Aubigné et Armagnac
lûO APPENDICE
à haïr le roi pour quelques amours estranges desquelles elles l'accusoient.
La roine de Navarre, partisanne de Monsieur et de quelques gallants d'auprès de lui et ennemie de son aisné, le fît eschauffer en nouvelles haines contre son mari, en lui faisant sçavoir qu'il l'accusoitde vilain péché, choses qu'on creut aisément estre dites pource qu'elles estoient vraies. Cette mesme roine faisoit soigneusement rapporter à son mari par la dame de Sauve les récriminations de son frère. Elle avoit un médecin nommé Saint- Pont, par lequel elle lui fit dire deux choses, l'une qu'on l'avoit essaie pour travailler à l'empoisonner, et l'autre que le tiltre de protecteur des Eglises n'appartenoit point à Monsieur. Toutes ces choses préparent l'ame de ce prince à répudier les délices, et son cœur à espouser les dangers.
Il arriva là-dessus que Fervaques et Laverdin mescontants, l'un trompé d'un gouvernement de Normandie, offensé des termes que lui tint le roi après la victoire de Dormans, l'autre abusé du régiment des gardes, firent sentir leurs désirs de changemens à ceux qui trafîquoient le départ du roi de Navarre. Le premier de ces deux se descouvrit à Aubigné, à qui il donna son guido'n, avec charge de l'engager; l'autre fit porter les mesmes asseurances par Roquelaure; et, pour conférer en liberté de ces choses, le roi de Navarre et ces deux
se promenèrent en un coche fermé des deux costez par les rues de Paris. A la fin de leurs propos, Aubigné, à qui son niaistre avoit demandé ses étrennes, lui donna un bouquet d'olive, de laurier et de cyprès, avec un sonnet qui servoit d'ame à cet emblesme, qui n'estoit que renouveller la devise que la roine avoit prise et donnée aux principaux de son parti. Ce sonnet est au commencement du premier tome et s'explique ainsi : Seure paix, vaincre bien, ou mourir en honneur^.
Là fut arresté de se voir une apres-souppée au logis de Fervaques à la Cousture-Sainte-Catherine, peu fréquentée en ce temps-là, ajoustant à ceux que nous avons nommez un gentil-homme nommé La Porte. Donc les sept enfermez, et s'eslans délivrez de plusieurs fascheux sous quelque couleur vicieuse, se presterent serment, assavoir les six au roi de Navarre et lui à eux, de ne se desdire point par quelque caresse qui se presentast, et d'estre ennemis jusques à la mort de quiconque decelleroit l'entreprise. Cela prononcé, le roi de Navarre les baisa tous six à la joue, et eux à lui la main droitte.
Le dessein estoit qu'au vingtiesme de février, dix-huit jours après le complot, Laverdin se saisi-
I. L'édition de 1626 porte : Seure paix, victoire entière, mort honorable.
loit du Mans; Roquelauie, son lieutenant, amassant la compagnie, assisté de Mairolles et autres, empoigneroit Chartres, et le guidon de Fervaques, par l'assistance de Belle-Fontaine et de Poupeliere, feroit de mesmes à Cherbourg. Et cependant, leur maistre aiant fait un bon semblant de s'asseurer de la lieutenance, comme il avoit fait depuis peu de jours, eslendroit ses longes jusques à aller chasser aux foresls de Sainct-Germain, estant tousjours sous la garde d Sainct-Martin ', maistre de la garderobe, et de Spalungue, lieutenant des gardes. Le lendemain, au point du jour, le roi de Navarre s'alla jetter dans le lict du duc de Guise, et, avec les alliances qu'ils avoient fait de maistre et de compère, eurent plusieurs familiers discours; ceux du Bearnois tendans à ce poinct, qu'aux despens de plusieurs vanitez et vanteries de ce qu'il feroit quand il seroit gênerai, le duc courut en apprester à rire au roi [comme il avoit desja faict auparavant, sur d'autres vanitez eschappées sans artifice. Mais, à ceste fois qu'il parloit par une feincte estudiée, il lui en donna autant qu'il falloit pour le mespris]. Us le tenoient donc prisonnier de cette espérance ; et ainsi il trompa à son tour par la mesme feinte qui l'avoit trompé. Car on a sceu pour certain que, sans ce coup de lan-