‹ Mémoires. Publiés avec préf., notes et tablesChapitre 66 sur 155 · Anspesade, bas officier d'infanterie · texte numérisé non relu

Anspesade, bas officier d'infanterie

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d'un point de discipline, contre laquelle vous estes partie, peimettez-moy de vous récuser » ; ce qu'il fit et passa en l'autre chambre. Aubigné ayant refusé de s'asseoir, supprima les autres excès, n'allégua que le desni d'obéissance, et se teut. Les advispris, monsieur de Voix, qui y presidoit, après un grand remerciement à Aubigné et un encouragement à detTendre la discipline des mauvaises mains où elle estoit, adjousta : « Une seule chose avons-nous à corriger, c'est qu'ayant tant justement condamné un rebelle en lieu de faction, à mourir, vous ayez pris la hardiesse de commuer la peine, ce qui n'appartenoit qu'au gênerai. » Aubigné, bien aise d'estre censuré de ce costé, remonstra au conseil que la séparation de la mer, et sa commision qui portoit de fondre artillerie et donner bataille, luy avoit permis le pardon, ce qui fut receu, et le roy honnestement et longuement censuré pour son inimitié à la police et juste gouvernement. Telles picoteries, et sur tout la vendition du gouvernement d'Oleron aux ennemis, que Aubigné ne pouvoit endurer pour l'avoir acquise si chèrement, le réduisirent en sa maison et un juste désir de vengeance, l'amenèrent à une injuste pensée, que l'affliction et les périls n'avoyent pu exciter en luy ; ce fut de prendre un congé formel, et puis mourir en la peine d'un des services grand et signalé. Mais, voyant que le parti

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estoit attaché à la religion, et luy à elle, là le diable prenant le temps à ceste occasion, il se résolut de fouler aux pieds toute préoccupation d'enseignements et de nourriture, et estudier à bon escient aux controverses des religions, et cercher avidement si en la romaine il se pourroit trouver une miete de salut. La colère le fit eschapper et esclalter son desseing, qui donna envie au sieur de Sainct-Luc, de Lansac, d'Alas et autres ennemis papistes de luy envoyer livres de tous costés. Le premier qu'il entama fut Panigarole, qu'il rejetta comme bavard. Le second fut Campianus, duquel il admira l'éloquence; ce n'estoit pas ce qu'il cerchoit , et pourtant, en le rejeltant, il mit sur le titre Declamationes au lieu de Kationes. Puis lu y tomba en main ce qu'on avoit lors de Bellarmin ^ Il embrassa la metthode et la force de ce livre, et prent goust à la candeur apparente de laquelle les lieux adversaires sont cités par cest autheur; il espère avoir trouvé ce qu'il cherchoit. S'estant pourtant mis à une curieuse analyse, avec le secours de Witaker et de Sibrand Lubert , il s'affermit plus que jamais en sa religion, et res-

1. F, Panigarola, franciscain, évêque d'Asti, mort en 1394. — Ed. Campian, jésuite anglais, envoyé par le pape en Angleterre, y fut condamné à mort et exécuté en i58i. — Robert Beliarmin , jésuite, cardinal, bibliothécaire du Vatican, né en 1642, mort en 1621.

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pondit à ceux qui s'enqueroyent du fruit de sa lecture et de son desseing qu'il l'avoit destruict par son labeur, pour ce qu'il mettoit les genoux à terre auparavant.

Au bout de six mois, les affaires du parti devindrent en misérable estât; son maistre le recherche, et luy estant né un bastard, il en voulut faire ua présent de reconciliation. Aubigné n'en fit conte, puis il le convia à la recognoissance de Talmont.

[1687] Ce fut au poinct que le duc de Joyeuse s'apprestoit pour son premier voyage en Poitou, que les Albanois envoyèrent demander un coup de lance à vint gentilshommes escossois, comme vous le voyez descript au chapitre onze, premier livre, dernier tome'. J'y adjouste que Rouzilles, parrin des Albanois, ayant dit que si un des Escossois mouroit, que les Albanois ne vouloyent point diminuer la troupe de vingt; à quoy Aubigné repartant qu'en ce cas il estoit Escossois, l'autre ayant dit qu'il seroit aussi Albanois, Aubigné repart : « Nous serons Escossois et Albanois sans que personne meure», et là se touchèrent à la main.

Ce voyage, avec l'honneur de l'armée, servit à la desfaite des deux principales troupes du duc de Joyeuse, comme vous voyez au chapitre 12' du

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