‹ Mémoires. Publiés avec préf., notes et tablesChapitre 62 sur 155 · Voy. Hist. univers., t. II, p. 442 et suiv · texte numérisé non relu

Voy. Hist. univers., t. II, p. 442 et suiv

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particulier est que madame d'Aubigny, ayant sceu, par le bruit commun continué trois sepmaines, que son mari estoit mort en un des combats que nous avons deduicts, vit arriver en sa basse cour quinze chevaux et sept mulets de son mari, son chapeau, son espée , et pour tel spectacle tomba à la renverse. C'estoit qu'en desmeslant le fauxbourg d'Angers, son équipage avoit suivi le régiment par son commandement, et luy n' avoit gardé qu'une coëffe à mettre soubs le casque, pris une espée fort courte et une pertusane; et puis, quand il arriva au pais, il partagea la joye de sa venue à sa femme par deux billets, l'un de dix lieues, appréhendant que d'une prompte joie on peut mourir.

[1 586] Arrivé en son pays, il esperoit tirer de son dommage le proffit du repos; mais le duc de Rohan, les Rochelois et surtout les ministres en corps, le conjurèrent au nom de Dieu de redresser son régiment, et de relever Tenseigne d'Israël; et cela avec présents nécessaires pour cest effect. Il commença donc par ses qualtre compagnies qu'il avoit au siège, puis, ayant choisi l'isle de Roche- Foi t pour la seureté de son commencement, ayant mis ensemble onze cents hommes, marcha dans le Poitou, où il exécuta ce que vous voyez descript au commencement du tome 3^, [livre i^"", chapitre 2^]. Est à noter qu'il s'alloit fortifier dans les isles de Vas et de Sainct-Philibert, sans les prières

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du sieur de Laval '. Estant lors en danger les affaires de Xaintonge et Poitou, il se saisit d'Oleron, où je vous veux conter une faute notable : c'est que Aubigné, voyant quelque résistance à l'isle, deffendit à ses capitaines que nul ne fust si hardi de mettre pied à terre avant luy, et sur ceste vanité print un batteau, et avec soy Monteil, de l'isle, et le capitaine Prou qui ramoit. Estant à trois cents pas de son navire, et approchant une barque de pescheurs, il fut tout esbahi que c'estoit un vaisseau de guerre, dans lequel estoit le capitaine Medelin , renommé et habille soldat. C'estui-ci, avec soixante mousquets seulement, cognoissant bien la manœuvre et les sables de l'abord , guindé ses voiles, et donne droit au gouverneur futur d'Oleron. Prou luy crie: « Vous estes perdu, le seul moyen de vous sauver est d'aller passer soubs le beaupré du traversier^. » Cela accepté, Prou donne droit à eux; Medelin, cognoissant sa resolution, fait ajuster sa musqueterie, qui descharge à plomb de vingt pas dans l'esquif; la chaleur de tirer fit que Monteuil n'eut que ses habillements percez, Prou une légère blessure, le tiers rien; et, comme ils eurent passé de dix pas la pointe du

1. René de Rohan, seigneur de Laval, mort en i586, à trente-six ans.

2. Traversier, navire servant soit aux petites traversées et au cabotage, soit à la pêche.

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traversier, Prou se leva debout en criant : « Pendez-vous, bourreaux, car c'est le gouverneur d'Oleron. » A ce spectacle les navires n'oublièrent point de laisser leur volée, mais inutilement. Ceux de Broûage ayant pris les rames jusqu'aux sables arresterent leur batteau, et l'esquif frappa à terre, où, accompagné de soldats qui se jetterent en la plage, le peuple de l'isle s'enfuit. J'adjousteray encore à ce que dit l'Histoire , que le premier soir de la présentation de l'armée qui estoit de cinquante vaisseaux, deux chalupes d'Oleron, chacune de vingt hommes, allèrent au milieu de la flotte, saisirent deux barques chacune de quarante tonneaux, et parmi les canonades des deux galères les tirèrent à part; l'une des deux fut recourue, et l'autre amenée à Oleron. Voilà ce que j'adjouste au discours du i^r livre, tome 3^ '.

Sçachez encor qu'à tout le combat d'Oleron, Aubigné ne fut qu'en chemise, horsmis deux fois qu'il prit un casque, pour recognoistre une approche. Ceux de l'isle avoient amassé quatre charretées de vivres, où il y avoit trois douzaines de faisans pour en venir resjouir monsieur de Sainct- Luc; mais quand ils furent prés de la bourguade, ayant veu la chance tournée, ils s'en voulurent

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