Un Rougé Bontemps, un Roger Bontemps
MEMOIRES D AUBIGNE 79
ment d'argent, ce qu'ils avoyent gagné à la marine. D'ailleurs les magnifiques festins que Aubigné fit à tous les courtisans \uy acquirent l'envie du maistre et des serviteurs.
Ceux de Broûage firent cinq descentes en i'isle, auxquelles ils furent tous jours battus, si bien qu'il n'i avoit gueres de soldats signalez qui n'eussent esté prisonniers, et tous quittés pour la paye ', horsmis ceux qui furent pris au grand combat, qui furent obligés à retirer des galères ^ le capitaine Boisseau et ses compagnons. Geste félicité fut terminée par la prise du gouverneur comme vous la voyez descrite à la fin du chapitre S^s. De là suivit la resolution du retour en prison, où Aubigné donna exemple notable de sa foy. En l'extrémité de son péril, il fit une prière à Dieu, laquelle le lendemain, se voyant délivré, il tourna en un epigramme que vous verrez entre les siens, et commence : Non te cxca latcnl.
Je vous ay dit un mot de l'envieuse nature du roy de Navarre; en voici quelques eschantillons. Un enfant de bonne maison de la Rochelle, desdaignant un pauvre soldat, l'anspesade de la colo-
1. Tous quittés pour la paye, c'est-à-dire mis en liberté moyennant une somme égale à une partie de leur paye. (C'était en général le quart, d'où l'expression demander quartier.)