‹ Mémoires, reminiscences et conférences de Monseigneur A. Ravoux, V.G. --Chapitre 28 sur 57 · Chapitre X · texte numérisé non relu

Chapitre X

Horribles tortures que certains Indiens s'infligent, afin

DE SE RENDRE AGRÉABLES A LEURS DiEUX ET d'obTENIR LEURS FAVEURS — IvETTRE TRÈS INTÉRESSANTE DU GÉ- NÉRAL CuRTis, ETC. (A. D. 1866).

Horribles et presque incroyables sont les pénitences et les tortures que certains Indiens s'inflig-ent pour plaire à leurs Dieux et obtenir leurs faveurs. Je lisais ces jours passés, dans les Collections de la Société Historique du Minnesota pour l'année 1867, une lettre du Major Général Curtis, datée du Fort Sully, le 2 de juin 1866, qui rappela à mon souvenir bien des faits que j'avais vus et entendus raconter sur les pénitences et les sacrifices des Sioux en l'honneur de leurs Divinités, afin de les rendre propices à leurs vœux et à leurs prières. Tout ce que je pourrais dire néanmoins à ce sujet ne serait pas aussi intéressant que ce qui est contenu dans cette lettre. Ceux qui la liront avec réflexion verront combien grand est le pouvoir de Satan qui peut induire des hommes à souffrir un pareil martyre à celui qui nous est décrit par le Major Général Curtis; il en fut lui-même le témoin oculaire. A quiconque désire étudier le caractère et la croyance relig"ieuse des Indiens sur ce sujet, cette lettre fournira un précieux document que je dois donner en entier, afin de ne pas en diminuer le poids et la valeur.

Lettre du Major Général Curtis sur la danse annuelle du soleil du 2 juin 1866:

"Les Sioux au nombre au moins de trois mille, campés autour de nous, me donnèrent de bonne heure l'information qu'ils allaient alors célébrer leur danse annuelle du soleil; la saison de l'année étant arrivée où les arbres étaient couverts

de feuilles, ils désiraient que je fisse savoir au Colonel Recor, le commandant des soldats, que, quoique les démonstrations fussent bruj^antes, elles seraient d'un caractère paisible et relig"ieux.

Hier, le premier de juin, la danse fut retardée par intervalles, afin d'inflig-er les tortures. Deux ou trois hommes avec l'aig-uille et le couteau en main torturèrent les dévots, selon les coutumes de tous ces rites sacerdotaux que je vais décrire. Ils leur firent d'abord des coupures aux bras en divers endroits, ils leur enfoncèrent une alêne sous la peau qu'ils soulevèrent, et en coupèrent la long-ueur d'un demi pouce; cette opération est faite sur les deux bras et quelques fois aussi sur la poitrine et sur le dos. Des sétons de bois (petites bag-uettes de la grosseur d'un crayon ordinaire) sont insérés par un trou sous la peau et sous la chair. Des cordes sont alors attachées aux sétons par un bout, et à un poteau par l'autre bout, la victime tire sur les cordes jusqu'à ce que les sétons de bois déchirent la peau et la chair. J'en vis un avec deux sétons ainsi attachés à sa poitrine, tirer jusqu'à ce que la peau parut soulevée deux ou trois pouces, et finalement requérait presque toute sa force pour arracher le séton.

Un d'eux, peint en noir, eut quatre cordes attachées en même temps. Le tiraillement des cordes se fit pendant la danse et en suivant la cadence de la musique -pa-rjerk, jerk, jerk, (forte secousse) tandis que ses yeux, sa tête et son front étaient tournés vers le soleil en forme de supplication. Un autre avait quatre sétons attachés à quatre têtes décharnées et desséchées de b'iffalo (bison). Elles étaient toutes attachées et suspendues à sa chair par des cordes qui les tenaient élevées à trois ou quatre pieds de terre. Il dansait avec grand effort afin de les faire tomber, mais elles ne purent déchirer sa chair. Par accident une se détacha du séton, mais elle fut attachée de nouveau. Chaque tête de buffalo pesait au moins vingtcinq livres; et néanmoins comme leur grand poids avec la motion de la danse ne put déchirer sa peau, le dévot donna à un camarade un cheval afin de saisir la corde et d'arracher les sétons par le déchirement de la chair. Pendant l'exercice de ces tortures, des femmes de leur parenté vinrent les visiter, et coupèrent quelques morceaux de chair de leurs bras, afin de

rendre ténioignag"e de la valeur et de la dévotion, de ceux qui leur étaient alliés. Mais encore de nouveau, dès que la victime fut préparée, on recommença cette danse horrible où l'on voyait les corps des victimes couverts de sang, de peintures et de sétons.

Quelques bateaux à vapeur et bien des soldats étaient présents; cette foule de spectateurs les embarrassait, et à midi ils cessèrent leurs rites et leurs cérémonies. Leur danse n'avait durée que ving-t-quatre heures au lieu de quarante-huit heures selon la coutume ordinaire. Ainsi se termine cette scène si pénible et si barbare d'idolâtrie sauvag-e; scène encore profondément gravée dans mon esprit et que je ne pourrais jamais décrire avec la plume ou peindre avec le crayon."

Dans le sud de l'Asie il y a des devil-dancers qui ont des rites et des pratiques religieuses non moins horribles et diaboliques. R. C. Caldwell dans un article sur la Démonalatrie, inséré dans la Contemporary Review, Revue Contemporaine, du mois de mars 1876, donne la description suivante des rites, des cérémonies, des prières et des sacrifices d'un devil-dancer:

"Son front est couvert de cendres, sa figure est couverte de sillons couleur de vermillon et de safran. Il a sur sa tête un bonnet blanc, haut et conique, embelli de glands rouges, il est revêtu d'une longue robe blanche, sur laquelle sont peintes les images de la Déesse de la petite vérole, du meurtre et du choléra. . . -Le danseur d'un pas incertain et chancelant s'avance, tourne lentement au milieu de la foule et s'assied. Le peuple assemblé lui montre les offrandes qu'ils veulent lui présenter; mais il parait entièrement hors de connaissance. Il chante d'un ton aigre, bas, comme à moitié endormi, et comme en rêvant, les yeux fermés, et la tête baissée sur sa poitrine. Il s'avance en chancelant de côté et d'autre, d'un lieu à un autre. Regardez, vous pouvez voir ses doigts se crisper fortement. Sa tête commence à se mouvoir d'une manière étrange. Ses côtés tremblent et s'agitent, il transpire, il est couvert de grosses gouttes de sueur. On frappe avec plus de vitesse les toms-toms et le son des flûtes et des chalumeaux retentit plus au loin. Tout à coup on entend un hurlement, un cri perçant, un abominable et diabolique éclat de rire, goble goble, et le devil-dancer s'est élevé sur ses pieds,

ses yeux sortent de leur orbite, sa bouche est écumante, sa poitrine pousse de grands soupirs, ses muscles frémissent, ses bras sont étendus, enflés et violentés, comme s'ils étaient crucifiés! Maintenant ces paroles perçantes et vives sortent de sa bouche écumante — Je suis Dieu! Je suis le vrai Dieu! Alors tout autour de lui coule le sang" du sacrifice, aucune idole ne peut lui être comparée — à lui qui est la Déité présente. Les dévots se pressent autour de lui pour lui offrir des oblations et solliciter des réponses à leurs questions: "Vais-je mourir du choléra pendant cette épidémie," demande un vieux fermier du voisinag-e? "O Dieu bénissez cet enfant, crie une pauvre mère qui a sa chaumière tout près, tandis qu'elle tient élevé son enfant malade du côté du prêtre qui danse! — Des cris perçants, des vœux, des imprécations, des prières, des exclamations de louangfes et de remerciements s'élèvent à la fois avec un bruit infernal. Au-dessus de toute cette scène, se font entendre l'horrible et g"uttural éclat de rire du devil-dancer, et ces cris de stentor: "Je suis Dieu! Je suis le seul vrai Dieu! Il se coupe, il se meurtrit, il se taille en pièces, et alors assez souvent il se tue sur le lieu même." (Pag^e 375).

Je soutiens dit R. C. Caldwell (pag-e 371) que si on doit se fier à l'histoire — "plusieurs peyadis, ou devîl-dancers, pourraient être amenés demain, qui sont aussi réellement possédés par de mauvais esprits, que cet homme qui fut forcé par les démons qui étaient en lui de crier qu'il n'était pas lui-même et que son nom était lég"ion!"

Nous lisons sur la même pag"e une autre scène qui se passa dans un temple de Démons, à quelques milles de Tinnevally; "Sur le feu était un chaudron qui contenait du plomb fondu. "Voyez," dit le prêtre avec calme, le Démon est en moi, je veux vous prouver à vous tous la présence en moi de la Divinité Toute Puissante." A ces mots il prit le chaudron et versa le plomb fondu sur sa tête. Les clairons retentissent, on frappe sur les tom-toms, et de nouveaux morceaux de bois résineux sont jetés au feu; et avec solennité des boucs sont offerts en sacrifice, le prêtre tourne tout autour en chancelant et tombe en défaillance. Trois jours plus tard il mourut après une ag"onie horrible; mais son esprit fut clair et calme jusqu'au dernier moment. Les dernières paroles qu'il prononça

furent celles-ci: Nani sattya samy ! C'est moi sûrement qui suis le vrai Dieu!

Dès le commencement du monde Satan fut un menteur et un meurtrier, et il a toujours été un menteur et un meurtrier, et il continuera et ne cessera d'être menteur, et le meurtrier de nos corps et de nos âmes, jusqu'à la fin du monde.

Nous somme saisis d'horreur, lorsque nous réflécliissons sur l'état déplorable des païens, qui, trompés par les puissances de ténèbres sacrifient aux Démons le sang- humain, même leurs propres enfants. Ils sont dig-nes de pitié! Nous devons prier pour eux, afin qu'ils puissent bientôt parvenir à la connaissance de Jésus-Christ, la lumière du monde, le Sauveur du genre humain.

Deo Gratias î

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