‹ Mémoires relatifs à l'emprisonnement de l'Honorable D.B. VigerChapitre 11 sur 15 · DE LA PARTIE DE LA LETTRE RELATIVE AUX PRISONNIERS · texte numérisé non relu

DE LA PARTIE DE LA LETTRE RELATIVE AUX PRISONNIERS

On ne croit pas pouvoir se permettre d'entrer dans des détails sur ces objets plus q e sur ce qui regarde les détenus politiques en général. Il n'est guère possible au moins de ne pas relever quelque chose de l'inexactitude qui se trouve dans la partie de cette lettre, où l'auteur a travaillé, comme il le dit lui-même, "pour rétorquer les allégués de quel- " ques journaux en Angleterre, sur la sévérité exercée envers les pri- " sonniers dans cette prison. Il est peut-être," dit-il, "peu de pays où *' ils soient aussi bien traités qu'ici, et ils ont généralement tout au- " tant de liberté qu'il est permis de leur en accorder avec la sûreté de " leur garde."

On a vu quel nombre de ces détenus politiques on avait d'abord entassés dans la prison de Montréal, Bientôt ce bâtiment de trois centi pieds de front ne put suffire, quoiqu'il ait plusieurs étages qu'il était devenu nécessaire d'en placer plusieurs centaines ailleurs. Ou à vu de même quel était l'encombrement dans l'un des quai tiers de l'étage où se trouvait Mr. Viger, que pendant longtemps les mêmes chambres avaient été respectivement communes à trois, même jusqu'à six détenus. Un autre quartier du même étage et celui d'un étage central, supérieur,

i tt ■ i»ut d .nfa té mèm« étal, %i toutefois le nombre des détenus n'était pas la p!-«B COi (riderai U e c

Que dire de la situât on des prisonniers p'a^és dans les étRges inférieurs, dfirrs d'S cellules voâtévs de quatre à cinq pieds sur huit, dans les quelles il ne pénétrait de jour qu» ce qu'il sera t possible de s'en precurvr par un carreau de verre ordinaire, placé près de la voûte av* c un fort.grilldgej enfin dans lesquelles i! < tait nécessaire, en dépit de l'exiguite\de ces dimensions, de faire nu-si con| lier plusieurs détenus.

Là se trouvait nt b; a< coup d ■ personnes r.incos p .v les pillages et les incendies dont on a parlé, réduites par là même à des extiémités d'autant, plus du es, pour un grand nombre dVntre eux, qu'ils avaient vécu dans l'aisance.

^.ls ne iece\ aient que du pain pour toute nourriture. Ceux- qui se trouvaient dans la pénur e, ne devaient les n oyens d'adoucir l'amertume d.< leurs privations qu'à des secours obtenus de^ citoyens, surtout parlas soins d'un nombre de dîmes de Montréal dont la condmte est . • de

tout éloge, en particulier Mme:', veuv s Gnmelin et G.mvin, qui recueillaient ces produits de la charité, qu'elles venaient d«t;ibuer plusieurs fois par semaine, aux habitans do ce séjour ce douleur.

Les icnscigm-mens d'après 1 s quels on parlé dans la leitre de la //beric qu'on laiismt aux vrisojr.iiers -ont plus qu'inexacts. Il est vai de dire aussi qu'il est là question d'une époque antérieure à la nomination des nouveaux ;hériiïs, aux quels ces observations, pour cette raison, n'ont rien d'applicable. Dans le courgôdè pi es d'une année d'incarcération, ces détenus sont restes dans leurs quartiers respectifs sans pouvoir en sortir pour respirer l'air ou prendre de l'exercice dans la cour de la prison. La raison de cette sévéiite ne peut se trouver dans le défaut de mo)Tens ai surveillance, pu'squ'outre les employés de l'étafclissH ment, cinquante soldats tous les ordres de deux officiers, se trouvaient là constamment pour la g;rde de la prison.

Serait-il donc vrai de dire qu'il ei-t peu oc pays, ou les prisonnière soient aussi bien traités que l'étaient ces détenus politiques? Il faudrait que les améliorations qui se sont introduites surtout depuis la fin du dernier siècle, en Europe et de ce côté de l'océan, dans le régime des prisons, leur fussent étrangères. Pour le nô:ic, on devrait se flatter de lVspoir que 1 .-s pfterfffS actuels aux quels ces détenus politiques ent eu l'obligation de beaucoup d'amél .mations dans leur situation, s'efforceront de perfet tionner le régime de celle de Montréal.

Peut-être dira-t-on qu'il n'était pas possible de prévt nir ces maux, qu'ils étaient la conséquence inévitable du nombre considérable des accusés! Ce ne sciait qu'éloigner la difficulté plutôt que la résoudre, mettre même à cet égard, des torts déjà tiop connus dans un jour encore plus frappa» t. Les gouvernemens sages n'exercent pas des vengeances. A la suite des crises politiques, ils n'entassent pas, sans choix plus que sans mesure, dans les cachots ceux qui peuvent être des objets de soupçon, même qui pourraient l'être d'accusations fondées sur un corps dé cU\it constaté. Les actes de sévérité qui vont plus loin qu'il n'est strictement nécessaire pour conserver l'ordre public ou le rétablir, rie sont

pas plus d'accord avec les principes de la saine politique qu'avec ceux de

la j usti.ce .

Il n'est nullement besoin, pour faire sentir la vérité de cette observation, d'invoquer l'autorité des publieisles. L'exemple récent de la conduite du gouvernement d'Angleterre à l'égard des chartutes insurgés présente le plus frappant des contrastes avec celie que l'on a tenue dans le pays, dans des circonstances analogues.

Sans pailerdu pouvoir martial dont il n'a pas même été question, plus que de poursuites devant des tribunaux militaites, d'incendies, de pillages ou d'autres violences, ni môme de la suspension de Vhabeas corpus, qui pourrait dire, en considérant la population respective des deux pays, que le nombre des détenus politiques n'ait pas été dans le district de Montréal hors de toute proportion ; sans compter qu'en Angleterre aucun condamné n'a perdu la vie sur Péchafàud.

DE QUELQUES REPROCHES FAITS A Mr. VIGER.

On dit que plusieurs personnes ont blâmé Mr. Viger, d'un côté de n'avoir pas porté de plaintes devant le parlement d'Angleterre, de l'autre de n'avoir pas fait de démarches auprès des juges pour obtenir un habcas corpus sur le quel on disait qu'ils ne pouvaient refuser de donner l'ordre de le bbérer. Sur ces deux objets quelques explications paraissent en effet nécessaires.

Voyons d'abord ce que l'on doit penser du reproche de n'avoir pas mis ses griefs sous les yeux du parlement d'Angleterre.

Une vie laborieuse, comme celle de Mr. Yiger n'a cessé de l'être dans le cours de la longue carrière qu'il a fournie comme homme public, ne pouvait guère qu'affaiblir un tempérament naturellement délicat. C'est dans sa soixante-cinquième année qu'on l'a jeté dans la prison. Personne de ceux qui le connaissaient ne croyait, lui même ne se serait jamais d'avance supposé capable de soutenir une incarcération, même d'une assez 'courte durée. Plusieurs de ses compagnons d'infortune en étaient si persuadés qu'ils crurent devoir, sans pourtant lui communiquer leur projet, se réunir pour écrire une lettre dans la quelle ils fesaient part au médecin de l'établissement de leurs craintes que le séjour de la prison n'eût pour lui des suites funestes. Mr. Yiger sensible, comme il doit l'être, à cette marque d'intérêt, .croit devoir saisir cette occasion de leur en témoigner sa reconnaissance. Du res!e cette démarche n'eut point de résultât.

Di-ons maintenant que, sans parler du temps considérable pondant lequel il est resté, comme tous les autres détenus politiques, piivé de tout moyen d'écrire ou d'avoir avec personne du dehors de communication d'aucune espèce, il ne pouvait qu'éprouver de gravps inconvéniens, même des souffrances qui Tétaient d'avantage. Indépendamment de celles qui sont toujours l'apanage de l'incarcération, le nombre des détenus fut bien vite si considérable que'souvent l'airne pouvait manquer d'y deven:r impur, à raison surtout de la difficulté de le renouveller souvent

d'une manière efficace, dans la sa'son froide et pluvieuse d'abord, et enfin pendant tout l'hiver. Il doit suffire à cet égard de se rappeler qu'il s'est trouvé pendant longtemps plus de soixante détenus] dans son quartier de la prison, quoique le nombre de pièces ne fût que de neuf, sans compter le vestibule ; que dans la dépèche précitée de Sir John, on porte à huit cents le nombre des détenus politiques, à cette époqup. On ne parle pas de plusieurs centaines d'autres sous sentences ou détenus pour raison d'accusations de crimes ou de délits d'une tout autre nature. On a vu qu'on s'était même bientôt trouvé dans la nécessité de se pourvoir d'un autre bâtiment afin d'y placer des détenus politiques pour les quels on manquait de place dans la prison. (1) C'est assez d'ajouter que, quoique la longueur de ce quartier fût de plus de cent pieds, les détenus n'avaient qu'un seul poêle placé dans le corridor pour chauffer tout l'appartement.

Il serait difficile de se persuader que, dans cette situation, Mr. Viger fût capable d'un travail soutenu. Ce n'est qu'avec peine qu'il a pu suivre la correspondance mise précédemment sous les yeux des lecteurs, pendant plus de six mois durant les queli il n'avait pas la liberté de sortir de cet appartement.

Les changemens rapides qui s'opérèrent ensuite dans le personnel du bureau colonial auraient suffi pour lui faire prendre la résolution d'attendre. Enfin plus tard, lorsqu'il eut vu quelque chose de certain dans la nomination d'un nouveau gouverneur, il crut que son arrivée serait le s:gnal de sa libération.

D'un autre côté, ce n'est pas sans quelque répugnance qu'il eût fait des démarches de cette nature. Il savait ce que peuvent ici, comme on l'a déjà fait remarquer, les intrigues ourdies par les préjugés, l'erreur ou la passion, pour faire prendre le change sur les hommes et les choses à celui qui se trouve chargé de l'administration du gouvernement, par contre-coup même aux ministres. On peut voir dans cet ouvrage l'espèce de notions qu'ils pouvaient puiser dans les dépèches de Sir John Colborne au sujet de Mr. Viger.

Comment prévoir de pareilles imputations pour mettre des hommes placés dans l'autre hémisphère, privés de toute espèce de connaissances locales, en état de les repousser d'une manière victorieuse ?

Les ministres et leurs partisans qui regardent comme un devoir de soutenir et de défendre les fonctionnaires dans les colonies, se font leurs échos dans le parlement, qui parfois retentit d'assertions qui peuvent ne pas blesser seulement l'individu, mais devenir pour des peuples entiers la source de maux sans remède. Il arrive rarement qu'il se trouve là quelqu'un capable de les réfuter, dans le moment même ; et l'occasion de le faire peut, plus tard, ne jamais se pré. enter. D'ailleurs trop souvent, dans la supposition la plus favorable, si les plaies qu'elles font se guérissent, la cicatrice reste et trop souvent l'empreinte est ineffaçable.

(1) Comme on U voit par une autre de ces dépêches, le nombre de cette espèce de détenus n:a pas été de moins de douze cents pendant le cours de l'hiver. Quelques-uns sortaient, d'autres rentraient. L'auteur ignore le nombre exact de ces détenu» qui se sont à la fois trouvés dans tes deux bâtimens.

Mr. Vîger qui n'est pas sans quelque expérience sur des objets <$3 cette nature, pouvait ne se pas croire capable, à moins de sa pré- S3nce sur les lieux, démettre personne en état de le défendre avec avantage.

Il est pourtant vrai de dire que, sans ces obstacle* alors insurmontables, il eût probablement cru devoir dans son propre intérêt, comme dans celui du pnysj Taire quelques démarches auprès du parlement d'Angleterre.

D'un autre côté, Mr. Viger pouvait-il d'avance imaginer comme une chose possible que l'on se permettrait des assertions, que l'on porterait contre lui des accusations comme celles qui se trouvent dans ces dépêches mises sous les yeux du parlemet de la métropole, imprimées par l'ordre des communes à raison des discusssions qui s'étaient élevées sur tant de sujets relatifs à cette province et dont son incarcération faisait partie.

S'il avait pu soupçonner dos imputations de cette nature, il aurait probablement tenté de faire parvenir à ses amis, là, quelques renseignemens sur sa détention.

En effet, lorsqu'il ne s'élève pas de réclamations contre les attaques dirigées contre un citoyen dans le parlement, ce silence peut prendre aux yeux de ceux qui sont dépourvus d'expérience sur ce qui se passe dans les colonies, l'apparence d'un aveu. C'est surtout lorsque les ministres prennent parti contre celui dont la conduite devient un objet de discussion, que de ceux même qui seraient dans la disposition de prendre sa défense se trouvent ébranlés, qu'ils peuvent craindre do voir retomber sur eux les préjugés soulevés contre un homme dénoncé d'aussi haute autorité. Dans ces circonstances, des hommes de mérite d'ailleurs peuvent en venir jusqu'à se joindre à ses détracteurs. Ce n'est pas le moment d'en citer des exemples plus que d'en faire un objet de remarques particulières. On doit saisir au moins cette occasion d'exprimer les sentimens de la reconnaissance de Mr. Viger pour ceux qui, dans la chambre des communes, ont spontanément pris sa défense. Heureux d'en pouvoir offrir en particulier l'hommage à Mr. Hume et à Sir Charles Grey qui, quelque puisse être la différence de leurs opinions sous quelques rapports, se sont réunis pour lui rendre justice.

Le reproche de n'avoir pas fait la demande d'un kabeas corpus est' fondé sur des raisons qui doivent paraître, au piemier coup d'œil, plus que plausibles, on peut dire même décisives. L'ordonnance qui le suspendait spécifiait les circonstances dans les quelles il ne serait pas nu pouvoir des juges d'accorder la libération du détenu. Ses dispositions n'avaient rien d'applicable à Mr. Viger, contre le quel il ne se trouvait pas même d'accusation.

Mais la décision des juges de Montréal sur la pétition qui feur avait été présentée par de3 déténus politiques, en décembre, mil huit cent trente-sept, et leur refus d'un ordre d'habeas corpus, sous le prétexte de la proclamation de Sir John Colborne relative au pouvoir martial, ne laissait pas la plus légère espérance de succès de démarches du même

genre en faveur do Mr. Viger, pendant le temps que le gouverneur jugerait convenable de l'exercer. (1)

Mr. Vigcr ne pouvait s'en promettre d'avantage après la révocation de cetto proclamation, pendant la durée de l'administration de Sir John Colborne. On ne pouvait supposer ]eu jugea de Montréal ir.aecessibles à la crainte de se voir traiter comme cetiX de Québec et celui des Trois-Rivières, qu'il avait suspendus de leurs fonctions ; môme de subir le sort que pouvaient leur présager !ei criailleiies de ceux qui, paraissant les organes du pouvoir du jour, témoignaient si violemment le désir de les voir destituer sans retour.

La chose est d'autant plus digne, môme encore aujourd'hui d'attention que l'un des juges de Québec avait d'une manière spéciale insisté sur la considération que, quoiqu'on pût penser de l'ordonnance, il était toujours de son devoir et dans ses attributions d'examinrr les document relatifs à l'incarcération do l'impétrant, sauf ensuite à refuser de le libérer, si les dispositions de l'ordonnance pouvaient l'affecter, comme on l'avait lait, disait-il, en Angleterre sur une demande de même nature et dans des circonstances semblables invoqués dans cette occasion comme un exemple qu'il ne pouvait se dispenser d'imiter. Quant au fait lui-même, il n'a pas besoin do commentaire.

Le nouveau Gouverneur ayant débuté par se mettre vis à vis de lui dans la même position que son prédécesseur^ celle des juges de Montréal devait leur paraître, par rapport au même objet, semblable à. celle de leurs confrères de Québec sous l'administiation précédente. Dans ces circonstances, cette demande d'habeas corpus devait les placer de même entre le devoir et l'intérêt. D'un autre côté, Mr, Viger devait peser les conséquences de l'ordre de le libérer pour celui qui l'aurait donné. Cetle considération pouvait naturellement le faire hésiter. Ce n'eût été pourtant qu'une calamité particulière: une décision contraire entraînant pour le moment des conséquences graves d'une nature publique.

Aux yeux de ceux pour qui les faits sont des doctrines, le refus d'un ordre cVliabeus corpus comportait la sanction de celles des commissaires et du procureur-général, d'après les quelles Sir John Colborne s'était laissé persuader de faire cet usage étrange de son pouvoir, comme elles ont eu depuis l'effet d'engager son successeur d'abord à l'imiter.

Peut-être dirn-t-on que le refus des juges aurait fourni de nouveaux sujets de griefs à Mr. Yiger, qui les aurait pu faire valoir avec avantage en Ang'etetre. Leur décision n'entraînait pas moins ces conséquences dans l'interval'e, comme la chose n'est arrivée que trop souvent. Faute de renseignemens pour les mettre en état de saisir d'abord exactement le véritable état do 1a question, les ministres, une chambre du parlement pouvaient prendre le change sur cet article. Il en résultait que toute cette conduite pouvait piendre un caractère apparent de légalité capable d'eu imposer, jusqu'à ce qu'il fût devenu possible

1) Voir réflexions préliminaires page V.

de dissiper cetto illusion, dont les résultats, pendant ce temps, pouvaient devenir dangereux sous tant de rapports.

On peut dè-j lors, co semble, raisonnablement penser que Mr. Viger ne mérite pas de vifs reproches de n'avoir pas cru devoir en appeler de suite a l'Angleterre plus qu'aux juges de Montréal.

Dans tout autre circonstance, il aurait sans doute cru devoir faire ces démarches. Il est possible aussi quo ces considérations n'eussent pas suffi pour l'arrêter, s'il avait eu pour lui la vigueur et l'activité qui sont l'apanage do la jeunesse. On doit laisser dès lors a juger si sa conduite n'était pas d'accord avec les règles de la prudence. Au moins c'est quelque chose d'heureux pour lui qu'elle n'ait pas eu l'effet do compromettre ses droits ni ceux de ses concitoyens ; qu'au contraire il ait servi pir là la cause de son pays. Dès lors, il importo peu qu'on croie devoir attribuer cet avantage au hasard, ou pouvoir en faire honneur à sa prévoyance, même qu'on pût lui faire reproche d'avoir marqué de confiance dans les juges, ou de sagacité.

L'auteur croit devoir ici terminer ces mémoire* qui lui paraissent répondre au but qu'il s'était proposé. Comme il en fait l'observation dans les réflections préliminaires, il n'entrait pas plus dans ses vues d'alimenter la curiosité publique que d'exciter la sensibilité. Le sort de Mr. Viger n'égalait pas en dureté celui de tant d'autres infortunés, renfermés comme lui dans la prison de Montréal. Il eût été d'ailleurs plus qu'inutile de s'apesantir, par rappot à lui, sur des détails de cette nature. Il a pu se convaincre que ses concitoyens n'avaient pas besoin de ce stimulant pour s'intéreeser d'une manière vive à sa situation, pendant que lui-même soupirait des douleurs qui leur étaient communes sur les malheurs de leur pays. L'auteur avait raison de dire que Ie3 souffrances personnelles de Mr. Viger n'étaient qu'un objet bien secon* daire auprès des considérations d'une nature publique qui s'y rattachent. Ce n'était pas qu'in sentiment de vanité personnelle dont quelques personnes ont pu le soupçonner, qu\l s'agissait de gratifier dans la lutte qu'd a soutenue. Ce n'était pas non plus seulement ses droits comme particulier, mais ceux de l'homme public et par dessus tout ceux de ses concitoyens qu'il défendait contre l'arbitraire. Il doit des actions de grâces à Dieu d'avoir pu sortir avec honneur, pour eux comme pour lui même, de cette épreuve. Comme il a constamment travaillé pour mériter leur estime, il pourrait, ce semble, sans crime se trouver flatté de l'avoir obtenue. C'est, après la satisfaction d'avoir rempli des devoirs, le fruit le plus doux qu'il pût recueillir de ses efforts pour leur être utile.

JYo. M.

JHandat ci'Incarceratiom

TO THE HONORABLE DE ST. OURS, E3QUIRE, SHERIFF, Sir,

You are herehy requested and ordered to receive in ihe Common Gaol of Montréal the following Prisonners uniil further order :

Louis Hypolite Lnfontaine, Denis Benjamin Viger, Charles Mondelet, Louis Michel Yiger, Jean Joseph Girouard, John Donegany. Francis W. Desrivières, Esquires, Lewis Joseph Harkin, Dexter Chapin, Toussaint Labelle, Augusiin Racicot, François Xavier Desjardins, George Dillon, John Terrell, Henry Badeau, Louis Coursolles, François Pigeon, Cyrille David and Hyram J. Blanchard.

Montréal, 4th. Novembrr 1838.

(Signed)

Page 1