‹ Mémoires relatifs à l'emprisonnement de l'Honorable D.B. Viger [microforme]Chapitre 3 sur 28 · HE ES — PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

HE ES — PREMIERE PARTIE

Les causes de l’arrestation de Mr. D. B. Viger sont encore un mystère; mais peu de personnes dans la province ignorent qu’on l’a tenu pendant près de dix-neuf mois dans la prison de Montréal, et qu’il en est sorti sans donner le cautionnement requis de lui sous l’administration de Sir John Colborne, qu’il est de fait sorti sans condition. Ce que l’on ne peut connaître aussi dist'nctement ce sont : d’un côté les prétextes sur les quels on Pa si longtemps tenu dans la captivité, de l’autre, les raisons qu’il avait lui-même de refuser de se soumettre à cette condition que l’on prétendait mettre à son élargissement. Les premiers comme les seconds se trouvant clairement déduits dans. ces mémoires, il suffit de dire ici que, quoiqu'il ait été souvent question de l’incarcération de Mr. Viger, qu'il ait été de même pendant le cours de sa détention l’objet de sales injures, même de calomnies grossières, dans pl'sieurs des journaux de Montréal, personne n’a tenté de soutenir que la prétention d'exiger de lui ce cautionnemeut fût quelque chose de légal.

A. cet égard on doit faire observer qu’on a parlé d’ofires faites par Mr. Viger de donner caution de comparaître devant une cour de justice, Î] ne pouvait être question d’offres de cette espèce, puisque, co":me on le verra plus tard, il n’etait pas chargé de crime, ui même de délit, S'il s'était vu l’objet d’une accusation formulée, quelque injuste qu’elle eût pu lui paraîtie, il n’aurait surement pas refusé de donner caution de se présenter pour y répondre.

On verra que le cautionnement requis de Mr. Viger ne pouvait manquer d'avoir l’apparence, même l'effet d’un aveu de la vérité d’im-

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putations qu’il repoussait, comme de la justice et de la légalité du traitement qu’on lui fesait subir. Ce n’est pas le moment d'examiner si le particulier peut troquer de sa réputation personnelle, ou de ses opinions, comme il a la faculté de disposer de sa bourse auw’on lui demande les armes à la main, lorsqu’il se voit sans moyen de se défendre.

À cet égard l’obligation de l’homme public ne sawait guéie être douteuse. Ce qui peut se trouver de blämable dans ses démarches retombe sur ceux qui l’ont honoré de leur confiance. IL s'expose à la trahir. Entre beaucoup d’autres raisons de ce geure .qui n’éta:ent pas

| moins décisive’, on sait que le fait d’un jour est trop.souvent la doctiine

du lendemain. Peut-il sanctionner, pour aïnsi due, par cet exemple de soumission, celle qu’il peut regarde: comme le renversement des droits de ses concitoyens ? La résistance est alors un devoir. Elie n’est pas seulement dans leur intérêt ; le pouvoirlui-même ne perd-il pas de sa force morale, à proportion de ses succès, lorsqu'il soutient des prétentions que la justice comdamne, ou que les lois desüvouent ?

C’estentre onze heures et midi du quatre de novembre, mil huit cent trente-huit que l'Oflicier de police qu’on nomme ici le grand Conélable, accnmpagné-de trois ou quatre:autres peisonnes sousses ordres, probablement petits Conétables, étant entré dans la maisoii de Mr. D. B. Viger, lui déclara qu’il le fesait prisonnier. Mr. Viger le requt ce lui montrer l’ordre du magistrat, disaut qu’il ne voulait pas partir sans cela. Le grand conétable prétendait n’en avoir pas besoin. (1)

Cependant il para:t qu’il se trouvait un Magistrat près de la maison tout exprès, puisque le srand Conétable n’eut besoin que de quelques instans pour le faire venir. A peine Mr. Holmes fuc-il entré qu’il lui donna verbalement l’ordre de conduite Mr. Viger au Corps de garde sans autre explication. |

L! donna de suite aussi celui d'empêcher qui que ce fût d'ernporter des papiers de la maison. Voyant qu’on avait lé dessein de faire des recherches de ses papiers, Mr. Viger lui fit l’ofire de lui mettre sous: les yeux tout ce qu’il en pouvait avoir, ne demandant rien autre chose si noit que la visite fût faite avec quelque système, surtout par rapportà hi graude quantité de ceux, qui n'étaient que des feuilies detachées, quoi que renfermant des notes sur des sujets variés comme dé la plus haute importance, que faute des précautions nécessaires on pourrait ‘ jeter dans le plus grand désordre, Comme lui câusér dés pertes irréparables. Le magistrat qui paraissait agité né lui fit point de réponse, mais réitéra tout simplement Pordre de le conduire au corps de garde." © "4

Mr. Viger se vit forcé de partir laïssant dans la n'aison l’escouade amente par lé grandconnétable, qi lui-même le condui-it dè suite au corps de garde, situé Vis à vis de la partie supérieure tt nouvéau marché peudant que, comme 1! l’a su plus tard en décenbre,'on fesait chez jui des recheichés dé papiers, dont une gratide quantité fut emportée.

Mr. Viger qui s'ctait trouvé seul d’abord dans le cerps’de garde,

(1) Le grand connétable ponvait s'être laissé persuader qu’à raison. de. la déclaration de laloi martiale, il pouvait se passer de Pordre d’un , mag strat. Ce n'est quegquelques jours après que Mr. Viger fut informé qu'une proclamation de ce genro datée du quatre du novembre, élait affichée duns Montréal.

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