‹ Mémoires relatifs à l'emprisonnement de l'Honorable D.B. VigerChapitre 3 sur 15 · DES DEPOSITIONS · texte numérisé non relu

DES DEPOSITIONS

Les dépositions transmises au Piocureur-généra! par les Commissaires se trouvent parmi les pièces imprimées por ordre des Communes. Elles sont au nombre de quatie données, trois, d'abord par Benjamin Delisle, grand connétable, J. Jones, et Montanmy, huissier, le 10 janvier, 1839, une quatrième par 3. Nickless, le 2 de février. Dans le recueil, il s'en trouve une cinquième donnée postérieurement par Delisle, le 9 février, qui doit trouver place ici.

On croit devoir commencer par faire connaître celle de Nickless, parce qu'elle roule sur un objet différent de ceux des auties dépositions, qu'il est convenable par celte raison de la considérer séparément.

J, Nickless s'exprime dans les termes soi vans : — "J'ai vufréquem- " ment, l'été dernier, l'Honorable D. B. Yiget, sur le marché, les u jours de marché, recommandant aux habitans (farmers) le papieru nouvelle alors publié dans cette ville, appelé la Quotidienne, comme i( un bon papier à lire, et encourager la vente du dit papier, leur disant '*' de l'acheter, que c'était un bon papier. J'ai vu fréquemment au-si " ledit D. B. Yiger entre le monument de Nelson et le magasin d'ea piceries de Mr. Kurezyn, au haut du marché, faire la même chose, " c'est à dire recommander le papier-nouvelle la Quotidienne aux ha- " bilans, qui dans ces occasions achetaient ce papier de ceux qui le colportaient. Dans ces dernières occasions, jcne pouvais pas entendre

(1) Il se trouvait parmi i\s papiers des cahiers d'extrait* des ouvrages de plusieurs des publicistes modernes qui jouissent en Europe de la plus haute léputation. Les Commissaires auraient du, ce semble, leur épargner les marques du dédira qu'ils témoignent pour les productions de Mr. Vigcr.

' ce que J[Jt% J'igcr disait aux hoh clans, mais je pouvais les voir âis- {i (inctemenl g oupés autour de lui, aussi bien que les petits garçons 41 porteurs d« ces papiers, et ensuite ce papier, la Quotidienne, mise' en- 44 tre les mains des habitons qui payaiert les, petits garçors."

Pourrie plus revenir à cette déposition de Nickless, on doit dire d'abord qu'on ne pourra manquer dans Montréal d'éprouver quelque surprise, en entendant dire que Mr. iTïger qui ne va jamais au marché, môme pour y faire les provisions de sa maison, s'y <- oit transporté fré-

yv,.o qui le co portaient. Ce qi mie àUéhtion paniculièic, c'est que le témoin ne dit nulle part qu'il ait entendu Mr. Viger. Dans la seconde partie de sa déposition, qui n'est qu'une répétition de la première, il ajoute, il est viai, que dans ces dernières occasions il n'a pas entendu Mr. Viger ; tandisque dans !a première il s'était contenté de dire qu'il l'avait vu. Comme la première elle ne comporte tien de positif. Dans cette dernière, ce n'est pas d'un fait dont il dépose ; c'est relativement à Mr Viger d'un raisonnement dont il rend compte. Il a vu près de Mr. Viger des groupes d'habitans; de petits garçons leur présentaient la Quotidienne, et le* habitans l'achetaient. Mr. Ni< kless en a tiré la conséquence et donne comme un fait que tout cela se fesait à l'aide et à la persuasion de Mr. Viger ! — Reste à savoir, diaprés cet aveu dans la seconde partie de la déposition, ce qu'on doit penser de la première. Encore eût-il été nécessaire, pour en faire un prétexte de reproche à Mr. Viger, de constater que les Nos. de cette feuille, vendus par les petits colporteurs, contenaient des articles criminels et qu'il apparut de !a perversité des intentions de Mr. Viger.

Les Commssaires n'ont pourtant pas laissé que de mettre de l'importance à cette déposition, puisqu'ils l'ont jointe à leur rapport pour Pappuyer ! comment dès lors de<? préjugés ne seraient-ils pis excusables chez Mr. Nickless ? Voyons si les dépositions qui suivent ont plus d'impoitance.

Suivant la première de Delisle. Mr. Viger possesseur de plusieurs propriétés foncière-, l'est de la. maison dans la quelle s'imprimait la J\fJmerve% en langue française et lui appertenait quand Duvernay, propriétaire de ce journal, a laissé la province. Il dépose qu'un mandat d'arrestation avait été lancé contre Duvernay, en conséquence d'écrits séditieux et révolutionnaires, insérés dans ce journal. Depuis son départ, il s'est imprimé par un M. Lemaître, contre le quel un ordre pour haut* trahison a aussi été lancé, dans cette maison, un autre journal français, la Quotidienne, dans le quel des articles révolutionnaires ont paru, Jps quels tendaient au renversement du gouvernement existant.

Le témoin a eu ordre de saisir les presses et les caractères de la Quotidienne ; ce qu'il a fait et ils sont en sa possession.

Mr. Viger est aussi propriétaire d'une maison dans la quelle s'imprimait un petit journal en anglais VExpress. Le /émoin ajoute qu'un warrant a été lancé contre les propriétaires de ce journal, en conséquence d'articles séditieux et révolutionnaires imprimés dans ce journal.

Le déposant en a saisi les presses cl les caractères, qui sont ehcoie en sa possession. (1)

Suivant la seconde déposition du môme Delisle du 0 février, la maison où s'est imprimé le Temps, journal fiançais dont Lemaîtro était l'imprimeur, appartient à Mr. Viger, C'est là maison dans laquelle s'imprimait la JSlincrve. Le déposant avait été chargé d'un ordre d'arrêter pour haute trahison, Lemaître, qui a élude ses recherches < t est soiti'de la province. Le 6 novembre, le déposant a été autorisé à saisir les presse?, les caractères et les papieis qui pourraient se trouver au bureau du Temps ) ce qu'il a <ait. Dans ce buteàu se trouvaient les huit Nos. de ce journal de 2 à 9 qu'il a paraphés.

Jones dépose que le printemps précédent Mr. Viger a acheté la plus grande partie des presses et des caractères de l'imprimerie de la Mineive, supposée la propriété de Duvernay, vendue par encan public. Il pense que la maison et l'impimerie appartenaient et appartiennent à Mr. Viger.

Lemaître était présent lors vie la vente et il a dit au déposant que Mr. Viger Ie3 achetait pour qu'il imprimât la Quotidienne, qu'il a publiée. C'est dans le même office que s'imprimait le Temps, qui contenait des articles d'une nature traît-esse et révolutionnaire.

L'huissier Montanary dépose qu'il a vendu les presses et les caractères de l'imprimerie de Duvernay, maintenant absent de la province. La presque totalité de cette imprimerie a été achetée par Mr. Viger, propriétaire de la maison où s'imprimait la Minerve, et dans la quelle aussi un petit journal, intitulé la Quotidienne, était imprimé par Lemaître, aussi absent de cette province.

OOfkOO—

Les dépositions que l'on vient de voir sont celles que les eomnr** oaires qualifient d'importantes ! De ce que des locataires de Mr. Viger avaient imprimé des gazettes dans les quelles ils ont vu des articles séditieux, qu'il s'est fait adjuger des presses et de ces caractères de ses locataires, vendus par encan public, et avec les quels un nouveau locataire avait imprimé des journaux, que ce locataire avait dit que Mr. Viger les achetait pour qu'il imprimât son journal, comment les Commissaires ont-ils pu tirer des inductions pour l'incriminer?

Serait-il donc possible qu'exerçant des fonctions qu'ils paraissent avoir, à juste litre, eux-mêmes regardées comme d'une nature judici* iiire, ils ai^nt cru pouvoir se reposer sur des conjectures ou sur des convictions personnelles, même en leur supposant des motifs plausibles.

Ils avaient dans leur rapport précédent déclaré qu'ils avaient été mis en possession de preuves d'après les quelles ils s'étaient assurés qu'il avait la direction de papiers séditieux et qu'il leur accordait uns puissante protection. Il n'apparaît pas cependant d'une sculo

(1) Rtmarque3 sur l'ordro relatif à l'incarcération de Mr. Viger dans l'appcndix, à la An de ce» mémoires

déposition de date antérieure à celle du ?econd rapport. Sur quoi donc s'étaient-ils jusqu'alors appuyés 1

Pour le dernier rapport, on dépit des recherches qu'ils ont fai fikire par Mr. Leclerc et de la facilité de se procura r des preuves comme celles qu'ils requéraient, dans ces temps d'effervescence et de désordres politiques, (1) il ne s'en trouve nullement que Mr. Viger se soit mêlé de la direction des feuilles indiquées», pas même qu'il ait corrigé dos épreuves, chose dont personne au reste ne pourrait lui faire reproche, si les articlçs eux-mêmes n'étaier.t pas dignes de censure.

Mr. Viger, danslses lettres à Sir John Colborne, avait pour ainsi dire d'avance victorieusement repoussé If s imputations dont il e^t l'objet dans ces rapports ; on doit ajouter que, depuis près de trente ans, la surveillance d'un journal n'eût pas même été pour lui quelque chose do possible. S'il a donné par fois des conseils à des éditeurs, c'était de ceux qui tenaient aux principes de modération dont il a fait constamment profession, de respecter les lois d'une manière invariable et entre autres de n'attaquer jamais les personnes lorqu'on pouvait se trouver forcé par devoir do discuter leur conduite publique.

Il ignore sur quoi l'assertion des Commissaires relative aux épreuves peut être fondée. S'il en a parfois corrigé, ce n'était que dans des occasions très rares et pour de ses propres écrits;', qu'il a d'ailleurs toujours abandonnés sans réserve aux Editeurs. S'il se trouvait quelque épreuve corrigée de sa main, les articles eux-mêmes sont au dessus de toute censure.

On a déjà pu voir dans ses lettres à Sir John Colborne qu'il ee trouvait parmi les papiers saisis dans sa maison des coupons de gazettes qu'il conservait pour son usage et par rapport aux quels il lésait pour cette raison des corrections. Ces coupons ne se seraient vas trouvés chez lui, s'ils n'eussent été que des épreuves, c'est dans les bureaux des imprimeurs, en supposant qu'elles n'eussent pas été détruites et mises au rebut, comme la chose arrive toujours.

Il se trouve de ces coupons de gazettes parmi les papiers qu'on a refusé de remettre à Mr. Viger, d'abord sous le prétexte qu'on les avait trouvés d'une tendance séditieuse, plus tard sous celui que les officiers de la couronne les aviaent considérés comme sujets à objection. (2) N'aurait-on pas pu prendre ces coupons corrigés pour des épreuves l Outre qu'elles n'auraient pu se trouver que chez les imprimeurs, il eût été facile de se préserver d'erreur à cet égard, en jetant les yeux sur les feuilles répandues dans le public, dans les quelles on aurait vu que l's fautes étaient restées.

Il ne se trouve pas plus de preuve d'avances fuites à ces imprimeurs par Mr. Viger, ni de la publication faite de ses propres écrits dans les feuilles indiquées par les Commissaires. En supposant ces

(1) Voir, dans la première partie, pages 11 et 12, la note dont la lettre du 23 février à Sir John Colborne est accompagnée.

(2) Voir dans la première partie, les lettres du Secrétaire CîtîI du 6 février et du 25 mai 1838, pages 10 in Pr. et 15. 11 n'est question des oficifrt de la couronna que dans la dernièrr .

futls connûtes, pouvaient-ils en conclure qu'il était responsable de ce qu'il* pouvaient trouver de blâmable dans ces feuilles, a moins que ce r,e fût dans ses propres éciits ? Quelle prétention que celle de le pun'r des fautes des imprimeurs ou des éditeurs sous le j>rétex te qu'ils étaient dans ses maisons comme locataires,"ou parce qu'au même titre ils tenaient de lui des presses ou des caractères d'imprimerie !

Que penseraient le* Commissaires eux-mêmes d'un raisonnement de cette nature, s'il était question de feuilles anglaises dans les quelles on a si souvent vu des exhortations pressantes à des actes de la plus brutale violence et des articles beaucoup plus que séditieux ? Que diraient ceux qui pourraient avoir fait quelque chose de semblable pour ces journaux, s'ils se voyaient dénoncer comme responsables de tous leur* articles qui mériteraient la censure, si l'on s'emparait des presses et des caractères qf ils auraient loués, s'ils se voyaient traînés dans les prisons, renfermés pendant des mo\s> des années sous ces prétextes ?

Ne regarderaient- ils pas même comme la plus cruelle des insultes de se voir attribuer quelque-uns des sentimens qui respirent par fois dans ces journaux ? Tel éditeur a laissé bien loin derrière lui l\#mi du Petiple qui ?ous le règne de la terreur en France demandait deux cent îï ille victimes sur vingt cinq millions d'habitans. Le journaliste de Montréal qui n'a cessé comme lui d'applaudir aux pillages, aux exils, aux confiscations qui dévouaient tant de milliers de familles à la miser*, au danger de périr, comme au désespoir^ a fait retentir la province des expressions de l'alégres^e lorsqu'il voyait immoler des victimes. Il en a demandé chaque fois de nouvelles; encore du sang, du sang toujours ; enfin pour le peuple du pays la mort politique. Il aurait d'avance été difficile d'imaginer qu'on pût pousser plus loin la fureur. Ce n'était pas assez pour étancher sa soif de haine ; il a prêché la nécessité d'employer le fer et le feu, pour tout exterminer comme pour tout détruire..

Qu'aurait pensé l'un des commissaires, qui passe pour avoir écrit par fois dans les journaux, s'il s'était vu lui-même, sous ce prétexte, non pas jeté dans une prison, mars seulement dénoncé comme atteint de cette manie de férocité qu'on doit sans doute regarder non commo le fruit d'un système, mais d'une imagination délirante.

On ne saurait laisser ce sujet sans faire observer d'abord que, comme on le voit par les dépositions de Mr. Delisle, il a paraphé les huit numéros du Temps qu'il a saisis dans le bureau de l'imprimeur. Ii ne paraît pas qu'on ait pris des précautions de cette nature pour les papiers saisis chez Mr. Viger, dont les demandes réitérées de lui faire connaître ceux qu'on avait enlevés de sa maison, d'abord, et depuis ceux qn'on refusait de lui remettre, ont été beaucoup plus qu'inutiles. Partie de ses lettres relatives à cet objet sont même restées sans réponse.

ce dccetto autorisation. De c*s presses et de ces caractères n'appartenaient pas même aux imprimeurs objets de ses recherche3. Au reste, quels pouvaient être les prétextes do les saisir, de les enlever et de les garder en sa possession ?

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