I. En Blaisois. Voy. Préface, p. iii
aimée femme, à savoir : de la somme de six mille livres tournois, desquelles je veux qu'elle soit payée sur les premiers et plus liquides deniers, sans avoir égard si j'ai été payé tout à fait des dettes sur lesquelles ledit don est conditionné, et, en cas qu'il en fût besoin, je lui redonne ladite somme de six mille livres de nouveau.
Je fais mes héritiers de tout ce qui me reste d'acquêts ou meubles, de quelque nature qu'ils soient :
Premièrement, les quatre enfans de ma fille aînée, Marie, à savoir : Arthemise, Louise, Josué et... de Caumont, pour partager entre eux les trois quarts de ce qui me reste à disposer également, hormis trois mille livres que je donne par preciput à mon petit-fils Josué ; et pour ce que Arthemise, à l'âge de quatre ans et demi, me dit une parole que je promis faire valoir mille écus, je lui donne mes quatre cents perles, mon gros diamant et le petit en pointe, mes deux grandes emeraudes, et un nœud où il y a vingt-cinq diamans enchâssez que je lui ordonne recevoir et compter pour les mille écus promis.
Quant au quart qui reste du total, je le donne à ma bien-aimée fille Louise, femme de M. de Villette, pour en partager ses enfans selon sa pure volonté ; que s'il y a quelque disproportion entre les enfans de Marie et les siens, je la prie donner
cela à la pauvreté de ceux-là, et à quelques avantages, quoique bien méritez, ci-devant faits à mon fils, son mari, et à elle.
Je déclare que tous mes meubles, même les joyaux que je donne, seront censés et comptés en la masse de tout le bien.
Item, que, si un des quatre enfans de mon aînée venoit à décéder, ceux de ce lit en soient seuls héritiers, et de même touchant les deux de M. de Villette ; mais que, si une des branches venoit à faillir, l'autre lui succédera selon le droit et coutume du Poitou. Que s'il y a quelque disproportion au partage que je fais, par lequel il semble que ma seconde fille ait de quoi se plaindre, je la prie d'en donner la cause à la pauvreté des enfans de sa sœur, considérant aussi quelques avantages, quoique bien méritez, que son mari et elle ont reçus de moi. Excuser si cette clause est répétée.
Il me reste à disposer de mes enfans spirituels, à savoir mes livres, lesquels, sans ma nonchalance, pertes et retranchement que j'ai faits, égaleroient le nombre de mes années. Je ne puis en ce lieu m'étendre à l'enumeration et distinction de mes écrits, reservant cela au mémoire exprés que j'espère donner à leurs tuteurs. A cette charge, je convie et prie M. Tronchin, le pasteur et docteur en théologie, et lui donne pour coadjuteur Nathan d'Aubigné, dit la Fosse, auquel j'ordonne de tra-
vailler soigneusement I. Je désire donc que ma femme, ou ceux qui auront mes papiers entre les mains, ayant mis à part ce qui concerne les affaires de la maison, mette confidemment tout le reste entre les mains de M. Tronchin, et, en son absence, du dit sieur de la Fosse, pour accomplir mon juste désir.
Sous le terme de mes livres sont comprins ceux que j'ai ci-devant fait imprimer, les manuscripts et ceux de divers autheurs qui sont pour le présent en mon cabinet. Je recommande à mes amis la protection des premiers et la réimpression de mes Tragiques, et autres s'ils le trouvent à propos. Et quant aux mille exemplaires ^ qui sont à Rolle, je désire qu'ils soient vendus et leur prix mis à ma succession, hormis deux cents desquels je fais don par moitié à M. Tronchin et à la Fosse, à chacun cent.
Quant aux manuscrits, je mets en la commissioa de mes amis les deux mois : Ure, seca 3 ; exhortant la Fosse d'être en ceci partisan, sans les précédents qui devant Dieu sont lepidités-*, renvoyant
1. Ce vœu fut exaucé, car Nathan, reçu docteur en médecine à Fribourg en Brisgau , a laissé plusieurs ouvrages relatifs à la chimie. Voyez-en la liste dans la France protessante, édit. Bordier, t. I, col. 549.