Le portefeuille de la marine
RÉVOLUTION hl:; l,s;!() (1833-18:34). 4(»3
Candie el ne pense plus ù aller plus loin autrement que par des intrigues dans le divan même.
» Sainte-Aulaire pense qu(; les trois cours du Nord leroul un arrangement séparé avec la Hollande, si les conférences ne se reprennent pas.
» M. de Metternich ne digère pas le traité, mais prend en apparence la chose assez doucement. M. Ancillon est plus vif. Nous sommes dans un petit moment d'agitation ministérielle qui n'aura pas de suites, mais cela me fait perdre mon temps et un peu de ce que j'avais à vous dire...
» M. de La Fayette s'en va mourant ce soir, demain ou après au plus tard'... »
LE PRINCE DE TALLEYllA.ND AU COMTE UE RIG.NY,
« Londres, le 22 mai 1834.
» Monsieur le comte.
» ... Les ratifications portugaises ne sont point encore arrivées; on ne peut expliquer ce retard que par l'état de la mer, qui n'a pas, depuis quelques jours, favorisé les arrivages du Portugal.
» Le prince de Lieven, ambassadeur de Russie à Londres pendant les vingt dernières années, vient d'être rappelé par sa cour pour occuper le poste de gouverneur ou, selon l'expression russe, de curateur du grand-duc héréditaire, dont la majorité a été déclarée il y a peu de jours à Pélersbourg. La lettre par laquelle on annonce à M. de Lieven sa nomi-
1. M. de La Fayette mourut le 20 mai. Ses obsèques euroilt lieu le 22 au milieu d'une immense affluence.
404 MÉMOIRES DU PRINCE DE TALLEYRAiND.
nation, est conçue dans les ternies les plus flatteurs et les plus honorables.
» Cette nouvelle a produit hier une assez vive sensation à la Bourse de Londres, et quelques personnes ont voulu y voir la preuve d'une rupture prochaine entre la Russie et l'Angleterre; on est déjà revenu aujourd'hui de cette crainte non fondée.
» M. le prince de Lieven sera fort regretté en Angleterre; il s'y était concilié l'estime de tous ceux qui, pendant tant d'années, ont eu occasion de reconnaître l'élévation et la noblesse de son caractère.
» Lord Palmerston, auquel jai parlé ce matin du projet qu'il a envoyé à \L Foster ^ à Turin et qui est relatif à l'accession de la Sardaigne à la convention sur la traite des noirs, m'a avoué que c'était par oubli que vous n'aviez pas reçu ce projet, et il m'a promis de réparer aussi promptement que possible cet oubli, en vous faisant remettre par lord Gran ville une copie du projet en question.
» J'espère pouvoir vous adresser par le prochain courrier l'ordre du conseil qui a levé l'embargo sur les navires hollandais en 1833. »
LE COMTE ItE RIGNY AU PRliNCE DE TALLEYRAND.
« Paris, le :26 mai 183'i.
» Mon prince,
» Le roi a été tout remué d'une lettre du roi Léopold qui
1. Auguste-.leaii Foster, né en 1780, ministre plénipotentiaire d'Angleterre en Sardaigne.
HÉVOLUTlo.N ni-: lS!:".o ( isr!:5- 1 ,s:',4 ). /.(ir.
lui annonçait son projet d'élalilir un ordre de succession en Belgique'.
» Lehon est parti hier, et je l'ai fort prié de faire ajourner non seulement toute résolution, mais, s'il était possible, toute discussion sur ce sujet qui n'est pas fort goûté en France.
» Lord Gran ville n'a rien reçu de Londres à ce sujet; je crois avoir lieu de croire que cette première détermination du roi Léopold aura surpris le cabinet de Londres comme le nôtre.
» Nous n'avons rien de Madrid depuis le 14. L'insurrection de la Navarre devient plus intense, mais les autres provinces n'y prennent pas la même part... »
MADAME ADÉLAÏDE d'orlÉAXSAU PRINCE DE TALLEYRAND.
« Neuilly, le 53 mai 18:54.
» Qui croirait, mon cher prince, que le roi Léopold n'ayant que quarante-trois ans et une femme jeune et en parfaite santé, se laisse entraîner par l'amertume que lui cause la perte de son enfant à vouloir seul et de lui-même assurer sa succession au trône de Belgique à ses neveux, ce à quoi il n'avait pas pensé au moment de son mariage, ni avant , et certes il y avait moins de motifs de le faire à présent qu'avant la naissance du
1 . Le prince royal de Belgique, âgé seulement de quelques mois, venait de mourir le 16 mai. Le roi Léopold, qui n'avait pas d'autres enfants, voulut assurer l'hérédité de la couronne dans sa famille en faisant proclamer par les Chambres belges les droits éventuels de princes de la maison de Cobourg, ses parents. C'est celte détermination du roi dos Belges qui provoqua l'intervention du roi Louis-Pliilippc.
cher petit que nous pleurons. Notre Louise a prouvé qu'elle pouvait avoir des enfants et à vingt-trois ans, fraîche et bien portante comme elle l'est, il est probable qu'elle en aura d'autres. Vous ne serez pas surpris que notre roi lui fasse sentir, par la lettre dont je vous envoie copie, d'abord qu'il ne peut seul et de lui-même prendre une résolution de cette nature et de cette importance, sans se concerter d'avance avec l'Angleterre et la France, et que nous ne pouvons consentir à laisser germaniser la Belgique ni à la laisser affubler d'une série d'agnats comme ceux du Luxembourg qui nous ont déjà causé tant d'embarras et de difficultés ; ce que, mon cher prince, vous savez mieux que tout autre. Notre roi pense qu'il est utile et nécessaire que vous soyez au fait de cette affaire pour, si on y donne suite en Angleterre et que vous en entendiez parler, prévenir dans votre sagesse les dangers et difficultés qui en pourraient résulter pour la paix générale, en les faisant envisager en Angleterre dans toute leur étendue. Nous nous en remettons pour cela à votre esprit si juste et à votre zèle pour le bien de la France. »