‹ Mémoires. Publiés avec préf., notes et tablesChapitre 2 sur 155 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

divertissement de ces princes qu'il devait flétrir dans LES Tragiques. Assez avant dans la familiarité du duc de Guise, il va combattre sous son drapeau à Dormons, oii les protestants furent vaincus. C'était oublier les solennelles paroles de son père à la vue des restes mutilés des conjurés d'Amboise : cf^Si' tu épargnes ta tête pour venger ces chefs pleins d'honneur, tu auras ma malédiction. « Il semblait alors avoir perdu le souvenir de la Saini-Barthélemy, qu'il se rappela malheureusement en iSyy pour faire massacrer de sang-froid vingt-deux soldats de Dax qui s'étaient rendus à lui sans combat.

Une circonstance heureuse vint l'arracher à cette existence où auraient fini peut-être par sombrer son honneur et sa conscience. La vie qu'il hasardait à chaque instant dans les duels et les plus folles escapades, il la risqua un jour, mais cette fois dans un but aussi utile que glorieux. Ce fut lui qui décida Henri à s'échapper de la cour et qui l'aida dans sa fuite, dont il nous a raconté de plaisants épisodes. Un pareil service, dont les résultats furent immenses pour le prince et le parti protestant , établit entre eux une aniilié et une confiance que vinrent troubler trop souvent, outre les affaires politiques, des querelles anienées, d'un côté, par la langue satirique, la vanité, l'anibition et l'hunieur intraitable de l'écuyer, et, de l'autre, par la légèreté et les passions amoureuses du roi, qu'Aubigné va jusqu'à accuser d'avoir médité

PREFACE IX

sa mort. Plus d'une fois il envoya à son maître un adieu qu'il croyait éternel, mais leur affection mutuelle était si grande qu'il suffisait d'un mot de celuici pour faire revenir près de lui son fidèle serviteur.

Jusqu'à la fin des guerres civiles, Aubigné, qui avait épouse en i583 Suzanne de Lezay dont la mort, arrivée en iSgS, le plongea dans un profond désespoir, ne prit guère de repos « hors le temps des maladies et des blessures ». Tantôt lancé pour son propre compte dans des entreprises hasardeuses, tantôt combattant à côté du roi, tantôt le servant dans le conseil et dans des niissions pleines de dangers, il déploya partout un courage, une audace, une fermeté et une indépendance qui le rendirent l'un des hommes les plus considérables et les plus redoutés de son parti.

Après l'abjuration d'Henri IV, auquel son écuyer fît entendre plus d'une fois d'anicres et dures paroles, les calvinistes, prives de leur chef et déçus dans leurs espérances, commencèrent à s'agiter contre celui dont ils avaient été si longtemps le plus ferme appui. On peut lire dans les Mémoires de Sully ' quelles inquiétudes ils inspirèrent au roi, qu'ils avaient poussé à la guerre, lors de la surprise d'Amiens par les Espagnols. Les principaux des réformés, loin de s'unir à lui pour repousser l'étranger, voulurent profiter

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