit rien de pa* reil contre messieurs de Longucville et de Nevers, qui prenoient aussy la qualité de princes , et qu'il donna mesme à M. de Nevers, après qu'il eust fait mettre le comte d'Auvergne en prison , la charge de colonel de la cavalerie légère qu'il avoit, c'estoit premièrement et sans doute parce que , n'ayant jamais esté contre luy, ils méritoient bien d'estre distingués des autres; mais
vnpHubUblcnMftit t-ncore jtanx (|u*ayaiil les plus au- I iiwii I duchc*. cette de Longuenilk' niant de I^uU ioHnemc , et cdlr de N«vers de Fran^'oîs premier, il ne pi^voyoît nulle diflicullé i|uand il n'niiroil afTaire i{aa eux, à le» réduire bu point qu'il vondroit , para ipt «e trouvant après cela et sans conlt^lalion \v» preaâen de Ttslat, sy leurs cadi.>ts y penloient ([Uelque dioie, n'aysnt plus ce grand rang, leurs aines y gapMroîeot tant, personne ne leur disputant plus ricD, d pouvafit marcher immédialement après tes princet éa UB^t cfMnme fai^uîent leurs préd<^ccsseurs , qu'ils pas ài\ igiioy se plaindre, ri seroient très pour jouir de cost avantage, d'entn-r dans la tvgle qu'il estahtiroit, et qui seroit très jiislr.
Car i dire le vray, «I prendre les chose» dans leur origiae, personne n'avmt encore pris en l'rance le titre defnocc, ny prétendu aux privilèges qu'on Itiy a1tnhor. quand Claude de Lorraine, comte de Guyse, Tanita:mais ayant esté fait duc et pair par lo roy Fna^oa pnftnier, il se tint sy c«lcvé par cesie nouvelle dgBÎlé. qui n'avoit este jusqucs là donnée qu'à ceux qai avoient des provinces cnlicrea, ou h des princet iaong, qu'il voulust à l'heure me&nic précéder le duc de LoDÇueTilIcqui n'esloit pas pair, auquel il cédoit (ayant iiiMine eu la charge de premier ckHibellan durant que l'autre estoit grand rhumlx-li), et prendre le titre de prince comme en Allemapte, lùm que ceux de la maison royale ne s'appelnssent ce trmps là que les seigneurs Un sang. Mais cela ae lui réussit pas comme il avoit espéré, car le duc de i.M^ucville prétendît conserver la préséance dunt il rstoit on potsesûon, et peu de gens luy donnèrent ceste 5o. 6
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(juaiîté de prince , une tradition assés commune apprenant que quand on le nommoit ainsy devant le comte de Saint-Paul (0,.de la maison de Bourbon, et duquel il avoit espousé la sœur Antoinette de Bourbon, il s*en moquoit, disant : «Vous parlés allemand en françois;» pour faire entendre que s'il vouloit de la principauté, il la de voit aller chercher en Allemagne, et non en France, où il n'y en pouvoit avoir que pour les princes du sang. Joint que le roy François , qui estoit fort habile et en voyoit les conséquences, ne voulant nnUe nouveauté, fist que la chose en demeura là, n'y ayant que ses domestiques, ou quelque peu de ses amis par^ ticuliers, qui pour le flatter l'appelassent ainsy , jua^ quesà ce que François, duc de Guyse, et Charles, cardinal de Lorraine, ses enfants, relevèrent du temps de Henry second les prétentions de leur père; et en vertu du crédit qu'ils eurent auprès de luy, qui estoit bon , et ne voyoit pas sy loin que le roy François , fireni prendre à toute leur maison ce qu'on avoit refusé an duc Claude seul, sans que personne osast s'y opposer ny leur rien disputer, à cause de leur faveur, et qulk estoient en effet les plus grands personnages de leur siècle; à l'exception cependant du duc de Longueville, lequel, nonobstant toutes ces considérations, persista tousjours à se vouloir maintenir dans le rang qu'il avoit eu , et pour ne leur céder en rien se fist appeler princa comme eux, et en prist tous les avantages, comme firent aussy les ducs de Nemours, de Ne vers, et ceux d» Luxembourg, qui a voient les mesmès raisons de le faire que ceux de Lorraine. Ensuite de quoy le roy Heniy
(0 Lé comte de Saint • Paul: François de Bourbon , comte de SaiD^ Paul et de Chaumont, duc d'Estoulerille, mort en i545.
teoDod eslaiit mort, H les ^iicrm drs Inigucnoti et puis celln de la Ligue arrivas, ils «^'anjuin-nt pondrai lts confu'iions tant H'atilorit^ par le inov^n dr leors grand'i birm, tl «ju'ils esloienl goiivrnwiirs de* phnâpales provinces, i|ii'il leur fiisl fort nÎM- du »e mialf iiii dans les gmndenrs qn'ili sVsloient attlïbwcs . les roys n'aaant pas y touchfrr, H l« pariirulien MkBt trop foibles pour l'i-ntrepri.'ndre; rt qtiatid au nj BeatT-le-Graod, h caus<r, comme j'av dcsja dit, émtraàlé» qu*il arott fait avix t-ttx.
ES derniers temps, le cardinal Mazarin a fait prince» qui n'csloii'iit point de res maisons ce qui [louvoit cti quelque sorte n''|>arpr ir du Roy, faisant au moins rnir que reste qualité veooit puremiiil de loy, et non de l.i nniMance; ■■■ eomme la foK» des François pour les e,Mrangers otldlaqu'iU ne s'estiment rien en comparaison d'cnXf «l^wfluu consid^er leur intércst, nv ce qui se fait 4^Ê les autres pays , ils leur laissent prendre tous les i|D'ils TiMilent, on a tant crié contre ces nouns parler des atroîens , que je ne sçaj s'ils durer, ny »\ les roy* , n'eu estant point solltdtà.prasrront jamais a%ur/. fortement à la honte que te Ifor est d'avoir des gens dans leur estât qui préteniat oe tenir point d'eux la grandeur qu'ils y ont, pour la vouloir ooler. Je scuy bien qu'il s'en pourra trouver i|lé. jogcant phn des choses par l'habitnde que par la rûoo, croiront, parcequ'ils voyent celles là establies, ^'oo n'y doit point toucher, et que rien ne marquant Jbfutaipe la faiblesse d'un gouvernement que les chan- (nientA . il se faut contenter de vivre comme nos pores r peust respondre que les choses
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mauvaises se doivent tousjours changer, Tancienneté n'estant point un titre valable : autrement le feu Roy (0 auroit eu grand tort d'oster aux huguenots quelques uns des privilèges que le roy Henry-le-Grand leur avoit donnés par Tédit de Nantes ; et comme ce seroit une absurdité fort grande de le dire, puisqu'on voyoit clairement le mal^qu'ils causoient, aussy en seroit-ce une de vouloir maintenir ces princes nonobstant le préjudice que le Roy et toute la noblesse, en qui consiste la principale force de TEstat, en reçoivent. Il y en a aussy qui s'imaginent qu'il faut avoir des gens de ceste sorte pour opposer aux princes du sang, et leur tenir teste, ainsy que firent messieurs de Guyse duraut les règnes de François second et de Charles ix ; mais il faut considérer que ce ne fust qu'en vertu de l'autorité royale qu'ils avoient entre leurs mains , et que tout grand seigneur qui en sera de mesme, et aura le Roy pour luy, le pourra faire aussy bien qu'eux, ainsy que le monstra bien le mareschal de Fervaques à M. le comte, comme il sera dit cy après, et que sans le Roy personne ne doit le pouvoir faire : autrement ce seroit pour rentrer dans tous les désordres arrivés sous Henry troisième, et un remède pire que la maladie, les princes du sang n'ayant jamais tesmoigné vouloir usurper la couronne comme messieurs de Guyse ont faitC^).
(■) Le feu Rojr : Loaîs xni. — (*) Comme messieurs de Gnjrse tmtfttk* La reconnoîssaooe du titre de prince en la personne d'étranger* , oa la ' conceision*qui en est faite par nos rou à des Français, ne sont considérées parmi nous que comme d'honorables décorations. En principe, 3 n'y a de princes en France que ceux du sang royal. Les annales d« parlementr de Paris en offrent un exemple remarquable. On lit, dans une^harangue^/aite au |Roi en 1599 » par le premier président Achille de Harlay, qu'à Taudience de la chambre de Tédit, comme on plaidoit une c:iusc entre le duc de AJcrcœur et la dame de Riberac , ks
DE FOFfTBNAY-MARECIL. [1610] 85
Après avoir parlé de la manière dont ce grand Roy traitoit les bons, il ne faut pas, ce me semble, oublier de dire comme il en usoit envers les méchants, puisqu'on ne trouvera pas, je m'assure, moins de prudence et d'équité en l'un qu'il y en avoit en l'autre. Il tenoit donc pour également condamnable de tout pardonner, et de ne rien pardonner ; de sorte que pour les premières fautes, et celles qu'on voyoit s'estre faites par légèreté ou jeunesse, il estoit assés aisé d'en obtenir la grâce; mais pour les recheutes, ou celles qui monstroient une volonté enracinée au mal, il estoit presque impossible.
L'indulgence qu'il eust pour ceux de la Ligue, que ceux qui l'avoient tousjours servy souffroient sy impatiemment, les traitant tout comme eux; et Texeniple du raareschal de Biron, auquel il est certain , quoyque son crime fust horrible, qu'il eust volontiers pardonné, s'il eust seulement voulu confesser sa faute et la ré-
avocats des pai-ties ayant plusieurs fois donné le titre de prince au duc de Mercœnr, Tavocat général Servia dit que dans le parlement on ne reconnoîssoit pas d'autres princes que ceux qui avoient l'honneur d*appartenir aa Roi , et que l'on appelle princes Jti snng. Madame de Mër« cœur présente releva cette parole , en disant que son mari étoit reconnu partout pour prince. Le duc de Mercœur alla trouver M. Servin diez lui ; il se respecta assez peu pour donner à ce magistrat le démenti le plus grossier; il lut dit des injures , et mettant la main sur son épëe , il le menaça de le tuer. M. Servin lui répliqua avec indi* gnation ; et une scène violente auroit suivi , si des tiers ne-, les eussent séparés. Les gens du Koi rendirent plainte ; et une information ayant été &îte, il intervint un décretd'ajoumement personnel. Henri iv loua son parlement d'avoir informé ; il le blâma seulement d'avoir rendu té décret sans prendre son avis , disant qu'il avoit parlé en j*oi à M. de Mercœur; que si l*af&ire étoit jugée, il présideront lui-même la chambre des pairs ; maû qu'il défendoit de passer' outre. Le Roi ménageoit la maison de Lorraine à cause du mariage de sasceur et de ^luî de M. de Vendôme , qui étoient alors projetés. ( FoD-et l'Histoire généalogique du père Anselme , t 3, p. 791. )
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connoistre, comme il essaya plusieurs fois de Vy obliger, et qu'on a despuis voulu faire passer pour exemple d'oublier toutes sortes d'offenses et ne chastier jamais personne, c'estoit pour les premiers parce qu'ils ne s'estoient pas révoltés contre luy, mais contre le roy Henry troisième, qui n'eust pas dea leur pardonner.sy facilement; qu'ils avoient eu à son esgard le prétexte de la religion, qui estoit une grande excuse; et qu'ils n'estoient, pour la pluspart, rentrés dans son service que par des traités auxquels il ne vouloit pas roan* quer. £t pour le marescbal de Biron , c'estoit à cause des grands services qu'il en avoit receus , et de ceux qu'il luy pouvoit encore faire, n'ayant personote de pareil à luy pour commander les armées; tous les autres qui eurent, despuis la paix faite, intelligence avec Les Espagnols, ayant esté chastiés fort sévèrement.
Il prenoit un grand soin de gratifier les personnes principales, et de montrer l'estime qu'il en faisoit, pour obliger les autres à en faire de mesme. On l'a veu aller chez le cardinal de Joyeuse, le connestable de Montmorency, le premier président de Harlay, et autres gens considérables de toutes professions, dont il pouvoit avoir affaire, seulement pour les honorer de sa visite : ce qui ne s'est point pratiqué despuis, ^ dont on ne s'est pas mieux trouvé; car il gagnoit tellement par là tous les esprits, qu'il les portoit quand îX en estoit besoin à tout ce qu'il voukût, et leur fiûsoit faire de bon gré ce que dans ces temps-cy on ne pourroit obtenir que par la force. Quand il estoit avec eux, il leur parloit des choses de leur mestier, et le pouvoit bien faire, s'estant dès sa jeunesse estudié à sçavoir un peu de toutes; disant qu'il le falloit ainsy pour s'empescher
DB FORTBHAT-MAEBUII.. [1610] 87
d'otre trompé , et pouvoir forcer les gens à faire leur devoir.
JMaîs ceux avec qui il réussissoit le mieux, c'estoit les gens de guerre; car ayant passé la plus grande partie de sa vie parmj eux, faisant aussy souvent Toffiée de simple ci^itaine que celuy de général, il içavoit ce qu'il falloit dire aux petits comme aux grands ; et parce qu'il estoit de telle sorte avec les Espagnols, qu'il pouvoit tous les jours avoir subject de rompre avec eux', il ne prenoit pas seulement soin d'entretenir son esprit dans les pensées de ce qu'il devroit faii^ sy cela arrivoit, et d'en parler souvent, mais encore de tenir Bon corps en estât de pouvoir travailler quand il en leroit besoin , montant à cheval , allant à la chasse , et finsaot continuellement quelque exercice laborieux : à quoy il vouloit aussy obliger les autres, ne pouvant souffrir ceux qui aimoient trop leurs aises, les appelant efRmmés, et le leur reprochant en toutes occasions.
De sorte qu'il y a grande apparence qu'il n'auroit pas facilement permis qu'on allast autant en chaise ou en caroase comme on fait aujourd'huy, où on ne va plus Autrement; n'y ayant devant sa mort que les plus gMiids, ou les personnes fort âgées, qui osassent avoir ics carosses ; et encore montoîent ils souvent à cheval , et mesme par la ville, parce qu'il en usoit ainsy, et leur BA donnent l'exemple. Il est bien vray que le comte de Gaffsao , les marquis de Cœu vres et de Rambouillet , friestoieot jeunes, se dispensèrent de son temps de ceste Tfjl^y et eurent des carosses, celuy là sous prétexte de a aourdité , et les deux autres parce qu'ils avoient mal Hix yeux : mais il est certain qu'ils ne s'en servoient >uere^ que la nuict, et encore se cachoient'ils , et
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fuy oient sa rencontre , sçachantbien que cela luy estoit désagréable.
Comme il avoit l'esprit fort universel , il le rabaissoit quelquefois jusques aux plus petites choses, ne desdaignant pas d'en prendre soin , comme il se vist par le restablissement de la fabrique des tapisseries de haute lice à Paris, que la longueur des guerres avoit fait discontinuer, donnant des pensions h des gens qu'il fist venir de Flandre pour cela. Les manufactures de soye de Tours et de Lyon s'augmentèrent aussy beaucoup par ses soins; et il commençoit à y en avoir à Paris, où il fist faire des logements sous la grande galerie du Louvre pour tous ceux qui excelleroient en leur métier; prétendant par ces moyens empescher qu'on ne portait l'argent hors du royaume , et donner aux pauvres di* verses occasions de gagner leur vie.
Il prenoit aussy un plaisir singulier aux bastiments, et faisoit tousjours travailler pour luy et pour le public; la pluspart de ce qu'il y a de plus magnifique dans Paris , et qui a le plus contribué à son embellissement^ s'estant commencé ou achevé de son temps , comme le Pont-Neuf, la grande galerie du Louvre, une partie des Thuileries, la place Royale, la Maison de santé, l'isle du Palais, la rue Dauphine, et le Marais du Temple; et dans les maisons de campagne, le Chasteau- Neuf de Saint-Germain , la cour des cuisines , le parc et le canal de Fontainebeleau, et une grande partie de ce qu'il y a à Monceaux et à Yerneuil. A quoy il semble qu'on peust ajouster ce qui s'est fait à son exemple dans tout le royaume, qui s'est quasy tout renouvelé, et tellcnient embelly qu'il ne seroit pas reconnoissable à ceux des règnes passés.
DK rOXVKilAI-VAlIRtTIt. [itiioj 8g
Pour ce cjuî c»t du tJifhon, il «Tuii un ntrcnic! loin de te bien cnim«iiir av«c te* ulti^, nitranl du» lotis Iran ial«Fesls el les assistant dans tvure besoîas, tu la «aniere qui leur «sloit la plus aviintagrtMc; Fcstnoin lediftmnt d'entre le pape l'aid cinquit-ntc et les Vénitio». qu'il appabu nonobstant toutes Ir» iravenes des EifMÇDols, parce que ceste paix rsloit nécessaire à tous J0 deux, et aui HollaudoÎ!!, aiiKqiiels il fallorl la guerre pour « fortifier, leur Eslat estant encore trop petit pour subsister, s'il ne se fust point accru. Il leur donna <lc grands secours d'hommes et d'argent, non comme 1b ÀDglois, qui prirent des places en oMage, ipi'ils n'ont point rendues qu'après en avoir esté entièrement n^Kwnés, mais comme leur voulant donner, ainsy qw fist la reine Marie de Médicis pendant sa régence, i^dMQt bien que c'eslolt son intention; et leur aida ^ki cda à faire la trêve, quand ils creureut qu'elle Inr Mnit avantageuse, quoique ce fust en quelque wrle contre ses intérests. Et tcsmoin encore les grande fn^iaraliû qu'il faisoil quand il mourust , pour secutirir Ictedeur de Brandebourg et le duc de Neubourg, et pheiaii» autres choses de moindre consé([ucncc ; par où il ne se conserva pas seulenienl ses anciens amis, ■M en fiât encore de nouveaux, voyant la seureté qu'il ;nwl dans son amitié, et les avantages qu'on en pou- VM tirer.
Et quant au roy d'£spagne , ([ue la rivalité de grandeor leooit tousjours dans des intérests dilTéreiits, Uoiry IV luy cstoit devenu sy redoutable par le bon Ive qnll avoit mis dans ses affaires, la puissance de I rayaame et le grand nombre de ses amii^, qu'il i doo Pedpp de Tolède, en l'année 160H, pour
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luy demander sou amitié, et pour nœud le mariage de Madame 9 fille aisnée du Roy, avec le prioce d*^ pagne; et il s'estoit despuis résolu, ainsy que je Tay desja dit, de faire rendre madame la princesse, pour essayer de le contenter, et n avoir point de guerre avec luy, s'il eust esté seulement jusques n Châlons.
Or, comme tout cela prooëdoit du bon ordre qall a voit mis dans ses affaires, et des grands soins qu'on luy en voyoit prendre, aussy faut-il que tous les prinoes qui en useront autrement et les négligeront s'assurait qu'au lieu de la gloire où il estoit, ils courreront for* tune d'estre sans crédit et sans réputation, et de perdre peul-estre à la fin leurs Ëstats, comme plusieurs ont fait.
Je sçay bien que son sens naturel , qui estoit fiMrt grand, et sa longue expérience, aidoient beaucoup à cela; mais outre qu'il envient tousjours bientost à ceux qui pensent comme il faut à leurs affaires, ils peuvcot encore estre secourus, comme estoit ce grand Roy, qui ne résolvoit rien sans conseil, pourvu qu'ils le chmsissent bien, et ne donnent pas non plus que luy trop d'autorité à un seul ; qu'ils parlent, comme j'ay dit ailleurs, à diverses personnes pour estre bien infonnés, et pouvoir connoistre ce qui leur est le plus avaotih geux; qu'ils ne permettent jamais que Tîntérest des particuliers soit préféré à ceux du public , et ne par* donnent point à ceux qui entreprendroient de le fidre, ne s'estant pcnnt veu de temps où il ne se soit trouvé des gens propres pour servir dans la conduite des grandes aflfaires quand on les a voulu chercher, ny où ils u'ayent fait leur devmr quand ils ont cra ne pouvoir subsister que par là.
OB FONTBNAT-MARBUIL. [1610] Çl
Il avoît tant d'esprit et de jugement, qu'il prévoyoit MNiveot des choses fort eslongnées, et aucunes mesmes peu apparentes. J'en apporteray icy deux exemples l>ien considérables, et suffisants, à mon avis, pour le aire voir : la première fîist que les députés de La Rochelle Testant venu trouver pour des prétentions qui ne luy plaisoient pas (car les huguenots en avoient soumit de fort desraisonnables ) , après qu'il les eust refusés et renvoyés, il dist au mareschal de Brissac et uitres qui estoient présents , qu'ils ne luy faisoient ces lefloandes et n'abusoient en diverses occasions de sa bopté, que sur l'imagination que luy ayant donné retraite dans ses plus grandes nécessités , et les eon- Doissant tous aussy bien que ceux de Paris, il ne se résoudroit jamais à leur faire du mal : en quoy ils avoient mson; mais que c'estoit ce qui les perdroit, parceque s'y accoatumànt, ils en voudroient faire de mesme avec son flis, qui, n'ayant pas de pareils sentiments que luy, ne le soafinroit pas, et les ruîneroit.
La seconde est qu'estant allé à Metz pour en ester M. de Sobole , lieutenant de M. d'Espernon , qui par sa mauvaise conduite s'estoit également rendu désagréable à tout le monde (0, le duc Charles de Lorraine Tj vint trouver, et le prier instamment-d'aller à Nancy, dont la iM>uvelle fortification estoit desja fort avancée. Ce que n'ayant peu honnestement refuser, il arriva e^tre eux une belle contestation à qui montreroit le
(0 DésagréabUà tout h monde .- Ceci êe passa aa mois de mars i6o3, [ tToyt» la Chronologie septeonaire de Cayet; Paris » i6o5y folio 383. ) Sôraid» historien à gages du dac d*£peroon , écrit a^ec une telle pas^ non, que saÎTaot lai Sobole aToit manqué à sou devoir envers le dnc,^ enrecerant des lettres de lieutenant /yoiir/ei?oi de la ville de Metz, (^oy^ THisioire de la vie du duc d'Epemon ; Paris, i655 , in-fol. , p. 916. ).
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plus de confiance, le Roy y voulant aller sans le régiment de ses Gardes, et M. de Lorraine voulant qu'il l'y menast, et fust maistre de la place tout le temps qu'il y demeureroit; et il s'y opiniastra sy fort, ayant envoyé toute sa garnison à Saint-Nicolas, que le Roy fust contraint de céder : mais il n'y en mena que deux compagnies, qu'on mist aux portes de la ville, plus pour la forme qu'autrement. Or, M. de Lorraine ayant monistré au Roy ce qu'il a voit fait et ce qu'il vouloit faire, il le supplia, comme le plus grand capitaine du monde, de luy en dii^ son avis. Sur quoy, après diverses excuses, il luy respondit enfin qu'il ne se pouvoit certainement rien voir de plus beau; mais puisqu'il vouloit sçavoir ce qu'il en pensoit, il luy diroit franchement que s'il avoit esté en sa place, il ne l'auroit jamais fait, parce qu*au lieu d'assurer sa maison comme c'estoit sans doute son dessein , il en causeroit un jour la ruine, non pas à la vérité de son temps, estant trop sage pour cela, mais de quelqu'un de ses successeurs, qui se persuaderoit qu'avec une telle place il pouvoit se passer de l'alliance et de la protection des roys de France , et en chercheroit d'autres; en quoy il se tromperoit grandement, l'amitié et la bonne correspondance qu'ils entretiendroient avec eux estant leur meilleure forteresse; n'y ayant ny fortifications ny secours estrangers qui les peussent sauver toutes les fois qu'ils les voudroient perdre. Le mareschal de Rrissac me dit l'un et Tautre en Tannée 1621, lorsqu'il vint commander l'année devant Saint- Jean -d'Angely, où, pour beaucoup de raisons qu'on verra cy-après, il n'y avoit nulle apparence qu'ils deussent réussir comme ils ont fait. Mais parce qu'on pourra s'estonner que nonobstant
Ds raxnnAT-iiiknKiTii.. | t()io g%
CVS grandes qitalil^ qui If faisoiciit tant «iincr. Cl ^i l'aToicnt mis, srion Ir monde, au combli; de ta ^n, on l'ait veuD)uurir (l'une manicre hv inaltirumiK. et qui sonblc ntn* une sy grande in»rqiit; de \m eolrre de IMcu. j'ay cm devoir dire icy cv qui petut tnnemblabtemmt l'avoir attira, ufîn que ceux qni tiewlraDl aprÀ luy s'en puii»>nt ganltr, «t que l'imituidans ses vertus, iU ne lombciil pas dam ses vices, oiignaiit que Dieu ne les en cliastie coinnw luy ; estant bèinrteîa qu'il punist souvent, incsme dû» cesle vie, ■m qui, abusant trop des grâces qu'il leur fait , se baciil emporter à leurs pas&ious.
Le plus grand de tous les subjeds qu'il en donna fad ans doute cesie furieuse passion qu'il uvoil pour lafcounes, laquelle, ayant commence à l'obséder de* a jnmesse, continua lousjours desptiis de telle sorte, ^ Tàgc, oy son second mariage, quoyque la Keync 1m» »ï belle qu'elle mêritast d'estre préférée à toute ntre, Dv apportèrent aucun changement; faisant foelquefois pour cela des choses pstranges, comme ces ■atîiges faits et desfails, et eeste prétention sy injuste ie ftire revenir madame la princesse malgré M. le pner.
Le peu de soins qu'il prist d'empescher les duels, in^tm ^ oe qu'il fist l'édit dont j'ay par^é, en est encore m autre fort apparent; ciir il ne lessoufTroit pas seu- Inent, niais monstroit de lus approuver, penuetlant fi'cdi en parlast devant luy, et cslevant ou blasinant omquoD disoit avoir bien ou mal fait : ce qui donnoil •ne t^e émulai ion à ceux qui arrivoient nouvcUemi-nt ila conr, qu'au lieu de se battre seulement comme f» une espèce de nécessite, et pour des offenses qui
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se faisaient souvent par hazard, ils en cherchoient roocasioii pour gagner réputation auprès de luy, et se mettre dans son estime : ce qui causa la perte d^une infinité de gens.
A quoy on peust, ce semble, ajouter les maurais choix qu'il faisoit quelquefois pour remplir les bénë« fices à sa nomination, les donnant à des gens incapablés 9 de profession contraire, ou mcsme de religion; car il se Vist de son temps des huguenots avoir dei abbayes : ce qui ne donnoit pas seulement du scandale par le mauvais usage qu'ils en faisoient, mais pouvoîl aussy grandement préjudicier au public pour les cunt ou autres bénéfices de leur nomination, qu^ls pouvoient conférer à des personnes peu propres pour donner bonne édification, et bien instruire les peuples.
Je diray aussy quelques fautes qu'il fist tant à Tesgard du dehors que du dedans du royaume , les^ quelles monsCrent bien l'infirmité humaine, et qu'il n'y a personne qui ne soit subject à faillir. Elles furent de» lors fort condamnées, et tenues contre la bonne pdi* tique; et parceque ce fust en des choses importantes, et dont on a receu despuis beaucoup de mal, j'ay cren les devoir remarquer.
De celles du dehors, la première fust l'eschange da marquisat de Saluées : car encore qu'il y eust du profit pour luy, la Bresse avec les trois bailliages qu'on loy donna valant beaucoup plus que ce qu'il quittoit, et couvrant la ville de Lyon, néanmoins, puisque c'estoit le slibject de la guerre , qu'il s'agissoit principalement do sçavoir sy les François auroient quelque chose de là les monts ou non , et qu'ostant toute espérance anx Italien de pouvoir estre en leurs besoins secourus de la
DK raXTCXAT-MAHBUIIu [1610] gS
tn3ket,aim mnbloit aniemiirruutonlr des Espagnol* « Italie, (!t ktirtlanwrinovendcsVarmdrpmarsIrc», ■ a cm qu'il ae le dcvoit jatiiiti» rxire : les grands
luj estant plus oblige» de pcmtrr à teitr iffMlMioD , PC à ce qui Us rend pttu ou moins roniiî> dans le moode, qu'à un petit înirmt qu'il JHns dsos ont «iduiige , et par où nniimoins il ms
1 L»meoade est que le ooinle de Fuentès , goiivemair iilMiiB». faisant bastir le fort qui porte encore nujlBiIlniy ton nom a ta teste de la Valteline, pour le- ■ir Itt Grisons à qui elle est, et qui n'avoient |Kiînt éan d'autre alliance que cdie dv France , en quelque i^jactioa, et pouvoir aiissy plus facilement se saUir 4t(inHUge, qui est le plus commode de tous pour In CHBMDucation de l'Italie avec l'Allemaigiie, et envoyer ^atrmpes de l'un à l'autre tontes les foi» que tes Toys fEiça^ne en auroienl betoin , il ny eust personne qui ■ ^^ercetist austytoet de ce dessein, et du mal qtie feftfna principalement en pourraient recevoir : re fBiiUigea les Véûtiens de s'adresser au Rov, comme ■liraHé à cause de ses alliés, pour leur aider h l'em- '; Biais ils ne peurent convenir de la somme que y mettroît, le Roy voulant. comme plusintéresn payassent au moins la moitié, et eu\ n'en nner que le tiers. Ue sorte que pour cesif li ne devoit pas, ce semble, arresler un iy|(l»d priiMXca une cliose di- telle conséquence, le fMs'acfaeTaiaasenipescliement: ce dont tes Espagnols aat tiré despuis de grands avantages.
Iji troisième csl b trêve de Hollandi', à laqurtlc.it vcaoseotist pas seulement, mais &'en rendist le prin-
^ [16^^] MÉMOiBBS ,
•cipal entremclteur^ sur le grand désir qu'en avoient les HoUandois, ausquels il vouloit monstrer n'avoir autre interest que le leur; joint que les Espagnols ayant fait de grands progrès dans les années i6o5 et 1606, il craignist peut-estre que les Hollandois ne les peussent pas arrester à l'avenir, et que la fortune ne changeast. Ou bien il voyoit que par la trêve ils conservoient tout ce qu'ils avoient acquis, qui estoit fort considérable; qu'ils auroient loisir de bien afTermir leurs affaires^ et de former enfin un Estât assez puissant pour pouvoir tousjours, avec l'aide de la France, résister ^ux Espagnols et leur eslre redoutables, n'estant pas vraysemblable qu'ils peussent jamais s'accorder avec •eux, ny lui manquer après tant d'obligations. Mai» 9)eaucoup de gens ont pourtant creu qu'il devoit plus* tost regarder, je ne diray pas aux divisions intestines ausquelles les républiques, aussy bien que tous les autres Estats, semblent estre plus subjectes dans la paix que' dans la ^guerre , comme en effet ils ne furent pas long^' temps sans en avoir une fort dangereuse; mais que les Espagnols ne pouvant pas tousjours faire des efforts semblables à ceux des deux dernières années , ils auroient assurément esté contraints de prendre quelque rclasdie, pendant quoy assistant les Hollandois conformément au besoin, et leur donnant, au lieu des quatre ou cinq cent mille escus tous les ans qu'il avoit accoutumé, les huit ou neuf cent mille qu'ils demandoient, comme il le pouvoit faire, ils eussent peu réparer leurs pertes passées, et faire peut -estre de nouvelles conquestes : mais que quand cela n'auroit pas esté, et qu'ils seroient seidement demeurés sur la défensive, que c'auroit esté assez pour luy, puisqu'il est hors
OB FOHTEHAY-MAaBUlL. [1610] ^J
àe doute qu'à la longue les Espagnols se seraient tellement espuîsés par les continuelles despenses ausc{uciles ils auroient esté obligés, que ne se trouvant pas en estât de luy pouvoir résister quand il les auroit voulu attaquer, il les eust enfin peu chasser de la Flandre par le moyen desHollandois, parce qu'ils en eussent tousjours fait la principale despense, comme ces mesmes Espagnols avoient autrefois chasse ses prédécesseurs de l'Estat de Milan par le moyen et le secours des Italiens. Pour les fautes du dedans , une des principales fust de ne prendre pas Sedan, comme il pou voit faire sans dîfiBcuIté quand il y alla en l'année 1606; mais il se laissa gagner par les ennemis de M. de Sully, lesquels craignant sa trop grande élévation sy ce voyage, qu'il avoit opîniaslrément conseillé, succédoit bien, et sy M. de Bouillon, qu'on pouvoit quasy seul luy opposer, perdoit tout crédit, comme il seroit infailliblement arnvé sy l'on en fust venu aux extrémités, et que la place luy eust esté ostée, prirent le temps qu'il estoit allé à Cbâlons haster l'artillerie, pour faire un traité où le Roy ne trouva autre avantage que d'y entrer, de mettre un gouverneur avec une compagnie de cinquante hommes pour quelque teiups dans le chasteau , et le mener comme en une espèce de triomphe lorsqu'il Est son entrée à Paris ; tout ce qu'il y avoit laissé en ayant esté bientost retiré, M. de Bouillon en demeurant le maistre, et avec autant de pouvoir d'en abuser comme auparavant. Je n'ay veu personne qui ait pénétré comment cela se pcust faire, car il n'estoit pas aisé de surprendre un homme aussy avisé que luy, et les cabales de la cour n'avoieut guère de pouvoir de son temps. On ne croit pas que ce fust de peur d'es^