‹ Mémoires. Publiés avec préf., notes et tablesChapitre 41 sur 155 · Aubigné · texte numérisé non relu

Aubigné

42 MEMOIRES DAUBIGNE

gagneioyent le cœur de leur maistre par ses plaisirs, ce qui seroit dommage à sa religion et aux esglises. Le sieur de la Personne luy desduisant l'excellence de son éloquence en discours, en vers et en prose, et aux gentilliesses de la cour, disant et concluant qu'il falloit employer ces choses pour posséder les bonnes grâces de son maistre, il respondit en descendant de cheval à tous les deux : au premier : « Vous dites donc qu'il faut se bander pour le bien des esglises, et vous, que Dieu m'a desparti de grands dons et grâces, pour en faire un maquereau. )i

Le roy de Navarre, continuant en son desseing et jugeant que le point d'honneur retournoit à Aubigné en son opiniastreté, se servit de ce qu'une nuit il avoit failli de tirer l'espée contre des batteurs de pavé, et, pource que cestuy ci s'estoit jette au devant de son maistre, et avoit fait son debvoir, il l'engageoit pour sa seureté à l'accompagner à quelques amours, et puis le contoit aux ministres et principaux seigneurs de son parti. La malice le poussoit à luy faire toutes sortes de querelles, et luy empescher tout payement, et mesmes à luy gaster tous ses habillemens pour le réduire à nécessité.

[i 577] Il fut despesché pour préparer à la guerre les provinces et gouvernements de Guienne, Perigord, Xaintonge, Angoulmois, Aunix, Poitou,

MÉMOIRES d'aUBIGNÉ 43

Anjou, Toiiraine, le Maine, le Perche, Beauce, risle-de-France, Normandie, Picardie, et puis pour donner dans l'Artois, par quelques intelligences fort dangereuses. Aussi tost despesché, aussi tost la royne mère advertie luy mit à dos plusieurs dangereux revers, comme vous voyez descrit à la fin du 4e chap. et 3^ livre du tome 2 '. Nous adjoustons seulement qu'en passant, il fit la harangue que le baron de Miranbeau ^ prononcea, et qu'en achevant son voyage, ayant trouvé une troupe de noblesse qui marchoyent à Saint Gelais pour une entreprise, il se fit leur prisonnier pour aller plus seurement trouver son ami Saint Gelais à qui ceux de Vansait3 le menèrent prisonnier sur le point que monsieur d'Anville4 marchoit à l'entreprise des Rois, et Saint Gelais bailla à son prisonnier les coureurs à mener, et luy, donnant dans la porte de Saint Gelais en pourpoint, eut sa casaque bruslée d'une harquebusade.

Arrivé en Gascogne, ce fut luy qui exécuta avec la Noue la foie charge que voyez descrite au

Page 1