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I08 [1610] MEMOIRES

qu'il ne pust jamais l'appaiser, mesme après luy avoir fait donner une charge de premier gentilhomme de la chambre, tous les raccommodements <}u'il y eust des* puis entre eux n'y ayant servy de rien.

Or ceste charge de premier gentilhomme delà chambre fust donnée à M. de Caudale, en récompense de celle que M. d'Espernon avoit eue du temps de Henry troisième, et que le roy Hcury-le-Grand luy osta, quaud à son avènement à la couronne il se retira à Ângoulesine, pour la donner à M. de Bouillon , lors nommé le vicomte de Turenne, qui estoit le sien; dont M. d'Espernon s'estant souvent plaint, le Roy luy en promist enfin une pour M. de Candale chez M. le Dauphin, et luy en fist expédier un brevet, en vertu duquel il le fust en l'année 16.. , comme M. de Souvré, qui l'esloit aussy de M. le Dauphin , l'avoit esté dès la mort du Roy; et ce fust alors seulement qu'il commença à y en avoir quatre.

M. le prince estant encore à Milan quand le courrier que la Reine luy despcscha, pour l'avertir de la mort du Roy et le convier de revenir, y arriva , il en partist aussytost pour aller en Flandre faire ses remerciements, 11 trouva M. de Baraux a Bruxelles, que la Reine envoyoit au devant de luy pour presser son retour : de sorte qu'après avoir veu l'archiduc et l'Infante, et estre demeuré deux ou trois jours chez le prince d'Orange pour se reposer, il prit le chemin de France. Il ne voulust point voir a ce retour madame la princesse; mais la comtesse d'Auvergne sa sœur l'estant allé quérir de la part de M. le connestable, elle ne laissa pas de le suivre; et l'accomnïod'.Mnpnt se fist, ce me semble, par ks chemins.

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Madame Ia*princesse sa mère, M. de Bouillon, et une infinité de gens qui faisoient estât de s'attacher à sa fortune, l'attendirent à Peronne, et il fust reccu à Paris selon que le temps et sa qualité le vouloient; car non seulement toute la cour fust au devant de luy bien loin hors de la ville, mais toutes les fenestrescstoient pleines de gens pour le voir passer : ce qui luy devoit estre d autant plus doux qu'il n'y avoit pas neuf ou dix mois qu'il s eu estoit allé, abandonné de tout le monde et sans espérance d'y revenir, ou fort honteusement. Madame la princesse y arriva aussy le mesme jour; et descen^ dant comme luy chez la Reine , où estoit le Roy, fust trouvée encore plus belle que quand elle estoit partie.

Toute la cour estant lors assemblée, et le temps venu auquel il falloit donner forme à toutes choses, la Reine commença par régler ses heures, et séparer les affaires des divertissements , afin de ne rien confondre. Elle pfnldonc, à l'exemple du feu Roy, le matin pour les affaires, ordonnant que messieurs le chancelier, de SuJfj, de Villeroy et président Jeannin , avec les quatre secrétaires d'Estat, vicndroient tous les jours à onze heures luy rendre compte de ce qui se passoit , en présence des trois princes du sang : ce qui se faisoit au commencement dans un grand^ cabinet , et puis dans celuy qui est à costé de l'antichambre du Roy, où elle se tenoit dans une chaise appuyée contre la muraille, les .princes du sang à ses costés et debout , et ceux du conseil devant elle. Toutes les personnes de condition pouvoient y entrer; et mesme on faisoit souvent approcher ceux qui avoient interest en ce qui sc,disoit, afin que les dioses fusf^ent mieux et plus proniplenicnt exécutées.

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U se tcnoit bien aiissy quchfuefois un autro conseil les aprcs-clrsiiéos pour lc*s grandes et importantes malieros, ii*sqiU'llos n'(*sîanl pas pressécîs, ou vouloir faire passer par Tavis de pliisietii*s pci^onnes, pour lis autoriser davanlage; mais, à dire le vray, reluy là <»sloit plus pour la forme, et pour eontenter ceux qui en esloient, asçavoir tons les princes, ducs et ofïiciers de lu couh>iine,c[ue pour besoin qu'on en eust, ne s'y proposant jamais rien dont les ministres ne fussent auparavant convenus avec la Reine, dans les audiences particulières qu'elle leur donnoit très souvent; de sorte qu y allant préparés, et les autres non, personne ne pouvoit quasy leur contredire, et ils y faisoient tout ce qu'ib vouloient. Quelquefois, à la vérilé, M. le pnnce groudoit un peu; mais ce n'estoit que pour se faire mieux acbeter, s\ippaisant aussytost qu'on luy avoit donné quelque argent, car il fust long- temps qu'il ne pensoit qu'à en avoir.

Pour ce qui est des particuliers, la Reine ctonnoit audience à tous ceux qui la vouloient, le matin un peu devant que de tenir conseil, sans qu'il y eust aucune dinicullé à l'approcher, c'est-à-dire pour ceux qui estoient coimr.s; car pour les autres, les ministres les entcndoient et en rendoient compte; et c'esloit le incilletir temps de luy parler, parceque les ministi*es y estant, les choses se i*ésol voient plus promptement. Mais clic donnoit encore audience despuis son disner jusques sur tés trois heures; après «pioy elle s'enfermoit pour un peu de tenips, et puis reniroit dans son grand cabinet pour y passer le irste de l'api-èi-disnée.

U s*y trouvoit tousjours beaucoup de monde, tàtn les hommes de qualité et en quelque considéi^ortio^i y

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cntriànt , et les fbmracs H^àises (Oet non assfscsy allant c^aleincnt, iricîsmb les ir.airo^clialis cKî France; les labonrcls., i\m n\*sloionl pas alors sy comnuniS(|u*ils yont aujourdMiny, n'rstant dôncéi i\ui\ des personnes à (|ni elles ceclcirnt volontiers, ne 1rs en enipeseliant pas. Mais despuii (|u^on avoit donné le bon soir, qui cstoil ordinairement sur les sept ou huil heures, il se lenoît une aîilrc cour plus parlieuliere, el où il ne se trouvoit tpic des poi^onnes princijialrs et agréables : connne pour Ibs fcinines la princesse de Conty (') et madame de Gnysc sa îiicTO, qui sni voient tousjours la Reine dès le temps du feu Uoy; la marcscbalede La Cbastrecpiand elle estoil à la conr, madame de Ragny, et (|uel((nes autres. El |)Our les hommes, messieurs de Guyse, de Joinvrlle, l'àrchevcsquc de Reims el Icî chevalier de Guyse, M. le grand, messieurs de Créquy, de Graminoiit, de I^ Boclieroucaut , ae Bassompîérrc, de Saint-Luc, de Ternies, général dés galères , de Schomberg, (\v. ïlamboitillel, le colonel d'Ornane, de Hichelieu (3), frère aîné du cardinal de Richelieu, tous fort considérables pour Tesprit et la condition, et qui durant la vie du Roy avoîent accoutumé d'y aller : et cela (luroit jus([ues sur les dix heures, après quoy elle se retiroit pour un peu de temps dans son pelît cabinet, et puis alloit souj:er. Après (pie la Reine a voit soupe, tous res princijKiux ofTîcHTS, qui s'y trou voient ordinairement, se

(0 t^t femmes assises : Les ducliessos qui nvnient droit an taboïirtfr. < — (>) A/i piinvess^ de Coittj : Louise Murciirri'c de Lorrninc-Giiwc, in.incc ail piitice df Oiiiti en inoS.Oii lui nilrihiw frs yt'mmrs i/t, gmtid Jlcand ré, \m\yrimcs n la iûiic cic la plii^ari des 'rditî'ons Jtu Journal du Hcuri iif. — (^) De Bre/u l eu : lietin Du Plesbis, sefguénr de Itichélieoy fui tué eu duel par le marquis de Thémiucs en iCiig. Il n'a paf IttMé de potlérité.

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retiroient ; et la signore Conchine, qui ne la voyoit guère qu'à sou lever, quand elle s'enfermoit raprès-disnée, et à cestc heure-là, arrivoit, et demeuroit assés souvent une et deux heures avec elle , sans luy parler d'afTaires d'Estat; car tant que la régence dura, ny son mary ny elle ne sVn meslercnt presque point, mais seulement de leurs înterests et de ceux de leurs amis, et encore avec tant de modération qu'ils ne demandoient pas toutes choses , et quasy jamais sans quelque prétexte. Quand au signor Conchine, il ne parloit k la Reine ny mesme ne la voyoit qu'aux heures publiques, et qui estoient aussy pour tous les autres de sa maison.

Pendant que ces choses se faisoient eu France, le roy d'Espagne ne s'endormoit pas; car se persuadant que, deslivré d'un tel compétiteur que le Roy, il pourroit aisément regagner partout l'autorité qu'il avoit eue, il y travailla dès qu'il fust averty de sa mort: mais comme il avoit l'esprit modéré, et que le duc de Lerme, qui le gouvernoit, estoit de mesme, il prist aussy les voies les plus douces, et sans bruit.

TjC Pape, le grand duc et le duc de Mantoue en Italie, le duc de Bavière et l'électeur de Coutongnc en Allemagne, furent ravis de se raccommoder avec luy, et d'en estre quittes à sy bon marché; ceux-là prenant pour prétexte qu'ils estoient foibles et eslongnés, et ceux-cy que n'ayant plus le Roy, en qui ils avoient toute confiance pour la religion, ils craignoient de luy préjudicier, et que le^ protestants n'en tirassent trop d'avantage s'ils tenoient une autre conduite, et demeuroieut séparés de l'Empereur et du roy d'Espagne. I^s Vénitiens et le duc de Savoye voulurent seulement estre neutres, comme aussy le roy de la

U> fuKTBNkT-MlIll.l'IL. ri6lt>j m3

à l'exoeptiou louti^rois de l'affaire de Juliers, dans laquelle il m porta (oiisjours romn»llaioit procnU.

Mus pour le» pfOtoUnta et les Hollamlois, qui n'aimal j«tosu eu de part ny d'inldligencc avec les Va- |igBoU, Us demeurèrent cftmmo auparavant; et conliboant dons leur» premiers deueius pour la tsuccMsion ^devos, convièrent la Keine d'en Tain; de mnine, «firant de fournir de tr^ grands secoiin pour assiéger JMicn.poarveu qu'elle y contribuai aussy de son cotté cl|inmpU:nwnt,depcurquelesenDoniisavantdu terap* piar se fortifier, la ^ÛMin qui s'avan^il ne rmdist ffMtteprise plus diflicilc. Or ceslc affaire i^tant de très pud poids, la Reine ne s'en voulust pas charger toute «rie, et U remiftt à un de ses i-on$«-ils d'aprùcdisnér ^ Ï'bj dit, et y fiât appeler tous les grand* du royaume fOV avoir teurs avis, leKpiels furent fort différents; CMWian& jugecHent le itmps mal propre pour pntreprm^nof- chose de telle cousétpience, 'jui chwguoil, «r <faMeat-ils, toute la tnMMn d'Atistridie, pouvoît jii'ai I l'esprit du Pape et de plusieurs ir^tliotiques non encore bien désabusés des Espagnols sur la religiou , et nous jeter dans une guerre cs- , sans estrv assurés de n'en avoir point de cidoL Hais les autres, donnant un cxtmeil pitis raisonmUe et plus glorieux , soutcooient qu'il n'y ntiroil Mcott péril du cosié du roy d'Espngne ny de l'Iinipenw. Ittir foibJesse estant »y visible qu'ils n'avoient cnowepeu n>ettre une arint-e sm* pied; qu'il n'estoil pas ^MStioD de religion, maïs d'une succession qu on voulait osier aux légitimes liérilîei-s pour se l'approprier : k4(w>T le Hape ny les catholiques François ne pouvoîciit

I Penclai

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pas prendre plus d'interest que ceux d'ÂUemEigne, que tout le monde sçavoit ne vouloir point que la maison d'AustricIie prist un tel accroissement; que tant que l'on seroit uny avec les Allemands, les Anglois et les Hollandois, comme il arriveroit infailliblement, ayant tant d'intei-est en ce que l'on feroit , les huguenots ne seroient point à craindre, de peur d'offenser ceux de qui ils cspéroient leur principale protection , et de tes avoir contraires : de sorte qu'on ne voyoit rien d'aUleurs qui peust troubler le repos, oy causer des guerres civiles; que tous les grands Estats n'estant pas moios considérés par la réputation que par leurs forces, rien n'en pouvoit tant donner que de continuer les desseins du feu Koy, monstrerque sa mort avolt sy peu abaissé le cœur, qu'on estoit aussy prest que jamais de soutenir les alliés; et qu'au reste cela se feroit sans aucune incommodité, puisque l'armée estoit dcsja sur pied, et la plus grande partie de la despence faite : lesquelles raisons ayant prévalu, il fust conclu qu'on y envoîroit les dis mille hommes de pied et deux mille chevaux que les alliés demandoient.

Le commandement de cesle armée fust donné au mareschal de La Qiastre; et pour lever tout ombrage aux huguenots d'estre moins favorisés que par ie passé, et faire voir qu'on ne mcttoit point de différence entre les callioliques et eux, l'on donna à M. de Rohan, qui voulust faire en cesle armée sa charge de colonel général des Suisses, un pouvoir pour la commander, au défaut du mareschal de La tJiastre. M. de Praslin y fust seul mareschal de camp; et il n'y alla de mestr«s de camp que messieurs de Balagny et de Vaubécourt.

Pendant loutes ces choses, ceux qui n'aimoieiit

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point M. de Sully n oublioient pas de travailler à sa FQÎne, et il ne se trouva guère de gens qui prissent son party; ceux qui ont du crédit faisant ordinairement bien plus dWnemis que d'amis, et chacun espérant aussy que personne ne pourroit entrer en sa place aussy resserré que luy. Mais en particulier M. le comte et M. de Bouillon luyestoient tout-à-fait contraires : celuy-cy, pour une vieille jalousie née dès qu'il entra dans les finances, ne pouvant souffrir qu'un autre eust plus de crédit que luy auprès du Roy, et principalement de sa religion , pour le voyage de Sedan dont il avoit esté le principal auteur, et que sans son absence M. de Villeroy ny ses autres amis n'eussent peut-estre pas peu le sauver; et enfin parceque voulant estre le premier et le plus considéré parmy les huguenots, il pourroit trop aider M. de Rohan, son gendre, à luy en ^puter la place, s'il demeuroit dans les finances.

Quant à M. le comte, sa haine venoit, outre les interests d'argent sur lesquels il luy avoit souvent esté contraire et n'avoit point apréhendé de le choquer, parcequ'il l'accusoit d'avoir contribué à empescher son mariage avec Madame, sœur du Roy, despuis duchesse de Bar, et pour une dispute arrivée entre leurs gens à Chasteileraud pour un logement, ceux de M. le comte ayant voulu prendre en vertu de sa qualité celuy de tout temps destiné pour le gouverneur de la province, Chasteileraud estant du gouvernement de Poitou, qu'a- Yoit M. de Sully ; et bien que cela se fust passé à son contentement, M. de Sully ayant cédé; et qu'il se fust marie à une femme qu'il aimoit fort et dont il avoit desja des enfants, la mémoire de tous ces desplaisirs luy estoit néanmoins sy présente, qu'il s'en voulust venger

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aussy tost qu'il en eu$t le moyen , et n'eust point de re- {KM qa'il ne leust fait oster : sans quoy M. de Sully seroit sans doute demeure comme tous les autres dont le Roy s'estoit servy. Car bien que la Reine ne fust pas contente de ce que dans la vie du Roy, qui ne faisoit gueres d'affaires sur lesquelles il ne luy donnast tousjours quelque chose, il y formoit souvent tant de difficultés qu'il rendoit ses libéralités infructueuses ou fort petites, elle avoit néanmoins tant d'envFe de ne rien changer pour maintenir son gouvernement en plus de réputation , que s'il n'eust eu ces deux ennemis dont elle ne le peust défendre , tout le reste n'y auroît rien gagné, et il y seit)it mesme demeuré avec l'agrémeot des autres ministres, qui sça voient que ses intentions ostoient droites, qu'il considéroit àussy peu les huguenots que les Espagnols quand il y alloit du service du Roy, et que s'il les eust incommodés en quelque chose , à cauie qu'il estoit fort rigide et entier en ses opinions, il les auroit aussy fort soulagés à tenir teste aux grands, et à se charger de leurs haines : à quoy il estoit acooutnmé, qui est une qualité bien nécessaire dans la duffgc qu'il avoit, et mesme dans un ministre.

Ces raisons firent retarder sa cheute, car elle n'arriva que4'année d'après; mais despuis qu'il s'en fuit allé, la Reine disoit pour se justiGer que le Roy, un peu devant sa mort, n'estant pas satisfait de sa conduite, avoit souffert qu'on luy donnast des mémoires contre iuy, et qu'il les luy avoit monstres, disant : « Vous sece .riez bien estonnée si c'estoit là la mort de M. de « Sully, que vous haïsses sy fort! » Mats cela est<Ht si peu apparent, qu'on l'a tousjours pris pour une excuse de ce qu'elle avoit fait.

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Peu de temps après le retour de M. le prince, M. de. Bouillon, qui avoit tousjours aimé le trouble et ne pouYoit vivre hors de là, jeta les fondements d'une ca* balle qui , croissant avec le temps , ne produisit pas seulement des effets fort préjudiciables au Roy et au royaume, mais à M. le prince mesme, en faveur de qui elle se faisôit. Elle estoit composée de tous les mécontents de la cour^ et de ceux qui n'aimoient pas messieurs de Guyse, qui y avoient lors grand crédit. M. de Bouillon, ^XHnme expert en telles matières, ayant esté dès sa plus grande jeunesse de toutes celles de M. d'Alançon et de toutes les autres qu'il y avoit eu despuis , excepté la Ligue, en estoit le principal directeur. Or ils ne monstroient dans ce commencement que de se vouloir rendre plus considérés dans la cour pour y faire mieux leurs affaires et en tirer de l'argent, dont ils avoient tous grand besoin, et M. le prince particulièrement, son père et son grand-pere ayant presque tout consommé leur bien dans les guerres des huguenots. Il y a bien de l'apparence qu'il n'avoit alors que ceste veue la; mais pour M. de Bouillon, beaucoup de gens ont p^isé qu'il cachoit sous ceste couverture quelque chose de plus important , comme entre autres qu'ayant de tout temps prétendu à estre chef des huguenots, et s'inMàg^fifliit que, par la mort du Roy, la porte luy en estoit ouverte, et qu'il ne luy pouvoit manquer, il cherchoit à mettre les affaires en tel estât qu'ils y peussent aisément trouver leurs avantages : ce qui ne se pouvoit mieux faire qu'en divisant la cour, afin qu'y ayant deux partis , un leur peust estre toujours favorable ; joint que là Reine se trouvant après cela engagée , pour contenter lés uns et les autres , dans beaucoup de nouvelles despi

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auxquelles les revenus ordinaires ne pourroient pas suffire, elle seroit nécessaii^ment obligée, pour y satisfaire, de prendre l'argent qui estoit dans la Bastille, et de recourir aux moyens extraordinaires, qui, rencontrant souvent des diflicultez et causant du trouble, leur feroient enfin obtenir, ou par la guerre ou de peur qu'ils ne la fissent, toutes les choses qui leur maiiquoient , et qu'on leur avoit jusques là refusées.

M. le comte, qui n'aimoit pas M. le prince et craignoit l'esprit de M. de Bouillon, eust bien voulu du commencement faire bande à part : mais ne pouvant s'accommoder avec la Reine , à qui il en vouloit particulièrement pour rabaisser son autorité, et ayant esté menacé que s'il continuoit , M. le prince se joindroit à elle et qu'il demeureroit tout seul, il jugea bien que leur union le mettroit en sy mauvais estât qu'il n*y trouveroit pas son compte. C'est pourquoy il acquiesça, et fist tout ce qu'ils vouloient.

Cependant comme la plus grande partie des grands demeurèrent dans le devoir, et que les peuples, lassés des malheurs dont ils ne faisoient, ce leur sembloit, que de sortir, y demeurèrent aussy, aimant mieux toute autre chose que d'y retomber. La Reine ny les ministres ne s'en estonnerent pas beaucoup, et continuèrent à marcher leur train. Et d'autant que M. de Guyse, qui, suivant l'exemple de son grand-pere plustost que de son pereCO, se déclara d'abord du party du Roy, et de ne s'en vouloir séparer pour quoy que ce fiist, M. le prince

(i) Suivant i' exemple de son grand'pere plustosi que de son père : H •lÛToit l'exemple de François de Lorraine, son aîeol, asaaaftîné par Poltrot en 1563, préférablemeut à celui de Henri de Lorraine, doc de Gaifei mé aux Etats de Blois en i588.

DE FOHTBlfAT-MÂaBUlL. [1610] lAI

au Roy en la manière accoustumée aussytost qu'il serait retourné, moyennant qu'il eust alors une audience particulière, et sans donner de lettres. A quoy la Reine s'accorda, protestant que ce seroit sans conséquence, et qu'on romproit tout commerce avec Tarcbiduc et la Flandre s'il ne reprenoit l'ancien usage, ainsy qu'ils en assuroient, et qu'il fust fait quelque temps après.

C^>endant l'armée partist pour aller à Juliers, la plus belle et la plus leste qui se fust jamais veue en France, y ayant une infinité de gentilshommes dans toutes les compagnies de gens de pied, aussy bien que dans celles de cavalerie. Mais parceque pour n'entrer point dans les Pays-Bas, et ne toucber à rien qui fust de l'archiduc, il fallust prendre un grand tour, et gagner le long du Rhin , ceste peine fust bien récom» pensée par toutes les commodités que l'on y trouva : car ne passant que par des terres des alliés et de gens favorables à l'entreprise, l'on trouva partout de sy bons logements, et des estapes sy bien préparées, qu'on ne souffrit aucune incommodité.

Le prince Maurice, ayant esté le plus diligent, estoit party avec environ seize mille hommes de pied et trais mille chevaux, dès que les quatre mille Ânglois du roy de la Grande-Bretagne furent arrivés; et ayant joint auprès de Juliers les troupes de Brandebourg et de Neubourg, commandées par le prince d' Anhalt, a voit investy la place le a8 juillet : en suite dequoy s'estant retranché, il fist les approches, et s'avança sy fort qu'avant que le mareschal de La Chastre s'y peust rendre,.qui ne fust que le i8 aoust, il avoit dcsja pris une demy-lune. Mais les François s'estant logés an cpiartter qu'on leur avoit réservé, travaillèrent après

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cela sy diligemment qu'ils passèrent le fossé , et minent leur mine en estât de jouer devant que le gouverneur parlast de se rendre; de sorte qu'ils eurent bonne part à l'honneur. Les Impériaux en sortirent le a de septembre ; et dans la capitulation il y eust un article pour le libre exercice de la religion catholique, ainsy qu'il avoit esté promis au feu Roy et à la Reine.

Or, bien que le mareschal de La Chastre^ comme général de l'armée du Roy, eust toutes les prérogatives, donnant le mot et ayant partout les préséances, la conduite du siège estoit néanmoins entièrement déférée au prince Maurice, qui ne se montra nullement inférieur à sa réputation , ayant fait voir aux vieux capitaines françois des choses qu'ils ne sçavoient pas. Il avoit réduict l'art d'attaquer les places à une telle perfection, qu'il ne s'y pouvoit rien adjouster.

Geste prise faite sy hautement, et sans que l'Empereur ny le roy d'Espagne osassent s'y opposer, donna autant de joye à la Reine que de gloire à ceux qui a voient conseillé d'y envoyer, et ne laissa aucun doute de ce qui seroit arrivé sy le Roy eust vescu, et que toutes ses armées eussent esté jointes à celles des autres princes qui dévoient s'unir avec luy, et qui ne voulurent pas se déclarer après sa mort.

Juliers pris, et mis entre les mains du marquis de Brandebourg et du duc de Neubourg , ils furent en possession de tout ce qui leur estoit escheu par la mort du duc de Cleves, le reste de ses Estats n'ayant (ait aucune difficulté de les reconnoistre; et ils en jouirent paisiblement par indivis, jusques à ce que le changement de religion du duc de Neubourg les ayant brouillés, donna occasion aux Espagnols et aux Hollandois

DE ronrouY-HAitiiiL. (i€io] 1^3

d'en prendre cfascun quelifue partie, loui ombre de la coMerver à ceux qu'ils a5si»toicnl.

Le sacre du Koj fiut difféni jusquta k l'automnr, ifio que les grandes chaleur» e»lant pas»<ïe» , cGstc oénmne, qui est longue et pénible, luy (Ii*i;iiast moiu fiMommodiU-. Mais, en attendant, la paix ou un vi- Tolilus ta cour t'ust en quelque sorte troublée par les pRbations de M. le comte; car ne sa tenant pus satiAil da gouvernement de Uaupbiné , où il sçavoît ne paanÎT jan»is prendre d'autorité, â cattee di: celle du ■■tjduJ d'E^iguieres , il voulust avoir celuy dcNor* ■oiKe, donné par le feu Koy » M, d'Orléans. Or, il imét particulièrement celuy là, et plus que tout Hie, tant parce qu'il est des plus grands et des plus i^tortaots, que parce qu'il y avoit desja beaucoup de et <l'amU, et que mariant, comme il préfaïre, sa fille aisurâ à M. de LongueviUe,

princîpalles terres, il s'y pourroit rcudre iu qui V eust jamais esté, et lo plus cuusi- (KjUe du royaume, non seulement pendant lu repliée, mais après; Quiticbcuf, sur lequel, quoyqu'alurs iaei'en dcctarast pas. il jeltoit aiissy les yeux, estant oone une des clefs de l'aris, et n'y puu%ant rien mir par la mer sans passer à m mercy : ce que ta Boue et ctrux du conseil TOyoient bien, et rapprélioii- JoienL Mais son opiniaslreté. et les maux <|ui pouvoient kriver de son mcsconteutentent, leur faisant encore |hade peur, furent cause qu'on luy donna enliu ce fBOvetxmnent , mais avec ferme résolution de ne luy haaet jamais Quillcbeuf, uy quelque autre chose que R hat, quoy qu'il peust faire ny dire. Le tcuips propre pour aller à Reims estant etdiu

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ttmvéMj toute la cour s'y rendist, et y fiist grossie d'une infinité d'autres gens, tant François qu'estrâogers, curieux devoir une cérémonie qui se fait sy rarement. Toutes les choses accoutumées s'y observèrent fort exactement : M. le prince, le prince de Conty et M. le comte y servirent pour les ducs deBourgongne, de Normandie et d'Aquitaine; et messieurs de Nevers, d'Elbœuf et d'Espemon, pour les comtes de Toulouse, de Flandre et de Champagne. Le maréchal de Li Chastre y fist la charge de connestable, celuy de Laverdin celle de grand-maistre , et M. d'Aiguillon la sienne de grand chambellan. M. de Montbason y porl» le premier honneur, ne faisant nulle difficulté de céder aux pairs plus anciens que luy. Il est bien vray que quand il se vist en sa place il ne s'en contenta pas, et alla s'asseoir sur le banc des pairs : mais M. le prinee s'estant à l'heure mesme levé , il cria tout haut à la Reine que sy elle ne le faisoit oster, ils s'en iroient tom; de sorte qu'il fust contraint de se remettre où il devoit estre, et de n'en plus sortir. Messieurs de Rouanèt et de Créquy portèrent les deux autres honneurs.

M. le prince y fust fait chevalier du Saint-Esprit. Le cardinal de Joyeuse avoit aussy demandé de l'estre, et on l'eust bien voulu ; mais l'expédient de faire les ec» clesiastiques devant vespres n'ayant esté trouvé qu%n' l'année 1610, il n'y eust point de moyen de l'acoôm* moder avec M. le prince, à cause qu'estant doyen de» cardinaux , il ne luy vouloit pas céder : sans quoy Q n'en auroit fait aucune difficulté, estant très-véritable que du temps de Henry-le-Grand , et jusques à ce que le cardinal de Richelieu fust entré dans les affaires,

(<) Estant enfin «irnV^'; Louis xnr fui sacrée Reims le 17 octobre 1610.

os FONTBIIÀT-MARBUIL. [1610] ia5

nul autre cardinal ne Ta disputé aux prinoes du sang, et qu'ils donnoiant mesme la main chez eux à beaucoup de gens. Mais on peust encore dire qu'autrefois le doyen mesme leurcédoit, ainsy qu'il se vist en rassemblée de ,du règne de , où le cardinal de Tournon, doyen, et ceux de Liorraine et de Guyse, ne refusèrent pas de se trouver, parceque les princes du sang furent au dessus d'eux; mais parceque le cardinal defiourbon les quitta pour se mettre avec eux, et astre ainsy au dessus, bien qu'il fust plus jeune cardinal : ce qu'ils ne voulurent pas souffrir, quoyque les cardinaux de Lenoncourt et deChastillon n'en fissent aucune difficulté.

Jjorsque le Roy alla à Metz pour en retirer M. de Sobole , lieutenant de M. d'£spemon , il y mist M. d'Axquien, lieutenant colonel du régiment des Gardes, du a>Qsentemént de M. d'Espemon ; mais comme ce dervifit le sçavoit plus au Roy qu'à luy, et qu'il n'y vouloit point de ces gens là, aussy ne pensa-t-il, dès qu'il rist leRoj mort, qu'à s'en défaire à quelque prix que ce fost : ce qui n'estoit pas bien aisé ; car M. d'Arquien , qui sçavoit que M. d'£spernon ne l'aimoit pas, et que toute la garnison de la ville despendoit de luy, n'avoit dans la citadelle que des gens dont il se croyoit bien as6uré; et n'y donnant entrée qu'à peu de personnes, se texioit fort sur ses gardes. Néanmoins M. de Tilladet, que M. d'£spernon vouloit mettre en sa place, et qui avoit sa compagnie dans l^Ietz (car en ce teipps là on y en tenoit tousjours deux du régiment des Gardes pour fortifier la garnison , lesquels se changeoient tous les deux ansj, fist sy bien qu'il gagna un sergent et quelques soldats, qui luy ouvrirent la porte q^iand.iis

ia6 [1610] MBMOIBBS

y furent de garde; dont M. d'Arquien ayant auasytost esté adverty, il fist prendre les armes à tous ceux qui estoient auprès de luy, et au corps de garde de son lo* gis; et, sans s'estonner, ala droit à luy pour le diasser, ou mourir. Mais M. de Tiliadct, qui n'avoit encore peu faire entrer que fort peu de gens, parceqœ It porte estant fort petite, ils ne passoient qu'un à on, voyant qu'outre ce qu'amenoit M. d'Arquien , tout k reste de la garnison se remuoit, et luy alloit tomber sur les bras, il désespéra d'y pouvoir résister (oomme aussy véritablement eust-il esté difficile), et se retira dans la ville, laissant M. d'Arquien en bien plus de seureté qu'auparavant , ayant veu ceux de qui il ne le pouvoit pas fier, et les mettaut dehors. M. d'Esperooa fut fort touché de ceste nouvelle, croyant Metz, oonmie il y avoit bien de Tappareoce, tout-à-fait perdu pour luy, et n'osant pas seulement s'en plaindre ; car M. de Tilladet estoit Taggresseur, et M. d'Arquien n'avoit fait que son devoir.

La Reine, quoyqu elle eust grande envie de luy figdre plaisir, à cause des services tout fraischement rendus, ne Tosoit pas néanmoins, de peur de l'exemple : maif enfin sa bonne fortune y travailla, et luy fist avoir eontentement, avec la satisfaction de M. d'Arquien et It conservation de l'autorité royale, au moins en apparence; car le gouvernement de Calais ayant vaqué sur ce temps là par la mort de M. de Vie (0, on le donna à M. d'Arquien ; et M. d'Espemon mist M. de Bonoovrier, aussy capitaine au régiment des Gardes, en sa place, lequel ne despendoit que de luy.

(i) La mort de M, de Fie : Elle arrÎTa le i5 aoàt t6io. ( Vvnt If Jcmnud àt Henri it, tome précédent , page lao.)

DK rOSTIXAT-MABEVIL. fl6lt] la''

[t6ilj La cour étant à Paris, et l'aDoée i6it cotaffltofant, îJ arriva tm fort grand diUVrcnt louciiant Teatrée ea carooc et à cheval dans le logis du Roy, UipcJ a ouvert la porte h ce qui se fait aujourd'huy. iiicicaiianent il n'y entroit, k ce qu'on dit, que Ica «Inta (le Fraoce et Iv premier prince du &ang, qui a tÊmjpuneu leatnestnes privilégia qu'eux ; mais le tenip.<i qM fait dtanger le& chose», divertc» pentonao y eii- Imott dans W règne» demiers , et priiicipuleinent do Hent^ troisième et du feu Koy, auxquels il m: le vuu- Im pas defTendrc, la paÎK faite. De &orte que M. le amnestable et les priuccs y entrcrenl tousjours; et Hd'Eapemon en eust enfin la penniasion pour la nuit, AtpK, venant du jouer avec lu Roy, il n'cust pas de bad en passant toute la cour à Jrscouverl; dequoy a'eUot pas satisfait, il demanda alors d'y entrer un taSttntps. Miii» la Reine ne le voulant pas, à cause de ItOBMqtieace , elle défcodit à Corneillau , lieuteuant du ^ôiiwde La Porte, de rien innover; tellement que M. if£»peroon s'estant prcsenlé pour entrer, la porte liy &Bt refusée : ce qu*il prist si aigrement, qu'il »e plngnU à tout le monde et de la Reine et des ministre», Hoiott contre eux comme s'ils luy eussent fait un fort pud tort. Deqtioy le jugenient ayant esté remis au tOMcil, il y auroit £an»> doute perdu m cause, M. le prince et M. le comte estant toul-û>fait contre luv, sans (■'on vîst que ce qu'ils en faisoient n'esloit pas lanl pour l'interest du Roy, que pour se venger de ce qu'il l'atoit pas voulu cstre de leur party, cl luy monstrer, tl ) toute la Frauce, le peu de prufît qu'il y avoit d'estre ^oeluy de I« Reine. De sorte que, de peur de leur teoner cest avantage , et de perdre un homme qui uvoit

ia8 [^^'^] MÉMOIRES

tousjours bien fait (car il est vray qu'on ne Tauroit peu conserver sans cela), on se résolust de passer par de^ sus toutes considérations; et il en eust la permission, et tous les autres ducs aussy. Cependant, comme il ne pardonnoit pas aisément, il voulust se venger du refus que luy avoit fait G>rneillan (quoyque ce fust par le commandement de la Reine), et, par une violenoe incroyable, luy fit donner des coups de baston : ce qui fist une nouvelle affaire bien plus malaisée à acccHnmc^ der que la première , parce que celle-cy sembloit s'a* dresser directement à la Reine, et en mespris de son autorité^ dont on est ordinairement plus jaloux que de toute autre chose, et elle en particulier y estoit fort sensible ; de sorte qu'elle en demandoit de grandes ré* parations , dans quoy les ennemis de M. d'Ëspemon et d'elle ne manquèrent pas de l'entretenir, lui represcfr tant qu'elle ne s'en pou voit despartir avec honneur. Mais les mesmes raisons qui l'avoient desja iaict rdai* cher pour l'entrée des carosses subsistant encore, et k plus grande finesse dans les minorités estant de fuir toutes les affaires qu'on peut éviter sans trop d'incoii* venient, comme celle-là, la Reine fust conseillée de donner du sien pour avoir la paix, et conserver un homme à qui certainement elle estoit obligée, et qoi s'alloit perdre, n'y ayant rien où il ne se fust porté phi* tost que de céder et d'aller en prison , ou de sortir pour quelque temps de France ou de la cour mesme, comme tout le monde jugeoit que tout au moins il devoit faire: de sorte qu'en ayant pitié, et voulant se monstrer h pfhis sage, elle se contenta, après en avoir receu de bouche toutes les satisfactions qu'elle pouvoit désirer, d'oublier toutes choses. On donna aussy ensuite la mesme

DB FONTENAT-MAREOIL. [l6il] 139

pennîssion d*entrer en carosse dans le logis du Roy à tous les officiers de la couronne. Une des raisons qu on ailéguoit à M. d'£spernon pour le faire départir de sa prétention estoit la conséquence, et que ce luy seroit peu d'honneur quand beaucoup d'inférieui*s, ausqueU on ce le pouroit pas refuser, l'auroient comme Iny : mais les princes estrangers l'ayant, il aimoit mieux toute autre chose que de souffrir ceste distinction, et de descendre à la porte du logis pendant que les autres iroient à celle de Tcscalier.

Environ ce temps là , M. de Guyse espousa madame de Montpensier, tenue alors pour le plus grand party de France, estant jeune, belle, vertueuse, riche, de grande maison, et de plus veufve d'un prince du sang, et qui avoit une fille accordée au second frère du Roy; de sorte que les enfants qu'il en auroit seroient ses frères. Il en avoit bien eu la pensée devant la mort du Roy; mais elle n'eust osé en ce temps là se marier, et momsàlny qu'à tout autre : car, outre que le Roy n'eust pas aisément souffert que madame de Montpensier, qui devoit estre sa bello-fille, eust esté privée d'une succession telle que celle de la maison de Joyeuse, il ne voulait point aussy, comme j'ay desja dit, que ceux de Lmraine se mariassent.

11 se trouva lors encore assez de gens qui crioient contre, et disoient qu'on s'y devoit opposer, à cause des avantages que la maison de Guyse en pourroit recevoir, se trouvant en beaucoup meilleurs termes, sy Monsieur venoit à estre roy, que sous François second. Mais M. le comte, qui pensoit que cela empeschant le mariage de Monsieur, faciliteroit celuy de M. d'Anguien son fils, auquel il prétendoit sur toutes choses, 5o. Q

l3o [^^^^] MÉMOIRES

Y ayant enfin donné les mains , personne n'osa plus y contredire.

Il ne se fist pas néanmoins sans quelque difficulté de leur part; car bien que madame de Montpensier ne Teust pas désagréable, elle a voit pourtant quelque honte de deschoir, et M. d'Espernon, frère de sa mère et ancien ennemy de la maison de Guise, l'entretenoit autant qu'il pouvoit dans ceste humeur; et elle auroit peut-estre eu peine à s'y résoudre, sy le cardinal de Joyeuse son oncle, duquel, comme aisné de la maison, et à qui tous les biens appartenoient, elle despandoit principalement, considérant les choses sans passion, ne , luy en eust osté le scrupule, aimant mieux, puisque son âge (car elle n'a voit alors que vingt-six ans) pouvoit en quelque sorte l'obliger à se marier, que ce fust à M. de Guyse qu'à tout autre, pour sa grande qualité, et Testât auquel il se trouvoit alors dans la cour. Etelle le fist enfin avec l'approbation de M. d'Espemoa; mesme le cardinal de Joyeuse l'ayant accommodé avec M. de Guyse, en disant à chacun d'eux que Tautre desiroit extremement son amitié, et en faisoit une très grande estime. Peut-estre que M. d'Espernon s'y rendist plus facile à cause de la manière dont M. le comte vivoit avec luy, qui ne correspondoit pas, ce luy sembloit, à ce qu'il avoit mérité, se déclarant de ses amis pendant la vie du feu Roy, où il n'estoit pas trop avantageux de le faire; mais il ne pouvoit oublier sa con. duite dans l'establissement de la régence, et qu'il n*eust point pensé à luy ny à ses intérests.

Du costé de M. de Guyse , l'empeschement sembloit encore plus grand ; car ayant esté extrêmement amoureux de madame de Verneuil , il luy avoit promis de

OB Fitam^T-MAiiEoii.. [1611] l3l

\ et f*it menne un contract de mam^ p*ué iamtt notaire; <te sorte quM falloit ïc rompre devant fK d'en faire un autre : ce qui paroisMtjt assez diflicilc, ctf 00 ne cTToToil pas qu'elle y tl<-ust jamais consentir. «■une aussy tous les cDoemU tie M. de Guvsc, <}ui estaient ravis de le voir dans rcst <.>fnl>.irr:K, et dVmpocher oa du moins de retarder son mariagi*. IVn dis- Manient fort. Mai» ayant enfin pris un meilleur eonid, jugeant bien que dans le crédit oii estoît M. de Cafw elle ne le pourroit pas tousjours soubtenir, elle ■isoltitcle n'attendre pas d'y <.-strc forcée, donnant de Idewrteaon cansenlement,et sans rien demander ny fee aucun traité, sinon que M. de Guyse pour le reentreprist de la rarommoder nvec la Reine, flk6rt en cflet, quoiqu'elle n'uust pas de petits Mibidaae plaindre d'elle, et qu'elle ne l'ettel [loint voulu int ta vie du Roy. Klle enitt donc |)ennt»&ion la révérence, et sortist de ce passa^je, qui délicat, vcu tes clioscs passées, sv au gré ^Bulc monde et de la Reine inesme, que l'opinion ituso bon esprit ca fust fort augmentée. Elle list en- Me de cela sa cour toutes les fois qu'elle voulust , lu tùieU traitant louttjour^bien, et prenant grand phiven fa conversation.

Quelques jouri. aprè« le mariage de M. de Guyse, il KCTTi un accident capable de causer bien du dés o<lre RBB n'y eust promptement remédié : qui fust que les du princ«de Contv et de M. le comte s'esreocootrés auprès de la Croix du Tirouer CO, et fllant nécessaire, à cause de quelques charrettes qui ù Cnaij! Jm 77nK.tr : Aa min dp la r<i<- 'ie rXrhrt-See

i3a [i^'i] MÉMoinES

tenoieut la rue embarrassée, qu'un des deux s'arestast, pas un ne le vouloit faire : de sorte que les gens qui marchoient à cheval après eux (car il s'en trou voit tousjours beaucoup eu ce temps là. avec les personnes de grande qualité) s'estant approchés, et ayant mis Tespée . «1 la main, on fust dire à M. le comte que c'estoit le prince de Conty. Sur quoy il fîst à l'heure mesme retirer ses gens , et luy envoya faire des excuses. Mais luy, qui avoit bien plus de cœur que d'esprit, et qui prenoit quasy tousjours au criminel tout ce qui venoit de M. le comte, les ayant fort mal receues, la Reine, qui en fust avertie, manda aussytost à tous les deux de ne point sortir de leur logis, et chargea M. de Guyse d*tl* 1er chez le prince de Conty pour le disposer à racoommodcment. M. le prince y alla aussy incontinent après; et le trouvant préparé à tout ce qu'on voudroit, prist sa parole, et le fust dire à la Reine. De sorte que sy on eust trouvé M. le comte en mesme disposition , la cfaoïe eust esté dès lors terminée; mais comme il avoit une extrême jalousie de M. de Guyse, et qu'il expliquoit mal tout ce qu'il faisoit, ayant sceu qu'allant à l'Abbaye- Saint-Germain, où logeoit alors le prince de Conty, il avoit passé près de son logis suivy de beaucoup de gens ( ce qui n'estoit pas alors malaisé, car il n'y avoit quasjr personne qui n'en menast un ou deux après soy quand il alloit par la ville), il voulust aussy en faire de mesme, et sortir de son logis , acompagné de ses amis : mib ils n'avoient garde de se rencontrer, la Reine ayant, dès qu'elle le sceust, envoyé dire à M. de Guyse et à ses frères de demeurer chez eux ; et pour le prince de Conty et M, le comte, elle leur envoya enfin à chacun i:n capitaine des gardes pour leur deffendre de sortir,

DB FONTSNAT-MÀRBUIL. [1611] l33

t demeurer tousjours auprès d'eux. £n suite dequoy, yant assemblé le conseil pour voir le moyen de les ccommoder, on y fnst assez empesché, car on n osoit as les faire trouver Fun devant l'autre comme il se ratique ordinairement, M. le comte ayant une telle version pour M. deGuyse, qu'on craignoit qu'il ne luy ist quelque chose de fascheux; et que M. de Gnyse, ni se sentoit avoir plus d'amis et estre sous main porté e la Reine , ne le voulant pas endurer, au lieu de les coommoder on les rendist irréconciliables. Enfin on fist l'expédient que M. du Maine viendroit trouver la Leine de la part de M. de Guyse, pour l'assurer qu'en e qui s'estoit passé allant à l'Abbaye Saint-Germain , n'avoit eu nul dessein de desplaire à M. le comte; a'il seroit bien fasché de l'avoir fait; et que s'il l'eust roavé par la rue, il luy auroit rendu tout l'honneur [a'îlluy devoit, estant son très humble serviteur : dont K. le comte demeura satisfait (i).

Il se passa lors une chose qui surprist fort tout le Aonde, faisant voir un grand changement dans les huuenots 9 et que les princes du sang u'avoient guère d'in* slligence avec eux ; car messieurs de Bouillon , deRohan^ e Sully, de Châtillon, et presque tous les principaux e leur religion, furent contre M. le comte, fils de ce rince de Condé qui avoit tant travaillé et estoit enfin lort pour eux et pour M. de Guyse, fils et petit-fils e ceux qui les avoicnt sy fort persécutés : mais la lauvaise humeur de M. le comte en estoit la cause. iesie rencontre acheva de perdre M. de Sully; car I. le comte se trouva de nouveau sy piqué qu'il eust pris

(1) Dont 3f, le comte demeura satisfait: Voyez les Mémoires de Pontliaitrain , t. x6 , p. 433 , deuxième série de cette CoUectîon.

l34 ['^"J MEMOIRES

le party de M. de Guyse , qu'cstaut assuré que M. le prince ne le protégeroit pas, il le poussa de telle sorte qu'il n'y eust plus de remède, et il fallust qu'il quittast ses principales charges. Mais comme il n'ignoroit pas ce qui se passoit, pour n'en avoir pas la honte toute entière, il prévînt la Reine, demanda luy-mesme son congé, et luy remist les finances, la Bastille, et la lieutenance de sa compagnie de gens d'armes, qu'il sçavoit qu'on luy vouloit oster. Il cust cent mille escus de récompense des deux dernières; car pour les finances, n'estant qu'une commission, il n'en falloit point : etsy on luy promist de le maintenir dans toutes les autres qui luy restoient , qui n'estoient pas petites, ayant encore celles de grand maistre de l'artillerie, de gouva> neur de Poitou , de grand voyer, et de surintendant des fortifications. La Reine prist pour elle la Bastille, et y mist M. de Chasteauvieux , son chevalier d'honnear. La direction des finances fust donnée au président Jeannin; et quant à la compagnie de gens d'armes, comme on en vouloit aussy oster tous les autres ofiSciers qui estoient huguenots, elle fust supprimée.

Le choix du président Jeannin pour les finances fait d'abord fort approuvé, tant on avoit bonne opinion de luy; et cependant il ne respondit pas à ce qu'on en attendoit, n'ayant pas la fermeté nécessaire pour réaisler aux favoris, à ses amis et aux importuns, et ne regardant pas d'assés près aux financiers : de sorte qii'il mes* nagea fort mal les finances.

La première chose qui se fist après le partement de M. de Sully fust que la Reine donna tout d'un coup au seigneur Conchine de quoy acheter le marquisat d'Ancre, qui estoit de la maison d'Humiere, et qui

DB FOirrEHAY-MAREniL. [1611] l33

cousta plus de cent mille escus : soixante mille pour la charge de premier gentilhomme de la chambre qu'avoit M. de Bouillon, et environ deux cents mille francs pour le gouvernement de Peronne, Mondidier et Roye, qu'avoit M. de Créquy; qui furent d'assez beaux présents, et d'autant plus remarqués et condamnés qu'on n'y estoit pas accoustumé , le roy Henry-le-Grand ne faisant jamais de semblables libéralités, encore qu'il l'eust bien peu sans en estre incommodé, puisqu'il mettoit tous les ans beaucoup d argent en reserve. Et toutefois ce n'est rien au prix de ce qui s'est fait despuis pour ceux qui sont venus après luy, toutes choses ayant esté tellement prodiguées que la France en souffre présentement les incommodités, et en est presque réduite k l'extrémité.

Le marquis d'Ancre ( car G>nchine en prist dès lors le nom) ne fust pas plustost premier gentilhomme de la chambre, qu'il eust un différent avec M. le grand (<), qui l'estoit aussy, pour quelque interest de leurs charges ; et la chose passa sy avant, que le marquis d'Ancre le fist appeler par M. de Villars-Houdan : ce qui ayant este descouvert, ils furent aussy tost arrestés. Or, comme on apprehendoit grandement en ce temps là toutes sortes de querelles , à cause des suites qu'elles pouvoient avoir, celle là fust estimée d'autant plus dangereuse qu'elle divisoit les principaux serviteurs de la Reine, et luy eust fait perdre une partie de ceux qui luy estoient les plus afEdés, comme entre autres M. d'Espemon et M. de Guyse, qui estant proches parents de M. le grand, ce dernier à cause de madame de Guyse, ne pouvoient pas l'abandonner; joint qu'il es-

{«) Jf. ie grand: le duc de Bellegarde, grand écuyer de France.

l36 ['^''J MEMOIRES

toit aisé à juger que la grande déclai-ation des princes du sang en faveur du marquis d'Ancre ne venoit pas tant d'amitié qu'ils eussent pour luy, comme de dessein de le tirer dans leur party, et ensuite la Reine, afin que, la séparant de ses plus véritables serviteurs, elle demeurast tout-à-fait à leur discrétion. Ce que les ministres luy ayant fait comprendre, et l'artifice de ses ennemis, elle les fist promptement accorder, et leur commanda bien expressément de demeurer bons amis, comme ils le promirent; mais ce que le marquis d^Ancre observa fort mal.

Quelques jours après cest accommodement, on eust nouvelle de la mort de M. de Sigongne , gouverneur de Dieppe. L'estime en laquelle estoit M. de Villars-Uoiidan, et le choix que le Roy en avoit fait quand il mourut pour la lieutenance de sa compagnie de chevau-légers, furent bien les prétextes qu'on prit pour luy donner œ gouvernement: mais la véritable raison fust pour avoir sy bien servy le marquis d'Ancre dans ceste querelle, que sans le mettre en hasard de se battre, il luy en fist faire toutes les mines que font les plus eschaufTés, et l'en sortist avec plus d'Iionneur qu'on n'eust pensé.

Une infinité de choses arrivées despuis la mort du Roy ayant fait voir combien les esprits se portoient aisément au désordre, fust cause que, pour éviter œux qui se faisoient ordinairement dans la foire Saint-Germain, ou conseilla à la Reine de Tempescher pour ceste année là; ei néanmoins, afin de n'oster pas toutà-fait les divertissements qui s'y prennent, ou permist aux marchands eslrangers qui avoicnt apporté des choses curieuses, et aux orfèvres de Paris, de s'assembler dans une des salles basses des Thuileries, où les

D£ FONTE2V A Y-M A REC IL. [1611] tiy

portes estant gardées par une compagnie du régiment des Gardes, il n'y arriva nul mal.

Il se fist aussy en ce temps là une chose, laquelle, pour avoir donné commencement à la grande fortune du connestable de Luynes, mérite, ce semble, d'estre remarquée : qui fust que le Roy aimant fort la volerie, inab n'ayant encore que des émerillons et autres petits oiseaux de peu de conséquence, il n'y avoit aussy qu'un simple fauconnier qui en eust le soin : ce que M. de Vitry, qui venoit d'estre fait capitaine des gardes à la place de son père, et M. de La Curée considérant, et que ce leur seroit un bon moyen pour prendre part dans les bonnes grâces du Roy, s'ils pouvoient introduire quelqu'un en ceste place qui despendist d'eux et leur en eust l'obligation , ils choisirent pour cela un des chevau-légers de la garde, nommé Laii(uoudreile, qui entendoit fort bien la fauconnerie, et n'estoit pas désagréable au Roy, croyant qu'en prévenant son esprit et le gagnant, il leur seroit facile de le maintenir, quand bien M. de Souvré ne le voudroit pas, en y intéressant le marquis d'Ancre. Us prirent donc le temps de luy en parler à l'issue de son disner, devant que le monde fust revenu, et luy dirent, le plus bas qu'ils peurent, que la bienséance ne voulant pas que ses oiseaux demeurassent davantage entre les mains d'un paysan , il se trouveroit beaucoup de gentilshommes qui se tiendroient fort honnorés de les avoir, et qui, entendant mieux la fauconnerie que luy, seroient aussy plus capables de luy donner du plaisir; et nommant pour cela La Coudrelle , le firent souvenir de diverses occasions où il avoit monstre ce qu'il sçavoit faire, et le pressèrent de le prcndiv. Ce que le Roy ayant, ce leur sem*

l38 [l^'l] MÉMOIRES

bloit, écouté assés favorablement, ils pensoient avoir tout gagné. Mais ne Tayant peu dire sy secrètement que M. de Fontenay (0 ne Teust entendu, et estant lors dans les interests de M. de Souvré parce qu'il estoit acordé avec sa seconde fille (>), il en fust aussytost avertir M. de Courtenvaux (^) son fils aisné, et M. de Preauz son neveu, quiestoit sous-gouverneur, et qui ne ravoieot peu cuir; lesquels jugeant que puisque cela s^estoit une fois esmeu, il s'acheveroit infailliblement, et que sy on donnoit temps aux gens du marquis d'Ancre de l'en advertir, il y voudroit sans doute ou La CoudreUr» ou quelque autre despendant de luy, et non de M. de Souvré, ils crurent qu'il falloit promptement y donner ordre, afin que trouvant la chose faite, il n'y peustpif toucher.

C'est ce quKk prièrent M. de Fontenay d'aller dire à M. de Souvré, qui estoit malade, eux demeurant cependant auprès du Roy pour empescher qu'on ne luy en parlast pas davantage , et que de tous ceux sur qui on pouvoit jetter les yeux ils n'en connoissoient pcrât de plus propre pour cela que laine Luynes , lequel ne s'estant attaché qu'à luy despuis la mort du Roy, nes^* roit pas vraysemblablement méconnoissant d'une telle obligation , estant un fort bon homme; ne leur entrut point dans l'imagination qu'il peust devenir favorj, qr leur rien contester, à cause de la disproportion des iges, et qu'on ne luy croyoit pas grand esprit: ce que

(0 M. de Fontenay :Yvi}iXeuT de ces Mémoires. — (>) Sa sëcennJefih: MadeleÎDe de Souvré, deuxième fille du maréchal de Scorré, Philippe-Emmanuel de Lava], marquis de Sablé, seignearde Dauphin. — (3) M, de Courtenvaux: Jean de Souvré, marquis de Qwr> tcnvaux , dont la petite-fille Anne de Souvré apporta en dot au marquis de Lonvois les biens immenses de In maison de Souvré.

DB FORTSNAT-JIfARfiUIL. [1611] l'ai)

M. de Souvré ayant fort approuvé , il le chargea de Talier dire au Roy de sa part, et qu'il le supplioit de commander qu'à l'heure mesme on l'en mist en possession , l'assurant qu'il en seroit bien servy. A quoy le Roy, qui avoit, comme il s'est veu despuis, une disposition naturelle à l'aimer, ayant aussytost consenty et monstre d'en estre bien aise , il le fist venir, et commanda à celuy qui gardoit ses oiseaux de le reconnoîstre , et de lay obéir. Ces oiseaux furent de là en avant nommés oiseaux du cabinet, tant parceque le Roy TOuIcMt qu'il y en eust tousjours dans ses cabinets, que pour les dbtinguer de ceux qui despendent de la grand'faucounerie et du maistre de la garderobe.

Or messieurs de Vitry et de La Curée furent bien estonnés quand ils virent faire cela, sans que le Roy se fust souvenu ny de La Coudrelle ny d'eux; et ils se repentirent fort d'avoir remué ceste pierre , n'ayant £ûct, à ce qu'ils croyoient , que les affaires de "M. de SouTré et de M. de Courtenvoux , qu'ils ne cherchoient pas d'obliger; et M. de Souvré creust avoir mis par là et son 61s et luy tellement à couvert , qu'on ne les pouroit point traverser auprès du Roy. Mais il ne fust pas loiig-temps sans en estre destmmpé, et iroir combien la bonne fortune change les hommes , M. de Luynes leur ayant esté bientost après aussy contraire qu'eust peu estre La Coudrelle , ny tout autre qui y fust entré.

Don Pedre de Tolède ayant, comme j'ay dit ailleurs, demandé, en son voyage de l'année 1608 (0 , Madame pour le prince d'Espagne , et le Roy ayant respondu que cela ^roit bon sy on donnoit aussy l'Infante à M. le

{^) Son voyage tU Vannie 1608: foyes le Mercure françois , t. i^^ fol. a53.

l4o ['^''J MÉMOIRES

Dauphia , les nouveaux subjects de défiance qui naissoient tous les jours entre le Roy et le roi d'Espagne , soit par la nature des affaires ou par Tartifice de ceux qui peusoient profiter de leur division, furent cause que cela n'cust point de suite, et qu'on n'en parla pas davantage. Mais le Pape et le grand duc , qui soubaitoient également de rendre la paix bien assurée entre les deux couronnes, voyant par la mort du Roy les cboses fort changées, et les esprits en autre disposition qu'ils n'avoient esté, en firent de nouvelles propositions, lesquelles ayant esté favorablement escoutées des deux costés, furent conclues quelque temps après avec une mutuelle satisfaction.

Or ce changement venoit de ce que chacune des parties croyoit y trouver son compte : la Reine, parcequ'en ostant toute apparence de guerre estrangere, die pourroit plus facilement tenir les princes du sang et les huguenots dans le devoir, et contenter par mesme moyen tous les catholiques zélés de Paris et des autres grandes villes, qui avoient encore quelque pente vers les Espagnols à cause de la religion. Et quant au roy d'Espagne, parceque ses plus grands desseins estant contre les Hollandois , et de leur pouvoir faire la guerre, quand la trêve seroit finie, avec de meilleurs succès que par le passé, il s'imaginoit pouvoir rompre par là toutes les alliances que le Roy avoit Uvec eux , ou du moins les tellement affoiblir qu'elles leur seroient comme inutiles, l'exemple du siècle passé, où tant de François avoient esté sy aysement corrompus, luy faisant croire qu'il en pouroit bien encore arriver de mesme quand ses gens auroient libre entrée dans la cour, et que toutes les défiances seroient levées. A quoy s'ajoutoit encore.

DE fo^vtbnat-màrbuil. [i6i i] i4i

comme ii se fait presque tousjours, des raisons particulières et domestiques qui n'avoient pas moins de force que les générales, la reine et le roi d'Espagne, qui armoieut extrêmement leurs filles, ayant passionnément souhaité de les voir si hautement mariées.

Les médiateurs mesme ne le faisoicnt pas sans quelque interest : le Pape, parceque se sentant vieillir il apprehendoit toute sorte de trouble , vouloit la gloire d'avoir entretenu la paix entre les deux couronnes que Clément viii y avoit sy heureusement establie , et laisser ses héritiers, ausquels il amassoit de grands biens, sans aucuns ennemis, la balance se pouvant malaisément tenir sy esgale pendant la guerre que chacun en fust content. £t pour le grand duc, outre qu'il estoit oncle de la Reine et qu'il avoit marié son fils avec la sœur de la reine d'Espagne, il craignoit extrêmement, restât des affaires estant fort changé, de se voir contraint, pour ne s'attirer pas les Espagnols sur les bras, de les favoriser, n'estant desja que trop grands, et d'esire contre les François , regardés de tout le monde comme les protecteurs de la liberté publique.

Auparavant toutefois que la déclaration ne s'en fist, la Reine, pour mesnager les alliés, et ne rien faire dont ils peussent prendre ombrage, leur en fist parler, et les asseurer que cela ne préjudicieroit aucunement aux traités faits avec eux , ny à l'amitié qu'on leur avoit promise; et qu'on les assisteroit mesme contre le roy d'Espagne toutes les fois qu'il en seroit besoin , ainsy qu'on avoit fait à Julliers. Ce dont ils se contentèrent.

M. le comte ayant obtenu le gouvernement de Normandie, alla aussytost à Rouen pour en prendre possession; et il y fust receu avec un concours de monde

incroyable y nulle personne de qualité de la province n'ayant manqué d'aller au devant de luy, ceux quiTooloient demeurer attachés au service du &oy, aussy bien que les autres , pour ne se faire pas remarquer sans besoin; et ils affectèrent tous sy fort d'estre bien aeompagnés , que plusieurs ne se tenant pas satisfaits des gens du pays, en firent venir des provinces voisines : ce qui, ne s'estant jamais fait pour aucun autre gouverneur^ auroit esté vu de la Reine et de tout le monde avec joye sll s'en fust contenté, et n'en eust point demandé davantage. Mais comme l'ambition n'a point de bornes^ et qu'en effet son premier dessein n'avoit point esté d'en demeurer là, toute ceste bonne réception ne servist qu'à luy donner plus d'audace , croyant qu'on n'oseroit aprii cela luy rien refuser, de peur qu'il ne fist la guerre, tst qu'il n'eust dans ce cas toute la Normandie à sa dévotion.

Il demanda donc à llieure mesme Quillebœuf , tesmoignant, sur ce qu'il vist qu'où en faisoit difficulté, et qu'on luy representoit qu'il venoit tout fraischemest d'avoir le gouvernement de la province, que sans cda il ne compteroit pour rien ceste grâce, ny toutes les autres qu'on luy pourroit faire. Et il le disoit avec tant de hauteur, qu'il montroit l'espérer par la force , quand bien on ne luy donneroit pas de bonne volonté; mau il y trouva des obstacles à quoy il ne s'attendoit pas.

Le maréchal de Fervaques (0, lieutenant de roy en la haute Normandie, en avoit le gouvernement» Cette ville n'estoit pas bieu fortifiée , quoique durant la Ligue M. du Maine l'ayant assiégée, M. le grand C^), qui en

(t) Le maréchal de Fervaques: Guillaume de Hautemer, aeignearde FerraquM» créé maréduii de France eii 1695, nionrat cq i6i3. — k*) H, la gramd : le duc de Bellegarde grand écuyer.

DE FONTBlfAT-MAREUIL. [1611] l43

estoit lors gouverneur, sedefTendit sy bien qu'il le contraignist de se retirer; mais la situation en est sy avantageiise, qu'il se peust facilement accommoder, et n'est pas seulement considérable à cause qu'il est sur la rivière de Seine, et au dessous de Rouen et de Paris , mais parceque tous les vaisseaux sont forcés d'y prendre des guides pour les mettre dans la route qu'il faut tenir, les sables qui viennent de la mer luy faisant sy souvent changer de lit, que sans eux, qui l'estudient soigneusement, on seroit en danger de se perdre; de sorte que celuy qui y commande est comme maistre de tout le commerce qui se fait par la rivière dans ces deux grandes villes, et le pourroit aisément traverser. Or, comme ces choses là donnoient grande envie à M. le comte de l'avoir, aussy obligeoient-elles la Reine à le luy refuser; en quoy elle fust fort bien servie par le maréchal de Fenraques : car dès qu'elle luyeusttesmoigné ce qu'elle vouloit, et promis de ne le point abandonner, il ne mesprisa pas moins toutes les menaces de M. le comte que ses grandes offres; et sans considérer qu'il avoit tout son bien en Normandie, ny quelque autre raison que ce fust, il respondit à ceux qui luy parlèrent de sa part, que le feu Roy luy ayant fait l'honneur de luy confier ceste place , il ne la rendroit jamais à personne qu'au Roy, et quand il seroit majeur; et qu'il ne devoit pas s*attendre à autre chose. £t afin de luy monstrer qu'il sauroit fort bien maintenir ce qu'il avoit résolu , et s'empescher d'estrc opprimé, il vint à Paris ^compagne de plus de cent de ses amis, qui le suivoient partout, et mesme dans le Louvre; faisant au reste sy bonne mine que M. le comte n'osa jamais luy rien dire , ny se mettre en devoir de luy faire quitter le pavé et de le

l44 ['^"] MEMOIRES

renfenner dans son logis, comme il s'en estoit souvent vanté : ce qui continua, soit à Paris, soit en Normandie, jusques à ce que la Reine eust donné les mains au temperamment qui se prist, du consentement de M. de Fervaques.

Environ ce temps là, le premier président de Harlaj se sentant trop vieil et trop incommodé pour exercer davantage une charge aussy grande et aussy pénible que la sienne, demanda d'en estrc deschargé, et d'en pouvoir tirer quelque recompense. Il y estoit entré dès k temps de Henry troisième , et avoit montré tant de cou. rage et de Bdclité durant la Ligue (0, qu'encore que cela fust sans exemple, et qu'on n'eust encore jamais rien donné pour de semblables charges, le Boy n'ayant pas mesme voulu , de peur que la vénalité s'y introduisist, qu'elles fussent comprises dans la paulctte, on ereust néanmoins ne luy en devoir pas refuser la permission, et qu'il faloit passer par dessus toutes les considérations pour un homme qui n'en avoit point eu quand il y estoit allé du service du Roy. Ce dont on s'est despuis fort mal trouvé; car ceste mesme grâce ne pouvant plus estre refusée à ceux qui sont venus après luy, puisqu'ils en avoient donné de l'argent , elle est par ce moyen devenue vénale quasy comme les autres.

La seule difficulté qu'on y trouva fust à remplir ceste place d'un subject proportionné et bon pour la cour; c^r il s'en presentoit bien deux qui en étant très dignes, et desja du parlement, sembloient devoir estre

(0 Durant la Ligue .* On a cité ailleurs le trait de courage «ntî^pie donné par ce grand magistrat, le lendemain des Barricades. ( Fajrn It note de la page io8 des Pièces justifica rives de la Notice sur Brantôme; Paris, Foucault, 18^4.)

DB PONTENAY-MARECIL. [l6ilj l45

préférés à tous autres, les présidents de Thou (0 et Seguier (0 ; mais ils avoieut chacun leurs exclusions, celuy là parcequ'on le tenoit d'un esprit malaisé à gouverner, et trop attaché à M. le prince; et celuy cy principalement pour la raison que je vais dire. Quelques annérs devant la mort du Roy, le seigneur Concliine estant allé le matin dans la galerie du Palais pour y chercher compagnie d'hommes et de femmes, comme c'estoit la mode de ce temps là, il se trouva, quand les présidents passèrent pour sortir, apuyé sur une boutique, regardant quelques marchandises; mais le bruit qui se fait devant eux l'ayant fait retourner quand ils furent visà-vis de luy, il ne leur osta point le chapeau, soit parcequ'il fust surpris et n'y pensa pas, ou parceque, comme estranger, il ne sçavoit pas que c'estoit la coutume. Surquoy le président Seguicr, qui marchoit ce jour-là le premier, ne fit autre chose que de luy prendre son chapeau sur la teste et le mettre à ses pieds; dont le sei> gneur G>nchine fust, comme on peust penser, fort estoané. Mais, pour ne faire pas une seconde faute, il ne fist que le relever sans en rien dire qu'il ne fust au Louvre, oîi il en fist de telle sorte l'histoire, que le président fust condamné de tout le monde, et du Roy mesme. A quoy M. d'Espernon et madame de Guercheville (3), qui l'aymoient fort, et en prévoioient les conséquences, voulant remédier, ils allèrent aussitost trouver Conchine pour l'appaiscr, luy offrant toute satis-

(i) De Thou : Jaoque«-Anguste de Thou , baroD de Meslay, notre célèbre historien. — (>) Et Seguier: Antoine Seguier, seigneur de Villiers et de Foorqnenz, président à mortier en 1597, inourut en i6a4. —(3) Madame de Guereheville : Antoinette de Pons, marquise de GiiercWille, dame d'honneur de Marie de Médicis.

l46 [l^'^l MBMOIRBS

faction : mais luy, en usant galamment , ne fist point semblant d'y penser; et les remerciant de lliomieiir qu'ils luy faisoient, les asseura qu'il ne s'en souvenoit desja plus, et n'en tesmoigna plus rien en effet, jusquei à ce que ceste occasion se présentant, il le fist exclure sans qu'on l'en peust empescher.

Le président de Verdun^ à qui on la fist avoir, ne les égaloit pas en suffisance, mais il estoit meilleur courtisan; et on ne veut jamais dans semblables chargei que des gens souples et accommodants. Il aToit esté quelque temps président à Paris, et n'en estoit sorty qoe pour estre le premier à Toulouse (0 , où il avoît aoquii une grande réputation ; mais elle diminua à Plans. Lt président de Thou vendist aussytost après sa charge, cl fust fait directeur des finances; mais le président Seguier garda la sienne jusques à la mort.

L'affaire la plus importante qui fust lors sur le tapit, et qui donnoit le plus d'appréhension , estoit rassemblée accordée aux huguenots par l'edit de Nantes, laquelle escheoit en ceste année là. Les précédent» aToîent donné tant de peine au feu Roy, qu'il n'estoit pas estrange qu'on craignist celle cy , composée qtiasy des mesmes personnes , et faite dans un règne bien plus foible. Le roy Henry-le-Grand croyoit, quand il iear permist ces assemblées par Tédit de Nantes, qu'ils ne s'en serviroient que pour faire bien observer les choses qu'il leur promettoit, et qu'elles aideroient à maintenir la paix et le repos dans l'Estat; mais il vist bien, dès la première qui se fist, qu'il s'estoit trompé, et qu'il

i*) Le premier à Toulouse : Nicolas de Verdun aroU d'aboitl été nétîdent aux reqaétes du Palais , puis présideut des enqnélat, HmSm premierprésidentan parlementdeToaloiise. Dmonmll^iSfBartillf;.

Jp

D£ FOTITBIlAT-MAttBUlL. [1611] l47 *

s'y trouveroit tousjours aità de gens mal intentionnés pour y faire penser à des choies nouvelles, et entre* tenir le trouble plustost que de Tempescher; de sorte qu'il s'en fîist bien desdit s'il eust peu , mais il ettoit trop tard.

Geste assemblée se devant donc tenir en ce temps

là, on ordonna premièrement que ce seroit à Ghastel-

leraud, à cause du gouverneur, nommé M. de Preau,

qui estoit bon serviteur du Roy; car on ne les souffroit

jamais que dans des lieux dont on se croyoit asseuré

du gouverneur, pour les pouvoir plus aisément forcer

à se séparer s'ils n'en usoient pas comme on voudroit.

Mais leurs desputés , résidents auprès du Roy, ayadt

despuis demandé Saumur, à cause de la commodité

des logements, il leur fust accordé, la cour estant aussy

fort contente de M. Du Plcssis-Mornay. Presque tous

Ws principaux de ceste religion s'y trouvèrent, encore

qii'iU ne fussent pas desputés, pour l'importance des

résolutions qu'on croyoit s'y devoir prendre, ausqUelles

cliascun vouloit avoir part, pour s'en faire valoir h la

cour ou dans le party.

Quand tous les desputés y furent arrives, qui fust sur la fin dti mois de raay, on y descouvrist plusieurs cabales; mais elles se réduisirent enfin à trois, du Roy, de M. de Bouilloti et de M. de Rohan. Ces deux-cy n'avoient qu'un mesme but , assavoir de gagner la ptincipale autorité dans l'assemblée, et ensuite dans le party : mais l'usage en eust esté fort différent; car vi^isemblablemcnt M« de Bouillon eust bien cherché k leur faire trouver leur compte, mais sans en venir aux ar* mes que le plus tard qu'il eust peu, parce peut-estre qu'il estoit vieux , et qu'il oraignoft de n'y pas sy bien

l48 ['^"] MÉMOIRES

réussir que Tamiral de Chatilion , le zèle n'eslant pas pareil à celuy de son temps. Mais M. de Rohan , qui estoit jeuae, e^ se sentoit avec des talents fort propres pour gouverner des peuples , pensoit dès lors à hasarder tout, et périr ou faire une république, comme le prince d'Orange.

Or comme les grands amis que M. de Bouillon avoît dims l'assemblée, sa haute réputation , et les longs ser» vices qu'il avoit rendus au party dans la paix et dans la guerre, parloient fort pour luy, M. de Rohan aussy se relevoit par un grand nombre de gens que M. de Sully avoit obligés pendant son crédit; et la seureté qu'il y auroit qu'il ne préféreroit pas ses interests à ceux du public, comme il disoit que feroit M. de Bouillon, qu'il assuroit n'estre venu à l'assemblée qlie pour en profiter à la cour : ce que luy et les siens sceurent sy bien persuader à la pluspart des desputés , qu'ils rompirent toutes ses mesures, et l'empescherent d'estre esleu président, comme il se l'estoit promis. Mais ayant esté aussy contraint pour l'en exclure de mettre tout en œuvre , et de dire plusieurs choses qui faisoient autant contre luy que contre M. de Bouillon, il ne peust pas non plus Testre , ny mesme aucun de son party : qui fust un coup de grande importance, et qui donna toutes les facilités qui se trouvèrent despuis à terminer l'assemblée au contentement du Roy : car eux en estant dehors, M. Du Plessis-Mornay le fust sans contredit, qui n'en abusa pas comme ils eussent fait, et contraignist enfin par sa bonne conduite les plus séditieux à se soumettre, et se contenter de ce qui leur pouvoit estre justement accordé. Les avis qu'on eust à la cour de la mauvaise disposition de plusieurs desputés, et qu'ils ne parloient

DE FONTENATMAREUIL. [1611] |4q

que de guerre, ayant fait peur, la Reine envoya tous les gouverneurs dans les provinces où on craignoit les hu* guenots; d'où M. le prince prist prétexte d'aller en Guienne dont il cstoit gouverneur, et où il n'avoit jamais esté, pour s'y faire recevoir, et prendre garde à ce qui s'y passeroit. Il y demeura jusqucs à ce qu'il eust visité toutes les principales villes, et veu tous les subjects de crainte passés. M. d'Espernon y ala aussy au mesme temps, mais autant pour veiller sur M. le prince que sur les huguenots.

Cependant l'on avoit envoyé à Saumur messieurs de Boissise et de Bullion (0, pour assurer l'assemblée de l'afTection du Roy, de l'observation des édits, et en* joindre d'élire au plustost des desputés, afin que le Roy ayant choisy ceux qui demeureroient auprès de luy, ils prissent les cahiers, et que l'assemblée se séparast, selon qu'il s'estoit tousjours pratiqué. Mais ils ne trouvèrent pas les esprits en ceste disposition , car on y avoit desja fait les propositions suivantes :

Qu'on ne se separast plus, à l'avenir, que les cahiers n'eussent esté respondus avec satisfaction; qu'on s'assemblast tous les deux ans sans en demander permission; qu'on n'esleust plus que deux desputés au lieu de six^ dont le Roy en choisissoit deux ; qu'on demandast deux villes de seuretédans chacune des provinces où on n'en avoit point; que la nomination des gouverneurs de toutes les places de seureté se fist par l'assemblée , et non par le Roy; qu'on fist l'union des églises de Béam avec celles de France ; qu'on demandast l'exécution de

(0 Messieurs de Boissise et de ttuUion : Ils ctoient toiu les deax codseillers d'Etat, et commissaires envoyés par le Roi yers cette assemblée*. ( ^oye% le Menmre françois , t. a , fol. 83. )

l5o [^^^'] MÉMOIRES

l'édit de Nantes selon ce qu'il avoit esté accordé par le Roy 9 et non selon les modifications des parlements; quUls jurassent tous une nouvelle union , et de se maintenir dans les gouvernements, charges et dignités dont ils avoient esté pourveus par le feu Roy, quoyque non comprises dans ledit; que les dixmes de leurs biens fussent données a leurs ministres; et diverses autres choses de moindre considération, mais qui partoient toutes d'un mesmc esprit, et ne tendoient non plus que le reste qu'à diviser TEstat, et à y allumer un feu qui ne se seroit peut-estre esteint qu'avec la ruine des deux partis. Ceux qui firent ces propositions ayant demandé qu'elles fussent insérées dans le cahier général , et qu'on ne se séparast point qu'elles n'eussent esté accordées, il passa sans difficulté, et on esleust trois desputés poor le porter au Roy , et luy dire la resolution de rassemblée.

Or M. DuPle8si8-Momay,ny tous ceux qui vouloient servir le Roy, quoyqu'ils condamnassent ceste procédure, et vissent ce qui en pourroit arriver sy on s'y opiniastroit , n'estimèrent pas toutefois s'y devoir opposer ny la contredire, croyant impossible d'arrester les esprits dans ceste première impétuosité , et pendant qu'ils estoient encore tout en feu ; mais qu'il falloit que ce fust le temps et les difficultés qui le fissent, et les obligeassent à changer. C'est pourquoy messieurs de Boissise et de Bullion , après qu'ils eurent esté ouis dans l'assemblée , et eu pour response qu'on desputeroit vers le Roy, retournèrent en faire leur rapport, pour préparer les esprits à tenir ferme et ne s'estonner de rien, estant certain que c'estoit le seul moyen pour ramener ces gens là , qui auroient eu d'autant plus d'audace et

DB FOHTXHAT-MAASUIL. [lO'Hj l5l

de mauvaise volonté qu'ik eussent veu qu'on les auroit appréhendés.

Ils s'en allèrent donc, et firent qu'après que les desputés eurent esté entendus , on ne leur respondit autre chose sinon qu'il falloit obéir, et qu'aussytost qu'ils lauroîent fait on leur rendroit leurs cahiers, avec la response la plus favorable qu'il se pourroit, le Roy ne voulant faire ny souffrir aucune nouveauté; sans rien dire davantage, quoyqu'ils en fissent diverses instances, et protestassent pour leur descharge de tout ce qui en pourroit arriver, les avis venus de l'assemblée, l'assurance €{u'on a voit qu'ils ne seroient assistés d'aucun prince de leur religion poui^eu qu'on ne touchast point à la liberté de conscience, et Testât auquel on estoit avec les Espagnols , ayant fait prendre des résolutions fty fortes , que les desputés furent enfin con« traints de s'en retourner sans autre response.

Pendant leur voyage il s'estoit fait un fort grand changement dans l'assemblée; car une grande partie des detputé3 ayant esté gagnés par argent ou par rai* son, dîfioient ne vouloir pas demeurer toute leur vie hors de chez eux , ny hasarder sans besoin leurs biens et leurs familles, non plus que leur repos; de sorte qu'après que la response du Roy eust esté ouie , et que M. de Rullion, qui y estoit retourné seul, eust parlé, les nouvelles promesses qu'il fist que, quand ils auroient obéi, leurs cahiers seroient respondus, et qu'on leur donneroit mesme quelques-unes des grâces qu'ib pouvoient raisonnablement dc$irer, furent tellement considérées, qu'encore que dans les premiers jours les plus factieux ne se voulussent pas rendre, criant qu'on trahissoit la cause commune et qu'on perdoit une oc-

l52 [^^'0 MEMOIRES

casiou qu'on ue retrouveroit jamais, ils furent pourtant à la fin contraints de céder ; et la chose se termina ainsy qu'on desiroit, les desputés pour demeurer auprès du Roy ayant esté nommés, et la pluspart des autres ne songeant plus qu'à s'en aller.

Quand M. de Rohan et ses associés virent les choses tourner de la sorte, ils s'avisèrent de faire une proposition pour estre mise dans les cahiers, qui eust du commencement beaucoup d'approbation, et pouvoit donner bien de la peine sy elle n'eust esté adroitement détournée, qui fust le restabHssement de M. de Sully dans les finances; tous ceux de l'assemblée s'y croiant intéressés, puisqu'il disoit n'avoir esté chassé que pour la religion, et qu'il faisoit voir les grands avantages qu'ils en tireroient s'il se restablissoit par leur moyen. De sorte qu'ils vouloient que cest article fust inséré dans leurs cahiers préférablement à tout autre, et qu'on ne se séparast point qu'il n'eust esté obtenu : mais M, Du Plessis, après en avoir conféré avec M. deBullion, leur dist qu'il demeureroit volontiers d'accord qu'on fist cest effort et tous ceux dont il seroit besoin pour servir M. de S'illy, principalement s'il estoit vray qu'il eust esté chasse pour estre de leur religion, ainsy qu*il le disoit; mais que sy la Reine assuroit que non, et que c'estoit faute d'avoir eu les mains nettes, les grands biens qu'il avoit ne pouvant pas venir de ses simples apointements, ou des dons que le Roy luy avoit faits (de sorte qu'il falloit, avant que de parler d'autre chose, qu'il rendist compte), qu'il demandoit ce qu'on auroit à dire, et comment on pourroit forcer le Roy à le reprendre, et à confier ses finances à un homme qu'il diroit les avoir desja peu fidellement administrées , au

DE POMTBNAT-MARliUIL. [l6l l] l53

moins jusq lies à ce qu'il se fust justifié, et eust fait voir le contraire. Ce que M. de Sully ayant sceu, et jugeant bien que quand le compte qu'il en rendroit seroit le meilleur du monde, on y pourroit trouver assés aisément de quoy le faii*e durer sy longtemps qu'il luy seroit inutile, il ayma mieux qu'il n'en fust point parlé (0.

Aussytost que la résolution de se séparer eust esté prise, et les desputés éleus, M. de BuUion alla dans l'assemblée pour tesmoigner le contentement qu'en auroient Leurs Majestés, porter le brevet de continuation des places de seureté pour cinq ans, une augmentation de quarante-cinq mille livres par an pour leurs ministres, assurance qu'il seroit envoyé des commissaires de Tune et de l'autre religion dans les provinces pour informer des contraventions à l'édit et y remédier , et donner la response aux cahiers, avec permission de se rassembler encore une fois ou deux pour voir s'ils n'y voudroient rien ajouster, et en charger les desputés qui i roient à la cour.

Après quoy M. de Bullion s'estant retiré, la response à leurs cahiers fust leue. Mais plusieui*s desputés ayant protesté qu'ils n'oseroient s'en retourner dans leurs provinces avec sy peu de satisfaction, M. de Bullion, pour les appaiser , ayant laissé entendre que pourveu qu'ils se séparassent, la Reine pourroit encore se relas* cher de quelque chose, et accorder à leurs desputés ce qu'ils n'auroient jamais tant qu'ils seroient assemblés, ik s'en contentèrent, tant ils avoient envie de

(0 // ayma mieujc qu'il n'en fust point parlé: Les Ménvoires de Sally ne voot pas josqn*à cette époque. Ainsi on y diercheroit yainemeot une réponse aux inculpations qui furent dirigées contre ce grand ministre dans l'assemblée de Saumar.

sen aller; faisant bien voir que dans ces sortes d'assemblées on y va presque tousjours d'une extrémité a l'autre. Messieurs de Rouvray et de La Milletiere furent choisis pour résider auprès du Roy.

Or M. de Rohan et ses partisans furent bien surpris de voir faire sy facilement dans une minorité œ qui avoit esté sy difficile du temps du feu Roy, quoyque sy autorisé ; et que la paix eust esté tellement désirés par la pluspart des desputés qu'ik l'avoient ou verteoient déclare, et monstre mesme impatience de s'en retourner : mais comme ils sçavoient bien que les grands desseins ne réussissent pas tousjours du premier coup, et qu'ils ont besoin de temps et de patience, ils n'en tesmoignereat rien qu'ils ne fussent dans leurs provinces , oii ils essayèrent de faire tout désavouer. Et pour luy cependant il s'en alla à la cour pour y reœ* voir les grâces que la Reine n'avoit pas laissé de luy promettre, quoyqu'elle n'ignorast pas sa conduite, et que la pluspart des difficultés qui s'estoient rencontrées à faire obéir le Roy avoient esté suscitées par luy ou par ceux de son party; faisant comme ces peuples qui sacri» fioient aux démons, afin qu'ils leur fissent moins de mai.

Ceux qui servirent bien le Roy dans ceste assemblée furent messieurs Du Plessis-Mornay, de Parabel, de La Rochebaucourt, et quasy tous ceux de deçà la rivière de Loire ; disant que puisqu'ils avoient pour leurs consciences toute la liberté qu'ils pouvoient désirer, et qu'ils jouissoient de leurs biens aussy paisiblement que les catholiques, ils ne dévoient pas , à l'appétit de quel* ques factieux qui seuls en pourroient profiter, abandonner leui*s familles et leurs maisons, et demeurer toute la vie errans comme leurs pcres avoient fait.

DB FONTBMAT-MARBUIL. [l6l l] l55

Geste affaire achevée, le Roy et la Reine allèrent à Fontainebeleau, où madame de Lorraine, et le cardinal (le Mantoue son frère, les furent trouver; ils estoient enfants de la duchesse de Mantoue , sœur ainée de la Reine.

Pendant qu'ils y séjournèrent, on essaya de leur donner tous les divertissements que le temps et le lieu leur permettoient; car on ne pouvoit faire ny bals ny comediesi la Reine n'en voidant point voir que les deux années ^e son deuil ne fussent expirées. Il y eust donc seulement quelques concerts de musique au bout de la galerie qui regarde sur la volière; et quand il faisoit beau OD alloit à la chasse, où la Reine et toutes les dames estoient sur des haquenées fort richement enharnachées.

Or, bien qu'il y en eust lors de très belles dans la cour, et principalement mademoiselle d'UrféCO, despuis dochesse deCrouy, et mademoiselle de Bains, qui a esté enfin carmélite, toutes deux filles de la Reine et dans la fleur de leur âge, rien n'égaloit néanmoins et ne donnoit tant de satisfaction à tous les estrangers que la Reine, qui estoit sans doute beaucoup plus belle que du temps du feu Roy, conmae sy son sang se fust renouvelé despuis qu'elle avoit eu l'autorité, et qu'elle estoit deslivrée de ces jalousies qui luy donnoient tant d'inquiétudes.

Madame la princesse (^) ny madame la comtesse (^)

(0 MmdÊmoueUe d'Uffé : Gcoerièye dlJrféy nièce de raateor de l'Aftrée. EOe époiua en 1 6 17 Charles-Alexandre , duc de Croï, et contracta depoif deux antres mariages. -— (*) Madame la princesse : la princesse de Condé. — (3) Madame ta comtesse : la comtesse de Soissons.

l56 [^^"] !^1KMOIRES

ne s*y tix)i]verefit point, à cause que, pour faire plus d'honneur à madame de Lorraine, la Reine désira qu'il n'y eust personne qui la voulust précéder; mais pour la princesse de Conty, quoyque par raison elle deust avoir les mesmes prétentions que les autres , se tenant néanmoins plus attachée,' comme j'ay desja dit, à la maison dont elle estoit sortie qu'a celle où elle estoit entrée, peut-estre parcequ'elle n'avoit point d'en&nts, elle fist que le prince de Conty, sur qui elle avoit tout pouvoir, trouva bon qu'elle demeurast, et la laissa tousjours passer devant elle, quoy que M. le prince et M. le comte en peussent dire.

Environ ce temps là M. du Maine mourut (0. II avoit pendant la Ligue partagé l'Estat avec le feu Roy, et eu mesmes de graudes prétentions à la couronne; mais ne luy ayant pas réussy, il estoit enfin rentré dans son devoir, et s'estoit réduit à une vie privée avec tant de modération et un esprit sy soumis, que ce n'estoit peutestre pas ce qu'il avoit fait de moins considérable durant toute sa vie, ne s'estant, ce semble, trouvé guercs de gens qui ayent sceu sy bien user de l'une et de Tautre fortune; car non seulement il ne donna aucun soupçon despuis qu'il eust fait son traité, mais rcndist encore des services fort signalés, tant au siège d'Amiens, cil il fust une des principales causes que le secours n'entra point, que pendant la régence, où il ne demanda rien, et s'opposa continuellement aux prétentions extraordinaires que plusieurs gens avoient, disant n'estre pas raisonnable de se prévaloir de la minorité du Roy

(0 M. du Maine mourut : Cest le duc de Mayenne , ainsi qa*oo Ta déjà fait remarquer. H mourut le 4 octobre 1 6 1 1 . ( yojrez le Mercure frar.çois, t. 2, fol. i55o. )

D£ FOlITBHAT-MAafiCIL. [1611] 1 $7

et de la foiblesse de son âge pour le despouillcr, et qu'il aurait un jour grand subject de s'en plaindre, et de vouloir mal à ceux qui l'auroient fait ou endure; ne donnant, outre cela, la bénédiction à son fils (0 qu'à condition qu'il demeureroit tousjours dans le service du Roy, et ne s'en sépareroit jamais pour quoy que ce fust.

U avoit encore fait une chose durant la Ligue bien remarquable , et fort à l'avantage du Roy et du royaume: qui fust de n'avoir jamais voulu donner en propriété à ceux de son party les villes et les provinces dont ils avoient les gouvernements, à condition de le reconnoistre pour roy comme fist Hugues-Capet, quoyque la pluspart de ces gens là l'en pressassent extrêmement, et que les Espagnols, qui y auroient bien trouvé leur œmpte, voyant par là l'Estat démembré, ne s'y seroient pas opposés, ne voulant le royaume que tout entier, et dans la mesmc dignité qu'il avoit accoutumé d'estre, ou le laisser de la sorte au légitime héritier. En quoy il se moDstra non moins prudent qu'équitable : car encore que cela eust de belles apparences, il est toutefois très certain que ny luy ny les autres n'en auroient gueres profité, et que c'eust esté moins faire leurs affaires que celles des Espagnols, qui auroient bientost sceu se desfaire d'eux , la France toute ensemble et eu la manière qu'elle avoit esté pouvant bien aisément leur résister, mais non pas divisée et en plusieurs morceaux; joint que les choses venant à changer comme elles firent, et M. du Maine à estre contrai net de s'accommoder, il y auroit peu trouver mal son compte, le nom de roy.

(^) J son fils : Le dac d'Aiguillou. ( Voy^t le Mercure françois anttl tome 2, fol. 157. )

tel

l58 [l6ia] MBMOIEBS

quand il a esté prit^ ne se perdant guère qu'avec la vie.

Au commencement du mob d'octobre de l'année i6i 1 9 Monsieur tomba malade à Saint*» Germain, o& luy et tous les autres enfants de France estoient notl^ ris. Le Roy et la Reine y allèrent aussytost; mais quelque soin qu on en prist , il mourut peu de jours après. Despuis qu'il eust esté ouvert, on dit qu'il ne pouvoit pas vivre, ayant le cerveau mal compose (<). La reine d'Espagne mourust aussy sur la fin de l'année.

i6i!i] Cependant le Pape et le grand duc avoieirt

ement pressé le traité des mariages , que toutes kl difficultés estant levées, les articles en avoient enfia esté arrestés, et les resjouissances publiques s'en firent à Paris le aS de mars, lesquelles surpassèrent en graa» deur et en magnificence tout ce qui s'estoit veu jusqtMl là; ensuite dequoy le nouveau duc du Maine fust noo> më pour aller à Madrid signer le contrat de mariage.

Mais ceste joye publique fust bientost traversée pv les nouvelles entreprises de M. de Rohan, lequel ayant, comme j'ay desja dit , souffert mal volontiers tout ce qui s^estoit fait à Saumur, et cherchant de le pouvoir reparer, voulust, pour se rendre plus considérable i ceux qui t'attacheroient k luy et entreroient dans le interests, se faire maistre de Saint-Jean-d'Angely^ qol estoit alors de très grande importance, parcequ^il ocNh vre La Rodieile, et peust tenir une partie de la Saii^ tonge et du Poictou en subjection.

Le gouvernement luy en avoit esté donné par le fèi ^

(0 £• cêrvtmm muU eompoêi : Le rapport àcê m^drdni m dans W Mcroire fitm^is » t. a » fol. iSS. On y trooTe même (fol. rSa) iM «OHMire de la rie de cse petit doc d'Orléent , né le t6 vtrW 1607, mort le 17 novembre 1611.

DM P01ITBIIAT*MAA£UIL. [1612] 1 39

Roy : mais comme il n'y avoit point de citadelle, et que le maire, par mi ancien privilège, gardoit les clefs des portes, tout despendoit de luy ; de sorte qu'il n y falloit point penser sans avoir auparavant un maire assez à sa dévotion pour luy céder son droit, et porter le peuple à y consentir, et luy quitter aussy le sien, parcequ'il élisoit le maire. Or comme il cabaloit pour cela, le temps de rélection s'approchant , on en eust quelque vent à la cour; et la Reine pour Tempescher luy escrivist de la venir trouver. A quoy ayant à l'heure mesme obey, ne voulant pas monstrer qu'il eust aucun dessein qu'il ne fuftt asseuré d'y réussir, tous ceux du conseil eurent ordre de luy parler, et de le faire souvenir de toutes les grâces qu'il avoit receues despuis la régence, tant en argent comptant, augmentation de pensions, commission pour commander l'armée de Julliers en l'absence du niareschal de La Chastre, qu'il avoit sy ardamment désirée, qu'en toutes les occasions qui s'estoient offertes : dont pourtant la Reine ne demandoit autre reconnoissance^ sinon qu'il aidast à maintenir la paix dans le royaume pendantla minorité (ce qu'il ne pourroit mieux faire qu'en laissant les choses en Testât que le feu Roy les avoit mises, et souffrant, pour ester tout ombrage, qu'il y voulust rien changer); que le maire de Saint- Jean fust continué encore une année, pendant laquelle on auroit loisir d'en choisir un non suspect ny à elle ny à luy : dont il se monstra fort content; de sorte qu'on creust l'affaire accommodée.

Mais un de ses gentilshommes, nommé Hautefontaine, qui avoit bien de l'espnt, et qui estoit demeuré à Saint-Jean pour achever les négotiations commencées , luy ayant despuis escrit que tout y estoit en telle dispo-

l6o [l6ltl] MÉMOIRES

sition qu en y retoumaut il feroit tout ce qu'il voudroit, y joignist , pour luy en donner le prétexte , une autre lettre qui portoit que M. de Soubise, son frère, estoit à l'extrémité dans sa maison du Parc en Poitou, et desiroit infiniment de le voir devant que de mourir.

Surquoy estant allé trouver la Reine et les ministres, pour leur monstrer ce qu'on luy escrivoit et avoir congé, il promist de revenir aussitost qu'il scroit mort, ou hors de danger : ce que la Reine n'ayant pas esté conseillée de luy refuser, de peur de se trop tost déclarer, on manda à l'heure mesnie à M. de La Rochebaucourt (ce qu'on de voit avoir fait dès le commencement) d'aller diligemment à Saint-Jean , dont il estoit lieutenant de roy, pour y faire sa charge, et empescher qu'il ne s'y passast rien contre sou service. Mais comme le Courier ne le trouva pas chez luy, et qu'il falust le chercher, il n'y peust pas estre sy tost que M. de Rohan, qui y alla tout droit, et luy fist fermer les portes, et à tous ceux qui n'estoient pas de ses amis, faisant à l'heure mesme élire un maire tout à fait despendant de luy.

Geste nouvelle mist la cour en grand trouble; car outre le sentiment qu'on a voit du manquement de foy de M. de Rohan, après tant de grâces receues et de promesses faites, on appréhenda que sy on le souffroit, d'autres n'y prissent exemple, et sy on le vouloit punir, que tout le party ne s'y interessast, et qu'on ne tombast dans les inconvéniens qu'on taschoit sy fort d'éviter. Enfin pourtant, toutes choses bien considérées, on s'arresta à la négotiation , y envoiant M. de Thémines (0, lequel , quoique grand catholique et bon scr-

(^) M. de Thémines : Pods , seigneur de Laosières , marqais de 'Thémilieu, fait maréchal de France en- 1 6 16 , mourut en 1697.

DS FOIVTENAT-MAREUIL. [ I 6 I 2] 161

Yiteur du Boy, n'estoit pas désagréable aux huguenots, et pourroit piustost que tout autre y apporter du remède. Mais il n'y trouva pas M. de Rohan disposé; car ayant vcu que ce qu'il avoit fait ne desplaisoit pas à ceux de La Rochelle, qui estoit tout ce qu'il appré^ hendoit et qu'on s'imaginoit à la cour, il s'estoit résolu de conserver ses avantages, le pis qui en pou voit arriver estant ce qu'il chcrchoit, assavoir la guerre. De sorte que M. de Thémines voyant qu'où n'en pouvoit avoir raison que par les armes, à quoy il sçavoit qu'on ne vouloit pas venir, il se contenta, pour sauver au moins les apparences, de la promesse qu'on luy fist de remettre pour quelques jours Tancieu maire; après (|uoy il seroit procédé à une nouvelle élection, sans i[î»e celuy que M. de Rohan avoit fait le peust estre. Ce qui sVstant exécuté, on en éleust en effet un autre, mais qui n'estant pas moins dans ses intcrcsts que le premier, il demeura maistre de la place jusques en l'année lôtii, que le Roy l'assiégea et la prist. Quant à ?»r. de La Rochebeaucourt , le gouvernement de Chastelleraud ayant vaqué quelque peu après, il luy fust douné, et il y rendist despuis de très bons services.

Le temps arresté pour signer les contrats de mariage du Roy et de Madame estant venu , M. du Maine partist pour aller à Madrid, avec la plus belle et la plus grande compagnie que jamais ambassadeur eust eue; car il y avoit plus de cent gentilshommes, et parmy eux plusieurs fort qualifiés, comme le prince de Tingry, fils aisné de M. de Luxembourg; M. de Montpezat, fils de madame du Maine (0; les marquis de Bonnivet et de Sourdy; fescomtes de Lausun père et fils; M. de Si-

0 diaeiame du Maine : Henriette deSaroie, comtesse de Tende, 5o. II

i6a [i6ia] MÉMoiaBs

pierre; M. Du Renouard , second fils de M. de Souvré; de FoDtenay (0, desliné pour eslre son gendre; de Hourbofine, Du Vigean, et aufres.

A l'entrée de l'Espagne, il trouva des officiers du roy d'Espagne, qui le recourent et le deff rayèrent partout avec beaucoup de somptuosité pour le pays (>); car il n'est pas abondaut comme la France. Il passa par Vittoria, Burgas et Lerme, et s'arresta enfin à Baraxas, (|ui n'est qu^à deux lieues de Madrid, pour y attendre le jour de son entrée. Le marquis d'£st , italien , destine pour estre tousjours auprès de luy tant qu'il seroit à Madrid, l'y vint trouver; et le lendemain le roy d'Espagne et le duc de Lerme (3) l'envoyèrent visiter, et luy firent porter deux corbeilles pleines de ces petits vases de terre rouge qu'ils ont en Espagne, dont tous ceux qui es* toient présents en prirent autaut qu'ils voulurent, et sy il en resta encore beaucoup.

Quand il fist son entrée, le duc d'Albe, qui est grand d'Espagne , et des principaux , fust assés loin hors de la ville au devant de luy à cheval ; comme aussy M. du Maine y estoit. Il le mena descendre dans la nuiisoD du marquis Spinola, qu'on luy a voit préparée; et tous les François furent loges dans d'autres logis fort bien meublés, et le plus près de luy qu'il se peust. Le lendemain,

élochess^ douairière de Mayenne , a:Toit d*akord été mariée a^ee Melthior des Prez , aeignear de Monipezat.

(0 /)« Fontenay : Fauteur de ces Mémoires. *— {') Âwee bemuemmp di somptuosité p^ur h pays : M. de Fontenay ne parle pas d'une attentioB fout espagnole que Ton eut pour Tambassadeur de France. A Saint- Sébastien, le procureur fiscal de la province lui apporta des pâsse-poris de rinqoisition pour tous ceux quiétoieut k sa aaite. {Foyùt WBfcrâore françois, t. s , p. 449* On y troure une relation très-curieuse de celte ambassade.) — (^) Le due de £erme ; François de Roxas de Sando^al, due de I..emio, premier mimstre de Philippe irt, roi d*E8pagf»e.

le» graod» et tout c«ux Jut cuusciU coiniiirncvreitt à \r vtttter; aprè» <)uoy il eu^ sa jiremtt-i-e .ludR-nce, où il TiiU conduit par le duc d't'zéda (0, fiU aisrii- du dur de l^nut;.

Le prinœ de Tipgry te couvrist à ceste audience H k loules leâ autre», le roy d'Espagne ii'cd uyaut fait uuUc difiîciiltv,à cauM de c« t[iii avoit c^lé urrrat^ longterapf auparavant quand le duc d'OMoiiue paua i hi> ri* pour aller en Flandre : car n'ayanl pas voulu voir IrroT HcsnE-le-Gnind,»*!! do le fauoit couvrir comme bÛDÎt le rov d'Espagne; le Ruy, (]uuyt|u'il n'aiinaal M» à laisser introduire di-a uouveaulîit â l'appelil de* EiÇttgiKiU, consfntiiit nt-anuioinft eolin à celle là, sur TaMurance qiie l'ainbaMadeur d'Espagne luv donna que I Wrav d'E^agnc ftroit aut^y cunvrir tous In ducs de I Fonce, toulu» les fois qu'ils *e troiiveroicnt devant lay. L Qk^uts uns ont pensé (fi*e li- Boy l'avoit eiieure fait^ 1 ^peor <fue sans cela les grands d'lis|i.i|*ne flamaniU lent le voir quand iU iroirnt en l'^iagœ ■ ce qu'il ât pai voulu, pn-tendant, par le» bonneacbem I fi'B ieor feroil , lea rendre plus sensibles aux mauvais Dents qu'ils y recevoient ordinuiremeol, et le» I Ai^nulant de cette douMnation, leur faine désirer la :,qui cstoil bii-n plus douce. Quoy ([u'il en soit, kariuce di^Tingry eu profita, et se couvrir, la Reitie mt déclara qu'elle le Lraituit comme les ducs. Ccst de ce metme patsa^e du duc d'OsAonnc d'où [ ta. veoue la coutume de ae couvrir aux audience» des ■tadcur>, le Roy n'ayant pas creu raisonnable que I (Mbnl tfUe le» sujet» d'uo autre prince géraient cou- ■' tt J-r ^Vtrdm : Cr doc rcntcni Mii |i*r«. cl lui iqcfMiI itnt

tf)4 [1612] MÉMOIRES

\erts flevant luy, les siens eussent la teste nue. Mais pourquoy il n'en donna pas la permission aux ducs et pairs comme aux princes, pour rendre la chose aussj esgale qu'il monslroit vouloir faire, les ducs tenant aussy bien que K s grands la première dignité de leur pays, on a dit que c'estoit en haine de messieurs d^Espernon et de IjaTrimouille, et que le duc de Montmorency, qu'il aimoit, se couvrant comme connestable, il avoit voulu par ceste exclusion mortiGer ceux là qu'il n'aimoit pas; en quoy il se faisoit autant de tort qu'à eux, les roys n'ayant pas moins d'interest que les particuliers qu'il n'y aist rien dans leur Estât au dessus de ce qu'ils y peuvent faire. Quant à ceux qui sont venus après luy, il n'est pas estrange qu'ils n'y ayebt rien changé; car, outre que les femmes qui ont sy longtemps gouverné n'en sça voient pas l'importance, les minorités et les guerres civiles et estrangeres, qu^on a quasy tousjours eues despuis, n'estoient pas des temps propres pour cela. Il y a néanmoins bien de l'apparence que sy le connestable de Luynes eust veseu plus qu'il ne fist, il eust remis les choses dans Tordre, ayant, dès qu'il se vist connestable, résolu démarcher devant M. de Guise, bien que ccluy de Montmorency ne Teust pas fait.

M. de Puisieux arriva à Madrid peu de jours après M. du Maine, pour assistera la signature du contrat de mariage avec qualité d'ambassadeur extraordinaire, non qu'il en fust besoin : mais, par la faveur du chancellier de Sillery son père, il se trouva aux capelleset à toutes les autres fonctions des ambassadeurs, marchant devant M. de Vaucelas, qui n'estoit qu'ordinaire. Mais M. du i>Iaine se contenta de ce qui estoit de sa

D£ FO:(T£?fAT-MAnEUlL. [l6i:i] lG3

commission, et refusa de voir le prince Philibert de Savoye parcequ'il préteadoit de Vallessey tous les ambassadeurs et les grands luy en donnant comme prince du sang d'Espagne; et luy ne le voulant pas faire s'il ne luy en rendoit, parcequ^il estoit de la maison de Lorraine, égale à ceîlc de Savoye.

Le jour de la signature du contrat de mariage, tout le monde quitta le deuil de la reine d'Espagne, qu'on portoit encore; mais les Espagnols le reprirent le lendemain. Le duc de Lerme fust celuy qui mena M. du Maine à l'audience, l'estant venu prendre dans son logis, accompagné de tout ce qu'il y avoit de grands dans Madrid; car ne s'en pouvant tirer aucune couse* quencc, n'y ayant point entre eux de préséance, if» cedeut volontiers à ceux ({ui sont en faveur : ce qui est bien avantageux pour les favoris, qui sont par ce moyen là tousjours les premiers partout où ils se trouvent, et fort commode pour les roys , qui n'ont pas moins de peine en France à régler les rangs dans les moindres cérémonies, qu'à résoudre des affaires fort importantes.

L'on y fust à cheval, le roy d'Espagne ayant fait mener pour tous les François les plus beaux chevaux de la cour : les harnois estoient quasy tous en broderie d'or, et quelques uns avoient des housses aussy en broderie, et traisnantes jusques à terre. Il y en avoit un entre autres du comte de Saldagne, second ûls du duc de Lerme, qu'il presta à M. de Fontenay, qui avoit cousté mille escus, et la housse autant : ce qui estoit beaucoup eu ce temps là, oii le luxe n'cstoit pas tel qu'il est aujourd'huy, ny la cherté de toutes choses sy grande.

106 [l6ia] MEMOIRES

Tous tes Frnni^oîs marchoient entre deux Esp9gnoii qui prirent ceiiic qu'ils conooissoicnt , et les autres comme ils les rencontrèrent , sans regarder à qui ailoit devant ou derrière, excepté le prince de Tingry, qui marcha tousjours immédiatement devant M. du Maine. Us avoicnt eu commandement fort exprès de bien traiter les François, et le faisoient en effet, quoyque ce ne soit pas leur coustume envers toute sorte d*es^ trangers : mais le Roy leur en monstroit Texemple; car encore qu'il n'ostast jamais son chapeau à aucun de ses subjets de quelque qualité qu'il fust, il l'ostoit néanmoins à tous les François, quand il en reneontroit par la rue. Et une fois qu'il y manqua, Tayant sans doute oublié, il fist dire, aussytost qu'il le sceut, qu*it les avoit pris pour des Flamands, y en ayant pour lors à Madrid de vestus à la françoisc.

Leurs habillements estoient des chausses à bande, en broderies d'or et d'argent, avec la cappe, l'espce et la toque; et pour ce jour là il n'y avoit autre différence entre eux et nous, sinon que leurs chausses estoient les plus longues, allant jus({ues sur les genoux, el les nostres ue passoient point la moitié de la cuisse: mais pour ceux qu'ils portoient tous les jours, quoyque ceux des François ne fussent pas sy raisonnables qu'ils ont esté despuis, leurs dames les trouvoient bien plus à leur gré; et en effet les Espagnols ressembloient plnstost, avec Icui^ longs manteaux et leurs courts çlieveux, à des gens de robe ou d'Eglise, qu'à des cavalici*s. Us a voient aussy des pierreries, mais non pas taiit uy de sy belles qu'il y en a en France.

Quand on fust arrive au palais, M. du Maine et M. de Pnisieux entrèrent dans une chambre où ilatroii-

DE FONTEIIAT MARËUIL. [l6ia] li)^

yereot quelques uns du conseil, desputés pour leur voir signer le contrat de mariage; après quoy M. du Maine allu dans une grande salle au milieu de laquelle lestoit le Roy, en un lieu un peu eslcvé et sous un daix, ayant l'Infante à son costé. Toute la conr y estoit aussy; les dames du palais, à leur ordinaire, contre la muraille. Il n y enst personne cpii n'allast baiser la main du Roy et de rinfante, comme il se pratique en toutes les og* casions de réjouissance , marchant en fort bon ordre , et se mettant à genoux; mais il y paroissoit sy peu de gens, que nous, qui estions accoustumés à ces confu* sions de France dans les moindres cérimonies, nou^ en trouvasmes surpris, cela ne rcspondant pas, ce nous sembloit , à la grandeur d'un tel roy.

Pendant qu'ils estoient occupés à cela, qui dura as« sezde temps, afin que M. du Maine ne demeurast pas mutile, on le Gst parler à une des dames du palais, nommée dona Caterina de La Cerda , la plus galanle de toutes , qui est ce qu'on appelle en Espagne avoir liigar, qu'on envoyé demander aux dames par les me* nins , qui sont de jeunes enfants des plus grandes maisons, nourris auprès des reines, et quelles peuvent donner ou refuser à qui il leur plaist; et ceux à qui elles le donnent se couvrent, bien qu'ils ne soyent pas grands, le Roy le permettant ainsy en faveur des dames, qui ont plus de privilèges en ceste cour là qu'en toute autre du monde.

Tout le temps que M. du Maine demeura à Madrid, il ne s'y fist nulles réjouissances publiques à cause du deuil de la Reine, ny rien de remarquable en sa considération, sinon une cavalcade despuis le palais jusques a un jardin du duc de Lerme, qui est à l'autre bout do

l68 [1612] MÉMOIRES

ia ville auprès du Prado, ou M. du Maine marcha à la gauche du Roy, et quasy vis à vis de hiy : ce quMls faisoient fort valoir, et disoient estre une bien plus grande faveur que toute» les dansés, combats de taureaux, et autres galanteries qu'on eust peu faire, personne que luy ne l'ayant jamais eue.

Le temps de partir estant arrivé, il prist congé de Leurs Majestés; car l'Infante fut traitée de reine dès que le contrat eust esté signé. 11 envoya à dona Caterina de La Cerda une enseigne de diamants fort belle; et passant par l'Escurial, Ségovie, Valladolid et Burgos, où il rentra dans le grand chemin, s'en alla, dès qu'il fust en France, le plus diligemment qu'il peust', ayant avis que les choses commençoient à se brouiller dans la cour.

Arrivant à Bordeaux, il y trouva le duc de Pastrane, qui venoit de Paris pour signer le contrat de mariage de Madame et du prince d'Espagne. Ils se visitèrent; et M. du Maine commença, parccque c'estoit en France, dont il devoit faire Thonneur. Ils se fussent bien peu rencontrer en allant auprès de Burgos, estant tousjours party plus tard, et marchant plus doucement que M. du Maine : mais il ne voulust pas se montrer avec la petite troupe qu'il avoit, et quittant le grand chemin, envoya son frère en faire des excuses, disant que par malheur il sVstoit destourné, dont il avoit un

extrême regret.

Je ne parleray point de ce qui se passa à Paris pendant son voyage, le laissant po^r ceux qui y estoient; mais je diray seulement que beaucoup de gens, et mesme des estrangers, oui trouvé fort à redire qu'on l'eust fait mener à l'audience par un prince du sang

DE 903ITSNAT-MABEII1L. [l6ia] i6q

comme le prince de Conty (0; et qu'il se fiist laisse traiter d'excellence pendant que le prince Philibert , qui n'estoit du sang d'Espagne que par sa niere, ne voulust pas non seulement mener M. du iMaiue, mais le voir, s'il ne luy dounoit de l'altesse, en neVecevant que de rexcellence , comme les grands d'Espagne et tous les autres ambassadeurs faisoient. Je sçay bien qu'il y en a qui l'excusent, en ce que ne luy donnant aucun titre, et ne luy disant que vousy il y mettoit assés de différence; mais je pense pour moy que c'est qu'en France on ne songe point du tout à ces choses là, où les estrangers n'en obmettent jamais pas une, pour petite qu'elle soit, et s'eu prévalent après contre nous. J'en pourrois donner beaucoup d'exemples , mais je les réserve pour un autre lieu.

Au reste, parcequ'on ne va pas aussy ordinairement en Espagne qu'en France, en Italie et ailleurs; et qu'estant comme en un coin , et séparée du reste du monde par la mer ou par les Pyrénées, on n'en a, ce me semble, guère de connoissance , j'ay pensé que je devois faire icy une petite digression pour dire ce que j'en ay appris dans ce voyage et despuis.

Le roy Philippe troisième, qui régnoit alors, estoit un fort bon prince, craignant Dieu, et d'une vie sy exemplaire qu'on ne luy remarquoit aucun vice. Son principal divertissement estoit dans sa famille ou à la chasse, se deschargeant du soin de ses affaires sur les

(') Comme le prince de Conty: Le duc de Pastrane fut conduit le i6 août i6ia à la première audience par le duc de Guise; mais h celle du 25 août, dans laquelle le contrat fut signé, ce fut en effet le prince de Conti qui fut député pour conduire Tambassadeur au Louvrt^ f f'oYi'z le Mercure françois , t. a, p. 4^6 et suiv. )

170 [l6ia] BliMOIRES

conseils , et sur le duc de LfCrme son favory , qui ee avoit la principale direction ; lequel , afin de jouir paisiblement de sa bonne fortune, avoit voulu la trêve de Hollande et les mariages de France. De sorte qu'il est bien vraysemblable que sy ceux qui ont gouverné après luy eussent esté de son humeur, toutes les guerres que le Roy a despuis eues contre eux ne seroient pas arrivées, et il auroit eu loisir d'achever ce qu'il avoit qr bien commencé contre les huguenots , et dont il ne fust diverty que pour s'appliquer aux affaires d'Italie, oii il se vist nécessairement appelé.

La manière dont les roys d'Espagne sont servis daos leur maison , et les ordres qui s'y observent, vienoent quasy tous decelledeBourgongne, que Charles-Quint y apporta et conserva, soit parcequ'il y estoit accouitumé, ou parcequ'il les trouva meilleurs, et pour montrer plus de grandeur que ceux des anciens roji de Castille, estant très certain qu'il u'y avoit point de princes au monde qui usassent en toutes choses deploi de hauteur que les ducs de Bourgongne.

I>es officiers de la maison royale sont les mesmes que dans toutes les autres cours : comme le sommelier de corps , qui est le grand chambellan ; les gentilshommes de la chambre, le grand -inaistre, le grand escuyer, les capitaines des gardes, et les maistres d'hos» tel ; mais avec ceste différence qu'ils y sont beaucoup plus estimes, parceque les roys ne s'y voyant pas sj facilement qu'ailleurs, eux seuls en ont le privilège, et sans demander audience , et particulièrement le sommelier de corps et les gentilshommes de la chambre, qui en tirent de tels avantages qu'il n'y a personne, de quelque qualité qu'il soit , qui ne le veuille estre.

DE FOlITEIfAT-MAREUIL. [l6ia] I^I

Il y a trois compagnies des gardes, de Bourguignons , d'Espagnols et de Suisses; mais la piîncipalle est celle des Bourguignons, qui ne doit estre, tant pour les officiers que pour les gardes , que de gens du Pays-Bas : les deux autres ont des officiers espagnols. Ils ne gardent point les portes dans les cérimonies comme il se fait en France, le grand-maistre et les maistres d'hostel commandant dans toute la maison.

La Reine a une merveilleuse quantité de femmes auprès d'elle, et plus, je pense, qu'aucune autre du monde, parmy lesquelles sont celles qu'on appelle danies du palais^ qui sont toutes des principalles maisons d'Espagne : cela estant tellement affecté pour les grandes dames, que le comte d'Olivarez (0 y en ayant fait entrer une qui n'estoit pas de la condition des autres, elles la persécutèrent sy fort, que voyant qu'il ne la pou voit pas maintenir, il la maria, pour l'en retirer honnestement. Or ce qui rend ces places sy recherchées par œs dames, c'est qu'elles en sont bien mieux mariées, le Roy leur donnant tousjours quelque chose de considérable , et qu'elles peuvent après aller voir U Reine sans demander audience : ce qui n'est permis qu'à elles seules, et est fort estimé pour les femmes, aussy bien que pour les hommes; et en effet c'est une espèce de récompense pour ceux qui ont servy, que de recevoir leurs filles dans le palais. Ceux qui les espousent doivent estre pour le moins marquis ou comtes, qui sont des titres bien plus estimés en ce pays là qu'ils ne sont aujourd'huy en France; et on les donne à ceux qui ne les ont pas, afin qu'elles soient tousjours

(^) Le comte d*Oîivarez : Gaspard Gusmaii, comte d*01iTarè3, minutrede Philippe iv.

ty2 [i6ia] MÉMOIRES

traitées de seigneurie, comme pendant qu'elles sont dans le palais; les Espagnols affectant sy fort ces manières dé parler, et y prenant tellement garde, qu'une personne à qui il appartiendront de lexcellence ou de la seigneurie ne souffriroit pas qu'on luy donnast moins, et ce seroit assurément la plus grande offence qu'on luy pourroit faire. J'en ay veu, estant avec eux, des choses tout-à-fait surprenantes, et qui paroistroient extravagantes en tout autre lieu, mais qui là sont ordinaires, et ne se condamnent point.

Nuls hommes n'entrent jamais dans le quartier des dames, et on ne les voit que quand la Reine se montre en public. Sy c'est dans sa chambre, ceux à qui elles en donnent permission (car cela despend d'elles) leur peuvent parler; mais sy c'est dehors, il est difficile, à cause des garde-dames qui y sont continuellement pour les observer, et empescher qu'on s'en approche.

Geste cour n'est pas grande conmie celle de France, et on n'y en voit mesme point d'apparence, sy ce n'est quand le Roy sort pour aller à la messe, ou par la ville quand il se fait des resjouissances publiques, quelque cérimouie, ou enfin les jours des conseils, beaucoup de gens allant en ce temps là au palais à cause de leurs affaires. Hors de là , il ne paroist quasy personne devant ny dedans, et il ne sembleroit pas que ce peust estre la maison d'un tel roy.

Quant à la manière de gouverner, establie de longue main , elle est sans doute la plus belle du monde, et la moins subjecte à faillir sy elle y est bien observée. Les conseils en sont comme l'ame, d'oii dérive tout ce qui se fait de bon. Il y en a d'Estat, de guerre, d'Arragou, de Portugal (car il y en avoit tousjours eu un despuii

BB FO!ÇTE:«AT-^tAREUIL. [1612] Iji

la reunion des Indes), des finances et des ordres, les- (juc!s ont la direclion de tout ce qui concerne la monarchie. Personne n'y doit entrer sans avoir auparavant passé par d'autres emplois; de sorte qu'ils n'y viennent point apprentifs des interests de la couronne, et que, prenant mesme l'esprit de celuy où ils entrent quand ils sont consultes, comme il se doit faire sur tout ce qui est de leur département devant que de rien résoudre, leurs opinions sont tousjours conformes aux vieilles maximes, et pour continuer les choses desja commencées, et jugées bonnes et nécessaires. Et ils s'y tiennent sy fortement attachés, que le temps ny aucuns accidents ne les font point changer, comme il se voit flans les desseins qu'ils firent dès le vivant de rcmpcreur Charles-Quint contre la France, qui est la seule capable de leur tenir te:. te, et d'cmpescher l'establissement de ceste monarchie universelle à quoy ils aspirent, les ayant tousjours despuis sy bien continués et sy constamment poursuivis qu'ils en ont souvent quille Jenrs propres interests, et mesme de fort pressants, ayant, pour faire la Ligue et la maintenir, espuisé tout l'or des Indes et abandonné la Flandre aux Hollandois, qui ne se relevèrent du mauvais estât où le duc de Parme les avoit réduits que par les voyages qu'il fist en France.

Ensuite de quoy, ayant desbauché le mareschal de Biron lorsqu'il fust jurer la paix à Bruxelles, et promis de grandes récompenses à Mairargues et autres qui s'offroient de leur livrer diverses places considérables, ils ont encore, du temps du feu Roy, fomenté les divisions de la maison royale, receu en Flandre la Reine mère et puis Monsieur, et hiy ont mesme enfin donné

Ij4 [l6ia] llBMOiRfeS

des troupes pour eutrer en France, et y faire une guerre civile.

Et quand la paix, s'est faite , ils ont baillé de leurs propres places pour faire reudre à M. le prince tous les gouvernements et les charges qu'il avoit devant que d'estre allé avec eux, et luy ont encore payé et aux siens tout ce qu'ils leur avoient promis; manquant plutost à ce qu'ils dévoient pour le mariage de la Reine, et à tous leurs besoins pour la guerre de Portugal, qu a la parole qu'ils leur avoient donnée. Ce qui ne peust estre fait que pour gagner tant de crédit sur luy et sur tous ceux qui seroient à l'avenir capables de se révolter et de s'attacher à eux , qu'ils n'en fissent point de difficulté quand l'occasion s'en presenteroit, voyant par cest exemple qu'ils ne basarderoient rien , et qu'il ne leur en pourroit arriver aucun mal : qui est une prévoyance aussy glorieuse pour eux que honteuse pour ceux qui l'ont soufferte , pouvait en tirer quelque jour de grands avantages. Il ne se fait rien de semblable dans toiTS les autres pays, mais eu France principakinent; car n'y ayant point de conseil réglé ny qui soit stable, mais tel qu'il plaist à ceux qui gouvernent, oa ne change point de roys ou de favoris qu'on ne cbanfe aussy de desseins, ne s'y vivant jamais que selon l'in* terest pt*esent de ceux qui ont le pouvoir, comme il s'est veu dans tous les siècles passés, mais encore bien particulièrement dans celuy-cy, où le cardinal Mazftrin n'ayant pas voulu faire la paix à Munster, bien qu'elle peust estre sy avantageuse, parcequ'il luy faUoit de quoy donner tant d'occupation à M. d'Orléans et i M. le prince , qu'ils ne pensassent pas à traverser son crédit et le grand pouvoir qu'il avoit auprès de la Reines

l'a aruiiDoiiis votiloc des qu'il s'r»l crou sv **«cuiv

de b boDoc voloDtc au Roy qu'il n'avoit plui rim a criiodiv, moore <[uv ce Tu»! avec de* conditions bien que crll«s qu'il avntt refuï^ts, « qu'on vi»l t qu'on pourroilen fort peu drlmnp» pn-ndrr IMIf la Flandre, et sosler ceMi- rapine qui a fait jus* ijoa icjr lant de mal; parccipi'il croyolt y trouver lairca >ua cooiple el pouvoir beaucoup davantage ucmiatre tes trôon, qua^qu'ils iie ftuitent doija que bafi grands, dans la paii que dans la guerre : ce qui ww«eo»bl»btcnieot ne m: seroit pas fait s'il y avoit (■ am ooQseîl réglé, «I où il cnst fallu avoir l'avis de pbuirars.

Or, pour revenir h c-e» consultes, encore que les tins ne soient pas obligés dv. faire totit ce qu'elles di- ■Bt, Dcamnoins conune it n'arrive guère qu'ils fassent Mmncnt. priacipalemeotdans les cbusesim[>onantos, a^n'y roit-on pas prendre lé^crcmenl le change, ■f anqucr de pali<.'nce ou de ronrageqiiaiid il en faut mir;d'oij sont venus tous ce« grands avantages qu'ils M a» sy longtemps sur tout It rcslr du monde, (joe ^éias ces dernières guiTre« il s'y e<it veu quelque iotorruption, c'est sans doute ouln^ la |itiissunee de kFranoe, qui s'est trouvée bi<-n plus grande que par k païaé, parcei{ue le cointi-. d'Olivarcï, renversant bot le« anorosordm, a voulu tirer tout ii liiy; et sv pnrtant il nu leur cti e»t pas arrivé tout le mal qui sc ikrmi, tant ils »e »out peu cstonnés dauM toutes leurs disgrâces, et que leur ancienne conduite avoit trJlenent préoccupé l'esprit de tous leurs amis, qu'ils ne kar Mit point manqué, ne pouvant croire ce qu'iU du tiioins qu'il peust durer, et que leur

176 [l6l!2] MÉMOIRES

sagesse et leur habileté ne prévalust eufiii par dessus leur mauvaise fortune.

Au reste , ce qui se fait pour les affaires générales se fait presque tousjours aussy pour les partittilieres, ceux qui ont servy estant obligés d'en tirer des certificats, et de les porter h celuy des conseils que celi regarde, lesquels en tiennent mémoire, pour dire quand il y a quelque chose de vacant, ceux qui y sont ks plus propres. De sorte que les roys ne sont jamais sans sçavoir ceux qui les ont servis, ny les particuliers qui n*ont point d'autre recommandation que leurs services^ sans eu pouvoir espérer à la (In récompense : ce qui est un puissant aiguillon pour exciter à bien faire. Je ne dois pas oublier de dire que ces consultes sont d'un sy grand poids dans Topinion publique, qu'il n*j a point de favory, quelque puissant qu'il soit, qui ne croie en avoir besoiu pour autoriser ce qu'il fait, le comte d'Olivarez mesnie les #yant tousjours enyc^ demander; mais il est viay aussy qu'il avoit tourné les choses de telle sorte, soit parceque tous les conseillers estoient ses créatures, ou parcequ'il faisoit certaines juntes où il ne mettoit que des gens despendants de luy, qu'on netlisoit jamais que c*e qu'il vouloit.

Les places dans ces conseils sont sy estimées, que les viceroys de Naples et de Sicile, les gouverneurs de Flandre et de Milan, se tiennent bien heureux quand à leur retour ils sont faits de celuy d'£stat ; et ainsydes autres à proportion. Chacun a son président , excepté celuy d'Estat, qui n'a que le Roy. Le président du conseil de guerre est tousjours de celuy d'Estat, pour la grande relation qu'il y a de l'un à l'autre, et le grand besoin qu'ils ont de se bien entendre; et il me semble

OK FONTENAT-MARSUIL. [1612] I^J

avoir ouy dire que la naissance ny les dignités n'y donnent aucune préséance, mais l'ancienneté : ce qui a esté très sagement estably, s'il est véritable, pour les inconvénients qu'apportent bien souvent ces préférences dans toutes les assemblées.

Entre tous les avantages qui se trouvent en Espagne, celuy des trois ordres de Saint-Jacques, de Calatrava et d'Âlcantara est un des principaux, et qui luy est tout particulier; car ils ne sont pas, comme celuy du Saint-Esprit, de la Toison et autres, pour l'honneur et sans profit , ny comme celuy de Malte , qui empesche de se marier; mais ils ont beaucoup de commanderies, et plusieurs entre autres de très grand revenu; desquelles les roys d'Espagne disposent en faveur de qui il leur plaist , mariés ou non : de sorte que, les donnant pour recompense à ceux qui les ont servis, ils en deschargent d'autant leurs finances, et contentent plus ceux qui les ont (la jouissance en estant facile et assurée, et qui n'oblige à aucune subjectionny solicitation) que ne feroient des pensions qui vaudroient beaucoup davantage. Cela fait encore que l'ordre de la Toison, que les roys d'Espagne portent, et qu'ils ont eu de la maison de Bourgongne, est en plus grande vénération; car n'y ayant que fort peu d'Espagnols qui le veulent, les ordres de leur pays estant plus utiles, toutes les autres places ne sont gueres données qu'à des souverains, ou à des gens de très grande qualité.

Les commanderies estoient dans le commencement des abbayes possédées par des abbés et des moines qui avoient un général; mais comme les Mores ont tenu longtemps la plus grande partie de l'Espagne, et qu'il falloit, pour se deffcndre d'eux, que tout le monde 5o. 12

l8o [16*12] MÉMOIRES

iTiaistres par-tout oîi ils sont, cela arrive encore, à ce qu'ils disent, parceque la couronne de Castille estant beaucoup plus considérable que les autres, tant enestendue de pays qu'en force d'hommes et en richesses, elle contribue aussy beaucoup plus que tout le reste pour le soutien de la monarchie, n'ayant point de ces privilèges qu'ils ont en Arragon, Valence, CatalongDC et Portugal, et s'y faisant toutes les levées que Ton veut. De sorte qu'il est, se disent-ils, bien plus raisonnable que l'autorité et tous les principaux avantages soient pour ceux qui portent tout le fardeau, que pour ceux des pays dont il ne se tire presque rien , leur ayant esté plusieurs fois offert que pourveu qu'ils voulussent renoncer à leurs privilèges et partager les despenses, qu'ils partageroient aussy les honneurs. Mais ils ne l'ont j«* mais voulu, voyaut sans doute la perte assurée et le profit fort incertain, à cause de Thumeur des Castillans.

Le roy Philippe second osta bien aux Ârragonnoîs le plus grand de leurs privilèges, et par lequel ils moderoient par trop l'autorité royale; mais il n'osa les pousser jusques au bout , et toucher à celuy de n'y rien lever sans l'assemblée des Estais ; et dans ces derniers temps \a Catalongne ne s'est révoltée que parcequ'on le vouloit faire, et la réduire au pied de la Castille, ou, comme disent les Catalans, de l'Estat de Milan; mais pour les choses communes, il ne paroist dans les pays estranges, ny dans l'Espagne mesme, aucune différence entre eux.

Quant aux autres pays, parmy lesquels je compterû le Portugal, parcequ'ils le tenoient encore pendant que j'y estois (0, il est dans un mesme continent que la

(<) Pendant quê fy estois : La réyoladoo de Portngily qui r«pliçt Ji maison de Bnganoe tor le trône» eat lien en 1640.

*iiF.tiiL. fitiiaj i8i

plusîetm costn;et u-peateUe «version pour les Ca»- !Con(l,qui les conquis! , vovunt fi'il De les pourroit jamais accorder s'ils avoicnt quelmat thosc a dmwslrr, %'ontn<>L pour y remMlicr, et mclre sa domîiialiun plus agréahtc, les ti-aiter conum: ftâwifiU leurs princes naturels, ordonnant, par le nglaneiil qa'il fist à Lisbonne en l'iinnéu 1 58 1 , que le Indes cl tout ce qui despcndoit de la couronne de Portugal serait gouverné par les seuls Portugais, oe iknoant autre chose aux Castillans que le cliasteau qui st à rentrée de la rivière de Lisbonne, et celuy de Ctieais : oe qui les contenta et tînt les choses en pais , JBsques à ce que la nécessité des affaires causée par lus gncTTcs de France les pressa sy fort, que le comte d*0lintrez y ayant fait faire plusieurs levées extraordinaires, et divertj les fonds destinés pour 1rs Indes et poor le Brésil, ils secouèrent le joug, et prirent pour reyeduy » qui vcrîlablcmentla couronne uppartenoit, tiuT qu'il sera dit cy après.

La Flandre et ce que les Espagnols ont en Italie SMtf des pays fort eslongnés les uns des autres , scitués ■ai dÎTers climats, d'humeurs et de coutumes enlielaneat opposées, et ucquises par de* voyes fort difTe- RDtGS, tout ce qui est du Pays-llas estant venu par nariage, et l'Italie ]iar conqucste, tant des roys d'ArngiMi que de l'empereur CharIcs-QuinI ; austy furenttUcs gouvernées fort diversement tant que cest empereur ictcusl, Uailant l'Italie comme un pays de conquesie, mais les Flamans à l'égal des Espagnols; et quand il céda SCS Estais au roy FhiHppc son (ils, il luy reconi- I wanilt bteo expressément d'en faire de inc&nie, sans

i8a [i6ia] mémoires

quoy il les perdroit. Cest avertissement toutefois ne luy servist de rien; car ayant tousjours esté nourry parmy les Espagnols, il en avoit sy bien pris les humeurs et les maximes, qu'il mesprisa le conseil de son père, et en usa de telle sorte dès qu'il se fust retire en Espagne, que se joignant à cela les différents survenus pour la religion, et la trop grande rigueur du duc d'Albe (0, il eo arriva, comme on luy avoit prédit, la révolte de toutes les provinces, et la guerre qui a donné naissance à U république de Hollande. Ce qui n a pas néanmoins tellement corrigé ses successeurs, qu'ils ne traitent encore ce qui leur en reste le plus approchant de la manière qu'ils s'estoient proposés, et qui est naturelle à tous les Espagnols, ainsy qu il s'est veu il n'y a guère eo la mort du duc d'Ârshot C^), et en plusieurs autres occasions : et sy ce n'estoit le voisinage de France , il est certain qu'ils le feroient tout- à-fait.

Quant à lltalie, ils y ont encore beaucoup enchei^ par dessus Charles-Quint; car estant gouvernée par lo viceroys de Naples et de Sicile , et par le gouvemeor de Milan, avec une autorité égale à celle des roys, eUe leur est laissée comme en pillage, les conseillers d'Estit et tous les officiers de justice qui y sont en ayant sans doute leur part. Les chasteaux ny toutes les autres choses considérables ne se donnent quasy jamais, comme j'ay desja dit, qu'à des Espagnols; et il y en a ordinairement pendant la paix trois mille ou environ

(0 Du duc étÀlbe : Ferdinand Alvarès de Tolède, dac d'Albe, Tao des plus grands généraux du seizième siècle , mais dont la gloire a été touillée par les plus horribles cruautés. Il mourut en x58a. — (>) Ik due ttArshot: Député des Provinces-Unies k Madrid, il fut arrêté comine on criminel, et mourut en prison en 1634» non sans le soupçon de poison.

DS pon»AT-M*«iciL. [i6ia1 |g3

dui le ro^-^ume de Kaplea ; deux mille dans I'E«tiit de AlJian, et qiid<]uu douxc c«nu dans la Sicile.

Miis parcetju'uri sv petit aoiiilirtt ne «iifGroit pa» poar iuibrcerà denieurrr dari» le. devoir, vt qu'ils ne pouTToical p«s y en tenir aulant qu'il faudroil um y enuommer la pluspart de cr qu'ils eu tirent qui leur ot nécessaire adieurs, ils y suppléi-ut par la plu» itoe politique qu'iU avenl, ne manquant à aucune de& pré* oulioDs qu'il faul prendre puur s'a&siirer, et ne se pounat pas dire d'eux ce qui »e dît c^oinmiméinent de la FnBoe,que Dieu y fiait tout, i^t Ich homme» rieu. Cntr ■li agissent quasy eu toutes clio se» comme s'ils ne s'al- (mdoieot point à luy, et que le plus seur fusl tousjours le meitleur et le plus juste, le Roy et le consed autorâut sy fort ceux qu'ils y envoyent , que, quoy qu'ils fient T ils ne les désavouent jamais; de sorte que le pis qu'a leur petist arriver, c'est (l'eslre retirés au bout de trais BBS, et nou pas plustost, de peur de décrediter Inr pnvemenieiit.

fom parvenir à leurs fias, ils ont certaines maximes doal ils ne se despartent point, comme eutrc autres it ne pardonner jamais ce qui se fait contre l'Estat , or contre eux en particulier; de rabaisser autant qu'ils fmnent les grandes maisons, et d'en eslever de nou- (tBas en leur place , qui estant sans crédit , ne leur paiBsent nuire, ny donner de l'ombrage; de punir les simples soup^ns , et en imposer mesnie bien souvent, fond ils n'en ont point de subject, à ceux qui se Kadenl ti'op pui-^sants; et enfin de semer partout de U division entre la noblesse et le peuple, et entre les psads et les petits, favorisant les uns ou les autres, trfoo qu'il est expédient pour faire durer la mauvaise

l84 [1613] MEMOIRES

intelligence; préférant néanmoins ordinairement U noblesse au peuple, comme en ayant moins d'appréhension. Et ce qui est de plus merveilleux, c'est que cela leur est tellement naturel, qu'ils le font quasy tous également , n y ayant presque point de différence entre ceux qui se conduisent eux-mesmes et ceux qui se laissent conduira par leurs ^ens , le moindre petit secre> taire le faisant presque aussy bien que le plus habile viceroy. C'est ce qu'ils font plus communément dans lè royaume de Naples qu'en tout autre lieu , à cause qu'estant fort peuplé, et l'humeur des Napolitains toate propre pour les révoltes, ils n'y pourroient pas subsister, n'ayant presque point de forteresses, sy tout le monde s'entcndoit bien.

Or its*divisent principalement la noblesse et le peuple par le moyen des impositions, parceque, ne s'ea pouvant mettre dans Naples sans le consentement de ce qu'ils appellent les seggesi^)^ qui sont comme kl quartiers de la ville, dans lesquels, quand ils sont assemblés, les gentilshommes ont trois voix et le peuple seulement deux, il arrive tousjours qu'en gagnant qu^ qu'un de ceux qui ont crédit parmy la noblesse, ils leur font faire tout ce qu'ils veulent : ce qui, portant quel^ que conséquence pour tout le reste du royaume, est cause que les peuples ne les regardent pas moins comme ' autheurs de toutes leurs souffrances que les Espagnok mesme, et leur en veulent autant de mal qu'à eux; joial encore qu'ils remettent souvent aux plus puissants h part des impositions qu'ils devroient porter, car en ce pays là tout le monde les paye, le grand seigneur comme le paysan, pourveu qu'ils leur aident à faire payer

(>) Les segges : de ritalien seggio , siège , lieu , quartier.

OB FOHTSRAT-HARfiniL. [l6ia] l85

leurs vassaux. Et pour les rendre de tous points irréconciliables, ils autorisent ou du moins dissimulent sy bien toutes les violences qu'ils exercent sur les peuples [je dis sur ceux de Naples mesme), qu'il faut qu'ils soient bien pressés quand ils en font justice : ce qui Batte tellement l'humeur de ces gens-là , naturellement violents, et qui se laissent emporter à leurs passions, que, ne croyant pas trouver les mesmes libertés sous quelque autre prince que ce fust, ils ne songent pas comme ils- devroient aux mauvais traitements qu'ils en reçoivent en autres choses, aimant mieux estre tyrannisés que de ne point tyranniser.

Quant au particulier de la noblesse, parmy laquelle il y a ordinairement assés de division sans qu'on y en mette, et qui, consommant le plus souvent la plus part de leurs biens dans les querelles, les desbauches et autres despenses superflues, et ne songeant qu'à cela, ne sont pas beaucoup à craindre : sy pourtant ils en soient quelques uns d'autre humeur, et devenir plus riches et plus accrédités qu'ils ne voudroient, ils leur offirent aussytost des emplois onéreux; et s'ils les refusent, font semblant, comme j'ai desja dit, de les soupçonner de quelque crime d'Ëstat, pour avoir prétexte de les mettre en prison, ou les contraindre à quitter le pays : pendant quoy la justice entre en possession de tous leurs biens, et en demeure saisie jusques à ce qu'ils se soient purgés. Ce qui n'arrive guère, principalement aux personnes de grande qualité, qu'ils n'ayent esté en Espagne pour se justifier, où ils achèvent de se ruiner par le long temps qu'on les y retient et les despenses qu'il y faut faire, encore qu'ils ne joui»» sent pas de leur bien.

l86 [1612] MÉMOIRES

Et afin, quand ils veulent finir la persécution, qu'on l'oublie, et qu'on les remercie roesme plustost que de chercher à s'en venger, ils prennent le temps du partement d'un nouveau viceroy ; et montrant que c'est à sa prière et en sa considération qu'ils leur pardonnent, ils les reuvoycut avec luy, lequel leur redonoe la liberté et les biens : de sorte que luy devant, ce sem* ble, l'un et l'autre, et en recevant encore après plusieurs autres faveurs, ils ne sçauroient pas estre contre luy tant qu'il y est; et quand il s'en est allé, la chose estant vieillie et la colère passée, il ne s'en est pomt trouvé jusques icy qui s'en soient souvenus, et qui n'ayent plustost voulu vivre en repos que de s'engager dans de mauvaises affaires, où ils ne pourroient que succomber.

A quoy j'ajouteray une chose bien extraordinaire» ce semble, mais qui est pourtant fort véritable , et qui montre bien le soin excessif qu'ils ont de prendre leun seuretés à quelque prix que ce soit : c'est qu'on n'eit pas mesme asseuré avec eux en bien faisant, sy 00 ne le fait par eux et à leur mode; estant tellement jaloux que d'autres qu'eux ayent du pouvoir, que dès que quelqu'un en montre, encore que ce soit en ks servant et qu'ils en tirent de l'avantage, ils ne laissent pas de là de conjurer leur ruine, et de les ruiner en effet aussytost qu'ils peuvent, pour ne rien hasarder, et ne laisser personne en pouvoir de faire contre eux ce qu'il a fait en leur faveur, s'il changeoit de volonté.

C'est ce qu'on leur a veu pratiquer deux fois en ces derniers temps : Tune en la personne du comte de Conversane, de la maison d'Aquavive, lorsque le viceroy, l'accusant quoyque faussement d'avoir intelligence

DK FOirrESAT-MAMBSIL. [ifiluj I S-

avK l«s François, le pmt prisonnier, vl le fut nM>n«r

m E^ia^c, d'où il oe revint ([u'svec ('), El

Yuitn ea celli: do dur. de Mat;ilone; r-ar ciicrorf que KM crédit auMv bien <pi«r son exemple eusM-itt extt* les Mal» caïues que la noblaw !i 'assembla, sy diligfm- ■fBt et en ty grand noinbn>, pour bloqurr Napics du eotti de la lerre dans les révolutions de l'aiion: iC47i it qu'ils pctmcnt nnjieschcr d'y portier An vivrrs des iSm voùiocs, sans r^noy c<*rtain<finent Ii-h IvtpagnuK ■y Mnrient jamai.« ivnlrM, il* n'ont pas néanmoins kM, dès tfa'tis %f soot veiiH dedans, àc le tetlrmcnt pnrmier, qu'il en est enfîn mort de desplaisir.

El parcequr rv rovaume, ai,-ant edlé lon{{temps po»lalr par les ducs d'Anjou, appartient certainement VX roys de Fruncc leurs legiiiines lienliers, les F.spapok n'en pstniit que le* usurpateurs, et qu'il reste «{■d^ocs gens de* nnt qui leur ont niê affectionnécA. 1»'«0 appelle encon* nujourd'hiiv à carrse de cela imjncKr, ils s'atlaciient lonsjours pliK ii cens-l:'t qii'iiiix Wm, et ta&i-heiit autant qu'ils peuvent d'v faire ou> tterte nom françois, et d'en osier la m>^morre. M»i.i llenr sera rnipossiMe, qiioy qu'ils puissent faire, puis- ^qiund le* liommes ne le dimienl pas , les escritures âW pierre» mesme parleroient ; toulM leurs loîx. leurs IRtili^ et les principales choses qu'ils ont , tant pour

MbacBi tlt»ri* , rfa'il etî inipouililp 'le In liT. I/aulriir iiiiliqur VyJBii DiM^te i' Aqaai'nt d'Amguo , coraïc de Convcnano , da «i- •H lia due d'Air! Ma |t*r>, CmIp im<Min aToil rr* di^millf'f do •«■ ti^pmi OutUê^aiol , parer ([no •on cèief ■votl *Hi*i ta patli dp hFnaar. Lf comia de ConterMuo ûl d'uiuliW flïurti pour mva- *> la faânu de m famille, qui ^to>«itI tilui* dam le nij'ium* de

l88 [loin] MÉMOIRES

ia magnificence que pour l'utilité publique, venant d'eux, et des Espagnols les ruines et les impositions.

Tous ces viceroys et gouverneurs vivent avec use merveilleuse ostentation , et le viceroy de Naples particulièrement, qui ressemble plus à un roy qu'à un subject; d'où vient que le dernier duc d'Albedisoit, quand il y estoit : De Napolis al cielo ; comme sy on ne devoit plus vivre sur la terre après y avoir esté.

Or les Espagnols ne sont pas seulement oonsideréi en tous ces pays là dans les personnes de ceux qui y commandent, mais du moindre qui y va; ne s^en voyant guère, quelque pauvre et desnué qu'il soit quand il j arrive, qui ne devienne bientost riche et redoutable i ceux du pays : je dis en Flandre mesme, n'estant pas moins subjects de toute la nation que du roy; et c'at ce qui semble de plus rude dans leur domination.

Au reste, ils haïssent de telle sorte les estrangen, qu'encore qu'ils en ayent esté sy bien servis qu'ils lev doivent quasy toute leur plus grande grandeur, n'ayant eu de capitaines renommés de leur nation que don Goacales de Cordoua et le duc d'Albe, et des autres one infinité , ils les ont pourtant à la fin tousjours fort mal traités, ainsy que les marquis de Pescaire del Vasto, quoyque descendus d'Espagnols, Ferrand Gonaagne, le comte d'Egmont, le marquis Spinola et autres^ le pourroient bien tcsmoigner, aussy bien que le duc de Parme , et tous ceux dont on les soupçonne de s'estre desfaits par des voyes secrètes. Mais ils les mespriseat encore plus qu'ils ne les baissent , voulant bien que lo choses les plus estimées parmy eux soient avilies, et per dent tout leur lustre et leur principale consîdéiatioo quand elles sont sur la teste des estrangers, mettant

OK ronTSXAT-MiBinit.. \t6t'i\ 189

ne aianifeste differeno* entre les grands (]'Es|iJigiir (^pifOoU et les italien», comme il se voit en Alleina> gae, où ils soufTrent que ['Knipereur ne les fasse pas cMivrir coinmeeux; joint qu'ils prennent rarement de leurs filles en mariage , celle du marquis Spiiiala , c[uoy- ^tns riche, ayant r^é contrainte, apri-s avoir vieillv êtes le palais sans ({u'auctia grand en voulust, de prendre le marquis de Leganès, qui n'avoit alors rien le coDsitl érable que la parenté du comte d'Olivurez.

Dcspuîs que l'hcrràie a commencé, les roys il'EspapK ont fait une grande profession de hons i^atholî- ^ocs, ne souffrant point d'hérétiques dnns tous leurs Edab, et cherchiint, ce seinbloîl. de les détruire pariMt, traitant lous les autres princes d'Iiérétiques, uu iU «n souffroient en leurs pays et ne leur point la guerre, ou parcequ'ils prcnoient at- Imoc avec ceui qui l'estoîent. Mais ceux qui y ont ll^ilî de pt^ ont bien connu que c'estoit autant par ■olâei que par zèle de religion , de laquelle ils ne pre- Boieat pas tant de soin quand ils pensoient trouver wma leur compte d'une autre façon : lesmoin Charles- (^ot <.'' dans \interim qu'il fist fjire eu Allemagne fnsd, après qu'il eust contraint le Pape d'excommu- JÏn* le rov d'Angleterre parce(|iri< avoit répudie Sii kii(e(>), sous la promesse de ne s'accorder jamais avec W qu'il ne l'cust reprise : ce qui causa son changement

~f :>I TrtmiHM CharU'-QoiiU : Il Gt iDenrc au bail de l'Empire Jeanf ht^ric , rleclcur àr Soie, qui f*étoi( déclara cher de la ligne pro- M MBito' t il le dépAM^da dr wia Rectorat , et il an iaieilil Manrioe de J lhàlrBboarglcs4fF*rim5j8. —(>)«i(anM: Catherine d'Airagon, ^Lte 4e F«nlâMBii >, roi d'Arragoo. de Caiiille cl de I>on. File fnt ^■'■■riir k 3 fùa 1S09 k Henri Tiit, roi d'Angleterre, qui la rvpndin IV ■ iS3i,paMv>poa*er Aniir dr Baalni

ipO [l6l*ij MÉMOIRES

de religion, et celuy de toute l'Angleterre. Il le fi* néanmoins, à quelque temps de là, pour l'obliger aie déclarer contre François premier, qu'il èust bien plm» tost voulu destruiro que l'hérésie; et quand, après avoir vaincu les Allemands, il donna l'électoral de Saxe à Maurice, aussy grand luthérien que celuy qu'il en ostoit.

Philippe second, suivant les mesmes maximes de son père, empescha, pendant qu'il estoit roy d'Angle terre (0, qu'on ne fist mourir la princesse Elisabeth, comme tous les catholiques anglois le vouloient et r«i pressoient, de peur que sy elle survivoit la reine Maiii sa femme, qui n'avoit point d'enfants, elle ne chai>* geast une seconde fois la religion et restablist rhérénei ainsy qu'elle fîst; parcequ'il craignoit davantage qit l'Angleterre n'allast à la reine d'£scosse (^), qui en cvl' esté rhéritiere , et qui avoit espousé le Daupliin ai France : et le roy Henry-le-Grand assuroit qu'il hf avoit diverses fois offert , pendant qu'il estoit roy de Navarre et huguenot, de luy donner de l'argent pov faire la guerre au roy Henry troisième, quoyque trèi grand catholique.

Philippe quatrième , qui règne aujourd'huy, n'a fm< esté plus scrupuleux que ses pères, ayant, pour obt ger le feu Roy à lever le siège de La Rochelle, entrepril la guerre de Mantouc, et forcé r£mpereur de rendie aux protestants, presque ruinés, tout ce qu'il avoit prii sur eux, afin qu'il peust envoyer son armée en Italie i son secours, et fait en ce mesme temps un traité anc

(i) // estoit roy d* Angleterre : Par son mariage arec la «^nuc ammtmr fille de Henri vin. Il Féponsa en i554 » et la perdit en i558. — C*)Xi reine d'Escosse : I/infortunéc Marie Smart , éponte de Fran^îf it.

M. de Rohan, par lequel il \uj prometloit beaucoup ij'irgent pour luv dontitr mojrtrtidccoulinuer laguerir en Languedoc; de »ortt qu'il n'v a plus prcscatument i)iw les simple» qui s'y laisKut attraper.

Pour ce qui est du pan. cumiiiv je ne prétend» par- Iwquc d« oduy que j'aj vcu, nussy ne dira^-je rien ([lie des deux Ca^tillc», t-t rncuru de» lieux où j'ay esté. liUe» «ODt en reputalîoa d'estre les plus fertiles et les |ln abondantes de tuute ri!;ipagne; et il est certain fi'auUMir de Madrid, el en quel(|iies autres endroits, iyade grandes campagnes de bled et force vi{;i)es, ot fK et qui y croist est Irèi bon : mais au^^y y e» a-t-il (khôeore dlnctilles. el de plus grande eslemlue que lBctillîvée«, dans les([uclle>i un fait bieu du cliemin Ms (nxiver ny vilLige ny maison. El quoyqu'its disent fvoES lieux là ne vulcnt pm moins que tes autres, û MH des oouiTÎtun^ <]ui s'y font, il n'est pourtant (■■M vraisemblable , puisqu'ils sont sy [k.-u liubités.

U s'y a quasy point de châteaux dans b campagne, boi In gentilsliotnnics demeurant dans les vilU»; mais iiMt Bue chose fort rare, ce me semble, daim les pays b, l'air y estant presque partout fort bou , et (naci paiement ii Madrid, où les nouveaux venus n'eu II, ce dit-on, aucune iiicouuno<lité, comme il ! souvent en beaucoup d'aiiln» lieux : et de fuit, !■ on de tout ce qui esloit avec M. du Maine ne s'en ftMva mal, encore qu'où y fusl assés longtetnps, el as les plus grandes chaleurs de l'esté, Ik disent merveille de Lisbonne , Barcelonnc et Séi3e, que je n'ay pas veues; et cela est bien croyable, : des ports de mer : mais [K>ur lotiU-s les villes où jneité, elles ne sont riy grandes ny peuplées; ut Mu-

1921 [l6ia] MÉBIOIEES

drid mesme, où la cour réside continuellement despUB sy longtemps, n'estoit pas plus grande quand nous y fusmes qu'Orléans, et avoit plusieurs maisons dans les extrémités petites et mal basties, dont ils allèguent pour raison les difficultés qu'il y a d'apporter les matériaox, n'ayant pas des rivières propres pour cela, comme il j a en France et ailleurs.

Mais pour ce qui est du peuple, ils disent que c'ait qu'il en est tant sorty, despuis plus de cent cinquanli ans, pour aller aux Indes, en Italie et en Flandre, dont il est certain qu'il n'en revient que fort peu, qal ' n'est pas estrange s'il y est fort diminué; joint que Ymr pulsion des Morisques en a fait sortir tout d'un ooif huit ou neuf cent mille : et de fait les anciens toj% ià Castille faisoient de leurs seuls pays^ de plus graods armées qu'on n'en pourroit faire aujourdliuy de toilp l'Espagne ensemble.

L'Escurial est un monastère où il y a des logemai pour le roy, la reine et leur suite, et une masieA bâtiment véritablement admirable dans le lieu où illrt assis, qui est comme un désert. Le parc d*Aranjueiltf très grand et royal, deux rivières s'y joignant, dontk principale est le Tajo (0, qui entre dans la mer à ÏM. bonne. La maison est petite, comme le sontaussy odb du Pardo et de Casa del Campo. Le palais de Madd|| a deux cours basties de tous costés, et au devant grande place sans autre chose de remarquable que r**] curie du roy, qui est à un des bouts, et fort belle.

Les Espagnols ne font point d'autre trafic que des Indes : de sorte que personne, hors le petit ne demeurant que dans les villes, où il ne se fait

■'«) Le Taj'o: le Ta^e.

«, toute Ifur vie 9f paaie m uiMveté •'I «Jnbttiidtc»; mais cetu qui ea sortenr ei vuyent lu moml« en profitent beaucoup, et «e fnnl pour lu plusparl furr bonnettes gens, et capables de Ki-vir.

On oV visite pas les femmes aiu»)' tibrcinf>iit qu'on

^t en Frjuice, et elles ne sortent guère <|ue pour aller

I églises, et autres lieus. de devoir. Quand ce sont

l de grandes dames, et qu'elles veulent bien rsire con>

i, elles le font avec beaucoup d'aparat. allant en

sse avec une grande suite de pages et de laquais :

I elles vont aus&y asxis souvent couvertes d'uue

Ce, comme les femmes ordinaires; de sorte qu'on

[ It la B^uroit connoistre sy elles ne veulent, n'estant

I fis pemits aux propres maris de lever ces manies, de

1 jmr de se mesprendre : ce qui donne une grande li-

i k celles qui en veulent abuser. Ce sont celles-IIi

■fi'w appelle tapades, et qui disent tout ce qu'elles

H, jitSi|U(!Siiux personnes royales, sans qu'on s'en

eofieusL'r: qui est une coustuuie assez rstrange

j fmréa geits qu'on tient sy sages; mais c'est qu'il ftiut

I ^U y ait de Ihomme partout.

Kl Pendant ce voyage de M. du Maine, lu Reine ne

ÏM (at pas sans uft'aires ; car les partisan:; de M. dr Itoban

■aitnt sv bien joué leur jeu en Languedoc, que tirant

k plnspart des esprits dans leurs sentiments, ils les

liment etiïtn portés à s'assembler ù Privas, avec réno-

UoB de n'en point partir qu'ils n'eussent esté satîs-

biu mr tous les points dont ils s'estoieot plaints à

iMnor. Ils s'en declaroient sy haulcmenl, qu'ils refu-

«reot de recevoir les cummissaiivs envoyée eu ces (juar-

liet» la pour y régler toutes choses conf'trmeinent à

' ÎMil de Nantei; de sorte qu'il n'en aui-oit esté autn

io3 ^

194 [l6ia] MEMOIRES

chose, qiioyque le Roy eiist dit, sy le maresdial d'Esdiguieres, auquel il commanda dy dQnticr ordre, ne leur eust fait tant de peine , les menaçant d'y aller pour les faire obéir, que craignant de l'avoir sur les bras, et de ne pouvoir pas dire que ce fust pour la religion, puisque luy-mesme estoit huguenot , ils prirent le partr de se retirer à La Rochelle, où ils s'assuroieut qu'on ne les pourroit contraindre qu'à ce qu'ils voudroient. Dès qu'ils y furent arrivés, leur première propositioB fust, afin de n'avoir personne qui leur contredist, d'en chasser tous les serviteurs du Koy : ce que le petit peuple, persuadé par les ministres, désiroit il y avoit long* temps; car c'a esté assurément eux qui parleur ambition ont causé toutes les guerres que l'on a eues contre lesBochellois, et la ruine finale de leur ville et de leur partj. I^es plus sages avoient longtemps empesché qu'on n'en vinst à ceste extrémité, mais pour ce coup il fust impossible, et qu'on n'ouvrist mesme les portes à tous œn qui voulurent venir pour s'assembler : dont la ReiiK ayant esté avertie, elle envoya aussytost quérir les desputes des huguenots, et leur tesmoigna estre sy résolue à ne souffrir point de nouveautés, qu elle ne voulust pas seulement voir les mémoires qu'on leur avoit envoyci. De sorte que ceux du corps de ville en estant csto» nés, et craignant que sy on se relasdioit de quelqof chose envers M. le comte , conune la Reine tesmoignoit vouloir faire, plustost qu'envers eux, son mcscontaitement, sur lequel ceste assemblée fondoit ses prindpales espérances, venant à manquer, et ne se pouvant pas faire une guerre de religion parceque les édits ei- 1 toient fort bien entretenus, ils se trouvassent quafrL^ tous seuls dans la révolte, ils travaillèrent sy bien à 1

ppKT k» plus accrétliU's parnij- Iv petit pvuplv, qur lar avant fait rotrodri; Ururx niisoos, et conmu'on les wniiftil dt; l'obseni-atiuii des edits, de Texpculion de tout ce que les conimis£ain:k auroicnt ordonoé dans les pnninoes, et du pardou de luul le pusM-, tant pour rai que pour ceux dvriiMt-iuhln-, pourvi-u i]u'iK»e ns tînMeot chez eux, ils doniierL-nt les in;4inft a tout ce ^'oD voulust; cl ayant fuit sortir les drspulés, fermetait apr«s cela leurs portes à tous ceux qui y furent pour autre subject que |>our leurs affaires particulières. Or, dia que M. le cuiule visl coiiitiiencer ces mou- KHKDts, il ne manqua pas de renouveler seii prélenbons sur Quillebeuf. et ei' lî&l dt^s instances sy presimtt*, croyant que durant l:i jeuni-sw du hoy , et lors- ^1m huguenots lesmoignoienl tant dVnviede prendre huines* on ne luy oseroit rien refuser, que la Keine rnùtl trouvée Itien cmpescliée, sy les parlements de hnet de Rouen en voyant l'importance, et que cela Isitprdoit principalement, ne s'y fussent fortement dppHés, aussy bien que te mareîclial de Fcrvaques, fBBcse rela&cha point du tout.

root l'esté de l'année i6ia se passa en ces coninidioDS, G*. jus(|ues à ce que M. le comte , voyant qu'il l'aran^tt rien, demanda enOn, pour n'en avoir paît Itdemcoty tout entier, que du moins le mareAclial de Ftfvaqae& en sortis! , et que 1^ Kciiie y mist (pii elle fogdrtnt, n'estant pus, <.'e disoil-il, raisonnable qu'un inaiDcqui a'estoit déclaré sou ennemy eust imc place fcceste cousidéi-atiou dans le milieu de son gouvemcaeat, et sy proche de Roueu , où il prélendoil faire

« pnncipi

lie dei

rardrdii con8cnt<'menl de M. de Vv

i: la Reine luy ayant ac-

rvaq».

, qui en eusi

tg6 [l6*ia] MEMOIRES

récompense, elle le prîst pour elle, et y tnkt M. de FouquesCO pour y commander.

Mais elle ne fist ce premier pas que sur Tespérauce qu'on luy donna c[ue l'honneur du Roy et le sien demeurant par ce moyen l?i à couvert, M. le comte n'auroit plus rien h dire, et la laisseroiten repos : mais il ne l'entendoit pas ainsy; car ne s'estant sy fort opiniastré à en faire sortir M. de Fervaques que paroequ'3 croyoit avoir meilleur marché de tout autre que de luy (je dis de la Reine mesme), il fust à Rouen dès qu'il sceust ses gens n'y estre plus, pour en triompher; et revenant aussytost après à Blandy sans passer par Paris, quoyque ce fust son chemiii , il fist dire à la Reine qu'il ne retourneroit jamais ù la cour qu'elle ne luy eiist donné Quillebeuf.

Cela ne fist pas toutefois TefTet qu'il avoit espéré ;cv la Reine ayant eu sur ce lemps-là de bonnes nouvellci de La Rochelle, respondaiit seulement, au lieu de s» eslonner, qu'il n'y retourneroit donc plus; il eu eust tant de despit, que tombant à l'heure mesme malade d'une fièvre chaude, il en mourust le premier jour df novembre , laissant un fils âgé de huit ans , auquel la charge degrand-maislrc fust conservée, avec le gouveh nement du Dauphiné. Et quant h celuy de Nomiandte, pour ne pas retomber dans les peines dont on venoit de sortir, le donnant à quelqu'un qui eu auroit abusf, la Reine le prist pour elle.

Il ne fust guère regretté, ny des serviteurs du Rojr, parccqu'on voyoit qu'il vouloit faii'e la guerre^ soit qu'il eust Quillebeuf ou non, sy on ne luy donnoit part

(>J H, de Fam^ues : Ce nom est douteux sur le manuscrit; on croit y lire Fouc*.

^ns U régence, ht mesinc de la plu&part Heu siens, Lint ilestoil de roaiivjùsc biiinetir,elincoiupaliblc iivec \iiat le monde.

Qitant à madame la cninlcitse('), elln oum-i'v* wÎgneutemeut les inlelligeiicci qu'il avoit avec M. If princeet aulri'»drleiir party.ct ne s'accorda pas mieux que \aj avec U Reine; aulanl, à ce que quelquev-un» uDl ara , pour les jalousies qui arrivent ordinairemeul «Ire les rt-'Uimes qui sont fort ix-IIcA, que pam-qu'ellt) «trouva d'humeur toute propre jiour prendre le atylo ^ la maison, et estrc tniujours conli-e la cour. Mais M. le comte, son fits,eïtoit sy jeune, qu'il n'en arriva poiat «lors d'autre mal , sinon que le nourrissant dans ntetpril, il s'y accoutuma sv bien qu'd ne fÎM quasy mm chose despuis qu'il fu«l grand . et y pcrdisl enBn Il lie, M. le prince ne prisl point de pari dans lonle «le a/Taire, soit, comme plusieurs ont creu, paice- ^oe voidoit point alors de guerre, ou |>nrcequ'd vint {>as bien aise de voir M. le conile prendre dft ifpmds eslalilissemcnts : cedonl la Reine ne tira [>as fn d'avantage.

Pendant que M. le comte estott à Rouen, et qu'il iaoDoil le plu« d'appréhension , un homme qui se iiies- Im d'afttrologie (*) vint Irouvcr la Reine, et luy disi fi'eile ne devoil point se meHri' en peine de tout rc ifte faisott M. le comte, et qu'elli! n'uvtit qu'il prendre patience, parcequ'il mourreroit infailliblement dans le OMnnencement de novembre, se soumettant n [>erdre

■. M«rf»iinr (■ tomiiiit : Anni , eomleue (It MoiiIjC^, marii^ an OBUC Je Sui*«ow tn lAoi, Elle mnorut «n il>y — l>) Cm ir mn. «I ^mit'itA-git : C'rluil un corJplîcr ponugnît ijoi pr^bnil ilnn à

ItRicbelira.i 10,1) 1S7. l'i^ri» (li><«i'C6ll«r 1

Ip8 [*^'^] M£MOIR£A

la vie si cela manquoit. Or, quoyqu'on ne doive pas faire grand fondement sur ces prédictions, il est pourtaiit difficile, quand elles se font sy à propos et de dioses sy nécessaires , qu elles ne fassent quelque impresâou dans Tesprit des moins crédules , et qu'ils ne s'en flattent, comme fist la Reine, qui y ayant aussy assës d'in* clination, ainsy que j'ay dit ailleurs, en passa bien plus doucement toutes les mauvaises heures qu'elle eust eues sans cela. Et il semble que M. le comte mesmc en eust quelque pressentiment quand il vint à Blandy; car, pap lant à un de ceux quil'accompagnoientdes choses qui! prétendoit faire, il changea tout d'un coup de propos, comme il estoit près de Gaillon, où il alloit coucher; et luy montrant la Chartreuse, bastie par les cardinaux de Bourbon, et où il vouloit estre enterré, il luy dist, sans que cela fust à propos ny qu'on sceust pourquoy: Hîc habitaboy et puis reprist son premier discours.

Celuy qui avoit fait ceste prédiction demeura encore quelque temps auprès de la Reine, et dist à plusîemi personnes des choses qui sont toutes arrivées, et entit autres une de messieurs de Caudale et de La Valette; car les ayant attentivement regardés comme ils en* troient dans le cabinet de la Reine , il demanda lenr nom à la princesse de Conty, auprès de qui il étoit; la* quelle les ayant nommés, il fist une grande exclamation, et dist : «r Ah! madame, que celuy là (montrant M. de (c Candale) sera toute sa vie malheureux! — Et de tf l'autre, luy demanda- t-elle, qu'en jugés- vous? » Ille regarda encore un peu , et puis dist : « Il sera assure- « ment sy heureux, qu'il n'aura jamais de disgrâce dont « il ne sorte avantageusement;» comme il est arrive jusques à ceste heure.

nR rnKTUnT-M&nMni.- [i6i31 199

|lGi^|<>n n« fusl |us plitMost hurs des apprélif-nsHMKcjue donnoit M. le comti?, tguf le baru» de Imx ktiuûstre une autrr-an'airc qui ne donna pas moins de peine à la Keine et â lout le cunsvil. li s'esloil , dî-s le commeDcnuent de la régence, Tort attaché an munjnia J'ABcre; de sorlt- que voyant que la faveur de sa femme, i{u'i>a vovoit s'acroistre loin les jour^, luy a voit dcsja f«it braucoup d'ennemis, ctqu'iU pourroîent cneores'augmmler, il le prrssoit continuellement de prendre, p*nliiot qu'il en avuit lemoyen, desguuvernemtiilsdeprotnicei et de places qui peus<>ent , en eus de besoin, Kiy tcrrir de retraite; disant qvie comme toutes les faveun mit nibjectes au cliangcment, la sienne en particulier «iMt bien moins assurcfe que toutes les autres, puî«- 71'ellevmoit d'une personne qui n'avoitqn'uneatitorilé «pnsatée, et qui ne sepourroitpeiit-esire pas mainle- ■r elle-mcsme après la majoiité; auquel cas il detneii- MW exposé à loul ce qui plairoil à ses ennemis, le»- ^ ne seroient pas à niespriscr, tant pour le iionibnfâwroil grand, que parcequ'ilsaiiroient certainement IL le prÎDce à leur te^te, cl pour préteilc qu'il istoit abinçer, et qu'il aurait miné le royaume pour s'enfR^ir. Mais quand cela ti'arriveroit pas, disuit-il , el fv U Reine auroil tousjoiirs asst's d'autorité et do aidil pour etnpescber qu'on rrc le penécutasi, comme fj «voit ftouvent des guerres civiles en France, il di*- Toît cfXïire qu'en Testât où il estoit (car il ne comptuit perKmnc pour rien , à caus» du chasleau i|ui n'est pas fort) il ne seroit nullement considéré, luy donnant pur «tefn[^c M. d'Ëspemon , qui n'nuroît peu se eu Testât où on le vuyoit pendant la Ligue ril n'eus) eu Metzet Angouiesme, et son

200 [^6l«^] MÉMOIRK8

frère en Provence. Ce que le marquis d'Ancre, qui ne manquoit pas d'esprit , voyoit aussy bien que luy, et eust bien voulu y remédier; mais il ne sçavoit comment, n'ayant point de frère propre pour cela, oy d'amis assës assurés pour en tenir la place; et quant aux gouvernements, ils estoient en survivance», ou a des gens qui en esperoient : de sorte qu'il croyoît toutà-fait impossible d'en avoir.

Mais le baron de Lux , qui trouvoit des expédients

à tout , et cherchoit de faire oster la Bourgongue à

M. le grand, qu'il n'aimoit pas, pour y mettre M. do

Maine qu'il aimoit ( car mesme on a tousjours creii que

c'estoit là sa principale fin, et l'intérest du marqub

d'Ancre la couverture), l'asseuroit que pourveu qu'il

le voulust, il ne manqueroit ny de gouvernements

ny d'amis, nommant pour les amis M. du Maine, et

pour les gouvernements la Bourgongne et Amiens:

celuy-cy, parcexjue M. de Traigny, qui n'a voit point

d'enfants en âge d'avoir une survivance, et n'estok

pas trop riche, seroit ravy d'en prendre de l'argent:

et la Bourgongne, parceque M. le grand ne l'ayant

eue que pour y commander pendant la jeunesse du

Roy, à qui, comme tout le monde sçavoit, le roj

Henry-le-Grand en donna le gouvernement après b

mort du maréchal de BironCO, il estoit encore à luy

et non à d'autres, et en pourroit disposer en faveur

de qui il luy plairoit, sans faire de tort à personne.

De sorte que prenant Amiens pour luy, et donnant U

Bourgongne à M. du Maine, il ne luy pourroit pas

sytost tomber une autre place entre les mains : ce qui

f>) La mort an maréchal de Biron :\oyez la Qir<»nologic septoouÎK ùf Cayel; Pari», looS, fol. ^a3, r*.

wirroil pas impOMiblr qu'il n<- fufti en l'cstst qu'on luT proposoil , et qu'esloil M. d'tUpe ni<in ; M. ilit Msine estant très propre potirceb, parct-qiie cfuand il oV auroit que sa parole, it ne Itiy manqiieroit pas non plu» que s'il esloil son frere : mais que pour plus d'asseuntaœ, et rendre leutï inlcrests toul-à-faît iosépanbln, il espouseroit madame d'Elbeuf, ri M. d'Elbcuf mademoiselle d'Ancre; et qu'il se Iruiivetuil encore que, pour empescber AI. le çrund de se pluindre, bien ■fu'en bonne justice il n'en cust aucun hiitiject, il pourmil luv faire donner le gouvernement de l'Islc-de- Frutce. avec toutes les places que M. du Maine y avoîl; rtoégslitê (le l'un à l'autre estant bien iécompens«e, parc«qut! t'Isie-de-Franre ^eroit \érilal>leinent à luy, et ijue la Bourgongne n'y esloil pas.

Ur. quoyque le marquis d'Ancre prévist beaucoup de difiîcullé pour la Bourgongne, et qu'il en apreliendut l'événetnenl , il en fust néanmoins l<-nement pressé par leb^ron de l.ux.et il avoil aussy tant d'envie de se mettre en plus de considération qu'il n'estoll, par tes unit et les places qu'il auroit, qu'il se résolus! de le Ia»rd4>r; et le baron de Lut »e chargea d'en parler à K. du Maine, et de lircr de luy louk-s les assurance* mcataires. A quoy îl n'eust pus grand peine, tant pirccqu'il ne l'avoil pas vraysemltlablemenl proposé an* sa participation, que parcequ'il n'y avoit rien qu'il destrast davantage (fu'un gouvernement de ceste »f^e, ne luy manquant, ce luy sembloil, que cela pour le mettre a l'égal de tous les autres de sa naissance. Et il auroit mesme préféré celuy de Ilourgongue a de phi« grande, à cause qu'ayant esté à M. du Maine son pertr, bfiiticoup des amis qu'il y aroît vivoient enmre', romme

30a [161 3] MEMOIRES

le baron de Lux inesme, qui en estott lieutenant de roy; le vicomte deTavanne,mariéà une des filles du premier mariage de madame du Maine sa merc; les barons de Tiange et de Digoine, lieutenant et enseigne de sa compagnie de gens d'armes, et une infinité d'autres : joint qu'il confinoit avec la Champagne, qu'avoit M. de Nevers son beau-frere, avec qui il estoil en parfaite intelligence.

De sorte que le marquis d'Ancre et luy le souhaitant également, et se persuadant qu'il ne s'y trouveroit point de difficulté dont le baron de Lux , qui avoit une adresse toute particulière pour cela , ne les peust tirer, la chose fust résolue entre eux , et des promesses faites de part et d'autre de ne se manquer jamais, quoj qull peust arriver. Et ne restant après cela qu'à le faire agréer à la Reine et aux ministres, sans lesquels elle ne faisoit encore rien de ceste conséquence, il fust fort aisé quant à elle, qui ne voyoit que par les yeux de II marquise d'Ancre; mais impossible quant aux ministres, qui, en prévoyant d'abord les inconvénients, If traversèrent tousjours autant qu'ils peurent.

Cependant M. le grand nes'endormoit pas; car ayant esté de bonne heure averty de ce qui se traitoit contre luy, il avoit recours à tous ses amis, et leur deniandoit assistance contre une persécution sy injuste, et principalement à messieurs de Guise et d'Ëspernon, comme les plus puissants, et les plus obligés à le protéger, estant, ainsy que j'ay desja dit, parent fort proche de M. d'Ëspernon, et par conséquent de madame de Guise sa nièce : ce qui luy réussist mieux qu'on n'auroit pensé; car M. de Guise, qui n'estoit pas en réputation d'estre fort bon amy, se surmontant ccste fois l«i luy-iaesme, en parla sy souvent et sy fortement à la Reine et aux

DB rO^TS:«AT-U«lllltllL. [■'<t3] 3o5

iniuûtrt», atissy bien que M. ri'Fsjjenion , (|ii'ils cnn au/mt qull estoit itrtpossittlr tir perdre M. le grand, uns les perdre toiisdriix aussy.

Ce a'estoit pas celii qui erabarrassoit Iv plus I» RpÎw, mais les obstacli-s que les minisln-s y npportoicnl. N'esliBl pas accoiislumée à rion faire de sa leste, elle ne ^Toit comment les gagner, el ils luy donnoîenl bien plus de peiae. De surle qu'elle se fuil iiifuilliblctneiil nUsdiée , sy la marquise d'Aucrc, animée par le baron dtLux , qui ne s'y croyant pas moins intéressé pour nM honneur que pour sa fortune , puisqu'il l'avoil entrepris , ne la quiltoit point , et luy disoit incessamment ipe c'estoit un coup de partie dont toute celle de son otrvet d'elle despeiidoit. n'eust fait de tels efforts que CHU du party de M. le grand le scachatit, et voyant les cbases à l'exlremité, se résolurent d'y apporter un ex- Ireme remède, qui fust de se défaire du baron de Lux, mr qoi toute cesie machine lournoit, et après la morl du^l OQ ne doutoit point quVIIc ne fust aisément iestruite. l'outela dîfTKJullé estoit de sçavoir comment i par qui , parcequc M. de Termes, frerc de M. le {rand, prétendoit que cela ne regardoit que luy; et de Ut, Payant trouvé chez M. d'Espernoii , où il ne taiswt pas d'aller, ils se dirent des paroles sy aygres, qu'ds ir fussent ensuite battus, sans le grand soin qu'on prist ^ les en e m pcschcr, personne n'ayautjugéquece dcust sire luy, pour n'embarrasser pas davantage M, le {taiid, sur qui cela fust retombé.

De aorte qo'sprèa y avoir bien pensé, on en donna Il commission nu chevalier de (Juise C'!, le plu* jouni:

•: Âa e*fi'afc"«i'i/»fimM;Ffay>ÙAIc»Jtnlrc-Piri«dgljirniiiit,i!i>f lUrdc G<P*r, ur putihaDic fd iUij, luvd'auécUl decauoDci itii^.

904 [l6l3] MÉMOIRES

des quatre frères, et qui avoit le moins à perdre; et pour la manière de le trouver dans la rue et luy faire mettre l'espée à la main, prenant pour prétexte qu'il s'estoit vanté d'avoir sceu le dessein de tuer M. de Guise sou père (0. En vertu de quoy l'ayant rencontré devant la barrière des Sergents de la rue Saint-Honoré, comme il retoumoit du Louvre à son logis pour disner, monté sur un bidet et en housse, il luy cria, quand il s'en vist assés près, qu'il mist l'espée à la main; et tirant au mesme temps la sienne, luy en donna dans le cœur. Il n'en mourust pas néanmoins sur la place, parceque son pourpoint estant boutonne et le serrant fort, la playe, à ce qu'on disoit, demeura fermée, et sans que les esprits se peussent dissiper, jusques à œ qu'estant porté dans une maison voisine et mis sur u» lict, aussytost que le chirurgien qui vint pour le pan* ser l'eust déboutonné, il expira.

Il estoit neveu decest arche vesque de Lyon sy fameui dans la Ligue (>), auprès duquel ayant fait son appren-

(0 De tuer M. de Guise son père : Il fat taé aax Etats de Blois eo f S8t. Un poète du tempM a dit que le ciieyalier de Gnise ,

Poussé d'nn vif ressentiment , Aroit fait passer vaillamment , Au fil d'une juste cholere , Celui là qui s'estoit yanté D'ayoir peu (chère yanité ! ) Empescher la mort de son père.

(s) 1^1 jameux dans la ligue : Edme de Malain , baron de Los , lîeatenant du Roi en Bourgogne, étoit neyeu de Pierre d*Efpîa«c , archtyéqne de Lyon , fougueux ligueur, qui mourut yers i599, sans mwùu pu se consoler de i'ayénement de Henri vr. I<e baron de Liu éloil, es i588y gouyerneur de la citadelle de Cbàlons-sur-Sa6ne. H obtint (le Henri ni la grAce de son oncle, qui ayoit été arrêté avec le cardinal de Guise. ( f'oxes THistoire universelle du président de Thou , liv. xcm, t. lo, p. 48o de la traduction imprimée en ty^^.)

M l>OirTE3IAV-HABt.UlL. ;.i6i.lj atlTt

tùugv, il Iv pa&sa de beaucou[i en drximtr a s'iusi- Ruer, h persuader tout ce <|u*il vouloit, et ii estrc ferliU- Ml »pedient5; de sorlniue ne pouvant vivre que dans le» iolrigues, où il se senioit sy propre, il aruit esté despuift la IJgue des plus avant dans celle du maresHuI ilrBiroa, qui ne faisoit guère de clioses sans luy,et ileo wrlist heureusement: iniii» danscelle-cy il esclii)ua('). Sa mort n'estant pas seulement considérée romme m assassinat , ayant esté tué devant cju'il eust l't^pée à Utnain, mais comme un attentat fuît contre l'autorilé 4fU Reine, de fjui on le sçavoit particulier serviteur. Il toucha anssy de lellefiortc, qu'oubliant toules auli-eit tODÛdcrations , elle se récolust de s'en ressentir à quelque prix que ce fust, le marquis d'Ancre et M. le prince l'en sollicitant, celuy-tù Ce peur de l'exemple, tt M. le prince prenant la justice pour couverture, mais en effet afin que la Heine s'y opiniastranl , et pouisant messieurs de Guise ju^ues au bout, elle le» perdu! , et tombast par force entn- ses mains.

Slaîs M. de Guise ny tous ses amis ne s'en estouiKNent pas beaucoup; et agissant comme des gens qui necraiguoient rien, disoient hautement que le chevalieide Guise n'avoil fait que son devoir, en se defaisiiiit (fuo homme qui se vantoit d'avoir trem|ié à la mort de un père; et qu'on ne devoit non plus trouver à rediic <|u'il se fusl battu, qu'à Monlabene et à une infmilé (Tiotm qui i'avoient fait despuis la régence, sans ffoa eo nist parlé. Et madame de Guise (>) , qui d'ailbms estoit fort complaisante à la Reine, ne pouvant

1.0 // tititaa - Il «jr u gricx « catur de tM r'v^lalWH». ( ''»/■: U dnMHitogir teyieau»ae , fol. 3si, *• ) — i>i Uai(amt 4t Cuiie : Ciikrinc <tr Qè^'f, comteucd'Ea, niui^ fd iSt", niourui eo lâjl.

ao6 [l6l3] MBMOIKBS

souffrir tout ce qu'on disoit de son fils , en vint aux grosses paroles avec elle, et s'emporta tellenient que la marquise de Guercheville, qui la pensoit retenir, Tavertissant de prendre garde à ce qu'elle disoit, et que la Reine estoit sa maistresso aussy bien que des autres, la mettant eu plus de furie que devant, elle luj respondit une chose qui fust fort remarquée comme sentant la Ligue : qu'elle n'avoit point d'autre maistresse que la vierge Marie.

Or ce Montabene dont ils parloient estoit un homme auquel , pour le retirer de Flandre et du service des Espagnols, où il avoit, ce me semble, une compagnie de gens de pied , le roy Henry-le-Grand avoit donné une pension; après quoy, estant tousjours demeuré a la cour, il avoit despuis la mort du Roy tué en dud Ufl des ordinaires, nommé Prety (0, lequel, suivant Té» dit, fust pendu par les pieds. Mais Montabene s'estant sauvé, il eust enfin sa grâce, par le moyen du marquis d'Ancre, qui, voulant avoir des gens auprès de luy auxquels il se peust fier, creust n'en pouvoir trouver de meilleur, ny qui luy deust estre plus assuré, que celuy-là, à qui il redonnoit quasy la vie. Et ce fut par là que ce grand édit contre les duels, qui avoit tousjours esté sy bien observé, fust rompu, et Tusage d'auparavant repris , plusieurs personnes s'estant despuis battues sans qu'on en fist de poursuite.

Enfin la Reine se monstroit sy opiniastre dans soi ressentiment, qu'elle n'avoit pas seulement rompu avec messieurs de Guise et d'Espernon , mais avec les ministres mesmes, qu'elle croyoit trop pour eux; le marquis d'Ancre se servant de l'occasion pour luy faire

■'') Prtty: run des gentilshommes ordinaires du Roi.

DE P01ITEIIAT-lfAB£UIL. [ltil3] SIO7

faire ce demier pas, parcequ'il pcnsoit trouver mieux son compte avec M. le prince et les siens, qui ne cliercheroient qu'à luy faire faire ses.affaires pourveu qu'ils fissent aussy les leurs, qu'avec les ministres, qui vouloient tenir les choses dans l'ordre.

Mais comme ceux-là ne vouloient estre bien avec elle que pour en profiter, et promptement, de peur qu'elle ne changeast, ils firent aussy dès l'abord des demandes sy importantes, comme entre autres le château Trompette pour M. le prince, que se reconnoissant, elle se raccommoda enfin avec ses véritables serviteurs, nonobstant toutes les oppositions du marquis d'Ancre, qui demeura encore fort long-temps après de l'autre party.

Cependant le baron de Lux ayant laissé un fils plein de cœur et de désir que la mort de son père fust vengée, il en soliicitoit continuellement la Reine; mais voyant qu'on ne faisoit que luy en donner des espérances, et craignant sans doute qu'à la fin on n'en fi«t rien , il résolut de la faire luy - mesme , sans s'en remettre à d'autres; et ayant, à ceste fin, fait appeler le dievalier de Guise par Tesouyer de son père, qu'il prist pour son second , ils firent un des plus rudes combats qui se soit jamais vcu , s'estant tellement acharnés l'un contre l'autre, qu'ils ne se quittèrent point que le baron de Lux, succédant au malheur de son pei*e, ne tombast mort sur la place. Le chevalier de Guise eust bien quelques coups , mais sy heureusement qu'ils ne faisoient que l'esgratigner : après quoy il fust séparer les seconds, et retirer le chevalier de Grignan (0 qui

(^) Le chevalier de Grignan : Jean-LouU-Adhémar de MoDteii , dievalier de Malte , commandeur de La Ba«tie, en Quercy. Il étoil G\ê du comte de Grignan, lieutenant g<''néral du gouvern ement de Pro-

'Jto8 [l6l3] MÉAIOIRBS

luy eu servoit, lequel n ayant pas eu la mesme fortune que luy, estoit fort blessé (0.

Ce combat, qu'on croyoît au commencement devoir empirer les affaires du chevalier de Guise, les fia'ist tout d'un coup, et mesme celle de M. le grand , à leur contentement; car, soit qu'estant d'un merveilleux esclat , et ne s'y pouvant trouver à redire , il fist perdre la mémoire de ce qu'il y avoit d'odieux dans l'autre, et renouvelast en quelque sorte la bonne volonté qu'on avoit auparavant pour messieurs de Guise, ou bien qu'il eust donné tant de terivur qu'il n'y eust per sonne qui ne craiguist de s'attirer un tel homme sur les bras; tant y a qu'on vist eu un instant les affaires prendre toute une autre face, et qu'au lieu de parler de le proscrire comme un criminel, on ne fist plus que

venoe , mort en xSpo, dont rarrière-petit-fils , célèbre par son arec la fiimille de SéTÎgné, fat aussi revêtu de cette charge.

(0 On lit dans en ouvrage du temps des détails curieux sur œ dud; ils peignent les mœurs , et ne paroîtront pas déplacés ici :

« Le baron de Lux n'avoit qu*un fils, fort jeune et fort beaugcadlhommcy le(|uely outré de la mort de sou père, envoya qaatrtK* maines après porter par Du Riol le cartel suivant au diCTalier 3e Guise : « Monseigneur, nul ne peut estre plus fidelle tesmoin do joffe « subject de ma douleur que vous : c'est ponrquoy, mooseigDcv, jt « vous supplie très humblement de pardonner à mon retsentniiait

• Je vous convie par ce billet de me faire tant d'honneur que je ne

■ puisse voir Tespée à la main avec vous , pour tirer la raiaofi de la « mort de mon père. L'estime que je fais de vostre courage me fiûte^ « perer que vous ne mettrez en avant vostre qualité, pour éTÎleroe i

• quoy vostre honneur vous oblige. Ce gentilhomme vous amènera aa

■ lieu où je suis avec un bon cheval et deux espées , desqueUet vm» m aurei le choix Si vous ne l'avez agréable , je m'eu imy partout oè

■ vous me commanderez.»

• Le chevalier de Goise estoit encore au lict , lorsque Do Riol lai apporta le cartel : l'ayant lu, il se leva aussitott, et Do Rîol mm/Êt Tayda à s'habiller. Puis faisant appcUer le chevalier deOrignao, illt

DB VOSITX!rAT-MABBUfL. [l6l3] aop

le louer comme un Mars. De sorte que la Reine, qui s'estoît, comme j'ai desja dit, en quelque sorte reconnue, tesmoigna publiquement qu'elle luy pardonnoit.

Mais elle n'en fust pas quitte pour cela; car ne se faisant point en ce temps là de raccommodements qu'il n'en coustast quelque chose, il fallust, pour appaiser M. de Guise et le regagner tout-à-fait, luy donner une grosse somme d'argent; et la lieutenance de roy de Provence, vacante par la mort du comte de Garces, à la* quelle M. de Guise avoit tousjours empesché qu'on ne pourveust, au chevalier de Guise. M. d'Espernon en usa plus généreusement, n'ayant rien voulu.

Quant à M. du Maine, jugeant bien qu'après cela il ne pourroit rien avoir de considérable par le moyen du marquis d'Ancre ( sans quoy il ne vouloit pas demeii-

pria de raccompagner; et ainsi ik partirent^ sans qa*aucun de llioa- \A de Guise le sceust. Tous trois sortent à cheval hors la porte Saiot- Antome. Du Riol conduit les deux chevaliers là où estoit le baron de Lmx, Après que le chevalier de Guise et le baron eurent esté yisités par lean seconds , et leurs pourpoint» ostez , tous quatre k cheval »j^Dt pris du champ autant qu^ils avisèrent leur estre besoing, s'esbranlèrent an pas , Tesp^ à là main. A la prekniei^ passe , le baron blesaa le dievalier ; mail k la troisième le chevalier perça le baron de part eD part, qui , tombant de dessus son cheval, n*ent plus d'autre besoin que de soigner au salut de son ame. A quoy le chevalier rayant exhorté , il courust vistément vers les deux seconds ; car le cherafier de Grigoan avoit ja receu deux grands coups d'espée de Du Riol y qoi le menoit fort mal. Du Riol n'estant blessé , se voyant près d*avoîr affaire k deux, le baron estant par ferre et proche de la mort, songea k sa retraite, gagna Charenton, et puis la Bourgongne. Le cfae* ▼aUer de Guise, qui s'estoit si heureusement demeslé d*un si sanglant combat , où il avoit reoeu trois blessures , ayant laissé mort son ennemi sur la place , retourna à lliostel de Guise , où il fut yisité Se* braves de la cour. Plusieurs vers furent faits sur ce combat sous les noms de Paris et de Lucidor, pour ce que le chevalier de Guise se nommoit Paris. ■ (^Mercure françoh, t. 3, p. 3a.)

aïO [l6l3] MEMOIRES

ivr dans le party de la Reine, où il luy eust fallu nécessairement estre inférieur à M. de Guise, auquel, bien que cadet de sa maison , il ne se vouloit point soumettre), il se résolust de prendre celuy de M. le prince, où il estoit fort desin^ et sçavoit bien que, luy excepté, il n'auroit point de supérieur.

Si le dessein du marquis d'Ancre sur la Bourgongne eschoua de la sorte, il n'en fust pas de mesme de celuy de la citadelle d'Amiens; car, bien que M. de Traigny, qui avoit du commencement montré grande envie d'en prendre les cent mille escus qu'on luy offroit, s'en fust desdit, emporté, ce disoit-on, par sa femme, qui, craignant d'estre envoyée à une maison de campagne (car on ne les tenoit gueres ailleurs en ce temps-là sans quelque raison particulière), s'y estoit fortement opposée, et n'y avoit jamais voulu consentir, la fortune le luy donna, et pour rien, M. de Traigny estant mort bientost après d'une fièvre chaude (0.

Il eust aussy la lieutenance de roy de Picardie , de» meurée, ce me semble, vacante despuis la mort de M. de Blin , et mist pour commander sous luy, dans la ville et la citadelle, M. de Riberpré (>), lieutenant dans le régiment des Gardes , des plus estimés qu'il y eust, et qui avoit este de ses amis devant sa faveur. Ce bonheur ne luy porta pas néanmoins à la fin ton! l'avantage qu'on s'estoit imaginé; car il l'exposa à de nouvelles envies, plusieurs personnes ne pouvant souf-

'.0 Mort bientost après d'une fièvre chaude : M. de Poptcfaartrain dit que M. de Traigny mourut le i8 juin i6ij. {y oyez he% Mémoiicfi t. i6, p. 4S6, deuxième série de cette CoUect.) -^ (>) i/. de fUberprt : ht marquis de Riberpré étoit de la nuiifion de Moy. Son fiU a été goûter neur du château de Ham.

D£ FONTSHAY-lf ARBUIL. [l6l3] ail

frir uDe sy grande fortune à un cstranger, nj qu'il fiist niaistre d'une place de ceste conséquence, et sy frontière de Flandre; joint qu'il ne peiist jamais s'accom* moder avec M. de Longueville, auquel peu de temps après le comte de Saint-Paul son oncle remist le gou* vernenient de Picardie, comme ne l'ayant eu que pour le luy garder jusques à ce qu'il fust en âge d'y servir, et fîist fort hay des peuples, gens grossiers, et mal propres pour vivre avec les estrangers ; de sorte qu'on tira de là une partie des subjects qu'on prist despuis de parler contre luy, et qui firent enfin la guérie civile.

La pluspart de ceux de la noblesse qui s'attachèrent a luy s'en trouvèrent fort bien, en ayant tiré de grandes récompenses, comme M. de La Boissiere la charge de gouvernante de Madame (0 pour sa mère; M. d'HocquÎDCOurt (^), celle de premier maistre d'hostel de la Reine qui devoit venir; M. d'Ouassy, de capitaine des gardes de M. d'Anjou; et autres.

Pendant ce temps là la Reine, qui passoit, selon la coutume, le printemps à Fontainebeleau , receust une nouvelle qui la tondia sensiblement : qui fiist que M. de Savoye voyant que le duc Fran^^ois de Mantoue, mort peu auparavant, n'avoit laissé qu'une (ille dont, comme grand-pere (car la duchesse de Mantoue estoit sa fille), il prétendoit la tutelle, estoit entré avec une armée dans le Montferrat, pour l'avoir de gré ou de force, espérant de s'en pouvoir rendre maistre, et de Casai mesme, qui en est la capitale, devant qu'il

(*) De Madame :¥à'miàheth de France, mariée en i6c5 à Philippe iv, roi d'Espagne. — ('^) V. d* Hocquincourt : Georges de Monchi, seigneur d'Hocquincourt, gouverneur de Peronne, premier maître dlitVtel de In RciEie^ grand prcv6t, etc. , père du maréchal dllocquincourr.

212 [l6l3] MÉMOIRES

peust estre secouru; la tranquillité oîi on vîvoit despuis sy long-temps en Italie ayant fait négliger aux ducs précédents de tenir leurs places aussy bien garnies de toutes choses qu'il estoit nécessaire pour soutenir un siège.

Mais d'autant que M. deSavoyenes'arresta pasen6n à la tutelle seule, et qu'il voulust faire valoir beaucoup de vieilles prétentions qu'il avoit sur le Montferrat^ dont le duc Ferdinand de Mantoue s'estoit mis en possession aussytost que son frère fust mort, j'ay pensé, parceque leurs différents ont cause la pluspart des guerres qui se sont faites despuis ce temps là en Italie, devoir dire quelque chose des raisons sur lesquelles l'un et l'autre se fondoiont.

François , duc de Mantoue , fils aisné du di:c Vincent et de la sœur de la Reine (0, n'ayant point laissé d'autres enfants de l'infante Marguerite, fille aisnée de M. de Savoye ( car il faisoit ainsy nommer touto ses filles, parcequ'il les avoit eues âiune infante dTEspagne), qu'une seule fille; le cardinal Ferdinand, son second frère, prétendist devoir hériter du Moutferrat aussy bien que du duché de Mantoue, qui est un fief purement masculin, le Montferrat n'estant, ce préteodoit-'il^ aux filles qu au défaut d'hoirs masies de toute la race, ainsy qu'il s'estoit veu en Marguerite Paléologue, fille de N. Paléologue, excluse par George son oncle. C'est pourquoy il s'en mist en possession, comme j'ay desja dit, dès que son frère fust mort.

D'autre part, M. de Savoye, a qui le droit de birnséance touchoit pour le moins autant que l'interest de sa petitc-fillc (car il n'y a point d'Estat au monde plus

(0 La sœur de la Heine: Eléonore de Médicis , née en i566.

M rONTBXAT'MAIIBtllL. [l6l)tj 3)3

our un autre que le ^tlotiir^rrat^le scroit a ^ PicnioDt, à cause ile-j graiid^-s pnclavet qu'il 11^ va en quelques endruits jiK->qU(s ù pini de Turin), »e rrâolust de se servir du iiom de k» e ( les droit» de latguelle il disoît eslrc obligé

: ) pour *« rendre miii»lrr du pays, et fcire irès les ^grandes prrtenlion» qu'il y avoil et loit faire revivre, encore que (Charles, duc de w>n grand-[)ere, en eu»l ntti déliouté par l'emliariM-Quint, qui jugea ru faveur de Margu«ologue, femme du duc de Manloue, nonol>duc Ciiarlcs ftiM »on beau'frcre, ri qu'il lé le party du wy Kran^>îs pmHJi^r pour suivre

irélratioos de M. de Saroye te rédubcHent ii •Ts : le premier regardoil tout le Monlferrat, p la lign« ina«ctdîue de» falt-uloguis cMant l'année i5.., que George Paléologue muuruït, loil cjue Charles, duc de Savoyc, bien qu'il ne lU que d'une 6Ue, devuit estre préféré h MarvenUG d'un tils; la loy des Hefs masculins vae, el y ayant de plus, ce (tisoît-il, le contrai de ' ' d'Ëdmont, comte dii Savoye, avec Viulunte, rbéodore, marquis <)i: Montferrat, fuit en l'aniOy par lequel il avoit esté part te» fièrement stil'au défaut d'hoirs malles issu& de Théodore, nts de Violante succederoicnt à ttnts ses KcttU. nd esloit sur les terres situées dceà U' Po et le , parœque relevant, n ce qu'il disoit, du yiéil phiiîcurs marquis en ayùut reconnu ses préjrs, il inainivnoit qu'elles luy estoîeut dévolues nap» de Marguerilu, ne pouvant pas aller ii dcï

ai4 [l6l3] MÉMOIRES

filles puisque le fief dominant n'y alloit pas. Le troî- «iemc et le plus raisonnable estoit pour le mariage de Blanche, fille de Guillaume, marquis de MoDtferrat, mariée à Charles , duc de Savoye , qui estoit de quatrevingt mille ducats, lesquels, pour n'avoir point esté payés, il faisoit monter, à cause des interests, à pli» de sept cents mille : ce que la tutelle de sa petite-fille luy auroir donné grand moyen de faire valoir. C'est pourquoy il assembla le plus de troupes qu'il peust pour s'en mettre en possession , de gré ou de force.

Et parccqu'il craignoit que les Espagnols, à cause des choses passées, ne luy fussent contraires, s'il neks surprenoit et n'avoit fait devant qu'ils l'en peussent empescher, il usa de telle diligence qu'il fust dans le Montferrat avec plus de six mille hommes de pied et mille chevaux , quasy devant que le gouverneur de Milan le soupçonnast d'y vouloir aller; et tirant droit à Casai ^ Teust sans doute emporté, n'y ayant que fort peu de gens de guerre dedans , sy le duc de Neven , de la maison de Mantoue, ne se fust par hasard troavé sur ce temps là en Italie, où il estoit allé pour se resjouir avec M. de Mantoue de sa nouvelle succession. Car ayant sceu, comme il passoit dans TEstat de Gènes, le mauvais estât de la place, il s'y jctta avec tous ceu de sa maison et quelque peu d'autres, tant François qu'Italiens, qui se trouvèrent avec luy devant que l'armée de M. de Savoye y peust arriver : ce qui obligea le comte de Saint-George, qui la commandoit, de tourner vers Nice-de-la-Paille, où il pensoit ne trouver personne.

Ces nouvelles ayant, comme j'ay desja dit, esté portées à la cour, la troublèrent merveilleusement, non

DE FONTBllAT-MAa£UIL. [i6j3] ai5

pour ne sçavoir quel party pi*endre, car les prétentions de M. de Savoye y estoieut considérées comme chimériques et sans fondement, et M. de Mautoue comme neveu de la Reine, qui s'estoit tousjours monstre fort partial pour la France, et qui avoit le droit de son costé; mais parceque Tintentiott des Espagnols, ausquels on ne croyoit pas eu ce temps là que rien peust résister en Italie^ n'estant pas connue, on ne sçavoit comment s*y gouverner, plusieurs ( et de ceux mesmc les plus attachés à la Reine) croyant dangereux de se déclarer, d'autant, ce disoient -ils, que sy les Espagnols, fondés sur l'âge du Roy et la.foibles6e du gouvernement, s'estoient accordés avec M. de Savoye pour séparer entre eux le Montferrat, comme il y avoit apparence , il seroit sans doute impossible de Tempescher; et que de l'entreprendre mesme seroit s'exposer à une honte certaine, et s'attirer, sans apparence d'aucun fruit, l'inimitié du roy d'Espagne , avec qui 00 avoit jugé sy nécessaire de faire alliance. Mais d'autres disoient au contraire que la chose estoit de telle conséquence, qu'il y auroit plus de honte à la laisser faire sans s'y opposer, qu'à n'y réussir pas ({uand on Tentreprendroit; et que ce seroit mesme de quoy en faire venir l'envie aux Espagnols^ qu^nd ils ne l'auroient pas , s'ils voyoient une telle foiblesse en France que tout y iist peur. Qu'on devoit estre assuré que, quelque alliance qu'il y eust, ils ne nous aymeroient jamais ^ mais que leur haine ne pourroit nuire qu'eu tant qu'on les craindroit sy fort qu'on leur laisseroit faire tout ce qu'ils voudroicnt, tenant pour indubitable que s'ils voyoient que le Roy voulust tout de^bon secourir M. de Mantone de toutes ses forces, qu'ils auroient tant d^

ai6 [l6l3] MÉMOIRES

peur de rappeller les François en Italie, et de leur donuer occasion d'y renouveller leurs anciennes intelligences, qu'ils abandonneroieut plustost toutes sortes de prétentions que de s'en mettre en hazard. £t enfio que la déclaration du Roy pouvant donner hardiesse au Pape, aux Vénitiens et au grand duc d'en faire de mesme, il ne seroit peut-estre pas sy aisé aux. Espagnols d'y réussir qu'on se l'imaginoit; qu'il falloit doDC leur en faire parler, et les y exciter par les grands préparatifs qu'ils verroient faire pour cela.

Cest avis, qui, par toutes sortes de raisons, estoitle meilleur, se trouvant aussy le plus conforme aux sentiments de la Reine, qui aimoit véritablement M. de Mantoue et ne pouvoit souffrir qu'on liiy manquitf au besoin , fust suivy, et la résolution prise de se déclarer tout^àrl'heure, et de presser le Pape et les autra princes d'Italie d'en faire de mesme, comme estant une cause commune , et qui ne les regardoit pas moins que M. de Mantoue. Et aûn de tesmoigner que les eflielf suivroient de près les paroles, le chevalier de Guise, lieutenant de roy en Provence , et le marquis de Le Valette, colonel de l'infanterie, qui s'y offroient, furent envoyés en Provence pour lever le plus de geos qu'il se pourroit,.et les mener par mer dans l'Estat de Gènes , et de là dans le Montferrat, en attendant qu'avec une armée toute entière on y allast par où il seroit jugé le plus à propos.

Geste résolution, prise sy hautement, ne fust pas moins glorieuse à la Reine que le voyage de JuUiers; et sy elle n'y courust pas plus de fortune, tout le monde ayant enfin esté contre M. de Savoye, les Vénitiens et le grand duc sans attendre nouvelle de nulle

nj*

u'i) leur plairoU; car M. de Maiiloue avaut ipossible, vcu l'entai ilvs afTaircs d'Italie, de 3uîr paUibleiiieal de ses ËslaU s'il ue piviioît ion d'Ëspagtic comme lous se!> [irêdccesseurs lit, euvoya la demander, et du cuiisentenienl □e ntesme, aussjtost que son frère fust mort. Iiparccque les Espagnols sonl naturellement iBHit ce qu'ils font , ou bien , comme quel(|un beu, que sçacliaiit la pri-ttHi lions de M. de Is vouloieul voir ce qu'il leruil, afm, sil i;n veforce ouverte, o<i d'y prendre pari, partageant ec luy, on de demandera entrer dans les places delTeniirc et y mettre te pied, dont ils ne se- \s après aisément sortis; tant y a qu'ils ne la it poiot (disant tousjours néanmoins que cesintention) qu'après avoir sceu que la France ait mesler, s*en estant tellement alarmés qu'ils à l'heure mesnie deslivrer les cxpcdiltons, et y tt'Espagnc cscrivist au marquis de La Ilinoiremeurde Mdan.de le faire sçavuir ù M. de ||Ue porter à sortir voloKtuniineul du Mont-

2l8 [l6l3] MEMOIRES

Or, comme j'entrois eu ce temps là dans Tâge de commencer à porter les armes, et qu'on croyoit que ceste guerre pourroit estre de durée, j'eus permission de h Reine d'y aller ; et ayant passé par les Suisses el le monl Saint-Gothart , j'arrivay justement à Milan comme le gouverneur estoit sur son despart pour aller à Tarmce. Je fus, je confesse, surpris de voir sa suite comme celle d'un grand roy, et qu'il cherchast tellement ses coamodilés, qu'il y eust de deux milles en deux mîiles do charrettes pour porter de l'eau et arroser les chemiiH par oïl il passeroit, de peur de la poussière, cela nen pratiquant point en France pour le Roy mcsme.

Aussytost qu'il fust à l'armée, qu'il trouva camps sur les frontières du Montferrat , il la fist avancer à k veue de celle de M. de Savoye, qui estoit encore deviM Nice; le secours que M. de Nevers y avoit fait entrv l'ayant fait durer jusques là. •

C'est une chose incroyable que le crédit que les ni* nistres d'Espagne avoient lors en Italie; car les secoan de France n'y estant pas attendus comme ils pourroint estre aujourd'huy, tout le monde plioit au moindif signe qu'ils faisoient ; et il faut donner cest honneum duc de Savoye Charles-Emmanuel , d'avoir esté le piv* mier à secouer le joug de ceste servitude : mais or m fust que quelque temps après; car pour lors, aussytort qu'il sceust les ordres d'Espagne , il s'y accommodi, et fist bien, ayant, comme j'ay desja dit, tout le mouk L contre luy.

TjCS conditions du traité furent telles que M. de Mao* toue pouvoit désirer, M. de Siivoye ayant promis de se retirer à l'heure mesme en Piémont, do restituf;r dtD> six jours tout ce qu'il avoit pris, et puis de désarmer.

DB FONTBIIAT-MAHEUIL. [l6l3] QIQ

Il efTectua les deux premiers articles sans difficulté; mais quant au désarmement , il différa tant qu'il peust, prétendant de pouvoir gagner le roy d'Espagne , ayant diverses fois envoyé à Madrid pour cela, mais inutilement, les Espagnols ne voulant point en ce temps là de guerre en Italie; dont bien en prist aux Italiens, car les divisions qui arrivèrent aussytost après en France leur eussent bien donné moyen d*y faire leurs affaires; et ayant laissé passer ceste occasion, comme ils avoient fait celle de la Ligue, ils ne Tont voulu que quand il n^en estoit plus temps.

La paix estant faicte, j allay à Mantoue trouver le duc, que j*avois veu en France. Le comte de La Suzc et M. de Montglat i'\ venus là comme nous sur le bruit de la guerre, y furent aussy ; on nous logea tous an palais, chacun dans un appartement : ce qui se pouvoit faire aisément , estant sy grand qu'il ressemble plus à une ville qu'à une maison. L'abondance que nous y vismes, tant de pierreries, cristaux et peintures, que de meubles très magnifiques, et pour toutes les saisons, ne se sçauroient non plus représenter que le bonheur dont le prince et ses subjects jouissoient; car n'ayant point eu de guerre despuis un temps immémorial , les impositions n'y estoient point excessives , et la justice s'y observoit sy bien qu'on y voyoit un amour réciproque des uns envers les autres qui ne se trouvoit point ailleurs. Mais c'en fust là la fin, ayant quasy tousjours eu despuis la guerre , Mantoue mesme ayant esté prise et pillée.

(>J J/. de Montglat : François de Paal de Clermoiit, marquis de Montglat, auteur de Mémoires historiques qui font partie d« la deuxième série , t. 49 et suîv.

aao [i6i3] mémoires

Un peu après que je fus arrivé à Mantoue, le duc

alla voir le prince N de Médicis, qui estott à ânq

ou six milles de là , avec quatre mille hommes de pied du grand duc fort lestes , et qui eussent bieu peu rendre de bons services sy on en eust eu besoin ; mais la paix estant faite, ils s'en retournèrent.

M. de Mantoue licencia aussy tout ce qu'il avoit l^ vé; de sorte que M. de Ne vers luy estant inutile, s'ei alla à Rome pour faire agréer au pape Paul y, qui regnoit alors , un certain ordre de chevalerie qu'il piftendoit estabUr dans toute la chrestienté, pour faire la guerre au Turc. Sur quoy le Pape luy ayant donne de très bonnes paroles, il n'y demeura que huict jours, eatrant et sortant dans le mois de juillet, nonobstant lo grandes chaleurs et le mauvais air, afin de se troufcr à une diète qui se devoit tenir à Batisbonne , pour J parler de la mesme affaire, et la faire approuver dam l'Empire.

Je fus à Rome avec luy, et au retour jusques à Florence. En le quittant, parcequ il s'en alloit droit à Trente et que je voulois voir Venise, il me pria de dire à M. de Léon , ambassadeur du Roy, ce qu'il avoit fait avec le Pape, et de sçavoir de luy s'il n'y devoit pas repasser pour en parler à la république : ce qu'ayant fait, M. de Léon me i*espondit que non , et que bien loin de l'approuver et de luy cstre favorable, il ne l'auroit pas sy tost proposé dans le sénat, qu'ils le mandeix>ient à Coiu* tantinople pour s'en descharger, et faire voir qu'ils n'y avoient point de part, tant ils craignoicnt de se mettre mal avec les Turcs.

Ayant demeuré quatre jours seulement à Venise, je pris le chemin d'Allemagne, et fis telle diligence que

DB FO?«TS5AT*MÂREUIL. [l6l3] 211

j'arrivay à lospruck aussytost que M. deNevers. Messieurs de La Suze et de Montglat s'y rendirent aussy au mesme temps; et nous embarquant tous sur la rivière dlnn qui y passe, nous allasmes par eau jusques à Passau, où ceste rivière entre dans le Danube; et de là par terre à Ratisbonne. Or nous y allions tous trois, en espérance qu'on y résoudroit la guerre contre le Turc , parceque , favorisant les rebelles de Transilvanie, il leur avoit aidé à desposer le prince Batory, allié de l'Empereur, et à mettre Betléem Gabor en sa place : ce qui c^toit de grande importance pour l'Empereur, à cause du royaume de Hongrie.

Mais les Allemands n'y voulurent jamais entendre , ny luy accorder les secours accoutumés quand on a la guerre contre les Turcs, non pas tant parceque la chose estoit eslongnée d'eux, et ne leur toucboit pas assez pour s*en entremettre, comme parceque les protestants soup<;onnoieut qu'il avoit d'autres desseins , el que, songeant plus à s'armer contre eux que contre les Turcs, il ne vouloit avoir leurs hommes ou leur argent que pour leur faire après la guerre à leurs despens; de sorte qu'il fust obligé dç souffrir ce qu'il ne pouvoit pas einpescher.

Nous vismes l'ouverture de la diète, l'Empereur ayant fait garder des places fort commodes pour M. de Nevers et pour tous les François. Il estoit au bout de la salle, sur un trosne eslevé de quelques marches. Les électeurs de Mayence et de Coulongne sont à ses costés, un peu plus bas, mais dans des chaises; les trois électeurs séculiers au dessous d'eux ; et quant à celuy de Trêves, il a la sienne vis-à-vis de l'Empereur. Les autres princes, les comtes, les barons et les desputés des

222 [l6l3] MÉMOIRia

villes impériales y ont aussy séance. Les lecteurs ec* clesiastiques y estoient présents, mais les autres n'y avoient que des desputés. Quand ils travaillent am affaires , ils s'assemblent séparément , chacun avec ceta de son ordre; mais les électeurs sont ceux qui ont plus de pouvoir, et qui règlent tout.

Lorsque les princes alloient par la ville, ils estoieit seuls dans leurs carosscs; et tous ceux de leur suite, de quelque qualité qu'ils fussent, marchoient à pied devant eux ; et sy on disoit que les généraux d'amée, et mesme les mareschaux de camp, en faisoieut fain autant à tous les colonels et autres officiers iuférieuis, quand ils commandoient Tarmée : ce qui ne se pratique, ce me semble, que là, les Allemands estant les phii glorieuses gens du monde.

L*empercur Matthias, qui regnoit alors, estoit Oi fort bon prince gouverné par rarchevcsque de YieiiDei nommé despuis le cardinal Glesel (0. Il ne despendoit pas tant des Kspagnols que ses successeurs ont fait, a cause qu'ayant de grands Estats et estant fort bien^ tably, il n'avoit pas les mesmes besoins d'eux que cas qui sont venus après luy, qui n'ont subsisté devant qut de parvenir a TEmpire , ny despuis, que par les secoufl qu'ils en ont tiré.

Quelques uns disoient que c'estoit encore parcequi despuis que Maximilien, son père, eust empesché PWlippe II d'estre éleu roy des Romains quand Charles* Quint quitta l'Empire à son frerc Ferdinand, ces dcax branches avoient tousjours esté aucunement divisées; et que cela s'estoit encore accreu à l'égard de Matthias

(^) Le cardinal Glesel : Melcbior Klessel, évêquc de Vienne eu Aatnche, fM promu au cardmaliten r6i5.

DE TONtisirÂT-MAREUlL. [l6l3] 223

par le voyage qu*il fist en Flandres au coinmencoment de la révolte, les Espagnols ayant creu qu'il s en vouloît rendre maistre, et la garder pour luy.

M. de Nevers ayant demeuré quelques jours à Ratisbonne, et veu qu'il n'y gagneroit rien, s'en retourna en France, où il estoit impatiemment attendu par ses anib pour les desseins qui esclatcrent Tannée suivante. Quant à moy , ne pouvant pas aller en Austriche ny en Bohesme, à cause de la peste qui y estoit fort grande, îe fus à Nuremberg , Augsbourg, Ulm , Atb , Strasbourg et Heidelberg, demeure de l'électeur palatin.

C'estoit alors la plus belle cour d'Allemagne après celle de Vienne, parcequ'estant , comme premier élocleur, chef de la ligue protestante , qui estoit en ce temps la en sa plus grande réputation, tous les princes, leurs alliés, et le Roy entre autres, y tenoient des résidents, et diverses personnes de toutes qualités y alloient souvent pour leurs affaires particulières; joint qu'il avoit un peuauparavant espousé la princesse d'Angleterre (0, qui le relevoit encore fort. De sorte qu'on peust dire assurément qu'aucun de ses prédécesseurs n'avoit esté sy honoré ny sy considéré que luy. Or il n'avoit pas encore dix-huit ans, qui est 1 âge porté par les loix pour sortir de tutelle : c'est pourquoy le duc des DeuxjPonts, son oncle et son tuteur, ou, comme ils l'apel- IcDt, administrateur, estoit celuy qui gouveriioit et fiûsoit toutes choses comme s'il eust esté électeur, marchant mesme devant l'électeur quand ils se trou voient ensemble , les loix luy donnant ce privilège tant que la tutelle dure.

(0 La princesse d'Angleterre : Elisabeth Stuart, Glie de Jacques i« mariée à Frédéric t, électeur palatin, le i4 février 16 H.

3a/{ [l6l3] MBMOIRBS

Aussytost que je fus arrivé , radministrateur et Télecteur envoyèrent, selon la coutume (0, me visiter rt me prier il'aller souper avec eux, comme je 6s. La princesse d'Angleterre a voit la préséance, et on ne parloit partout où elle estoit que François, parcequelk n'entendoit point l'allemand. Après souper je les suivb dans la chambre de la princesse, où je demeuray quel* que temps à leur conter des nouvelles de France, dont ils aimoient fort à entendre parler. Despuis cela je ne les revis plus, estant allés le lendemain à une de ces grandes chasses qui se font en Allemagne, et où ik dévoient demeurer sept ou huit jours. Ce n*est pas qœ le résident de France ne me disî que j'y pourrois alkr sy je voulois, et que j'y serois fort bien receu; mâb j'aimay mieux continuer mon voyage.

Le chasteau d'Heidelberg est fort grand et fort k* geable ; mais la ville est petite , sur la rivière de Neckcfi en un des plus beaux et des meilleurs pays du monde. ije climat est presque comme celny de Paris. C'est daas ce chasteau où estoit cesfe belle bibliothèque qui a esté despuis portée à Rome, et ce muid de viu sy céicbre parmy les Allemands, auprès duquel il y avoit un degré de dix ou douze marches pour monter dessus. DHddelberg j'allay à Francfort, où la foire se tenoit. Elle n'est pas comme celle de Saint-Gennain , le principal débit qui s'y fait estant de marchandises en gros; de sorte que dans le lieu où on les vend en détail il ne s'y voit rien de fort considérable , ny pour la qualilé nj Ipour la quantité, estant en effet bien plus propre pour

(0 Seion la coutume: CTétoit encore l'usage de cette coiir eu i65;- (rojrez \c% Mëmoires de Coiibnges. pnge tf>; Paris, Biaise, i8io, in-go.)

DB pohtbiiât-m ARBuiL. [i6i3] aa5

Aes marchands que pour d'autres gens. Je m'y embarquay sur le Mein, qui entre à quelques lieues de là dans le Rhin, pour aller en Hollande et puis en Angleterre, n'estant retourné en France qu'au printemps de Fannée 1614.

Sur la fin de l'année 161 3, le marquis d'Aocre voyant M. du Maine l'avoir abandonné; qu'il ne se pou- ▼oit fier à M. de Guise ny à M. d'Espernon , à cause de M. le grand; que M. le prince et tous ceux de sa cabale n'aimant point la Reine, ne pôuvoient pas Taimer, et que le peuple commençoit a déclamer fort contre luy, se résolust de s'aliier à quelqu'un qui ne peust donner jalousie à personne, et qui estant agréable à tous les peuples, le peust restablir en quelque bonne opinion parmy eux; et n'en trouvant point de plus propre pour cela que M. de Villeroy, qui n'avoit autre întérest que celuy de TEstat, il accorda sa fille avec le liiarquis de Villeroy<0 son petit-fils : mais parcequ'ils eiCoient tous deux fort jeunes, le mariage fust remis à on autre temps, pendant quoy la fille mourust, qui fust un grand malheur pour le marquis d'Ancre, et qui causa vraysemblablement tout celuy qui luy arriva despuis; car sy ce mariage se fust achevé, il n*eust jamais entrepris de changer tout le gouvernement, comme il fist à la fin, et doîi vint la principale cause de sa ruine.

En faveur du traité de mariage, le marquis de Courtenvaux, qui avoit espousé la sœur du marquis de Villeroy (*), eust la survivance de M. de Souvré son père

(i) A« marquis de Villeroy : Nicolas de NenYilIe, depuis duc de Villcroy, gouverneur de Louis xiv, et maréchal de France. — f*) Li amur du mnrquis de ViUeroy : Catherine de NeuTÎlle, dame de Paci ,

226 [l6l3] MÉMOIEBS

|)our la charge de premier gentilhomme de la diambre, qu'on ne luy avoit point voulu donner, afin qu'elle peust estre supprimée à sa mort , comme on TaToit promis, quand il Teust, à messieurs le grand et de Bouillon, pour ne multiplier pas ces charges, et qull n y en eust tousjours que deux. A quoy le marquis d'Ancre avoit encore, despuis qu'il fust entré eu la place de M. de Bouillon, employé tout son crédit : mais pour lors il Ven désista; et madame d'Alincourt (0 eust li promesse d estre dame d'honneur de la nouvelle Reine.

Environ ce temps là le fils du duc de Neubourg, qui estoit protestant, espousa la sœur du duc de Ba« vierc, qui estoit catholique : ce qui commença à mettre la division entre le marquis de Brandebourg et luy, qu'on y a veu despuis.

Il arriva aussy , sur la fin de ceste mesme année, que madame de Puysicux (^), petite-fille de M. de Villeroy et belle-fille de M. le chancelier, mourust; après quoy tout le monde pensoit que Tunion establie entre eux par le mariage de M. de Puysieux et d'elle se pountHt rompre, M. le prince et les siens faisant tout ce qu'ils pou voient pour cela. Mais ils furent sy sages, qu'il n'y parust aucun changement ; M. de Puysieux, qui avoit la survivance de M. de Villeroy dans la charge de secrétaire d'Eslat, ayant tousjours vescu avec luy comme auparavant. Ce fust encore alors que la Reine fist commencer le palais du Luxembourg.

depuii dame d'atours d'Anne d'Autriche, mariée an mois de mai 1610 à Jean de Sonvré, marquis de Oourtenvaux.

ft) 3Indame ttÂlificourt : Marguerite de Mandela , femme de Ciiarkf (le Neuyiile, marquis d'Alincourt, mère de la marquise de CourtCDvaux. — (') Madame de Pujsienx : Madeleine de Neuville -ViUeroj. première femme de Pierre Brulart , marquis de Sillery et de Paisieiix.

DE FOIfTBIfAT-MARECIL. [l6l4] ^^J

[i6i 4] Jusques là tout avoit heureusement succédé à la Reiue; car M. le comte estoit mort au mesme temps fu'il pensoit à faire la guerre. Les huguenots n'avoient fait nulle entreprise qui n'eust esté aisément arrestée; Equant à M. le prince, il estoit demeuré fort soumis, soit à cause que l'argent de la Bastille luy estant assez libéralement desparty aussy bien cyi'à tous ses amis, il s en fust contenté , ou qu'il craignist que s*il en usoit autrement en demeurant dans la cour on le mettroit eo prison, et que s'il en partoit , le Roy, ayant dequoy faire facilement des armées, pourroit aller sy promptement après luy que n'ayant pas le temps de se mettre en deffence, et toutes les villes qui vouloient la paix estant contre luy, il seroit forcé de sortir du royaume. Ce qu'ayant une fois esprouvc, il sçavoit ce que c'cstoit, et n'y vouloit plus retourner.

Mais quand il vist la Bastille presque vidée, et qno, par les mauvais ménages dont ou usoit quasy en toutes choMS, les revenus ordinaires ne suffisant pas, il faudroit avoir recoui^ aux moyens extraordinaires, qui, estant quasy tousjours à la charge du peuple, recevoient en tout temps de la difficulté, et pouvoient causer du trouble; joint qu'on commençoit à se lasser du gouvernement de la Reine, à cause du pouvoirqu'elle donnoit à la marquise d'Ancre et à son mary, qui augmentoit tous les jours : il creust que comme il n'avoit plus guère à espérer en demeurant auprès du Roy, il n'auroit pas aussy beaucoup à craindre en s'en oslongnaut. A quoy il estoit fort poussé par M. de Bouillon , qui ayant veu cequ'avoit autrefois fait M. d'Alençon (0

CO i/. fJ'jéleneon : Ftslïh^oÏs , duc d^Alençon, le quiitrièine fils de Henri if.

228 [lâl4] MKMOIBBS

en sortant de la cour, et les grands avantages que luy et les siens en avoient tirés, ne luy en promettoit rieu de moins favorable. De sorte que réveillant par ce moyen là ceste naturelle inclination des François pour les choses nouvelles et mesmcs pour les guerres civiles, qui ne s'estoient veues il y avoit long-temps, il porta enfin M. le prince et les siens à tout ce qu'il voulust; et on ne voyoit rien, sur la fin de l'année i6i3 et le commencement de 16149 qui ne présageas! les désordres qui suivirent incontinent après, M. le prince fai* sant tous les jours des assemblées secrètes avec ceux qui le pouvoient servir tant dans la ville que dans le parlement, demandant à la Reine pour luy ou pour ses amis des choses qu'il sçavoit bien qu'on ne luy accordcroit pas, et ne cherchant enfin qu'à se faire des prétextes bons ou mauvais pour sortir de la cour, K avoir de quoy se plaindre et remplir un manifeste; h Reine cependant, ny tons ceux du conseil, comme slb eussent dormy, ne pensant point à l'empescher, ny à •y apporter aucun remède.

Or toutes choses estant, ce leur sembloit , assés bien disposées, M. le prince prist congé du Roy et de la Reine pour aller passer quelques jours dans sa maison de Châteauroux, et messieurs de Nevers et du Maine dans leurs gouvernements, sans tesmoigner aucune mauvaise satisfaction : mais ils en avoient laû^sé la charge à M. de Rouillon, lequel demeurant après eux à Paris, fust voir M. le chancelier, et luy dire que le principal subject de leur voyage estoit pour le mauvais gouvernement qu'ils voyoient dans l'Estat , dont le mal croissoit tous les jours; de telle sorte que s'il n'y estoit bicnlost remédié, il se rendroit incurable. Que le rang

DB FO!«TERÂT-MAREUIL. [i6l4] ^^Q

que M. le prince y tenoit l'obligeaDt d'y prendre garde, il s'esloit résolu de le représenter h la Reine; et que pour cest efTcct il s'assembleroit dans peu de temps avec tous ceux qui auroicnt la mesme afTection que hiy pour le bien du royaume, sans armes et seulement avec leur train , pour oster tout soupçon qu'ils eussent d'autres pensées, et que de là ils envoyeroient leurs remoiistrances. Ce qui ayant esté à l'heure mesme rapporté à la Reine par M. le chancelier, il fust résolu qu'on arresteroit M. de Bouillon, tant parccqu'on le croyoit autheur de ce dessein, que parcequ'il estoit seul capable de le conduire. Mais il y avoit préveu, estant sorty de Paris dès qu'il eust quitté M. le chancelier, et allant sy viste que ceux qu'on envoya après virent bientost que ce seroit temps perdu.

M. de Longueville, quoyque la Reine luy eust tesmoigné beaucoup de bonne volonté, et qu'elle le contenteroit pour les ordres qui se donneroient pour la Picardie , à quoy on ne travaîllcroit point sans l'y appeler, ne laissa pas de partir au mesme temps que M. de* Bouillon ; de sorte qu'il n'y eust que M. de Vendosme, lequel estoit revenu dans le Louvre, où il logeoit, prendre quelque chose dont il avoit besoin, qui peust estre arreslé. On le laissa néanmoins dans sa chambre, en la garde d'un exempt.

Aussytost que cela fust fait, le Roy escrivist (0 à tous les parlements, aux gouverneurs de provinces et de places, et aux villes principales, pour les avertir de ce qui se passoit, et leur faire voir le peu de subject

(') Le Roy escrivist : Ce fut la Reine mère qui adressa cette lettre aux dÎTenes aatorités do royaume. Elle est rapportée dans le Mercure fraa<^oi5 , t. 3 I p. a 1 8.

SSO [<6l4] MÉMOIRES

qu'avoit M. te prince et tous ceux qui le suivoient de se plaindre du gouvrruemcnt, puisque les affaires du dehors s'estoient aussy heureusement conduites qu'on eust peu souhaiter; et pour le dedans, que les impositions, nonobstant les glandes despences ausquelles on avoit esté obligé, s'estoient piustost diminuées qu'augmentées; que les édits de pacification avoicnt esté bien entretenus, tous les ordres maintenus dans leurs privilèges, et qu'il ne s'estoit pris aucune résolution importante dont luy premièrement, et puis tous les autres grands du royaume qui s'estoient trouvés à la cour, n'eussent eu connoissance ; joint que luy et tous les siens avoient receu tant de biens et d'honneurs despuis la mort du Roy, qu'ils dévoient bien piustost remercier que se plaindre. Que toutefois la Reine, poar estre mieux instruite de c*e qu'il auroit à dire, s'estoit résolue d'envoyer devers luy le duc de Ventadour 0) son beau-frere, et M. de Boissise, un des pKis anciens du conseil; lesquels seroient chargés de le convier de revenir à la cour, pour y tenir le rang qui luy estoit dcu, ainsy qu'il l'a voit promis en partant. Mais qae pour montrer encore davantage la sincérité de ses ac« tious, et le grand désir qu'elle avoit qu'on peust remédier à tout ce qui en avoit besoin, les £stats généraux seroient convoqués pour estre assemblés aussytost que le Roy scroit majeur; ordonnant cependant à toutes les villes de se bien tenir sur leurs gardes: Ces lettres estoient du troisième février i6i4.

Sur ces entrefaictes, le mareschal de Fervaques mou-

{*) Le duc de Fentadour : Anne de Lévi, duc de Ventadour, aroit épousé en i SgS Marguerite de Montmorency, sœar conaangoine de b princeMC de Condé.

DE PONTENAT-MAREUIL. [l6l4] a3l

inist , et le marquis d' Aocre fust fait mai*esclial de France en sa place : ce qui donna de nouveaux subjccts de parler à M. le prince, et beaucoup de desgoust aux mieux intentionnés, qui croyoient que, pour une chose aussy extraordinaire que de faire un mareschal de France qui n'eust jamais esté h l'armée, c'estoit mal prendre son temps, que celuy oii il y avoit tant de gens qui ne se plaignoicnt de rien davantage que de son trop grand crédit. Mais les favoris passent par dessus tout; et il n'y a ny coustumes. ny raisons qui soient considérées quand il y va de leur interest.

Anciennement, ceux qu'on honoroit de ceste dignité se faisoieut présenter au parlement par un avocat, qui disoit dans une audience tout ce qui estoit de plus considérable en eux et en leurs prédécesseurs; mais cela fust lors aboly, le marquis d'Ancre n'ayant pas de quoy faire parler de luy et des siens devant une compagnie telle que celle qui se trouvoit ordinairement dans la grand'chambre en ces occasions là, et ceux qui l*ont esté despuis n'ayant pas pensé à le faire restablir. Le prétexte qu'il prist au commencement pour s'en dispenser fust qu'il estoit obligé d'aller promptement à Amiens pour rompre une entreprise que M. de Longueville avoit sur la citadelle, et en retirer M. de Riberpré, dont il n'estoit pas content; et ensuite qu'il estoit honteux aux maréchaux de France qui n'y avoient point de place d'y aller, et pour s'en retourner après sans monter en haut, comme font les pairs.

Quant à M. de Riberpré, il luy fist donner, pour le tirer plus honnestement d'Amiens, la permission de récompenser le gouvernement de Corbie, qu'avoit M. de Plinvillc. lies gens d'armes et les chevaux -légers

23a ['^^4} MÉMOIRES

du Roy, qui n'estoicnt point eu quartier, furent ensuite mandés, et les compagnies du régiment des Gardes mises a deux cents hommes, tout se préparant à U guerre.

Cependant M. le prince estoit à Châtcauroux; maïs il en partist aussytost qu'il sceust que les desputés IVIIpicut trouver : de telle sorte que ne Tayaut point rencontré, ny mesme peu avoir de ses nouvelles, ils s'en retournèrent ù Paris pour prendre de nouveaux ordres. Or ce qui le faisoit ainsy fuir devant eux n'estoit pas seulement qu'il ne voulust point les voir que tous les principaux de son party n'y fussent, mais qu'il craignoit que cela ne rompist l'entreprise qu'il avoit sur la citadelle de Mézieres, laquelle leur estoit toul-àfait nécessaire pour avoir une retraite et un lieu où les secours estrangers peussent aisément venir, pour sau* ver toutes les terres que M. de Nevers avoit de ce costé là : donl ils pourroient tirer de grands secours, et n'avoir rien entre Sedan et Soissons, qui estoit à M. du Maine, qui ne despendist d'eux; car ils estoient assurés de Lh Fere et de Laon , qui estoient à M. de Vendosme et au marquis de Cœuvrcs. De sorte que marchant fort diligemment , il y arriva bientost après avec niessieun de Longueville, de Nevers, du Maine et de Luxembourg (0, qui l'avoient joint par le chemin.

Le marquis de La Viéville (^), gouverneur de la ville et de la citadelle (de Mézicfes)^ n'y estoit pas, et n'y teooit ordinairement que fort peu de gens , commandés par un

(0 De Ltixtmbourg : Henri de Luxembourg, duc de Plney, prince de Tingry, renoit de succéder à François de Luxembourg son père i mort en i6x3. — (>) £« marquis de La Viéville : Charles , depuis doc de La Vieuvilley deux fois surintendant des finances, mourut en i653.

oa ron-KHAT-HutiiuiL. [i6i4] ^33

r^ant et UD vieux »ergcut. auaquels il se iïoit fôrU - deux liomiiieï voyant arriver M. do Npvur»

une lellr compaguic, et iu*ils ne pouvuîeiit pas

reropesclier d'cnln-r dajis la ville, à cause qu'estant k luT, le peuple, qu'il avoil tousjoiirs liicn Irairlé, l'aifluit^et tii}' vouloitouvrir les portes; ils »c résolurent de lujrrefuMn: au uioiiis ci'lle de la citadelle : mais pour ne luT CD faire pas l'alTronl tout entier, de l'en adverlir, ilJD qu'il ne !.'y préwalast pas. JNUis M. de Ncvera, cjui cDuauiiisoit la place et st,'avuit qu'il y avoît faute de tout, ne s'en cstoanutit pat, leur rei^poniiit qu'ils oloient obligés de le laisser ciitifr toutes les fois qu'il nodroit, coiatne gouverneur de la provint»;; et que s'ils y iDaoquuicnt, et allendoient d'y cstre forcés, iju'il les fcroit Ions pendre. Ce qui y list naistre une piade division; car U pluspart des soldats craignant la conle, vouloient qu'on se rendist; et les ofiicicr», qu'on atlendtst le ïceoiirs qu ils a»suroiciiI qu'on leur rnvoyeixtit devant qu'ils peuss<;nl estrc forcés. Mais les wldsli enlin l'emportèrent; car voyant mettre en bat- Une quatre eanous venus de Sedan, et lu place très iAie du co^è de La ville, ils contraignirent les olBdos de se rendre : dont M. de Nevers. comme s'il cuu pris une place sur les ennemis du Itoy. donna ■ussytost avis à la Reine, l'assurant qu'il U garderuit ponr le service du Roy et le sien '0.

Or M. de La Viêville n'en fust pas quitte pour la perte seule de sa place, car il l'ust encore blasmé de lous les costés, tes mis le condamnant d'uvoir abandonné M. de Nevers nonobstant les graïuU-s obligations

1*1 Pwmrlr HnwaAiKoy ti le lim : \ oyn A»m le Wr/uurr /mn]Oi/. l \, p. is3, U l«tlie pmque irvniijao <lu duc de Mavai*.

a34 [1614] MÉMOIRES

qu'il avoit à sa maison ( car il est certain que son pcre n'avoit eu Tordre du Saint-Esprit et le gouvememcot de Mézieres qu'à la recommandation de M. de Neren le père); et les auti^s, parceque ce n'estoit pas asscs pour le Roy qu'il fnst demeuré dans son devoir, s'il ne luy conservoit la place qui luy avoit esté confiée , b tenant sy bien pourveue d'hommes et de munitions qu'elle se peust deffendre : devant bien juger, dèsqu*! vist M. de Nevers mal à la cour, et du mesme partj que M. de Bouillon, qu'elle les incommoderoit ifof pour n'estre pas la première attaquée. A quoy il r»pondoit qu'ayant plusieurs fois demandé permissÎM d'y aller, on ne Tavoit point voulu, de peur d'aigrir la affaires. De sorte enfin que, soit par sa faute ou pv celle des autres, la place se perdist, et le Roy rt k royaume en receurent des maux infinis, ayant esté II source de tous ceux qui arrivèrent despuis. Mais comfll on n'estoit pas en ce temps là fort sévère, il n'en (ai pas plus mal à la cour.

Une reddition sy prompte et sy inespérée ayant fiort troublé la Reine et tout le conseil , on y envoya aisqf' tost M. de Prasiin pour essayer de faire remettre k place entre les mains d'un lieutenant des gardes, (i attendant que Leurs Majestés y peusscnt aller pour y L mettre quelqu'un dont tout le monde peust estre coe»! lent. Mais M. de Nevers, qui ne l'avoit pas prise poarl la quitter sy facilement, le refusa, disant que c'estoil sa maison, et qu'elle n'avoit esté donnée à M. de Li Yiéville, non plrâ qu'à son père, qu'à la i^ecommandi* tion de feu son père et de luy , et en intention qu'il la garderoient pour eux, comme leur appartenant.

A quoy ne se voyant point d'autre remède que h #^

force, le coload Gulat» fus! vavoyv pour levfr au

milte Suisses. On iist raîre i)e& recrues ù tous In vieux

nrgiiDcnU; et ceux ttr Kainimre vl du Vaubrcourl, (fu'oii

iToit licrmliés au retour du Jullirrs, ftirml remis sur

|i*ed. et oDl (oin)i>unâ (leftpiiiâ e^té eninfteiiiis, l« Heine

aojaol que (piand Unit cela semit prest e\ rnseinijle.

OD le feroit bien obéir. Mais cotnuie on avoit liiit une

première Taule de les avoir laissé cabulci- tout l'hiv«r

■Uns Paris, et à la veuc du Hoy et de loule la Fraucc,

Uk y mettre aucun euipcschcuient en les arrcstant, ou

faisutt du telira levée:* (qu'elles leur eussent osté toiitR

t de faire la guern<; on en fist une seconde de n'al-

I krpas droit à M. le prince, aussytosi qu'on le scctist

I prly deCliàteaiiroux et avoir pns le chemin de (Jiam-

||agt>e; personne ne doutant (jiie sv la Heine eust,

me q»elqii«rs uns le vouloienl, mené le Hoy droit à

ieres, ou en quelque autre lien qu'il eust ost^, nvcr

I ferv^nent dexGardos et les Sui)<ses, qui raisolent pins

\ de trois niill:' tiomtnc», et tes deux compugnien de ca*

■Tuerie de la garde, et celles de messieurs de Ven-

■neet de Verneuil qui est oient lousjoursenln'tenus,

! leurs lieuteitauts, niessîenrs d'Heure, Lnpes et

bBotilaye, tenoient dans le devoir, qui f'aisotciit plus

I cents chevaux, sans les ganlfs du corps et In

ir, il n'auroit osé l'atlendre, n'ayant encore aucunes

t sur pied; et eust infailliblcineiit este contraint

iBs'accofntnoder à telles cotKlitions qu'on auroit voulu,

■ de sortir du royaume. Mais Dieu, qui en avoit autre-

1 ordonné, ne permist pas que cest advis f'ust suîvy.

Cependant M. le prince faisoit faire des levées, vl

■ In kastoit autant qu'il pouvoit. Et afin que tout le

^^^^nfonnc dos raisons qui l'avoient oblige îi

a36 [i6i4] MÊMoiafis

sortir de la cour, il envoya un gentilhomme à la ÏLdEae, avec une lettre en forme de manifeste (0, dans laquelle il mist toutes choses, sans regarder sy elles esioient véritables ou non, pourveu qu'elles fussent propres pour la descrier et ceux (jui la conseilloient, et rendre son gouvernement odieux; concluant par demander la liberté de M. de Vendosme , le rappel du chevalier de Vendosme (^) qu'on avoit envoyé à Malte, le retardement des mariages, et les Estats généraux libres; et leur promettant d'y assister, et de contribuer de tout son pouvoir à ce qui seroit du service du Roy et à h conservation de son autorité et de celle de la Brine mesme. Il escrivist aussy au prince de Conty et à toni les ducs et officiers de la couronne, aux gouverneun de provinces, et à tous les parlements , joignant à leun lettres une copie de celle de la Reine.

Aussytost que le parlement de Paris eust receu k sienne, il l'envoya à la Reine par deux conseillers, et toute fermée; ausquels, après qu'elle leur en cust tesmoigné son agrément, elle commanda de la porter! M. le chancelier, pour l'ouvrir et luy en faire le rapport. Il n'y fust trouvé qu'une simple lettre de M. le prince, par laquelle il se remettoit à celle de la Reine, dont il envoyoit, comme j'ay desja dit, des copies! tout le monde. Le prince de Conty et tous les autres donnèrent aussy les leurs, et sans estre ouvertes.

Or ce que M. le prince demandoit (le retour do chevalier de Yendosme ) n'estoit pas tant par afFectioo

(0 E/t forme de manifeste : Voyez cette pièce dans le Meremnfrma» foisf t. 3, p. 3 a 4. — '{') Dn chevalier de Vendotme : Alexandre , 1^* timé de France , cheTaller de Vendôme , grand prieur de Fran« , tî général des galères, mourut en 1639.

qu'il «ist pour luy, ny uiesme pour obliger M. àr \tm- OcMjnr, conini« pensant faire un grand mal ù la Reioe, laquelle l'av-oit quelque leiiips <iuparavant fait aller ù M^lc sous prélexle il«*$ervici'» et df In mîdeiice qtw tous 1rs clievatiers doivent â la religion, mais en rfTet pircrtju'tfilplc trouvoittropLirnavecle Roy, ri qu'elle craignoit que celu ne continuait l'exemple de mesaicun de Guise, ayant appris combien il estoit dangereux da Uusrr prendre de i'aulorilé ii de telles gens, qui, ne TOiaat riea au dessus d'eux que la bouveraînelé, pcni«il plus à se faire (1rs cbcniins pour y parvenir, qu'Ji unie le Roy et demeurer dans l'ordn;; et dont on tfoit encore plus de peur, k cause de l'esprit de M. de Vradosmc qui esloît desja fort connu, mais non pat eduy du chevalier, qui n'esloit pas moins dangereux. Au reste la Reine, craignant que la lettre du M. le prince ne dit quelque impression dans les esprits, respondit à chaque article, justifiant sa conduite, et ceux dcol elle se servoit, de toutes tes plaintes qu'il en faîuit, et disant en particulier, pour les mariages d'Espape et U rupture de celuy de Savoye dont il se plaipoit, qu'elle n'avoit rien arresté avt^ k-s l^paguol» ^e le feu Roy ( aiusy que tout le monde sravoit ) n'eust bit quand don PM)rcdeTole<le vint à Fonlainebcleau, . n œ dernier eusl demandé à les faire double» comme Hise faisoient alors; et qu'elle n'avoil préféré celuv là à oriuy de Savoye ([ue par son avis et c«luy de feu M. le comte. Qu'il n'y avoil guen- d'apparence que et fost pour surpi-endre les luiguenots; car il s'atladioît fort à cela a(in de les mettre de son cosié, puisâtes édits de pacification n'avnient jamais t'aie mieux cQtfipienus, non plus que U>s allianu^» de» prolostanlsi

a38 [l6l4] MÉMOIRES

et qu'elle pensoit encore à faire le mariage d'Angle terre, comme M. de Bouillon le sçavoit bien, en ayant «sté le principal entremetteur; le priant enfin de prendre garde que ceux qui le faisoient tant appuyer sur rassemblée des Estats seurs et libres n'eussent plus d'envie de former sur cela des difficultés pour l'empescher de s'y trouver, que d'en faire tirer tout le fruit qu'on en pouvoit espérer. Geste lettre fut imprimée, et envoyée partout (0.

Mais afin de mettre entièrement le bon droit de son costé, et qu'on ne luy peust pas reprocher de n'avoir pas fait tout ce qui se pouvoit pour arrester ce dc»> ordre dans son commencement, elle envoya M. dt Thou (»), qui estoit fort agréable à M. le prince, pour le disposer à un accommodement, auquel il promist d'aller à Soissons, et d'escouter là tout ce qu^on lu? voudroit dire.

Cependant M. de Vendosme, qu'on avoit tousjoun laissé dans sa chambre du Louvre, se sauva : ce qui arriva parceque l'exempt qui le gardoit n'avoit pas veu , lorsqu'il visita sa garderobe , une porte qui , pour avoir esté longtemps auparavant condamnée, estoit couverte d'une tapisserie et de quelques bardes, et dc paroissoit point du tout; de sorte que n'y en croyant point d'autre que celle de la chambre, il l'y laissoit entrer tout seul quand il en avoit besoin. Ce que ses valets de chambre voyant, ils la firent ouvrir de nuit par un serrurier; et y estant allé le matin comme il avoit accoustumé, il sortist par là; et passant la porte du Louvre sans estre connu, prist un cheval qui l'attea-

(t) yoyez le Mercure fraiiçois, t. 3, p. a33. — (*) M. de Thott:l€ |)r^idcnt de lliou ctoit alors directeur des finances.

DE ro]rTKiftT-M*nst-iL. l'fii^] a3g

.1 fil la ccNir il» cuûiD», et pardeftcbeinintclc»- ' -4- rt-tira en Bn-tagor. LiiNiiitc de ({uoy l'extaiipt, . . - ^voir quelque temps attendu, vojmtit iju'il n^re- "^j i;! (Kiiiit , eulra dans la garde robe; et uc l'y Irou- >ui |';is, en fusl p ro m p tentent averlii' la Itt'iiic, laluede 4^voya aussvtosl M. de Moutbazon à Nanirs, â»t il esloit gouverneur; rt iia comniandemenl dam b province de oe le point rcconooistre, et du m* tenir lor se» gardes.

M. de \'endosino arriva»! à Aacems, ijui esluit » hiT.HeutqueM. deMonlbdzun, qui avoil pris lu poste I ttledroit cliemin, estait de»ja païué, et qu'ayant doaaé I Ishnoe partout, il ne iiiy serait pas seur daller plus sans estiT bim accompagné. Cc!>t |>ourquoy, mt V pouvoir demeurer cjiid<)uc temps eu seure1« Ifarreiftte c'est une ville fermée, il se resolust d'v aises amis, qui l'y vinrent bientost trouver, et s bon nombre. Cq)m<lant il escrivisi ii la Reine tous les subjccis laialc qu'il avoit OJ, et »'eii alla, dès qu'il ^ vist ■ fort pour te mcllre en campagne, droit à Biavet. t e»lé rasé quand les Espagnol» le rendirent , en Mion de le fortifier; et en efïét il y lit quelque peu e,qiioyq(ie le maresclial de Bri&sac, lieutenant t roy, et le parlement de Bretagne. es.s;iva<sent de Vdonpescher.

£licenie»ne temps le conuestable de Montmorency

1 en sa maison de I^ Grange, procbe de Peze-

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