‹ Mémoires. Publiés avec préf., notes et tablesChapitre 4 sur 155 · Voy. Mémoires, p · texte numérisé non relu

Voy. Mémoires, p

2. Je crois qu'Aubigné a rapporté à ce voyage (1610) quelques particularités d'un voyage antérieurf 1 607) dont il ne parle pas. Voy. le Journal de D. Charnier, p. io8.

PREFACE XI

roi, arrive quelque temps après, frappa Aubignc d'une vive douleur, qu'il a expriniêe avec une rare éloquence dans plus d'une page de son Histoire'.

Après ce fatal événement, Aubigné aurait pu, s'd l'eût voulu, mener une existence tranquille et indépendante. Il avait, en effet, comme il le dit lui-même, reçu de son maître « autant de biens qu'il luienfalloit pour durer ^ », et d'ailleurs la guerre, « où i7 étoit entré en chemise », l'avait suffîsan^ment enrichi, et quelquefois par des moyens qui rappelaient un peu trop les brigandages des seigneurs du moyen âge?.

Mais son humeur inquiète ne lui permit pas de jouir en paix d'un bien acquis au prix de tant de combats et de tant de travaux. Il s'eneae.ea dans

1 . Aubigné, qui n'écrivit ses Mémoires que dans les dernières années de sa vie, c'est-à-dire à une époque où il était aigri par les malheurs et l'exil, s'y montre beaucoup plus sévère envers Henri IV que dans VHistoire universelle, où il lui rend justice. Voy. plus loin p. 244 et suiv.

2. A la mort du roi, en 1610, les pensions d'Aubigné se montaient à sept mille livre;. 11 est à remarquer que dans les anciennes éditions des Mémoires on a intercalé sur la ladrerie de Henri IV envers son serviteur des particularités qui ne se trouvent point dans les manuscrits, et qui ont été évidemment tirées de quelques recueils d'anecdotes plus ou moins authentiques.

3. En 1614 Aubigné possédait en terres, meubles, etc., une valeur de 173,000 livres, sans compter ses places et se> pensions.

toutes les intrigues, dans toutes les luttes qui signalèrent les preniières années du règne de Louis XIII, et qui cette fois lui furent fatales. Indigné de voir les chefs et les ministres calvinistes se vendre tour à tour, abandonné des princes qui « lui faisoient banqueroute comme à tout honneur, accablé des haines de son parti », il prit la résolution de quitter la France. En 1619, il céda au duc de Kohan ses forteresses de Maillezais et de Doignon, qu'il regardait comme à peu près imprenables ', et eut soin, par une dernière bravade, d'écrire à la cour qu'il n'avait pu chercher « aucun plus fidelle et passionné au service du roy ». L'année suivante, il s'engagea dans la ligue des princes contre le duc de Luynes. Après leur défaite aux Ponts-de-Cé, il traversa la France en fugitif, et puL enfin, à travers mille périls, arriver, le 19 septembre 1620, à Genève, oit on lui fit un magnifique accueil.

Mais dans le pays même où il était venu, à soixante-huit ans, « prendre le chevet de sa vieillesse et de sa mort » , il ne put rester inactif. Genève, Bâle et Berne l employèrent tour à tour et organiser leurs moyens de défense. Venise voulut l'attacher et son service, et, « bien que les causes des haines des rois

1. « Maillezais coùteroit un siège royal, et le Doignon plus à être assiégé que La Rochelle à être prise. " (Mémoires, p. i35.) Voy. l'Appendice, p. 211.

PREFACE XIM

dussent être aux républiques cause de charité », la Seigneurie dut renoncer à ce projet, sur les représentations de l'ambassadeur français Miron.

Un second mariage, quAubigné conclut à soixante et onze ans avec Kenée Burlamachi^ dont il se fit tendrement aimer, ne put contraindre au repos cet homme reniuant à qui l'oisiveté était odieuse. Ses menées avec les protestants de France et d'Angleterre, l'àpreté de son langage, l'infïexiblité de son caractère, la publication de divers écrits, entre autres celle du Baron de F^eneste, qui avait scandalisé la ville calviniste, lui attirèrent des tracas et des persécutions jusque dans ses derniers jours et ajoutèrent aux afflictions que lui avaient causées les trahisons et l'infâme conduite de son fils aîné Constant, le père de M'"^ de Maintcnon. — Quinze jours avant sa mort M'"^ d'Aubigné écrivait a son gendre de Villettc : u La grande promptitude de Monsieur n'est point amoindrie avec l'âge, ni son excellent esprit, à qui il donne quelquefois plus de liberté que les affaires de ce tems ne permettent. Je lui dis souvent qu'il est tems d'arrêter sa plume. Il a eu ces jours passés une bourrasque à cause du livre de F(iENESTE], augmenté de nouveau, qui n'a pas été bien pris en ce lieu, ou les personnes pensent

I . Elle était née en i j68 et avait alors cinquante-cinq ans, c'est-à-dire seize ans de moins qu'Aubigné.

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