‹ Mémoires, reminiscences et conférences de Monseigneur A. Ravoux, V.G. --Chapitre 26 sur 57 · Chapitre VIII · texte numérisé non relu

Chapitre VIII

Croyance religieuse des Sioux — Ils adorent et invoquent Wakantanka, Le Grand Esprit; ils sont polythéistes ET ils adressent LEURS PRIÈRES A UN GRAND NOMBRE d'esprits OU DE DIVINITÉS; ILS LES VÉNÈRENT AVEC UN GRAND RESPECT ACCOMPAGNÉ d'uNE GRANDE CRAINTE. Ils leur DEMANDENT TOUTE SORTE DE FA- VEURS— La guérison dans leurs maladies, la préservation DE tous les maux de LA VIE, ETC.

Les Sioux invoquent Wakantanka, Le Grand Esprit, mais comme les païens d'autrefois et des temps présents, ils sont polythéistes et rendent un culte divin à un grand nombre d'esprits ou de divinités. Ils les respectent et les vénèrent, ils leur offrent des sacrifices et des prières afin d'obtenir un bon succès dans la g-uerre, dans la chasse, dans tous les besoins temporels, et d'être délivrés de leurs maladies et de toute sorte de maux.

Il n'y a bien longtemps que le long- des chemins près des villag-es et sur les prairies les voyag-eurs voyaient encore de grosses roches et de petits rochers de g-ranit, dont les formes étaient rondes, ovales, plates, etc., qui avaient depuis la grosseur d'un caillou jusqu'à ving-t pieds de circonférence. Ces rocs, ces rochers avaient été portés et laissés là par des inondations ou des bancs de g-lace, dans des siècles fort reculés et sans histoire. Ces rocs et rochers avaient excité l'étonnement et l'admiration des sauvag-es; car plusieurs avaient été peints avec de la couleur roug-e, et leur servaient d'autels, où ils offraient des prières et des dons à leurs divinités. Je me rappelle avoir vu des Indiens passant près de ces gfrosses roches et petits rochers dédiés à leurs esprits, à leurs divinités,

s'arrêter et les vénérer avec crainte et respect. Une fois j'ai vu un Indien ayant sa main droite élevée et tendue sur une de ces g"rosses roches peintes en roug^e prier quelque Divinité Païenne avec solennité; je l'entendis prononcer avec dévotion et g-rande ferveur ces paroles: "Toukanshidan oounchimada wo!" Toukanchidan, mon grand-père, oounchimada wo, aie de moi! Mon grand- père, aie pitié de moi!

Cette sorte de culte me rappela le song^e de Jacob, lorsque Dieu se manifesta à lui, par le moyen d'une échelle mystérieuse, dont le pied était appuyé sur la terre et le haut touchait au ciel, et sur laquelle les ang-es de Dieu montaient et descendaient. Dieu qui lui apparut appuyé sur le haut de l'échelle lui adressa ces paroles: "Je suis le Seig^neur, le Dieu d'Abraham votre père, et le Dieu d'Isaac, je vous donnerai à vous et à votre race, la terre où vous dormez Je

serai votre protecteur partout oii vous irez, je vous ramènerai dans ce pays, et je ne vous quitterai point que je n'aie accompli tout ce que j'ai dit. Jacob s'étant éveillé après son sommeil proféra ces paroles: le Seigneur est vraiment en ce lieu et je ne le savais pas, et dans la frayeur dont il se trouva saisi, il s'écria: que ce lieu est terrible, c'est véritablement la maison de Dieu et la porte du ciel." (Gen. XXVIII).

La prière de cet Indien, la main tendue sur cette pierre, rempli de crainte et de vénération, rappela aussi à mon souvenir la grande vision de Moïse sur le mont Horeb où Dieu lui apparut dans le buisson ardent, lui dit de ne pas s'approcher d'avantage et de quitter ses souliers car le lieu ou il se trouvait était saint. A la voix de Dieu, Moïse se prosterne la face contre terre, et Dieu lui fait connaître ses oracles et lui communique ses ordres.

Je ne serais pas étonné si les divinités païennes, les singes de Dieu, selon l'expression de Tertullien, se fussent manifestés souvent à leurs adorateurs, sous des formes sensibles poUf communiquer avec eux, et leur prescrire les lieux, la manière, les cérémonies du culte qu'ils désiraient recevoir s'ils voulaient se les rendre propices, apaiser leur colère, et mériter leurs faveurs.

' Grande est la crainte des Indiens pour leurs divinités. Ils croient que par leur moyen, leurs prêtres — ceux qui appar-

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tiennent à la Grande Médecine — peuvent faire beaucoup de bien à leurs amis et beaucoup de mal à leurs ennemis. Quelques bons Indiens m'ont repris plus d'une fois, parce que je ne faisais aucun cas du pouvoir de leurs prêtres, me disant qu'ils pouvaient nie nuire et m'afïlig-er beaucoup par la puissance des esprits qu'ils adoraient — Nous craig-nons, me disaient-ils, que vous ayez à vous en repentir avant long-temps. Nous en avons connu plusieurs, qui, ayant encouru leur disg"râce et leur haine ont été afflig-és de longues maladies, de long-ues souffrances, et sont morts par leurs maléfices. Ma réponse fut que je ne croyais pas qu'ils fussent capables de faire du mal à qui que ce soit par la puissance de leurs esprits; et supposé même que par leur assistance ils pussent causer des maux aux idolâtres, ils ne pourraient rien contre ceux qui croient au Vrai Dieu et en Jésus-Christ, le Rédempteur du monde, s'ils étaient baptisés et observaient ses préceptes, parce que Dieu le Créateur de l'univers était le maître de toutes choses, et qu'il avait promis de les protéger et de les couronner d'une gloire éternelle après cette vie.

Mes paroles sur ce sujet, à différentes occasions, eurent un bon effet parmi les Indiens, qui avaient conçu une si grande crainte de ceux de la Grande Médecine qui leur avaient défendu de se faire chrétiens et d'envoyer leurs enfants pour recevoir les instructions de la Robe Noire. Ils commencèrent à croire et à mieux comprendre la puissance et la bonté de Jésus, Fils de Dieu, fait homme, afin de nous délivrer de l'esclavage de Satan, de nous laver dans son sang de la souillure et de la malédiction du péché, de nous faire enfants de Dieu et héritiers de sa gloire et de son bonheur éternel.

Il ne sera pas inutile de remarquer ici que l'intelligence et la mémoire des Indiens ne sont pas inférieures aux nôtres; ils n'ont besoin que de culture. Un jour je rencontrai dans une circonstance particulière un Sioux que je pensais n'avoir jamais vu auparavant. Je m'empressai de verser dans son esprit et dans son cœur quelques paroles de la vie éternelle. Je lui parlai de Dieu, Créateur et Conservateur de toutes choses, du Divin Rédempteur, de ses miracles, de sa mort, et de sa résurrection glorieuse, etc. Après une courte instruction je lui demandai s'il m'avait bien compris. Oui, me répondit-il,

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ce sont les mêmes choses que vous m'avez enseignées, il y a quatre ans.

Pauvres Indiens, qu'ils sont infortunés! Knveloppés dans les ténèbres de l'idolâtrie, ils invoquent et offrent des sacrifices aux mauvais esprits, comme les Egyptiens, les Grecs et les Romains! Que Dieu ait pitié d'eux, et les éclaire du flambeau de la Foi!

Si nous ne sommes pas plongés dans les mêmes ténèbres de rido!âtrie, rendons de continuelles actions de grâces à Jésus la lumière et la vie du monde! Avant son arrivée sur la terre presque toutes les nations marchaient dans les sentiers ténébreux de la mort. Bossuet dans son discours sur l'Histoire Universelle nous décrit très bien l'abîme profond dans lequel elles étaient toutes tombées à l'exception du Peuple d'Israël.

"Les nations les plus éclairées et les plus sages," nous dit-il, "lesChaldéens, les Egyptiens, les Phéniciens, les Grecs, les Romains, étaient les plus ignorants et les plus aveugles sur la religion: tant il est vrai de dire qu'il y faut être élevé par une grâce particulière, et par une sagesse plus qu'humaine. Qui oserait raconter les cérémonies des dieux immortels, et leurs m3'stères impurs? Leurs amovirs, leurs cruautés, leurs jalousies, et tous leurs autres excès étaient l'objet de leurs fêtes, de leurs sacrifices, des hymnes qu'on leur chantait, et des peintures que l'on consacrait dans leurs temples. Ainsi le crime était adoré, et reconnu nécessaire au culte des dieux. Le plus grave des philosophes défend de boire avec excès, si ce n'était dans les fêtes de Bacchus et à l'honneur de ce dieu. (1) Un autre, après avoir sévèrement blâmé toutes les images malhonnêtes, en excepte celles des dieux, qui voulaient être honorés par ces infamies (2). On ne peut lire sans étonnement les honneurs qu'il fallait rendre à Vénus, et les prostitutions qui étaient établies pour l'adorer (3). La Grèce, toute polie et toute sage qu'elle était, avait reçu ces mystères abominables. Dans les affaires pressantes, les particuliers et les républiques vouaient à Vénus des courtisanes (4); et la Grèce ne rougissait pas d'attribuer son salut aux prières

(1) Plat de Leg. Hb. VI— (2) Arist. Polit, lib. VIT, cap. 17— (3) Baruch, VI, 10, 42, 43. Therod. lib. 1, c. 199. Strab. lib. VIII— (4) Athen. lib. XIII.

qu'elle faisait à leur déesse. Après la défaite de Xerxès et de ses formidables armées, on mit dans le temple un tableau où étaient représentés leurs vœux et leurs processions, avec cette inscription de Simonides, poète fameux: "Celles-ci ont prié Vénus, qui, pour l'amour d'elles, a sauvé la Grèce."

Tous les dieux des g-entils sont des démons; (Ps. XCV. 5.) et quoique les démons puissent se transformer en ang-es de lumière, ils apparaissent ordinairement sous des fig-ures plus conformes à leur condition, sous celles de monstres, comme nous le voyons dans les Saintes Ecritures, où les noms de serpent, d'aspic et de basilic, de lion et de drag-on leur sont donnés; comme nous l'apprenons aussi en lisant les vies de St- Antoine, de plusieurs Pères du Désert, de St-François, de Ste-Catherine de Sienne et de tant d'autres serviteurs de Dieu qui ont eu à combattre contre les esprits de ténèbres; comme il est aussi attesté par les histoires du Pagfanisme ancien et moderne.

Les Eg"yptiens, les Pbéniciens, les Grecs et les Romains adoraient une multitude de Dieux, — le Sphinx, ailé ou sans ailes, ayant le corps d'un lion et la figure d'une femme; le centaure, monstre moitié homme et moitié cheval; le dragon, moitié homme et moitié poisson; le Dieu Anubis, sous la forme d'un homme ayant une tête de chien, de renard ou de chacal; le Dieu Troth ayant le corps d'un homme et la tête d'un agneau ou d'un oiseau nommé Ibis; Osiris sous la forme des taureaux sacrés Apis et Mnévis, etc.

Que tant de nations se soient prosternées devant de telles Idoles, de tels Dieux, cela serait incroyable si le fait n'était si bien attesté par toute l'antiquité païenne. Leur aveug-lement les portait jusqu'à immoler à leurs Dieux des victimes humaiîies, comme Washikat qui sacrifia sa fille à son Manitou à la baie des Esquimaux.

Une partie même du peuple d'Israël alla jusqu'à suivre l'exemple abominable et barbare des Gentils. Ecoutez le prophète David: "Ils se mêlèrent parmi les nations, ils apprirent leurs œuvres et adorèrent leurs idoles; ce qui causa leur ruine. Ils immolèrent leurs fils et leurs filles aux Démons. Ils répandirent le sang- de leurs fils et de leurs filles qu'ils immolèrent aux idoles de Chanaan, et la terre d'Israël

fut souillée par des flots de sang", infectée par ces abominations, et prostituée à l'idolâtrie." (Ps. CV).

O aveug-lement et ingratitude du cœur humain! Les Israélites sauvés de la main de leurs cruels oppresseurs par tant de prodiges du Vrai Dieu, qui leur ouvrit un passage dans la mer pour les sauver, et y ensevelir l'armée de Pharaon, oublient leur Bienfaiteur, et immolent leurs fils et leurs filles aux Démons! O pouvoir terrible de Satan! Que celui qui veut être sauvé veille et ne cesse de prier!

Deo Grattas !

KÊMINISCENCES ET MÉMOIRES. Si

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