‹ Mémoires relatifs à l'emprisonnement de l'Honorable D.B. Viger [microforme]Chapitre 4 sur 28 · LAS · texte numérisé non relu

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vit bientôt arriver successivement d’autres citoyens de Montréal qu'en plaçaitdans la même pièce ou dans la pièce voisine. Ils étaient au nombre de dix neufentre trois et quatre heures après mid', qu'on les tit sortir et mettre entre deux rangs de soldats pour les conduire à la prison de Montréal. Mr. Louis-Michel Viger, lun d’eux, déclarant que ses imfirmités le mettaient comme Mr, D. B. Viger, hors d’état de faire à pied ceîte longue route, on fit venir une de ces voitures qu'on nomme ici calèches dans la quelle l’un et l’autre montèrent. Les autres furent obligés de marcher dans de la boue délayée, comme elle lest ordinairement dans le commencement de novembre. D'ailleurs le tem; s depuis plusieurs jours avait été pluvieux.

On croit devoir ici se dispenser d'entrer dans des détails relatifs à ce qui se passa dans la marche. Il doit pour le moment suflire de dire qu’ils défilèrent successivement devant plusieurs compagnies d'hommes armés, placés de distance en distance le long de la grande rue Gu fonbourg Québec. Ceux-ci n’étaiert point des militaires. Il étaient suivant toute apparence, pour la plupart, de ceux qui se qualifient d'anglais, paree qu’ils parlent assez généralement cette langue, dans la qcelie its prodiguèrent l’insulte aux prisonniers.

Rendus dans la cour de la prson, on Les y retint pencant quelque temps, pour les faire ensuite entrer dans un appartement de lé age du rez-de-chaussée d'où plus t:rd on les fit monter dans l'appartement supérieur d’une des ailes de l1 ‘prison, dans le quel d’autres prisonniers furent amenés dans le cours du reste de l’après-midi,

Tout cela s'était fait, suivaut toute apparence, avec tant de précipitation que rien n’était préparé pour lesrecevoir. Ilsne purent avoir qu'après neuf heures du soir quelque nourrituie. [ls durent à’ la complaisaace du géolier quelques lits de sa propre maison, : De beaucoup le plus grand nombre n’eut pour lit que le plancher nu, que les hardes qu'ils avaient sur eux, lorsqu'on les avat arrêtés, pour couveituies. On ne sai: par quel motif on ne voulut pas permet re que les l'ts ni les provis ons que leurs familles leur ava.eut envoyés leur fussent alors remis.

D'autres prisonniers furent-amenés le lendemain : chaque jovr ensite il'en entrait de nouveaux, Le nombre du ceux quise trouvèrent dans le même appartement que Mr. D. B. Viger, se monta bien vite à plus de soixante, quoi qu'il ne s'y trouvât que neuf chambres outie le vestibule, Il se trouva bientôt } rès de huit cents de ces dét:nus dans cette prison. Dans ce nombre nesont pas compris ‘plusieurs centaines dautres personnes renfermées sur a-cusations ou sentences portées pour d’aurtres causes que celles qui tiennent à la politique. (1)

H est nécessaire de dire ‘maintenant que les détenus politiques étaient l’objet de la plus rigoureuse surveillance, qu'onine se contertait pas de leur interdire la faculté de voir aucuns prisonne du dehors, qu’on les privait de plumes et de papiers, qu’on ne leur laissait parvenir aucun journal,

Enfin le Gouverneur crut devoir nommer des espèces de Commis-

(1) On fût bien vite obligé de placer encore ailleurs d’aritres détenus politiqnes.

saires à l'effet d'examiner la nature des charges portées contre les détenus politiques. Il fit choix de Mrs. Buchanan, Fisher, Wilkes et Bleackley, tous quatre avocats de Montréal, dont trois pratiquaient. Dans le mois de décembre, ces Commissaires fesaient chaque jour venir devant eux de ces détenus politiques et leur fesaient subir des espèces d’interrogatoires.

Le pouvoir d'examiner ceux qui sont chargés de quelque offense n’appartenant qu'aux magistrats, plusieurs des détenus qui parurent duvant eux ne voulant pas ieconnaître la jurisdiction de ces Commissaires, demandaient néanmoins d’un côté qu’on leur fit connaître les motifs de leur incarcération, de l’autre, offraient de subir leur examen devant un magistrat. Mr. Viger fut du nombre de ceux qui, le dix de décembre, lirent à ces Commissaires l'observation qu’ils n’avaient point d'autorité pour exercer ces fonctions par rapport aux prisonniers ; mais il crut devoir leur déclarer qu’il ignorait pour quelle cause on avait pu Pemprisonner.

Cependant chaque jour on libérait de ces détenus politiques. Le nombre de ceux de Montréal dont Mr. Viger, dans le mois d'Octobre, a vu :e nom dans ordre de le re: evoir daos la prison, se montait à dix-neuf, qui tous excepté lui fuieut libérés sans coud.tions d’aucune espèce.

Tel était l’état des cho-es quand, dans la soirée du 18 décembre, le surintendant de police, Mr. Leclerc, vint faire à Mr. Viger la proposition de l’élargir en par lui donnant des cautions de bonne conduite. On peut j'ger de l’étonnement dans le quel cette proposition dut jeter Mr. Viger, qui lui demanda de suite si c’était en qualité de Masgistrat qu’il agissat. Sur sa réponse affirmative Mr. Viger le pria de lui faire connaître d’abord ce dont on l’aceusait, pour lui faire ensuite subir l’examen requis. Mr. Leclerc lui dit qu’il avait reçu des instructions de Sir John ColLorne et qu’il n’avait d’autre mission que de recevoir ce cautionnement.

Mr. Viger lui fit ubserver que dès lors ce ne pouvait être en qualité de magistrat qu'il agissait, que comme tel il n’avait à recevoir d’instruction de personne, qu’il n’avait que des devoirs à remplir ; que s’il voulait s'acquitter de ceux que les lois lui prescrivoient, lui-même était prêt à faire: de son côté ce qu’elles exigeaient ; mais qu’il ne l’était pas de donner les cautionnemens qu’on lui demandait.

Mr. Leclerc ayaiït paru regarder le montant du cautionnement comme an: motif pour Mr. Viger d’hésitér, celui-ci lui fit. observer que le montant du cautionnement n’était d’aucune importance ; que c’était d’un principe dout il était question ; que la difficulté de le donner serait la même, ne fût-il que de quelques deniers.

Mr, Viger prit dès lors la résolution d'écrire au Gouverneur. Les incommodités qu’il souffrait ne lui permirent pas de le faire aussitôt qu'il Paurait désiré. La faculté de recevoir des visites, plus que des leitres du dehors ou d'écrire, avait été jusque vers la fin de décembre interdite aux détenus politiques. Ce ne fut qu'alors aussi qu’il obtint la permission de voir quelques personnes de sa famille. Avantle 28 décembre, c’était par une espèce de hasard qu'il avait pu voir un instant Mr. Cherrier, son parent Le jour que Mr. Leclerc était venu faire à Mr. Viger

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la proposition de donner le cautionnement dont il vient d'étie question, ne prévoyant pas d'opposition de sa part, il avait fait prévenir'de l’objet de sa visite Mr. Cherrier, qui l'avait accompagné daus l'intention de lui procurer les cautions requises au bésoin.

À la suite de l’entretien dont il vient d’être question, Mr. Leclerc’lui permit d'entrer dans la chambre et de rester quelques temps seul avec Mr. Viger. La soirée se trouvait avancée. Ne voulant par abuser de la complaisance de Mr. Leclerc, ils n’eurent qu'une courte entrevue, dans Ja quelle Mr. Viger recut des nouvelles de son épouse ct de sa maison.

Quand Mr. Viger putle voir de nouveau le vingt huit décembre, il apprit quelque chose de re'atif à l’enlèvement de ses papiers. Malheureusement ces renseignemens ne pouvaient être que très vagues, d'autant que Mr. Cherrier ne pouvait pas savoir ce quise trouvait de ces papiers dans les apparlemens qu’on avait visités. Mie & Viger n’avait pu non plus faire pervenir àson mari des rénseignemens d’une grande exactitude, d'autant surtout qu’elle n’avait pu surveiller les personnes qui, le quatre de novembre, étaient entrées surtout dans son bureau et sa bibliothèque.

Ce fut d’après les conjectures qu’il put former sur la nature comme sur la quantité des papiers qu’on avait enlevés de sa maison que, le quatre janvier mil huit cent trente neuf, Mr. Viger crut devoir écrire au gouverneur pour lui faire connaître quelque chose de la manière dont on l’avait traité le quatre de novembre pendant qu’o1 s’emparait de ses papiers, qu’on les enlevait sans qu’il lui fût possible de connaître Jes motifs de cette conduite.

Venantensuite à la proposition que Mr. le surintendant de police était venu lui faire d’après les ordres de Son Excellence, ille priait d'observer qu’il ne pouvait solliciter sa libération comme une faveur, que c'était un droit qu’il réclamait, se reposant sur les lois comme sur les règles de la justice devant les quelles il devait croire que Son Excellence ne voudrait pas reculer.

Voici cette lettre :

A Son Excellence Sir John Colborne, Administrateur du Gouvernement de la Province du Bas-Canada, &ec. &c. &c.

Monsreur,

On m'a le quatre de novembre arrèté dans ma maison sans aucune formalité, mené de même au corps de garde, on m’en a fait sortir après quelques heures pour me faire conduire avec nombre d’autres citoyens, pris suivant toute apparence de la même manière, par une escorte militaire, à la prison de Montréal.

Renfermé depuis cette époque sans communication avec personne du dehors, excepté la visite que j’ai reçue d’un de mes parents le vingt huit décembre, par permission de votre Excellence, je suis resté dans une ignorance absolue des causes de ma détention, n’en pouvant conjecturer les prétextes, bien sur néanmoins qu’ils ne pourraient être qu’il- Jusoires.

Dans le moment où l’on m’arrachait de ma demeure, on a parlé de mettre la main sur mes papiers sans en assigner de motifs plus que pour s’empnrer de mn personne. J'ai su depuis qu’on en avait enlevé sans plus de formalité qu’on en avait mis pour. me priver de mu liberté, sans pouvoir non pius m'expliquer cette conduite.

Je dois croire que Votre Excellence n’a pas encore été jusqu’à présent informée d’une manière exacte de la nature particulière de ces démarches. Plusieurs autres traits que je pourrais joindre à cette esquisse ne seraient pas moins frappans.

Cet exposé renferme l'explication de ma réponse aux propositions que m’a faites Mr. Leclerc, le dix-huit décembre en m'informant}que c'était d’après les crdres de Votre Excellence.

Je ne puis solliciter ma libération comme une faveur. Je la ré-

, clame comme citoyen, comme sujet de‘l’Empire. Avec une santé minée par l’âge et le travail, et qu’une semblable détention ne peut guère manquer d'achever de détruire, je pourrais invoquer les droits de l’hu- ’nanité ; je dois me reposer sur les principes des lois comme sur les règles de la justice, devant lesquels il ne m’est pas permis de croire que Votre Excellence voulût reculer,

J'ai l’honneur d’être, De Votre Excellence le très humble et obéissant Serviteur.

(Signé)

D. B. VIGER Prison de Montréal, *

A Janvier, 1839. |

Mr. Viger reçut de Mr. Ths. Leigh Goldie, secrétaire civil, une lettre du 10 janvier, par laquelle en réponse il lui communiquait, par ordre de Son Excellence, l’extrait d’un rapport des “ Commissaires ‘“ nommés pour enquérir relativement aux personnes qui se trouvaient “ dans la prison de Montréal, suggérant que si Son Excellence don- ‘nait des instructions de libérer Mr. Viger, ce fût en exigeant de lui ‘6 un fort cautionnement de bonne conduite.

Un laisse à penser dans quelle nouvelle surprise dut jeter Mr. Viger la lecture d’une lettre par la quelle il apprenait que des hommes qui n’avaient pas jurisdiction pour examiner, qui n’avaient pu même Jui dire s’il était l’objet d’une accusation, s’étaient cru le droit de porter contre lui cette espèce de sentence et que l’admioistrateur, sans plus de jurisdiction, se, croyait celui d’y donner sa sanction, et s’en rendre en quelque sorte Jexécuteur. … Aussi fit-il bien vite parvenir à ce sujet les observations suivantes, consignées dans sa lettre ‘du 12

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A Son: Excellence Sir John Co'borne, Administrateur du Gouvernement de la Province du Bas-Canada, &c. &c. &e.

MoNsiIEUR,

Je prie Votre Excellence d'agréer mes res remercimens de la crmmunication qu’elle m’a fait donner par Mr. Goldie du rapport fait, aux termes de la lettre du dix de ce inois, par les Commissaires chargés d’enquérir relativement aux personnes détenues dans la prison de Montréal.

Ceux que j’ai vus le dix décembre agissant ici sous ce nom, n’avarnt aucune jurisdiction pour m’examiner, n’en ont pas mis non plus au jour la prétention, nonobstant les observations dont je leur aï fait part à ce sujet de la manière la plus formelle. Ils n’ont pas même articulé contre moi d'accusation, quoique je leur aie déclaré que je ne savais pas pourquoi l’on m’avait mis dans la prison, ni comment on avait pu my placer.

Je ne saurais réduire à des expressions plus simples et d’une plus grande exactitude l’exposé de ce qui s’est passé relativement à moi dans cette occasion. Je ne crois pas nécessaire d’y rien ajouter plus qu’à celui qui se trouve dans ma lettre du quatre de ce mois. Quoique ce rapport, loin de militer contre les faits que j'avais invoqués, les place sous un point de vuc qui les rend s’il est possible plus décisifs, des raisonnemens ne pouraient les ébranler, plus que les principes et les règles sur lesquels je me suis appuyé. Rechercher comment les idées. des Conmnissaires ont pu se fausser sur cet article serait quelque chose deplus qu'inutile dans le moinent.

Votre Excellence ne peut être étrangère à la connaissance plus qu’au sentiment de droits qui sont la base des devoirs du sujet comme du pouvoir.

J'ai l’honneur d’être De Votre Excellence Le très humble et Obéissant serviteur,

(Signé)

P.ison de Montréal, 12 janvier, 1839:

Ce ne fut qu’à la suite de cette démarche de Mr. Viger qu’il lui parvint sur ce qui s'était passé dans sa maison, le 4 novembre, quelques nouveaux renseignemens qui, quoique très incomplets, lui procurèrent au moins les moyens de tracer l’esquisse de cette scène que l’on va voir dans sa leltre au Gouverneur, du vingt huit janvier,

A Son Excellence Sir John Colborne Administiateur du Gouvernement de la Province du Bus-Canada, &e. &c. &ec.

Monsieur, Si dans ma lettre du douze de ce mois, je

n’ai pas insisté d’une manière particulière sur les circonstances rolatives à l’enlèvemont de mes papiers, comme la chose eût été convenable, c’est que j’ignorais encore à cette époque des détails de la conduite qu’on avait tenue dans ma maison le quatre de novembre après mon arresfation. Quelques incommodités dont j'ai dernièrement souffert m'ont aussi forcé, comme dans quelques occasions précédentes, d’at. tendre pour pouvoir faire parvenir ma lettre à Votre Excellence. Avant de laisser ma maison, je vis qu’on se proposait de mettre la main sur mes papiers. Craignant les pertes qui pourraient résulter pour moi d’une recherche de cette nature, faite par des personnes qui manqueraient des connaissances requises, et le désordre qu’elle pouvait jeter dans mes papiers, je témoignai le désir de la voir faite soit par un magistrat, soit au moins par une personne sur Les lumières de la quelle je pus compter, fesant en même temps l’offre de mettre sous ses yeux tout ce que j’en avais. Cette offre au lieu d’être accueillie, fut immédiatement suivie du commandement de me conduire au corps de garde, où je fus retenu quelques heures pour me conduire ensuite à la prison, C’est après mon départ, que des connétables sans la présence d’aucune personne pour les diriger sont restés dans ma maison, depuis vers midi, jusqu’à quatre à cinq heures après, qu’ils sont entrés dans mes appartemens, notamment dans mon bureau, qu’ils se sont emparé

de ce qui se trouvait de papiers sur mes tables, dans les tiroirs, dans

une armoire, les ont entassés dans une caisse qui s’y trouvait de même et les ont emportés. (1)

J'ignore ce qu'ils peuvent avoir pris de papiers dans ma bibliothèque dans la quelle ils sont entrés comme dans mon bureau.

Il est parmi les manuscrits dont l’enlèvement m'est connu, plusieurs ouvrages sur des sujets d’une véritable importance, plusieurs recueils d'observations, de pensées, d’extraits d'écrivains, pour moi d’un grand prix; les uns sous enveloppes, mais sur des feuilles détarhées, les autres mises en cahiers, le tout fruit de longues années d’étude, de recherches pénibles, de veilles laborieuses ; une foule de morceaux dont un grand nombre, comme des notes prises journellement ne sont qu'ébauchées, sans compter des lettres, et jusqu’à la correspondance relative à des observations que j’avais officiellement été prié de donner sur un projet d’ordonnance quelques semaines auparavant. Je ne parle pas de journaux, tels que des coupons da gazettes, détachés, comme préparés pour se retrouver facilement au besoin, que Von s’est également permis d'enlever.

(1) Mr. Viger n’a que depuis sa sortie de prison entendu dire qu’un magistrat, Mr. Hart, s'était trouvé là, en même temps que les connétables. Cette circonstance rend l’absence de toute précaution, pour constater l’état ct la nature de ces papiers eomme leur nombre, encore plus digne d'attention.

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C’est à dire qu'à mon égard on a dans cette occasion fait beaucoup plus que perdre de vue le droit de propriété dans ce qu’il a de plus sacré. J'ignore encore ce que sont devenus, comme entre les mains de qui peuvent se trouver ces papiers, pris, comme emportés sans aucune formalité, sans inventaire d’aucune espèce, sans la moindre précaution, même sans témoins capables d’en constater l’existence, c’est entre autres traits, la manière, dont on a pu se conduire envers un sujet de Sa Majesté, non dans un pays qui soit en dehors de ses domaines, ou de la civilisation, mais dans une province de l'empire, et à quelques pas de la maison qu’occupe actuellement Votre Excellence dans Montréal. Je laisse à Votre Excellence de qualifier des démarches de cette nature.

C’est à la suite de ce traitement dont j'ignore les motifs, privé de fait de tout moyen d’en connaitre les prétextes, qu’on a pu faire la suggestion quisetrouve dansle rapport dont j’ai reçu communication”; qu’enfin jeté dansune prison, sans plus de formalités que pour la recherche et l’enlèvement de mes papiers, je m’y trouve encore en fermé dans ce moment.

.Laissant de côté les considérations qui se rattachent à des principes de loi comme de gouvernement, il doit maintenant me suffire d’invoquer les règles de l'honneur dont le sentiment peut éslairer Votre Excellence sur la justice de mes réclamations.

J'ai l'honneur d’être de Votre Excelience Le très humble et Obéissant serviteur.

(Signé) D. B, VIGER.

Prison de Montréal, } 28 janvier, 1840.

A cette lettre Mr. Viger reçut la réponse suivante. (Traduclion.)

Maison du Gouvernement, 6 février, 1839.

Monssizun,

J'ai reçu de Son Excellence, Sir John Colborne, ordre de vous inforiner qu’hier il a reçu des commissaires, chargés de l’examen de ce qui se rapporte aux prisonniers renfermés dans la prison, un rapport complet, (full) quant à votre arrestation et à votre détention et de vous faire part de son regret de ce qu’après avoir examiné les documens sur les quels ce rapport est fondé, et la preuve de votre activité pour encourager à répandre des publications qui ont eu décidément de linfluence pour produire les derniers mouvemens insurrectionnels ; son Excellence ne peut, d'accord avec son devoir envers la société, consentir à ce que vous soyez relâché sans donner le cautionnement que le Procureur général de Sa Majesté et les Commissaires ont recommandé de requérir de vous.

Mr. Leclerc, surintendant de police, à reçu l’ordre de rendre vos papiers, ceux qu'on a‘trouvés d’une tendance sédilieuse exceptés. j J’ui l'honneur d’être, Votie obéissant serviteur, THS. LEIGH GOLDIK,

Ù Secrélaire Civil.

Après plus de trois’mois de détention comme de plaintes de l’ignosance dans la quelle on le laissait des causes de tant de rigucurs, que penser d’une réponse dans la quelle il n’était pas même question des motifs de l’arrestation de Mr. Viger plus que de ceux de l’erlèvement de ses papiers ? Que dire de lallégué qu’on vient de voir, comme prélexfe de le tenir derrière les verroux ? Ce qui doit suitout frapper c’est d’y voir figurer le procureur général, comme ayant recommandé de requérir de lui ce cautionnement. Commeut Mr, Viger pouvait-il s’expliquer que ce fonctionnaire, quatre jurisconsultes, un gouverneur et le secrétaire civil eussent pu s’accorder sur une mesure qui lui paraissait le renversement de tous les principes recus, de toutes les idées de justice et d’ordre public ?

On conçoit qu’il ne pouvait pas rester dans le silence à la suite d’une communication de cette nature. On vu voir dans l'instant sa lettre au Gouverneur à ce sujet. Mais pour bien saisir le sens de quelques-unes des observations qu’elle renferme, il est nécessaire d’observer que Mr. Viger est le propriétaire d’une maison que des imprimeurs occupaient, pour partie depuis plus de vingt ans, comme focataires ; que Pun de ces locataires avait, l’année précédente, été saisi, exécuté ; que Mr. Viger s'était trouve dans la nécessité d’acheter partie des presses et des caractères, pour tâcher de ne pas perdre sa dette toute entière ; enfin que, locataire du tout, ua autre imprimeur avait, aussi lui, publié des journaux.

Mr. Viger n'avait appris qu’un temps bien considérable après son emprisonnement, qu'on avait enlevé ces presses etces cuructères, C’est à ces circonstances qu’il fait nllusion dans une partie de su lettre, On avait mis ces effets sous les voûtes du palais de justice. (1)

A Son Excellence, Sir John Coiborne, Gouverneur du Bas-Canada, &c. &ec. &c.

MonsiIEUR,

Le huit de ce mois j’ai reçu de Mr. le Secrétaire Civil une lettre du six qui n'’intime les nouvelles suggestions faites à Votre Excellence. Elles ne pouvaient manquer de me jeiter dans un profond étonnement, comme d’ouvrir une ample canière à mes re“ flections. Je ne dois pas à moi seul ; mais à Votre Excellence elle même de mettre sous ses yeux quelques unes de ceiles qui naissent de ce sujet fécond. Je l’aurais fait déjà sans la difficulté du choix pour

(1) C’est à peu près de la même manière qu’on s’est emparé, dans l’espace d'environ 18 mois, des presses et des caractères de sept imprimeries, dont l’une à Québec et les autres à Montiéal. Celles de Montréal paraisent avoirété déposées sous les voûtes du Palais de Justice.

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