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Eiprit, épris

72 MÉMOIRES d'aUBIGNÉ

Aubigné, là dessus, ayant fait une course en Poitou, fut adveiti à son retour par la Boula^^e et par Constant qu'il se gardast bien de retourner, et que sa mort estoit promise à la contesse et à Segur. Ayant receu ceste lettre à Montlieu ', il laissa là son équipage, print la poste, et, arrivant tout bote, il trouve, soubs le logis de Madame, la Boulaye, qui, effrayé, le pria à jointes mains de remonter à cheval; mais l'autre ayant mis un poignard à sa seinture outre sa coutume, puis, suivant son dessein, surprit par les huis secrets le roy et la contesse seuls, dans le cabinet de Madame; le roy chancella^ comme quoy il le devoit recevoir. Aubigné, avec un front d'airain, usant des termes de ses privautez, luy dit : « Qui a il, mon maistre ? Pourquoy un prince si brave se laisse il emporter à tant de doubles? Je suis venu voir si j'ay péché, et si vous voulés payer mes services en bon prince, ou en tiran. » Le roy, tout troublé, répliqua : « Vous sçavez bien que je vous aime, mais je vous prie de r'habiller l'esprit de Segur »; ce qu'il alla faire de ce pas, l'estonna tellement des reproches de sa lascheté et de la veuë de ce poignard que Segur vint dire au roy : « Sire, ce garçon est plus homme de bien que vous et que moy » ; et, pour preuve

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